L OBSTÉTRIQUE ET LA MODE
Il serait naturel que, pour le choix de ses vêtements, une femme enceinte consultai son médecin plutôt que sa couturière (1) ; elle s'en garde bien et, comme de juste, préfère « ce qui se porte » à « ce qu'elle devrait porter. » Le bon sens lui ordonnerait des vêtements n'entravant pas le libre développement du ventre et des seins; mais si cette mijaurée qu'on appelle la mode, l'exige, elle Se serrera dans des robes fourreaux et dans des corsages cuirassés. Sur ce point, les anciens observaient mieux que nous les lois de l'hygiène : un.' loi de Sparte obligeait les femmes enceintes à porter des vêtements larges. A Rome, semblable coutume: dès le début de la grossesse, les femmes quittaient leur ceinture (2).
Dans Les temps modernes, un souverain philosophe, l'Empereur
Joseph d Autriche, proscrivit absolument l'usage du corset dans
tats, pensant aux inconvénients de cet engin pour la maternité.
Dans l'état de grossesse, tout ébranlement est préjudiciable à la santé : les femmes le savent fort bien, mais la raison les empêchera-t-elle, si les bottines à hauts talons sont en faveur, de s'exposer aux faux pas avec ces incommodes chaussures :} Déjà Mauriceau critiquait, de son temps, l'usage des talons élevés : naturellement, il prêcha dans le désert ; cette mode dangeureuse n'en subsista pas moins :
\'<>s mignonnes sont si très hautes, Que pour sembler grandes el belles, Elles portent pantouffles haut A vingt d quatre semelles,
(1) Nous trouvons, sur ce sujet, dans le Journal des Goncourt, 187S- 1884, an joli détail de la vie élégante parisienne : « Parmi les demoiselles-mannequins, qui. dans les salons de Worth, montrent et promènent sur leurs s vel tes corps 1rs robes de l'illustre couturier, il est un»1 demoiselle, «»u plutôt une dame-mannequin, dont 1m spécialité est de représenter la grossesse de la high-life. Asms.' -.nie à l'écart, en le clair-obscur • l'un boudoir, ''lie exhibe aux veux des visiteuses dans un état intéressant, la toilette appropriée avec le plus de génie à la déformation <l»' l'enfantement . »
Notre mot enceinte vient du latin populaire incincta qui signifiait sans ceinture.
Ct'RIOsiTt> HISTOHIQOBS SUR US AeO'leilKMI IM
dit un auteur de l'époque. Scarron, dans son Epitre à Madame Haute fort, t'ait aussi allusion à cette mode :
Leur pied, que grand pont-ievis b
Pourquoi maintenant les femmes semblent-elles avoir honti la maternité ? Pourquoi cherchent-elles à dissimuler leur g d'abord en serrant leur corset outre mesure, puis, quand ce moyen devient insuffisant, en ayant recours aux artifices des couturièi Admettons encore l'usage exclusif des couleurs sombres pour atténuer une taille trop apparente, mais à quoi bon de la mousseline et du crin sur les le celles qui portent trop en avant, des
étoffes bouffantes pour celles qui portent en rond? Toutes petites hypocrisies mondaines ne datent d'ailleurs pas d'hier, et c'est souvent à la facilité tjne présentaient certaine modes pour dissimuler la gros qu'il faut attribuer l'empressement avec
lequel elles furent adoptées. lien fut ainsi pour les rertugadins 2 et les basquines «lu XVI et XVI I- siècles, les paniers du XV11I les crinolines du XIXP siècles, qui résistèrent, les premiers aux édits de Charles IX et de Henri III. les seconds aux objurgations des prédicateurs (3). Que la politique et la religion aient été im-
1 La mode des hauts talons datait d»- loin, puisqu'en 1624, Le Satyrique de la Cour rapporte déjà que « Les bourgeoises non plus qu
• laines ne vont nulle part maintenant qu'avec souliers pou:
dire exhaussés d*'un talon qui leur donnoit. posés à terre, la forme d'une
arche dé pont. »
2 On fait dériver ce mot de vertu garcTinfant, dont le diminutif vertugadin fut ainsi nommé parce que cet ajustement garantit de tout
le sein de la mère. Albert de la Fixelière. //■• la crinoline). On
adonné une étymologie moins compliquée: vertu-gardi delà
philologie à la Ménage. Vertugadin n'est autre chose crue l'espagnol lugado, d< ro, baguette; c'est une allusion aux haleines du vertu-
lin.
LeR.P. Duguet prétendait que les pai - voient une origine vicieuse, en ce qu'on les avoit portés pour la première fois afin de d
- criminelles. » L'abbé Bazin le< critique vertement dans un sermon sur la luxure. Forbin Janson, archevêque d'Arles, «lanun mandement publié en septembre 1732, à l'occasion du jubilé, int.-r.lit L'usage des paniers qu'il appelait opercula iniquitatis. Ce mand< fut lacéré par arrêt du Parlement d'Aix : ce qui lit <lir dames ne seront pas fâchéesd'être maintenant, pararrêt,danfl ! sion de leurs paniers, qui ne seront plus : gins d'en-
fer ou des couvertures du diable. •(Com ■ M afin,
|«.H Ct RIOSITES 11IST0RIQI ES
puissantes contre ces extravagances, nous ne nous en étonnons guère, mais la satiren'y pul rien davantage. Dieu sait cependant si elle s'interdit les moqueries et les allusions désobligeantes. Les citations pourraienl être innombrables : quelque-unes suffiront.
Dans le Blason des basquines et vertugales, publie'1 à Lyon en L563, <mi trouve ce passage :
... < ) la gente musquine !
Qu'elle a une belle basquine î Lavertugale est Lion troussée Pour être bientôt engrossée.
Au même siècle, dans la Nêphélococcygie de Pierre le Loyer, nous lisons :
De ca les dames plus fines Pour leur grossesse cacher, ( )n voit la rue empêcher,, Portant de larges basquines.
Dans une satire, toujours de cette époque, sur les cerceaux^ paniers etmanteauoc volans des femmes, nous relevons ce pas-
Et plus loin
Il est certains accidens Qui causent souvent du ravage; Mais, grâce à tous ces ornemens Ils en réparent le dommage.
Je sçai qu'ils sont de grands secours Pour les nocturnes aventures :
Quand ces Belles dans leurs amours Reçoivent certaines blessures.
Aux vertugadins s'ajustait souvent un corsage fort étroit. Dans le Tableau des i>i]>erics des femmes mondaines, ouvrage anonyme de 1631, nous liions le portrait suivant :
comme dit l'Encyclopédie, « il fallut bien que l'Eglise, scandalisée dès le commencement, regardant le panier comme un encouragement àladé-j bauche. ;'i cause <l<-s facilités que donnait cet ajustement pour en dissimuler l<s suites, laissai faire après avoir beaucoup blâmé. » .
SUE LES ACCOUCHBMEK 1 I •
Elle porte un beau a it .-t Lien menu, à quoy «-lie se fait
faires des robes es troittes, avec vertugalles et buf .rient
comme un cheval ; en telle sorte qu'elle ne peut pn b lier, ny manger; et endure son sein | issi bien
ventre ; qui est cause que quelquefois elle e>t homicide de fruict qui est autour d'elle : et partant criminelle devant Dieu et les hommes, pour ne vouloir paroistre grosse ni empes in d'être toujours propice, gail-
larde, allaigre, et toujours | - sauter et à baler.
Et plus loin :
Dites-moy, ces hausse-plis il . ne sont-ce pas autant de prisons? Et à
quoy tout cela ? Elles sçavent ce que je veux «lii sté l'invention
malheureuse de quelque ventre quiestoit trc d comme
elles ne meurent de honte de charrier cet embarras qui les difforme, leur pèse : et qui plus est. le- rompt : puis, s'il faut porter enfans elles
crient des reii.
Plus tard, pour dissimuler ses grossesses, elle imagina divers moyens. Suivant Sandras de Courtilz, elle aurait d'abord inventé
De s'habiller comme les hommes, à la 'une jupe sur laquelle,
à l'endroit de la ceinture, on tiroit la chemise, que l'on t'esoit bouffer le plus qu'on pouvoit, et quicachoit aa>*i le ventre.
Plus tard, elle trouva les robes battantes ou volan
Mme de Montespan, écrit la Palatine, a inventé 1 battantes
pour cacher les gi . parce que ces robes-là ne lai-sent pas voir la
taille, mais lorsqu'elle le* prenait, c'était comme si elle eût écrit Km front ce qu'elle voulait cacher; tout le monde disait à la cour : M Montespan a pris sa robe battante, donc elle e- - qu'elle le
cle terme n'est donné ni par Furetière ni par Richelet. Il est explisage suivant :
Et d'autres avoient par le c I » - robbes tout autour plis Parce qu'elles sont plufi
Ces trois vers, du recueil de Soni;<: : la mode fut donc
durable.
faisait à dessein el dans L'idée que cela lui donnerait plus de considération à la cour : c'était cequi arrivait en effet.
Plus loin elle ajoute :
Je ne Buia les modes que de loin, el il en est que je n'adopte pas du tout, comme Les paniers, que je ne porte pas, et Les robes battantes que je ne peux souffrir. Je trouve que c'est indécent d'en mettre : aussi nulle femme qui en porte n'est-elle admise en ma présence. C'est comme si on allait se mettre au lit.
Pio. 6, — Dame de qualité en robe battante, d'après Suzanne Maria.
Ces robes battantes, dont l'usage se conserva à la chambre avaient été malicieusement appelées des innocentes.
Une robe de chambre, étalée amplement Qui n'a point de ceinture et va nonchalamment, Pour certain air d'enfant qu'elle donne au visage Est nommée innocente, et c'est du bel usage (1).
il) Boursault, Les Mots à lu mode.
Si R LK- ACC01 CHEME3 I- |'.i ,
Cependant, pour la ville, Les vertugadins quelque temps démodés, devaient faire une nouvelle apparition chez dous : ils n'avaient jamais cessé d'avoir la vogue en Espagne e1 en Italie. On lit dans le Journal de Verdun, à la date d'octobre 1784: Présentement les vertugadins d'Espagne el d'Italie se sont introduit- en Franc.' sous le nom de pani< st une mode venue au secours delà
fausse pudeur » et publie cette chanson sur l'air des Pendus :
Pour cacher les larcins d'amour Vertugadin l'ut mis au jour:
Il est propre pour ce mystère.
Dans un creux et vaste circuit.
On ôte la vue au vulgaire De ce que l'amour y produit.
Là l'industrieux Cupidon, Sans craint.' du qu'en dira-t-on.
Joue, badine et se contente, S'introduit ave.1 liberté; De ce digne panier qu'on vante.
N'est-ce pas là l'utilité
Je veux croire pieusement Que le beau sexe innocemment, En fait aujourd'hui ses déli Mais une en usant autrement, Les autres deviennent complices De ce trompeur déguisement.
L'ingéniosité des femmes à dissimuler la grossesse alla plus loin; à certaines époques, elles adoptèrent un ajustement qui les faisait paraître toutes enceintes: de la sorte,, celles qui l'étaient réellement avaient un excellent moyen de cacher leur état. C'est sous Charles le Bel que cette mode apparut pour la première fois : elle devait durer.
Vers Tannée 1320, dit Viollet-le-Duc, les femmes ne portaient de ceintures que comme ornement d'étoffe ou d'orfèvrerie, mais non ps
Cl RIOSITÉS BISTORIQl ES
.• ]., taiiie os ceintures, amples, lâches, étaient posées à la hauteurdes hanches, comme Le serait une écharpe tordue. Jl était de mode alors, chez Les damesqui prétendaient être bien mises, de faire saillir le ventre, et La ceinture tombait au dessous du nombril.
Tirée du roman des Merveilles du Monde (première moitié du XIV0 siècle). Bibl. nat. n°G:,,,.'->.
Aussi Jehan de Meung écrivait-il, en ce temps,, dans son Testament, ps suivants :
De telles en verras par Paris offrir maintes, Qui ainsi com jedi sunt senglées et ceintes I ^unes Larges ceintures, qui si pou sunt estraintes Qu'on aecognoist sovent les vuides des enceintes.
Toutes sunt par rains Lées, combien que maigres soient: Ne Bai qu'eles y boutent, ne qu'eles y emploient,
Fors que viez peliçons. si com maintes gens croient ;
Tuit se sevent, espoir, colles on eilz qui m'oient
Metons qu'eles font bien, le mal apetiçon
Car cil demi-chiot, ou demi peliçon
Dont eles sunt hordées ainsinc com hériçon
Les gardent maintes fois defroit et de friçon.
La figure 7 reproduit une de ces toilett- >. La ceintoreest ici une bande
Fig. 8. — Vignette du manuscrit d'Olivier de Fig. 9. — Bethsabée. D'après une tapisla Marche, le Parement des Dames, XVe série d'An-as datant de la fin du XVe siècle, siècle.
d'étoffe souple, tordue. Cette mode persiste avec quelques variantes jusque vers 1350 mais elle n'était point absolue et souvent les femmes alors ue portaient pas la ceinture. La robe de dessus, [ue présente notre vignette, tient encore du bliant et n'est pas encore le surcot.
Sous Charles VI (1380-1422), les femmes adoptèrent aussi une mode qui « faisait valoir le ventre » :
Cl RIOSITBS BISTORIQ1 ES
D'extravagances en extravagances, -lit l'auteur des Mémoires du veupie français, sous Charles VI, où la houppelande fut la toilette fondamentale des femmes, celles-ci en arrivèrent au point d'adopter la fantaisie La plus bizarre. Elles faisaient valoir le ventre et semblaient toutes enceintes.
Cette mode eut une durée de quarante ans et reparaît avec le surrot (fig. 8, 9, 10) à la lin du XVe siècle.
fto.10. - D'après VHérodiade, gravure sur cuivre d'Israël Van Mecken. Fin duXV« siècle.
I, surcoi de Bethsabêe, dit Racinet, est la robe sans ceinture, au cor- Bage lacé Mont la large et longue ouverture, laissant voir la chemise transparente, se prolongeai jusqu'à la naissance du ventre auquel on donnail le volume d'une grossesse de quelques mois comme un encouraient a la propagation de l'espèce... Après la guerre de cent ans, il ssail de repeupler la France, à laquelle il fallait des hommes, en un temps nà les villes furent réduites à la protection des femmes, commeon
le vit de Jeanne Hachette à la tête des Beauvaisines, défendant Beau vais contre les Bourguignons.
Au XVP siècle, nous retrouvons la même mode à Bàle, comme
Fig. il. — Costume do femme biloise. Dame »lo I* noblesse, d'aprô- Holbein.
le témoignent les dessins de Holbein, (1493-1554 conservés au Musée de Bàle, représentant la grande dame, la dame de noblesse (fig. Il), la bourgeoise et la cabaretière de cette ville, dans un costume qui accuse fortement la saillie du ventre.
Cl RI0S1 l 'ES BISTORIQUES
l dix-huitième siècle, qui avait vu le retour des vertugadinssoua le nom de paniers, vil égalemenl La résurrection de cette mode indécente du moyen-âge. La première grossesse de Marie-Antoinette L778) avail opéré une révolution assez heureuse dans la mode ; la reine, de venanl mère, avait abandonné la soie et 1rs étoffes brochées, pour porter de la batiste et des linons ; la cour et la ville avaient fait comme elle. Mais plus tard, en 1781, lors d'une nouvelle grossesse de Marier Antoinette, les sympathies féminines, pour la reine, se manifestèrent par l'adoption d'une mode qui faisait paraître en- « ci h te celle qui la portait, l'ajustement à la Jeanne d'Arc, (fîg. 12).
Fn,. 12.
Ajustement a la Jeanne d'Arc.
Cëïut an suecès, surtout auprès de celles qui étaient réellement dans une position intéressante, elles passaient ainsi inaperçues. Voici ce que dit Racinet à ce sujet :
L'ajustement à La Jeanne d'Arc consistait en un vêtement à YAustrasienne, avec des manches en sabots, dites à Y Isabelle, une veste à la péruvienne, pardessus lesquelles une ceinture en bandoulière; avec
SUR LES ACCOl CHEMENTS "201
ce costume, on avait les seins à peu près nus o\ la jambe lestement dégagée. 11 avait été imaginé en 1778 et fut réédité en 1781, avec une addition qui fit de son nom une telle antiphrase que décidément le mauvais goût en parut par trop relatant, on imagina, en Bigne d'allégresse et malgré la jupe courte, de simuler avec cet ajustement une grossesse, par sympathie pour celle de la reine qui portait alors le premier Dauphin : ce fut le coup de grâce pour les modes de la première période <lu règne. Le costume s'a]. pelait le quart de terme, le demi terme, etc., selon la période de la grossesse de Marie-Antoinette.
La mode revint à la suite de la. Terreur de 1793, puis passa la Manche, comme l'indique une caricature anglaise (fig. 13) simulant des
femmes enceintes de 2, 3, 5, 7, 9 mois ! suivant l'épaisseur d'une sorte de tournure qui se portait sous les vêtements. 1
A la suite de son premier accouchement il778) et de la fausse couche qui le suivit (1779), Marie-Antoinette vit s'éclaircir sensiblement sa magnifique chevelure ; pour sauver ce qui restait de ses
(1) Une tentative semblable tut faite il y a quelques hivers à Paris, mais sans aucun succès: voici ce qu'en dit un journal de modes de l'époque :
« On rit bien en ce moment «levant les étalages des magasins de confections pour dames.
Pourquoi ?
A cause de l'étrange idée qui semble avoir présidé à la création de la nouvelle robe qu'on va porter cet hiver.
Cette robe est taillée de manière à donner à toutes les femmes l'aspect de celles qui se trouvent dans une pesition intéressante.
Même les dernières confection- pour mariées n'échappent point à cette particularité.
Quelle trouvaille !
Les matrones en rient, mai- les jeunes fil! ux.
Il n'est pas jusqu'aux mannequins des ateliers de nos grandes faiseuses qui, en ce moment, n'aient un petit air de jeun»' mère de famille.
Les femmes vont-elles adopter <'<'tt>' nouvelle mode ?
Celles qui sont mariées peuvent le faire. Mais les auto -
Les autres l'adopteront au>si et pour une unique raison : c'est qu'à la moindre rétlexion que pourrait BUggérer cette nouvelle et si étonnante robe, la réponse est toute trouvée :
— C'est la mode ! »
ri RIOSI1 ES UISTORIQ! ES
tresses blondes, on fui obligéde les raccourcir avec les ciseaux;
elle adopta un chignon plat terminé par une boucle en boudin, à
SLR LES ACCOUCHEMENTS
la façon des perruques d'abbé 1 . Cette coiffure basse, poudrée au
naturel, fut appelée, en raison de son origine, « coiffure à l'enfant • qu'il ne faut pas confondre avec la « coiffure à l'enfance >»dela même époque ifig. 14 1
Fig. 14.
Coiffure à l'enfance.
Alors, dit Feuillet de Conches (2), la mode courut aux ciseaux. Les belles chevelures furent sacrifiées sur l'autel de Venus-la-Chauve ; on vit ouler tout-à-coup les poufs. 1 aco, Les hérissons à quatre
boucles, les demi-hérissons et toute- ces coiffures aux accroissement- bizarres qu'on avait vues chaj [ iune rapidité merveilL
- Be corriger; les cheveux artificiels furent bannis et « la coiffure à l'enfant» pensa an instant avoir fixé Les inconstances àe La cour et delà ville. Mais la naissance du Dauphin, en octobre 1781. vint donner aux
(1) Bachaumont, Mémoires, 36 juin 1780.
in\ CURIOSITÉS UISTORIQ! ES
enthousiasmes un objel uouveau. Le délire patriotique, qu'excita cet événement, s'accrul d'une fermentation générale qui réagit jusque sur la toilette des femmes. 1 tes médaillons au cou avec diamants auxoreilles
lans les cheveux, elles avaienl passé aux simples Jeannettes ou
croix d'or : la pure aatùre sous l'embïême religieux. Tout-à-coup les Jeannettes disparaissent et sont remplaçons par les portraits du Dauphin. Ce D'est pas tout : le nouveau-né fut porté en chaussure. La broderie «lu grand monde pour le soulier fut un nœud à quatre rosettes avec un Dauphin sur une couronne. Au dessus, en lettres d'or : Vive le Roi} au milieu . Vive la Reine; au dessous: Vive le Dauphin (1) .
La grossesse des princesses du sang eut aussi quelquefois une influence plus ou moins directe sur la mode. Ainsi Desrais raconte que Sarrazin, costumier de leurs Altesses royales NNrsles Princes, imagina une garniture dite « au nouveau désiré » (fig. 15), pendant la grossesse d'une « illustre princesse », la comtesse d'Artois, sans doute déjà mère du duc d'Angoulême et grosse du duc de Ben y, à moins qu'il ne s'agisse de Mario-Antoinette, elle-même, grosse du Dauphin ; les glands multiples qui accompagnent cette garniture composée de deux cordons d'hermine mouchetée se croisant en forme de mosaïque, étaient peut-être une allusion discrète à l'opération du phimosis que Louis XVI avait subie avec succès et qui fit cesser la stérilité de la reine.
Ce ne serait pas le seul cas où des circonstances se rattachant à l'obstétrique auraient joué un rôle important dans les modes. La symphyséotomie ou section de la symphyse, fut inventée par Sigault en 1779 (2), pour remplacer l'opération césarienne, si meurtrière à cette époque; et la réussite qu'il obtint sur la femme Souchol le rendit célèbre en un instant ; non-seulement l'Académie frappa des médailles commémoratives de cet événement, mais les femmes enthousiasmées portèrent des coiffures et des rubans « à la symphyse. »
Depuis le moyen-âge, la mode veut qu'on revête à la nouvelle accouchée des plus fines lingeries et des costumes d'un prix considérable. Ailleurs (3) nous avons donné lesdétails sur les somptuosités déployées en pareille circonstance. Nous les compléterons ici,
ili Bachaumonl 6nov. L781. — Collé, Journal historique, même data (1) V. Sages-femmes et accoucheurs célèbres. (3) V. Histoire des accouchements , p, 190.
SUR LES ACCOl CHEMENTS
Dès le temps de Charles VI, le lux.' des nouvelles accouché nobles et bourgeoises, était déjà excessif. Christine de Pisan revint un jour stupéfaite crime visite qu'elle avait t'ait à la femme d'un marchand, non pas d'un marchand en gros, comme ceux de Venise ou de Gènes, mais d'un simple détaillant, qui vendait
Fig. 15.
Jeune dame coiffée à la Dauphine, vêtue dune robe à la reine, de taffetas garnie au nouveau désiré.
pour quatre sous au besoin. La dame, habillée d'une cotte de satin cramoisi, avait la tête et les liras appuyés sur des oreilli gros boutons de perles orientales.
Au XVesiècle, les raffinements s'.exagèrenj encore. J. Quicherat, dans sun Histoiredu costume en France, nous donne les renseignements suivants :
206 • l RIOSITÉS HISTORIQUES
L'une d ons solennelles où Les richesses devaient sortir des
armoires était Le tempsde La gésine, c'est-à-dire la suite des couches* Pendant un mois ou six semaines, l'accouchée se tenait en exposition sur Bon lit. parée d'un négligé dans Lequel elle trouvait moyen de faire entrer tous ses joyaux. La belle vaisselle était étalée sur un dressoir dans la môme chambre. Toutes les parentes, toutes les amies, toutes Les connaissances et les commères raccolées par les connaissances. \<>naienl à tour de rôle faire leur pause auprès du lit etmettre entrain ces, propos qui rendirent jadis les Caquets de l'accouchée une chose proverbiale.
L'exemple do Louis XI, roi parcimonieux, ne changea rien à ces coutumes dispendieuses. Dans le Spécule des pécheurs, écrit en 1468, on lit :
L'accouchée est dans son lit, plus parée qu'une espousée, coiffée à la coquarde, tant que diriez que c'est la teste d'une marotte ou d'une idole. Au regard des brasseroles (camisole à manches courtes), elles sont de satin cramoisi ou satin de paille, satin blanc, velours, toile d'or ou d'argent, ou autres sortes qu'elle sait bien prendre et choisir. Elle a carcansautour du col, bracelets d'or, et est plus parée qu'idole ni royne de fartes.
La fin de cette exposition théâtrale était la messe de relevailles, où l'accouchée se rendait revêtue de son costume de noce, c'est à-dire en robe écarlate ou vermeille; car l'usage des femmes à la fin du moyen âge, et plus tard encore, fut de se marier en rouge.
Au XVIIe siècle, Th. de Courval- Sonnet, poète satirique et médecin, l'ail allusion-, dans une pièce dirigée contre le mariage (l).au luxe déployé par les femmes en cette circonstance :
Les toilettes de nuict et les coiffes de couche, Brassières de satin, quand madame est en couche, Sans oublier encore les coiffes de velours, La îobbe de damas avec tous ses atours.
Au commencement du KVIIIe siècle, les nouvelles accouchées devaient porter « la coiffure à l'accouchée » (fig. 16), que reproduit l' Encyclopédie carcassière. Les Costumes et Mœurs de France donne une gravure de modes (lig. 17) indiquant comment une nouvelle accouchée, à la fin du XVIIIe siècle, devait s'habiller.
Remarquons enfin qu'au XVIIIe siècle, quand la nouvelle accouchée passait sur sa chaise longue, il était de mode d'avoir les jambes couvertes d'un magnifique couvre-pied.
W~Mi
Fig . 1G. — La coiffure de l'accouchée.
Etendue, dit Mercier, à demi couchée sur une chaise longue, enveloppée dans le plus beau linge, elle se perd dans une infinité d'oreillers grands et petits. On ne voit que dentelles artistenient plissées et de grosses touffes de rubans. Elle attend sur ce trône les visites de tout le monde; elle a tout préparé pour qu'on l'admire jusqu'à son couvre-pied.
Cette mode n'eut qu'un temps ; Mme de Genlis le rappelle avec chagrin.
Autrefois, dit-elle, quoi qu'on fut habillée, sur une chaise longue on avait toujours un couvre-pied. La décence l'exigeait ; car, ainsi couchée, le moindre mouvement peut découvrir les pieds et même les jambes. D'ailleurs, un beau couvre-pieds était une sorte de parure très élégante : On s'en passe communément aujourd'hui et rien n'a plus mauvaise grâce .
Dans cette mode, l'ostentation, on peut le croire, avait plus de part que la décence. D'ailleurs, si l'on n'a pas de couvre-pieds, est-
CURIOSITÉS BISTORIQ1 ES
bien utile de prendre La posture quelque peu légère qu'a l'accou-
ihée dans notre figure 17?
Pkj, |7. Costume d'une accouchée au XVIIIe siècle. Coiffée d'un bonnet rond de linon broché avec un serre-tete négligemment noué par dessus: recouverte d'une pelisse de satin doublée de poil sur son déshabillé.
Finissons par un»1 réflexion consolante. Nos ménagères semblent plus raisonnables que les bourgeoises des siècles passés, et bien que la coquetterie conserve toujours ses droits, elles n'étalent pas un luxe trop exagéré.