UN ENFANT PATRIOTE
On raconte de M. Benoit Bastien, qui vient de mourir, l'anecdote suivante :
En 1837, son père qui était allé résider à Sainte-Scholastique, avait été un des premiers à prendre les armes et à organiser les siens. Comme on le sait, les patriotes, mal armés, durent céder devant le nombre et se disperser. Alors les brûlots de Colborne se livrèrent à la plus agréable partie de leur tâche. Ce ne fut que pillage et dévastation ; la torche incendiaire fut promenée sur le long et le large, et on ne fut pas éloigné de voir, au Canada, une seconde édition des ignominies qui marquèrent en 1814, l'invasion de la France par les Alliés.
Les soldats anglais étaient rendus à Sainte-Scholastique. Ils en voulaient tout particulièrement au père de Benoît Bastien. Sa maison leur fut désignée, mais ils n'y trouvèrent que l'enfant.
« — Où est ton père ? lui demanda le chef du peloton.
— Il est allé se battre à Saint-Eustache.
— N'as-tu pas peur des soldats ?
— Non, un patriote n'a jamais peur des soldats, répondit crânement Benoît ».
L'Anglais ne put s'empêcher d'admirer cette bravoure si candide et si décidée. Il commanda à ses gens de respecter l'immeuble du patriote Bastien ; il fit remettre le butin qui venait d'être enlevé et, sans doute, parla souvent du petit patriote qui lui avait donné la réphque à Sainte-Scholastique.
Les Contemporains, 2© livraison. Vieux-Rouge