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LA RÉBELLION DANS LE HAUT-CANADA

L'insurrection s'établit à Navy Island, du côté des États-Unis, où l'on fit entendre aux rebelles que des Américains en grand nombre étaient disposés à leur prêter main forte. Le secours attendu ne vint point, et les soldats improvisés — armés de piques et de mauvais fusils, rentrèrent dans leurs foyers. MacKenzie alla se cacher à New York pendant que deux de ses principaux partisans, Lount et Matthews, montaient à l'échafaud.

Remarquons ici que lors de la première levée de boucliers dans le Bas-Canada, personne ne paya sa révolte de la peine capitale. Wolfred Nelson et ses amis furent exilés aux Bermudes par lord Durham, auquel répugnait toute effusion de sang. Ce n'est qu'à la suite de la folle équipée de Robert Nelson, en 1838, que Colborne punit la révolte avec une violence outrée. Dans le Haut-Canada, l'autorité n'avait pas attendu la récidive pour sévir.

La Presse, 1909. A. D. De Celles

Mme PRÉVOST ET LES PATRIOTES DE 1837

Le comté des Deux-Montagnes était en 1837 dans une effervescence complète. Les patriotes, abusant de leur force, molestaient tous ceux qui ne pensaient pas comme eux.

Madame Guillaume Prévost de Sainte- Scholastique ne s'était pas gêné en maintes et maintes circonstances de blâmer les patriotes de leurs excès, et de déclarer son attachement au gouvernement.

Dans la journée du 6 juillet, on informa secrètement madame Prévost que les patriotes viendraient l'attaquer pendant la nuit et on lui conseilla de fermer sa porte et de se cacher dans le voisinage.

Madame Prévost avait en ce moment un enfant de trois mois et

demi sur les planches, et elle refusa d'abandonner ce petit cadavre. La nuit arrivée, elle plaça des lumières à toutes les fenêtres qu'elle tint ouvertes ainsi que ses portes. Elle endossa l'habit de son mari et son bonnet bleu, puis chargea avec calme tous les fusils et les pistolets qu'elle put se procurer.

Au milieu de la nuit, les patriotes, au nombre d'une cinquantaine, entourèrent la maison et se disposèrent à l'attaquer. Madame Prévost, lorsqu'elle les vit venir, se mit dans une fenêtre un fusil chargé au bras. Les patriotes, qui ne voulaient pas pousser les choses trop loin, la reconnurent malgré son déguisement et se retirèrent en disant : « C'est elle, elle est capable de tirer sur nous, retironsnous )) 1

Les loyaux de Montréal, qui ne manquaient jamais l'occasion de manifester, firent une démonstration à Madame Prévost. Ils lui offrirent une superbe théière comme marque d'admiration pour sa conduite héroïque.

Cette théière portait l'inscription suivante :

Presented to Madame G Prévost, of Ste-Scholastique, By a few loyalists of Montréal, in testimony of heroism beyond her sex, displayed on the evening of the 6th july

Madame Prévost reçut très cordialement la délégation des loyalistes montréalais qui, en septembre 1837, alla lui présenter, à Sainte- Scholastique, le cadeau en question.

Quelques semaines plus tard, madame Prévost eut une nouvelle occasion de se distinguer. Mais cette fois son aventure se termina d'une autre façon.

Le 15 octobre, au sortir de la messe, quelques-uns des patriotes de Sainte-Scholastique ayant adressé aux paroissiens des appels à la rébellion, madame Prévost prit la parole et engagea ses concitoyens à rester fidèles au gouvernement. Sur l'injonction, qui lui fut faite de se taire, sinon qu'elle y serait forcée, elle sortit un pistolet et déclara qu'elle tuerait le premier qui mettrait la main sur elle. Les patriotes se retirèrent, mais, le lendemain, ils la firent arrêter pour port d'armes illégal et menaces. Madame Prévost fat détenue dans la prison de Montréal (1).

Madame Prévost était la fille du docteur Auguste Globensky, qui arriva dans le pays en qualité de chirurgien dans les troupes auxiliaires allemandes, et épousa à Verchères, en 1784, une demoiselle Brosseau. Le lieutenant-colonel Maximilien Globensky, décédé à Saint-Eustache en 1866, était son frère.

Bulletin des Recherches Historiques, 1906.

(1) M. C.-A. Vallée,gouvernevir de la prison de Montréal, nous informe qu'il n'a pu trouver dans les registres de la prison aucun indice qui lui permette d'établir que madame Prévost y ait séjourné en 1837.

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