MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES
10 L'origine du nom des Porcellets. — La famille des Porcellets, qui ;i joué un rôle important dans la politique delà Provence, pendant Le moyen âge, avait, au sujet de son nom, une légende qui a été rapportée
par les anciens historiens locaux, et qui fut répétée longtemps de bouche en bouche dans les veillées d'hiver, où les vieux aiment tant à développer, devant les jeunes ébahis et crédules, des aventures extraordinaires, plus ou moins en opposition avec les choses habituelles de la Fig.2. — Ecusson viP ellets(l).
Voici le détail de cette légende :
11 y avait, une fois, une grande dame du nom de Sabattier, qui était femme du seigneur d'Arles et qui, étant enceinte, alla, un jour, se promener dans la campagne pour se divertir.
Elle rencontra une vieille mendiante, qui lui demanda l'aumône, et qui paraissait avoir grand besoin d'être secourue.
Mais la dame, hautaine et orgueilleuse n'était rien moins que charitable : ans^i .'lie repoussa la pauvresse, en lui disant des mots très durs «•t très déplaisants.
La vieille mendiante, qui n'était autre chose qu'une fée, lui dit:
— Vousêtes méchante (•01111111' une truie, et commecette bête immonde, vous donnerez un exemple dégoûtant à ceux qui assisteront à votre accouchement.
La dame, toute frappée qu'elle fut de cette sorte de malédiction, ne s'amenda pas vis-à-vis de la mendiante, et continua sa route.
1 ) l >'or :'i une Iruie de sable.
Quand le terme de la grossesse fut arrivé, elle accoucha; mais, voilà qu'après un premier enfant, il en vint infécond, puis un troisième. Bref, elle fit neuf petits porcs, se trouvant avoir eu, comme une truie, une portée immonde.
On comprend que ce fut un grand scandale et une sévère punition. Aussi l'orgueilleuse fit pénitence ; alors elle fut plus heureuse dans ses couches ultérieures, où elle mit au monde de véritables enfants humains au lieu de petits porcs.
Néanmoins, le souvenir de cette aventure fit donner aux Sabattier d'Arles le sobriquet de Porcellet, qui est devenu le nom de la lignée noble qui a été longtemps à la tète de cette partie du pays de Provence. (4)
Cette légende, touchant l'origine du nom de la famille des Porcellet, était racontée parfois d'une manière assez différente pour qu'il soit néire de rapporter cette variante quand, comme nous, on vent arrêter un instant son esprit sur cette question.
2° Variante du conte des Porcellets.— Un soir d'hiver,une grande dame, vit passersous les remparts de son château, une pauvre veuve qui portait deux jumeaux, et qui lui demanda l'aumône, parce qu'elle était dénuée de tout et qu'elle, ainsi que ses petits, avaient froid et faim.
Au lieu d'éprouver le sentiment de commisération qu'aurait dû inspirer une misère aussi intéressante, la grande dame crut voir dans le fait de ces deux jumeaux, une preuve que la jeune mère s'était mal conduite et avait trahi sa foi conjugale; de sorte que, loin de la secourir, elle lui reprocha sa double fécondité de la manière la plus blessante pour la vertu de la malheureuse.
Xe pas être secourue dans son besoin pressant était déjà bien triste : mais être injuriée et être accusée d'inconduite. alors que sa conscience était parfaitement pure, c'était, on en conviendra, doublement blessant. Aussi la pauvre mère s'écria dans unmoment de douleur: c Sainte Vierge, donnez à cette mauvaise riche une preuve éclatante de mon innocence ! »
Or, en ce moment, une truie passait accompagnée de neufs petits, et la pauvre femme, frappée tout-à-coup de la pensée que c'était Dieu qui décidait du nombre d'enfants que chaque mère porterait, ajouta: « Faites, ô mon Dieu, que toute fidèle qu'elle est à son mari, cette niau riche ait. en une seule fois, autant d?enfants, que cette truie a de petits. »
La grande dame se prit à rire; mais voilà que, neuf mois après jour
(1) Nostradamus.
pour jour, elle fui en mal d'enfant et accoucha de neufs petits enfants • lu môme coup. B
On comprend qu'elle fut sévèrement convaincue de la témérité de son jugement sur la pauvre femme, d'autant que ses voisins imposèrent désormais à sa famille le nom de Porcellet, en souvenir de ses enfants. venus au monde nombreux comme des pourceaux.
Dans la première version, c'est une fée ou une sorcière qui inflige, comme punition, à la dame Sabattier, une portée de neuf petits enfants ifiin coup pour la punir des paroles grossières qu'elle vient de lui dire. Dans la seconde, la châtelaine est puni!1 par Dieu pour avoir porté un jugement téméraire contre une pauvre mais honnête mendiante. On voit qu'il y a là deux variantes qui montrent les deux tournures principales des Provençaux : l'explication d'un fait extraordinaire par l'intervention d'une puissance mythologique ou par la volonté de la divinité.
Mai^ là û'est pa> ],' détail important dans le cas où nous sommes placés : ce qu'il nous importe de savoir, c'est que la donnée primitive de cette légende provençale se rencontre ailleurs qu'en Provence. Nous allons en effet, voir que dans le Vendômois, leBlaisoiset la Tourraine, elle a eu cours absolument comme dans notre pays.
3 La dame de Montigny-le-Ganelon. — Le bourg de Montigny-le- Ganelon, sur la rive droite du Loir, dans le Vendômois, avait pour seigneur, au temps des croisades, un vaillant paladin qui avait pris les armes pour aller combattre les infidèles. Sa femme était restée dans son château et attendait patiemment son retour.
l'n soir qu'elle se promenait dans les environs, la châtelaine de Montigny rencontra une pauvre mendiante, mère de sept enfants, qui semblent avoir le même âge.
Au lieu de lui taire l'aumône, la grande dame la repoussa durement en lui disant:« Eloignez-vous, vilaine débauchée, une chienne n'a pas plus de petits que vous n'avez d'enfants.»
La mendiante, qui était une honnête femme, d'après lete uns ; qui était une sorcière, d'après les autres, lui répondit:« Madame, c'est mal à vous de médire pareille injure. Aussi, pour votre punition, dans neuf mois aujourd'hui, vous accoucherez d'autant d'enfants qu'une truie a dt
petits, s
La châtelaine rit «le la menace, étant parfaitement persuadée que c'était de vains mots. .Mais chose étrange, bien que le châtelain fût en terre éloignée depuis plus d'une année, voîlà qu'elle grossit, et «pie neuf mois après, jour pourjour, elle accoucha de neuf petits enfants.
Or, le mari allait arriver incessamment : et comme elle redoutait le
SLR LES ACCOUCHEMENTS
I aie, la malheureuse châtelaine dit vante de confiance :
« Prenez un de ces enfants, portez-le chez une nourrice qui relèvera savoir qui est la mère, jusqu'à ce que je le réclame. Quant aux autres, mettez-les dans un sac et allez les jeter à la rivière.
La servante obéit, mais voilà qu'au moment où elle était arrêtée sur le bord de la rivière et qu'elle ouvrait son sac pour noyer les pauvres enfants, une troupe de cavaliers arrive. C'était le châtelain qui revenait de Terre-Sainte.
Le châtelain, qui la reconnaît, s'approche d'elle, lui demande ce qu'elle vient faire à cette heure sur le bord de la rivière ; elle répond qu'elle vient noyer des petits chiens. Il veut voir les pair. et bientôt vit
qu'il avait été trompé !
Il prit les enfant- ona secrètement à élever chez des fermL
voisinage, et ordonna à la servante dédire à sa inaîtrc avaient été exécutés ponctuellement, que Ihs huit innocents avaient été noyés san> merci.
:it garçon, que la châtelaine avait fait envoyer en nourrit sevré, elle eut l'air de le rencontrer un jour par hasard et de B'éprendre d'affection pour lui. Le châtelain parut se prêter à ce jeu inconsciemment : et comme elle 1 - 1 i demanda de l'adopter, il ordonna qu'on l'amenât au château où il fut élevé comme un fils adoptif.
Mais voilà que le jour où les enfants eurent sept ans, la châtelaine voit entrer dans sa chambre les neuf enfanl -i semblablement
vêtus qu'elle ne put jamais distinguer l'un de l'autre.
Le châtelain parut alors et lui dit: < Madame, puisque vous ne pou-
Lfférencier l'un de Faut. 'ils sont frères mme j'ai
découvert que l'enfant que nous élevions était votre filï nenf fois
pour une que vous m'avez trompé et, par conséquent, vous méritez neuf
fois la mort. »
Il la lit prendre alors par desgardes, la lit mettre dans un tonneau dont l'intérieur était rempli de clous acérés et fit lancer ce tonneau sur la pente d'un coteau qni arrivait jusqu'au bord de la rivi< sorte
que la malheureuse châtelaine fut percé de mille -lards, et enfin n quand le tonneau fut au bout de sa cou:
4° La princesse Marguerite de Hollande. — La donnée de la légende des Porcellets se retrouve aussi dans un pays bien plus • la Provence que le Vendômois : en effet, dans les environs de la II on raconte l'étrange aventur ;i touchant un rguerite:
Dans le courant du XIII" siècle, une princesse hollandaise, du nom de Marguerite, étant un jour en promenade, fut sollicitée par une pauvre
:: curiosités historiques
mendiante qui lui demandail une petite aumône, pour nourrir de nombreux enfants qu'elle avait autour d'elle, sur les genoux et au sein.
La princesse hautaine refusa delui donner la moindre pièce et bien plus, lui dit d'un ton méprisant que, si elle avait été moins débauchée, elle n'aurait pas eu une famille aussi nombreuse.
Or, la mendiante était une femme honnête quoique pauvre, indignée d'une pareille imputation calomnieuse, elle lui répondit : « Mauvaise riche, vous croyez donc que si vous n'avez pas eu beaucoup d'enfants, c'est parceque vous êtes sage et vertueuse. Eh bien, toute fidèle à votre mari que vous restiez, vous aurez pour votre punition autant d'enfants qu'il y a de jours dans l'année. »
Marguerite incrédule se mit à rire, mais au bout de neuf mois, elle accoucha de trois cent soixante-cinq enfants. Les garçons furent appelés Jean, les filles furent appelées Marie. Ils étaient tous assez bien portants pour recevoir le baptême, et Marguerite, ne sachant plus où les coucher, car bien qu'ils fussent chacun à peine gros comme le doigt, leur nombre faisait en somme un chiffre très considérable, elle Jes plaça dans deux grands plats qui furent longtemps conservés à Loosduynen, près la Haye
Quant aux enfants, ils moururent dès qu'ils eussent reçu le baptême, parcequïls n'avaient été appelés en ce monde, que pour punir Marguerite de son imprudente imputation calomnieuse vis-à-visde la pauvre mendiante, mère de nombreux enfants.
Cette aventure, attribuée à Marguerite, fille de Florent, Comte de Hollande, est assez étrange pour avoir préoccupé ceux qui aiment à rechercher le fond de réalité quïl y a dans les légendes invraisemblables. Or, dans le Journal des Savants de février 1758. le mot de l'énigme a été donné : En réalité, Marguerite accoucha le vendredi saint, 36 mars 1276, de deux enfants. Or, comme l'année commençait le 25 mars à cette époque, en Hollande, ilen résulta qu'on dit en plaisantant : la comtesse Marguerite a accouché d'autant d'enfants qu'il y a de jours dans l'année. (Sous-entendu : écoulés depuis le commencement de l'année.)
Cette formule, qui «l'abord n'était qu'une manière imagée desouligner La naissance gémellaire, devint une sorte de devinette d'abord, puis son sensimagé se perdit et la crédulité publique accepta peu à peu la version invraisemblable des :>!>> enfants nés d'un coup, précisément à cause du goût du populaire pour les récits extraordinaires. Et voilà comment naquit cette légende.
Il ne serait pas difficile de trouver d'autres variantes delà légende qui
nous occupe, et nous verrions ainsi que l'idée fondamentale, que nous
avons Indiquée pour la Provence, le Vendômois et la Hollande, se ren-
contre dans infinité d'autres localités.
Nous pourrions aussi non-, arrêter un instant sur les détails de la mise
en scène, qui ont varié d'un endroit à l'autre et qui sont évidemment le reflet de la tournure d'esprit des gens, dans les diverses contrées où la légende est racontée; mais on me permettra de ne pas insister davantage. 11 aura suffi des indications que je viens de fournir, pour que le lecteur se rende compte de tout ce qui peut le rattacher à la donnée primitive de ce conte touchant les Porcellets. Il [admettra, comme moi, j'en suis certain que cette fois, comme bien souvent, ce qui est rattaché à h» Provence comme appartenant au pays, est rapporté de la même manière dans une autre province; ce qui prouve bien évidemment que nous nous trouvons en présence de récits qui ont passé d'une contrée à l'autre, comme bagage intellectuel de peuplades'migratrices. (1)
Comparaisons entre l'obésité et la grossesse. — Les historiens donnent pour cause, du moins pour prétexte de la troisième guerre entre Philippe I et Guillaume le Conquérant, une plaisanterie que le premier fit sur l'obésité du second. Voici à quel sujet :
Le roi et duc Guillaume, qui était fort gros, raconte la Chronique de Normandie, tomba en maladie à Rouen, et y fut longuement. Et Philippe, roi de France, lui manda que jamais femme n'avait été si longtemps en gèsine, et que, s'il relevait jamais, il devrait avoir beau luminaire à ses relevailles. Guillaume lui répondit que quand il relèverait, le roi le saureit bien, et qu'il irait en France ouïr la messe à ses relevailles, et y ferait allumer mille torches sans flambeaux dont leslumignoi: raient de bois, et qu'il y aurait mille gaules garnies d'acier pour k-s allumer. Après qu'il fut soulagé de sa maladie, il manda ses gens vers lui ;'i Rouen. Il monta à cheval et entra en France, brûlant villes et maisons, sans rien épargner, et alla jusque «levant Paris, où le roi était, et lui lit dire qu'il ne pouvait voir les luminaires de ses relevailles.
Mathieu de Westminster donne une version un peu différente :
Philippus rex, fertur dixisse : « Rex Anglise Gulihelmus jacet Rothomagi, more absolutarum partu fœmmarum cubile fovens. » Quo perstrictus rex Gulihelmus convitio, respondit : « Gum ad missam |»»i
partum iero, centum millia candelas illi illumina bo. »
« On rapporte que le roi Philippe dit : « Guillaume d'Angleterre est en gésine à Rouen; il reste au lit comme une accouchée, o Irrité
(1) Rérenger-Féraud, les Légendes de la Provence.
de cet outrage, le roi Guillaume répondit : « Quand j'irai à la messe des relevailles, je lui allumerai cent mille cierges. »
( Se que ( luillaume appelait des cierges, c'étaient les lances de ses hommes d'armes.
Vergier a mis en vers une autre réponse faite à une reine, à Catherine de Médicis, sans doute, qui s'était amusée à une plaisanterie semblable :
Cette reine d'autrefois Qui fut mère de trois rois, Vit un homme à grosse panse :
Vous accoucherez je pense, Lui dit-elle, au premier jour ?
Gela se fera, madame, Répliqua-t-il à son tour, Quand vous serez sage-femme.
L' Improvisateur français attribue une réponse analogue à Bassompierre :
A sa sortie de la Bastille, le 20 janvier 1643, une inaction de douze années, qu'avait duré sa captivité, lui avait donné un embonpoint extraordinaire. Le jour qu'il reparut à la Cour, la Reine voulant le plaisanter : • Maréchal, lui dit-elle, quand accoucherez-vous ? — Madame, réponditil, quand j'aurai trouvé une sage-femme. » Anne d'Autriche, loin de s'offenser de cette répartie, le rétablit dans sa charge de colonel général.
Sur l'empereur Frédéric II. — Une des premières vengeances que les ennemis d'un souverain tirent de lui, c'est de contester la légitimité de sa naissance ; Frédéric 11(1) qui suscita tant de naines, ne pouvait l'éviter. Nous empruntons le détail suivant aux Sensations <i' Italie par M. P. Bourget :
La route d'Assise ;'t Ancône tourne et retourne à travers les montagnes, parmi de merveilleuses gorges qui en font presque la rivale, par moments, le cette autre route, si belle et trop peu célébrée, qui va de Florence à Bologne. Un peu avant d'arriver à la vieille ville du fameux
quadrilatère, elle passe par^esi, où naquit en 1191 l'empereur Frédéric II, pendant un voyage que sa mère Constance d'Aragon faisait, pour aller rejoindre le roi Henri VI dans son royaume de Sicile. La surprise de cette naissance dans une bourgade aussi perdue, permit plus tard aux adversaires du prince d'incriminer la légitimité de son sang, et le violent Jean de Brienne, son beau-père, alla jusqu'à l'appeler, dans une dispute rapportée par Salimbeni et qui donne une juste idée «les rudesses du temps : « Mauvais diable, fils d'un bouclier de Jesi ! »
Malgré la supériorité de son esprit qui devançait son siècle, Frédéric II. indifférent aux superstitions religieuses, croyait à l'astrologie :
Frédéric II donna de cette foi aux astrologues une bizarre preuve. lors de son mariage avec Isabelle d'Angleterre, ayant attendu, pour le consommer, que les astres fussent dans un certain moment de leur course. Puis la renvoyant à ses femmes : Surveillez-la bien ! » recommanda-t-il, « car elle est grosse d'un enfant mâle ( 1
Le puits de Saint-Denis. — Dans son ouvrage Paris à travers
les siècles. Gourdon de Genouillac nous conte la façon ingénieuse dont certains chapelains parvinrent à remplacer un de leurs revenus supprimés par édit royal :
Lorsque, en F?07, l'abbé de Sully lit rebâtir Saint-Symphorien. la comtesse de Vermandois lui avait fait don du four d'Enfer, ce qui lui permit d'établir quatre chapelains dans cette chapelle. Le four d'Enfer était le fonr banal auquel, moyennant redevance, venaient cuire un grand nombre de personnes.
Ce ne fut qu'après l'achèvement de l'enceinte, que les Parisiens furent exempts de l'obligation de faire cuire leur pain dan- Les fours publics, et qu'il fut permis aux boulangers d'en avoir dans leurs maisons. Le roi accorda cette permission « pour ce que chacun d^s boulangers valait à M. le Roi neuf sous, trois deniers, une obole. »
Mais les chapelains ne furent pas satisfaits de l'autorisation donnée aux gens de faire cuire leur pain chez le boulanger, cela diminuait considérablement les revenus du four d'Enfer. Ils se demandaient comment
1) Même ouvrage.
ils compenseraient cette perte, lorsqu'il leur vint une idée : ils avaient remarqué que nombre de femmes enceintes, probablement dans le but d'obtenir une heureuse délivrance, venaient tous les vendredis faire le tour d'un puits situé dans les dépendances de leur église et que la tradition disait avoir servi à Saint-Denis.
[ls exigèrent an tribut, etdésormais toutes les femmes enceintes s'empressaient d'aller faire le pèlerinage au puits, et les revenus des chapelains loin de diminuer, augmentèrent.
Deux chefs d'accusation contre les Templiers — Le même auteur, rappelant quelques uns des crimes imputés, avec plus ou moins de vraisemblance, à Tordre du Temple, signale les deux que voici :
I. — Lorsqu'un enfant venait à naître d'une femme et d'un templier, ils se rangeaient tous en rond, se passaient l'enfant de mains en mains jusqu'àce qu'il fut mort: après quoi ils le faisaient rôtir et se servaient • le la graisse pour oindre i'idoleà tête de bois qu'ils adoraient.
II. — Ils n'entraient qu'à reculons dans une chambre où se trouvait une femme nouvellement accouchée.
Vêpres siciliennes. — Aux vêpres siciliennes (1 282), les Siciliens ne se contentèrent pas de massacrer les Français et les Provençaux : ils éventrèrent des femmes siciliennes pour chercher dans leur sein un enfant français. Cette abomination, toute biblique, nous remet en mémoire un passage du Dictionnaire i/hilosophique (1) :
En relisant hier, avec édification, L'Ancien Testament, je tombai sur ce passage d'Osée, chap. xiv, v. i: « Que Samarie périsse, parce qu'elle » a tourné son Dieu à L'amertume! que les samaritains meurent par le » glaivel que Leurspetits enfants soienl écrasés, et qu'on fendele ventre » aux femmes grosses ! »
Je trouvai ces paroles un peu dures: j'allai consulter un docteur de L'université de Prague, qui étaitalors à Ba maison de campagne au mont
il Voltaire, Dict. philos. articleOsce.
;lr les accouchements 27
Krapack; il me dit: Il ne faut pas que cela vous étonne. Les Samaritains étaient des schismatiques qui voulaient sacrifier chez eux, et ne point envoyer leur argent à Jérusalem; ils méritaient au moins les supplices auxquels le prophète Osée les condamne. . . .
doutez pas que nous autres catholiques, apostoliques, romains et bohémiens, nous ne soyons tenus de passer au iil de Tépée tous les R que nous rencontrerons désarmés, d'écraser leurs entants sur la pierre, d'éventrer leurs femmes enceintes, et de tirer de leur matrice déchirée et sanglante leurs fœtus à demi formés. Le- Russes sont delà religion que sehisinatique ; ils ne portent point leur argent à Rome : donc nous devons les exterminer, puisqu'il est démontré que les Jérosol ymites devaient exterminer les Samaritain-. C'est ainsi que nous traitâmes
sites qui voulaient aussi garder leur argent. Ainsi a péri ou dû périr, ainsi a été é ventrée ou dû être é ventrée toute femme on lille schismati
Je pris la liberté de disputer contre lui: il se fâcha; la dispute se prolongea; il fallut souper chez lui: il m'empoisonna: mais je n'en mourus pas.
Système de compensation. — Après la prise de Home par les troupes de Charles-Quint (1527>3 les commissaires des quartiers
dressèrent un compte exact des filles ou femmes que les ennemis avaient rendues enceintes : l'on trouva que le nombre se montait à trois mille sept cents : ei il s'en trouva encore plus de mille à la campagne et aux environs de Rome. < m ne pouvait «lire que la guerre avait dépeuplé le pays.
Naissance de François II ri. — Si l'on en croit une pièce contemporaine de la naissance du premier fils de Henri II. l'Aigle qui fait I" Poulie <>< vani le Coq 2 . ce prince se présenta avec la procidence du bras droit. On ignorerait ce détail obstétrical sans l'allusion courtisanesque que l'auteur anonyme de cette méchante pièce en a tirée :
il) 15i'i. —V. Les accouchetnents à bi cour.
(2) Allusion au mot G.iJin^. coq et gaulois > français.
-2N CURIOSITÉS HISTORIQUES
Ainsi qu'au Coq, et Nature et les Dieux
Donnent faveur par Le duc nouveau-né,
Qui non sans cause a esté ordonné
Entrer au monde enlevant le bras dextre
Pour se monstrer belliqueux et adextre,
En menaçant d'Hercules les colonie- (1)
Et héritier des royales couronnes,
De ses majeurs renouvelle la vie.
L'Aigle (2) affaiblist et faict mourir d'envie. (3)
Accouchement de Jeanne d'Albret. — Certains détails de la naissance d'Henri IV se trouvent un peu partout (4) ; mais généralement on ignore que sa mère, avant de lui donner le jour, eut deux enfants mâles morts en bas âge. La Chronologie novenaire de Palma Gayet (5) donne à cet égard d'assez curieux renseignements et ajoute quelques particularités intéressantes aux anecdotes banales, concernant la venue au monde du troisième iils de Jeanne d'Albret.
La princesse Jeanne d'Albret fut mariée en octobre 1548 à Monsieur le due le Vendôme Antoine de Bourbon; les noces furent laites à Moulins l'an 154'î .
... On tient parle rapport d'aucuns vieux officiers de la maison de Navarre que le duc de Vendôme et la princesse Jeanne eurent bientôt
il) La devise de L'Espagne était les deux colonnes d'Hercule, avec la légende : Plus oultre.
(2) I désigne l'Empereur.
I ii autre anonyme a chanté la naissance de ce prince: mais la pièce esl ir<»p longue et trop peu intéressante pour être reproduit»1 ici: on la trouvera dans le tome I des A nciennes poésies françaises de la Bibliothèque elzévirienne .
Pour les mômes raisons, nous avons passé sous silence : Le dit de la naissance di Mariede Bourgogne, tille de Charles le Téméraire et d'Isabelle de Bourbon, L3fév. 1457, de François Villon, ainsi que les Royales couches on les naissances de Monsieur le Dauphin ci de Madame, com- "ii vrrs français par Claude < ramier, Parisien, 1G00, in-8°.
lu V. Nos Accouchements à in <-<>ar.
>UR LE> ACCOl CHEMENTS 29
aria grâce de Dieu», même deux beaux princes, dont l'un fut noranv'' duc de Beaumont, l'autre porta le titre de Marie, terre de Picardie. Mais ces deux beaux princes ne purent être élevés, ains par grand inconvénient moururent en ba >ir, le duc de Beaumont ayant été mi- es mains de la Baillive d'Orléans qui fut grand'mère du Maréchal de Matignon», laquelle faisoitsa résidence en ladite ville, étant for: et frilleuse extrêmement. Selon qu'elle pour sa condition se tenoit clause et tapissée de toutes parts avec un grand feu, elle en faisoit encore plus à l'endroit de ce petit corps de Prince, le faisant haleter et suer de chaleur à toute outrance, sans qu'elle souffrit air, vent, ni haleine être donné ni entrer en la chambre; ce qu'elle lit si opiniâtrement, quoiqu'on lui en sent dire, qu'enfin le petit Duc de Beaumont étouffa peu ù peu dans langes, et si toujours cette bonne femme disoit : • Laissez-le, il vaut mieux suer que trembler. «
T. a Pri: tnne qui étoit à la cour d'ordinaire pour le
qu'elle y tenoit.. en reçut la triste nouvelle de -a mort, s'étant du tout confiée en cette Baillive, comme ancienne servante de la Maison de Navarre et notamment de la rein»- Marguerite, pendant le mariage du comte d'Alençon et d'elle.
Le comte de Marie expérimenta une autre affection, qui fût, qu'étant monsieur de Vend, une et la princesse son allé voir le roi Henri
d'Albret en Béarn. ils le trouvèrent au Mont-de-Marsan, là où ils séjournèrent : et y ayant mené le comte de Marie en son maillot, ainsi que ledit sieur roy l'avait désiré, il- le lui présentèrent de quoi il reçut un merveilleux contentement : (lors étoit la rein.- Marguerite d Bigor n château d'Audo près de Tarbe.) Mais comme ce prince
étoit très beau, désiré d'être tenu d'un chacun, un gentilhomme se jouant à lui dans la croisée de la fenêtre de sa chambre, lui étant enti bras ,1,. sa nourrice, le gentilhomme et la nourrice se le baillèrent plusieurs fois de l'un à l'autre, d'une fenêtre en l'autre par le dehors de la croisée, quelqu°fois feignant de le prendre, ce qui fut cause du malheur qui en arriva : car le gentilhomme feignant de le prendre, et ne le prenant pas de fait, la nourrice s'attendant qu'il le prit, lâche prise, et le petit prince comte de Marie tomba de la fenêtre eu bas sur un perron, où il se froissa une côte ; le gentilhomme saul ss ~t de la fenêtre en
■ ir «-'étoit du premier étage, et relevant le prince, il le reporte à la nourrice toute épleurée, qui l'apaisa du mieux qu'elle put, lui baillant à téter. Le roi, monsieur de Vendôme et la princesse étoient allés à la chasse, on tut cet accident. J'ai ouï dire à alete
de chambre, que -i la nourrice eût averti de cet inconvénient, il y eût moyen de le rabiller; mais son mal rengrégeant enpis, finalement il mourut, au grand regret du roi. de monsieur de Vendôme et de la prinet mère. Mais advenant puis après que cela eût et
:{() ClHIuSUKS IlISïnniOUES
couvert, le roi se met en une grande colère contre la princesse sa fille, lui reprochant qu'elle n'étoil pas digne d'avoir des enfants, puisqu'elle n'y prenoit mieux garde : même comme elle voulut retourner en France avec son mari, il lui dit, que si elle devenoit grosse, qu'elle lui apportât sa grossesse en son ventre pour enfanter en sa maison, et que lui feroit nourrir l'enfant fils ou fille ; si elle n'y venoit, et qu'elle ne fit en cela son commandement, qu'il se remarieroit, et qu'il ne vouloit pas mourrir sans héritiers...
La princesse Jeanne donc ayant pris congé de son père avec pleurs et Larmes pour la perte de ces deux princes, et voyant que Monsieur de Vendôme étoit appelé par le roi Henri II pour les guerres de Picardie, dont il étoit gouverneur, elle se résolut de le suivre et à la Cour et au camp, dont il advint que Dieu la consola, et qu'au milieu de tant d'exploits militaires, dont son mari vint à heureuse fin contre les ennemis de la France, elle se trouva enceinte : et quand elle se sentit approcher de son terme et dans le neuvième mois, elle prend congé de son mari, qui lui voulut difficilement accorder, mais lui représentant l'importance et les dernières paroles du roi Henri, son père, et aussi qu'elle avoit découvert, par une certaine damoiselle, que le roi, son dit père, avoit fait un testament, dont elle désiroit surtout d'en sçavoir le contenu, à cause qu'une grande dame s'étoit vantée et s'en promettoit quelque grande faveur. Pour ces raisons donc monsieur de Vendôme lui accorda de s'en aller en Béarn, où elle fut en quinze jours, traversant toute la France depuis Gompiègne en Picardie, d'où elle partit, jusques aux monts Pyrénées dans Pau, ou étoit le roi Henri, son père. Cette princesse fit le voyage sur la im de novembre : car elle ne demeura au plus que dix jours après son arrivée, qui fut le 4 décembre 1553, qu'elle mit au monde le roi très chrétien à présent régnant, par un très heureux enfantement.
Le roi son père, étoit un peu malade, mSme la contagion couroit en ce pays-là ; mais la vue de sa bonne fille, comme il l'appeloit d'ordinaire, lui rendit sa santé parfaite, et lui ôta toute appréhension et crainte du danger.
Ce fut durant ces dix jours à tâcher de voir ce testament par tous les moyens qu'il lui fut possible: ce qu'elle obtint sans l'ouvrir. Il étoit dans une grosse boete d'or, et dessus une grosse chaîne d'or qui eut pu faire 25 ou 30 tours à l'entour «lu col : elle la demanda, il lui promit, disant en langage béarnais : j Elle sera tienne, mais que tu m'ayes montré ce que tu portes. i-;i afin que tu ne me lassos point une pleureusej ni un entant rechigné, je te promets de te donner tout, pourvu qu'en enfantanl tu chantes une chanson en béarnais, et si quand tu enfanteras j'y veux être. » Pour cet effet, il commandaà un sien valet de chambre, nommé Gotin, vieux serviteur, qu'il la servit à la chambre, et à l'heure
qu'elle seroit en travail d'enfant, qu'il le vint appeler, à quoique heure que ce fût, même en son plus profond sommeil, ce qu'il lui enchargea expressément.
Entre minuit et une heure, le 13? jour de décembre 1553, les douleurs pour enfanter prirent la princesse; au-dessus de sa chambre «Huit celle du roi son père, qui, averti par Gotin, soudain descend. Elle l'oyant, commence à chanter en musique ce motet en langue béarnaise : Notre Bonne deu cap dcu pon ajuda mi en aquete oure; c'est-à-dire : Xotre- Dame du bout du pont aidez-moi en cette heure. Cette notre dame étoil une église de dévotion dédiée à la Sainte-Vierge, laquelle étoit au bout du pont de Fave, en allant vers Juranson, à laquelle les femmes en travail d'enfant avoient accoutumé de se vouer, et en travail la réclamer, dont elles étoient souverainement assistées et délivrées heureusement. Aussi n'eut-elle pas plutôt parachevé son motet, que naquit le prince qui commande aujourd'hui, par la grâce de Dieu, à la France et à la Navarre.
Etant délivrée, le roi met la chaîne d'or au col de la princesse, et lui donne la boete d'or où étoit son testament, dont toutefois il emporta la clef lui disant : Voilà qui est à vous, ma fille, mais ceci est à moi, prenant l'enfant dans sa grande robe, sans attendre qu'il fut bonnement accommodé, et l'emporta en sa chambre.
Quand ladite princesse Jeanne naquit, les Espagnols tirent un brocart sur sa naissance et disoient : Milagro la vaca hijd una oz Miracle la vache a fait une brebis. C'était une allusion aux armes Béarn, où il y a deux vaches encornées et clatinées d'or en champ de gueules. Ils appeloient aussi ordinairement ledit sieur roi Henri son père, el vaquero, le vacher, pour la même raison ; mais ledit sieur roi tenant entre ses bras le prince son petit-fils et le baisant d'affection, se remémorant des brocards espagnols, disoit de joie à ceux qui l< noient congratuler d'un si heureux enfantement : Agora m oveja
paria un lione; maintenant regardez que cette brebis a enfant* lion.
Ainsi vint ce petit prince au inonde sans pleurer ni crier : et la première viande qu'il reçut fut de la main de son grand-père ledit sieur roi Henri, qui lui bailla une pillule de la thériaque «les gens de village, qui est un cap d'ail, dont il lui frotta ses petites lèvres, lesquelles il les frippa Tune contre l'autre comme pour Bucer; ce qu'ayant vu le roi et prenant de là une bonne conjecture, qu'il seroit d'un bon naturel, il lui présenta du vin dan- sa coupe; à l'odeur, ce petit prince branla la tête, comme peut faire un enfant, et lors, ledit sieur roi dit:/*« seras un béarnois.
Ce petit prince fit toutefois de la peine à «'lever, étant passé par les mains de huit nourrices, dont la huitième gagua le prix, et laquelle
'M CURIOSITÉS HISTORIQUES
aussi il a grandemenl honorée et lui a donné récompense honnête de sos Labeurs et peines qu'elle avoii prises envers lui, et a élevé tous ses «Milans en offices.
Fécondité de Tiraqueau (1). — André Tiraqueau, l'ami de Rabelais, composa quatorze ouvrage et eut une quinzaine d'enfants. Un anonyme faisant allusion au grand nombre d'enfants et d'ouvrages de ce jurisconsulte, qui passait pour ne boire que de l'eau, composa i'épigramme suivante :
Tiraqueau fécond à produire, A mis au monde trente tlls ; Tiraqueau fécond à bien dire, A fait pareil nombre d'écrits :
S'il n'eust point noyé duns les eaux Une semence si féconde, Il eust enfin rempli le inonde De livres et de Tiraqueaux.
Sur les célations de grossesse. — La célation de grossesse est, encore de nos jours, invoquée comme une présomption d'avortement ou d'infanticide; une ancienne jurisprudence, remontant à Henri II, en faisait un crime puni de mort. Nous donnons ci-dessous le texte de cette terrible ordonnance, excessive, quelle que fut la multiplicité des attentats qui l'avaient fait rendre.
Edit du roi Henri II contre les femmes qui cèlent leur grossesse.
Donné à Paris au mois de février 15 56.
Henry, par la grâce Dieu, Roy de France, à tons présents et à venir Salut. '
Gomme nos Prédécesseurs et Progéniteurs Très-chrestiens Roys de France, ayent, par actes vertueux et catholiques, chacun en son droit, monstre par Leurs très louables effects, qu'à droit et bonne raison le dit nom de très chrétien, comme à eux propre et péculier, leur avoit été attribué. En quoi les voulans imiter et suyvre et aians par plusieurs bons
SLR LES ACCOUCHEMENTS
et salutaires exemples tesmoigné la dévotion qu'avons à conserver et garder ce tant céleste et excellent tiltre,duquel les principaux el défaire initier les créatures que Dieu envoyé sur terre en notre Royaume, Pays, Terres et Seigneuries de notre obeyssance, aux sacrements par luy ordonnez : et quand il luy plaist les rappeller à soy, leur procurer curieusement les autres Sacrements pour ce instituez, avec les derniers honneurs pulture. Et estant denement advertis d'un crime très énorme et exécrable, fréquent en notre Royaume, qui est, que plusi - aunes ayant conceu enfants par moiens deshonnestes, ou autrement, persuadai* mauvais vouloir et conseil, desguisent, occultent et cachent leurs grossesses sans en rien descouvrir et déclarer. Et advenant le temps de leur part et délivrance de leurs fruicts,occultement s'en délivrent; puis le suffoquant, meurtrissent et autrement suppriment, sans leur avoir fait impartir le saint Sacrement de Baptesme. (!e fait les jettent en lieux secrets et immondes, ou enfouyssent en terre profane., les privans par tel moyen de la sépulture coustumiére des chrestiens. De quoy estans prévenues et accusées par devant nos juges, s'excusent, -i avoir eu honte de déclarer leur vice et que leurs enfans sont sorti* leurs ventres morts, et sans aucune apparence ou espérance de vie : tellement que par faute d'autre preuve, le- ans tant nos cours de Parlement., qu'autres nos juges voulant procéder au jugement des pi criminels faits à rencontre de telles femmes. sont tombez et entrez en div opinions: les uns concluans au supplice de mort., les autres à qm extraordinaire, afin de sçavoir et entendre par leur bouche, si à la vérité le fruict issu de leur ventre estoit mort ou vif. Après laquelle question endurée, pour n'avoir aucune chose voulu confesser, leur font li le plus souvent ouvertes., qui a été et est cause de les faires retomber, récidiver, et commettre tels et semblables débets à notre très grand n
indale de nos sujets. A quoy pour l'advenir nous avons bien voulu pourvoir.
S (avoir faisons, que Nous, désirans extirper et du tout faire cesser les exécrables et énormes crimes, vices, iniquitez et délicts qui Be commettent en notre dit Royaume, et oster I sions et racine- d'iceux d'oresnavant commettre, avons (pour ce obvier) dit, statué et ordoni par Edict perpétuel. Loy générale et irrévocable, de notiv veinent, pleine puissance et authorité Royale,
ordonnons et nous plaist que toute femme qui se trouvera deuement atteinte et convaincue d'avoir celé, couvert et occulté tan que son enfantement, sans avoir déclaré l'un ou l'autre, et avoir prins de l'un ou l'autre tesmoignage suffisant, même de la vie ou mort ofant
lors del'iss son ventre, et après se trouve l'enfant avoir étéprivé,
tant du saint-sacrement de Baptesme que sépulture publiq tumée, soit telle femme tenue et réputée d'avoir homici - enfant. Et
T. II
• i'i CURIOSITÉS HISTORIQUES
pour réparation, punie de morl e1 dernier supplice et dételle rigueur que la qualité particulière du cas le méritera : afin que ce soit exemple à tous, et que cy après n'y soit fait aucune doute ne difficulté.
Si donnons en mandement par ces Présentes à nos amez et féaux Conseillers les gens tenans nos cours de parlement, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux et autres nos officiers et justiciers, ou à leurs Lieutenans, et à chacun d'eux, que cette présente ordonnance, Edict, Loy et Statut, ils fassent, chacun en droit soy, lire, publier et registrer et incontinent après la réception d'iceluy, publier à son de trompe et cry publicq par les carrefours et lieux publics; à faire crys et proclamations, tant de notre Ville de Paris que autres Lieux de notre Royaume et aussi par les officiers des Seigneurs haults-justiciers en leur Seigneuries et Justices, en manière que chacun n'en puisse prétendre cause d'ignorance el ce de trois mois en trois mois. Et outre qu'il soit leu et publié aux prosnes des messes paroissiales des dites Villes, Pays, Terres et Seigneuries de nostre obeyssance par les Curez ou Vicaires d'icelles, eticeluy Edict gardent et observent et fassent garder et observer de point en point selon sa forme et teneur sans y contrevenir. Et pour ce que ces dites Présentes l'on pourra avoir affaire en plusieurs lieux. Nous voulons que au Vidimus d'icelles fait sous Scel Royal, foy soit adjoustée comme an Présent original : auquel en tesmoin de ce, afin que ce soit chose ferme et stable, nous avons fait mettre nostre Scel.
Donné à Paris, au mois de février, l'an de grâce mil cinq cent cinquante-six et de notre règne le dixième. Ainsi signé sur le reply. Par le Roi en son Conseil, Clausse.
Une Déclaration de Louis XIV ordonna :
Que l'ivlil du Roi Henry II, du mois de février 1556, contre les femmes qui auroient celé leur grossesse et leur accouchement, serait publié de trois mois en trois mois par tous les curés ou leurs vicaires, aux prônes des messes paroissiales.
Pour compléter, ou pour mieux atténuer l'édit. on dût bientôt encourager les femmes à l'aveu en condamnant le père à des dommages-intérêts. Dans La Conférence des servantes de la ville de Paris ( 1 1, rime d'elles tient ce propos :
«Tay esté bien plus fine quand je .me suis fait amplir par un garçon de chez moy devant un autre plus riche que lay ; je luy ay permis l'usage,
di LG36.
et fûmes pris tous deux sur le fait. Je le fis mettre à l'officialité. «Payeu quatre cens livres et luy a eu l'enfant.
L'officialité était une justice d'église dont le chef était l'ofiicial ; elle statuait sur les actions en promesses et dissolutions de mariage, et aussi sur les flagrants délits du genre de celui-ci (1).
Les intérêts à donner aux parties étaient réglés par le juge royal. Les abus, on le conçoit, durent être nombreux, et les chambrières qui, de tout temps, n'ont jamais refusé l'accointance avec «Monsieur », ne furent pas en retard pour chercher à l'officialité le prix de leurs complaisances. Elles avaient d'ailleurs été les premières, presque les seules victimes de redit de Henri II.
Il me souvient dit Henri Estienne, d'avoir vu pendre à Paris assez sonvent des chambrières pour ce crime, mais nulle d'antre qualité (2>.
Une exception fameuse eut lieu en province : pour avoir celé sa grossesse et son fruit, Hélène Gillet, fille noble, fut condamnée à avoir la tète tranchée par sentence du baillage de Bourg, confirmée par le Parlement de Dijon. Les épouvantables détails de cette dramatique affaire se trouvent au long du discours de Févret. l'aîné (3), présentant au Parlement les lettres de pardon obtenues par Hélène Gillet.
Discours de Fevret (4)
Messieurs, Hélène Gillet, qui se représente au conspect de la Cour donne de l'estonnement à ceux qui la voyent, et n'en a pas moins ellemême.
Elle n'avoit veu la justice de céans que dans le trosne desa plus sévère majesté; elle ne i'avoit apperceue que le visage plain de courroux, et d'indignation, tel qu'elle le faict paroistre aux plus criminels : elle ne l'avoit considérée que l'espée à la main, dont elle se sert pour la punition des maléfices.
Mais, chose estrange î elle treuve aujourd'hui ce premier appareil tout changé : il lui semble que le visage de cette déesse luy rit, comme plus
(1) L'aveu devant l'ofiicial était suffisant pour l'obtention de dommages-intérêts.
Apologie pour Hérodote.
(3) Avocat illustre à Dijon dans la première moitié du XVII* siècle.
(4) Extraict du plumetif du greffier d<> la cour du Parlement de Dijon du lundy second jour de juin 1625.
36 i I RIiiSlïKS IIISToR[o| KS
adoucy et favorable ; elle voit sa main désarmée, et vous diriez qu'elle tend les bras pour promettre quelque asyle et protection à celle qui, de criminelle, est devenue suppliante.
Ymis vistes, Messieurs, cette pauvre fille, il y a quelques jours, le visage couvert de honte par l'ignominie de sa condamnation, la langue nouée dans l'estonnement du supplice, les yeux ternis d'horreur et d'espouventement, l'esprit troublé dans les dernières agitations d'une funeste séparation : vous le vistes, dis-je, aller courageusement à la mort pour satisfaire à vostre justice : maintenant elle retourne pour vous dire que le lieu du supplice <>ù les criminels perdent la vie l'a et absoute et sauvée. Elle paroist devant vos yeux pour vous dire que, l'ayant traictée par la rigueur de vos jugemens, vous ne pouvez plus luy refuser votre miséricorde : elle est humblement prosternée à vos pieds pour baiser, de l'intérieur de son cœur, le tranchant de l'espée qui, comme le fer de la lance d* Achille, guérira les playes que luy-mesme a faites.
11 se pourroit bientreuver des exemples, à qui les voudroit rechercher, de plusieurs qui se sont trouvez garantis de la mort au moment mesme de leur exécution, les uns par le commandement inopiné d'un chef d'armée, les autres par l'intercession d'un Tribun, d'autres par la rencontre fortuite d'une vestale, d'autres par une émotion populaire, qui par des paroles mesmes de railleries heuresement rencontrez en ceste extrémité, qui par des stratagesmes pratiquez à l'endroict de leurs complices ou de l'exécuteur; aliorum in capite gladius flectit, ainsi qu'il en arriva à ceste femme faussement accusée d'adultère à Verseil, qui doit le bonheur desa mémoire à la plume de saint Hierosme; aliorum laqueus contritus et ipsi liberati sient.
Mais qu'on considère tous ces exemples en gros, qu'on les examine en âestail, qu'on en pèse à part ou confusément les plus singulières circonstances, il se treuvera icy quelque chose de plus rare, de plus esmerveillable, je ae sçais sij'oserois dire de plus miraculeux, qu'en tout cela.
Car icy le glaive a tranché, la corde a faict son office, la pointe des ciseaux a secondé la violence des deux; et cependant cette fille, dans l'imbécillité de son âge, dans l'infirmité de son sexe, dans les horreurs du supplice, dans les appréhensions delà mort, frappée de dix playes ouvertes n';i peu mourir, mais bien plus! ipsam mori violentent mon ipsa quamvis armata perimere non potuit.
Quel prodige, en nos jours, qu'une fille de cest aage ayt colleté la mort
corps à corps ! qu'elle ayt luitté avec ceste puissante géante dans le parc
- plu- sanglantes exécutions, dans le champ mesme de son Mori-
mont(l)tet, pour dire en peu de mots, qu'armée delà seule confiance
1 1 1 Place des exécutions à Dijon.
qu'elle avoit en Dieu, elle ayt surmonté l'ignominie, la peur, l'exécution
le glaive., la corde, le ciseau, l'estouffement et la mort mesme. Après ce funeste trophée, que luy reste-il, Binon d'entonner glori
ment ce cantique, quelle prendra d'oresnavant à sa part : Exaltetur dominus Deus meus quoniam \u\ rnf
Que peut-elle faire, sinon d'apprendre, pour éternel mémorial de salut, le tableau votif de ses mis s - tcraire de ce temple de
justice ?
Quel dessein peut-elle choisir pf us convenable à sa condition, que d'ériger un autel en son cœur, où elle admirera tous les jour- de sa vie la santé main de ><:»n libérateur, les moyens incogneus aux hommes par lesquels il a brisé les ceps 1 captivité, et l'ordn - rovi-
d^nte dispensation à faire que ton mt concouru poi
libération ?
fut un commencement de bonheur en ce désastre que, le lendemain de l'exécution, la Cour entra dans les fériés nouvelles que le Roy avait concédées par lettres expres^e^. peu auparavant enthér: : it encore
quelque chose de plus signalé, qu'alors qu'on recourut à la bonté du Prince pour impétrer des lettres de pardon, luy et sa cour estoient en allégi et festivité, à cause de l'heureux et tant désiré mariage du roy de la grande Bretagne (2) avec madame Henriette Marie, princesse du sang de France. Ce fut bien plus de voir qu'à l'instant que le discoursanglante catastrophe eut frappé l'oreille de ce sage Orphée, de ce doux et ravissant esprit (3), qui tient dignement le premier rang en l'éminence de l'ordre de la justice, il ait aussitost empoigné la lyre pour charmer la dureté des Parqxu nier la ju>te sévérité des loix, rappeler les
décrets inviolables de la mort, revivre ceste infortunée Euridice, morte civilement par la condamnation, et presque naturellement par la peine. C'est une merveille digne d'admiration, que celle qui, debvoit estre dans Foubly d'une mort infâme, vive encore avec ce contentement, qu'elle donnera subjeet à la postérité de dire que nostre Prince, avec le tiltre juste qu'il s'çstoit légitimement acquis, ait mérité, par ceste action, le nom de clément et miséricordieux, pour avoir pardonné, et sans autre peine que de prier Dieu pour la prospérité de sa personne et de son estât. Quambo7ius princeps qui indulget, quam pius qui fidelis qui vel a nocentibus ni nisi preces e( supplicationes expL
(1) C'était une espèce d'entraves où Ton mettait les mains et les pieds des criminels.
(2) Ce mariage eut lieu le 11 mai 1625. Ainsi, les noces d'un roi qui devait tomber sous la hache, furent -ignalée^ par un acte de clém pour celle qui s'était miraculeusement échappée d'un supplice pareil.
le chancelier d'Ali £
CUM0SITÉ8 HISTORIQUES
quam pêne divinilati proximus qui veniam criminum non supplicii gravitate,sed votorum nuncupatione pro suatothisque imper ii sainte dispensât !
Puissiez-vous ainsi tousjours, juste Roy, marier heureusement la justice avec La paix, le jugement avec la miséricorde, la clémence avec la sévérité ! Puissiez-vous si glorieusement terrasser les ennemis de vostre Couronne, qu'après les avoir domptez par la rigueur de vostre justice, vous leur imprimiez les mouvements d'une humble et fidelle obéissance par les efïects de vostre clémence et débonnaireté ! Puissiez-vous. grand monarque, punir si parfaitement les crimes, que les coupables, ayant satisfait à la peine, puissent survivre à leur supplice pour exalter à longs jours la félicité de vostre règne et de vostre domination!
Cependant, puisqu'il a pieu à Dieu de redonner la vie à ceste fille, au Roy de Luy concéder l'abolition de son crime, elle vous demande, Messieurs, la liberté, sans laquelle le reste luy tiendroit lieu d'un second et dernier supplice, et soubs espérance d'obtenir ce qu'elle poursuit, elle vous présente en deue révérence ses lettres de pardon, vous suppliant de procéder à L'enthérinement d'icelles.
LOUIS, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présens et advenir salut. Nous avons reçu l'humble supplication de Hélène (lillet, aagée de vingt et un an ou environ, fille de Pierre Gillet, nostre chastellain en nostre ville de Bourg en Bresse (1) contenant qu'induitte par mauvaises recherches (2), elle se seroit trouvée enceinte, et comme la crainte de ses parens, gens d'honneur et de bonne famille, luy faisoit appréhender leur blasme et le chastiment de son père, elle auroit, par mauvais conseil, résolu de dissimuler sa faute, tellement sollicitée de son malheur, que mal assistée en son part, son fruict se seroit treuvé meurt rv : si que, pour réparation, elle auroit esté condamnée à avoir la teste tranchée par sentence rendue au bailliage de Bourg, confirmée par arrest de nostre Parlement à Dijon du 12 du présent mois; en suitte de quoy, la suppliante délivrée à l'exécuteur de la haute justice, et par lui conduitte au lieu de Morimont, en nostre dite ville de Dijon, après avoir fait ses prières à Dieu, et soumise au supplice ordonné, iedil exécuteur luy munit eslancé un coup de coutelas sur l'espaule gauche, dont elle seroit tombée sur le carreau de l'eschaliaut, puis relevée par ledit exécuteur à
I i E1 dont la mère esl petite fille^de feu M. le président Fabry. » (2) « Bien demeuroit-elle d'accord qu'il y avoit quelques mois qu'un jeune bomme, ouré d'un village voisin de Bourg, qui demeuroit au logis d'un sien oncle, venant à celui de son père pour apprendre à lire et à écrire à ses frères, l'avoit connue, une fois seulement, au moyen d'une servante de sa mère, qui l'avoit enfermée dans une chambre avec ledit curé, qui la força. »
l'ayde de sa femme, elle seroit tombée d'un second coup qu'il luy auroit porté dudit coutelas à la teste. G' qui auroit excité telle rumeur dans le peuple que ledit exécuteur, intimidé de plusieurs pierres ruées sur
ledit eschaffaut, se seroit jeté en bas, laissant la suppliante à La disposition de sa femme, qui, l'ayant traisnée dans un coing dudit eschaffaut avec une corde quelle luy jetta au col, auroit fait plusieurs efforts pour l'estrangler, soit en serrant le col, ou luy pressant l'estomac de plusieurp coups de pieds, et voyant ces supplices inutiles, elle se seroit aydée de ses cizeaux en intention de luy couper la gorge, lui en ayant porté plusieurs coups au col et au visage. Finalement ladite femme, pressée de la clameur et indignation du peuple, seroit descendue dudit eschaffaut en la chapelle qui est en dessoubs, traisnant avec ladite corde la suppliante la teste en bas, où elle seroit demeurée mutillée en toutes les parties de son corps, sans poulx, sentiment, ny cognoissance, pendant que le peuple irrité assomoit à coup de pierres et de ferrement Ledit exécuteur et sadite femme. Ce mouvement passé, quelques-uns, meus de compassion, auroient levé et transporté la suppliante en la maison d'un chirurgien, où elle a repris quelque espérance de vie, par les secours et remèdes qui luy ont esté promptement administrez. Mais pour ce que nostre dit parlement a commis sa garde à un huissier, l'appréhension d'un nouveau supplice luy est une continuelle mort, qui la contraint à implorer nostre miséricorde, et requérir très humblement nos lettres de rémission n saires. Eu égard à Fimbécilité et fragilité de son sexe et de son aage, et à la diversité des tourmens qu'elle a soufferts en ses divers supplices, qui esgalent, voire surpassent la paine de sa condamnation; à ce que, la vieillesse de ses père et mère relevée de ceste infamie, elle convertisse sa vie à l'employer à louer Dieu (1) et le prier pour nostre prospérité:
Sçavoir faisons qu'inclinant pour la considération susdite, à la recommandation d'aucuns nos spéciaux serviteurs.en faveur mesme de l'heureux mariage de la Royne de la grande Bretagne, nostre très-chère et trèsaymée sœur, de nostre propre mouvement, grâce spéciale, plaine puissance et authorité royale, nous avons à ladite Hélène Gillet, suppliante, quitté, remis et pardonné, quittons, remettons et pardonnons, par ces présentes signées de nostre main, le faict et cas susdit, comme il est exprimé, avec toute peine et amende corporelle et civile qu'elle a encourue envers nous et justice; et mettant à néant toutes informations, décrets, mesme ladite sentence et arrest de mort qui en sont ensuivis. la restituons et rétablissons en sa bonne renommée et en ses biens non d'ailleurs confisquez; imposons silence à nos procureurs généraux, lieutenans, substituts, présens et advenir. Si donnons en mandement, à nos
(1) Hélène Gillet entra dans un couvent de la Bresse.
',11 il RIOSITÉS HISTORIQUES
amez et féaulx conseillers 1»'- gens tenans noir.' Cour de Parlement à Dijon, ces présentes nos Lettres de rémission enthériner, el de l'-ur contenu faire jouir Ladite suppliante plainement et paisiblement, sans permettre y estre contrevenu :
tel esl nostre plaisir. El afin qu'elles Boient stables, nous y avons fait mettre nostre ecel, sauf, en toutes choses, nostre droict et de l'autruy. Données à Paris au mois de may l'an de grâce 1625 et de nostre règne le 16. Ligné Louys. Et sur le reply, le Beauclerc. Visa contentor. Signé Le Long et scellées en cire verte du grand scel à laqs de soye ronge el verte.
Funeste présage. — Les anciens historiens latins parlent volontiers des malheurs annoncés par la naissance d'enfants bicéphales, fcricéphales, ou d'autres monstres analogues. Le jésuite Strada 1 qui, dans son récit pompeux des troubles de Belgique, sembla avoir pris Tite-Live pour modèle, n'a pas oublié d'intercaler dans son ouvrage un récit de ce genre :
* Futurarum quidem calamitatum proenuncium interpretatisunt aliqui, puerum Leodii, natum bicipitem, quadrupedam, quadrimanum : quo portendi canebant monstruosum fœdus, complurium populorum viribus conflandum, quod brevi sane contlatum est. »
« Au moment oubliaient éclater les malheurs que la guerre des Gueux répandit sur Les Pays-Bas, naquit à Liège un enfant à deux têtes, à quatre pieds, à quatre mains: beaucoup considéraient ce phénomène comme le présage de la monstrueuse confédération des hérétiques et de lincendie qu'allaient allumer les forces réunies de plusieurs peuples. »
Chez les anciens Arab.es. — Si l'on en croit les essais historiques sur Paris de Saint-Foix. (2), une coutume singulière aurait existé chez les anciens Arabes (3) :
i Le jour même du couronnement du nouveau roi, on prenait les noms el "ii faisait un»' liste de toutes les femmes enceintes de huit ou neuf
' 1 1 Pamien Strada, de qui nous avons de Bello Belgico décades duo . h iquit à Rome, en 1">?2, et mourut en 1649. (à) 1698-1776.
(8) Terme si vague qu'il ne sioniiie rien.
mois; on les enfermait dans un palais: on en avait beaucoup s<Mn. et l'enfant de «-elle qui accouchait la première, it un garçon, était
lors désigna l'héritier présomptif de la couronne : la royauté, disaient- Os, ne doit pM- volué à u s famille; elle appartient à toute la nation.
Juron d'Abbesse. — L'abbesse de Mmbuisson. Louise Hollandine, fille de rEHecteur palatin, Frédéric V 1 . avait entant de bâtards qu'elle ne jurait plus que e Par le ventre qui a porté 14 enfanl
Moeurs espagnoles au XVII siècle. — On avait, en Espagne dernières complaisances pour les fer it un préjugé popu-
laire qu'il fallait leur passer toutes leurs fantaisies. L roi lui-même n^ pouvait s'y soustraire, non plu- il y avait même
palais un balcon tout exprès pour <e montrer à ce] - femmes qui
lui en faisait faire la demande, et - sté avait la bonté d'y i
autant qu'il leur plaisait. Un pune cavalier., éperdument épris d'une femme trop étroitement gardée, s'imagine de mettre à profit une bonne volonté si générale; s lise en femme, simule un»' g ssess va demander au jaloux d'entretenir sa femme en particulier. Le pauvre mari, déçu par les apparences, s'em] 1er une longue et
- doute, très agréable entrevue avec sa femme (2). »
Les accouchements et la Bastille. — Les Lettres de cachet n'ont pas toujours mérité les malédictions publiques. En ï, une noble dame de Franche-Comté, dont le mari était it depuis un an. ayant fait un voyage à Pari-, se trouva tout-à-coup grosse de huit mois. Effrayée d'un tel événement et des conséquences fâcheuses qui pouvaient en résulter pour elle, au moment où son mari allait revenir à Paris, elle s'adrdans son désespoir, à Pierre Lainer. conseiller d'état, qui. tour, consulta l'ambassadeur d'Espagne ; tous deux convinrent que
iii Mort en M
•2 Mme d'Aulnoy. Relation . La même que l'auteur
ontes de Fées 1650-171
le moyen le plus certain de sauver la dame du danger qui la menaçait, était de faire renfermer le mari à la Bastille jusqu'après les couches de sa femme. Une lettre de cachet fut demandée et obtenue ; le roi la fit et la signa en riant. Le mari arrive, on l'arrête, on le renferme sans qu'il puisse obtenir aucune réponse satisfaisante à ses pressantes questions. Il eut tout le temps de se reposer des fatigues de son voyage. Le bonheur de la dame, sa vie peut-être, celle de l'enfant furent sauvés : et, lorsque tout le mai fut réparé, le roi lit rendre la liberté au prisonnier, lui fit un présent, et chacun parut enchanté.
Les Archives de la Bastille (1), publiées par M. François Ravoisson, nous donnent comme la contre-partie de cette anecdote. Le prince de Léon, de la maison de Rohan, amant de la danseuse Florence, aussi belle que sotte, passait pour vouloir l'épouser. Florence était enceinte ; le duc de Rohan, père du prince, et la marquise de Soubise, sa tante, font arrêter cette fille impertinente, et <»n la met à la Bastille. Son amant, aprèsavoirjeté feu et flammes, se résigne et se marie avec Mllc de Roquelaure, un affreux laideron. Sur ces entrefaites, Florence accouche en prison, et le duc de Rohan, qui a rechigné pour payer le médecin, déclare ne vouloir en aucune façon s'occuper de l'enfant.
La police des gens de qualité était chose réellement extraordinaire. Voici maintenant un cas où l'accouchement de leurs femmes sauve deux grands Seigneurs de la Bastille :
^jmes les duchesses d'Aumont et de Richelieu sont accouchées de garçons. Bien ;i pris à leurs ma-risde ces accouchements, car peut-être que, sans eux, le Roi les aurait envoyés à la Bastille pour avoir chassé dans La plaine Saint-Henis, avant lui, et y avoir tué sept ou huit cents pièces de gibier. Le prince de Gonti était de cette partie, et sa naissance ne Ta pus sauvé 'lu courroux du Roi. Compiègne a été interdit à tous pendant quelques jours ; La punition de MM. d'Aumont et de Richelieu eut été plus forte s:uis l'attention que le Roi a eue pour leurs femmes. (2)
'h Tome XI.
(2) Lettres du commissaire Dubuisson au Marquis de Caumont.
SLR LES ACCOUCHEMENTS 53
Il semble que les deux maris durent surtout l'indulgence du roi à cette circonstance, que la naissance de leurs - eut lieu
à peu près à la même époque que celle de Louis-Joseph de Bourbon-Condé.
Curieux droits féodaux. — Dans certaines localités, quand la châtelaine accouchait, les femmes du voisinage étaient obligées de battre, nuit et jour, les fossés du château, pour empêcher les grenouilles de croasser 1 .
Lorsqu'une fille devenait mère dans le Comté deDunois. le bailli du seigneur ou son fermier se transportait le lendemain de l'accouchement au domicile de la délinquante, armée d'une poignée de verges, et se faisant donner un écu, on administrait la correction des enfants. Ce droit s'appelait le droit des fillettes.
Un droit singulier était dû au château de C^paroisse de B... près Bressuire en Poitou. Voici l'extrait d'un acte, daté du 5 novembre 1737. dont l'auteur des Afftchesdu Poitou garantit l'authenticité :
Pour raison de quoi, je vous dois, mondit seigneur, le devoir ci-a] expliqué., qui est qu'à la première couche que Les dames «le G. feront d'enfants vivants, soit mâle ou femelle, moi-dit avouant, et L'ainé des entants mâles qui naîtront de moi en légitime mariage etles 3 - lants aussi premiers-nés mâles de mes dits enfants à perpétuité, somme- tenus d'aller le lendemain de- couches de ladite «lame comtesse, au-devant de la porte d'entrée de sa chambre, et là. crier à haute voix : « Vive madame la comtesse deC. et le nouveau-né! » à l'honneur duquel je serai tenu boire tout d'une haleine une bouteille de vin. que vous serez, mondit seigneur, tenu de me faire donner avec un morceau de pain blanc, itune livre, et une perdrix bien poivrée et salée; et si ladite dame comtes-e n'accouchait que d'une lille, vous ne me ferez donner, mondit seigneur., qu'une bouteille d'eau., une livre de pain noir et un morceau de fromage, lequel devoir j'olfre de vous payer, etc.
si la noblesse de l'Ouest n'avait que des exigences de ce genre, on comprend que ses paysans se soient soulevés pour la défendre contre la Révolution.
(1) X . Histoire des accouchement* \>. 185.
m « l RIOSITÉS BIST0RIQ1 ES
Auhv usage de La Sénéchaussée de Périgueux. Nous conservons le texte authentique d'un acte, datant de la lin du XV'' siècle:
Faicl au lieu de A... el au chasteau «lu 'li<-t lieu. Le vint cinquiesme jour «lu mois d'aousl mil quatre cent quatre vint et douze, en présence «lt> noble homme B. et G., escuyers, furent personnellement constituez nobles et puissants V. et /.. viscontes «le A. pour eulx et leurs, d'une part, et noble homme X., escuyer, d'autre part, lequel dit X. de son bon gré et volonté a recogneu et confessé qu'il était teneu et qu'il debvoit aux die ts seigneurs entre autres choses contenues en son hommage les droicts et debvoirs qui s'ensuivent, s. avoir que la dame X, lorsqu'elle arrive la première fois à A., sont obligés à desandre et la dame. obligée à 1«'-... (mot effacé) et dognera monture et manteau et devent de manteau, plus que s'il arrive que ladite dame en son premier enfaatement s'accouche à vu près de A., que le dit X, est teneu et doibt faire porter 1'' premier baing dans lequel ladite dame se baignera. Et est aussy teneu de tempérer l'eaue avecques la main pour voir sy elle est assez chaude, et sy le dit X, n'est présent ladite dame est tenue de l'envoyer chercher pour tempérer ladite eaue. Et lorsque l'eaue sera assez chaude, le dit X, sera tenu de dire à la dicte dame telles ou semblables parolles:« Madame l'eaue est assez chaude et pouvez entrer dans la cuve pour vous baigner quand il vous plaira. » Et lorsque ladicte dame sera entrée dans ladite cuve pour se baigner, ledit X, est tenu et doibt disner avec ladite dame à sa table sur ladite cuve.
Et parce que le dit cas est arrivé ainsy que la dite dame de X, a l'ait son premier accouchement au dit lieu de A. et que le dit de X. luy a rendu aujourd'huy les dits debvoirs, les dits Y et Z et espoux conjoincts seigneurs de A. ont recogneu, en la présence de moj* notaire et tesmoins soubsignez, que le dict de X a rendu les dits debvoirs aux dicts seigneurs en la forme et manière susdéclarées, desquels dicts debvoirs ainsy rendus pour cette fois, le dit de X nra demandé justement que luy a esté concédé. (1)
Trop féconde. — MmP de Brégis, née Charlotte de Sauinaise de Chazan (2), dame d'honneur de la reine mère, était souvent en-
I l Intermédiaire des chercheurs cl des envieux, 1889. [2) Nièce du fameux Saumaise, femme d'esprit et poète.
SUR LES ACC0UCHEME1N rS IS
;einte et se plaignait de sa fécondité. Loret (1), le 8 octobre 1650, ^crit à ce sujet :
La Brégis, cette aimable brune, Dont la grâce n'est pas commune Et dont l'œil est si triomphant, Sentant qu'elle est grosse d'enfant, Peste contre la destinée Et contre messire Hymenée, De se voir réduite à ce point, Qui de tout temps ne lui plaît point.
Non pas pour les maux et faiblesses Qui suivent souvent les grossesses :
Mais c'est, qu'en bonne vérité, Gela fait tort à sa beauté, Car la chose est un peu nouvelle Que d'estre grosse et d'estre belle.
Le teint perd tout son agrément, Et la taille semblablement.
Tallemant des Reaux 'Je) dit, de son côté :
Elle avoit fait prendre à son mary avant qu'il arrivast, qu'ils feroient lict à part : elle avoit trop souvent des enfans. Au bout de quelque temps pourtant, il fallut coucher ensemble. Le lendemain elle faisoit comme une nouvelle mariée; elle devint grosse aussitôt et a continué depuis, de sorte qu'elle s'est fort gastée.
Loret, 19 nov. 1650. renchérit encore sur les craintes et précau tions de la Bréeis :
oJ
On dit que la Brégis postule Pour obtenir arrest ou bulle Qui la dispense absolument D'obéir à ce sacrement Qui fait qu'avec regret on couche Quelquefois deux en mèsme coucli»'.
(1) Auteur d'une Gazette en vers burlesques intitulée: In Muze historique, né au commencement du xvnfl siècle mort en 1665.
(2) (1619 1692) . Ses Historiettes sont un registre <li> médisances 1«' plus souvent fort spirituelles et fort gaies.
Quoiqu'il en soit, M de Brégis paraît avoir conservé sa beauté
jusque dans un âge un peu avancé ; le couplet suivant, quelque peu malin, semble l'avouer :
Vous avez, belle Brégis Plus de printemps que les lys ; Car les lys n'en ont qu'un Vous en avez cinquante et bientôt cinquante et un.
Grosse sans l'être et grosse sans le savoir. — Autre Historiette de Tallemant des Beaux :
M. de Puissieux n'ayant point eu d'enfants de son premier mariage, Le chancelier ne souhaitait rien tant que de voir sa belle fille grosse. Elle fut quelque temps sans le devenir, et enfin «'lie s'avisa de feindre qu'elle l'était, peut-être pour tirer quelque chose du bonhomme. Car, comme vous verrez, c'était et c'est encore une assez plaisante créature. On fit toutes les façons imaginables de peur qu'elle ne se blessât, etcommeelle fut au neuvième mois, on dit tout d'un coup: « Madame de Puisioux n'esl plus grosse, Madame de Clermont d'Entragues, qu'on ne disait point être grosse, est accouchée. » Voilà une assez plaisante rencontre. Effectivement, cette dernière ne s'en douta point jusqu'à ce que, sentant les tranchées (c'était son premier enfant), elle crut avoir la colique, et envoya quérir un apothicaire pour se faire donner un lavement. Mais cet homme ayant voulu savoir où était son mal, reconnut ce que c'était. Elle se moquait de lui, le mari arrive; l'apothicaire lui dit que sa femme était prêt.- à accoucher. Le voilà bien étonné; il envoie quérir une sage-femme, et Madame de Clermont accouche d'un enfant bien formé et bien venu.
Naïvetés. —La reine, mère de Louis XIV. disait à une dame enceinte : « Ah ! que vous me feriez du plaisir d'accoucher ce mois d'août, afin que vous puissiez venir à Bourbon avec moi! » La daine de retour chez elle, dit à son mari qu'il fallait envoyer chercher la sage-femme, parce qu'elle voulait accoucher dès la nuit suivante, pour ne pas désobliger une aussi bonne reine.
Marmontel prête au duc d'Uzès une naïveté courtisanesque de même force : La reine lui demandant, un jour, quand la duchesse accoucherait, il répondit : « Quand il plaira à Votre Majesté. »
ajR LES ACCOUCHEMENTS iT
Une duchesse de Renan était pins fière. On lui demandait à quelle époque elle comptait accoucher. Je me flatte, dit-elle, d'avoir cet honneur dans deux mois. » L'honneur était d'accoucher d'un Rohan (1).
Facétie de Mazarin. — Si l'on en croit l'auteur des M delà duchesse de Mazarin (2), le ministre d'Anne d'Autriche,
malgré les préoccupations du pouvoir et malgré sa qualité de car. diual. aurait trouvé le loisir de se livrer ;'i des facéties d'un goût fort douteux. Il se serait avisé de persuader à une enfant de six ans qu'elle était enceinte et même qu'elle était accouchée :
Une chose qui nous fit fort rire en ce temps-là, fut une plaisanterie que Monsieur le Cardinal lit à Madame de Bouillon, qui ponvoit avoir six ans. La Cour étoii pour lors à la F^re. f'n jour qu'il la railloit sur quelque galant qu'elle devoit avoir, il --'avisa à la fin de lui reprocher qu'elle étoit grosse. Le ressentiment qu'elle en témoigna le divertit >i fort, qu'on r'-solut de continuer à le dire. On lui étréciss it ses habits de temps en temps., et on lui faisoit a croire que c'étoit elle qu'avoit u- Cela dura autant qu'il falloit pour lui faire paraître la chose vraisemblable ; mais elle n'en voulut jamais rien croire, et s'en défendit toujours avec beaucoup d'aigreur, jusqu'à ce que le temps de l'accouchement étant arrivé, elle trouva un matin entre ses draps un enfant qui venoit de naître. Vous ne sauriez comprendre quel fut son étonnement et sa désolation à cette vue. • II n'y a donc, disoit-elle. que la vierge et moi, a q,>; cela soit arrivé car je n'ai du tout point eu de mal. » La Reine la vint consoler et voulut être marraine : beaucoup vinrent se réjouir
avec l'accouchée: et ce qui avoit été d'abord un passe-temps domotique, devint à la fin un divertissement public pour toute la Cour. On la pi fort de déclarer le père de l'enfant : mais tout ce qu'on en put tirer, fut. e ne pouvait le Rn ou le Comi • ïln'y
avoit que ces deu v hommes-là qui l'eus- e. Pour moi. qui avoit
trois ans plus qu'elle. j'étois toute glorieuse de savoir la vérité de la chose ; et je ne pouvois me lasser «l'en rire pour faire voir que je la sa
1 Champfort, Caractères et anecd (2) L'Abbé de saint-Real (1639-*
18 Cl RIOSITÉs UISTORIQl ES
( Jette anecdote nous prouve que la jeunesse de l'époque était des plus précoce el qu'elle savait, dès Le plus bas-âge, que les enfant*
ne viennent pas sous les choux.
Progéniture avariée des monarques :
— Me direz-voùs, Guénaud, demandait Louis XIV, pourquoi mes bâtards sont sains et ne meurent point, tandis que les enfants de la reine sont aussi délicats et meurent ?
— Sire, répondit le docteur, c'est que Votre Majesté n'apporte chez La reine que les rinçures du verre.
De même, l'empereur Joseph I, n'étant encore que roi des Romains, reprochait à son épouse de ne lui donner que des archiduchesses :
— Sire, lui répondit la princesse, si Votre Majesté avait remis, en dé] tut à quelque personne de sa cour une caisse remplie de Kreutzers, pourriez-vous exiger qu'elle vous la restituât remplie de ducats d'or? Je vous rends le dépôt que vous m'avez confié: il n'était pas en mon pouvoir de le changer.
Légitimité de Louis XIV. — Tous les auteurs contemporains s'accordent à douter de la légitimité de Louis XIV, mais ils diffèrent sur le nom du nère supposé. Les uns nomment le marquis d'Ancre ; de là ce couplet tiré d'une chanson de l'époque :
Si la reine alloit avoir Un enfant dans le ventre Il seroit bien noir, Car il seroit d'encre.
D'antres, désignent le due de Buckingham ; d'autres enfin le cardinal de Richelieu, Lui-même, comme L'indique une chanson composée à la mort du roi Soleil et dont nous donnons les premiers couplets :
Or écoutez, mes chers amis, Le très véritable récit, L'histoire de notre monarque, Et vous jugerez si la Parque A bien ou mal fait de trancher La trame d'un prince si cher.
Son père, le roi des Français, Tous lesjours faisait des souhaits Pour que la reine vint enceinte :
Il priait les saints et les saintes.
Le Cardinal priait aussi, Et beaucoup mieux y réussit.
Au bout de neuf mois vint au joui- Un petit enfant de l'amour Avec des dents longues et belles :
Lors on consulta son étoile Et dès ce temps-là l'on prédit Qu'il mangerait grands et petits.
D'abord sur ses mamans tétons (1)
S'exerça ce maître glouton,
Et leur montrant ses dents cruelli
Il leur déchirait les mamelles.
Chacune d'elles le quitta,
Puis une louve l'allaita. (2)
Louis XIII, lui-même, parut douter de sa paternité tardive, car il refusa d'embrasser le nouveau-né à sa naissance. Cet affront altéra la santé de la reine, au point de mettre ses jours en danger.
Mots du duc de Roquelaure et du duc de Lauzun. — Louis XIV avait marié une de ses maîtresses avec Roquelaure qui, en outre d'une large dot, reçut le titre de duc. La duchesse accoucha d'une fille quatre ou cinq mois après le mariage. Quand l'enfant vint au monde, le père putatif s'écria :
(1) Ses nourrices.
(2) Perette Dufour, femme de M. Anodin père et mère de l'évêque de Tulle. Elle ressemblait à une louve.
T. II. I
:;n curiosités bistoriques
— Soyez la bienvenue, Mademoiselle ; je 110 vous attendais pas sitôl .
Mon DieUj Molière îTa-t-il pas dit :
Un partage avec Jupiter
N'a rien du tout qui déshonore.
A la cour, même plus tard, les maris étaient de bonne composition sur l'infidélité conjugale.
M. de Lauzun était séparé de sa femme depuis six ans. Un jour qu'il rendait visite à Mme de Boufflers, celle-ci dit : « Que feriezvous, mon cher duc, si votre femme vous écrivait demain matin qu'elle est enceinte ? » M. de Lauzun salua légèrement de la tête, et riposta avec un admirable sérieux : « Madame la duchesse, je m'empresserais de répondre à Mme de Lauzun : « Enfin, Dieu a béni votre union ! J'irai ce soir vous présenter mes hommages. » Ajoutons toutefois que l'honnête Louis XVI s'indigna d'un si beau sang froid.
Au moins M. de Roquemont, lui, prenait ses précautions.
M. de Roquemont, dit Chamfort, dont la femme était très galante: couchait une fois par mois dans la chambre de madame, pour prévenir les mauvais propos si elle devenait grosse, et s*en allait en disant : « Me voilà net; arrive qui plante (1). »
Sages-femmes protestantes. —Bien avant la révocation de l'Edit de Nantes, qui eut lieu en 1698, on sait que les protestants eurent à subir toutes sortes de persécutions: ainsi il était interdit aux sages-femmes, appartenant à la religion réformée, d'exercer leur profession, comme le prouve cette Déclaration du roi :
(1) Dans un cas 'analogue à ceux dont nous parlons, un prélat facétieux. M. de Brançay, évoque de Lisieux, ôta d'inquiétude un savetier par un argument professionnel. Ce savetier le persécutait pour faire rompre son mariage, pareeque sa femme était accouchée dans le premier mois môme « 1 « * leur union. L'év.êque lui dit :
— Mon ami, par Les constitutions de votre profession, ne vous est-il pas défendu '!<• t ravailler en neuf ?
— Oui. Monseigneur.
— Eh bien, qu'avez-vous à vous plaindre:' Le Bavetier, convaincu, s'en alla content.
Louis, par h g de Dieu roy de France et de Navarre : A tous ceux
qui c ttes lettres verront : Salut.
Nous avons esté informez qu'il se commet beaucoup d'abus par ceux
de religion prétondue réformée de l'un et de l'autre sexe, qui se mêlent d'accoucheret faire les fonction- de niait mmes dansl'éten -
due de nostre royaume, en ;ivant les principes de leur religion,
ne croyant pas le baptême absolument re et ne pouvant pas
d'ailleurs ondoyer les enfans, parce qu'il n'est libre qu'aux min baptiser, et mesme dans les temples, quand il arrive qu .fans
sont en péril de leur vie. l'absence desdits ministres, ou l'éloignemënt des temples causent souvent leur mort sans qu'ils ayent reçu le baptême, qu'il arrive encore que lors que lesdits de la religion prétendue réformée sont employez à l'accouchement des femmes catholiques quand ils connaissent qu'elles sont en danger de la vie, comme ils n'ont pas croyance aux saereinens. ils ne les avertissent point de Testât où elles se trouvent; en sorte qu'elles meurent Bans que lesdits sacremens leur ayent esté administrez. A quoi voulant pourvoir et empescher en m temps, que les enfans illégitimes dont on cache la naissance et dont l'éducation est ordinairement confiée à ceux qui accouchent le> m< s'ils font profession religion prétendue réformée, ne les instruisent dans la dite religion ; bien que les pères et nié: at profession
de la religion catholique , apostolique et romaine : A ces c et autres à ce m ou van s, de l'avis de nosl nseil et de n
certaine science . pleine puissance et autorité royale . avons dit déclaré, disons et déclarons par ces présent nostre main,
voulons et nous plaist : qu'aucunes personnes de quel soit faisant profession de la religion prétendue réformée ne puissent doresnavant se mêler d'accoucher, dans royaume, pais et terres de
nostre obéissance, des femmes tant de la religion catholique, apostolique et romaine que de la R. P. R. leur faisant très exp iiibitions et detïenses de s'y immiscer, à peine de 3.000 livres d'aman d'estre pr xtraordinairement contre les contrevenai faisant, avons dérogé et dérogeons à l'article o0 de nostre déclaration du premier jour de février 1669 par laquelle nous avons ordonné qui sujets de R. P. R. seront admis et receus à tous I - Arts et Mestiers dans les formes ordinaires des apprenl ianle> lieux où il y a de la maîtrise. Si donnons en mandement à nos amez et féaux Conseillers, les gens tenans nostre Cour de Parlement bailli schaux et à tous autres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra, que cesdites pi nt à faire lire, publier et enregistrer purement et simplement, le contenu en icelles exécuter, garder et c»; - Ion leur forme et teneur, nonobstant l larations. arrests et règlements à ce contraires ; enjoignons aos
CURIOSITÉS BISTORIQ1 ES
reur général el ses substituts, de faire, pour l'accomplissement de nostre intention, t<»utes les poursuites el réquisitions nécessaires et à tous nos sujets de donner avis aux juges des lieux, des contraventions qui pourront estre faites à cesdites présentes; car tel est nostre plaisir : En témoin de quoy nous avons l'ait mettre nostre scel à cesdites Présentes. Donné à Saint-i rermaiD en Lave le 20me jour du mois de février, l'an de grâce mil six cens quatre vingt, et de nostre règne le trente-septième. Signé, louis, et sur le reply, Par le Roy; Colbert et scellées du grand sceau de cire jaune.
Sur le sonnet de l'avorton. — Le fameux sonnet de Y avorton, par Jean Hesnault, est fort connu. Nous reproduirons cependant ici ce morceau devenu classique pour ainsi dire :
Toi qui meurs avant que de naître, Assemblage confus de l'être et du néant. Triste avorton, informe enfant, Rebut du néant et de l'être.
Toi que l'amour fit par un crime,
Et que l'honneur défait par un crime à son tour.
Funeste ouvrage de l'amour.
De l'honneur funeste victime.
Donne fin au remords par qui tu t'es vengé, Et du fond du néant où je t'ai replongé N'entretient point l'horreur dont ma faute est suivie.
Deux tyrans opposés ont décidé ton sort : L'amour, malgré l'honneur, t'a fait donner la vie, L'honneur, malgré l'amour, te fait donner la mort. (1)
Voltaire est d'ordinaire une autorité sûre. Notons cependant dans le siècle de Louis XIV une erreur au sujet de cette pièce de vers et des circonstances qui Tout fait composer. L'historien écrit :
L'aventure infortunée d'une fille d'honneur delà reine, en 1073, donna lieu à un nouvel établissement. Ce malheur est connu par le sonnet de
Mi V*. lu Réponse de V Avorton et ÏEpitaphe de ///((demoiselle de Guerchy, p. 665 de ['histoire des accouchements.
VAvorton, dont les vers ont été tant cités. Les dangers attachés à l'état
de fille, dans une cour galante et voluptueuse, déterminèrent à Bubstituer aux douze tilles d'honneur qui embellissaient la cour de la reine, douze dames du palais.
Or le sonnet de l'avorton ne pût être se par Hesnault ai
1670, puisqu'il se trouve dans le recueil de ses 3, imprimé â
cette date : et c'est à cette même date de 1670, qu'arriva réellement l'aventure qui en fut l'occasion. Quant à l'institution des dames du palais, elle est bien de l'année que donne Voltaire.
Les Mémoires historiques d'Amelot de la H 1 donnent
quelques détails curieux sur ce fait divers. Le curé de Saint-Eustache ayant refusé la sépulture au corps de la malheureuse Mlle de Gruerchy, son corps fut porté à l'hôtel de Condé et consumé dans la chaux. La Constantin, sage-femme qui avait aidé au crime, fut pendue à la Croix-du-Trahoir. et le comte de Grammont dit plaisamment à Louis XV que, ce jour-là. il avait vu conduire au gibet « la sage-femme des filles de la reine. >; Le clergé de Paris déclara à la justice qu'après le supplice de la Constantin, plus de six cents femmes s'étaient confessées d'avoir tué et étoutfé leur fruit.
Les demoiselles d'honneur à la Cour de Henri II d'Angleterre.— Les Mémoires de Grammont nous apprennent, qu'à la cour de Charles II d'Angleterre non moins qu'à celle de Louis XIV. la vertu des demoiselles d'honneur était sujette à défaillance. Hamilton, leur auteur, nous parle de « la dédaigneuse Warmestré -, qui. « surprise apparemment pour avoir mal compté, prit la liberté d'accoucher au beau milieu de la cour. » L'enfant était vraisemblablement d'un certain lord Taaffe.
La reine envoya demander à mylord Taafife s'il reconnaissait mademoiselle YVarmestré pour sa femme. Il assura très respectueusement qu'il ne reconnaissait ni mademoiselle YVarmestré ni son enfant, qu'il s'étonnait comment on voulait plutôt lui en faire l'honneur qu'un autre. La malheureuse YVarmestré plus indignée de cette réponse qu'affligée de la perte d'un tel amant, quitta la cour dès qu'elle le put., résolue de quitter le monde à la première occasion.
' ".ompilation posthume, publiée pour la première fois en 172-2.
Ce lui inutile. Un gentilhomme de campagne, cousin d'un courtisan, nommé Killegrew, était l'amant rebuté de la nouvelle accouchée. Killegrew lui fait récil du scandale. Le cousin se met dévotemenl àgenoux, fève les yeux au ciel et fait cette oraison:
Loué soit le Seigneur d'une petite disgrâce qui fera peut-être le bonheur de nia vie! Que sait-on si la belle Warmestré ne voudra point de moi à présent, et si je n'aurais pas le bonheur de passer mes jours avec une femme que j'adore, et dont je puis espérer des héritiers,
— Oui-dà! dit Killegrew, plus confondu que l'autre n'aurait dû l'être, vous pouvez compter sur l'un et sur l'autre. Je ne doute pas qu'elle ne vous donne la main dès qu'elle sera relevée, et ce serait une grande malice à elle, qui en sait faire, de vous laisser manquer d'enfants. Je vous conseille de prendre tonjours celui qu'elle vient d'avoir, en attendantes autres.
On railla, mais l'amant fidèle fit comme il avait dit.
Quelque temps après, nouvelle grossesse dans la respectable compagnie des filles d'honneur. C'était le tour de mademoiselle Bellenden, « une bonne créature, à qui l'embonpoint et quelque fraîcheur tenaient lieu de mérite, et qui, n'ayant pas l'esprit d'être coquette dans les formes, faisait tout de son mieux pour contenter tout le monde par sa complaisance. » L'exemple de la Warmestré ne l'avait pas effrayée, mais elle eut la prudence de quitter la cour avant d'en être chassée.
Enfin, dans les Mémoires de Grammont, nous recommandons aux amateurs d'anecdotes croustilleuses, contées avec délicatesse el esprit9 le récit trop long pour être cité ici, où le Killegrew. déjà nommé, persuade à la naïve Temple, fille d'honneur de la duchesse d'York, qu'elle est grosse des œuvres de sa compagne Hobart (1).
La religieuse de Moret. — Suivant une tradition, une petite more, élevée dans le plus grand mystère au couvent de Moret, aurait été la iille naturelle de Marie-Thérèse, femme de Louis XIV. Voici le conte que l'on faisait. Duquesne avait donné à la reine un
(1) Chap. xii.
oo
jeune more, nommé Nabo, qui avait plu beaucoup à sa maîtresse. Cependant Xabo serait mort subitement et, peu après, sa Majesté aurait accouché d'une fille, si noire que le chirurgien Félix crut devoir la faire passer pour morte. La négresse fut envoyée aux religieuses de Moret (1) qui rélevèrent dans l'ignorance de son
Fig. 3. — La religieuse de Moret.
origine. On ajoute qu a son lit de mort, Marie-Thérèse révéla l'existence de cet enfant à Louis XIV. Les médecins, se hâtant alors d'expliquer sa couleur, jurèrent à sa Majesté qu'il avait suffi d'un regard du more pour faire une more de la petite fille.
— Un regard, répondit Sa Majesté, Hum ! il était donc bien pénétrant (2) !
Voici qui nous parait plus conforme à la vérité. Le 8 octobre 1719 la princesse palatine, duchesse d'Orléans, écrivait :
(1) Le portrait de cette mulâtresse (fig. 3) se trouve dans une salle de la bibliothèque Ste-Geneviève où nous l'avons fait relever.
(2) L'intermédiaire de* curieux.
M est faux que La reine ail mis nu monde une négresse. Feu Monsieur, qui avail été présent, disail que La petite princesse était laide, mais poinl noire. On ne peut ôter de la tète du peuple que l'enfant ne vive encore, qu'elle ne soii dans un couvent, à Moret près de Fontainebleau; cependant il est certain que l'enfant Laide est morte, toute la cour l'a vue mourir (1) .
Naissance du duc de Bourgogne. — Nous avons déjà donné de nombreux détails, dans nos Accouchements à la Cour., sur la naissance du duc de Bourgogne, petit fils de Louis XIV, el sur les réjouissances qui en furent la conséquence. L'enthousiasme général gagna l'indifférent Lafontaine qui s'avisa de vouloir, lui aussi, témoigner de son allégresse en composant deux ballades aussi médiocres l'une que l'autre.
1° Ballade pour la naissance de Monseigneur le duc de Bourgogne (2).
Or est venu dedans nôtre univers
Cet héritier d'un assez bel Empire,
Cet enfant cher à cent peuples divers.
Cher au héros par lequel il respire,
Cher à Louis, et cela, c'est tout dire :
C'en est assez pour obliger les Dieux
A conserver des jours si précieux :
Jours où leur main tous ses trésors enserre :
Depuis qu'on voit la lumière des cieux,
Plus beau présent ne s est fait à la terre.
(1) Voir les Mémoires de Maurepas, t.I, p. 101 et de Saint-Simon, t. III, p. 126. Anquetil, (Louis XIV, sa cour et le régent,), ajoute à la lin de son troisième volume:
J'ai lu quelque part, je ne sais plus où, qu'on disait tout bas à la cour, entre les personnes Les mieux instruites, que cette more était fille d'un cocher de Louis XIV, dont la femme étail fort jolie. Cela concilierail h-- égards, assez mesquins, qu'on a eus pour elle pendant la vie du roi, avec le délaissemeni absolu qui a suivi. 2) 6 aoûl 1682.
Notre Apollon dans ses divins concerts, Chante déjà cet enfant sur sa lire :
Je vois pour luy méditer tant de vers, Qu'impossible est aux neuf sœurs d'ysuffire. Bien que ma Muse aux grands etïorts n'aspire, Je m'écriray d'un ton audacieux :
Par cet enfant de gloire ambitieux, Aux bords lointains puisse passer la guerre ! Puisse la paix s'affermir en ces lieux ! Plus riches dons ne se font sur la terre
11 nous promet des printemps sans hyvers,
Point d'aquilons, un éternel zéphire.
Bien peu de cœurs éviteront sjs fers
C'est ce qu'un sage aux astres m'a fait lire.
Amour l'appelle avec un doux sourire;
Bellonne aussi le rendra glorieux
Son maître en l'art de lancer le tonnerre,
Il en tiendra cet air impérieux :
Plus beau talent ne règne sur la terre
Envoy
ù Madame la Dauphine.
Princesse aimable et d'esprit gracieux.
Regardez bien ce qui s'est fait de mieux Depuis qu'imen des nœus d'amour nous serre ; Sur cet enfant ayez toujours les yeux ; Plus digne soin n'est pour vous su,' la terre.
2' Ballade pour la naissance de Monseigneur le duc de Bourgogne.
Or est venu l'enfant si souhaité.
Voici son sort : j'en ai fait la figure,
Premièrement, si j'ai bien supputé,
De cent printemps l'agréable peinture
Viendra pour lui rajeunir la nature.
Nombre d'amours pendant ses jeunes ans
Lui serviront de premiers courtisans :
Puis d'autres soins, troupe aux jeux ennemie,
Lui fileront à l'envi le destin
De trois grands Dieux directeurs do sa vie :
Ces trois dieux sont Mars, Amour etJupin.
Cl RIOSITÉS HISTORIQUES
Amour viendra le beau premier en danse.
Je voua le dis, belles, songez à vous :
Mais que sert-il ? Royale adolescence
Pour tous les cœurs esl un charme trop doux.
Te] accident n'est mort d'homme entre nous.
Pleurs et soupirs pourront en cette terre
Régner alors : puis par une autre guerre
Ils passeront au climat du matin ;
Et ne se doit reposer la victoire,
Que tous les Turcs faits François à la fin (1),
De trois grands Dieux leur vainqueur n'ait la gloire
Ces trois dieux sont Mars, Amour et Jupin.
Mars est entré le second dans la lice :
Ce temps doit faire admirer un héros,
Un rejeton du maître en l'exercice
Qui fait les dieux : car ce n'est le repos.
Son petit-fils l'aura, dans ses travaux,
Pour précepteur à lancer le tonnerre,
A bien régler, à conduire une guerre,
Au prix de lui, novices en cet art
Sont réputés Alexandre et César.
Telles leçons finiront la carrière
Du nouveau-né, qui dans un long destin,
De trois grands dieux fournira la matière :
Ces trois dieux sont Mars, Amour et Jupin.
Envoy A Monsieur et à Madame la Dauphine
Princesse aimable, et vous, digne Dauphin, Vos qualitez ont formé cet ouvrage, Triple chef-d'œuvre, enfant plus que divin, Qui de trois dieux fera voir l'assemblage : ( 'es frais dieux sont Mars, Amour et Jupin.
(1) Cette ballade a été écrite peu avant le bombardement d'Alger qui eut lion le 30 août 1682.
Madame Fouquet. — L;i Fontaine, qui était profondément attaché à Fouquet et à sa t'a mille, avait été mieux inspiré dans l'ode qu'il composa sur une fausse-couche de Madame Fouquet et surtout dans l'élégie qu'il lui adressa sur la naissance de son dernier fils.
lo Ode Anacréontique
A Madame la Sur-Intendante, sur ce qu'elle est accouchée avant terme, dans le carrosse, en revenant de Toulouse (1).
Puis-je ramentevoir l'accident, plein d'ennui, Dont le bruit, en nos cœurs, mit tant d'inquiétudes ? Aurais-je bonne grâce à blâmer aujourd'hui Carrosses en relais, chirurgiens un peu rudes ?
Falloit-il que votre œuvre imparfait fut laissé ? Ne le deviez-vous pas rapporter de Toulouse ! A quoi songeoit l'amour qui l'avoit commencé, Et sont-ce là des traits de véritable épouse ?
Xe quittant qu'avec peine un mari, par trop cher. Et le voyant partir pour un si long voyage, Vous le voulûtes suivre, il ne pût l'empêcher : De vos chastes amours vous lui deûtes ce gage.
Dites-nous s'il devoit être tille ou garçon,
Et si c'est d'un Amour, ou si c'est d'une Grâce
Que vous avez perdu l'étoffe et la façon,
A quelque autre poupon laissant libre la place ?
Pour tous les fruits d'hymen qui sont sur le métier, Carrosses en relais sont méchante voiture. Votre poupon, au moins, devoit avoir quartier ; Il étoit digne hélas ! de plus douce aventure.
Vous l'auriez achevé sans qu'il n'y manquât rien, De grâces et d'amours étant bonne ouvrière. Dieu ne l'a pas voulu peut-être pour un bien, Aux dépens de nos cœrs il eût vu la lumière.
(1) Ode adressée à Marie-Madeleine Castille Villemareuil, seconde femme de Fouquet .
60 CURIOSITKS 1IISTOKIQUES
Olympe, assurémenl vous auriez mis au jour Quelque subjecl charmant, et peut-être insensible. Votre sexe ou le nôtre en seroit mort d'amour, M;iis nous ne gageons rien, c'est un sort infaillible.
Ce miracle ébauché laisse ici frères <jt sœurs,
Chez vous mâle et femelle il en est une bande : Un seul étant perdu ne nous rend point nos cœuis : De ceux qui sont restés la part sera plus grande.
2° A Madame la Sur-Intendante, sur la naissance de son dernier fils, à Fontainebleau (1).
Vous avez fait des Poupons le Héros
Et r;iv<v. l'ait sur un très bon modèle.
il tient déjà mille menus propos;
Sans se méprendre, il rit à la plus belle :
C'est, ce dit-on, la meilleure cervelle
De nourrisson qui soit sous le soleil
Pour bien tetter il n'a pas son pareil:
Il fait en tout son jugement paroitre.
Quelqu'un m'a dit qu'il sera du Conseil,
(Sans y manquer) du Dauphin qui va naître.
Or vous voilà mère de trois (2) amours : Dieu soit loué, la Reine de Cythère N'en a qu'un seul qu'elle monstre toujours, Et cet enfant ne va pas sans sa mère: A se conduire il n'a pas peu d'affaire, ■ Etant privé de la clarté des cieux; Mais vos trois fils ont chacun deux beaux yeux. Deux magasins de lumière et de Haine, Deux vrais soleils, dont l'éclat radieux Eblouira quelque jour plus d'une âme.
De vos ainez d'autres gens ont écrit; De ce cadet je dirai quelque chose:
C'est un enfant tout sens et tout esprit. D'un peu de joye au Parnasse il est cause; A le louer déjà l'on se dispose:
( 1 1 II s'agil ici du troisième tils de Fouquet, Louis marquis de Belle-Ile. (2) La Fontaine avait d'abord écrit Deux amours. Il signale lui-même cette distraction dan-- um- de ses lettres à Fouquet.
SLR LES ACCOUCHEMENTS 61
Son nom chanté par cent Auteurs divers, Sera bientôt le sujet de nos vers.
Et remplira, selon son horoscope, Tous les échos qui sont dans l'univers : Pour un tel nom trop petite est l'Europe.
J'ai de mon dire Apollon pour garand.
Voici de plus ce qu'ajoute Uranie :
Notre Petit doit un jour être Grand.
C'est Jupiter qui réglera sa vie.
Il lui promet des biens dignes d'envi»'. De hauts emplois, des honneurs à foison: Et cet enfant est né dans sa maison, Ce qui présage une grandeur suprême.
Vous voyez bien que la Musc a raison; Car Jupiter et Louis c'est le même.
Dans l'horoscope il est encor parlé Des qualitez nobles, grandes et belles Par .qui sera cet enfant signalé.
Et dont il a déjà des étincelles; Je croi qu'en lui la raison a des ailes : Comme son père il aimera l'honneur.
Il logera quelque jour dans son cœur De rares dons une troupe infinie:
Ce me seroit un insigne bonheur. Si je logeois en telle compagnie.
Une manie de Frédéric- Guillaume (1). — On sait que le roi de Prusse Frédéric Guillaume Pr, père du grand Frédéric, aimait les grenadiers à forme athlétique qu'il payait fort cher. Il essaya d'en produire chez lui. et il mariait, par ordre, des géants avec des géantes.
Quand il apprenait que d'une de ces unions était né un enfant à grandes mains et à grands pieds, il se réjouissait et demandait qu'on lui expédiât la mère et la progéniture tout de suite, même en pleine rigueur de l'hiver et quand il fallait que l'accouchée fit le voyage de Clèvesà Berlin. Il consentit cependant à attendre jusqu'en mars ; il écrivit alors bas de l'ordre, d'envoyer la femme et l'enfant : • Pressé, maintenant il fait bon. » (2).
(2) Lavisse. La jeunesse du grand Frédéric.
Cri ci Riosrrés bistoriqi es
Quelques extraits de la correspondance de Madame Elisabeth d'Orléans- — Charlotte-Elisabeth de Bavière (1652-1728), fille de L'électeur Palatin, Charles-Louis, seconde femme de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV et mère du régent (1), est une figure originale entre toutes celles delà cour du grand roi. Son immense correspondance, dont nous ne connaissons qu'une partie, est d'un ton fort étrange. Cette femme qui avait « la figure et le rustre d'un Suisse (2) » y use volontiers de termes à faire rougir les vrais Suisses à hallebarde qui gardaient la porte de son royal beau-frère. Son rire est celui d'un Rabelais femelle gorgée de bière lourde et de choucroute bien salée ; nous n'en voulons pour preuve que la fantaisie scatologique imprimée à la fin du recueil de .M. Brunet. Ajoutons que son époque était celle d'un incroyable sans gêne ; tout le monde a lu dans Saint-Simon le récit des audiences que donnait M. de Vendôme, trônanl sur sa chaise percée, et d'Argenson nous raconte queMme de Prie le reçut, un jour, sur son bidet. D'ailleurs il semble y avoir eu peu debégueulisme dans l'éducation de la Palatine. Écoutons-là raconter un souvenir de son enfance :
On avait mis une poupée dans un buisson de romarin, et on voulait me faire croire que c'était l'enfant dont ma tante venait d'accoucher: au même moment je l'entendis crier horriblement, car félectiïce était en mal d'enfant; cela ne s'accordait pas avec l'enfant dans le buisson de romarin ; je lis comme si je le croyais, mais je me «-lissai dans la chambre de ma tante, comme si je jouais à la cachette avec le jeune Bulau et avec llaxthausen,et je me tapis derrière un grand paravent qu'on avait placé devant la porte auprès de la cheminée. On apporta l'enfant auprès de la cheminée pour le baigner; je sortis de ma cachette. Je devais avoir le fouet, mais en L'honneur de l'heureux événement, je ne fus que bien gronder.
Mais passons à la Palatine ses trivialités,, ses grossièretés, même son injustice pour les Français ; c'était un honnête homme. Saint- Simon, une bien mauvaise langue pourtant, lui rend cet hom-
1 1 ) Le nom qu'on lui donnait à La cour était Madame : son nom officiel ('•tait Madame duchesse d'Orlèan*\ mais L'histoire lui n conservé celui de Princesse Palatine.
(2) Saint-Simon.
I. Première grossesse de Madame. — Le premier enfant de Madame fut le duc de Valois : il mourut en bas-âge. La Palatine fait part à une de ses correspondantes d'Allemagne, M,le Uffel, de ses impressions de grossesse :
O ma chère demoiselle Uffel ! qu'il est gênant pour un enfant bruyant, turbulent et fantasque de ne pouvoir plus courir, sauter, se promener en voiture : il faut se laisser porter sur une chaise : encore si tout cela était bientôt terminé, on en prendrait son parli; mais cela durera neuf mois, et c'est terriblement long et ennuyeux. Lorsqu'une fois cet œuf sera pondu, je voudrais pouvoir vous l'envoyer par la poste àOsnabruck, car vous êtes plus que qui que ce soit dans c9 pays au fait de ce qu'il faut faire en pareil cas, et je suis convaincue par m i propre expérience que vous en auriez bien soin ; mais ici aucun enfant n'est en sûreté : les docleurs ont déjà expédié dans l'autre monde cinq des enfants delà reine : le dernier est mort il y a trois semaines : ils en ont fait autant pour trois des enfants de Monsieur, ainsi qu'il le dit lui-même. (£672).
2o. Légitimité de Jacques - Edouard. — La légitimité de Jacques-Edouard, fils de Jacques II (1). fut violemment attaquée dans divers libelles du temps (2). M. Brunet. dans les savantes notes dont il a accompagné son recueil des lettres de la Palatine, a cité plusieurs titres. D'ailleurs, remarque-t-il, ces écrits ne sont pas d'accord entre eux; les uns affirment que le fils de Jacques II, connu plus tard sous le nom du Prétendant (3), fut un enfant substitué pour amener le dénoùment d'une feinte grossesse ; d'autres consentent à lui laisser la reine pour mère, mais ils attaquent vivement les mœurs de cette princesse. Dans une comédie satirique imprimée en 1708. l'Expédition d'Ecosse ou le retour du prince de Galles en France, l'auteur fait dire au roi Jacques :
( 1) Né à Londres en 1088, mort en 1766.
(2) V. la pièce reproduite à la tin de ces extraits, page 71.
(3) M. Brunet commet ici une erreur: c'est le (ils aîné de celui qui nous occupe, Charles-Edouard, qui fut connu sons le nom de Prétendant : Jacques-Edouard, l'était sous celui de <:}u>c<ii{<>r d" Saint-George. Y. nos Accouchements à la Cour.
64 Cl RIOSITÉS BISTORIQUES
Je voulus, par l'avis d'un jésuite pervers, Paire la reine grosse aux yeux de L'univers ; La chose réussit ; la reine en apparence, Dans une obscurité de nocturne silence, Mit au monde un enfant né depuis plus d'un mois, Car ilétoit le fils d'un des moindres bourgeois.
Il existe aussi des caricatures sur le même sujet. Dans beaucoup, ligure une bassinoire ; on prétendait, en effet, que l'enfant avait été introduit dans le lit de la mère prétendue au moyen de cet ustensile. Suivant certains, Jacques-Edouard aurait été le fils d'un meunier; aussi une caricature représente-t-il la reine Marie de Modène assise près d'un berceau ; auprès d'elle, un jésuite qui parait avoir des façons assez familières: l'enfant dans le berceau tient un petit moulin qui indique la condition de ses vrais parents.
Pour la Palatine, la légitimité du fils de Jacques II est hors de contestation :
Est-il possible que vous croyiez que le jeune roi d'Angleterre soit un enfant supposé et non le fils de la reine ? je gagerais sur ma tête qu'il est parfaitement légitime : d'abord il ressemble à la reine sa mère comme deux gouttes d'eau (1), ensuite je connais une dame qui a assisté à sa naissance, qui n'était pas du tout amie de la reine et qui, pour dire la vérité, m'a avoué qu'elle était venue là afin de tout surveiller ; elle m'a déclaré qu'elle avait vu l'enfant retenu par le cordon ombilical, et qu'il était très-positivement le fils de la reine. Comme les Anglais se conduisent parfois assez singulièrement avec leurs rois, et qu'ils nont pafl encore vu d'étrangers sur le trône, on n'a pas beaucoup d'empressement à devenir leur souverain. (1700).
(1) Cette ressemblance peut, en effet, se vérifier sur les portraits cicontre (lig. 4 et 5); aussi, pour quelques-uns que ce fait eut confondu, il n'y aurait pas eu substitution d'enfant niais infidélité de la reine. Elle aurait suivi L'exemple d'Anne d'Autriche, connue le donne à penser ce quatrain à double tranchant :
A Jacques disait Louis :
— De Galles, est-il votre fils?
— Oui dà, par Sainte Thérèse, Connue vous de Louis Treize.
Dix ans plus tard, la duchesse d'Orléans reviendra encore sur
cette question, toujours débattue :
Quant ù la reine d'Angleterre, femme de Jacques II, que nous
lllllllllllllllllllllllllllllllllllllfll
imiitiiiiMiiimiiimitiiiniiiimiiiMiliiiiihiiil
FlG.
connûmes à Saint-Germain, il est certain que, comme sa belle-fille voulait lui soutenir qu'elle n'était pasenceinte, elle aurait dû prendre de
T. II
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plusgrandes précautions ;j'en ai parlé moi-même à Sa Majesté ; elle m*i
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«lit qu'elleavail prié La princesse A.nne de mettre La main sur son ventre et de sentir comme quoi L'enfant se remuait, mais que celle-ci n'avait pas
SUR LES ACCOUCIIEMK\r<
voulu le faire ; la reine dit qu'elle n'avait jamais pu penser que des gens, qui chaque jour la voyaient grossej pussent croire qu'elle n'avait pas accouché.
3o Jeux de princes. — La Palatine n'aimait pas la jeum dorée de son temps. Avait-elle tort ? On en va juger.
Ici les jeunes gens s'amusent beaucoup à des bals en masques. Cette nuit a eu lieu le troisième, qui a dur.'', dit-on, de minuit à huit heures du matin . .
Nous avons d'horribles petites histoires de ce bal de Paris. Une gentille petite femme, qui était grosse, s'y trouvait. Dans la presse elle reçut tin coup de pied : elle est morte comme Poppée (1). Ce n'esl pas un empereur qui lui a porté le coup, mais un prince du sang royal, un jeune coq écervelé.
Quel était ce prince du sang royal ? Peut-être cet aimable duc de Cbarolais (1700-1750), qui se plaisait à tirer les couvreurs sur les toits comme des pigeons ou des moineaux francs? Les manières singulières dont ce personnage usait à L'égard des daines permettent de le supposer. La Palatine nous racontera le plus crûment du monde un de ses traits. Sachons d'abord que la veuve d'un commissaire général de la marine, une certaine dameVérit de Saint-Sulpice, aimait fort à prendre ses ébats avec les princes : mal lui en prit, comme nous allons voir :
En soupant avec le comte de Gharolais, il l'enivra complètement, la déshabilla, lui appliqua un pétard tout enflammé sur un endroit qu'il ne faut pas nommer, en disant: « Il faut que petit Bichon mange aussi, s
Elle fut horriblement brûlée ; il l'enveloppa dans an drap délit et la renvoya chez elle dans un fiacre (2) (1731).
i h V. page 1"/.
(2) La version de Maurepas et celle de l'avocat Barbier, dans son Jour nal historique et anecdotique du règne de Louis XV, concordent avec le récit de la Palatine. Le Journal de Mathieu Marais présente le l'ait comme un simple accident : mais Marais était le conseil el l'ami de la dame de Saint-Sulpice .
L'aventure courut tout Paris; on plaignil peu la dame; en revanche, on la chansonna forl :
Ou
On encore
La bonne dame de Saint-Sulpice, Sans penser aucune malice, Etant seule et mettant son fard, Le feu prit à sa cheminée.
Ce fait me surprend, car Elle était souvent ramonée.
Condé, ce grand foudre de guerre, Etait plus craint que le tonnerre.
Bourbon (1), tu lui ressembles peu :
A trente ans. tu n'es qu'un novice, Car tu n'as jamais vu le feu Qu'à la tranchée de Saint-Sulpice.
Le grand portail de Saint-Sulpice, Où l'on a fait tant de service, Est brûlé jusqu'aux fondements.
Chacun s'étonne, avec justice, Que les Gondés par passe-temps, Détruisent un tel édifice (2).
(1) Le duc de Bourbon, de la maison de Condé, comme d'ailleursle comte de Charolais, était accusé (ravoir pris part à l'atroce méchanceté que qous a racontée la Palatine. Le passage suivant du Journal de Mathieu .Marais semble le mettre hors de eau
o Je vis le lendemain M. le duc de Bourbon, chez Mme de Saint-Sulpice, qui esl toujours malade de sa brûlure... De la manière dont il parla de L'accident de cette dame, il ne paraît pas qu'il y ait eu jamais aucune part. Il me demanda si on pouvait «Mer la tutelle de ses enfants à une femme qui avait eu le c... brûlé. »
Notez que cette féroce gredinerie n'est qu'un plagiai du siècle précédent. Dans la France galante de Gaston Sandras des Courtilz, nous trouvons ce qui suit au sujet des hauts laits accomplis par une bande
<!<• je is Beiffneurs, donl était le fils de Golberl :
1 Quelque débauche qu'elle lit. elle n'approcha point de celle qui fut faite dans un honnête lieu, où, après avoir traité à la mode d'Italie celle
SUR LES AGCOUGHEMBI*) I- 69
4o Les grossesses de dix mois. — La duchesse d'Orléans ne va pas si loin que les musulmans qui considèrent la durée de la gestation comme indéfinie (1), elle se contente de regarder comme fort ordinaire une grossesse prolongée jusqu'au dixième mois.
La princesse de Galles c2) est, grâce à Dieu, heureusement accouchée d'un garçon; il est fort ordinaire que des grossesses se prolongent, comme la sienne, jusqu'au dixième mois. Quant à moi, j'ai eu trois enfants, mais sans rien d'extraordinaire ; je ne me suis jamais blessée ; je les ai portés jusqu'à la fin du neuvième mois: au commencement, j'avais chaque jour des défaillances; mais cela ne m'empêchait pas de continuer mon chemin. Je suis une fois restée dix heures livrée aux souffrances les plus intolérables. J'ai perdu mon premier enfant. Mon médecin, le vieux M. Esprit (3), l'a tué comme s'il lui avait tiré un coup de pistolet dans la tète; mais tout cela est de l'histoire ancienne. (1717).
5° Un prétendu crime de Madame de Maintenon. — Le troisième fils que le grand-dauphin, fils de Louis XIV, eut de sa femme
des courtisanes qui lui parurent les plus belles, elle en prit une par force, lui attacha les bras et les jambes aux quenouilles du lit ; puis, ayant mis une fusée dans un endroit, que la bienséance ne permet pas de nommer, elle y mit le feu impitoyablement, sans être touchée des cris de cette misérable qui se désespérait. »
Nous n'ignorons pas que Sandras des Courtilz est une autorité suspecte : mais, nous nous souvenons fort bien avoir lu le fait dans des mémoires du temps entièrement dignes de foi. La fusée ou le pétard jouait un rôle important dans les distractions de l'époque. Saint-Simon raconte que le duc de Bourgogne, accomodoit un pétard sous le siège de la princesse d'Harcourt, comme elle jouoit au piquet : comme il alloit y mettre le feu, quelque âme charitable l'avisa que ce pétard l'estropieroit, et l'empêcha. » Mœurs vraiment charmantes du bon vieux temps.
(1) Ceux-ci, paraît-il, rattachent la paternité de l'enfant, né pendant un second mariage, au précédent, lorsqu'il s"est écoulé moins de quatre à cinq ans depuis le décès du premier mari.
c2 II s'aoït évidemment de Caroline d'Anspach, femme du prince de Galles, roi d'Angleterre sous 1.' nom de Georgea H : «'11.' s'. ''tait brouillée avec son beau-père pour des questions religieuses el avait été forcée de quitter Saint-James ainsi «pif son mari.
(3) C'est le bredouillant Bahis de YAmour-m
Cl RIOSITKS HlNïniiiMi Eî
Marie-Anne-( Ihristi ne- Victoire de Bavière, coûta la santéà celle-ci. La Palatine en profita pour lancer contre la guenipe, autrement «lit Madame de Mainténon, une accusation invraisemblable par son atrocité même.
En accouchant du duedeBerry, La Dauphine fut si mal traitée qu'elle »8i devenue contrefaite; auparavant, elle avait une jolie taille. Depuis ce temps, elle n'a pas en une heure de bonne santé. La veille de su mort, pendanl que le petit duc de Berriy était assis sur son lit, elle .lit : « Mon cher Berry, je t'aime bien, mais tu me coûtes bien cher. » M. le h.uiphin n'était point affligé; la MontchevreuiJ lui avait dit tant de mal de sa femme, qu'il ne pouvait l'aimer. La vieille guenipe espérait, comme cela est arrivé, gouverner le Dauphin par le moyen de ses maîtr< ce qu'elle n'aurait pu faire, s'il avait continué d'aimer la Dauphine. La vieUle avait conçu une haine si effroyable contre cette pauvre princ que j'ai cru qu'elle avait donné ordre à Clément (4), l'accoucheur, de la traiter si mal : ce qui m'a confirmée dans cette idée, c'est qu'elle a failli faire mourir la Dauphine en venant chez elle avec des gants parfumés ; • 'Ile disait que c'était moi qui en portais, ce qui n'était pas vrai.
60 Valets et Duchesses. — Un grand seigneur valétudinaire montrait du doigt un solide maraud campé dans son antichambre et s'écriait : c< Voilà comment nous les faisons ! » Puis, se désignant mélancoliquement du doigt, il ajoutait : « Et voilà comment Lis nous font: » Une anecdote de la Palatine nous prouve que, de - m temps déjà, les plus nobles dames avaient du goût pourl'ofnce "ii l'écurie.
Un jour, trois laquais se disputaient ; deux d'entre eux refusaient de ! dsser diner le troisième avec eux, en disant : « Fi donc ! il ne sert avec son maître qu'une présidente, cela ne peut être comparé à nous, qui s.t- N"l|s tous Les jours des princesses et des duchesses. » Le laquais rebuté fat tellement en colère, qu'il appela des camarades à son secours, et il y eut une grande rixe. On appela le commissaire. Il se trouva alors [u'ils servaient trois frères, fils d'un riche marchand de Rouen; deux L'entreeux avaient acheté des compagnies aux gardes-françaises; l'un l'entre eux avail une intrigue avec la femme du duc d'Albret : l'autre
('» V. nos Accoucheurs et Sage* femme* célèbres.
SLR LES ACCOUCHEMENTS
avec la duchesse de Luxembourg, et le troisième avec une présidente. Les deux premiers s'appellent Colande el Maigremont ; et comme dans le même temps le duc d'Albret, fils de Bouillon, était amoureux de La présidende Savari, qui était enceinte ainsi que la duchesse, on a fait làdessus le couplet suivant :
Colande a l'ait un Bouillon, Luxembourg un Maigremont :
Et du «lue d'Albret, peut-être.
Un petit Savari va naître :
Lampons. lampons ! (li 1 1"
Supposition de part de Marie, reine d'Angleterre. — Cette pièce, relative à la légitimité de Jacques-Edouard (2), se trouve au British Muséum, dans les manuscrits de la bibliothèque Har Harleienne n° 6343.
Déposition sur la supposition de part de Marie, reine d'Angleterre, femme de Jacques II. le 21 janvier 1690-91.
La déposition d'Antoine Trainier, sieur de Lagarde, faite par devant le chevalier Jean Holt. chef de justice d'Angleterre, ce jourd'hui 21 janvier 1690, qui. faisant serment sur les sainte Evangiles, dépose ce qui s'ensuit :
Qu'estant à Paris, prêtre et c< . dans l'année 1688, une dame
nommée Longueil, qu'il cont'essoit ordinairement, lui déclara qu'elle alloit en Angleterre peur y accoucher, ce qui l'obligea à lui demander quelle en estoit la raison, puisque autrefois elle partoit d'Angleterre pour venir accoucher à Paris; elle lui respondit que c'estoit un mystère, et. en lui disant de prier Dieu pour que ;ein réussit, lui dit qu'elle
roit de faire sa fortune dont elle lui feroit ensuit-- quelque part.
Pour lors. ladite dame Longueil donna de l'argent audit déposant pour dire quinze messes à cette intention, lui promettant à l'instant de lui découvrir, à son retour, ce mystère.
Elle partit aussitôt, >an> rien ajouter autre chose, et cela B'est p sur la lin du mois d'avril, en l'année ci- dessus.
I) C'est-à-dire : buvons. Refrain célèbre de chansons satiriques. Noos en avons fait le substantif lampon, brocard, raillerie, défiguré par les Anglais en lampoon.
, l Cl RIOSITÉS QISTORIQ1 ES
Ledit déposant ajoute, qu'environle commencement du mois d'aôûst, ladite dame Longueil, à son retour d'Angleterre, le vint voir avec empressement, lui expliqua le mystère dont elle lui avoit parlé ci-devant, lui disant qu'elle avoit bien réussi dansson dessein, e1 qu'apparemment Dieu avail exaucé ses prières. Elle commença par lui dire que c'éstoil la plus agréable aventure du monde; et lui ayant demandé quelle elle estoit, elle lui répondit que la reine d'Angleterre n'ayantpoint d'enfant, avoit toutefois formé le dessein., pour la gloire de Dieu et l'avancement de la religion catholique, de donner un héritier à la couronne d'Angleterre, et qu'elle s'estoit engagée, en ayant esté sollicitée parmadame de Labadie, commissionnaire de ladite reine, de donner son enfant, en cas qu'il fui mâle, pour estre fait prince de Galles; et ladite dame continua de dire que son fils estoit effectivement et véritablement prince de Galles, quoique cela ne se fut pas fait sans quelque difficulté, puisqu'on avoit choisi d'abord, entre quatre enfants qui estoient dans la mesme maison pour le mesme dessein, celui d'une demoiselle qui appartient à la duchesse de Portsmouth; mais parce que cette enfant ayant été jugé estre d'une petite santé et de peu de vigueur, on changea de in et on lui préféra le sien.
Ladite dame de Longueil a déclaré audit déposant que c'estoit ''ans la maison de ladite dame de Labadie qu'elle et les autres dames avoient accouché, et que toutes lesdites femmes qu'on avoit choisies pour ce pieux dessein avoient reçu ordre de sortir incessamment du royaume, mais toutes chargées de grands' dons et de riches présents, et que, pour elle, en son particulier, elle avoit encore une condition bien plus fortunée et plus avantageuse, qui estoit que la reine d'Angleterre luidonnoit, non seulement mille livres sterling de pension, mais mesme lui promettoit de faire souvenir ledit prince de Galles, à mesure que ses années croîtroient, des grandes obligations qu'il lui avoit, ce qui obligea ledit déposant à demander à ladite dame de Longueil si elle avoit une assurance positive de cette pension: sur quoy elle répondit à l'instant qu'il n'y avoit convention plus certaine que celle qui assuroit sa pension, et en mesme temps, elle fit voir audit déposant ladite convention par escrit, qui contenoit sommairement que ladite reine d'Angleterre accordoil à ladite dame de Longueil ladite somme de mille livres sterling de pension, avec promesse de faire souvenir ledit prince de Galles du grand service qu'elle lui avoit rendu.
Ledit déposant déclare de plus que, dans le temps que le roy d'aujourd'hui estoit sur le point d'arriver en Angleterre, ladite dame de Longueil recevoit souvent des lettres d'Angleterre, qu'elle lui faisoi' voir, qui l'alarmoient beaucoup, dans la crainte où elle estoit qu'il arrivasl quelque accident au dit prince de Galles; et pria le déposant de luire plusieurs prières à Dieu pour sa conservation; mais à l'arrivée du
roy Guillaume on Angleterre, immédia temeni après la réception (Tune lettre, le déposant dit que ladite dame «le Longueil l'alla voir toute ôplorée et dans une extrême tris ut audit déposanl qu'elle
estoit au désespoir dans la crainte qu'elle avoit que le prin îalles
tombait entre les mains du prince d'Orange, priant instamment ledit déposant de redoubler ses vœux au ciel pour -vation. et ajouta
plusieurs autres par'" at difficiles et inutiles à rapporter.
Ledit san plus, que ladite dame de Longueil lui a «lit
qu'un avoit transport^' ledit prin lies de Londres à Portsmouth,
et qu'on cherchoit soigneusement les moyens de conduire à Paris: et, la larme à l'œil, dit qu'elle appréhendoit extrêmement qu'il n'arrivât quelque malheur dans cette entrepri
Quelque temps après, ladite dame di il, toute joyeuse, alla
voir ledit déposant, elle lui annonça l'arrivé du prince de Galles av< reine à Saint-Germain; et. peu de jours après, ayant invité ledit déposant d'aller voir le prince de Galles, 1^ lit monter en carross elle et le conduisit dans la chambre où estoit ledit prince de Galles, auprès duquel estoient plusieurs dames qui estoient inconnues au déposant, à la réserve de ladite dame de Labadie que ladite dame de Longueil lui lit connoitre sur le champ., en lui disant à l'oreille que c'estoit chez elle que toute l'histoire s'était passée: et ladite daine de Longueil demanda audit déposant s'iln'estoit pas vrai que le petit Colin, son fils, avoit beaucoup de l'air du petit prince; et en disant ces paroles, elle sourioit avec madame de Labadie; et ledit déposant répondit qu'ouy. d'autant plus qu'il connoissoit parfaitement les enfants de ladite dame de Longueil.
Ledit déposant dit de plus qu'il y a huit ou neuf ans qu'il a connu ladite dame de Longueil.. et que. depuis ce temps-là. ell^ lui a fait voir lies lettres escrites par les Pére< Mansuet et (iallé. confesseur du duc et de la duchesse de York, avec lesquels elle avoit un particulier commerce de lettres, et qu'elle passoil souvent d'Angleterre en France, et de France en Angleterre.
Ledit déposant déclare aussi que le- superstitions de l'Eglise romaine et le cruel traitement des protestants en France, joint avec l'infâme supposition du prince de (ialles. l'ont fait prendre incessamment la ition d'abjurer le-dite< superstitions pour embrasser la pureté de l'Evangile: et, pour cet effet, s'est rendu à Dieppe, au mois d'octobre 1688, pou n Angleterre, mais en ayant esté empesché par le lieutenant de l'amirauté et par le procureur du roy. il fut obligi retourner à Paris, et il en partit le 25 du mois de mars suivant, se rendit lais, où ayant aussi esté empesché de passer, il se rendit à Nieuport, d'où il passa heureusement en Angleterre, nt abjura aussitôt entre tes mains de M. Allix. qui lui estoit connu pour un fameux mini-
7 | CURIOSITÉS UISTORIQI ES
comme il paroil par Le certifia al qu'il a donné au déposant, qui marque qu'il b fail son abjurationle "21 avril L689.
Ledit déposant déclare de rechef que, sur le bruit de la découverte de la supposition du prince de Galles, est allé trouver M. Taaffe, ayant entendu dire qu'il estoit un de <-t>u\ qui avoient déjà travaillé à ladite découverte, afin de lui donner La connoissance qu'il on avoit, lequel M. Taafe, estant malade, l*;i adressé deux jours après au comte de Bellomont, au château de Saint-James, le 19 de ce présent mois de janvier, auquel il ;i laissé écril de sa propre main tout ce qui est ci-dessus.
Signé : Antoine Trainieb
Juré avec serment devant le lord chef-justice. Hait, le 16 janvier 1690.
Autre supposition de prince. — La déposition qui précède nous parait émaner d'une habile aventurière comme la déclaration qui suit et que le marquis d'Argenson relate dans ses Mémoires, à la date de Murs L752 :
11 paroit constant que le duc d'Orléans est mort sans les sacrements de L'Eglise. La veille de sa mort, on l'exhorta à reconnaître son petit-fils et sa petite fille et à leur donner s;i bénédiction. Il s'y refusa jusqu'à la lin et est mort dit-on dans ces sentiments. Les assistants ont promis de n'en jamais parler, mais peu à peu les grands secrets transpirent.
Je sais que, lors de la naissance du duc de Montpensier, une méchante pauvresse lui avoit présenté un placetpour lui demander aumône et récompense, exposant que madame la duchesse de Chartres lui avoit acheté son entant pour le supposer à sa maison. Depuis cela, il avoit cru avec une foi de martyr que ce fait horrible étoit véritable, comme si un ange étoit descendu pour le lui dire; ce qui faisoit grand scandale, et étoit d'un grand danger pour l'honneur et la sûreté de la maison royale. Mais le plus grand effet que cela avoit produit, et avec plus de raison, dans le monde, c'étoit de faire passer ci1 prince pour fou : car on sait que de plus il nevouloit jamais croire que ceux qui étoient morts le fussent, ce qui avoit donné lieu à plusieurs scènes ridicules.
Les grossesses de la duchesse du Berry . — La duch< sse de IVrry 1 1, petite fille de la Palatine, fut fameuse par ses désordres, même sous la Régence : ! îp ►que, encore classique, l'avait surnom- 1 1 Messaline fra \
Celle de <jui j'écris l'histoire Est la
J'en veux éterniser la gloire Par des hommages éclatants.
Ainsi la Chronique scandaleuse (2) nous la montre officiant dans
un baptême bien singulier. On suppléera facilement aux parties du texte que nous avons remplacées par des points :
Un soir le Régent ayant ordonné à Broglie (3) de prendre un flambeau, tenoit lui-même une de ses femmes etla menant dans une chambre voisinera... en présence de Broglie qui posa le bougeoir. Ilavoit un d livres qu'on n'a osé ni faire imprimer, ni lire en France que sous la rég du duc d'Orléans. Madame la duchesse de Berry, curieuse de voir tout cela. encore plus qu'envieuse et jalouse, se jette sur un pot à l'eau, le et profère une impiété quin'a plus été oubliée : • Nous sommes tous Ici, tant que nous sommes, de bons chrétiens, dit-elle: ne laissons donc pas mourir l'enfant de Broglie sans baptême, i La saillie d- Mme de Berry, ({lie le feu roi auroit punie exemplairement, parut si gentille à la compagnie, que tous les roués la racontèrent à qui voulut l'entendre : le Régent fut le premier à la faire courir dans Paris.
Cette anecdote est peut être suspecte '• : mais on ne saurait douter que la duchesse de Berry prit part aux orgies auxquelles présidait son père. Dès lors, faut-il crier haro sur les chroniqueurs qui. sauf Saint-Simon tout dévoué au Régent, affirment qu'elle a été la maîtresse de son père? D'ailleurs, remarque Michelet, l'inceste n'a
(h Filledu Régent et de Marie-Françoise de Bourbon, fille légitimée de
Louis xiv. Elle épousa le duc de Berry,et fut véhémentement soupçonnée de l'avoir empoisonné. V. nos Accouchements âlacour. Par Imbert de Boudeaux, ex-Bénédictin (174
(3 Un des roi
i i) Nous en négligeons d'autres plus authenti pies peut-être: la duel de Berry tenant une jeune femme sur elle pour permettre â Bon père de la violer: l'aventure qui la décida à fermer les portes du Luxembourg et fut l'occasion d'une chanson fort spirituelle, mais très ordurière, F K Çlairambault-Maurepas, édit. Raunié, t. Uj. etc.
71*) Cl RIOSITÉS HISTORIQUES
jamais répugné à La maison royale de France 1 1). Quoiqu'il en soit, l'an 1) 17, la duchesse étanl tombée malade, on crut aune grossesse. Des œuvres de qui ? De son père répondait-on, et Voltaire, qui n'était alors que le jeune Arouet, rimait des vers pour lesquels nous renvoyons à nos Accouchements à la cour.
Lagrange-Chancel, dans ses fameuses Philippiques (2) parle, >ans déguisement, des rapports incestueux de la duchesse de Berry e1 du Récent :
Infâmes Héliogabales,
Votre tems revient parmi nous.
Voluptueux Sardanapales.
Philipe va plus loin que vou^.
Vos excès n'ont rien qui le tente.
Son Ame seroit peu contente
De les avoir tous réunis,
S'il n'effaçoit de votre mémoire
En faisant revivre l'histoire
De la naissance d'Adonis (3).
Toi qui joins au nœud qui vous lie
Des nœuds dont tu n'as point d'effroi,
Xi Messaline, ni Julie,
Ne sont plus rien auprès de toi.
De ton père amante et rivale,
Avec une fureur égale,
Tu poursuis les mêmes plaisirs :
Et toujours plus insatiable,
Quand leur nombre même t'accable.
Il n'assouvit point tes désirs (i).
(1) Le Régent, suivant laChronique scandaleuse, aurait été également l'amant de sa seconde fille, celle que, plus tard, un amour effréné pour son sexe détermina à se faire abbesse du couvent de Ghelles.
ci) Commencèrent à circuler manuscrites vers 171S: la première édition est de 1728. Nousdonnons le texte définitif, publié en 1878 par M. Dujarric-1 >»'scombes.
(3) Fils incestueux «le Myrrha e1 de 8011 père Cinyras. V. Histoire des accouchements.
(4) Odel.
Cependant la ville chantait les couplets 1 que voici :
Or écoutez., petits et grand-.
Un tré< funeste événement, Oh ! reguingué, oh ! Ion lan la !
A l'endroit d'une jeune dame Oui en a le regret dans l'âme.
Dans le Luxembourg, ce dit-on, Elle a fait un joli poupon, Et quoique tout le monde en glose, Tous les jours fait la même chose.
La nuit du dimanche au lundi.
Les douleurs elle ressentit.
Mais en moins d'une demi-heure
Elle est accouchée. ou je meure.