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LE CANADA EN FRANCE

Il y a quelques années, un Canadien qui s'embarquait au Hâvre, pour revenir au pays, ha momentanément connaissance avec un employé, chargé par quatre ou cinq maisons de commerce de surveiller l'expédition d'une centaine de ballots destinés au Canada. Apprenant d'où venait et où s'en retournait le voyageur, l'employé

PÊLE-MÊLE

se montra tout de suite disposé à parler de cette lointaine contrée.

« — Le Canada ! Ah ! Monsieur, c'est un rude pays que celui-là ! De la neige, hein! Quatre pieds, six et quelquefois davantage, avec ça un froid de trente-six mille loups, n'est-ce pas ? On connaît ça.

— Je vois que vous y êtes allé.

— Non pas, je vous demande pardon. Vous n'y pensez pas, il faut avoir été pris jeune... J'ai cependant un ami qui en revient.

Alors, vous savez ce qui en est ; c'est tout comme si vous y aviez passé douze mois de calendrier.

— Je le crois bien. Figurez-vous que mon ami a été cinq mois sans voir de visages blancs autres que les personnes du poste de traite où il séjournait.

— Ah ! et où donc, s'il vous plaît ?

— Voilà, c'est un nom anglais, qui m'échappe, par conséquent, mais il était question du fleuve MacKenzie.

— Parfaitement, le Mackenzie. Mais relativement au Canada véritable, au Canada que j'habite, c'est comme si vous me parliez d'un faubourg de Paris qui serait à sept cents lieues du dôme des Invalides. Et du reste, avez-vous réfléchi à quoi ou à qui pouvait servir le contenu des ballots que vous embarquez en ce moment ? Vous nous expédiez des étoffes de prix, des fleurs artificielles, des rubans, des soieries, des gravures de mode, des livres, de la musique, des tapis, etc. Tout cela est-il destiné aux ours blancs ou aux renards argentés ? Voyons, convenez que les deux bouts de votre géographie ne se joignent pas ».

Le Canada en Europe. Benjamin Sulte

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