‹ AnecdotesChapitre 11 sur 15 · T. IT · texte numérisé non relu

T. IT

Selon le bruit public, la petite vérole et le pourpre se sont mêlés de la maladie de la princesse de Gonti ; mais, selon M. Finot, son médecin, de la bouche de qui je tiens ce que je vais vous dii'e, rien de plus faux que ce bruit. Voici son récit, M'"e la princesse de Conti, grosse de plus de quatre mois, ayant senti quelques douleurs de reins à la promenade, et ces douleurs continuant, elle envoya chercher M. Pérard, son accoucheur, à Versailles; il vint et fit saigner la princesse quatre fois sans l'accoucher, quoiqu'elle eut besoin de cette opération, les saignées firent remonter(?) l'enfant , le mal parut plus sérieux et alors on vint à Paris chercher M. Finot. Les circonstances effrayèrent celui-ci, il gronda M. Pérard et demanda le secours de MM. Dumoulin et Silva avant de rien ordonner. Ces Messieurs arrivés, le résultat de leur consultation fut une saignée au pied pour faire tomber (?) l'enfant, on la fit, elle réussit et la princesse fut accouchée, mais le délivre ne venant point, l'enfant resta dans ses jambes et y mourut. On s'aperçut que la gangrène (?) survenait, on saigna (!), on resaigna (!!), c'était le seul remède praticable; mais il fut inutile, la princesse, épuisée, expira. Tel est le récit de M. Finot que M. Pérard combat, en disant cjuela gangrène, que les médecins ne datent que d'après l'accouchement, était antérieure (?).Qui croire entre eux? Au reste, M. Finot dit que la princesse de Gonti était le plus beau corps de femme qu'il eût jamais vu. Elle sera enterrée demain à Saint André des Arcs.

Ici, nous ne défendrons plus les médecins. Finot avec Pérard, Dumoulin avec Silva, nous semblent avoir été des monstres d'ânerie et de barbarie. La vérité est que la malheureuse princesse à succombé,. comme tant d'autres en ce temps de délire delà lancette, à la douzaine de saignées inutiles qui furent pratiquées par ses quatres bourreaux, à ces saignées extraordinaires qui tantôt font reononter, tantôt font tomber le fœtus. Et ces quatre diafoirus qui, soudain, s'apperçoivent que la gangrène survient, laquelle ne s'observe qu'à la suite d'accouchements à terme, quand le travail a été long ou a nécessité des manœuvres laborieuses ! Etait-ce le cas? Ils n'avaient qu'à laisser faire la nature : le fœtus était expulsé et le délivre suivait quelques heures, peut-être quelques jours après. La putréfaction du délivre retenu, ou une fièvre puerpuérale auraient pu mettre la princesse en danger; mais jamais ces accidents ne se produisent dans les trente six premières heures.

SUR LES ACCOL'CnEMENTS 83

Sur la naissance des princesses. — Nous savons que la naissance d'une fille est généralement moins bien accueillie que celle d'un garçon (1). Est-ce à une mauvaise humeur causée par l'obstination de Marie-Leczinska à mettre au monde surtout des lUles(2), qu'il faut attribuer ce mot de Louis XV, rapporté dans les Mémoires du marquis cVArgenson, à la date de juillet 1737.

Quand on est venu annoncer au roi la notivelle fdle (3), au lieu du duc d'Anjou qu'il attendoit, on lui a demandé si on l'appeleroit Madame Septième : il a répondu :

— Madame Dernière.

D'où l'on conclut que la pauvre reine va être bientôt délaissée.

En effet,- ajoute d'Argenson, peu après ses couches. « La reine lit tourner son lit à Fontainebleau de manière à n'y faire qu'une seule ruelle : ce que tout le monde a remarqué comme un divorce d'ostentation. » Il paraîtrait d'ailleurs, suivant les mêmes Mémoires, que Marie Leczinska aurait fait tout ce qui fallait pour obtenir ce résultat.

Lorsque la reine vint à la cour de France, elle crut remarquer qu'il était de bon air de faire peu de cas des empressements de son époux et des plaisirs du mariage. Elle prétendit suivre cette mode et faire la dégoûtée. Elle disait : « Eh quoi! toujous coucher, toujours grosse et toujours accouchée ! » En conséquence, elle faisait faire de longs jeûnes au roi, sous prétexte de sa santé. Elle semblait dédaigner ce qu'elle pleure amèrement aujoud'hui.

Quoiqu'il en soit. Collé nous semble assez sage sur la question :

Le 26 août 1750, Madame la Daupliine, Marie-.Josephe de Saxe, accoucha d'une Princesse, ce qui jeta la Cour dans une consternation pareille à celle que causerait une bataille perdue, qui mettroit l'ennemi, aux portes de Paris. Le peuple de valets qui habite Versailles, et il y en a ici lieaucoup, a peur apparemment de manquer de maîtres. Les Rois et les Grands doivent nous être aussi indifférents que uous le leur sommes: sans leur

(1) V. Proverbes ot dichjns des AccoudiOJioils dans la lilii'ralm-e.

(2) Elle en eut liuit.

(3) Louise Marie de France.

(4) V. iKile (1) de la page SI.

84 CURIOSITKS IIISTORIOUES

souhaiter ni bien ni mal, aimons-les autant qu'ils nous aiment, rien n'est plus équitable, et ne sera moins gênant.

Il faut dire que la mauvaise humeur de Collé contre les grands, tient peut-être au refus du duc de Chartres d'apostiller son placet pour entrer dans les sous -fermes.

Sur la naissance du duc de Bougogne (1752). - Bonne nouvelle que je viens de recevoir, écrit le marquis cl'Argenson dans ses Mémoires ; madame la Dauphine vient d'accoucher d'un duc de Bourgogne la nuit dernière, 13 septembre, à trois heures moins un quart. Madame la Dauphine est accoucliée en cinq minutes. Il n'y avait de présent que M. le Dauphin, l'accoucheur et M. Dufour. On a appelé tout ce qui se trouvait de gardes (ils étaient en chemises) et un porteur de chaise; ils ont signé au procès ver])al. Cependant l'authenticité d'une naissance aussi importante eut exigé d'autres témoins ; la faute en est à ceux qui devaient se tenir à portée.

Il n'y eut pas que les chansons populaires pour céléhrer la naissance du prince. Le second volume du Meîxure de janvier 1752 n'est composé que d'effusions pseudo-poétiques à ce sujet. De médiocres morceaux, si l'on en croit le critique Clément.

On vous adit vrai, Monsieur, écrit-il dans ses Cinq années littérai res, (1) quand on vous a dit que M. le duc de Bourgogne avait été bien fêté et mal chanté... J'excepte deux strophes de M. Roy (2) dussé-je me brouiller avec M. de Voltaire ; il est vrai que la poésie du style n'y répond pas tout a fait à celle des idées, mais qu'elle immense persiflage (3), grands dieux! quel débordement de 7i07i sensé (4) et que d'ennui dans cette ode

(1) Lettre XGIII. L'ouvrage de Clément parut d'abord par feuilles séparées sous le titre do Nouvelles littéraires de France (1749-54). L'auteur, qui écrivait avec un certain agrément, ne méritait pas les injures à lui adressées par Voltaire et par Grimm.

(2) 1G83-1764. Epigrammatiste assez mordant fort médiocre dans' le reste.

(3) A ici le sens d'amas fatigant de xxiroles sans l'idée de raillerie.

(4) Sic.

de M. d'Arnaud (i) ! Devinez ce qu'il souhaite au petit-fils pour faire sa cour à l'ayeul :

Qu'il soit digne du trône et n'y monte jamais.

Le compliiïient vous parait fort; il a sans doute pai'u tel au poète, e^ je suis sur qu'il s'est plus applaudi de cette énorme saillie que de tout le reste de !

Ces vœux qu'un Dieu lui-même a sou lui révéler.

Je me sers de ses propres termes qu'il m'est bien plus aisé de vous redire que sa pensée. Quoiqu'il en soit, je le lui pardonne à cause de la pureté de l'intention et pourvu qu'il me pardonne à son tour si, dans les vingt- trois chapitres de ses révélations, j'en ai pu trouver autant de bonne verve que dans ces trois (2) vers de M. Pavant de Jaussel(3) :

Lucine donne enfin un prince à la Bourgogne, Prépai'e ses prissoirs, l'ait mûrir son raisin. Enyvre tour à tour la France et la Pologne (4)

Chansons et poésies sur les naissances. — Dans nos Accouchenients à la cour.^ nous avons cité quelques passages des chansons publiées par le recueil Glairambault-Maurepas. Nous donnerons ici, à titre de documents, ces pièces en entier, en y joignant plusieurs autres morceaux inspirés par les mêmes circonstances- Tout cela n'a pas grande valeur littéraire ; mais il peut être curieux de trouver le texte complet de toutes ces élucubrations.

(1) Baculard d'Arnaud (1718-1805), auteur fort médiocre, n'est guère connu aujourd'hui que par l'épitre ou il célèbre le c. 1 de sa Manon.

(2) Le texte dit quatre.

(4) Allusion a Marie Leczinka.

(ô) Le Mercure de France contient une grande quantité de sonnets, odes, idilles, devises, relatives aux naissances des princes et des princesses de sang royal, mais aucune de ces pièces ne vaut la peine d'être reproduite.

La naissance du duc d'Anjou (1)

Je veux à mon maître Boire comme un trou, Il vient de nous naître Un beau duc d'Anjou.

Vertubleu ! quel homme, quel homme, quel homme! Vertubleu ! quel homme que notre bon roi !

De cinq enfants (2) père.

Agé de vingt ans !

L'aventure est fière :

Bavons mes enfants !

S'il était grand père Dans dix ans d'ici, La plaisante affaire, Le vieillard joli !

Ma foi nos provinces, S'il va de ce pas, A tant de beaux princes Ne suffiront pas.

Cherchons-leur des titres ; Versez-moi du vin ; Ouvrons les registres.

Du Dieu du raisin.

Champagne et Bourgogne S'offrent à mes yeux ; Il est en Gascogne Du jus précieux.

A pour notre sire Quel consentement, De se reproduire Si facilement.

(1) Fils de Louis XV et de Marie Leczinska né le li août 1720, mort en 1733.

(2) Louise-Elisabeth et Anne-Henriette, sœurs jumelles, Louise-Marie, le Dauphin et le duc d'Anjou.

Remplissez mon verre Portons, par nos chants, Au bout de la terre Ses heureux talents.

Cher Bacchus, arrange Tes bienfaits pour nous.

Règle la vendange, Sur des dons si doux.

Pour tant de naissances, Vois ce qu'il nous faut, Dans tes ordonnances Songe qu'il fait chaud.

Que pour notre reine, Des dieux bienfaisants, Notre amour obtienne S'il se peut cent ans.

Mon Dieu ! qu'elle est bonne !

Vidons nos flacons; Les biens qu'elle donne Suivent nos moissons.

Vertubleu ! quel homme, quel homme, quel homme ! Vertubleu ! quel homme que notre bon roi !

La naissance du Dauphin {!)

Le ciel nous favorise enfin Nous venons d'avoir un Dauphin, Buvons du vin au lieu de bière.

(1) Louis, né à Versailles en 1729, mort à Fontainebleau en 1765, fils de Louis XV et de Marie Leczinska, père du duc de Bourgogne, mort en 1771, de Louis XVI, de Louis XVIIl et de Charles X.

« Grand événement dans notre Etat ! Dimanclie. 4 de ce mois (septembre), entre trois et quatre heures du matin, la ri'ine est accouchée d'un DïHiphin. Aussitôt courrier à la ville et à M. le premier président et le

De nos cœurs chassons le chagrin, Nous chanterons soir et matin, Bénissons Dieu de cette affaire.

Que chacun donc se mette en train Et versons des tonneaux de vin, Quoique d'argent nous n'ayons guère.

Le Dauphin nous le rendra bien,

Car il en aura le moyen,

Ou ce sera monsieur son père.

Avant que d'être au monde mis, Toute chose montait de prix.

Môme jusqu'à la lumière.

Mais à présent tout va changer ; Nous avons tout lieu d'espérer Sous un aussi beau ministère.

L'on nous va rendre notre bien, Ainsi le prétend le Dauphin, Qui s'est fait fort de cette affaire- Car il est déjà généreux El chacun sera très heureux Dès qu'il saura marcher par terre.

Que de gens vont être contents.

Que de femmes feront d'enfants, Que de filles s'en feront faire !

tocsin du Palais et de la ville ont été entendus. A midi, il y avait déjà une ordonnance de M. M. les prévôts des marchands etéchevins affichée yiour faire des feux de joie et illuminations aux maisons pendant trois jours, comme aussi de fermer les boutiques. Il' y a eu feu de fagots à l'Hôtel de ville avec illuminations, ainsi que toutes les rues de la ville.

« Le lundi, le Parlement, qui a la police supérieure, à rendu arrêt ])Our dire que les boutiques seraient ouvertes jusqu'à midi et que les feux l't illuminations continueraient encore le mercredi quatrième jour, et le lieutenant de police a rendu ensuite son ordonnance en conséquence de l'arrêt. >; 'Journal de Barbier).

SUR LES ACCOLCUEMENTS 89

Et les paniers (1) plus que jamais,

Seront utiles désormais;

Ah ! quel gain pour chaque ouvrière !

Buvons à ce charmant enfant Qui sera quelque jour très grand.

Buvons à madame sa mère.

Que Dieu lui donne d'heureux jours Et que rien n'en trouble le cours, Mais, vive son aimable père !

Autre chanson sur le même sujet

Ah ! que j'aime le Dauphin .

Son nom rime assez au vin ; Nous en faut-il davantage Pour lui rendre notre hommage ?

Lampons, camarades, lampons.

Il est du sang de Bourbon, Donnez-moi donc du bon.

J'en tire la conséquence, Qui me paraît d'importance.

En septembre il a paru, C'est le mois du bois tordu :

Il portera bonne chance Au vignoble de la France.

Hérault à fait imprimer Qu'il fallait boire et manger (2) ; Suivons donc son ordonnance, C'est pour le bien de la France.

(1) Voir la Mode et les Accouchements à la fin de ce volume.

(2). — Les maisonsdes échevins étaient illuminées en lampions et avec des lustres tous les jours, et deux tonneaux de vin chaque soir à leur porte, des cervelats et des petits pains. {Journal de Barbier).

90 CURIOSITÉS llISTORinUES

Le roi, sans faire d'édit, Vient lui-même dans Paris (1), Nous montrer par sa présence Qu'il faut boire à toute outrance.

Quand au monde vint Bacchus, On ne but pas tant de jus Qu'on en boit pour la naissance De notre Dauphin de France.

Lampons, camarades, lampons.

Le lys de Versailles (2)

Au château de Versailles, Un beau lys il y a, Quelque part où l'on aille, Rien ne vaut ce lys là.

Ah ! qu'il est bien planté, O gué, ma commère, Gué, gué, gué, ô gué !

Nuit et jour on le garde Et l'on veille alentour.

Sitôt qu'on le regarde On est blessé d'amour.

Heureux qui peut, ma chère.

L'avoir à son côté.

De ce lys tant aimable, Un nouveau rejeton D'une odeur agréable Remplit tout ce canton.

Dès qu'on a su l'affaire, Tout le monde a chanté.

(1). — Le mercredi, le roi vint de Versailles à Paris, sur les cinq heures et demie pour assister à un Te Deum qui s'est chanté en musique. ..

Après le Te Deum, le roi alla à l'Hôtel de ville avec toute sa cour. Il y fut reçu parle gouverneur de Paris, le prévôt des marchands et échevins. On tira un feu d'artifice magnifique. Après le feu il y eut un grand souper. (Jowrna/ de Barbier).

(2] Ganlale chantée à FOpéra-Gomique sur la naissancedu Dauphin 1781.

Pouf parler sans mystère, C'est un Dauphin charmant Dont le ciel vient de faire A la France un présent.

D'un don si salutaire, Je lui savons bon gré.

On a raison de dire De cet enfant chéri, Que le roi, notre sire, L'a moulé d'après lui ; Car l'enfant de Gythère N'est pas si bien tourné.

Tout chacun le révère, Et quoiqu'il soit petit.

N'y a que monsieur son père Qui soit plus grand que lui.

Sa santé nous est chère, Que son nom soit chanté.

Mettons tous des couronnes, Chantons des airs joyeux, Vidons toutes nos tonnes Pour en faire des feux.

Faisons la fête entière Et qu'il soit bien trinqué.

G gué, ma commère.

Gué, gué, gué, ô gué!

Dialogue paysan sur la naissance du Dauphin.

Ah! Colin, que je suis aise De te rencontrer ici !

Mathurin et le gros Biaise Veniont d'arriver aussi .

Paris est pis qu'une foire ; L'on y rit de bout en bout :

Chacun se fait une gloire D'y bouter le l'eu partout.

Dame ! aussi quel avantage Pour tout le peuple français !

Nous avons en droit lignage Un fils de plus décent rois.

C'est le Dauphin dont je parle.

Vraiment, l'on dit qu'il est beau, Gentil, plus net qu'une parle, Doux et droit comme un rosiau

Voyez donc le belle oracle!

Quel conte nous fait-il là ?

Prends-tu ça pour un miracle, Avec le père qu'il a ?

Trouverais-tu sur la terre Un si biau prince, un mortel Aussi bien fait pour la guerre, Et d'un meilleur naturel ?

Tatigué ! comme il jargonne;

De la reine qu'en dis tu ?

Je dis qu'elle est franche et bonne,

Un vrai tableau de vertu ;

Et que de tels père et mère,

Il ne saurait provenir

Que des enfants dont, compère.

On aura bian du plaisir.

Et voyant les trois princesses, Ça se devine en deux mots; Ce ne sont que gentillesses.

Et de biaux petits propos.

Je gagerais bian, acoute, Qu'elles pâment dans le cœur D'avoir sans qu'il leur en coûte, Pour frère un si grand seigneur.

Dans le château de Versailles ; On ne s'entend pas, ma foi :

Tout le monde est en guoguailles, A commencer par le roi ; Les dames pleuriont de joie.

Mais rien ne parait égal A la gaité que déploie Le ministre cardinal.

SUR LES ACCOUCriEMEiVTS 93

Sont mille gens qui tracassent, Et des nourrices par tas ; Des cuisiniers qui frieassent ; Ah ! quel terrible embarras !

J'ignore où tout ça se boute, Mais en retour je conçois Que pour leur tremper la croûte Il faut bien avoir de quoi !

Je t'accoute et tu raisonnes ; Ah! que je sommes nigaud!

Approchons nous de ces tonnes, Le vin en tombe par sciaux.

Si j'attrapons par fortune Quelques sapes de gourdin, Je boirons^ et sans rancune, A la santé du Dauphin.

Quel bruit ! que de pétarades !

Qu'on sent la poudre à canon !

Chacun donne des aubades ; Le pavé n'est que charbon ; Entends-tu les tournebroches ?

Pargué I ça va d'un grand train.

Ah ! qu'on cassera de cloches Si Dieu n'y boute la main !

Palsangué ! comme on nous pousse.

Il ont grillé mon chapiau.

La rencontre n'est pas douce ; Prên garde à ce serpentiau.

Quoiqu'habitants de village.

Morgue, j'avons le cœur bon ; Gà crions avec courage Yive le sang de Bourbon!

La joie de Paris à la naissance du dauphin.

Du prince qui nous est donné, Célébrons la naissance; D'un siècle pour nous fortuné, Quel présage à la France !

9A CURIOSITÉS niSTORIQUES

Elevons nos cœurs et nos voix Au ciel qui nous dirige ; Il éternise de nos rois Et la gloire et la tige.

Paris quand jusque dans ton sein Ton roi se communique, Et partage du citoyen L'allégresse publique, Quelle est ta fortune en ce jour !

Peuple heureux considère Que, dans son empire, l'amour Le rend doublement père.

En sa présence tous les cœurs, Dans un nouveau lui-même, Disent mieux que vous, doctes sœurs, Gomment il faut qu'on l'aime.

Leur joie éclate en doux transports Aux yeux de qui l'inspire ; Et l'emporte sur vos accords, Et les noms de la lyre.

Louis y lit dans tous les yeux Qu'un Dauphin vient de naître.

France va publier en tous lieux Qu'il ressemble à ton maître.

Déjà l'amour aux champs des lys A tout mis sous les armes ; On prend, dit-il, pour moi le fils D'un roi si plein de charmes.

De vos grottes, numphes, sortez ;

Accourez sur la Seine ;

Dansez au brillant des clartés

D'un riant phénomène :

Ne craignez, sous l'astre qui luit,

Qu'un si beau jour finisse ;

Les Français n'auront plus de nuits,

Sous un ciel si propice !

Mille étrangers dans nos concerts.

Viendraient sur cette rive.

Supasser nos voix dans les airs,

En s'écriant : Qu'il vive !

Nous vaincraient-ils ? Chantons sans fin

Vivent le roi, la reine

A qui nous devons le Dauphin,

Que l'amour nous aiïiène.

Gourons repaître nos regards Des traits d'un si beau prince.

Qu'au loin le ]3ruit de nos ramparts L'annonce à la province :

Et que l'écho de tout côté, A la ville, au village, D'une longue félicité Dise qu'il est le gage.

Tu l'apprends à plus d'un climat,

Sage dépositaire

Des seaux et secrets de l'Etat :

Mais ton zèle à beau faire,

Des cœurs le guide avant-coureur,

Volant à tire d'aile,

Sait porter de notre bonheur

Bien plus loin la nouvelle.

Oui, quand le premier mouvement De joie aussi sincère, Passait par ton empressement, Au Germain, à l'Ibère, On vit l'amour fendant les airs.

Charmé de son ouvrage, D'avance inviter l'univers D'aller lui rendre liommage.

Quels doux loisirs il nous promet !

Déjà toute l'Europe, Du présent que le ciel non? fait, A tiré l'horoscope :

Par ce rejeton de héros, Notre fortune est stable :

Louis, pour notre plein repos.

Nous donne son sembhible.

96 r.URIOSITKS IlISlTtRIOUES

Mais, quel aspect dans ce moment!

Une heureuse planète

Influe à son tempérament

Les forces d'un athlète :

D'un brillant progrès à nos yeux ,

On le voit qui s'avance,

Et fait du Dauphin dans les cieux

Avec l'Aigle alliance.

Le coursier d'où l'on vit venir Ce tourbillon d'étoiles, Grand roi, lève de l'avenir Sur la paix tous les voiles.

Cet ascendant prédit qu'un jour Si l'on troublait ses charmes, Ton fils la ferait à son tour Respecter par les armes .

Dans ce prince, tout nous apprend

Quelle gloire future,

Sur les pas de Louis le Grand,

Son beau sang nous assure !

S'il te prend pour guide aux combats

Que tu livres aux vices ;

Qne son cœur ne vaincra-t-il pas

Sous tes heureux auspices?

A peine est-il, que les jeux

Les ris autour des tonnes

Célèbrent partout, en tout lieux,

Ce lien des couronnes ;

Et qu'on voit, d'un accord nouveau,

Les grâces de sa mère

Se joindre autour de son berceau,

Aux vertus de son père .

La foi qui doit tout à son nom.

D'abord sur lui s'empresse

A mettre l'auguste cordon

De l'esprit de sagesse.

Tel signe est un droit de son rang ;

Mais ce symbole enseigne

Que c'est plus la marque du sang

Où la piété règne.

Digne enfant de tant de soupirs,

Vous, dont à la naissance,

Pour combler nos justes désirs,

Présida la Balance.

Sur vous, du trône cher appui,

Quel bonheur ne se fonde !

Non, il n'est de biens qu'aujourd'hui

Vous n'apportiez au monde.

Quel don ! si par de tels bienfaits

Le ciel, grande princesse.

(louronne ainsi pour vos sujets

Toute votre tendresse;

Les vertus, pour nous rendre heureux.

Vous sont si familières.

Qu'il est moins le prix de nos V(eux.

Qu'un fruit de vos prières.

Vous, autre exemple des mortels,

Fleury, que rien ne tente,

Qui servez l'Etat, les autels,

D'une âme si fervente !

Par ce digne héritier des lys,

Leur gloire régénère;

Et tous nos souhaits sont remplis

Sous votre ministère.

Oh! qu'à ton gré, de jour en jour,

Tu vas, heureuse France,

Voir dans les bras de Ventadour

Croître tant d'espérance!

Ses veilles ont assez prouvé

Encor plus d'une mère.

Dans le cours de si doux transports.

Toi qui, dans cette fête,

Du peuple animes tout le corps.

Et qu'on voit à sa tète,

Gesvres, en tous les hauts emplois,

Si ta nolîle ardeur brille,

Ne sait-on jias pour nos rois,

Tu la tiens de famille?

98 CURIOSITÉS UISTORIQUES

Quel spectacle on doit à tes soins !

Que de magnificence !

Turgot, quels yeux en sont témoins ?

Ton roi, l'œil de la France !

Quel prix pour toi, que les honneurs

Dont-il paya ton zèle !

En tout événement, nos cœurs

Ont le tien pour modèle.

Vous serait-il indifférent,

Peuples voisins, d'apprendre

De la paix, qu'un nouveau garant

Ne se fait plus attendre ?

Il est venu ce jour heureux,

Où le ciel qui le donne,

De la joie allumant les feux,

Eteint ceux de Bellone.

La naissance du duc de Bourgogne (1)

Gens de tous pays.

Venez à Paris,

Voir le beau feu de dimanche (2) ; Tout brillera, tout charmera.

L'auguste enfant Qu'on souhaite tant Dimanche

Est venu lundi.

Le ciel soit béni, Tous nos jours sont dimanche

Notre gouverneur, En habit d'honneur.

Paré des bouquets de Flor(\ De son argent

(1) Louis-Joseph-Xavier, lils de Louis, Dauphin, el de sa seconde femme Marie-.Tosephe de Saxe, né en 'P15, mort en 1761.

(2) Le feu de l'Hôtel-de- Ville et le Te Beum à Noire-Dame, où, suivant les apparences et le bruit courant, le Roi viendra avec sa famille sont indiqués pour le dimanche 19 de ce mois. {Journal de Barbier).

SUR LES ACCOUCnEMENTS 99

Fera présent (1)

Encore S'il se croyait, Toujours ferait

De même.

Aussi le voyant Chacun va disant :

Ah ! mon cher ! que je t'aimo.

Monsieur le prévôt, De tout ce qu'il vaut.

Va faire preuve complète ; Tournez, canons.

Sonnez, clairons,

Trompettes, Ruisseaux de vin

Coulez sans fin

Des tonnes.

Le ciel pour protecteur,

Par grande faveur, Un duc de Bourgogne nous donne.

Il nous est donné,

V,e beau nouveau-né.

En septembre ; c'est bon signe.

Du grand papa

Il défendra

La vigne.

Et sous nos ceps Toujours en paix,

Tranquille, Nous boirons du bon.

Bénissons le nom De la rovale famille.

(1) Le duc de Gesvi-es, gourverueurdc Paris, jeta de rargont au peiqilc pendant trois jours.

100 CURIOSITÉS niSTORIOUES

Sur le même sujet (1).

Â.ir : Be mon berger volage

Un enfant vient de naître, Un enfant précieux, Un Prince qui doit être Digne de ses aïeux; L'augure est favorable, Il sera notre amour ; Une colombe aimable, Produit-elle un vautour ?

Nous soupirions sans cesse Après ce gage heureux. Le don d'une princesse, L'assuroit à nos vœux.

J'ai vu la rose éclore, Le lys nait à son tour ; Une si belle aurore, Annonçoit un beau jour.

Croissez parmi les grâces, Espoir flatteur des lys.

Rassemblez sur vos traces, Les arts, les jeux, les ris.

Si la gloire cruelle Réclame un jour ses droits.

Vous avez un modèle Dans le plus grand des Rois.

Dans le cristal de l'onde, L'azur des cieux nous luit Et le flambeau du monde S'y peint, s'y reproduit.

Plus vivement encore, Par des traits éclatants.

Ce roi que l'on adore.

Se peint en ses enfants.

(i) Couplets de Favart chantés par Jelliote dans un divertissement qui a été donné à Madame la Dauphine, quelques jours après qu'elle a ét('' relevée de ses couches. (Collé, Journal hisloi'ique, nov. 17ol).

sua LES ACCOUCHEMENTS 101

Destin, qui le fis naître

Pour régir l'Univers,

Conserve notre maître;

Ses jours nous sont si chers !

Ils régnent par avance

Ses dignes successeurs,

Leur empire commence.

Leur trône est dans nos cœurs.

Les mariages de Paris. (1)

L"amour, l'hymen et les ris

Dans Paris, Font une fête chérie En faveur du citoyen

Pour le bien Et l'honneur de la patrie.

Qui nous donne ce beau jour

Où l'amour S'unit avec l'abondance ?

C'est un rayon du soleil

Non pareil Qui fertilise la France.

(1) Le roi, après avoir pris connaissance des réjouissances projetées en l'honneur du duc de Bourgogne et de la dépense qu'elles devaient entraîner, préféra, comme le remarque Barbier, « quelque chose de plus solide et de plus utile »; il décida que la somme destinée aux fêtes serait consacrée à doter et à marier six cents filles dans Paris. « Au lieu de faire des feux d'artifice et de donner des fêtes qui coûtent toujours beaucoup et ne procurent aucun avantage, la ville a donné un fon.is pour ces mariages. Chacune de ces filles a été habillée, a eu cent écus comptant, et les frais de noce ont été faits aux dépens de la ville. Le peuple de Paris a paru approuver beaucoup toutes ces dispositions qui sont en effet très bonnes et très louables. Les curés de Paris, qui ont été chargés défaire ces mariages, les ont arrangés et les ont faits avec beaucoup de décence et de dignité. » Journal historique de Collé '170 '-1783). Ces mariages furent tous célébrés le 9 novembre 17.51. On composa, à ce sujet, les trois chansons qui suivent : Les iniin'af/es de Pnris. Vire /es fjueutret Hoin))iage au nouveau-nè.

Que pour jamais le burin

Sur l'airain Grave les dons de la ville, Elle exécute un projet

Dont l'objet N'est pas une œuvre stérile.

Le bien public a dicté,

Arrêté, Ce projet si beau, si sage,

Et la liberté

A compté De quoi couronner l'ouvrage.

Ce système est sensé,

Bien pensé, Quand on pourvoit six cents filles, On devient le bienfaiteur

Et l'auteui- De deux fois deux cents familles.

Vive notre gouverneur,

Ce seigneur Doux, officieux, ati'able ; Il fait voir qu'un duc est grand

Doublement Quand il sait se rendre aimable.

On est bien venu chez lui

Sans appui ; Chez lui la faible indigence Peut prétendre au même accès

Et succès Que la plus haute opulence.

Que le prévost des marcliands,

De nos chants Excite aussi Tallégresse ; Ceux qui lui succéderont

Ne pourront Le surpasser en sagesse.

Dans dix siècles on saura,

On dira Ce que furent les Bernages (1) ; Leur gloire aura pour garants

Les enfants Issus des six cents mariages.

Cette fête vaut bien mieux

Que ces feux Où le salpêtre s'enflamme :

Ils s'épandent en éclairs

Dans les airs ; Les bienfaits restent dans rame (2).

Vive les gueux.

Grâce à monsieur de Bernage,

On va bientôt A maint joli pucelage

Donner l'assaut ; Six cents, c'est le nombre heureux

Vive les gueux ! (3)

Pour entrer dans cette bande,

Chaque pasteur A chaque iille demande

Son fréquenteur ; Le mot est neuf et nerveux.

Vive les gueux !

Deux cents écus font les dots

De ces tendrons, Y compris habits et cottes,

Vins et dindons.

Et même les violoneux (4).

Vive les gueux !

(1) C'est le nom du prévost des marchands.

(2) Quel écrivain public peut bien être l'auieur de cette stupéfiante platitude ?

(3) Béranger aurait-il. dans son enfance, entendu le refrain de cptte chanson ?

(4) Les curés, suivant Barbier, avaient été chargés de tous les détails • les mariages, disti'ibution di's habits, repas, bal, etc.

104 CURIOSITÉS IIISTORIOLES

Fais bien nettoyer les rues, Cher Outrequin (1),

De peur que nos prétendues, Par les chemins,

Ne gâtent leurs souliers neufs.

Vive les gueux !

Qu'il fera beau, ce me semble,

Voir en ce jour Tant d'amants unis ensemble,

Faire à l'amour Un sacrifice joyeux.

Vive les gueux !

Pour compléter cette fête,

De l'Opéra, Notre prévôt, bonne tête,

Régalera Ce troupeau d'amoureux.

Vive les gueux!

Sur un si louable exemple,

De nos deniers.

A l'hymen fondez un temple,

Gros financiers (2), A nos dépens généreux.

Vive les gueux !

Vive Monsieur de Bernage

Et son conseil.

Vive ce prévôt si sage

Au teint vermeil.

Et pour terminer nos vœux,

Vive les gueux!

(1) Entrepreneur des fontaines et du pavé de Paris.

(3) M. de Monmartel, garde du trésor royal, suivit le conseil et dota toutes les filles nubiles qui étaient dans ses terres. Mmp de Pompadour en fit autant.

Hommage au nouveau-né

Voici le jour fortuné

De notre mariage,

Au prince du Dauphiné

Rendons un doux hommage

Et chantons le petit nouveau-né,

Qui nous met en ménage,

A l'amour, à la gaîté, Puisque tout nous engage.

Triomphons en liberté Et faisons grand tapage ;

Du père qui l'a formé C'est la vivante image, Il sera bien renommé S'il devient aussi sage ;

De son aïeul bien-aimé L'invincible courage Et l'ineffable bonté Seront son apanage :

Son bras sera redouté Jusque chez le sauvage, Et son cœur sera fêté •Jusqu'au dernier rivage ;

Quel temps de prospérité Cet enfant nous présage ! De notre félicité Son nom seul est le gage :

Souvent le soleil levé Ne chasse point l'orage ; Mais quand un Bourbon est né Il n'est plus de nuage ;

Notre cœur est transporté Des dons qu'il nous partage, Ses bienfaits de tous côtés Disent en leur langage :

Puisse l'univers charmé Etre son liéritage, Et son règne confirmé S'étendre au dernier rivage.

Célébrons le petit nouveau- né Qui nous met en ménage.

Une nourrice congédiée. — On lit dans les Nouvelles littéraires qui forment la première partie de la célèbre correspondance de Grimm (1) :

De tous les vers qui ont été faits à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne, voici les seuls qui aient fixé l'attention publique. Ils sont réellement d'une jeune femme, belle, vertueuse, qui avait été choisie pour être nourrice du jeune prince, et qui a été renvoyée.

Placet à M. le duc de Bourgogne

Par Mme de Cup...

Précieux rejeton du plus beau sang du monde, Digne présent des cieux, si longtemps attendu, Cher prince, à ta grandeur que ton bonheur réponde: Puisse-t-il égaler tout l'amour qui t'est dû !

.L'univers retentit de nos chants d'allégresse, Du plus aimé des rois tu combles les désirs ; Pour toi, dans tous les cœurs, éclate la tendresse : Dans des moments si chers fais grâce à nos soupirs.

Jalouse d'avoir soin d'une si belle vie. J'osai briguer l'honneur de te donner mon sein ; Sur ce flatteur espoir j'ai quitté ma patrie, Mais le sort a trahi mon généreux dessein.

Seul reste infortuné du nom de ses ancêtres Que six rois, tes aïeux, ont jadis illustré.

Mon époux pour servir et l'Etat et ses maîtres, N'a l'ien que son courage et leur zèle épuré (1).

Auprès de ton berceau nous cherchons un asile ; A cette ambition j'ai tout sacrifié; Mon malheur m'en éloigne et mon zélé inutile Ne m'offre désormais d'appui que la pitié.

A deux jeunes époux que ta voix enfantine Daigne, race des Dieux, prêter l'heureux secours : Intéresse pour nous cette auguste héroïne A qui la France doit et sa joie et tes jours.

Ainsi puisse le ciel faire de tes années, Un long tissu de gloire et de prospérités, Et mon fils, né pour voir tes hautes destinées, Même au pi-ix de son sang te payer tes bontés.

La naissance du duc d'Aquitaine (2)

Morgue, c'est qu'il faut d'abord Qu'en ce jour tout soit d'accord ; Pour votre Parlement, sire.

C'est un bon débouché, Quand j'avons tous envie de rire Pourriez-vous être fâché ?

J'avons donc de votre nom Encore un joli poupon.

Il sera duc d'Aquitaine, 11 sera tout ce qu'il voudra,

(1) Nous comprenons fort peu cette stance et l'allusion qu'elle renferme nous échappe entièrement.

(2) Xavier-Marie-.Ioseph, duc d'Aquitaine, second fils de Louis, dauphin, et de Marie-Josephe de Saxe, né en 1753, mort l'année suivante. « Le 21 février 1754 mourut le duc d'Aquitaine. Quelques courtisans, pleins d'esprit, disoient sérieusement, à Versailles, que c'étoil le })on cœur de cet enfunt qui l'a voit fait mourir; qu'il avoitété touché de la mort de Mademoiselle Tallard, sa gouvernante, qui a pris son parti le mois dernier ; quoiqu'il n'eût que neuf ou dix mois, ils voyaient dans cet enfant assez de connoissance pour sentir cette perte. » Co\\<^. Journal historique.

108 CURIOSITÉS JIISTOKIQUES

Suffit, grand Roi, qu'il nous vienne De vous et de son papa.

Pour un digne rejeton

De la race de Bourbon,

Je baillerions messieurs de Pontoise,

Et nos seigneurs les prélats,

Je baillerions même nos grivoises,

Et nous si ça ne suffit pas.

S'il est possible pourtant Que tout le monde soit content En ce jour de bonne fortune.

Rendez-nous les honnêtes gens, Mais envoyez à Pontoise Les commis et les sergents.

A notre saint homme le pasteur

Si ça faisait mal au cœur.

Qu'il vous refuse ou vous donné

Sa bénédiction pour ça,

J'en aurons pour votre personne

Mille qui valent mieux que celle-là.

Béni soit le cher enfant, Béni soit sa mère grand, Béni soit madame sa mère, Béni soit comme le bon Guieu Un Roi qui comme lui sur terre Répand la joie en tous lieux.

En célébrant son petit-fils Quelque jour les beaux esprits Diront : Messieurs, ce grand prince "Vint au monde tout justement Quand le roi de la province Fit revenir le Parlement (1).

(1) Ce vtriu ne devait être exaucé ([u'un an plus tard, après la naissance du duc de Rerrw

<l:k les Arr.orciiEMENT? 109

Puissiez-vous dans soixante ans,

Entouré de descendants,

Voir vos images vivantes .

Dans douze fils de monsieur le Dauphin

Et puissent mesdames leurs tantes

Leur bailler plus d'un cousin.

Je leur souhaitons de tous nos cœurs,

Quatre grands rois pour serviteurs ;.

Mais s'il faut à ces demoiselles

Des maris comme leur papa,

Elles pourront rester pucelles.

Y n'y en a pas deux comme celui-là .

Naissance du duc de Berry (1)

Ou suis-je? quels bruits éclatants Viennent de frapper mon oreille?

Le cri du bonheur me réveille, J'entends les plus aimables chants.

Le beau lys qui pare la France

Vient de pousser encore un brillant rejeton ;

Venez, vive reconnaissance,

Paraissez sur notre horizon;

Volez aux pieds d'une illustre princesse

Qui vient de comblei- nos désirs,

Et que l'étendard des plaisirs

Marque partout notre allégresse.

La valeur, les talents, ont choisi ce séjour : Que de faits étonnants vont orner notre histoire Nos deux princes doivent le jour A l'amour, à la gloire.

(1) Troisième fils de J^ouis, Dauphin, et de Marie de Saxe, « cette brave allemande qui, au dire de d'Argenson. nous donnait loien des princes. » Celui qui devait étro r.onis XVI na([iiit A Versailles, le 23 aoiitl75/j.

110 r.nunsiTÉ!=; mistoiuques

Cet empire des dieux éprouve les faveurs,

Eclatez, bruyantes trompettes^

Joignez-vous aux doux chants de nos tendres musettes,

Soyez l'organe de nos coeurs.

Chantons le plus grand Roi, la plus auguste Reine,

Formons d'agréables concerts,

Les fruits d'une si belle chaîne

Intéressent tout l'univers.

L'espérance fuyait (1) : un beau jour la ramène.

L'accouchement de la duchesse de Chartres (2)

Aimable princesse,

La jeunesse, la vieillesse,

Â. ton bonheur s'intéresse,

Notre joie est une ivresse;

Dans son allégresse,

De ta maison la tendresse

Pour un second fils adresse

Jusqu'au cieux

Ses vœux.

Lagaîté du père, Les doux transports de la mère.

Font que le grand-père espère Au plus tard dans vingt mois,

Voir naître un frère

Du duc de Valois.

S'il en venait un troisième Un quatrième, un cinquième, Reçu de même.

Te plaindrais-tu ?

(1) Par la mort du duc d'Aquitaine.

(■2) Le prince, dont la naissance est chantée ici, était le futur roi des Français, Louis-Philippe, né le 5 octobre ITTS.

SUR LES ACCOUCIIEMRNTS 111

Que Dieu te les donne ; L'on ne trouvera personne

Qui s'étonne

Q'il couronne.

Ta vertu.

Aimable princesse,

La jeunesse, la vieillesse,

Notre joie est une ivresse:

Dans son allégresse,

De ta maison la tendresse

Pour un second fils adresse

Jusqu'aux cieux

Ses vœux.

Naissance du premier fils de Louis XVI et de Marie- Antoinette.

— Louis- Joseph-Xavier-François, Dauphin de France^ naquit à Versailles le 22 octobre 1781. Nous empruntons au continuateur de Bachaumont les détails sur le cérémonial de circonstance.

C'est Madame la princesse de Lamballe qui, en qualité de surintendante de la maison de la reine, donna ordre, au moment des douleurs de S. M., d'avertir lesPrinceset Princesses qui se rendirent dans le grand cabinet de la Pieine où S. M. était sur son lit de misère. Le garde des Sceaux de France s'y était rendu aussi el occupait sa place aux pieds du lit à genoux. Le roi et les Princes étaient en dedans du paravent qui entourait le lit, le surplus des courtisans en dehors.

La Pteine accouchée, on présenta l'enfant à M. le garde des Sceaux pour en constater le sexe, et il se releva. Un grand silence ayant cette fois régné dans l'appartement, la Reine craignait de n'avoir mis au monde qu'une fdle, mais quand elle fut en état d'en recevoir la nouvelle, le Roi s'approcha et lui dit : « Madame, vous avez comblé mes vœux et ceux de toute la France ; vous êtes mère du Dauphin. »

La reine désira voir ce précieux enfant, qui lui fut apporté par la princesse de Guéménée, gouvernante des Enfants de France. S. M, en le lui remettant lui dit : « Madame, je n'ai pas besoin de vous recommander ce dépôt, qui intéresse tout le Royaume ; il ne saurait être en meilleures mains: mais, pour que vous puissiez vaquer plus librement aux soins qu'il exige, je compta pni-tager avec vous l'éducation de ma fille. ))

Il^ ClRIOSITl':? lIISTORIOUliS

Les courtisans, toujours malins, toujours exacts observateurs des pas" sions des Princes, ont cru remarquer sur le visage de Monsieur, à la première inspection du sexe, un mouvement d'humeur et de chagrin; mais son âme magnanime, surmontant bientôt cette faiblesse, s'estlivrée ensuite à toute la joie que lui ont inspirée son attachement au Roi et à la Reine et son zèle pour la félicité de l'Etat.

Dans le même recueil, nous relevons, à la date du 8 novembre, les particularités suivantes :

On a déjà pris toutes les dimensions de Monseigneur le Dauphin. Il pèse 13 livres et a vingt-deux pouces de long. Sa nourrice se nomme Madame Poitrine (1) : c'est une paysanne qui s'est évertuée d'elle-même, qui est venue à Paris avec, son mari et se sentant les qualités requises, s'est tellement démenée et fait connaître qu'elle a été acceptée. Elle a continuellement auprès d'elle une «gardienne du ventre » qui ne la quitte point, même lorsqu'elle va à la garde- robe et rend compte à la Faculté de l'état de santé de la nourrice.

La venue de cet héritier du trône, lequel devait d'ailleurs mourir en 1789, était impatiemment attendue ; elle provoqua, dans la famille royale et même dans la nation tout entière, un enthousiasme incroyable et fit oublier un moment toutes les préoccupations politiques.

Madame Gampan et le continuateur de Bachaumont nous ont laissé force détails sur les réjouissances de toutes sortes qui célébrèrent l'événement (2).

D'abord, les salves^ les feux de joie et les illuminations de rigueur.

Aujourd'hui 22 octobre 1781, la ville a reçu un premier courrier aune heure trois quarts après midi, annonçant les premières douleurs 'de la Reine, et à deux heures et demi-quart un second a apporté l'heureuse nouvelle de la naissance d'un Dauphin.

Sur le champ, on a tiré le canon, le tocsin du palais et celui de la ville ont sonné. A 6 heures, le Prévôt des marchands, à la tête des Officiers

(1) Madame Poitrine, nourrice ! Paul de Kock n'eut pas trouvé mieux.

(2) Quelques uns des détails que nous donnons ont déjà paru dans nos Accouchements à la cour\ nous les reproduisons ici pour former comme un ensemble caractéristique.

municipaux, a fait une procession autour d'un feu de bois pendant la quelle autre salve d'artillerie.

L'Ordonnance sur le champ a été rendue pour une illumination générale pendant trois jours, et quoiqu'elle ne pût être connue dans le jour même, la plupart des quartiers ont été illuminés volontairement et par zèle (1)

Le lendemain et le surlendemain, mêmes manifestations d'allégresse, et, de plus, volées de cloches, orchestre à la Grève, distribution de vivres et de boissons.

Les corps et métiers parisiens dépensèrent des sommes considérables pour se rendre à Versailles, où dans la cour du château ils donnèrent un spectacle curieux. ^

Des ramoneurs aussi bien vêtus que ceux quiparaissent sur le théâtre portaient une cheminée très décorée au haut de laquelle était juché le plus petit de leurs compagnons; les porteurs de chaises en avaient une très dorée dans laquelle on voyait une belle nourrice et un petit dauphin ; les bouchers paraissaient avec leur bœuf gras ; les pâtissiers, les maçons, les serruriers frappaient sur une enclume; les cordonnier sachevaient une petite paire de bottes pour le dauphin, les tailleurs un petit uniforme de son régiment. Le roi resta longtemps sur son balcon pour jouir de ce spectacle. L'enthousiasme fut si général qiie la police, ayant mal surveillé l'ensemble de cette réunion, les fossoyeurs eurent l'imprudence d'envoyer aussi leur députation et les signes représentatifs de leur profession. Ils furent rencontrés par la princesse Sophie, tante du roi, qui en fut saisie d'effroi et vint demander au roi que ces insolents f lissent à l'instant chassés de la marche des corps et métiers qui défilaient sur la terrasse. (2)

Le 6 de novembre les dames de la Halle étaient admises à complimenter leurs Majestés. Voici le morceau c{ue l'une d'elles lut au roi :

Sire,

Si le ciel devait un fils à un roi qui regarde son peuple comme sa fainille, nos prières et nos vu'uxle demandaient depuis longtemps; ils sont

(i) Mi'inoircs. de Bai:hauino)d.

[:l) Madame ( Inmpan.

enfin exaucés. Nous voilà siïrs que nos enfants seront aussi heureux que nous ; car cet enfant doit vous ressembler. Vous lui apprendrez, Sire, à être bon et juste comme vous. Nous nous chargerons d'apprendre aux nôtres comme il faut aimer et respecter son roi.

Ces dames «plus heureuses que les cours souveraines (1)» eurent même la liberté de voir la reine et de lui adresser leurs félicitations. La princesse de Chinay fut à la porte de la chambre de Marie- Antoinette recevoir trois de ces marchandes qui furent introduites jusqu'au lit. L'une d'elles harangua sa majesté ; son discours avait été fait par M. de la Harpe et était écrit dans un éventail, sur lequel elle jeta plusieurs fois les yeux, mais sans aucun embarras; elle était jolie et avait un très bel organe. Les Mémoires de Bachaumont, qui nous donnent la pièce, trouvent qu'elle ne ressemble en rien aux lieux communs de cette espèce :

Madame,

Toute la France a déjà témoigné à Votre Majesté sa joie si vive et si vraie de la naissance de Monseigneur le Dauphin. Nous avons fait éclater nos transports avec tout l'amour que nous avons pour vous: il nous est permis aujourd'liui de porter aux pieds de Votre Majesté les exprès" sions de nos cœurs : ce droit-là nous est plus cher que la vie. Il y a si longtemps, Madame, que nous vous aimons, sans oser vous le dire, que nous avons besoin de tout notre respect pour ne pas abuser de la permission de vous l'exprimer.

Marie Antoinette parut touchée et répondit avec la plus grande affabilité.

Restait la harangue au Dauphin. Que dire à un enfant qui n'a encore ni yeux, ni oreilles, ni langue ? L'auteur s'en tira d'une façon aimable.

Monseigneur,

Nos cœurs vous attendaient depuis longtemps ; ils étaient à vous avant votre naissance. Vous ne pouvez entendre encore les vœux que nous faisons autour de votre berceau; on vous les expliquera quelque jour; ils se réduisent tous à voir en vous l'image de ceux de qui vous tenez la vie.

(1) Mémoires de Bachaumont.

On ne s'étonnera pas si les Te Deum furent nombreux dans la circonstance. Dès le 23 octobre au matin, la Chambre des Comptes en faisait chanter un à la Sainte-Chapelle. Le 27, le roi assistait à un autre dans la cathédrale de Paris et, sur son parcours, ordonnait que l'on jetât de l'argent au peuple. Deux de ces cérémonies furent particulièrement remarquées, le Te Beum que M'"^ Médard, bouquetière de Sa Majesté, fit chanter en l'église Saint Germain l'Auxerrois et celui de la Faculté de médecine, ce dernier à cause d'un décret en latin rendu à cette occasion. Si nous comptons quelque humaniste parmi nos lecteurs, ils nous sauront gré de leur avoir cité ce document; il est d'une latinité agréable.

De Mendato

M. Josephi Philips, Facultatis medicte Parisiensis Decani, et MM. Doctorum Regentium ejusdem Facultatis, ob serenissimi Delphini Natalia.

Solium Ludovicus XVI conscenderat, conjux felix, tam amans quani amoi'e dignus, sed nondum pater ; et dum a singulis civibus dulcissima appellatione meruit vocari Pater patriae, deerat tamen qui Ipsum proprio nomine patrera salutaret. Flagrantibus votis, sollicita prece, vim cœlo intulit Gallia.Dictum est a divo Augustino : oscendunt desicleria, descendiinl mlvacula ; primum miraculum, puellam dédit, in cujus ortu, tam ardenter, quam diu expectato, gestire eo opportunius fuit, quod naturêe tarditas jam calumniis lacessita, injiciebat quamdam diffidentiam furtivo lapsu animis irrepentem. Amor fecerat sollicitudinem, quse semper magnœ expectationis comesest; et cevtè hanc excusabat. Ex isto puellari proventu febx augurium ducere, et sevo spes dulciores adhuc iaculari licuit. Demioaccendunt desideria, descendant miracula , ïionnec el lilia. Terris ostensus est Delphinus. Salve, ô nobilis liliorum sarcule! Vive diu, vive lœtus et incolumis. Tibi dormienti adsjDiret blanda quies, vigilanti adspirent risus venusti,lusus amabiles. Jam risu matrem adorandam cognosce. Jam blandà manu eburneum matris collum preme molUter. Jam roseis labris casta fige oscula. Tôt blanditiœ lot materne pectori voluptatis fontes; et quando tibi erit œtas lirmior, disce ex amore nostro, patrem, ex reverentiâ, regem colère. Votum patrise sacrum addimus : non minus amans, quam amabilis, ut primum amarite senseris, redaman^ scias. Solio nasceris ; sed diu ignora quam grande sit })ondus, et sceptram et corona,-istasregendi populos, et pra'scrtim amandi artes condHbc intimius, tolis te proluens fontibus ox quibus ortuscs. IJum gratulando eultu, cunas lloribus conspei'gunt

varii civium ordines, cruore madens laurns nontenera offendatlumina ; arrideat libi tanquam molle pulvinav olea pacis, cujus pra?nuntium quasi numen in te ainamus et venerainur'l)

Traduction

Sur Tordre de

M. Joseph Philips, doyen de la Faculté de médecine de Paris, et de MM. les docteurs régents de cette même Faculté, à l'occasion de la naissance du Sérenissime Dauphin.

Louis XVI était monté sur le trône; époux heureux, aussi aimant que digne d'amour, il n'était pas encore père cependant. Méritant de' chaque citoyen le doux titre de père de la patrie, il n'avait cependant personne qui pût en propre le saluer de ce nom. Par l'ardeur de ses souhaits, par ses prières conti nues, la France lit violence au ciel. Saint-Augustin a dit: les vœ'dx montent, les miracles descendent ; le premier miracle fut la naissance d'une fille, naissance aussi vivement que longtemps attendue, motif d'allégresse venu d'autant plus à propos que les lenteurs de la nature, déjà calomniée, laissait quelque défiance se glisser furtivement dans les esprits. L'amour causait cette inquiétude, sentiment qui toujours accompagne une grande attente; l'amour en était l'excuse. De la naissance de cette princesse, il fut permis de tirer un heureux augure et de former pour l'avenir des espérances plus douces encore. De Jiouveau les vœux montent, les miracles descendent, les miracles et les lys. Un Dauphin est montré à la terre. Salut, noble rejeton des lys. Vis longtemps, vis en joie et en santé! Que sur ton sommeil se répande un doux repos; que, durant ta veille, s'empressent autour de toi les ris gracieux et les jeux aimables. Par ton sourire, reconnais ta mère adorable; presse doucement, d'une main caressante, son col d'ivoire. De tes lèvres roses donne lui de purs baisers. Toutes ces mignardises sont autant de sources de joie pour une mère. Plus avancé en âge, apprends à aimer ton père par notre amour pour lui, apprends à le révérer par notre respect. Nous ajoutons le vœu sacré de la patrie : sois non moins aimant qu'aimable, et dés que tu te sentiras aimé, rends amour pour amour. Tu nais sur ton trône ; mais puisses-tu ignorer longtemps de quel poids sont le sceptre et la couronne ! Pénètre-toi profondément de l'art de gouverner

(1) Suit une formule ordonnant la célé])ration du Te Deum dans la Chapelle de la Faculté.

SUR LES ACCOUCHEMEMS 117

les peuples, de les aimer surtout, t'abreuvant aux sources dont tu es sorti. Dans leurs actions de grâces et leurs hommages, les divers ordres de citoyens jonchent ton berceau de fleurs; que le laurier humide de sang n'oiïense pas tes jeunes regards; que plutôt, moelleux coussin, te charme le pacifique olivier ; nous t'aimons et te vénérons comme un messager divin qui nous l'annonce et nous le promet.

M. M. delà Faculté de Médecine avaient parmi eux un J3on rhétoricien ; mais la rhétorique ne suppose pas toujours le tact. Laptirase relative à la naissance du premier enfant du roi, de M"ie Royale (1), â la nat are déjà calomniée, cette allusion peu dissimulée aux bruits qui avaient couru sur le cas de Louis XVI, fit scandale.

On l'a trouvée répréhensible et la Faculté, non seulement ne veut point donner de copies de ce décret que recherchent les amateurs de la l^elle latinité, mais a fait arracher le plus qu'elle a pu tous les placards imprimés qui en existaient (2) .

Les spectacles édifiants de tout genre ne manquèrent point. Ainsi les Mémoires de Bachaumont, à ladateduol octobre, nous content que:

Toutes les paroisses ont été en procession à Notre-Dame. On y a surtout remarqué les Invalides. Le curé de Saint-Nicolas s'est aussi signalé par un cortège de 500 pauvres de l'un et de l'autre sexe, auxquels, la cérémonie finie, il a donné un écu et un pain de quatre livres pour chacun.

Gomme on peut penser, le théâtre ne demeura pas sur l'Eglise en reste de manifestations. L'affiche de la comédie française portait, pour le jour où naquit le Dauphin, une petite pièce d'ailleurs parfaitement oubliée, le Procureur arbitre (3); on donna à la place VEcole des maris. Et pourquoi ? pour faire applaudir les vers suivants :

(1) V. Nos Accouchements à la Cour p. 329.

(2) Mémoires dp Bacliaumont.

(3) Par le com('(lien autpur Pli. Poisson (1728).

Valère.

Mais, Monsieur, savez-vous les nouvelle^

Que l'on dit à la Cour et qu'on tient pour fidèles?

Sganarelle,

Que m'importe ?

Valére

11 est vrai; mais pour les nouveautés, On peut avoir parfois des curiosités ; Vous irez voir, Monsieur, cette magnificence, Que de nostre Dauphin (1) prépare la naissance (2) ?

Le même jour, à la Gomédio Italienne, après les Deux Sylphes, (3), la dame Billioni, qui joue un rôle de Fée dans cette pièce, a chanté un couplet analogue à la circonstance; il est de M. Imbert et le voici:

Air de Joconde.

Je suis Fée et veux vous conter

Une grande nouvelle ; Un fils de Roi vient d'enchanter

Tout un peuple fidèle.

Ce Dauphin, c[ue Ton va fêter.

Au trône doit prétendre. Qu'il soit tardif pour y monter,

Tardif pour en descendre.

L'on a aussi joint à la Matinée villageoise (4) trois couplets d'un M. Dry; mais ils ont été trouvés bien inférieurs au premier et ont paru très plats aux connaisseurs (5).

Les représentations gratuites étaient parmi les réjouissances d'usage. La Comédie française commença, le 25 octobre, avec^cJe-

(1) Molière fait allusion à la naissance du grand Dauphin, l'élève de Bossuet, laquelle est de 1661, date de l'Ecole des maris. (■2) Acte I, scène III.

(3) Nous ne connaissons pas l'auteur de cette pièce.

(4) Par Piis et Barré.

(5) Mémoires de Bachauniont.

iaïde du GuescUn (l)et la Partie de cUcrnse de Henri IV (2).

Le sieur Dugazon y a cousu un petit bout de scène analogue à la circonstance, qui a augmentéla gaité des spectateurs et les a mieux disposés au festin que .les histrions donnent ensuite aux chefs de la populace (3).

Le 27, c'était le tour de l'Opéra. On inaugurait une nouvelle salle. Les gens de goût s'accommodèrent difficilement de savoir qu'elle serait souillée, dans sa fraîcheur, par «une canaille dégoûtante (4). » I^e fait est que, comme à la Comédie française, il y eut ripaille après la représentation; les poissardes et les charbonniers (5) formèrent des danses sur la scène et chantèrent des chansons qu'on n'était pas accoutumé d'entendre en pareil lieu. Deux ou trois jours après eut lieu le gratis de la Comédie italienne.

On a été fâché, disent les Mémoires deBachaumont, qu'ils aient choisi, pour amuser le peuple, des pièces qu'ils ont crues plus analogues à lui • s'avoir: les deux Avares (6) le Silvain (1) et les Vendangeicrs (8). Cependant MM. de Piis et Barré s'étaient mis en frais et avaient composé un long Dialogue en couplets entre un Charbonnier et une Poissarde. De tous ces couplets, au nombre de vingt-deux, le plus adroit était celui relatif au compliment de ^Uni^'ersité à Versailles.

Tu s"ras p't' et' bien en pein', Nicole, Du latin que l'y a récité Le Recteur d' l'Université ; Mais on m'a dit 1' secret d' l'école.

Ça voulait dir', c' n'est pas plus -fin, Viv' le Roi, la Reine et 1' Dauphin.

(1) Mauvaise tragédie de Voltaire,

(2) Par Collé.

(3) Mémoires de Bachaumont.

(4)Id.

(5) Les charbonniers et les poissardes avaient le privilège de faire occuper, par leurs délégués, aux représentations théâtrales gratuites, les deux grandes loges de l'avant scène, dites du roi et de la reine.

(6) Par Fenouillot de Falbaire.

(7) Opéra-Comique de (Iretrv, paroles de Marmonlel. 8) Par Piis et Barré.

Le refrain généralement répété a réveillé l'engourdissement de cette populace (1).

Les concerts spirituels étaient, paraît-il, déjà à la mode.

On a exécuté hier au Concert spirituel une Gantatille de M. le marquis de Saint Marc, musique du sieur Piccini, sur la naissancedu Dauphin... Le sujet est raté absolument. Il n'a reçu aucun battement de main. On a trouvé que la partie du récitatif avait trop peu d'expression; le chant du chœur p4nt assez de noblesse et ne faisait pas ronfler dignement les noms de Louis et d'Antoinette, qui en formaient le refrain (2).

Quant aux versificateurs, ce fut un déchaînement de rimes à nul autre pareil. Dans un juste accès d'humeur, quelqu'un improvisait ce quatrain :

Prince dontdépendront unjour nos destinées, Longtemps Dauphin et longtemps Roi, Puisses-tu vivre autant d'années Qu'on a fait et fera de mauvais vers pour toi !

De son côté, un M. de la Blancherie (3) s'écriait :

O Monseigneur ! que votre sort est doux,

Non d'être né pour gouverner la France ;

Mais de ne pas avoir la moindre connaissance

De tous les mauvais vers que nous forgeons pour vous.

Cependant tout ne fut pas également exécrable.

Entre la multitude des vers fades qu'a fait naître avec elle la naissance de Monseigneur le Dauphin, il faut distinguer ceux-ci de M. de la Ghabeaussière, l'auteur des Maris corrigés.

(1) Mémoires de Bachaumont.

(2) Id.

(3) Sans doute l'illustre inconnu que cite Rivarol et Champcenetz dans \quv Petit almanach des Grands hommes .

Un jardinier, connu par son discernement,

Qui ne laissoit jamais un bon terrain en friclie ;

Avoit un jour enté, dans un jardin charmant,

Sur un laurier de France un beau rosier d'Autriche.

Son travail fut suivi du plus heureux succès ;

L'arbuste tout joyeux de sa métamorphose.

Fit d'abord galamment les honneurs à la Rose;

Mais le propriétaire eut. peu de temps''après,

La rose Autrichienne et le laurier François (1).

A toute cette horticulture, nous préférons V Imj^romxjtu cV un Gascon :

Sandis, vous l'entendez, Rochambeau, La Fayette, Vous savez réunir les vaincus, les vainqueurs ; La France à son Dauphin présente tous les coeurs, Et vous forcez L'Anglois à payer la layette.

L'auteur fait allusion à la capitulation de York-Town.en Amérique. Ce succès militaire donna prétexte à une clianson où nous trouvons le couplet suivant :

Notre Dauphin a précédé (2)

Cette heureuse victoire ; C'est un signe bien décidé

De sa future gloire.

Anglais, craignez tous ce luron, La faridondaine, la faridondon, Il aura du poil ... au sourcil

Biribi Et fera de vous des moutons.

Sacré noms!

Quelques vers que donnentles Mémoires de Hardy sont passables :

(1) Mémoires de Bachaumont.

(2) Le chansonnier a commis ici une erreur qui s'explique facilement ; la capitulation de York-Town était antérieure de trois jours à la naissance duDau])hin, mais elle ne fut connue qu'à la lin d'octolire(Raunié).

lïJ2 CURIOSITÉS UISTORIQUES

Auguste, enfant, amour de l'univers, Sur les biens que tu fais éclore, Lorsque tous les yeux sont ouverts, Les tiens seuls sont fermés encore.

Sourd à nos vœux, tu les remplis.

Dieux ! que ta faiblesse est puissante ! Tu fais déjà l'appui des Lys; Tu nais à peine et leur éclat augmente. Au gré du monde satisfait Commence une illustre carrière ; Si ta naissance est un bienfait, Que sera donc ta vie entière ?

L'épigramme elle-même trouva son compte dans cet événement de la naissance d'un Dauphin. Le vieux Maurepas étant mort le 21 novembre 1782, ce fut l'occasion de ce distique .

0 France applaudis-toi, triomphe de ton sort,

Un Dauphin vient de naître et Maurepas est mort.

On sait quelle vogue eut le genre poissard durant la seconde moitié du XVIIP siècle. Il fallait s'attendre que la naissance du Dauphin fut célébrée dans cette langue de convention, dont Vadé avait fait la fortune. Le recueil Glairambault-Maurepas, publié par M. Raunié, contient le morceau suivant, une assez plate flatterie d'ailleurs :

La naissance du Dauphin.

Si l'Roi z'est not pèr' à tous,

La Reine z'est^aussî not'mère ;

Mes gas, réjouissons-nous,

A viant d'nous bailler un p'tit frère.

N'sra pas du pied qui s'mouchera.

Messieurs l's Anglais vous verrez ça.

I s'rabiau com' sa maman, Com' el, sera sensible, Com' son papa bienfaisant, De Henri s'ra l'portrait visible.

Chantons du soir au matin Vive l'Dauphin, vive FDauphin !

Le ciel devait ce présent

Aux vertus, aux vœux de la mère :

Il a fait en les combinant

Le bonheur d'ia France entière.

Mon Dieu ! le joli refrain :

Vive l'Dauphin, vive l'Dauphin !

Fallait entendre not' prélat.

Annoncer c'te bonn' nouvelle,

Tuchou ! comme il défila

Son éloquente kyrielle ;

Pour son Roi, com' pour son Dieu,

Il est tout d'flamme, il est tout d'feu.

Tatudienne queu sabat

Faisaient messieurs d'Aquitaine !

Ils étaient aussi gais là

Qu' s'ils euss' combattu dans la plaine.

Ils chantaient tous le refrain :

Vive l'Dauphin, vive l'Dauphin !

Pour moi, je n'savais pas trop Si j 'devais pleurer ou rire, Mon pauv' cœur allait l'galop ; J'étais content; j'ne pouvais le dire.

Quand l'sentiment est trop fort Ça m'coup' le sifflet tout d'abord.

Mais vous vouliez eun' chanson, Il fallit bian vous la faire.

J'vous tiens quitt' pour la façon ; Mes amis, il n'en coûte guère Pour dire du soir au matin, Vive l'Dauphin, Vive l'Dauphin !

Qu'il vive, ce cher enfant, Pour l'amour, pour la victoire !

D'ia dernier' goût' de mon sang Je voudrais cimenter sa gloire.

Que le diab' m'emporte à l'instant Si j'en dis un mot pbis qu' j'n sens.

iM CURIOSITÉS HISTORIOUES

A chanter d'pareille sujet

Y al)en pus d'plaisir que d'peine.

Pour me payer d'ces couplets, N'vous gênez donc pas, belle Reine; Ils sont, à la rime près,

Dans le cœur de tous les Français.

Si vous croyez, malgré ça,

Nous d'voir queuq' reconnaisse.

Faites encor un p'tit ga.

Madame et j'vous bâill'rons quittance;

Quand on en fait d'si genti

S'roit péché de se ralenti.

Ne craignez point, cher papa,

De voir croître vot' famille.

Le bon Dieu z'y pourvoira.

Fait's en que Versaille en fourmille.

Y eût-il cent Bourbons chez nous,

Y a du pain, du laurier pour tous (1).

xiiitre exemple :

L'accouchemenf de la reine

Ou les Etrennes données à la France par Marie Antoine t le (Z).

Admirons ce beau Poupon :

Queu plaisir après la peine !

I n'saurait manquer d'êt'bon^

C'est l'ouvrage du Roi d'ia Reine.

C't'Enfant aura des Vertus

Pour le moins, autant que d'écus (bis)

Partout joyeux échaiïaut

Le vin coule en abondance.

Buvons à tir-la-rigot

Y à la santé d'ia Gourde France.

(1) Mme Campan nous apprend que le Roi et la Reine furent très satisfaits de ce dernier couplet et le chantèrent plusieurs fois pendant le temps des coutîhes.

(2) Ces couplets, qui se chantent sur l'air Ah ! ça v'ià qitest donc bâclé, accompagnent une gravure de l'époque éditée par Naudet.

On nous verrait d'même en train.

Sans l'vin, les cervelats et l'pain. (bis)

Tout Français, qui n'sait pas ça?

Pour ses Rois a d'ia tendresse.

Le Peuple, sus s't'artic-là

Va de pair avec la Noblesse.

A Versaille on est content.

A Paris on l'est bien autant, (bis)

La Correspondance de Grimm signale une des plus étonnantes élucubrations poétiques auxquelles jamais naissance royale ait donné lieu :

U Autoneïde ou la Naissance du Dauphin et de Madame Royale, poème en sept chants et en vers libres, par M. Peyraud de Beaussol, auteur des Arsacides, tragédie en six actes, et qui n'est tombée, à ce que dit l'auteur, que parce qu'elle n'était pas en sept : le plan le plus absurde qu'il soit possible d'imaginer, des tirades de vers que la muse de Gresset n'eût pas désavouées, quelques descriptions pleines de chaleur et d'harmonie, mais en général, un style parfaitement digne de l'extravagance du plan et des idées.

Chant I. — L'auteur se promène au Luxembourg, le jour du premier accouchement de la reine (2). Il invoque le dieu du Jour, mais le Vent du Nord se lève pour s'opposer aux bienfaits de ce dieu et répandre un froid mortel sur l'horizon.

II. - L'Aquilon elle Vent du Midi partent en même temps ; les deux rivaux s'envisagent des deux extrémités du monde et se disputent la gloire de régner sur la France f2).

m. — Le dieu du .Jour l'emporte sur les deux Vents. La nation se livre à la joie. Apparition d'une divinité entourée d'un grand nombre d'esprits.

IV. — Inquiétude du poète sur cette apparition. Naissance du premier enfant de la reine. Le poète est transporté par son génie à Versailles.

(1) Nous avouons ne pas saisir la signitication de ce titre à apparence grecque. Fait-il allusion à l'automne (Il décembrel778 et 23 octobre 1782) saison dans laquelle Marie- Antoinette lit ses deux premières couches?

(2) L'astrologie avait, jusqu'alors, joué son r^le dans les naissancps ; c'est maintenant le tour do la météorologie.

V. — Le poète à Versailles reconnait rimpuissance des divinités qu'il a implorées; il a recours au vrai Dieu, de concert avec toute la FiWce.

VI. — La France, rebelle aux décrets du Ciel, n'en obtient rien ; par les élans dei'amour pur (1), elle se met en état de lui être agréable. L'Eternel est prêt à descendre.

VIL — Il descend, annonce un Dauphin à la Reine, donne des conseils à la princesse de Guéménée, à la princesse de Marsan, et retourne ensuite aux cieux, La France chante un hymne de reconnaissance, et le poète termine ainsi sa sublime rêverie :

.Je ne respire plus qu'au sein d'un incendie, Et grâces à mon Dieu, que je vois au grand jour,

Je ne sens plus les douceurs de la vie

Que par les brasiers de l'amour.

En province, la-joie s'étaitaussi manisfesté avec éclat. Voici quelques documents tirés des Mémoires de Bachaumont : (2).

2 Novembre. — Extrait dune lettre de Rouen du 27 octobre... Le mercredi 24, on finissait la. Veillée villageoise, etdéjàle public se disposait à sortir, lorsque plusieurs coups de fouet se firent entendre derrière le théâtre et retinrent la foule. Les acteurs en parurent étonnés et voyant entrer sur la scène un courrier enbottes fortes, ils l'entourèrent avec empressement. Il répondit par des couplets sur l'air : Par la p'iif poste de Paris, analogue à la nouvelle du jour et dont le refrain étaifViije l'Daiiphin, Vive. VDauphin. Le public le répéta dans une ivresse de joie inconcevable. Le rôle de courrier était fait par le sieur Fatras, auteur des couplets.

2Q Novembre. — A Vienne, en Dauphiné, M. l'archevêque, de même que les maires et échevins, a doté plusieurs lilles et distribué d'abondantes aumônes.

A Villeneuve-le-Roi, élection de Sens, un particulier, au lieu d'illu-

(1) Singulière intervention du quiétisme.

(2) On trouvera dans le Mercure de France de nombreux détails sur les réjouissances publiques de Paris et de la province à l'occasion de la naissance des Dauphins. C'est un peu la répétition de celles que nous avons décrites dans nos Accouchemenls à la cour et de celles que nous rap]:>^lons ici.

miner sa maison, a mieux aimé payer la taille des pauvres de sa pa" roisse (1), ce qui a donné lieu ù l'impromptu suivant :

J'ai vu l'autre jour à ta porte Cent malheureux comblés de tes bienfaits ; Des lampions de cette sorte .

Ami. ne s'éteindront jamais.

29 Novembre. — M. Le Pelletier, intendant de Soissons, prépara, le dimanche 25, une fête pour la naissance du Dauphin; il y a fait inviter les principaux laboureurs de sa Généralité. Après le Te Deutn, auquel ils ont assisté, au milieu de toute la noblesse, ils ont été placés avec les dames les plus distinguées de la ville et des environs, à une table où étaient l'évêque, l'Intendant et les gens les plus décorés.

En commémoration de l'événement et, dans cette fermentation générale de patriotisine, ces laboureurs ont demandé à se charger chacun d'un orphelin, auquel ils donneroient le surnom d'Antoine. Il est à remarquer que, parmiles agriculteurs, il en estqui ont déjà 12, 13 et 14 enfants.

11 Décembre. — Extrait d'une lettre de Limoges :

Pour élever un monument durable de notre joie à l'occasion du prince Auguste, que toute la France célèbre, nos officiers municipaux ont résolu de construire au plutôt une fontaine publique sous le nom de Fontaine-Dauphine.Elle sera ornée d'attributs convenables à la circonstance avec l'inscription suivante :

Auspiciis D.D. Marii Joan Bapt. Nie. d'Aine, Provinciîe Praefecti ; Gurantibus D. Lud. Nauvissard, Prœtore urbano, D. Lud. Estienne Proprœtore :

.Edililnis

(1) A Paris, des particuliers avaient de même signalé leur zèle par des œuvres charitables.

« Le jour de la naissance de M. le Dauphin, MM. de Boissy, trésoriers delà Compagnie de l'assistance des prisonniers, reçurent une lettre d'un inconnu qui leur faisait part de leur intention de consacrer 1500 livres à la délivrance des prisonniers pour dettes de mois de nourrice, dont il leur déferoit le choix. En etfet, le lendemain 23, l'argent leur fut apporté et ils procurèrent la liberli' ù 10'; personnes. » {McDioirca de Bachaumont).

D.D. Jos. jacq. Juge, Joann. Tauchon, Mart. Barbon. Jos. Fournier ;

Hoc Ob natum, ovantibus Gallis Delphinum Publicse felicitati, Gratulabundè posuit monumentum

Urbs Lemovicensis Non. Novemb. Aimo. M. DCG. LXXXI.

Cette inscription simple est dans le véritable style lapidaire; elle est de M. l'abbé Vitrac.

En outre, on a résolu d'inviter les propriétaires des maisons qui restent à bâtir sur une place d'embellissement et de commodité, en rotonde, déjà commencée dans le même quartier, sur des façades régulières, à les faire reconstruire au plus tôt.coniormément au plan adopté par le ministère, et qu'elle serait nommée, dés ce moment. Place Dauphine.

Enfin le 28 décembre 1781 eut lieu une dernière fête.

Les gardes du corps obtinrent du roi la permission de donner à la reine un bal paré dans la grande salle de l'Opéra de Versailles. Sa Majesté ouvrit le bal par un menuet qu'elle dansa avec un simple garde nommé par le corps, auquel le roi accorda le bâton d'exempt. La fête fut des plus brillantes; tout était alors joie, bonheur et tranquillité (1).

Cent un coups de canon. — On sait qu'àla naissance desprinces, on tire cent-un coups de canon en signe de réjouissance. Pourquoi ce chiffre ? Cette question a été posée dans les concours historiques du Musée des Familles et voici la réponse. L'origine n'aurait d'ailleurs aucun rapport avec la venue au monde d'un futur grand de la terre :

S'il faut en croire la tradition allemande, ce serait à Augsbourg que, pour la première fois, une salve d'honneur aurait été composée de cent et un coups de canon, pour recevoir un empereur qui revenait d'une

(1) Madame Gampan.

campagne heureuse, le conseil delà ville d"Augsboui'g décida qu'il serait tiré cent coups de canon. L'officier de service n'étant pas bien sûr du nombre exact de décharges qui avaient été faites, en ajouta une pour que, en tout cas, la centaine fut complète. Une ville voisine tenant à ne pas paraître moins enthousiaste, ordonna de tirer le même nombre de coups; et comme une semblable recommandation passa de ville en ville, ce fut ainsi que s'établit, dit-on, la tradition.

Deux questions d'ancien droit. — 1° Le désaveu de paternité avant le Gode civil. — On sait que, pour ce qui concerne la paternité légitime, le législateur actuel, saisissant la présomption la plus voisine de la preuve, a posé cette règle générale : L'enfant conçu 'pendant le mariage a pour père le mari. C'est l'axiome du droit romain : Is pater est quemjustœ nuptiœ clemonstrant. Cependant le Code civil reconnaît le père recevable à désavouer l'enfant dans certains cas : naissance prématurée, impossibilité physique ou morale de cohabiter avec la même, adultère de l'épouse, etc.

Nos anciennes lois étaient beaucoup moins larges et ne s'écartaient pas volontiers de la présomption légale. Une beauté légère de l'ancienne cour, Madame de Sahgnac, le rappela, un jour, fort cavalièrement, à son mari :

— Je suis grosse, lui dit-elle, vous savez bien cfue ce n'est pas de vous, je vous conseille de n'en pas faire de bruit, car si on met cela en procès, vous perdrez, parce que vous savez qu'il est dans les lois de ce pays-ci, que tout enfant né dans le mariage appartient au mari ; ainsi il sera à vous, de plus, je vous le donne.

L'anecdote est du commencement du XVIIP sièc]e ; elle a été rapportée, croyons-nous, par la duchesse d'Orléans, dans sa Correspondance (1).

(1) Les Anecdoctes secrètes du XYIII^ siècle par Nougaret (1742-1833; nous rapportent un bel exemple de sang-froid donné par un mari et une femme dans une circonstance analogue.

Un mari, revenant de l'Amérique, trouva sa femme lui présentant six joHs petits enfants ; il demande tranquillement :

— (Ju'est-ce que cette troupe d'amours ?

— Ce sont nos enfants, répond sérieusement l'honnête dame.

— Je ne me croyais pas une si aimaltlf famille. Un moment après :

— ■ Ah ça, ma bonne, nous n'en ferons plus d'autres... Nous en avnns assez, n'est-ce pas ?

— Comme vous voudrez, mon ami.

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