‹ Anecdotes canadiennesChapitre 306 sur 350 · VOYAGE DE JADIS · texte numérisé non relu

VOYAGE DE JADIS

Quelle tête feraient nos ancêtres s'ils venaient sur terre ! Il faut voir avec quelle lenteur ils se déplaçaient ! C'était toute une affaire, par exemple, qu'un voyage par eau entre Québec et Montréal, à la fin du dix-huitième siècle. Écoutons Franquet, ingénieur du roi, en mission au Canada en 1750. Il fit le voyage en bateau de la cité de Champlain à notre ville.

Parti de Québec à 2 heures et demie le 24 juillet, il n'arrivait à Montréal que le 30 à 10 heures. Il avait passé une journée aux Trois-Rivières ; le voyage avait donc duré cinq jours.. Suivons Franquet dans quelques-unes de ses étapes : D'abord, voyons-le se mettre en route ; nous aurons une idée de la façon de voyager du temps :

« Embarqués à Québec, dit Franquet, sur le fleuve St-Laurent, à deux heures de l'après-midi, le 24 juillet, à l'endroit nommé cul-desac de la Basse-Ville, dans le bateau affecté aux tournées de M. l'Intendant.

» Ce bateau est plat, peut porter environ huit milliers pesant. Dans son milieu est un espace de 5 à 6 pieds en carré, contourné de bancs, garni de coussins bleus, avec des rideaux sur les côtés et couvert d'un tendelet de même couleur au moyen de quoy on s'y trouve commodément à l'abry du soleil, même de la pluye. Il était armé de onze rameurs et de deux conducteurs, tous habitants de l'endroit nommé la Pointe de Lévy, et il y avait un mât propre à porter la voile même un hunier au besoin ; d'ailleurs, il était pourvu de vivres, de vin et d'eau-de-vie par les ordres de M. l'Intendant et même d'argent pour faire face aux dépenses journalières du voyage.

» A peine fûmes-nous placés que le maître conducteur se plaignit que nous étions trop de monde (23 personnes) et même trop chargés.

Chacun s'en aperçut sans se mettre en devoir d'y remédier, néanmoins, je fis sentir qu'on abusait de la facilité que je procurais, et sans vouloir trop ouvertement désobliger personne, mon parti fut de dire : « Allons ! nagé (ramez) ! il en arrivera ce qui pourra ».

» La mer commençait à descendre, et le vent était contraire ; ainsi il n'y avait pas de temps à perdre pour ne pas trouver trop de résistance au courant, après avoir dérâpé — c'est de retirer à bord une petite ancre qu'on nomme grapin — on se mit à nager tout le long de la partie du nord du fleuve »... .

Le soir du 24, il n'était qu'à la Pointe-aux-Trembles.

« Parvenus à peu près vis-à-vis de l'église de la Pointe-aux- Trembles, il était 7 heures et demie du soir et le vent étant toujours forcé, nos deux patrons ne jugèrent point à propos d'aller plus loin. Mis à terre devant la maison des Sœurs de la Congrégation, où, soupé et logé, on se couche de bonne heure afin de pouvoir le lendemain partir de grand matin ».

Le 25 au soir, Franquet couche à la Rivière-du-Chêne, à Lotbinière. Le 26, à huit heures, il est de nouveau en route et à force de rames, il atteint Champlain le soir de bonne heure, et entre aux Trois-Rivières le 27. Ici escale et réception chez le gouverneur, réception très agréable ; il la méritait après la fatigue, le mauvais coucher des jours précédents.

« M. le Gouverneur voulut absolument me conduire chez lui ; il fallut céder à ses instances. Y arrivé, je fus présenté à madame son épouse, qui par parenthèse, est une personne des plus accomplies tant par la figure que par l'esprit. Elle est d'ailleurs pleine de grâce et de politesse ; après les premiers compliments, l'on me fit passer dans l'appartement qui m'était destiné, d'où arrangé et décrassé je pus rejoindre la compagnie. L'on ne tarda pas ensuite de passer dans la salle à manger. Il y avait une table de vingt couverts servie, je ne dirai pas comme à Paris, d'autant que c'est l'endroit où j'ai vécu le plus frugalement, mais bien avec la profusion et la délicatesse des mets des meilleures provinces de France. On y bût toutes sortes de vin toujours à la glace ; jugez du plaisir par le chaud excessif qu'il faisait ».

Le 29, il se remet en route :

« Sortis des Trois-Rivières à quatre heures du matin, nos canotiers y avaient reçu suivant l'usage ordinaire un supplément de vivres ; il consiste en une once de tabac à fumer, un misérable d'eau-de-vie, un quart de lard, et une demi-livre de pain, de manière que gais, gaillards et d'ailleurs reposés, ils promirent de nous mener en moins de trois jours à Montréal ; tout notre monde s'embarqua ; il n'y eut que moi qui ne pus résister aux instances que M. de Tonnancour me fit de me conduire en calèche jusqu'à la pointe du lac St-Pierre, endroit où nécessairement le bateau devait passer ».

Coupons court ici la narration de Franquet ; disons seulement qu'il arriva à Montréal le 30 juillet à 10 heures de l'avant-midi.

Revue populaire. A.-D. DeCelles

LES DILIGENCES DE L'ANCIEiN l'EiMPS

En 1766, il n'existait qu'une route postière dans tout le Canada, et c'était entre Québec et Montréal. En 1791, elle s'étendait d'un côté au Nouveau-Brunswick et de l'autre à Kingston. Les diligences — les stages de nos grands parents — furent les premiers grands agents de transport sur terre. Le l^r janvier 1816, Barnabas Dickinson en établit la première ligne régi^ilière entre Montréal et Kingston. Prix du voyage $IS, avec droit à 28 livres de bagage. Peu à peu, de semblables services furent établis entre les principaux centres, et il y eut même, un peu plus tard, un service de stages, plus légers, chargés de transporter en très grande célérité la « Malle » royale. A Québec, ce furent les Mi\I. Mough qui en eurent le contrat.

A partir de 1817, les bateaux à vapeur remplacèrent les diligences durant l'été sur certains parcours ou partagèrent avec elles d'autres parcours, c'est-à-dire partout où les rapides interdisaient toute navigation. Ainsi en 1826, on se rendait en diligence de Montréal à Lachine pour y prendre le bateau, comme en 1908 on se sert du chemin de fer.

Eighty ijears of progress in British North America.

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