CHATEAUGUAY
De bonne heure, au printemps de 1813, les hostihtés (entre les États-Unis et le Canada) recommencèrent ; cette fois encore par le Haut-Canada. Il y eut une foule d'engagements dans lesquels les Hauts-Canadiens eurent presque constamment le dessous. Les Américains, enflés de leur succès, poussaient la guerre avec vigueur ; et il ne leur restait plus qu'à s'emparer de Montréal et de Québec pour se rendre maîtres du Canada.
Ce fut alors que la célèbre victoire de Chateauguay vint les arrêter dans leur marche, en leur infligeant une défaite dont ils ne purent pas se relever dans la suite. Voici, en peu de mots le récit de cette glorieuse affaire.
L'armée américaine, forte de 7,000 hommes et commandée par le général Hampton, s'approchait des frontières. Aussitôt qu'on eut avis de son approche, les capitaines Levesque et Debartzch, à la tête de quelques compagnies de milices canadiennes, furent envoyés à leur rencontre. Le lendemain, ce détachement était rejoint par le Ueutenant-colonel de Salaberry avec ses voltigeurs et une compagnie de mihce canadienne.
De Salaberry connaissait bien cette partie du pays, ayant eu l'occasion, quelques semaines auparavant de faire une expédition sur la frontière américaine.
A la tête dé sa petite troupe, de Salaberry se rendit à une lieue plus loin, où il fit rencontre d'une patrouille de l'armée américaine ; aussitôt il fit faire halte, et commença à se retrancher.
L'endroit où il se trouvait étant rempli de ravins profonds,
PÊLE-MÊLE
de Salaberry y établit quatre lignes de défense au moyen d'abatis. Les premières lignes étaient distantes les unes dés autres d'environ deux cents pas ; la quatrième était à peu près un demi-mille en arrière ; là se trouvait un gué très important à défendre. Telle était la position occupée par le héros canadien et ses 300 braves, lorsque les troupes de Hampton firent leur apparition.
En avant de l'armée américaine, un officier de haute stature s'avança à cheval jusqu'à la portée de la voix, et cria en français aux voltigeurs : « Braves Canadiens, rendez-vous, nous ne voulons pas vous faire de mal ! » A peine l'officier américain avait-il prononcé ces mots qu'une balle le culbutait en bas de son cheval ; ce coup avait été tiré par de Salaberry lui-même ; ce fut le signal du combat. Aussitôt les trompettes se mirent à sonner la charge, et une fusillade des plus vives s'engagea entre la première ligne de défense canadienne et les Américains. La bataille continua ainsi pendant plusieurs heures, interrompue, de temps à autre, par des hourras poussés des deux côtés.
Cependant, les Américains, malgré leur nombre, ne purent jamais entamer les abatis, et finalement, ils furent obligés de retraiter avec précipitation. Ce fut ainsi que 3 à 400 Canadiens-français vainquirent 7000 Américains après une lutte prolongée de quatre heures.
Histoire populaire du Canada. Hubert Larue
Fraiiçois-Hubert-Alexaiulre Larue, médecin et littérateur, naquit en 1833 et mourut en 1881.