‹ Anecdotes & curiosités historiques sur les accouchementsChapitre 23 sur 26 · IC-) ci KîuSiTKS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

IC-) ci KîuSiTKS HISTORIQUES

Voici quels Bouhaits sont associés à cette assurance, peut-être un peu hardie :

Qu'il viv»jusqu'au plus grand âge, Auprès de Bes a~6bles parents.

Souhaitons-lui pour héritage Leurs traits, Leurs vertus, Leurs talents. Que, dans tous Les temps, La souffrance S'éloigne à son moindre désir, Qu'il soit bercé par l'espérance Kt réveillé par Le plaisir.

Le chœur final, précédé «lu cri général : « Vive l'empereur, Vive l'impératrice ! Vive le roi de Rome ! » met encore l'avenir au défi :

Chantons, chantons et la France et sa gloire Et le bonheur des deux nobles époux.

Sur l'avenir quelle victoire !

Chantons l'astre nouveau qui va briller sur nous.

Entre toutes ces pièces, celle qui eut le prix de la course est l'Heureuse nouvelle; «'lie mérite bien son second titre, car elle fut jouée le 30 mars, le jour même «le l'événement. Le Vaudeville arriva en second, Le lendemain -21 mars; l'Opéra et V Opéra-Comique le 27, etc. Il est clair que ces pièces étaient faites d'avance, et que surtout les premières arrivées devaient avoir leur scène finale en double, pour la double échéance d'un garçon ou .Tune fille : version masculine et version féminine, on ne voit que l'Opéra qui avait risqué la chance, le Berceau d'Achillene pouvanl servira deux lins. Dans les autres pièces, ce sont ,1... gens dans L'incertitude inévitable en pareille conjoncture, - car il n'y a point ici «le privilège — mais qui sont préparés à tout événement. Celui-ci vante les mérites d'un prince, celui-là les charmes d'une prine. Tou1 sera bien quoiqu'il advienne. Si c'est un garçon, le génie paternel; si c'esl une fille les grâces maternelles; et, .le cette manière, on composait encore un assez joli lot en vue du pis-aller féminin. On avait. d'ailleurs, pour se rattraper, La perspective d'une lie-née nombreuse. promesse qui n'était pas négligée. Vivent les auteurs -le circonstance.

qui Bavenl leur métier !

>IK LKH ACCOI i:iii:mkms [33

La duchesse d'Abrantès. -I.aiiiv .Siinl-Martin Permon. femme ae Junot.ducdAbrantès, ayant dissipé sa fortune se vil BOusla Restauration, obligée d'écrire pour subvenir è ses besoins Un lin™» « chargea de composer ses Uimatns, avec la condition de révéler les secrets et tes faiblesses des personnes avec qui elle s'était trouveeen relation; la condition devail peu lui coûter, car dans la société de la Malmaison, sa médisance l'avaii fail surnommer la petite peste. Celte longue publicati si un recueil de

cancans, souvent curieux et piquants, malgré leur style incorrect llutéu, ,S e" exh'ilvons " 1m !l «PPort anx grossesses de

enmï. ZeTTe ^r0SSeSfe- ■" J'êtaisa»°™ ^ceinte démon premier entant et fort souffrante de ma grossesse. Entourée de soin. gâtée

Xiwii e'Prm.a ,,""i""lf*'lil» «rf. P°*«»< dansmon

sein tentant qui devait un jour me rendre glorieuse d'être sa mère (1) U me semble que je a>aurais pag ,,. gouffrir genredes doule^

qu prouvent les jeunes mères dans leur première maternité n, peÏÏZ

soulagée, m par les soins, ni par les préve » Je dirai même sans

avut. • e caractè remal fait, ,,,, , soins el ces prévenances augmentent

^^e. le mal de cœur lea maux de nerfs, et les maie et une souffrances qui sont presque toujours les compagnes dea premières groaséssea Je lai éprouvé ; et ces! ma mère, ainsi que ma belle-mère, qui me tir,,,; connaître par excès ,1, zèle et d'attachement, un supplice, je puis dire ;;;,';"' — l- «*i vé, bien que je fusse grLe de' Jlusieu™

Les envies des femmes grosses. - Ce lut ma mère qui comment nn jour où je dinais chez elle.

-Ah' mon Dieu, me dit-elle tout à coup en posant h fourchette el

Regardant d'un air coneterné, ah I mon Dieu I je n'ai pas songé** demander queUe était ion envie.

-Mais je n'en ai pas. lui répondia-je t.. m natureUement. Bl cela était vrai; je n avais pas 1, temps de songer a an antojo; je passais m;, journée a souffrir, et mes nuits, eUes-mêmes, n'étaient pas exemptes d, i

crises douloureuses q „• forçaient à avoir I, nés sur une cuvette du

matin au soir.

- Tu n'as pas d'envie ! me dit ma mère aussi mrprl* que ai le lui passe annoncé que je portais mon enfant d'une autre manière que les

(i) -Ma fille aimée Joséphine.

)l, ', il RI0S1 l ÉS QISTORIQl ES

femmes ne les portent ordinairement ! Tu n'as pas d'envies ! mais cela ne s'est jamais vu ! Tu te trompes. C'est que tu n'y fais pas attention, j'en parlerai à ta belle-mère.

Et voilà mes deux mères consultanl entre elles pour devinerce qui pourrail me plaire.

— Ensuite, disail ma mère, ce qui es1 Lnquiétanl dans cette affaire-là, c»es1 que Laufette ne faisant pas attention dans son ignorance ù l'inconvénienl de ne pas satisfaire une envie, cette petite femme Là est capable de nous faire un enfant à face*de chouette. Madame de La Reynière en a bien fait an à pattes d'écrevisse.

Et voilà Junotde son côté qui, dans sa terreur que je n'aille lui faire quelque enfanl à hure de sanglier, ou bien avec une orange au bout du nez, comme un faiseur de tours, me demandait tous les matin.-, :

— Laure, de quoi as-tu donc envie ?

Ma belle-sœur qui revint de Versailles, où elle habitait habituellement le château, ajouta au chœur de questions; mais ce fut d'une manière plus effrayante. Ce qu'elle avait vu de personnes défigurées par des envies non satisfaites, ne se pouvait nombrer. Il y en avait assez pour former une galerie aussi extraordinaire que celle de ce monsieur qui effrayait, el qui effraie, je crois, bien encore les passants, dansla rue «lu Coq Saint-Honoré. C'était des rats sur le front, des couennes de lard sur la poitrine, une laitue sur le dos, un litron de pois sur le côté (je n'ai pas oublié celui-là, comme le plus extraordinaire de tous); et puis les choses étonnantes dans ce qui ne se voyait pas!... et les histoires de toutes ces malheureuses envies !

L'ananas de la Malmaison. - Il aurait fallu avoir une tète plus forte que celle d'une femme chrétienne, portant son ni tant selon la volonté de Dieu, pour ne pas succomber sous cette ligue tonner par Le plu8vrai et le plus tendre intérêt. Je Bnis par m'effrayer moi-même de tout ce qui se disait autour de moi, et tout en me retournant la nuit sur mon oreiller, je cherchais dans ma tête ce qui me plaisait le mieux, et je ne trouvais rien. Enfin, un jour, il m'arriva de réfléchir, en mangeant une pastille d'ananas, qu'un ananas «levait être une bien excellente chose. J'avais bien mangé des pastilles, des glaces à l'ananas: mais le fruit, jamais je ne l'avais vu, même je croissur une table. A cette époque, la culture de ce fruit était bien plus difficile à soigner que maintenant. ,it m,, • rareté qu'un ananas: et les bâches où il vient chez nous étaient campées dans les environs de Paris. J'en avais donc peu ou |)(,int d'idées. Mais une fois que je me persuadais que j'avais envie&'un ananas, j'éprouvais d'abord un désir très vif; puis il augmenta lorsque Garcelet déclara que. bien que les ananas vinssent dans une serre chaude, Us avaient cependant une époque pour reproduire leur couronne, et que

SIR Ll-;s ACCOUCHEMENTS I6S

ce n'était pas dans le moment où L'on était, oli' alors j'é] - cette

souffrance qui tient de la rage, <'î <{ui vous met sous la condition de mourir ou de la satisfaire. Junot, affairé pour cette malheureuse envie, comme un homme qui est père pour la première fois par une femme

qu'il aime., courait avec une bout.' pariait.', offrant vingt louis d'un ananas, sans pouvoir le trouver. 11 n'osait pas rentrer, et c'était presque en tremblant qu'il me voyait toucher la figure; car ma belle-mèn puis que j'avais les horretu étaient tontes deux

après moi pour surveiller le moindre de mes mouvements. Quant à moi, uffrais toujours de me- maux. le coeur, et je me persuadais, depuis que la folie m'en avait gagné, que je ne pourrais manger que lorsque j'aurais d'abord mangé un ananas.

Junot était un jour sans moi à la Malmaison. La serre n'était pas encore construite, mais il y avait une orangerie serre-chaude, dans laquelle madame Bonaparte avait t'ait construire et bâtir des bâches pour trois cents ananas, ce qui lui en donnait cent par an. Junot. dans affliction de me voir refuser tout ce qu'il m'offrait., dit que je n'avais d'autre refrain que: Je voudrais un ananas !... Madame Bonaparte envoya sur le champ pour s'informer si quelque ananas n'était pas bon à lever dans sa bâche: « S'il y en a un. dit-elle à Junot. vous le porterez à madame Junot . » Il y en avait un !

Junot.. en le recevant des mains de madame Bonaparte, crut un moment que ce présent le concernait, lui. directement, et qu'il avait envie de l'ananas. Il la remercia avec effusion., et revint à Paris en recommandant à son cocher de crever le- chevaux, mai- d'arriver.

Je venais de me mettre au lit. trist< et toute prêt.- à pleurer

de n'avoir pas d'ananas, car cette idée était devenue dominante à un tel point que j'en parlais toujours.

— Pauvre Loulou, me disait ma mère, je te l'avais bien dit que tu aurais envie ; on ne tait pas un enfant -an- c sla. Vois ce qui était arrivé à ta sœur, parce que j'avais eu envie de manger d - au mois de

Janvier !

tait vrai : ma sœur avait une cerise parfaitement coupée par la moitié., et placée dans un endroit dont, par exemple, la physionomie ne fut pas dérangée par l'absence du petit fruit; et quand un n lit

l'affaire, on aurait bien pu l'y laisser.

Lorsque Junot. triomphant, heureux comme >'il m'offrait une couronne véritable, déposa sur mon lit celle de l'ananas à laquelle tenait encore son fruit, j'avoue que j'éprouvai un vrai bonheur. J'embrassai mon mari avec reconnais vec joie ; je dévorais des yeux ce fruit tant sou-

haité, et je remerciai mille fois dan- le cœur madame Bonaparte de son cadeau, que j'estimais plus en ce moment qu'un beau collier d je sonnai pour demander du sucre. Junot m'arrêta et me dit qTie Corvî-

llili Cl HlnSITKS BIST0RIQUB8

sari était présenl au moment où madame Bonaparte m'avait donné l'ananas : et qu'ayant appris quej'étais grosse, fort souffrante, il me Taisait défendre démanger une seule tranche de oet ananas, le Boir.

< :"i'Nt extrêmement froid et lourd, dit-il à Junot. Si madame Junot est dans l'état d'envie, il ne faut pas qu'elle y touohe ce soir parce qu'une bouchée fera passer tout l«i fruit. Etil ajouta oe peude mots en disant à Junot: «J'ai vu des effets affreux d'indigestion dans une grossesse; la mort s'ensuivre aussitôt, Mon cher général, ne montrez votre beau fruit que demain. -

Junot en avait la volonté : mais en songeant à mon bonheur, il n'eut pas la force de me refuser, y mettant seulement pour condition que je ne toucherais â l'ananas que le lendemain matin.

Je promis : et, mettant le beau fruit sur ma table de nuit, je passai la nuit à Le prendre, le sentir, le toucber et me faire une double jouissance, en anticipant le moment où je pourrais enfin manger le bienheureux ananas.

Désir et répugnance. — Le lendemain matin, à peine était-il jour, que je lis lever Junot pour que Ton pût entrer dans ma chambre et

arranger mon envie Lui-même s'en chargea, coupa le fruit par tranches fines, le mit dans une jatte de belle porcelaine, le saupoudra de sucre bien blanc et bien fin, et vint lui-même le placer devant moi: puis il s'assit sur le pied de mon lit pour juger de toute ma joie, car ce n'était pas moins que de la joie.

— Eh bien, me dit-il enfin, pourquoi donc ne manges-tu pas ?

Je le regardai avec une expression qui devait être burlesque, car j'avais en môme temps envie de rire et de pleurer. Mais Junot était vif; et, reprenant l'assiette, il me dit :

— Je l'ai peut-être mal arrangé : pourquoi ne le dis-tu pas?

— Mon Dieu, il est bien, lui répondis-je; mais... Et en même temps je repoussais l'assiette loin de moi. Mais... je ne sais ce que j'ai, Je ne puis manger de l'ananas.

Junot ouvrit de grands yeux: et avec bien plus d'étonnement que ma mère, lorsque je lui avais dit que je n'avais pas iïoicie. il répéta, en y mêlanl toutefois un ornement oratoire que j'avais omis :

— Gomment!... tu ne peux pas manger ton ananas! Mais, Laure, regarde-le donc ! c'est par contradiction.

Et il me ramenai le riez sur la maudite assiette, ce qui provoqua une assertion positive que je ne pouvais pas manger de l'ananas. 11 fallut non seulement l'emporter, mais ouvrir les fenêtres, parfumer ma chambre, pour enlever jusqu'au moindre vestige d'une odeur qu'une seconde avait Buffl pour me rendre odieuse. Ce qu'il y a de plus singulier dans ce fait, c'esl «pie. depuis. Je n'ai pu manger de l'ananas sans me faire

SLR LES ACCOUCHEMENTS 167

une sorte de violence. Je mange avec plaisir des glaces ou des pastilles d'ananas; mais le fruit me déplaît... Dans les mille aventurée genre que l'on peut raconter, celle-ci me parait une des plus étrai Je la80umis à Marchais et à Baudelocque; ils la trouvèrent, eux, toute

naturelle, parce que chaque jour leur en présentait de plus .'■tonnant'-. Néanmoins il est inexplicable qu'en nne minute, une seconde de temps, un objet que vous convoitez, que vo non-

seulement de vous plaire et d'exciter un désir, mais vous devienne antipathique, et soit presque repoussant. Il y aurait là-dessus un bel ouvrage à faire, un texte à commenter pendant au inoins quatre

i. Hélas 1 c'est l'histoire «le bien des choses en notre vie: mais la morale, comme tout en ce mon ; dore par l'usage qu'on en fait. On a mille fois «lit, à la vérité, que la satiété produisait le dégoût; mais on ne voit pas souvent ion.

Prédiction des cartes. Pari.— ...J'étais déjà fort avaii nia première gi Madame Bonaparte /-tait parfaite pour toutes

jeunes femmes qui étaient «lans mon état. «4 s'inquiétait avec un soin extrême «le tout ce qui pouvait nous être agréable. C'est en a^U-ant ainsi qu'elle était adorable, car alors sa bonté était instinctive, et on le sentait. En apprenant l'histoire de l'ananas, elle me dit : inrex une fille. »

Et, ;'i l'appui «le son assertion, elle me proposa de faire une p Je savais, par expérience, ce que valaient ces malheureuses patiei Il v avait mille fois de quoi la faire perdre : cependant je n'osais refilât, malgré toute mon incrédulité, je fus obligée de m'asseoir contre la table de jeu, et là. de couper «le la main droite, «le la main gauche, et de nommer des jours; des heur : entin «-'était une véritable

bonne aventure. On sait «que l'impératrice Joséphine avait, gard,

une croyance tout à fait superstitie jour là «die me tint sur la

sellette pendant une «?ran«le heure, et finit par me dire que je ferais une iille.

— Ou un garçon, dit le premier consul, qui entrait alors »-t s.- moquait toujours des cartes de madame Bonaparte : il est certain que madame Junot fera l'un ou l'autre : «^t. si j'étais de t « » i . Joséphine, je ne compromettrais pas ma réputation de sorcière par une prédiction décidée.

— Elle fera une fille, répétait madame Bonaparte... Eh bien, Bonaparte, veux-tu parier quelque chose ave.- moi ?

— Je ne parie jamais, «lit le premier consul : -i on est sûr de son jeu, on est malhonnête homme : si la chose est douteuse, on est aussi fou que celui qui va perdre son argent au jeu.

— Parie des bonbons.

— Et toi, que me donneras-tu ?

L68 Cl RIOSITÉS HISTORIQUES

Je t.' broderai an tapis pourmettre sous tes pieds dans ton bureau.

— Ali I c'est parler,cela I Voilàdu moins qui servira à quelque chose. Eh l»i»'ii ! je parie que madame Junot fera un garçon. Ali ça, nie dit-il, en Be retournant de mon côté, n'allez pas me faire perdre, au moins.

Et, m»' regardant, il se mit à rire.

— Si vous faisiez un garçon et une fille, que deviendrait le pari?

11 y avait dans le, fait lieu à croire que la chose pût arriver, carj'étais énorme.

— Et bien! général, savez- vous ce qu'il faudra faire )... Me donner à moi les deux paris.

< Jette idée de faire un garçon et une fille leur parut àtous si bouffonne, que 1<" rire gagna jusqu'à moi-même. Je ne trouvais pas cependant du tout plaisant de me voir ainsi à la tête d'une famille toute faite pour commencer, et ma mine consternée fut, je pense, ce qui fit rire autant le premier consul, ainsi que mon mari et tous ceux qui étaient là, dont madame Lefebvre faisait partie, ce quin'augmenta paspeulajoie commune, parce que, dans de telles occasions, elle avait toujours quelque bonne gaité, bien entière, bien drue surtout, et jamais elle ne manquait la riposte en pareil cas.

Le moment d'accoucher.—... Je n'attendais plus que le moment d'accoucher. Depuis quelques jours les mouvements de l'enfant, beaucoup moins vifs, mais plus forts, m'indiquaient qu'il allait bientôt sortir de sa prison. Ce moment m'effrayait; ma mère etma belle-mère faisaient en vain tout ce qu'elles pouvaient pour me rassurer. J'étais jeune, j'étais à ma première couche; il n'était donc pas du tout étonnant que je fusse aussi craintive. Le 'i janvier, dans la nuit, nous eûmes une alarme; ma belle-mère, qui depuis cinq à six jours ne se déshabillait plus, accouru! auprès de moi: ce n'était pas encore le moment. On avait été chercher .Marchais; il vint, et déclara que cela ne pouvait passer les vingt-quatre ou Les quarante-huit heures, et il me laissa en me recommandant dusomil et 1<' repos.

Je m'endormis, mais le lendemain je fus sérieuse pendant une grande parti»1 du jour. Je remplis tous mes devoirs religieux; j'écrivis à ma mère, parce qu'elle m'avait défendu d'aller en voiture, et qu'il m'était impossible, à cause du verglas etdu temps qu'il faisait, de songer à faire cette immense course à pied sans courir quelque risque. Ensuite j'arrangeai ma barcelonnette, toutee qui était nécessaire à mon enfant, et cette occupation n'était pas terminée que ma tristesse, ma crainte, ma peur, si l'on veut, avait totalement disparu. Dans ce petit bonnet avec des rubans bleus, cette petite chemise que j'arrangeai, dans les manches de la bras- Bière, je voyais une petite tête blanche et rose, des petits bras tout potelés; ei, dans mon délire, je croyais que ces petits vêtements renfermaient

SLR LUS ACCOUCHEUR 169

déjà mon trésor!... je les serrais contre moi: puis, en rencontrant la rondeur énorme «le ma personne, je me di»

— Cet être que j'attends, «jui va doubler ma vie, il est là au dedans de moi.... je le sens;... cette petite protubérance qui est là. sous ma main.

si sa petite tête... Et tout cela »*st ù moi. bien à m

Alorsje me prenais moi-même dans mes bras, si je puis ainsi décrire cette envie, ce désir d'étreindre mon enfant, 411e j'aurais, dans cet instant, voulu tenir contre moi. mais en le voyant !... et cela au prix de bien des années de ma vie ; oh î quelle suite d'heureux jours j'avais alors ut moi !

Junot me trouva penchée sur le berceau de mon enfant et dans une sorte d'extase, liftait un des hommes le plus faits pour me comprendre: aussi, lorsque je lui dis quel était le motif de cet attendrissement profond qu'il pouvait remarquer en moi, il m'embras une tend — dont mon cœur fut plus lier qu'il ne l'eût été >ix mois plus té.t. J'allais être mère !

Mes pensées avaient pris une couleur toute différente. Xon-seulement je ne ressentais plus aucune crainte, mais j'appelais même le moment de la première douleur. Aussi, lorsque nos amis se réunirent, dans mon salon., il me trouvèrent aussi gaie, aussi joyeuse que la jeune femme et même la jeune tille auraient pu l'être.

Le jour des rois et la première douleur. — ...Nous fûmes donc fort joyeux toute la soirée. Ma l>elle-mére. contente de me voir oublier le moment critique, mai- dont l'expérience savait qu'il ne pouvait être éloigné, était enchantée de me voir rire avec autant d'abandon. X<-u< nous mimes à table, et la galté redoubla devant la dinde aux truffes, le gâteau, le vin de Madère et le vin de Champagne. Au bout d'une demi-heure, on riait si bien, si franchement, qu'en vérité le souvenir m'en fait encore du bien. Enfin vint le moment de tirer la fève; 1 néral Suchet était à côté de moi; je ne me rappelle plus maintenant s^ ce fut à lui ou à moi que la royauté vint à échoir; comme depu temps-là des souverainetés bien autrement solides que celle-là sont devenu oronnes fantastiques, il m'esf bien permis de l'avoir oublié ?

:t est que le général, soit qu'il m'eût fait reine ou que fait roi. m'adressa une sorte de compliment burlesque qui provoqua en moi un éclat de rire si bruyant que la salle à manger en retentit, et qu'il trouva un écho dans l^s dix-sept ou dix-huit pers.mn^ qui entouraient la table : mais au même instant un cri terrible, déchirant, lui succéda. Je m'étais levée pour répondre, avec mon verre "l'eau, à t tendu- vers moi et remplis d'une mou>s.j pétillant •-. ma mbai

aussitôt sunna chaise, et le verre échappa de ma main. Une douleur inconnue, mais affreuse, venait de se faire sentir en moi d'une manière

si étrange que mes yeux se fermèrent, je pâlis, el dans cet instant je crus mourir. Mais la couleur revint aussitôl sur mes joues. .Je relevai mes paupières, qu'une main de feu avaienl abaissées, et je vis .lunot plus pâle que moi-môme, tenant encore à la main son verre de Champagne, ainsi que tous les autres, et me regardant avec un air consterné. Le spectacle de toutes cesflgûres encore joyeuses d'un •••Hé, tandis que L'autre Be me tait en devoir de prendre une physionomie de circonstance, tousoes masques ressemblant à Jean gui pleure et à Jean qui rit me donnèrent un nouvel accès degaîté, et je me mis la première à donner le ton. Ma belle-mère, dont le regard attentif me couvait pour ainsi dira depuis le matin, vint derrière ma chaise et me dit tout bas :

— Ma lille, donnez-moi le bras et venez dans votre chambre.

— Non, non! s'écria Gabriel Suchet, il ne faut pas que notre reine s'en aille!

Et le voilà me faisant un si drôle [de conte que le rire fou me prend, et un éclat comme celui provoqué par son frère me donna encore quel" q ues secondes de bon temps. Mais la même douleur qui a suivi le premier accès joyeux revient, et cette fois c'est avec une telle violence, que je saisis le bras du général et m'y cramponnai à le lui casser.

Ma belle-mère dit à son iils qu'il fallait m'emmener et envoyer une voiture à Marchais.

— Les douleurs se succèdent rapidement, dit-elle, et ta femme sera peut, être accouchée dans une ou deux heures.

C'est un spectacle fort curieux que la. vue d'un homme comme Junot dans un moment pareil à celui que je retrace. Tl était alors tout aussi bonhomme, tout aussi bien M. Guillaume, M* Denis, ou le plus pacifique bourgeois de la rue de la Perle ou de la rue Saint-Jacques. 11 lit mettre les chevaux, passa lui-même dans ma chambre pour voir si elle était bien échauffée, appela mes femmes, leur donna cinquante ordres auxquels il n'entendait rien non plus qu'elle, et s'en revint auprès de moi Croyant déjà entendre crier son lils. Mais vraiment je n'allais pas si vite en besogne,

Il me trouva toujours dans la même position : car, pour dire la chose, dix minutes s'étaient à peine .'coulées depuis que oette douleur infernale, me déchirant le s.-iu. m'a vait fait entendre le premier appel de mon entant demandant son entrée dans la vie. Au moment où Junot rentrait dansla salle à manger, un troisième cri perça la voûte de la chambre ; Junot pâlit, vint à moi, et, me prenant dans ses bras, il m'enleva presque de ma ohaise,

Non, non, disait toujours le général Suchet, il faut que nous recevions ton fils joyeusemenl •

— Gomme Henri IV, disait à son tour Gabriel; voilà du vin de Champagne, pardieu ! qui vaut tous les Jurançons du Béarn.

— Et si c'est une fille, dis-jeàmon tour, caria douleur une fois pas la parole me revenait

— Ce hera un garçon, criait le général.

— C'est un garçon ! criaient en chœur tous les autres; c'est un gardon !

— C'est une fille ! dis-je impatientée: et, dans l'état d'irritation nerveuse où je me trouvais, je frappai du pi^d en me fâchant et répétant :

'est une tille!... »

Mais le général, son frère, et ceux <l«j nos amis <[ui m'entouraient, répétaient en refrain, sur l'aii' (lu vaudeville du Devin «lu village, Ce*| vn enfant ;

C'est un garçon! c'est un garçon I

— Eh bien ! parions ! dis-je au général.

— Oui ! oui ! pariez.. .

— Ah ! mon Dieu !...

Et je tordis tellement le liras de Junot. pour crier moins fort, qu'il en portait encore les marques quinze jours plus tard.

— Mais que parions-nous? dis-je au général, lorsque la douleur fut passi'.-.

— Fixez vous-même, dirent les deux frères; nous sommes de moitié -)

— Eh bien ? vous me donnerez un bouquet de roses, si je gagne.

— C'est dû.

Le général me baisa la main, et Junot m'entraîna dansma chambre où mes amies seules me suivirent.

Les conseils des femmes. — Mais là ce fut bien une autre antienne : j'avais autour de moi onze femmes qui, toutes, donnaient une méthode pour moins souffrir.

— Embrassez cela, me disait l'une, en me conduisant auz colonnes de la rotonde de mon alcôve.

— Xon ! non ! criait l'autre : il ne faut pas qu'elle se promène : cela peut tuer son enfant, et puis elle-même.

— Je le crois bien, disait ma belle-soeur . j'ai vu eouvenl des cb terribles dans de pareilles circonstances, [m agi m qu'une fois

— Silence ! lui disait ma belle-mère : n'allez-vous pas rompre la tête de bette jeune femme, avec toutes vous histoires de ooucl

— C'est que, lorsque je Buis aocouohée, reprenait une autre Burun diapason plus élevé, pourôtre entendu par dessus 1rs histoires et mes plaintes, je...

— Mesdames, disait la garde, si M. Marchais arrive, j<- crois qu'il voudra rester seul.

Le docteur Marchais. — En effet, à peine mon bon Marchais fut-il entré dans ma chambre, où il y avait presque encombrement par cette foule de monde, La barcelonnnette, mon lit et tout un attirail qui

suit un semblable instant, qu'il se fâcha sérieusement : et. se tournant vers ma belle-mère, il la rendit responsable si, dans deux minutes, ma chambre n'étaitpas <•»■ qu'il fallait qu'elle fut dans un tel moment, une chambre de malade, etlui dit :

— .!»■ ne vois ici que vous et madame qui soyez raisonnables.

E1 il montrait une jeune femme assez grosse aux yeux de charbon ôtincelants, à la peau brune, ayant des mains et des pieds d'enfant et des dents d'ivoire. Elle était assise dans une bergère, et bien qu'elle ne me fatiguât pas de ses milles recettes pour faire un premier enfant sans seuffrir, ses grands yeux noirs ne me suivaient pas avec moins d'intérêt, lorsque la douleur me faisait errer dans la chamhre comme une Ame poursuivie.

— Ma foi, monsieur, dit-elle à Marchais, vous avez bien raison de nous renvoyer. Je crois que nous ne sommes bonnes qu'à rompre la tète de cette pauvre Laurette: elle aurait déjà dû faire comme une jeune femme que je connais, qui, accouchant aussi dernièrement pour la première fois, prit tranquillement son schallet s'en fut vers la porte en disant: a Ma toi, cela fait trop de mal, fera l'enfant qui voudra. » Et, m'embrassant avec l'amitié qu'elle avait pour moi, elle s'en fut en me recommandant d'avoir du courage.

Une nuit de douleurs. — J'en avais besoin. La nuit fut terrible. La couche, quoique naturelle, présentait de grandes difficultés. Vers le matin, j'eus un intervalle de repos pendant une demi-heure, qui donna les plus vives inquiétudes; il fut question, un moment, de sacrifier l'entant pour me sauver la vie. Ma belle-mère, effrayée, laissa échapper <|ii''l<|iies paroles que j'entendis et compris. Jene puis même aujourd'hui pendre de ce que j'éprouvai dans ce moment; mais toutes les mères me comprendront.

— Mon enfant! m'écriai-je, sacrifier mon enfant! Et j'entourais mon ventre en croisanl mes bras sur moi-même, comme pour défendre mon enfant, mon enfant! dont un jour je devais être glorieuse, si heureuse surtout d'être la mère ! C'était plus que l'amour maternel, c'était plus qu'une tendresse instinctive qui me faisait, en ce moment d'agonie, défendre ce fruit de mon propre sein.

Junol était au désespoir. Mes cris lui avaient déchiré l'âme pendant cette longue veille de douleurs; le général Lallemand, qui était à cette époque son aide-de-camp, la passa tout entière auprès de lui. Le général s" jetait, par intervalle, sur un matelas étendu sur un lit de camp dans ]•• salon, mai- aussitôt que les cris perçant que je poussais arrivaient

SLR LES ACCOUCHEMENTS 173

Jusqu'à lui, alors il se relevait, se promenait et finissait par venir jusqu'à la porte de ma chambre, qni était séparée du salon, dans lequel il était, par trois nièces assez grandes. M;ii> je m'étais positivement prononcée, e<tje ne voulais pas qu'il entrât chez moi avant que le grand événement fut terminé? M. Lai le m and fut pour lui, pendant ces heures longues et pénibles, un ami consolateur, et les raisonnements de son esprit tout à lui, tandis que Junot n'avait pas sa tête, calmèrent un peu cette longue de douleur qui un moment fut terrible pour lui.

A dix heures du matin. Marchais, accablé de fatigue lui-même, lit appeler Junot dans la pièce voisine, et lui parla avec franchise. Il ne lui cacha pas le danger dans lequel j'étais, mais il ajouta qu'ave- les moyens que l'art met à la disposition de ses fils, il était certain qu'il ne m'arriverait rien.

Junot le prit dans ses bras, l'enleva presque déterre, et lui dit ces propres paroles :

— Faites tout ce qui doit être l'ait pour sauver la vie de ma femme : tout, entendez-vous bien, mon ami ? Faites tout ce que votre rare savoir vous a départi pour le bien de l'humanité; vous pouvez agir sans craindre d'être blâmé par moi.

— C'est une demande que je ne fais jamais, général, répondit Marchais d'un air presque sévère. Vous ne m'avez peut-être pas compris : la vie de madame Junot est entre mes mains comme dans celles de son père (1).

— Ah ! sauvez-la, sauvez-la ! répétait Junot, en pressant les mains de l'excellent homme.

Lorsque Marchais rentra dans ma chambre, quoique je fusse très accablée, j'avais toute ma connaissance et je m'aperçus fort bien qu'il venait de voir mon mari et de lui parler. Je l'appelai et le priai de faire venir Junot près de moi; je fus très .'tonnée de la complaisance qu'il y mit. J'ai su depuis qu'une vive émotion était cherchée en ce moment d'atonie plus tôt qu'onne l'évitait, et pendant quelques heures, ma vie en fut à ce point de jouer le tout pour rien, et la chance était encore grande pour la mort.

Lorsque mon mari s'approcha de moi et qu'il me vit si pâle et si faible, sur ce lit, appelé si justement lit de misèi^e, il fondit en larmes. Je l'attirai à moi avec mes deux bras, chargés des ligatures sanglant.- de mes saignées : je l'embrassai et lui dit, bien bas, qu'il fallait qu'il me jurât qu'il ne donnerait aucun ordre pour que la nature n'eût pas cours ordinaire.

(1) On sait que jamais un accoucheur ne fait la question même tacite que Junot croyait comprendre.

174 Cl R10SITÉ8 UISTORIQl KS

— Laisse faire à Dieu, lui dis-je; s'il veut que mon enfant me remplace auprès de toi, et bien! que sa volonté soil faite!

Je pleurais, el dans cemôme moment une légère douleur se ut sentir. Marchais, qui tenall ses yeux fixés sur moi avec une attention dans laquelle l'ami el L'homme habile mettaient toute leur âme, prit Junot par Le bras el Le lit sortirde la chambre en lui disant:

— Partez, i cher général : je vous remercie de votre bonne visite,

nous venons d'avoir là dos larmes qui nous valent dix saignées, si je ne me trompe. Je vais les aider, et dans une heure, je crois que votre hôtel aura un habitant de plus.

Et, revenant à moi, il s'empara de l'un de mes bras, me saigna de nouveau (1). et les douleurs parurent bientôt avec tant de violence, que, même aujourd'hui, je ne sais comment j'ai pu les supporter.

Mes cris étaient déchirants, Notre appartement était composé de pièces formant l'enfilade : aucun détour ne rompait ce bruit de ma voix, criant avec angoisse, et parvenant ainsi aux oreilles de Junot. Il se sauva d'abord dans le bureau, qui était de l'autre côté de l'escalier : mais la maison faisait retour, et il entendait d'une manière plus sourde, mais plus sinistre, ce bruit qui lui déchirait l'âme. Ensuite il revint dans un petit salon sur la rue, dont les fenêtres donnaient en face de l'atelier de Renette; le fameux armurier, dont les cyclopes frappaient de façon à étouffer mes plaintes sous leur enclume; mais leur vacarme fut insuffisant. Enfin, vers midi, il ne put soutenir l'état d'agitation dans lequel il était.

Visite de Junot aux Tuileries. — Ayant entendu quelque bruit vers mon appartement, il y courut, puis n'osa pas y entrer. Dans ce moment, un gémissement plus douloureux parvint jusqu'à lui , il crut y distinguer un accent tellement plaintif que sa tête se perdit: il saisit un chapeau rond qui se trouvait sous sa main, et, descendant un escalier dérobé, qui donnait de mon appartement à celui de mes femmes, il gagna la cour, la rue du Bac, le Pont-Royal, et se trouva à la porte des Tuileries, sans savoir comment il y était arrivé.

— N'importe ! se dit-il après avoir regardé son habit gris : je suis sûr de trouverlà un cœur qui comprendra ce que je souffre.

El montant L'escalier du premier consul, il arriva dans la pièce <ju précédait son cabinet, el surprit tous ses camarades qui s'y trouvaient

• h Je fus saignée trois fois dans l'espace de quatorze heures que durèrent les grandes douleurs. Marchais, pour décider L'accouchement sans employer Les fers, ce qu'alors on redoutait beaucoup, me mit dans un) tain

d'huile d'olive.

SUR LKS ACCnLCIlKMK.M- 178

alors parle bouleversement de sa physionomie et le désordre de sa toilette; mais pas un n'eût la pensée d'en rirej et dès que 1<' premier consul

sut que Junot demandait à Le voir, il 1»' lit entrer à l'instant.

— Eh ! bon Dieu ! qu'as-tu donc Junot ? s'écria-t-il avec surprise. Et en effet la ligure de Junot devait-être étonnante.

— Mon général, ma femme accouche, et je ne puis rester dans ma maison... ses cris me font un mal...

Et l'excellent homme avait la voix tellement étouffée dans les larmes qu'il ne pouvait parler.

— Et tu es venu prés de moi pour prendre du courage? C'est bien, mon ami, pauvre Junot ! comme te voilà renversé !... Ah ! les femmes ! les femmes !...

Et il se fit raconter tous les événements, comme les appelait Junot, qui s'étaient passés depuis la veille, et qui 8e réduisaient à ces affreuses douleurs venant à éclore au milieu d'un éclat de rire. Le plus sérieux, et ce que Junot pressentait sans le savoir positivement, c'est que ma vie était en danger; à peine eut-il raconté tout ce qui s'était passé au premier consul, que Napoléon vit la chose à l'instant même: et sa conduite, dans cette heure d'anxiété, où son œil plongeait dans une sorte d'horreur mystérieuse, fut celle du plus tendre, du meilleur des frères.

— Mon vieil ami, dit-il à son serviteur fidèle et dévoué, mon vieil ami ! Et il lui serrait la main, caresse excessivement rare cheï Napoléon^ Tu as bien fait de venir à moi dans cet instant et je veuxte le prouver.

Il sortit aussitôt de son cabinet pour aller dans la salle OÙ était placée la statue du grand Gondé, et là. s' appuyant sur le bras de Junot. il se promena avec lui, en lui parlant de ce qui l'occupait, car Napoléon était trop habile dans le maniement du cœur humain pour interroger des Cordes qui seraient demeurées muettes dans un tel moment : et il demanda à Junot comment il était venu aux Tuileries.

— A pied, lui répondit mon mari, et il lui raconta comment h' redoublement de mes cris l'avait comme lancé hors de cette maison où cependant il était tout entier.

Jamais Napoléon n'a même entrevu une question, quelque légère qu'elle lût pour lui, sans la voir tout*1 entier.' dan- ses conséquences.

— Et puis -je te demander alors, dit-il à Junot, pourquoi tu regardes dix fois par minute par cette fenêtre pour voir ^i quelqu'un passe le guichet ? Comment veux-tu qu'on vienne te chercher ici. Lorsque (>•gens ne savent pas où tu es? lorsque tes officiers t'ont vu sortir eu habit bourgeois? d'après tout ce que tu viens de me dire, ils auront tous pensé que tu allais plutôt te jeter à l'eau.

Message de Napoléon. — Il appela :

— Qu'un valet de pied aille à l'instant clic/, madame Junot: qu'on

| ;»i Cl RIOSITÉS UISTORIQl ES

s'informe de ma pari si elle esl accouchée. Si elle ne l'est pas, on «lira que le généra] Junol est près de moi.

El reprenant le bras de mon mari, il continu:! de s'entretenir avec lui, avec une bonté si touchante, si doublement touchante dans un tel moment, que Junol fui attendri jusqu'aux larmes. Sans doute, il aimait son général; sans doute, il aimait cet homme prestigieux qui commandait l'admiration : mais, dans de tels moments, la conduite de Napoléon lui «levait conquérir le cœur, lui assujettir tout l'individu dont il accueillait ainsi les affections souffrantes, quand cet homme ne lui aurait pas été déjà dévoué, corps, sang et aine. Cette journée riva, si lOn peut le dire, le lien qui attachait Junotà Xanoléon.

Mais Junot avait aussi près de lui dos êtres qui lui étaient attachés par L'affection et le dévouement. En le voyant sortir dans un état voisin de l'égarement, son valet de chambre allemand Heldt, honnête et fidèle créature, s'il en fui jamais, l'avait suivi d'abord de l'œil, puis le voyant prendre h1 chemin du Pont-Royal, il avait couru après lui sans chapeau et n'était revenu à l'hôtel qu'après avoir vu son chéneral entrer aux Tuileries, «'l l'avait «lit aussitôt au chef d'escadron Laborde, premier aide-decamp de Junot.

11 y avait trois quarts d'heure que Junot était avec le premier consul, et qu'il était retenu par son 1» 'as qui, s'appuyant sur le sien, le contraignait à demeurer en panne, tandis qu'il aurait voulu reprendre le large et venir savoir cequi était résulté de tant de souffrances et d'inquiétudes. Le valetde pied ne pouvait pas encore être de retour lorsque Junot, que la bonté du premier consul enhardissait dans un pareil moment, Le supplia de le laisser aller s'informer si le valet de pied était revenu.

— On me l'aurait dit, répondit le premier consul. Demeure tranquille. Et L'entraînant encore plus loin, ils furent bientôt dans la galerie de

Diane. Là, L'inquiétude de Junot devint tellement violente que plusieurs fois Napoléon le regarda avec un*1, sorte d'étonnement, et répéta avec un accent impossible à rendre:

— Oh ! les femmes ! les femmes !

Enfin, ;iu moment où Junot allait s'échapper sans vouloir rien entendre, ..h \it tout à coup paraître M. de Laborde au bout de la galerie; il avail couru d'une telle vitesse qu'à peine il pouvait parler : sa ligure ét;iit joyeuse.

— Mon général, s'empressa-t-il de dire, Madame Junot est accouchée et s.- porte à merveille.

— Allons, va embrasser ta tille, dit le premier consul en appuyant BUr 1«' mot fille; Si ta femme avait fait un garçon, on te l'aurait dit d'abord. : mais avanl tout, embrasse-moi.

Et il le serra dans ses bras avec effusion.

SUR LK- ACI 01 CflEKENTS 17"

Junot riait, pleurait et s'en allait sans son chapeau, Lorsque Napoléon lui dit :

— Eli bien, étourneau ! ue vas-tu pas courir les ruée sm^ ton chapeau 1 11 retourna dans le cabinet du premier consul où il avait laissé ><>u

chapeau.

— Tu feras mes amitiés à ta femme, Junol ; tu.lui diras que j.- suis doublement fâché contiv .'11.'. d'abord parcequ'elle n'a pas t'ait un ><Jdat pour la république, et puis qu'elle m'a t'ait perdre mon pari avecJoséphine. Mais je n'en serai pas moins son compère et le tien, mon vieil ami.

Et une seconde fois il serra amicalement la main de Junot.

Retour de Junot. Ma fille. — Lorsque mon mari arriva près de moi, je voudrais rendre le délire, l'ivresse, qui bouleversaient et maîtrisaient sa personne entière. Le petit visage de sa tille était baigné de larmes de joie, si douces . si pures, qu'on voyaitqu'iJ était heureux sans qu'il dit une parole. Puis il se mettait à genoux sur l'estrade de mon lit. me prenait les mains, mêles baisait, me remerciait de son enfant, de sa tille, de sa petite Josépbine : et la chère créature, comme pour répondre marques d'affection qu'elle ne pouvait comprendre, présentait à son père sa parfaite ressemblance dans son gentil petit visage. Mais malgré son délire joyeux. Junot s'aperçut que quelque peine pesait sur mon cœur et ne venait pas de ce que j'avais souffert.

— Qu'as-tu donc ? me dit-il en m'embrassant encore.

— Rien que beaucoup de bonheur.

— Je te connais. Laure ;je vois des larmes dans les yeux. Tu souffres. et tu souffres du cour. Qu'as-tu ?

.le le regardai sans lui répondre, et mes joues se couvrirent de larmes, mais je ne voulais pas parler. M. Marchais avait été chez lui pour changer de toilette : il rentra dans ce même moment.

— Comment! encore ? me dit-il... Mon cher général, vous devez gronder votre femme, et la manière dont vous êtes occupé, vous ru donne encore plus le droit. Junot portait en ce moment sa tille dans ses bras, et l'embrassait ainsi que son maillot et sa brassière, autant de fois qu'il y ;i de secondes dans une minute.) Vous saurez donc... oh ! madame Junot. ne me faites aucun signe : ceci ne vous régarde pas... Vous saurez donc, général, qu'aussitôt que cette jeune mère que je vous présente, au

reste, connue une petite héroïne remplir de courage, et d'un cœur aussi parfait qu'il m'en soit passé par les mains depuis quarante ans : aussitôi qu'elle fut remis.' dans son lit et qu'elle sut que vous u'étiez pas là. elle fit demander votre père pour qu'il donnât sa bénédiction à votre fille. Votre mère l'avait déjà bénie. M. Junot, que je fus moi-même chercher, s." refusait à venir lorsqu'il sut que l'enfant n'était qu'une tille. Enfin il se déci.la: et lorsque madame Junot. malgré sa faiblesse, prit la petite dans ses bras, et les avança vers lui, en lui disant:

178 Cl RIOSITÉS BISTORIQl ES

— Mon père, bénissez votre petite fille. C'est un cœur de plus pour vous aimer parmi nous.

11 murmura quelques mots; n'embrassa pus L'enfant, et répondit avec humeur :

— ( !e n'étail pas La peine de tani crier pour ne donner qu'une méchante fille. Que voulez-vous que votre mari fasse de cette oriarde-là f II va joliment la recevoir aussi !.. . Et Le premier consul! si vous croyez qu'il ma-

g généraux pour n'avoir pas de garçons!

— Si j'avais eu sur monsieur votre père une autre autorité que celle de l'accoucheur et du médecin dans la chambre de la malade, je vous avoue, général, que j'aurais peut-être été un peu sévère. Mais, au reste, continua-t-il en riant, madame votre mère s'est chargée de la correction, el je doute qu'il recommence. Je vous ai dit toutcela franchement parce que c'est une affaire de mon métier, et puis, que demain ou après-demain, une scène de ce genre pourrait être mortelle pour madame Junot. Elle s'en est fort affectée, parce qu'elle croit que vous êtes, en effet, contrarié de n'avoir qu'une Qlle; et moi je luirépéte qu'une mère de dixsept ans et un père de vingt-neuf ont le temps de demander à Dieu de ne plus leur donner de filles, avant d'en venir au désespoir pour un premier essai. Là... voilà qui est à merveille! Maintenant le grand'père peut grogner tant qu'il voudra.

A peine les "premières paroles de M. Marchais avaient-elles frappé l'oreille de Junot, que, comprenant ce qui me faisait pleurer, il s'était mis sur mon lit. et pleurait avec moi tout en m'essuyant les yeux avec mon mouchoir et ses baisers. Ensuite prenant sa fille dans une petite bercelonnette de mousseline brodée, qui était faite pour que l'enfant fût sur mon lit, il L'avait déposée dans mes bras, et nous embrassait toutes deux avec me' expression de bonheur et de joie qui ne laissait aucun doute sur les sentiments d'une Ame, qui, du reste, ne pouvaient être douteux pour moi. Mais Le premier moment avait été affreux. Mon beau-père n'avait eu, sans doute, aucune intention de me faire le m al qu'il m'avait fait.

Il pouvait me tuer.

— Maman, dis-je ;'. ma belle-mère qui entrait alors» vous aviez raison. Vous voyez il L'aime autant qu'un garçon.

— Ne vous L'avais-je pus «lit ? me répondit L'excellente femme. Mon Junot est si bon h -i noble garçon lui-même! Ah' j'ai bien arrangé ton pore I 'lit-. 'il. • ;'i mon mari; je ne crois pas qu'il y revienne une autre toi'-. 11 :i\;iit déjà t'ait le même compliment à cette pauvre Angélique ; mais .-il.' n'a pas pris la chose aussi tragiquement que ta femme. -l'ai cru qu'elle allait suffoquer tant elle pleurait... Et moi qui sait qu'un entant est un entant pour ceux qui l'aiment. X'est-ee pas un gage de notre

amour, .v petit être-là ? comme elle te ressemble ! Je L'aimerai, je crois,

autant que toi...

La corbeille de roses. — Quelques jours apr ;us une lettre

du général Suchet. Il avait appris qu'il avait perdu, et me priai d'accepter son pari. Comme la gelée et la neige s'opposaient à ce qu'il m'envoyât une rose qui n»- pouvait se trouver que dans un pays enchanté, comme le royaume d'Azor, il me demandait à être indulgente el d'accepter ce qu'il m'envoyait pour remplacer lé bouquet perdu par le pari.

tait uni' ravissante corbeille d'osier commun, mai- remplie des pins belles roses faites par madame Roux. Cette corbeille, t'ait.- avec le plus grand soin, garnie de mousse et contenant des roses de toutes 1''- esj a l'ait pendant bien des années l'ornement de ma chambre à coucher. Elle était à la fois un gage de bonne amitié et le symbole de ce frai- bouton qui grandissait auprès de non-, et promettait d'être un jour la plus fraîche des ros

Grossesse imaginaire. — ... J'attendais toujours que mon enfant m'avertit par un mouvement ({lie je pouvais enfin me mettre en route. J'étais enceinte de plus de cinq mois et je ne sentais pas encore remuer.

Eniinje me décidai à partir.

... Le sixième jour de ma route, ma femme de chambre me dit:

— Madame a-t-elle remarqué que sa taille est plus min»

Je me regardai, je ne vis aucune diminution : j'étais même fort gi pour une femme enceinte de cinq m<>i<.

Le lendemain, ma femme de chambre, dont il tant que je vous dise le nom. du-siez-vous en rire (elle s'appelait Chapatte), me n-dit encore :

— Madame ne s'aperçoit pas que sa taille est plus mince?

A la répétition de cette phrase, je me tachai. Ma taille était alors celles qu'on trouve bien faite-. J'étais svelte, mince, surtout de cette partie où -.■ logent ordinairement les enfants, et je me voyais immens

— Chapatte, dis-je fort sérieusement, l'amour vous tourne la tête et vou- radotez.

Le huitième jour, comme j" m'habillais, voilà qu'un corset à lap x'iis.'. .{ue je mettais depuis ma . croise tellement que je m- puis

l'agrafer. Je regardai Chapatte:

— Chapatte. mon enfant, qu'est-ce que cela veut dû

-- Mais, voilà quatre jours qui' j'ai l'honneur de dire à Madame qi taille devenait. . .

— Oh! mon Dieu! vas-tu encore me répéter :

Le fait estqueje ne savais commenl expliquer ce singulier incident: je mangeais comme "ii mange à vingt ans, lorsqu'on se porte bien: je dormais «le même, je riais, j'étais heureuse... ]•■ l'étais surtout de la pensée

isn Cl RIOSITÉS HISTORIQUES

d'avoir enfin un garçon... (I)<'t puis toute La sollicitude attachée à ce bienheureux garçon !

— Madame l'ambassadrice, m'avail dit la princesse du Brésil, soignez bien mon petit filleul : c'est un petit «Ion Juan ou une dona Garlotta, je vous le recommande.

— Madame Junol pourra revenir à petites journées, écrivait M. Talleyrand, si le soin de sa santé l'exige.

— A— tu des nouvelles de ta femme? demandait l'empereur à Junot. Ecris-lui qu'elle vienne lentement : il faut que les femmes grossessoient raisonnables.

— Ecoutez, me dit l'ambassadeur d'Espagne, le bon et excellent comte del Gampo d'Alange; prenez ce reliquaire, il contient une précieuse reliquede lamère du Sauveur; ma femme la portail toujours; je vous la donne pour qu'elle vous soit favorable.

— Ehbien, disaient à Junottousses camarades, comment va ta femme? As-tu de ses nouvelles ?

— EhlmonDieu non ! disait mon mari. . . Je suis inquiet. Pauvre femme ! entreprendre une aussi longue route, étant grosse de cinq mois...

Et les doléances allaient leur train, que c'était une bénédiction. Moimême, je me regardais comme une arche sainte, et n'osais mettre un pied devant l'autre. On peut penser, d'après tout ce que je viens dédire, combien la remarque de Ghapatte m'avait d'abord scandalisée ; mais ce que je voyais était positif : cependant je ne dis encore rien. Le lendemain, neuvième jour de ma route, Chapatte et moi nous nous regardons... Nous nous regardons longtemps même, croyant rêver: enfin, nous éclatons de rire... Je n'avais plus de ventre.

— Ali ça, dis-je enfin, qu'est-il donc devenu ? Va chercher M. Magnien, (il n'était pas fort enmatière d'esculaperie, mais il en savait assez pour comprendre mon histoire). Je la lui raconte: il ouvrit ses deux gros yeux ronds, se moucha trois j'ois, pritdeux prises de tabac, et me «lit:

— Vous avez une tympanite !

— Qu'est-ce qu'une tympanite? Est-ce que je n'étais pas enceinte d'un enfant ?

— Non vraiment.

— Et de quoi donc ?

— D'un vent.

— Connu. 'ut d'un vent :> Je crus qu'il se moquait de moi.

— Oui, d'un vent.

h J'avais déjà deux filles, el j'avais fait deux fausses couches de deux filles. ' lotte grossesse devait faire espérer un garçon.

— Alors, voilà le baptême l'ait Mors, nous pourrons aller grand train,

et je pourrai dansera Madrid, ou l'on me promet tant de balsj

Et me voilà à sauter comme une biche en liberté, puisque je n'avais plus besoin de soigner mon taon.

Un général accoucheur. — On sait avec quelle odieuse violence la seconde Restauration traita ceux des soldats de Napoléon qui gardèrent quelque fidélité à s, m souvenir; une preuve est le fait

suivant (1818), perdu dans l'histoire partiale peut-être, mais jamais mensongère, de Vaulabelle :

Le général Guyer avait eu le liras droit fracassé près de l'épaule dans la campagne de France, à Méry-sur-Seine. Q était un des plus braves* des plus modestes et des pins honnêtes officiers de notre armée. Emprisonné dans la citadelle de Strasbourg, privé de tout traitement, n'ayant, pour exister avec sa famille, que les secours de quelques amis, soumis à la surveillance d'agents subalternes qui, en insultant à son malheur, croyaient faire preuve de zèle: il fut traité avec une rigueur dont le fait suivant donne la mesure : Mme Guyer avait obtenu de partager sa captivité: devenue enceinte dans la prison, les douleurs de l'enfantement la surprennent pendant la nuit; on lui refuse l'assistance d'un médecin et c'est le général qui est obligé de l'accoucher.

Sur la duchesse de Berry et le duc de Bordeaux. — Madame de Gontaut, nommée gouvernante de l'enfant qui allait naître de la troisième grossesse de la duchesse de Berry raconte, dans les Mémoires, qu'au moment de la naissance de mademoiselle, 2\ sept. 1819. le duc de Chartres(fils aîné de Louis Philippe, duc d'< Orléans) dit en entendant les premiers coups de canon :

— C'est ma femme ou mon roi qui vient au monde.

Il se trompait des deux parts.

Un auteur dramatique, Augi-r. très lancé dans la haute société, apprit, avant tout le monde officiel, la grossesse de la duchesse de Berry, deux jours avant l'assassinat du duc. Laissons la parole à Auger : la duchesse de Berry, qui est à l'opéra, feuillette dans -a loge un album de costumes pour aller à un bal : elle on remarque un. Leroy, le grand couturier ne manque pas d'approuver !«• choix :

182 CURIOSITÉS BISTORIQUBS

... il assurai! que ce vêtement séyail â merveille pour la danse. La princesse regarda son mari, el celui-ci. répondanl aussi par un regard, il lui -lit en Secouant La tête :

— Non, Caroline, il n'y faul pas songer: vous ne danserez pas. vous ne pouvez |»;>s danser.

Madame La duchesse de Berry feuilleta de nouveau le livre, en consultant quelquefois l'une «les dames qui l'accompagnaient. Durant ce temps, le prince disait au marchand à voix basse :

— Je vous en prie, conseillez une robe longue en velours. Ma femme ne peut pas danser.

— Mais, monseigneur, répondit Leroy, une robe longue, en velours, ne sied guère au bal, et Son Altesse Royale aurait quelque raison de douter de mon goût et de mon zèle, si j'osais parler d'une toilette que je ne puis approuver.

— Vous voilà du complot! ajouta le duc avec un peu d'humeur: écoutez Leroy, j'ai des motifs, moi, d'importantes raisons pour que ma femme ne soit pas serrée dans son costume.

— Son Altos,. Royale serait-elle grosse? demanda Leroy.

— Oui. répondit le prince, je vous l'avoue, ma femme est grosse, c'est encore un secret; mon oncle et vous en avez seuls la confidence, et Sa Majesté s'est réservé le plaisir d'être la première à l'annoncera la Cour, aux Chambres, à la France; je vous recommande de n'en point parler.

— Monseigneur peut compter sur ma promesse, et je le prie de recevoir L'assurance «le la joie...

— C'est bien, je vous remercie, mais décidons le costume.

230 jours après cette circonstance, la duchesse du Berry mit au monde le duc de Bordeaux; elle n'avait donc, cà ce moment qu'un retard d'une douzaine de jours : c'était peu, en effet, pour annonnoncer officiellement une nouvelle grossesse.

Voici quelques détails intéressants, tirés de l'Histoire dans le théâtre de Théodore Muret, au sujet des réjouissances qui eurent lieu à l'occasion de la naissance du duc de Bordeaux :

Lu se reportantau temps, à la situation, à l'état des esprits, à l'avenir entier «le la dynastie qui était en cause, on concevra l'ardeur de cette allégresse; on comprendra que, chez les amis «les Bourbons, les joies quj éclatèrenl autour «le cette naissance eurent un autre caractère que les réjouissances ordinaires autour des berceaux princiers. Le canon «lu 29 Beptembre 1819 eut son écho le soir même dans les théâtres : mais ils -'(ai tinrent, pour l«' moment, à «les couplets. Les pièces furent renvoyées aui fêtes du baptômej qui eurent lieu le l«r mai 1821. La position n'était pas La même «pie «li\ ans auparavant pour l'enfant «le L'Empire. Que

;iR LES ACCOUCHEMI IM

Marie-Louise fût accouchée d'une ûlle, L'espoir de la race demeurait. Par conséquent, auteurset théâtres avaient pu préparer des pièces à double lin. qui ne se tirent pas attendre. Mais si La veuve du duc deBerry, avait mis une fille au monde, l'avenir dynastique était perdu, et avec lui. le thème à réjouissances.

... A l'Opéraeui lieu une représentation à'Athalie, ou jouèrent Talma et Ml|p Duchesnois, et qui est relatée, en ces termes, dans les registn la Comédie Française, sous la date du vendredi 29 septembre : «On devait donner aujourd'hui Y Intrigue épistolaire et Le Médecin malgré lui. Dans la nuit dernière. Mma la duchesse de Berry étant accouchée d'un prince (le duc de Bordeaux), les semainiers, dans la matinée, reçurent l'ordre de donner sur le théâtre de Y Opéra, h L'occasion de cet heureux événement.. Athalie avec les chœurs. Malgré bien des difficultés, toutes les dispositions furent faites pour avoir ce Bpectacle. Il ne fut annoncé par de nouvelles affiches, appliquées sur celles qui étaient déjà p - dans tout Paris., qu'à près de cinq heures du soir, et cependant il trouvé qu'au lever du rideau, la salie était pleine. » ]>s chœurs d'Athalie furent exécutés par tous les chanteurs de VOpéra, Les premiers sujets en tète.

A la cinquième grossesse de la duchesse de Berry, alors qu'elle était retenue prisonnière au château de Blaye, après sa folle équipée dans l'Ouest, on fit nombre de chansons irrévérencieuses dont voici

deux échantillons :

L'Hydropisie de la Duchesse de Berry.

Paroles d*3 F. Letellier.

(Air delà ronde des Mon

Que j'vous cont' l'aventur1 fornique D'un" dnchess' dont chacun sait 1' nom. Ton ti, ton ti, ton taine, ton ton :

D'puis sept mois elle est hydropique :

Via c'que c'est que d'jouer du flonflon, Ton ti, ton taine, ton ton.

Dans les buissons de La Vendée

La dame accrocha ses jupons.

Ton ti, ton ti. ton taine. ton ton :

De sa jolie taille pin* Il faut desserrer les cordons,

Ton ti. ton tainp. ton ton,

EU' se dit secrètement mariée,

En [talie, «,-rsi pour le fion,

Ton li. ton ti, ton taine, ton ton.

En détrempe elle est fiancée :

Elle est mariée comm' les hann'tons,

Ton ti. ton taine, ton ton.

En homme elle s'est déouisée.

A lin d'avoir un mirliton.

Ton ti, ton ti, ton taine. ton ton.

EU' fit un'partie d'écarté

Avec un fort joli garçon Ton ti, ton taine, ton ton,

Notre duchesse est bien vexée D'avoir fait trictrac pour tout d'bon.

Ton ti, ton ti, fontaine, ton ton ; Maintenant elle est bien fâchée A Mesnard (1) d'avoir prêté son...

Ton ti, ton taine, ton ton.

Couplets sur le premier accouchement de la duchesse de Berry et sur sa captivité.

Air : Ça n'sepeut pa*.

Chacun parle de la o-rossesse I ><> La duchesse de Berry.

Les carlistes qu'elle intéresse, Sur ses travers n'ont jamais ri.

TI disent qu'à* tort on l'ontrage, Au sujet de Monsieur Ménars Pourtant aucune femme sage N'a de bâtards (bis).

h Louis - Charles -Bonaventure- Pierre, comte de Mesnard, mort le 15 avril 1834, prit pari à ï'échauffourée de la duchesse du Berry en Vendée (1832), On ;i dit qu'il «'tait le père de L'enfant née à Blaye : le père avoué par la duchesse était un époux secret, le comte Hector Lucchesi-Palli, < '.ampst'i Pignatelli, duede la Gracia ; mariée en L831, clip devint veuve Le L«« avril [866, V. nos Accouchements à ht Cour.

SLR LES ACCOUCHEMENTS

Los Bourbons, toujours dans la crainte De voir des changements nouveaux, La firent promptement enceinte, D'où naquit Le duc de Bordeaux.

Le pauvre Henri perd >a couronne, Sa mère eut pour lui peu d'égard, Il ne faut pas qu'il s'en étonne si un bâtard (bis)

Louis dix-huit, à sa naissance,

Fit un'beau tour de gobelet, Le monarque qui règne en France En a découvert le secret :

Ce trait frauduleux: dans l'histoire Tiendra sa place quelque part.

Un roi peut régner avec gloire.

Quoique bâtard (bis \

Dans mainte aventure galante.

Certain ministre figura :

Avoir duchesse pour amante C'est un grand honneur que cela:

Lorsque l'on voyage à Cyth Qu'on y tient sa h^lle à l'écart, Ce qu'on est sujet à lui faire.

si un bâtard (bis)

Caroline dan- - g Trouva d'aimables courtisans; Tôt ou tard., les Becrets hommaf Laissent des effets apparents.

Plus «pie la classa roturière,

grands fournissent des paillards, -la ne s'occupent guère I >.- leurs bâtards

Que d'orphelins et d'orphelines Victimes d'un fatal destin.

Qui, sans savoir leurs origines, chaque jour demandent leur pain.

Comhien voit-on de pauvres filles Séduites par de gros richards; L'or introduit dans les familles Bien des bâtards

IN!) ci RI0SITÉ8 BISTORIQI B8

Bientôl L'amoureuse captive \ erra son nouveau rejeton. Qu'importe ce qu'il arrive, Il faudra lui donner un nom :

si c'est une vierge nouvelle, Elle attirera les regards, El si c'est un fils, qu'on l'appelle : Roi des bâtards ! {bis)

Si Caroline est prisonnière,

< )n adoucit son sort, je crois, De son cher fils elle était iiére De défendre, dit-on, les droits.

I /amour la combattant sans cesse La rangea sous son étendard.

Cupidon, fllsjd'une déesse, Est un bâtard, (bis)

On nous donnera connaissance De cet enfant mystérieux, La duchesse compte d'avance Sur un accouchement heureux.

Si ce rejeton se rend maître

I >e quelque trône par hasard,

II pourra se faire connaître

Quoique bâtard, (bis)

Après l'accouchement, qui eu lieu lo 10 mai 1833, les chansons recommencèreïil de plus belle :

L'Accouchement.

Air connu,

l Se n'esl pas L'enfant du miracle.

< lomme on disait du frère aîné.

< !ar Ce1 enfant tant redouté

Ne viendra jamais au pinacle Et, si l'on «in croit les propos, Son père esl un homme comme il faut.

SUR LES ACCOl CIIKMEN I- IK7

C'est en courant la pertentaine, Dans Les bois et dans Les châteaux, Dans Les champs et dans Les hameaux,

Dans les vallons et dans Les plaint Qu'elle attrappa, l'été dernier,

L'enfant dont elle vient d'accoucher.

( rloire à vous, jeune princ< Car c'est «lu fond 'le la prison,

Que vous nous faites un poupon Qui va causer tant de tri-:

Aux vieux soutiens des vieux abus Dont on ne parlait déjà plus.

Tous vos amis, dans leurs prières, Ont poussé des vœux superflus; Ils croyaient tous à vos vertus, (Grandes étaient toutes leurs chimères Disant : « Jamais dame Berry Xe fait d'enfant sans son mari. »

Aujourd'hui se détruit le doute.

Le télégraphe a annoncé Que cet enfant tout nouveau-né Est une tille; il nous en coûte De vous dire la vérité Sur sa grande témérité !

Cette chanson, qui se vendait dans les rues par les camelots de l'époque, est accompagnée d'une gravure digne de la composition poétique. En tète de cette feuille, on lit ceci :

Accouchement de Madame la duchesse de Berry, annoneé au gouvernement par M. le général Bugeaud, gouverneur du château et de la citadelle de Blaye.

Dépêche télégraphique du 10 mai 1838 : une dépêche expédiée de Blaye par le général Bugeaud annonce que Madame la duchesse de Ren-y est accouchée d'une fille, aujourd'hui à 3 heures el demie du matin. La santé de Madame la duchés-.' de Berry 'i-t satisfaisante ainsi que celle de l'enfant.

ISS u RIOSITÉS BISTORIQ1 ES

Deux grossesses méconnues. — Médecin des prisons sous le gouvernemenl de juillet, notre regretté et respecté confrère le docteurThéodore Perrin faisait son service avec le dévouemeul e1 la conscience qui] mettail en œuvre dans l'accomplissement de tous ses devoirs. Mais il n'avait pas davantage pour cela la faveur de l'Administration, el l'on ne cherchait que l'occasion de le prendre en faute pour donner prétexeà sa révocation.

l 'n jour, vers 1847, colle occasion parut se présenter, et notre confrère reçut du préfet d'alors, M. Jayr, sa révocation, ainsi motivée de la main même de l'éminent fonctionnaire : « Monsieur le docteur, vous n'avez pas reconnu que la fille X... était grosse de trois mois. »

A moins (Tune année de là, un orage politique trop connu fait une razzia bien autrement complète. Mais c'était le moment de paver ses dettes. Et, à la veille de quitter Lyon, l'ex-préfet Jayr reçut, à son tour, du docteur jadis dépossédé, un billet contenant ces simples lignes : « Monsieur le Préfet, aviez-vous reconnu que la I {évolution de 1830 était grosse de la Révolution de 1848? »

Position intéressante de l'Impératrice. —Après deux commencements de grossesses malheureuses, et qui «Mirent peut-être pour effet de pendre ses couches pin* difficiles à la naissance du Prince Impérial, l'Impératrice partit avec l'Empereur, en l<s.V>. pour l'Angleterre.

Voici, d'après les Souvenirs du comte Vitzhum d'Eckstadt (Stuttgard, 1886 commenl ce voyageput avoir une grande influence sur la naissance • lu Prince Impérial :

« En 1855, eutlieu la visite de Napoléon III et de l'Impératrice en Angleterre. L'accueilful très cordial, et Napoléon III se sentit encouragé à (■Millier ;i la Reine If souci que lai causait l'absence d'enfant. Il en appela ;'i l'expérience «loin Reine Victoria, expérience gagnée dans huit accouchements, «a lui demanda d'insister auprès .le l'Impératrice pour que celle-ci consulta sir Charles Lockoch, l'accoucheur de la Reine. Celui-ci l'ut interrogé, el le succès de ses conseils lut tri. que, neuf mois après, naissait le Prince Impérial. On comprend donc l'intérêt que la Reine Victoria a témoigné plus tard au jeune Prince. Au moment critique, la Reii nvoyaà Taris sa dame d'honneur favorite, la marquise

dT.lv. pour soigner l'Impératrice. La marquise, en dehors des médecins et d<--> personnes de service, fut Le seul témoin oculaire de l'événement. »(1)

Mi Le Comte d'Hérisson, Le Prince Impérial.

SLK LES ACCOUCHEMENTS 18'J

La Nourrice du Prince Impérial. — Lorsqu'on dui B'occuper «lu choix d'une nourrice madame la comtesse Ducos, femme du ministre delà marine, une des plus belles personnes de la Cour, et qui nourrissait elle-même deux enfants jumeaux, s'était offerte à nourrir le Prince Impérial. L'impératrice n'accepta pas cette offre de dévouement. On choisit une belle et forte paysanne, qui nourrit le Prince.

Une seconde nourrice habitait les Tuileries avec son enfant, toujours prête à la remplacer en cas de maladie. Gela ne fut pas nécessaire, niais sa présence eut une bonne influence. Quand la nourrice montrait quelque velléité d'humeur ou de câprier, on lui disaii simplement :

— Si vous êtes fatiguée, nourrice, on va faire descendre l'autre !

Cela dissipait les nuages comme par enchantement et on n'eut qu'à se louer de ses soins. Elle avait plusieurs entants, et en outre d'une pension qu'on lui faisait, ils furent élevés par les bontés de l'Empereur. Ce qui est à peine croyable, c'est qu'un de ses 61s, plus âgé que le Prince de quelques années, fut pris parmi les communards, en 1871, et transporté à Nouméa. Il s'adressa à l'Impératrice pour lui demander de s'intéresser à son sort, afin de lui obtenir quelques adoucissements, l'Impératrice, qui avait auprès d'elle en Angleterre la sœur de lait du Prince, eut la bonté de le faire et pria quelqu'un de s'en occuper, ce qui fit dire à certains journaux que la Commune était pleine de yens attachés à l'Empire.

Le Princeeut un très long chagrin du départ de sa nourrice. Elle portait le pittoresque costume des femmes du Bourbonnais avec la jupe rouge, le petit corset de velours noir, et une légère coiffure de dentelles.

Le Prince conservait un foulard de soie venant de sa nourrice et un morceau de velours d'un de ses corsages. Chaquesoir, pendant plusieurs années, il s'endormait la tête sur le foulard, tenant le morceau de velours qu'il promenait sur sa figure. Miss Schaw redoutait beaucoup de perdre ces deux objets.

— My Prince serait inconsolable, disait-elle, si on les égarait, di

Une grossesse orageuse. — La première grossesse delà princesse Clotilde, Ires religieuse comme on sait, .''tait pénible. Sa belle-sœur, la princesse Mathilde faisant allusion à l'enfant, le prince Victor, qu'elle portait, dit très plaisamment:

— Qu'y a-t-il d étonnant ? C'est un diable dans un bénitier.

(1) Mme Garette, Souvenirs intimes 0» ht Gourdes ï'nih'rifs.

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