REPAS DE NOCES
Chez les « habitants » d'autrefois, le repas des noces était toujours composé de pièces de lard frais et de mouton qu'on faisait rôtir dans le four, ou qu'on faisait bouillir. C'étaient les deux seules manières de faire cuire leur viande, ils avaient aussi, quelquefois, mais très rarement des volailles.
Le dîner de la noce fait, qui dure une heure et demie, le garçon d'honneur, tenant un gant, va prendre le marié par la main, et la fille d'honneur la mariée, les conduisant ainsi au milieu de la chambre, où un mauvais joueur de violon leur fait danser un menuet. Dès qu'ils ont fini, on prie quatre autres couples, qui dansent aussi tous ensemble le menuet, dans une chambre, qui souvent, n'a pas dix pieds carrés. Je fus prié un jour à une de ces noces et je me perdis si bien, en dansant de la sorte, que je ne pouvais plus trouver ma
partenaire. Quant à eux, ils y sont si bien accoutumés, qu'ils ne se trompent jamais.
Leur danse, qui n'est composée que de menuet et de quelques contredanses, dure aussi jusqu'au soleil couché, temps où ils se remettent à table et soupent avec le même appétit et agissent de la même manière qu'au dîner.
Dès que le souper est fini, on voit entrer en foules, des jeunes hommes et des jeunes filles, que l'on admet toujours pour danser : ils les nomment survenants. La danse recommence de la même manière qu'après le dîner et avec les mêmes cérémonies, ce qui continue ordinairement jusqu'à minuit, heure où les mariés se retirent incognito et les convives en font autant, peu de temps après.
Le lendemain, de grand matin, les convives viennent rejoindre les mariés et partent tous ensemble de la maison de la mariée et se rendent dans celle de l'époux et passent encore la journée à faire les mêmes suites de repas, danses et cérémonies qu'ils avaient faits la veille, ce qui dure souvent, chez ceux qui sont riches, deux ou trois jours. De sorte qu'ils mangent et boivent pendant ces jours, ce qui leur suffirait pour un an.
Mémoires. G.-N. Boisseau