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POINT ACCOUCHÉE

— Et pourquoi donc s'écrie le ministre, vous être avouée coupable?

— On a supposé mon aveu, comme mon crime, répliqua-t-elle. Ce sont les indices seuls qui ont parlé, et entraîné les Juges.

— Mais pourquoi au moins n'avoir pas nié?

— Je voulais mourir : je n'avais pas la force de me porter le coup fatal : la religion même aurait enchaîné ma main, quand la nature ne l'aurait pas affaiblie ; j'ai saisi, avec une espèce de joie, l'occasion qui se présentait d'elle-même, de me délivrer, par un secours étranger, de ce fardeau insupportable.

La considération de mon enfant ne m'arrêtait pas, d'après le préjugé que vous avez dissipé : je croyais pouvoir légitimement lui rendre ma mort commune, puisqu'il n'a encore partagé que ma vie; je ne tiens pas plus qu'auparavant à mon existence actuelle, mais je ne veux point m'afïranchir de mes douleurs par une voie qui me livrerait, suivant vous, à des supplices éternels. Sauvons ce fruit innocent de ma faiblesse, et que mes yeux ensuite se ferment pour toujours.

Après cette confidence, l'embarras du ministre fut égal à sa douleur. A Berne, la sentence du premier juge doit être confirmée par le sénat : mais, comme la souveraineté réside dans ce sénat même, quand cette formalité est une fois remplie, il n'y a plus de pouvoir qui puisse empêcher, ou même différer une exécution qu'il a approuvée.

Le terme de vingt-quatre heures accordé là, comme en France, jusqu'ici aux coupables, pour mettre ordre à leur conscience, avait été déjà en grande partie consumé par l'éclaircissement qu'on vient

de voir, et par ses préliminaires : le terme fatal approchait : il fallait rassembler le sénat : presque toLis les membres en étaient dispersés à la campagne. Les subalternes, chargés des détails .de l'exécution, tremblaient d'avoir à choisir entre une soumission aveugle qui allait rendre leurs maîtres coupables d'un assassinat, ou une désobéissance qui pouvait les compromettre eux-mêmes.

Heureusement le public vint à leui' secours : aussi facile à s'attendrir qu'à s'irriter, il montra, pour sauver la prétendue coupable, le même feu qu'il avait mis à solliciter sa condamnation. Tous les chevaux de la ville furent offerts et employés. On multiplia les exprès : on disposa des relais : il se trouva au sénat, avant l'heure funeste, assez de membres pour réformer la décision souveraine, déjà cassée par l'acclamation universelle : la sentence fut annulée, le juge indiscret réprimandé, la tendre et malheureuse mère réhabilitée. L'état lui assura, par forme d'indemnité, une pension de douze cents livres qui, à Berne, n'est pas une somme modic[ue.

Elle est accouchée paisiblement. Elle a repris, en faveur de son enfant, de rattachement pour la vie : elle existe encore, et même une régularité inaltérable, avec le goût d'une vie retirée, ayant pris la place de sa mélancolie, elle s'est concilié l'estime, la vénération universelle : elle passe dans le pays pour une prédestinée, ce C{ui ne prouve que Tinconséquence du peuple : mais le reste de son histoire est un monument honorable au gouvernement de Berne, et une leçon précieuse pour tous les autres.

LiNGUKT, Annal, pol. civ. et lUfcr. du (li.e-huiliènie siècle.

Tendresse maternelle. — En Angleterre, déjà deux fois la rigueur de la loi avait condamné une fille pauvre à de fortes amendes, pour avoir donné à la patrie deux enfants illégitimes ; deux fois encore elle avait expié le même crime par l'infamie douloureuse des verges, lorsque, convaincue pour la cinquième fois du même délit, elle vint elle-même plaider sa cause devant ses juges.

Polly Baker, c'était le nom de l'accusée, sut si bien leur faire entendre la voix de la raison, qu'elle produisit une révolution touchante dans tous les esprits. Le Tri])unal la dis])ensa de l'amende ou du châtiment, et pour comble de triomphe, un de ses juges l'épousa.

L'éloquent historien (1) qui me fournit ce trait touchant, nous a aussi conservé, dans son entier, le discours que tint alors à ses juges cette mère tendre et infortunée ; le voici :

« J'ose espérer, dit Polly-Baker, que la Cour me permettra de dire un mot en ma faveur.

« Je suis une pauvre fille, infortunée, qui pouvant à peine gagner ma subsistance, n'ai pas le moyen de payer des avocats pour plaider ma cause. Je vais donc faire parler la raison. Gomme elle a seule le droit de dicter des lois, elle peut les examiner toutes. Celle qui me conduit à votre tribunal, m'a déjà jugée. Je ne demande pas qu'on s'en écarte, pour me faire grâce ; mais je vous prie. Messieurs, d'intercéder auprès du gouvernement, pour qu'il daigne me remettre l'amende à laquelle vous m'allez condamner.

« C'est la cinquième fois que je parais devant vous, pour le même délit. Deux fois, j'ai payé de fortes amendes ; et deux fois, trop indigente pour expier ma faute par une peine pécuniaire, j'ai subi un châtiment douloureux et flétrissant. C'est au risque de ma vie que j'ai donné le jour à cinq enfants. Je les ai nourris de mon lait et de mon travail, sans être à charge au public, ni â personne. Je me suis dévouée, avec tout le courage de la tendresse maternelle, aux pénibles soins qu'exigeaient leur faiblesse et leur âge. Je lésai formés à la Vertu. Ils aiment déjà leur patrie comme moi. Ils seront citoyens comme vous-mêmes ; à moins que vous ne leur ôtiez, par de nouvelles amendes, le fond de leur subsistance, et que vous ne les forciez â fuir une région qui les repoussa dès le berceau.

« Ne serait-ce pas une folie, une stupidité, si, m'étant livrée aux devoirs les plus pénibles du mariage^ je n'en avais pas recherché les honneurs ? J'ai toujours été, je suis encore disposée à me marier ; et je me flatte que je serais digne d'un état si respectable, avec la fécondité, l'industrie, l'économie et la frugalité dont la nature m'a douée ; car elle m'avait destinée à être une femme honnête et vertueuse. J'espérais le devenir, lorsqu'étant encore vierge, je n'écoutai les premiers vœux de l'amour qu'avec le serment du mariage. Mais la confiance indiscrète que j'eus dans la sincérité du premier homme que j'aimai, m'a fait perdre mon honneur, en

(1) L'abbé Raynal, Histoire philosophique et politiqiie, 1775,

comptant sur le sien. J'eus un enfant de lui ; puis il m'abandonna. Cet homme est connu de vous tous et est devenu magistrat comme vous. Je devais croire qu'il se serait montré dans cette Cour aujourd'hui, pour modérer la rigueur de votre sentence. S'il eut paru, je n'aurais rien dit. Mais comment pourrais-je ne pas accuser l'injustice de mon sort, qui veut que celui qui m'a séduite et ruinée, après avoir été la cause de ma perte, jouisse des honneurs et du pouvoir, soit assis dans les tribunaux où l'on punit mon malheur parles verges et par l'infamie ? Quel était le législateur barbare qui, prononçant contre les deux sexes, favorisa le plus fort, et sévit sur le plus faible ; sur ce sexe malheureux qui, pour une jouissance, compte mille dangers et mille infirmités ; sur ce sexe à qui la nature vend, à un prix capable d'épouvanter les passions les plus effrénées, ces mêmes plaisirs qu'à vous elle donne si libéralement ?

« Je n'ai pas craint, pour ne point trahir la nature, de m'exposer au déshonneur injuste, aux châtiments honteux. J'ai mieux aimé tout souffrir, que d'être parjure au vœu de la Propagation, que d'étouffer mes enfants, avant de les concevoir, ou après les avoir conçus. Je n'ai pu, je l'avoue, après avoir perdu ma virginité, garderie célibat dans une prostitution secrète et stérile ; et je demande encore la peine qui m'attend, plutôt que de cacher les fruits de la fécondité que le ciel a donnée à l'homme et à la femme, comme sa première bénédiction.

« Dieu juste et bon. Dieu réparateur des maux et des injustices, c'est à toi que j'en appelle ici de la sentence de mes juges ! Ne me venge point : ne les punis pas ; mais daigne les éclairer et' les attendrir ! Si tu as donné à l'homme la femme pour compagne, sur cette terre hérissée de ronces, qu'il n'accable pas d'opprobre un sexe qu'il a lui-même corrompu ; qu'il ne sème pas la honte et la misère dans le plaisir où tu as attaché la consolation de ses peines ! Qu'il ne soit pas ingrat et dénaturé jusqu'au sein du bonheur, en livrant aux supplices les victimes de ses voluptés ! Fais qu'il respecte dans ses désirs la pudeur qu'il honore ; ou, qu'après l'avoir violée dans les plaisirs, il la plaigne du moins, au lieu de l'outrager, etc. »

Bablot, Dissertation sur Je 2iOuvoir de Virnagination des femmes enceintes.

Naissance précoce. — On plaida, il y a dix ans, une cause à la Tournelle, dont voici le fait. Ua tailleur de Goulommiers épousa une fille, qui prit la peine d'accoucher le soir même de ses noces. Cet homme la presse de dire qui était le père de cet enfant ; elle confesse que c'est son propre cousin-germain. Le mari rend sa plainte, et le procureur du Roi se rend partie. Depuis, cet enfant meurt. On conseille au mari, puisque aussi bien il ne pouvait plus faire rompre le mariage (et cela me fait croire qu'il avait couché avec elle, et qu'elle ne se délivra qu'après que le mariage eût été consommé,) on lui conseille donc d'exposer par une requête qu'il confesse qu'il s'est joué avec sa femme six mois avant que de l'épouser, mais que comme il pensait que les enfants ne pouvaient venir à bien à ce terme-là, il n'avait pas cru que ce fût de lui ; que depuis, l'enfant étant mort, il avait bien vu que c'était qu'il ne pouvait vivre, étant venu avant le temps, et qu'il reconnaissait qu'il était produit de ses œuvres, qu'il se contentait de sa femme, et qu'il demandait que silence fut imposé aux autres parties, car, outre le procureur du Roi, le père de la fdle s'était joint à son gendre. Martin, surnommé Cochon, il y en a un autre surnommé Dindon, plaida cette cause pour le tailleur, car le procureur du Roi ne voulut pas donner les mains ; et sur appel, le Parlement en fut saisi. En déduisant le fait, il dit qu'on ne devait pas trouver étrange qir'un homme qui voit accoucher sa femme le premier soir de ses noces, se laisse emporter à ses premiers mouvements, et principalement étant persuadé qu'un autre était le père de cet enfant: « Car, ajouta-t-il, messieurs, on lui mit cela si avant dans la tête, » et en disant cela il faisait les cornes avec les deux doigts du milieu et les porta vers sa tête, comme on fait pour marquer l'endroit du corps dont on parle. L'audience se mit à rire ; mais le président de Nesmond s'en mit en colère. L'avocat dit encore quelque gaillardise, dont le président s'irritait de plus en plus, « Enlin, dit-il, messieurs, que voulez-vous ? C'est un pauvre » tailleur qui a mal pris ses mesures. »

Tallemânt des Reaux, Mémolrps.

Contestation d'honoraires. ~ Une jolie fille, qui fut la voisine et la concurrente de Marie Regnault. rue Montaigne, et dont le

nom de guerre, — j'allais dire le nom de luxe. — est Berthe de Krevel, était assignée, hier, en paiement d'honoraires,. par son médecin, devant la Chambre des vacations du Tribunal civil.

Favorisée de la chance, autant que de la nature, elle n'avait pendant longtemps, malgré les hasards nombreux de sa profession, cueilli que les fleurs de l'amour, quand elle s'aperçut, à la fin de 18<S5, qu'elle allait en connaître les fruits. Ce fut une désolation. Qu'allait-il advenir d'elle, après l'épreuve terrible ?

Un médecin fut mandé bien vite, pour prévenir autant que possible tous les malheurs. Et le docteur n'était pas le premier venu, c'était un praticien habile, l'un des meilleurs élèves du docteur ïarnier.

Mais en femme rangée, cosi fan tuMl. Berthe de Krevel voulut faire prix d'avance.

Les honoraires pour soins médicaux furent débattus et fixés d'accord à 2,000 francs, mais sous deux conditions expresses : premièrement, la patiente ne devait pas souffrir et, en second lieu, elle exigeait que « sa grâce et sa beauté » ne fussent endommagées en aucune sorte. Pacte conclu. Le médecin promit tout, autant qu'il le pouvait.

Lorsque vint le jour décisif, on employa le chloroforme et les choses se passèrent sans encombre et sansdouleur. Dès son réveil, la jeune femme se fit apporter son miroir et, après un examen minutieux, déclara au docteur qu'elle était rassurée et satisfaite. Les amours n'auraient point à pleurer sur elle !

Malgré tout ce contentement, sa reconnaissance fut si longue à se manifester vis-à-vis du médecin, que celui-ci se vit forcé de la provoquer par ministère d'huissier.

Bien entendu, devant le Tribunal, on ne résiste à la demande du médecin que pour la forme. Cependant une diminution des honoraires est sollicitée en des conclusions d'un si agréable cynisme, qu'il est réjouissant de les publier :

Attendu, disent-elles, que, si le Tribunal croyait devoir faire droit à la demande du docteur, il y aurait lieu de tenir compte do la maladie grave qu'a subie la concluante, maladie « qui l'a com- » plètement empêchée de s'occuper de ses affaires et lui a r;ii( » éprouver de sérieuses pertes d'argent ».

M^ Flamand, le spirituel avocat du médecin, a dit qu'il supposait le Tribunal peu disposé à feuilleter les registres de comptes et recettes de M'"<^ de Krevel, pour savoir à quel point sa morte-saison lui avait nui, et les juges, pour prouver aussitôt qu'ils n'avaient nulle envie d'entrer en ces détails, ont condamné, séance tenante, la cliente du docteur à lui payer intégralement les 2,000 francs convenus (1).

Gh. F. (Le Figaro).

Grossesse nerveuse. — Une lettre anonyme dénonçait au Parquet, il y a environ trois semaines, une femme Adèle G .., comme ayant clandestinement mis au monde un enfant qu'elle avait aussitôt fait disparaître avec la complicité de son amant.

L'amant, ajoutait l'auteur de la dénonciation, avait reçu au mois de février dernier, un coup de revolver, et refusait de faire connaître le nom de son meurtrier. La raison, c'est que le meurtrier avait surpris le crime commis par Adèle et son complice.

L'affaire était à élucider. L'instruction fut confiée à M. le juge Bouniceau-Gesmon. Ge magistrat chargea M. le commissaire de police Thuillerie de l'aider dans l'enquête qui ne tarda pas à amener l'arrestation d'Adèle et de son amant. On les écroua au Dépôt, malgré leurs énergiques protestations d'innocence. Leurs voisins^ amis et connaissances n'avaient-ils pas été tous témoins des phases de la grossesse d'Adèle, et celle-ci pouvait-elle nier qu'au moment où la lettre partait pour le Parquet, sa taille reprenait sa forme ordinaire ?

La pauvre fille essayait bien de prouver à ses accusateurs qu'elle avait été victime d'une de ces « alîections qui se caractérisent par » le développement d'une ou plusieurs tumeurs accolées comme » des sangsues aux parois intérieures de l'utérus, qu'on a baptisées « fibromes » et qui prennent parfois un développement assez consi- « dérable pour faire suspecter une grossesse » ; mais la justice, peu crédule, lui rit au nez et la renvoya à sa cellule. Vingt témoins

(1) Autres temps, autres salaires : En 1736, une sentence fixe à neuf livres le salaire dû aux chirurgiens pour un accouchement. {Archives d'Eure-el-Loir, série B, mairie de hoenl, citées par Gh. Desrnaze.

avaient constaté son état de grossesse. Qu'était devenu l'enfant ? A bout de force et d'arguments, la malheureuse ne répondait que par ses larmes.

Le juge fit vider la fosse de la maison. Certainement l'enfant y avait été précipité dès sa naissance. L'opération eut lieu. Elle ne donna aucun résultat. Et Adèle demandait à grands cris un supplément d'enquête. On écouta enfin ses doléances, on s'enciuit. Une sage-femme vint déclarer: qu'à l'hôpital Tenon, Adèle avait été l'objet d'un examen spécial, que les docteurs avaient constaté que son état de grossesse n'était qu'apparent et qu'en réalité cette grossesse, toute nerveuse et à laquelle sont sujettes les hystériques, avait pu parfaitement faire illusion.

Il n'y avait plus qu'à remettre en liberté Adèle C... et son amant, C8 que le juge s'est empressé de faire, à la grande confusion de leurs calomniateurs.

Cet exemple de «grossesse nerveuse» n'est pas unique; une jeune femme, Lucie T.... a été tout récemment admise à la Pitié pour y mettre au monde l'enfant cfu'elle croyait porter dans son sein. Le docteur Troisier l'a bien vite désabusée.

Dans une maison hospitalière où elle s'est ensuite rendue pour y être traitée efficacement, cette maladie exigeant des soins de longue durée, on l'a écondiiite en lui disant qu'elle avait « la danse du ventre », résultat du spectacle qu'elle s'était offert, pendant l'exposition, dans les concerts exotiques ! ! ! Et cet état remontait au mois de décembre 1888 !

Grossesse simulée. — Mme Benjamin Schwob était, paraît-il, la plus heureuse petite femme qui se pût imaginer. Une chose cependant manquait à son bonheur: un bébé. [1 le lui fallait d'autant plus que, quelque peu coquette, et, par suite, quelque peu dépensière, elle encourait parfois les reproches de son mari.

Un bébé, cela justifie tant de prodigalités, en effet!

Elle imagina donc de simuler grossesse et accouchement. M. Schwob étant constamment en voyage, rien n'était plus facile... à la condition bien entendu, de placer entre deux trains l'heure de la conception.

Bref, la chose réussit à souhait, et grâce à d'heureux artifices de

toilette, Madame engraissa si positivement que tout le monde y fut pris.

Cependant le prétendu terme approchait. Il fallait bien se mettre à la recherche d'une sage-femme pouvant procurer le nouveau -né désiré.

Mme Schwob s'adressa d'abord aune femme qui repoussa sa proposition : puis à la sage-femme Gendriot, dont l'une des pensionnaires, la fille Jacquet, venait d'accoucher d'une fille, que la sagefemme avait présentée à l'officier de rétat-civil, sous les noms et prénoms de Jacquet (Suzanne-Célestine), et c[u'elle était en instance pour faire admettre à l'Assistance public[ue. Mme Schwob offrit deux mille francs à la sage-femme, deux cents francs pour la fill© Jacquet, et le marché fut conclu.

La véritable mère connut-elle alors la vérité ? Non, sans doute. Mais négligeons les détails .

La comédie de la délivrance fut admirablement jouée et le 31 octobre, la sage-femme, présentant de nouveau l'enfant à l'officier de l'état-civil du dixième arrondissement, le faisait inscrire sous les noms et prénoms de Faustine-Marcelle Schwob, fille de Benjamin Schwob et de Léontine Lévy, son épouse. Puis, on expédiait l'enfant à Bienne, en Suisse, chez des parents.

Tout était donc pour le mieux et Mme Schwob était radieuse quand, le premier décembre, la fille Jacquet apprit par hasard tout ce qui s'était passé. Or, notez ce point, lanière se fût peut-être tue; la catholique parla. — Mon enfant, fille de juifs! — pensa la fille Jacquet, — jamais de la vie!... Et, vite, elle courut chez Mme Shwob qui, partit sans retard, pour Valparaiso.

La sage-femme comparaissait donc seule hiei% devantla cour d'assises sous l'accusation fort rare, de supposition d'enfant.

Elle reconnaît les faits mais déclare n'avoir point cru mal faire en procurant, à une femme qui voulait le rendre parfaitement heureux, l'enfant d'une mère qui, elle, redoutait pour cette enfant les misères de la vie.

• Comme témoin, voici d'abord la véritable mère :

— L'accusée m'avait déclaré que ma lille entrait dans une famille très riche et que je pourrais l'aller voir à mon gré.

— Quelle somme avez- vous reçue ?

— Pas un centime, pas un.

SLR LES ACCOUCHEMENTS 95

Puis voici la cuisinière de la fausse accouchée :

— Après la délivrance, dit-elle, j'ai vu l'enfant, et n'ai rien soupçonné. 11 ressemblait tant à Madame !... (hilarité prolongée.)

M. l'avocat général: Est-ce que la sage-femme, pour vous faire croire à la réalité de Taccouchement, ne vous a pas montré le cordon ombilical ?

Le témoin : Parfaitement, elle me l'a même donné, me disant de le garder précieusement, que ça porte bonheur ! (nouveaux rires.)

Enfin, le beau-frère de Mme Schwob déclare ceci :

— Quand Mlle Jacquet vint me révéler un jour qu'elle était la mère de l'enfant, je crus d'abord à une affaire de chantage. J'en parlai au commissaire, qui m'engagea à revoir Mlle Jacquet. Je la vis ainsi que son amant, et tous deux persistèrent à dire que c'était bien leur enfant et qu'ils le voulaient. A mon retour, je retrouvai chez moi Mme Gendriot, qui me supplia de ne pas la perdre.

D. Vous étiez convaincu de la réalité de l'accouchement de Mme Schwob ?

Le témoin : Mais certainement.

D. Comment la demoiselle Jacquet expliquait-elle sa visite ? — Elle nous a dit que c'était parce que Mme Schwob n'avait pas tenu ses engagements et que son amant voulait son enfant.

Bref, après une fort habile plaidoirie de M»^ Comby, tout se termine par l'acquittement d'Henriette Gendriot.

Eh bien, et l'enfant? — Elle a été rendue à sa mère et, au cours de l'information, un jugement de rectification a annulé l'acte du 31 octobre et rendu à Suzanne Célestine Jacquet son véritable état-

La rosière infanticide. — Se souvient-on encore du scandale qui éclata, il y aura tantôt dix années, dans la jolie petite ville de Dourdan, en Seine-et-Oise ?

La rosière, Ernestine Fournaiseau, se trouvait, au moment du couronnement, dans une situation des plus intéressantes et elle mit au monde un gros garçon à la veille de recevoir sa prime.

Ce fut un grand émoi dans toute la contrée. La rente de 1,000 francs dont jouissait la ville de Dourdan pour la dotation d'une rosière provenait d'un legs de M. et Mme de La Pérelle, deux châtelains du pays, en mémoire de leur fille Louise, morte à vingt ans.

Au mois d'août de chaque année, une commission composée du maire, du curé et du juge de paix, choisissait une jeune fille pauvre et sage, et le 9 août, jour anniversaire de la mort de Mlle de La Pérelle, après avoir assisté, en noir, à la messe de deuil dite pour le repos de Mlle de La Pérelle, la nouvelle rosière entendait son nom proclamé en chaire parla voix de M. le curé de la paroisse, qui célébrait ses vertus.

On l'appelait la rosière noire, pour la distinguer de la rosière municipale, ou blanche, qui est couronnée à la mairie le jour de la fête du pays, et dont on doit l'institution à un ancien avoué, M.Michel, qui aimait à encourager la vertu.

J'ajoute que, par une dérogation à l'usage généralement répandu, la rosière noire ne recevait point immédiatement son prix. Elle ne devait toucher ses 1,000 francs que le jour de son mariage, et son premier-né devait porter le prénom de Louis ou de Louise.

La première rosière noire couronnée par la ville de Dourdan fut Ernestine Fournaiseau. La commission n'avait pas eu la main heureuse. On sait la suite. Devenue mère un peu trop vite et ayant découvert un mari dans la personne d'un ouvrier nommé Rouillon, Ernestine Fournaiseau réclama son prix. La Ville refusa avec indignation de lui délivrer un centime. Il fallut plaider et, après un combat mémorable entre M« André Ponjaud et M^ Hamel, du barreau de Paris, le tribunal de Rambouillet déclara la rosière déchue de tous ses droits pour avoir jeté sa couronne par-dessus les moulins avant la cérémonie nuptiale.

Depuis, Ernestine est devenue veuve. Elle s'était bien conduite, paraît-il, pendant la durée de son mariage, mais, Rouillon décédé, elle a recommencé la petite fête du temps jadis, et, l'hiver dernier, elle donnait à la ville de Dourdan le spectacle d'une grossesse aussi tardive que la première avait été prématurée.

Dans la nuit du 14 au 15 février, elle accouchait toute seule, sans avoir prévenu personne, et le lendemain soir on trouvait le nouveauné étouffé sous un oreiller, avec des traces d'ecchymoses assez visibles autour de la bouche.

Les médecins conclurent à un infanticide par suffocation et la veuve Rouillon fut arrêtée .

SUR LES ACCOUCflEMENTS 97

— Que voulez-vous, dit-elle, l'hiver est si rude, et j'ai tant de mal à élever les deux enfants que m'a laissés mon mari !

Depuis lors, l'ancienne rosière est revenue sur ses aveux. Elle parle maintenant d'un malheur. L'oreiller qu'elle avait appuyé contre le visage de son enfant, pour lui tenir chaud, aura glissé et le pauvre bébé a été étouffé accidentellement.

Les Jurés de Seine-et-Oise ont bien voulu accepter ces explications. Acquittée du chef d'infanticide, Ernestine Fournaiseau n'a été condamnée qu'à quinze mois de prison pour homicide par imprudence * .

Les jurés ont-ils voulu lui tenir compte des rigueurs de l'hiver ?

Gh. Bataille, {Le Figaro).

Une rouée. — La cour de Lyon vient déjuger en audience solennelle un étrange et romanesque procès. L'affaire passionnait tout le monde du Palais, et elle soulevait une question de droit si délicate, dans des circonstances si singulières, que des paris étaient ouverts sur l'issue du débat.

En 1876, arrivait à Sonnay, petit village du département de l'Isère, une demoiselle Olympe Battait, institutrice. Dans ce village résidait une famille des plus considérées, la famille Duboys, alliée à la haute bourgeoisie^ politique ou industrielle du département, et jouissait d'une belle fortune en propriétés rurales.

Olympe Battait eut tôt fait d'y prendre un pied d'intimité. 11 y avait là trois fils : elle flirta plus ou moins avec chacun et tenta de se les attacher ; finalement, en 1877, elle réussit à épouser le plus jeune.

A vrai dire, le parti n'était pas personnellement fort enviable : d'intelligence médiocre, de physique quelconque, le jeune Duboys n'était bon qu'à recueillir un jour l'héritage paternel.

Trois mois ai)rèsle mariage, le mari devenait fou et iffallut l'interner immédiatement dans un asile d'aliénés. Un... rien lui avait, parait-il, troublé l'esprit : il avait découvert que sa fennne avait eu

'. La loi salique, le Wo-fjt'kl, estimait la vie du fœtus au double de celle de sa mère: elle coudaniiiait à 2UU sous d'or le meurtrier d'une femme et à 600 sous quand cette fcuimo ratait enceinte.

lui enfant cinq ou six ans auparavant, qne sa petite dot avait été faite par un amant; il avait enfin constaté qu'au jour du mariage Qlympe Battail était enceinte de quatre mois. Mais il avait gardé ces secrets pour lui, si bien que. sa femme n'en craignant plus la divulgation, aurait pu demeurer heureuse et choyée auprès de ses beaux-parents, si elle n'avait été gênée par sa grossesse trop précoce.

Elle s'éloigna, elle alla a<^coucher clandestinement dans une ville voisine, mais elle ne déclara l'enfant qu'à bonne date, c'est-à-dire trois mois environ après la naissance, de telle façon qu'il apparût connue né dix mois après le mariage, et qu'il eût ainsi une filiation inattaquable.

Cet enfant mourut. Il en fallait un autre pour s'assurer dans l'avenir la succession des beaux-parents.

Rien n'est plus facile, comme on sait, quand on est jeune et jolie. .. Une fois le succès de la collaboration constaté, il fallait encore, pour assurer à l'enfant les bienfaits de la légitimité, faire endosser la paternité par le mari.

La jeune épouse fit, à cette intention, deux... pèlerinages à l'asile d'aliénés, ou était interné son mari. Ensuite, elle accoucha en conscience.

Mais certains soupçons vinrent aux beaux-parents, qui se décidèrent à introduire au nom du pauvre fou une action en désaveu.

Le procès a duré onze ans : le Tribunal de Vienne, la Cour de Grenoble, puis de nouveau le Tribunal de Vienne, et encore la Cour de Grenoble, puis la Cour de cassation, et enfin la Cour de Lyon ont eu successivement à s'en occuper.

La question, intéressante au point de vue du droit, était celle-ci : L'article 31'2 du Code civil décide que l'enfant ne peut être désavoué « qu'autant qu'il y a eu, par suite d'éloignement, impossibilité de relations entre les époux ».

— Or, disait la femme, il n'y a eu ni éloignement ni impossibilité, puisque je suis allée voir deux fois mon mari pendant la période que la loi considère comme étant celle de la conception.

Mais les parents répliquaient :

— Il y a eu éloignement et impossibilité, car vous n'avez vu v-otr« mari que deux lois, deux fois seulement : or, votre mari étant dans la section des agités, les deux visites ont été faites, conformément au règlement, en suite d'une autorisation spéciale du médecin et en présence de deux gardiens. Les deux gardiens décla-

rent que ces visites ont eu lieu dans une cour ouverte, aux regards de tous, qu'il n'y avait ni bancs, ni chaises, qu'ils ne vous ont pas perdus de vue, et qu'il ne s'est rien passé, sinon que vous essayiez de vous faire embrasser.

— Les gardiens ne se souviennent pas bien, répondait la jeune femme ; ils ont eu un instant d'inattention ; or, il suffit d'un instant...

Après une spirituelle plaidoirie de M" Garin pour la famille Duboys, la Cour de Lyon vient enfin de décider que ces relations., juridiques ne suffisent pas, et elle a délivré le pauvre fou de cette paternité inconsciente, en accueillant la demande en désaveu introduite par M^ Noilly, notaire et tuteur de l'aliéné, au nom de toute la famille.

Ch. Bataille.

L'obstétrique dans les coulisses.

Nous trouvons dans la langue théâtrale, d Alfred Bouchard, l'article suivant :

Grossesse. — On ne s'attendait certes pas à trouver ce mot dans un vocabulaire théâtral, et il ne s'y trouverait pas s'il n'était urgent d'apprendre au spectateur, qui pourrait s'étonner de voir paraître en scène une ingénue qui aurait besoin de sage-femme, que, par jugement du tribunal de la Seine, en date du 2 janvier 1857, il a été décidé « qu"une actrice non mariée ne peut invoquer son état de grossesse pour se dispenser de remplir les devoirs de son engagement. » 11 nous semble (|ue, dans Tespèce, ce n'est plus un engagement, mais un contrat à la grostsc »

11 est heureux pour les directeurs que toutes les artistes n'aient pas la fécondité de Mlle Beauval, celle qui joua d'original la Nicole du Bourgeois GentiUiomnœ. D'après Eugène Despois U), qui suit Leinazurier, auteur ordinairement bien informé, elle eut vingt-

ii) Hisloire du Ihéàlre français sous Louis XIV.

huit enfants (1) de son mari, Jean Pital, sieur de Beauval, lequel appartenait également au théâtre. « Gela, dit Despois, ne laissait pas que d'être un embarras pour la comédie. On voit, par exemple, sur le registre que, le 17 mai 1681, le Deuil (2), qui devait être représenté à Versailles, n'a pu être joué à cause que Mlle Beauval est accouchée. Cette cause de relâche se présente plusieurs fois pour d'autres. »

L'abbé de Pure (3) observe sur le même sujet. « Il serait à souhaiter que toutes les comédiennes fassent et jeunes et belles, et s'il se pouvait, toujours filles, ou du moins jamais grosses. Car, outre ce que la fécondité de leur ventre coûte à la beauté de leur visage ou de leur taille, c'est un mal qui dure plus depuis qu'il a commencé ne tarde pas à revenir depuis qu'il a fini. »

On voit qu'en souhaitant que les comédiennes soient* jeunes, jolies, filles, ou du moins jamais grosses, l'abbé se préoccupe un peu plus des intérêts dn théâtre que de ceux de la morale.

Mlle Chameroy, danseuse de l'Opéra, fut atteinte de la fièvre puerpuérale après sa couche et mourut. Le curé de Saint-Roch refusa l'entrée de son église à la pauvre ballerine, mais le curé des Filles-Saint Thomas, plus humain, lui accorda la sépulture chrétienne. L'Archevêque de Paris fit de sévères remontrances au curé de Saint-Roch et lui inflioea une retraite de trois mois.

Mademoiselle Biot, danseuse de l'Opéra, est restée éloignée du théâtre pendant un laps assez prolongé. Ne me demandez pas la cause de cette absence, je serais obligé de copier Arnal. Dans je ne sais plus quel vaudeville, comme il était eu train de raconter sa traversée de Calais à Douvres :

— Et la mer, questionnait quelqu'un, vous ne nous parlez pas de la mer ?

(1) D'autres historiens des théâtres diminuent plus ou moins ce chiffre.

(2) Comédie représentée et imprimée sous le nom de l'aûteur-acteur Hauteroche, écrite peut-être par Thomas Corneille.

(8) Idée des speclacles.

— Monsieur, la mer était grosse.

Et l'excellent comique s'empressait d'ajouter :

— Ceci soit dit, sans intention de porter la moindre atteinte à sa réputation.

Mlle Darcier, la charmante cantatrice deTOpéra-Comique, sœur du chanteur populaire, avait la fâcheuse habitude d'avoir une fille tout les ans ou à peu près ; elle en a eu huit, paraît-il. Cela amenait des départs et des rentrées successives que VEntracte enregistrait toujours ainsi : « Mlle Darcier vient de rentrer à l'Opéra-Comique par une création nouvelle. Nous nous rappelons que c'est le même motif qui l'en avait fait sortir. »

Une troupe de comédiens qui se rendait à Tours, fit annoncer aux habitants d'Amboise c[u'elle aurait l'honneur de jouer devant eux la pièce intitulée : la Rosière de Salency. La nuit venue, une foule impatiente se pressait déjà dans la salle de spectacle, lorsque le directeur, faisant lever le rideau, dit au public : « Messieurs, il nous est impossible de représenter ce soir la pièce que nous vous avons promise ; mademoiselle Virginie, qui devait jouer le rôle de la rosière, vient d'accoucher. »

Dans r Abondance, opéra-comique en un acte, de Laffichard et Valois, Mlle Rosette devait remplir le rôle de la Vertu. Comme on différait la représentation de cette pièce, et qu'un soir le public la réclamait, le directeur vint dire aux impatients :

— Messieurs, Mlle Rosette, qui est chargée du rôle de la Vertu, vient d'accoucher ; aussitôt qu'elle sera rétablie nous satisferons votre désir.

Louis LomE.

102 AiNECDOTES

On jouait le Roi s'amuse à la foire de la place du Trône.

On sait qu'au dernier acte de ce drame, Triboulet, debout devant le sac qu'il croit contenir le cadavre de François l^'', et qui contient réellement celui de sa fille, se baisse et secoue le sac avec fureur. Comme, dans le théâtre qui nous occupe, on n'avait pas le moyen d'avoir de figurantes, c'était « l'actrice » qui avait joué le rôle de la tille de Triboulet qui était elle-même dans le sac .

Dans un beau mouvement scénique, voici que tout à coup Triboulet saisit le sac et le secoue comme un panier de noix. Un cri épouvantable retentit.

L'acteur, ahuri, laissa tomber son fardeau. On se précipite, on ouvre, et, au lieu d'une seule personne, on en trouve deux.

Blanche Triboulet, prise avec une rapidité foudroyante des douleurs de l'enfantement, venait d'accoucher d'un petit garçon !

Seulement, comme l'heureuse mère n'avait pas de doublure, le Roi s'amuse quitta l'affiche le lendemain. Ce fut la Grâce de Dieu qui le remplaça.

Jules Prèvel.

Une chanteuse d'un théâtre de province, qui a une voix de crécelle, pousse un cri encore plus aigu que les autres.

— C'est un garçon ! s'écrie une sage-femme qui se trouvait dans la salle. *

* Mots d'enfants.

Bébé et Nini cherchent à savoir comment viennent les petits enfants.

— Je t'assure, dit Bébé, que l'on écrit à Paris.

— Tu crois ça? .... Alors si papa écrit...

- Oh ! il ne peut pas : maman disait l'autre jour qu'il avait cassé sa plume.

{Le Charivari.)

Une petite fille disait à un de ses parents qui venait voir sa mère :

— Ne faites pas de bruit, monsieur : maman vient d'aller chercher un petit enfant sous le chou.

— Mais^ ma chère enfant, je croyais que votre père était absent depuis deux ans ?

— Oh ! cela ne fait rien, répond le petite fdle, il nous écrit tous les mois.

— Ne crie pas si fort, ma petite Eva, ta maman dort. Le ])on Dieu lui a envoyé cette nuit une petite sœur !

— Alors ne réveillons pas maman. Elle aura une surprise.

Mme X.... étant au moment d'accoucher, on avait dit à sa petite fille, qui a quatre ou cinq ans et qui voulait entrer dans sa chambre, que sa mère était absente pour quelques heures.

Peu de temps après, la bonne arrive avec un gros poupon dans les bras, et dit à l'enfant :

— Voyez, mademoiselle, le beau petit frère que le jardinier vient de vous apporter !

— Ah ! mon Dieu, s'écrie la petite hlle, tout effarée... et maman qui est sortie.

{Le Figaro.)

Cécile a etitendu dire qu"il allait lui arriver une petite S(Pur. Elle voit sa mère s'apprêter à sortir :

— Maman, qu'est-ce qu'il faudra faij-e si petite sœur vient pendant que tu ne seras pas là ?

La mère d'un eiiiant auquel ne m;inqu;i.ient ni la gentillesse, ni rintelligence, ni surtout cette curiosité insatiable qui est si commune à cet âge, étant récemment accouchée, on venait naturelle-

ment s'informer de sa santé, et sa tante, demoiselle d'une trentaine d'années, était chargée de la réception de tous les visiteurs. « Tu as répondu tout à l'heure, lui dit le petit espiègle, que la curiosité rendait présent à toutes ces visites, tu as répondu que maman est en couches. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? — Gela veut dire qu'elle est couchée,» lui répondit la tante.

A quelque temps de là, notre petit lutin fut chargé d'aller faire une commission dans une maison amie de la famille. On lui de manda avec beaucoup d'intérêt des nouvelles de son père et de sa mère, et lorsqu'il arriva au tour de sa tante: « Hélas ! dit-il, elle est en couches depuis trois jours .... » ^

{Hygiène vour tous.)

Une petite fille de sept ou huit ans répondit, un jour, à sa mère qui voulait lui faire accroire que les enfants naissaient sous les choux :

— Je sais bien qu'ils viennent d'ailleurs.

— Et d'où viennent-ils donc, Mademoiselle ?

— Du ventre des femmes.

— Qui vous a appris cette sottise ?

— Maman, c'est VAve Maria.

La maman de Bébé vient de lui donner un petit frère. Pendant les quelques jours qui ont suivi l'événement, on a dit à l'enfant inquiet de voir sa mère alitée, que celle-ci avait mal au genou.

L'autre jour, à table, Bébé, quia remarqué bien des choses et qui a bonne mémoire, avise une jeune dame dont l'abdomen, malgré un corset savant, présente une proéminence marquée :

— Tu vas aussi avoir mal au genou, lui dit-il.

— A quoi connais-tu cela, mon ami ?

— - Tiens, parce que tu as un gros ventre.

Henry Buguet.

SUR LES ACCOUCHEMENTS lOo

Tomy a accepté de toute la force de son innocence la légende de la naissance des enfants sous les choux.

Comme il est logique, il descend un jour au potager et, croyant ne pas être vu, se met à détériorer les choux à coups de pied et à coups de poing.

— Pourquoi donc que vous faites cela, monsieur Tomy ? lui demande le jardinier.

— C'est, répond le jeune homme, parce que je ne veux pas avoir de petits frères ni de petites soeurs.

Et il continue son travail.

Le jeune Hector vient d'avoir une petite sœur. On lui dit — toujours la même rengaine — quelle a été trouvée sous un chou, dans le jardin de son papa.

Un voisin — doué d'un tact exquis — fait remarquer que la petite fille nouvellement mise au monde, ne ressemble que de fort loin à son père.

— Oh ! s'écrie le jeune Hector, peut-être aussi n'est-ce pas papa qui a planté les choux !

— Maman, demande Tomy. est-ce que le docteur a apporté le nouveau petit frère ?

— Oui, mon enfant.

— Et où l'a-t-il pris ?

— C'est le bon Dieu qui le lui a donné.

- Ah ! je comprends ! le bon Dieu donne les enfants aux médecins quand ils sont petits et les médecins les lui renvoient quand ils sont devenus des hommes.

On contait, devant une fillette de douze ans, le cas invraisemblable d'un mari de 65 ans et d'une femme de 60 ans. ayant eu un enfant.

— Oh ! dit-elle. C'est arrivé ?

— Mais oui.

^^ Le mari 65 ans ....

— Oui.

— Et la mère 60 ! .... Quel âge avait donc l'enfant.

Albert Delpit

— Je voudrais bien une petite sœur ? Comment faut-il faire pour en avoir une ?

— Il faut la demander au bon Dieil, mon ange : c'est lui qui donne tout...

— Gomment lui demande-t-on ?

— En faisant sa prière...

J'ai déjà prié et je n'ai rien eu !

— Prie encore... et quand nous serons àMorteau, tn iras voir le jardin du père Bruchoux.

— Maman ! le bon Dieu est peut-être comme grand-papa, qui veut toujours qu'on lui demande par écrit ?

— C'est encore possible...

— Eh ! bien je lui écrirai !

— Soit ! Mais par qui enverras-tu la lettre ?

L'enfant réfléchit un instant, puis fixant sUr sa mère ses grands yeux pensifs :

— Ma lettre, reprit-il, eh bien, je la ferai porter au bon Dieu par le premier qui mourra !

Maman, qui est dans une position intéressante, dit à mademoiselle Lili :

— Lilij si tu es sage, dans une semaine ou deux^ je te donnerai un petit fïère ou une petite sœur.

— Vraiment ? quelle chance ! Est-ce que papa le sait ? Gomme il va être content quand tu vas lui dire.

L'autre jour. Bébé entendait parler de je ne sais plus quel nain absolument microscopique :

— Alors, dit-il, celui-là. on l'a trouvé dans un chou de Bruxelles !

SUR LES ACCOUCHEMEiNïS 107

Maman surprend Bébé en train de fouiller dans tous les meubles.

— Ah ça, quest-ce que tu cherches ? lui demande-t-elle.

— C'est la bonne qui m'a dit que tu avais un polichinelle dans le tiroir : dis-moi lequel ?

A l'hôtel.

Maman, pourquoi donc la dame d'à côté disait-elle : « Allons encore, un peu de courage ! »

La maman, très embarrassée :

— Elle disait cela... à son neveu ... qui va partir pour le Tonkin.

— Son neveu, le monsieur qui est toujours avec elle ?.. Il a au moins soixante ans.

— Je voulais dire son oncle qui est général !

M. Momo, à l'auteur de ses jours :

— Tu sais, p'pa, maman va m' acheter une petite sœur. Le papa, d'un ton bien décidé :

— Jamais de la vie ! Ça coûte trop cher !

— Qu'est-ce que ça peut te faire, réplique le bambin, puisque le cousin Jules il a dit que ce ne serait pas avec ton argent ?

Henry Second.

Mot authentique d'un bébé :

— Ma sœur, dit devant lui sa mère, vient d'accoucher d'une petite fille.

— Gomment peux-tu le savoir, puisqu'il n'est pas encore baptisé ?

Bébé a été piqué par une abeille.

— Vite ! Vite ! l'enflure devient énorme! Qu'on apporte de l'ammoniaque pour la faire tomber ! s'écrie la maman.

Et l'on panse Bébé.

A quelques jours de là, maman le conduit chez une de ses tantes, qui est dans une position plus qu'intéressante. — 0 ma tante ! dit Bébé, vous n'avez donc pas d'ammoniaque ?

Deux enfants se disputaient. L'un d'eux disait à l'autre

— Tais-toi, bâtard, tu n'as pas seulement de père.

— Va donc, repartit l'autre, j'en ai peut-être plus que toi.

Mme B... qui a déjà trois petites filles, vient d'accoucher d'une quatrième, et garde le lit.

— Ah ! maman n'a pas de chance, dit son aînée ; chaque fois qu'il m'arrive une petite sœur, elle est malade !

Dialogue.

— Maman, comment donc viennent les enfants ? — - On les achète .

L'enfant après avoir réfléchi :

— Eh bien ! je ne crois pas qu'on les achète.

— Pourquoi ?

— Parce que les pauvres en ont plus que les riches.

On vient d'annoncer au jeune Tomy qu'il a deux frères.

Il est ravi : la veille déjà, on lui a montré trois petits chats dont on s'est, il est vrai, débarrassé sur l'heure en en jetant deux à l'eau .

On l'approche des berceaux, il embrasse, enchanté, les deux jumeaux, puis regardant successivement l'un et l'autre, de sa voix la plus douce il demande :

— Lequel va-t-on noyer, papa ?

• • Sur les jumeaux

Conversation entre jumeaux ;

— Ecoute donc, frère, il me semble qu'on frappe.

— En effet, c'est papa.

— Oh non ! il ne frappe pas si fort... C'est une visite (T

Un bon bourgeois apprend à Boireau que sa femme vient d'accoucher de deux jumeaux :

- Vous serez le parrain de tous les deux, ajoute-t-il. Boireau, doucement, après un instant de réflexion : — J'aurais mieux aimé être le père d'un seul.

La marquise de San-Café vient d'accoucher de trois jumeaux. yaint-Laupin vient présenter ses compliments.

— Toutes mes félicitations marquise.

Et d'un ton plein d'amabilité :

— Combien en gardez-vous ?

Henriot.

Calino vient d'être père ? Que dis-je ? il vient d'être deux fois père, car Mme Calino est accouchée de deux jumeaux. La sagefemme qui l'a assistée présente à Calino ses deux enfants.

— C'est pour choisir ? demanda-t-il naïvement.

(1) (lepeiidant Depaul a rapporté le cas d'im mari trop impétuoiix i|ui rompit la poche des eaux et se trouva inondé par cette douche iml»révue. Un cas analogue fait l'objet de la XXIX^ Nouvelle des Ccnl nniivrlles Nouvelles : un époux trop ardent fait accoucher sa femme la première nuit de ses noces.

Un cas de fécondité rare vient de se produire à Chamblanc, près de Seurre (Gôte-d'Or). Une femme a mis au monde trois garçons fort beaux, bien constitués, et la mère ne se porte pas plus mal pour cela. Ces enfants ont été appelés .-Liberté, Égalité, Fraternité.

Libres, ils le sont devenus en venant au monde ; égaux, ils le sont, et fraternels on ne saurait l'être plus qu'eux. Ils sont donc bien nommés.

A la laïque.

L'Instituteur. — Quel est le pluriel d'Enfant ?

Les Elèves, avec une touchante unanimité. — Jumeaux !

On raconte devant Guibollard qu'une brave femme vient de mettre au monde quatre jumelles bien constituées.

— Quatre jumelles ! s'écrie le doux gâteur... Mais alors, ce n'est pas une femme, c'est une opticienne.

(La petite RéiJuUique).

^ • Naissances précoces.

Dans Térence, in Hecyra, Pamphilus ayant épousé Philumène, sept mois après la jioce elle accoucha et toutefois il avoit demeuré deux mois avec elle avant que l'avoit touchée tellement que, si elle eut été grosse du fait de son mari, elle ne pouvoit l'être que de cinq mois et, par conséquent, ne pouvoit encore accoucher. Aussi, quand elle sentit venir le temps de la gésine, elle se retira chez sa mère, et son mari la désavoua et la vouloit répudier, si on ne lui eut fait croire qu'il l'avoit cognue avant la noce, le faisant ressouvenir qu'il y avoit neuf mois qu'un soir, étant allé voir Epicharis, courtisane, au lieu d'elle il entra avecPhilumène et pour ce que c'étoit à l'obscurité de la nuit, il ne l'avoit pu reconnaître.

Claude Expilly, Plaidoyer sur une cause grasse (mardi gras 1605). Si un enfant nay six mois après le mariage consommé, estant inable, est te?m pour légitime.

SUR LES ACCOUCUEMENTS 111

Une femme, dont le marquis de Terme avait été amoureux, s'étant mariée à un seigneur de la cour, et étant accouchée un peu avant le temps, comme on tâchait de consoler le mari sur la faiblesse de ce petit avorton, une personne de la compagnie lui dit malicieusement : « Ne craignez rien, l'enfant vivra, car il est à Terme. »

Mme DuNOYER, Lettres galantes.

Un paysan du bourg de Bulles^, département de l'Oise, avait épousé une femme qui accoucha après quatre mois de mariage. Pour ne point agir en étourdi, il crut devoir, avant tout, consulter sur ce cas, qui lui paraissait étrange. L'homme de Tart auquel il s'adresse prend gravement un in-folio, le feuillette et dit : « Mon ami, savez-vous lire ?

— Non, monsieur.

Tant pis ; mais écoutez :

« Au pays (.•outuuiier de Bulles en Bull<jis, Femme peut accoucher au bout de quatre mois, Mais cela seulement pour la première fois. >i

Le villageois satisfait remercia le docteur, et fit bon ménage.

Dans son Manuel de la médecine légale, Sédillot raconte qu'un homme châtré par Boyer était fort inquiet de voir sa femme enceinte et vint consulter ce chirurgien qui, pour ne pas troubler la paix du ménage, répondit que c'était possible ; mais il ajouta en regardant fixement la femme que c'était son dernier enfant, et que s'il en survenait un autre, il pouvait être assuré qu'il ne lui appartenait pas .

Un savetier pressait son évèque de rompre son mariage et en motivait la demande sur ce que sa femme Tavait indignement trompé et était accouchée un mois après Icui's noces. Pour faire cess.er ses im[»ortunités, révè(|ue lui dit :

— Mon ami, par les statuts de votre iDrofession, ne vous est-il pas défendu de travailler dans le neuf?

— Oui, monseigneur.

— Eh bien, vous n'avez, en ce cas, aucun sujet devons plaindre.

Une parisienne à une paysanne de l'endroit :

— Comment ! vous avez déjà un bébé ? Mais il me semble qu'il n'y a guère plus de six mois que vous êtes mariée ?

— Oui, environ.

— Vous avez donc pris de l'avance ?

— Oh ! si peu, madame !

Pareille surprise est arrivée au chirurgien J. de L.

La première nuit de ses noces, il s'aperçoit que sa femme est enceinte de six mois, le lendemain il la renvoie à sa mère en la prévenant qu'il lui retournait « la vache et le veau ».

Cette mésaventure conjugale fut le premier choc qui ébranla la raison de ce chirurgien.

Un jour, il se présenta à la caisse de M. de Rothschild pour toucher un mandat souscrit à son nom.

Le caissier, en recevant l'effet, le parcourt des yeux et y lit le nom du célèbre chirurgien.

— C'est vous, demande-t-il, qui êtes monsieur J. de L. ?

— Moi-même.

L'employé, mù par un mouvement de curiosité machinale, passe sa tête par le guichet destiné à établir la communication avec le public.

— L'enfant ! voilà l'enfant ! s'écrie Jobert en se précipitant sur celle tête, qu'il saisit de ses mains nerveuses et qu'il tire à lui avec les plus violents efforts.

Aux cris du malheureux caissier on accourt, on le dégagea grand'peine de cette périlleuse étreinte, et on emmène J..., qui continue à vociférer :

— Je vous dis que voilà l'enfant !

On crut d'abord aune mystification, à une plaisanterie de la part d'un homme aussi sérieux : mais, hélas ! on ne tarda pas à recon-

SLR LEï^ ACCOUCHEMENTS li3

naître que cette excentricité, en qaelcpe sorte professionnelle, était l'effet du désordre, jusqu'alors latent^ cpi commençait à troubler et à obscurcir cette brillante intelligence.

On le tranporta dans la maison de santé du docteur Blanche, où il est mort.

P. Labarthe, Les médecins contemporains.

Dumanet, qui a épousé depuis trois mois une cantinière du régiment, vient raconter tristement à son sergent qu'il est déjà père. Son supérieur veut lui prouver qu'il est le plus heureux des maris :

— Suis bien mon raisonnement : Depuis quand es-tu marié avec Gatin ?

— Trois mois.

— Depuis combien de temps Catin est-elle mariée avec toi ?

— Trois mois.

. — Eh bien ? fais l'addition, et tu verras que -cela fait neuf mois. Es-tu satisfait ?

— Oui, sergent, je suis satisfait, mais je ne suis pas ^content.

Une femme accoucha d'un beau garçon, environ un mois après qu'elle fut mariée. Le mari, étonné de ce nouvel accroissement de 'monde en si peu de temps, alla se plaindre à un de ses amis qui lui fit cette réponse :

— Gela doit vous réjouir, ce fils sera bon à être courrier, car il ira toujours sept ou huit lieues devant les autres.

(Contes de Douville).

Dandin s'aperçoit que sa femme, qu'il a épousée il y a six semaines, est enceinte de six mois.

— G'est horrible, murmure-t-il. Je pense acheter une maison vide et je tombe sur un hôtel meublé.

Henrioï.

Un fait assez bizarre vient de se produire dans une petite ville des Landes. Il y avait une noce. Soudain, au milieu du bal, qui avait lieu à la mairie, un des invités se baisse et ramasse une masse informe qu'une sage-femme, qui faisait partie de la noce, reconnut être un foetus de six mois à peu près. — Grand émoi, comme bien on peut le penser. Il y avait quatre donzelles ;terme du terroir) ou demoiselles d'honneur, et on ne parlait de rien moins que de soumettre ces dernières à un examen spécial, pour savoir à qui appartenait le fœtus, lorsque la mariée se décida à faire des aveux. La danse avait provoqué une fausse couche sans la moindre douleur préalable.

{Journal des sages- femmes).

Paternités douteuses

Un Florentin qui avait fait un voyage à l'étranger, revint chez lui après un an d'absence et trouva sa femme en train d'accoucher. Cela lui déplut ; il soupçonna quelque infidélité ! Cependant, comme il n'était pas sûr de son fait, il alla demander à une voisine, fort noble dame et très avisée, s'il était possible qu'un enfant lui naquit au bout de douze mois. La dame, voyant sa sottise, le rassura :

— Certainement, répondit-elle, car si le jour où votre femme a conçu, elle a, par hasard, aperçu un âne, elle a dû porter une année entière, comme les ânesses.

Le mari crut cela sur parole et, remerciant Dieu qui le délivrait d'un vilain soupçon et préservait sa femme d'un affreux scandale, il endossa la paternité de l'enfant.

PoGGE. Facéties.

Un homme de la cour était soupçonné d'être impuissant, et ne voulait pas demeurer d'accord qu'il le fût. Il rencontra Benserade, qui l'avait souvent raillé là-dessus.

— Monsieur, lui dit-il, nonobstant toutes vos mauvaises plaisanteries, ma femme est accouchée depuis peu de jours. — Eh! monsieur, lui répliqua Benserade, on n'a jamais douté de madame votre femme.

M. Cam... avait une jambe de bois, et voyait une demoiselle, qu'une autre personne voyait en même temps. La demoiselle étant devenue grosse, il y eut dispute entre eux à qui appartiendrait l'enfant. M. Cam... dit à l'autre :

— Si l'enfant vient au monde avec une jambe de bois, il sera A moi : s'il naît avec ses deux jambes, il sera à vous.

[Menagiana) . .

Vers le commencement de ce mois (juillet 1750), la femme d'un M. d'Hennery, ou d'Hannei'y accoucha furtivement, etmourut dans la petite maison de M. l'Escalopierde Nouras, avec lequel elle vivoit ; elle s'étoit séparée de son mari depuis quelque temps, et je ne sais même si elle neplaidoit pas contre lui en séparation. M. de l'Escalopier, pour réparer, à ce qu'il croyoit, l'imprudence qu'il avoit commise, en faisant accoucher cette femme chez lui. renvoya dans un fiacre le corps mort de sa maîtresse, que le mari a fait enterrer : mais il demande reniant, quoiqu'il ne soit pas de sa façon, attendu qu'il peut en devenir l'héritier mobilier, et que, d'un autre côté, cela le dispensera de rendre la dot aux héritiers de sa femme. Cet enfant ne se trouve pas, on ne sait sous quel nom il a été baptisé. Cependant ce M. d'Hennery se prépare, dit-on, à attaquer en justice M. de l'Escalopier, pour se faire rendre cet enfant. Avant que de faire enterrer sa femme, on assure qu'il a fait constater, par un ju'ocès-verbal de chirurgiens, qu'elle étoit accouchée (juelques jours auparavant. Voilà où en est l'aliaire, el l'on croii ({ue ce C... sacrifiera sans façon à son intérêt, son honneur et celui de sa femme, et qu'il ne s'embarrassera point de l'éclat ({ue tout cela fera. D'un autre côté, M. de Nouras est blâmable d'avoir eu l'indiscrétion défaire accoucher cette femme chez lui, et fort coupable s'il a fait baptiser l'enfant sous un autre nom que celui de cette femme et de son mari ; mais la grande injustice et qui. dans

ce siècle sans mœurs, paroit une gentillesse, est de mettre des enfants dans une famille étrangère et d'abuser de la loi : Pater est quem nuptiœ clemonsirant . Si je disois cela tout haut dans le monde, je me ferois siffler par tous les jolis cœurs, et même par les trois quarts et demi des gens ; personne actuellement n'a de principes, mais surtout à cet égard.

■ Collé [Journal Uistorique).

M. le comte de K... est un beau vieillard ; mais si beau qu'il soit, il n'a pu S3 préserver des injures du temps et des défaillances de l'âge. Néanmoins la comtesse vient de donnei" le jour à un beau bébé.

— Croyez-vous qu'il soit du comte? demande un ami.

— Oh ! pas tout à fait, répond un autre ; il est un âge où l'on ne fait les choses qu'à demi.

Un heureux père montre à un de ses amis intimes le dernier enfant que sa femme vient de mettre au monde. La nourrice est en train de faire la toilette du nouveau-né.

— Regarde, tout le portrait de ma femme, mon cher ! C'est sa bouche, son nez, ses yeux...

— Prodigieux ! fait l'ami ; jusqu'à ce grain de beauté, là, au coin de la hanche.

(Le Rappel) .

• • Parents blancs, enfants noirs.

T"'ne dame, du blanc le plus pur, met au monde un négrillon. Le mari, un blanc aussi, parlant de ce phénomène à un médecin :

— Cetaccident est on ne peut plus désagréable poumons. Tl s'ex-

plique pourtant d'une manière bien simple. Ma femme, tout au commencement de sa grossesse, a été effrayée par un nègre qui l'a poursuivie.

Le docteur réfléchit un instant, puis : — Etes-vous bien sur qu'il ne l'ait pas rattrapée?

Une jeune dame blonde, dont le mari est en voyage, donne le jour k un jeune négrillon ; c'est assurément de la philanthropie vis-à-vis d'une race trop longtemps opprimée, mais un mari blond peut être assez brutal pour blâmer cet excès de sensibilité.

Elle se désole et dit au docteur :

— Quel malheur ! Que vais-je devenir? Que dire?

Le médecin ne dit mot et continue à donner ses soins imperturbablement.

— Mais, quand mon mari verra cet enfant ?... Vous ne savez pas à quel point il est jaloux ! c'est un Othello !

— Un Othello? fait le docteur en relevant la tête; mais alors, quoi d'étonnant à ce que son enfant soit nègre ?

Au bureau de l'officier d'état civil :

— Encore vous, monsieur X !... C'est très bien, cela : un enfant tous les ans ! Voilà de la paternité patriotique.

— Cette fois, monsieur l'employé, je déclare un superbe petit nègre...

— Comment ! votre femme est accouchée d'un nègre !

— Nous sommes en deuil.

Il arrive assez fréquemment que dans les unions illégitimes, la venue d'un enfant mâle soit la condition sine qud non posée à leur régularisation. La femme n'a plus alors qu'une pensée, duper son amant. Tous les hommes n'ont pas, pour reconnaître la fraude, la même facilité que ce monsieur M..., dont nous parle le comte F. de Gramont :

« C'était un homme fort riche, possédé outre mesure de la mo-

noinanie susdite, quoique, du reste, sa race put s'éteindre sans le moindre inconvénient, son nom étant de ceux qui figurent par colonnes dans l'almanach des 75,000 adresses. Enfin, il tenait à en conserver un de plus, et il était au désespoir de n'avoir pu obtenir de sa femme que trois ou quatre filles, le nombre importe peu. Il lui en témoigna son mécontentement avec beaucoup d'amertume; mais il trouva à qui parler. Madame M..., malgré son infirmité, était une maîtresse femme qui ne se préoccupa pas le moins du monde d'apaiser son mari, préférant, ce qui était sans doute plus facile, lui rendre avec usure la monnaie de sa ]tièce. Leur ménage devint un véritable enfer. Les deux époux ne se réunissaient que pour se quereller, et souvent de-la façon la plus scandaleuse. Une fois même il arriva que Madame M... s'emporta jusqu'à tirer un coup de fusil à son mari. « J'ai eu tort, disait-elle ensuite, je l'ai manqué. » Néanmoins, il ne fut jamais question entre eux de séparation judiciaire, soit qu'ils en fussent détournés par des raisons d'intérêt, soit plutôt qu'ils se détestassent trop pour vouloir se lâcber, comme on l'a prétendu avec quelque apparence de raison.

Dans le cours assez long de cette union orageuse, il n'y eut peutêtre qu'une seule occasion où M... se départit de son avis pour se ranger à celui de sa femme. Il avait, du côté de Blois,une propriété d'agrément, où, pour se distraire, il avait fait exécuter de grands embellissements. Il les montrait un jour à un de ses amis, qui était venu le visiter, et il était surtout enchanté d'une rivière qui, par cette raison, se trouvait être l'objet particulier des critiques et des railleries d'e madame M.^. Ce n'était, suivant elle, qu'un ruisseau ridicule où il n'y avait même pas assez d'eau pour des poissons rouges. Quelque temps après, l'ami qui avait été témoin de cette escarmouche recevait de M... une lettre commençant en ces termes :

« Mon cher ami, je suis obligé de le reconnaître, ma femme avait raison quand elle prétendait qu'il n'y avait pas assez d'eau dans ma rivière. Elle y a fait une chute il y a quelques jours, et, au lieu de s'y noyer, elle en a été quitte pour un rhume, etc. »

Contrairement à ce qui est habituel, ce fut madame M... qui laissa son mari veuf. Il n'était plus jeune, il n'avait jamais été libertin : cependant, quelques mois furent à peine écoulés, qu'il installa chez lui une jeune et jolie fille sous le titre de gouvernante. C'était déjà liien suffisant pour faire prendre l'alarme à ses gendres. Que devinrent-ils lorsqu'ils apprirent que leur beau-père avait formellement promis à cette créature de l'épouser, s'il obte-

nait d'elle cet héritier que sa femme s'était trouvée inhabile à lui confectionner? De l'humeur dont on le connaissait, il n'y avait pas à douter qu'il ne tînt parole, ni à essayer des représentations. M. M... était d'ailleurs à cet âge où, suivant le dire d'un célèbre médecin, il n'y a point de mariage infécond. Aussi l'événement ne tarda-t-il pas à s'annoncer visiblement. Avec quelle impatience il fut attendu départ et d'autre, c'est ce qu'on n'aura pas de peine à imaginer.

Passons à la scène finale, M. M... se promène de long en large dans sa chambre, attendant, avec une agitation toujours croissante, qu'on vienne, ainsi qu'il l'a recommandé, aussitôt la solution, lui annoncer si elle est contorme à ses désirs. Il entend le pas hâté d'un domestique; il ouvre sa porte: — « Eh bien? » — « Monsieur, c'est un garçon. » Aussitôt il se précipite. — « Mon fils ! je veux voir mon fils !» — « Le voici, monsieur, » lui dit la garde en lui présentant l'enfant. M... le regarde, et recule épouvanté. C'était un mulâtre ! CommeM. M... avait précisément un domestique noir, il ne lui était guère possible de voir dans cette coloration insolite une simple bizarrerie de la nature. Ce ne furent pas, bien entendu, ses gendres qui essayèrent de lui faire envisager la chose de cette façon. On a dit, dans le temps, que ce domestique lui avait été donné par l'un d'eux. Quoi qu'il en soit, M... s'en tint à cet essai malencontreux, et se résigna à laisser sa dynastie tomber en quenouille. Nous ignorons ce que devinrent la facétieuse gouvernante et sa progéniture. Si cependant M... n'avait eu que des domestiques blancs, la fraude, sans être si manifeste, aurait pu être exactement la même, et le mariage promis se serait sans nul doute accompli. Il s'en fait probablement plus d'un de ce

Renre (li

• * Varia

Avortement céleste. — Jadis, au diocèse de (lologne. une jeune religieuse avait du plaisir à fréquenter les hommes: elle les fré-

(i) ('onniwnl on vient, cl comnwnl u/i x'/'ti ra.

quenta si bien, qu'elle devint enceinte. Lorsqu'elle vit son ventre grossir, elle pleura son honneur perdu et fit pénitence. Cependant la grossesse allait croissant. Elle s'avisa d'aller se jeter aux pieds d'un crucifix, qu'elle supplia, avec larmes, de venir à son secours. Elle lui promit que s'il voulait la délivrer do l'opprobre que lui préparaient ses couches, elle serait désormais sage jusqu'à la mort. Le crucifix eut pitié d'elle ; et quand elle se releva, elle sentit son ventre désenflé ; il s'était déchargé de son poids criminel; l'enfant déjà formé gisait inanimé sur le sol, et la nonne, pleine de joie et de reconnaissance, se comporta, par la suite, avec plus de circonspection.

{Eœ liistoria sancti Annonis).

La sœur d'un citoyen de Constance devient grosse. — Pour montrer quelle sorte de liberté on réclamait pendant le concile de Constance, un noble Evèque d'x^ngleterre raconta, dans une nombreuse assemblée de prélats, l'histoire que voici :

f( Il y avait à Constance, dit-il, un jeune homme dont la soeur, qui n'était pas mariée, devint enceinte. L'enflure du ventre lui ayant tout révélé, le voici qui tire son épée, demande ce que c'est, d'où cela lui est venu, et fait mine de la vouloir frapper. La jeune fille, épouvantée, s'écrie :

— C'est l'œuvre du Concile : c'est du Concile que je suis grosse !

A ces mots, le jeune homme plein de crainte et de respect pour la sainte Assemblée, n'osa châtier sa sœur. Parmi les libertés de toutes sortes qu'on réclamait, il mettait au premier rang celle de faire l'amour.

POGGE

D'un moine qui engrossa une abbesse. — L'abbesse, bien connue de moi, de certain couvent, à Piome, était courtisée par un frère de l'ordre des mineurs, qui lui demandait souvent de coucher avec elle. Elle refusait, crainte de devenir grosse et de s'exposer ainsi à une punition sévère. Le frère promit alors de lui procurer un lircvct (c'est le nom qu'on donne à ces choses-là) qu'il lui

suffirait de porter suspendu au col par un fil de soie pour n'être jamais enceinte et pouvoir, sans danger, voir qui bon lui semblerait. C'était ce qu'elle désirait le plus : elle eut pleine confiance et s'abandonna maintes fois à la lubricité du frère. Au bout de trois mois, elle s'aperçut qu'elle était grosse. Dès qu'il en eut vent, le moine s'enfuit.

L'abbesse, se voyant jouée, détacha le &rei'e^et l'ouvrit pour lire ce qu'il y avait d'écrit dedans ; elle y trouva ces mots en latin de cuisine : Asca imdarasca, 7tonfacias te supponi et non iniplebis tasvam. Il ne faut pas être sorcier pour trouver cet excellent moyen d'éviter la fécondité.

POGGE

D'un frère mineur qui fit le nez d'un enfant. — Un romain très spirituel, avec qui je causais dans une réunion, me raconta une bien plaisante histoire arrivée à une de ses voisines : « Un frère de l'ordre des mineurs, nommé Lorenzo, dit-il, avait jeté les yeux sur une belle jeune femme, mariée à un de mes voisins (et il m'en cita le nom) ; pour arriver à ses fins, il demanda au mari d'être parrain de son premier-né. A force d'observer la jouvencelle, il avait deviné qu'elle était grosse ; il vint la trouver, et, en présence de son mari, comme un sorcier qui lit dans l'avenir, il lui dit : « Vous êtes grosse, mais l'enfant dont vous accoucherez sera pour vous une grande cause de chagrin ». La femme crut qu'il faisait allusion au sexe de l'enfant :

— Quand bien même ce serait une fille, dit-elle, elle sera la bienvenue.

— Oh ! c'est pire que cela t dit le frère, en prenant la plus triste figure.

La femme voulut savoir de quoi il s'agissait ; mais elle eut beau insister, il refusa de s'expliquer davantage. Enfin, soucieuse d'apprendre ce dont elle était menacée, ""elle fit venir le moine à l'insu de son mari, et obtient, non sans l'avoir longtemps supplié, qu'il lui révélât tout. Après lui avoir recommandé un secret absolu, Lorenzo Ini dit qu'elle mettrait au monde un enfant mâle, mais

qu'il n'aurait pas de nez, chose liorrible dans le visage d'un homme. La pauvrette fnt bien effrayée :

— Et il n'y a pas de remède, demanda-t-elle ?

— Si, répondit l'autre, mais il faut convenir d'un jour où je coucherai avec vous pour rectifier la besogne de votre mari et faire à l'enfant le nez qui lui manque.

Si dur que cela lui parût, elle consentit, par crainte d'avoir un enfant difforme, et, le jour dit, se livra au frère, qui, sous prétexte d'achever le nez, revint plus d'une fois. Par pudeur, elle n'osait bouger : le moine eam moverijubëhat, ut ex confricationele nez fût plus solidement soudé. Enfin, le hasard fit qu'elle accoucha d'un garçon pourvu d'un nez majestueux ; la commère s'en étonna.

— C'est, dit le frère, que je n'ai pas assez regardé à ma peine, en l'achevant.

Elle avoua elle-même la chose à son mari, estimant qu'il eut été affreux d'avoir un enfant sans nez, et le bênet la félicita ; il approuvait tout à fait la besogne du moine.

POGGE

Plaisant propos d'une femme en travail d'enfant. — A

Florence, une jeune femme tant soit peu simple était sur le point d'accoucher. Elle endurait depuis longtemps déjà de vives, douleurs et la sage-femme, la chandelle à la main, examinait secre^^'ora ejas, pourvoir si l'enfantallait sortir : « Regardez aussi de l'autre côté, dit l'innocente car mon mari a quelquefois pris ce chemin. »

POGGE

De la naissance d'un veau. — Une jeune chambrière du Thil mena ces jours passez, par le commandement de sa maîtresse, leur vache au taureau, pour la faire saillir. Or estant arrivée, la lia à un posteau, de peur qu'elle ne fist la farouche (comme les nouvelles mariées). Le vacher vint incontinent avec son taureau, lequel sans ditïérer, se jette dessus la vache ; mais il fut si chaut et hastif qu'il n'adressa point à l'endroit par quoy son coup fut rompu. Le vacher et la chambrière, pour lui donner courage, disoient: « Sus, Robin, sus, sus; » lequel estant un peu en aleine, remonta joyeusement faisant tous ses efforts de mettre Geoffroy

au bissac : mais il n'adressoit point à l'endroit. Ce que voyant la chambrière, (à qui la coquille frétilloit) : print le couvrechef de sa teste et avec iceluy empoigna linstrunifint dudit taureau elle mit justement au bord de la bresche. Par quoy Robin vertueusement poussa sa fortune, voire si très lourdement que le couvrechef de la pauvre chambrière y entra avec l'outil, si avant qu'elle en perdit la veue ; laquelle toutes fois n'osa fouiller dans ce creux pour Feu retirer. Or ce fut le beau jeu. quand ladite vache fit son veau; car, pour vous le donner à entendre, il sortit du ventre de la vache affublé dudit couvrechef, aussi proprement et bien affublé qu'une fillette qui va aux danses. Tous ceux du village qui en ouïrent le bruit, et autres coururent le veoir, lesquels par grande admiration faisoient le signe de la croix, disant : « Voilà une chose admirable.»

{Ln uotf/velle fabrique des excellens traits de vérité.)

Sauvez le nom. — Monseigneur, les couches de Madame deviennent très laborieuses. Ma qualité de médecin m'oblige à ne vous rien cacher. Je vous avoue donc qu'il y a danger de mort pour la mère ou pour l'enfant. Choisissez qui vous voulez sacrifier de l'enfant ou de la mère.

Le Mari. — 0 ciel ! n'y a-t-il donc pas moyen ... serais-je veuf après un an de mariage?

Le Médecin. — Hâtez-vous, monseigneur : le péril est urgent.

Le Mari. — Eh ! bien puisqu'il faut un héritier à mon nom .,.., sauvez l'enfant. Je puis retrouver une autre femme, je ne suis pas sur d'avoir un autre fils.

Et dans les mains de l'affreux disciple d'Esculape, la mère et l'enfant meurent.

(Anecdotes du XTX'^ siècle) .

Plus fréquent qu'on ne le croit. — La Cuisse, chirurgien (pii accoache les femmes, dit qu'un joui' une personne bien faite et bien vêtue le vint prier chez . lui de laccoucher, le contenta bien, et après le pria de donner l'enfant à un homme fait de telle façon,

Quelque temps après on vint quérir La Cuisse pour une maîtresse des requêtes ; c'était elle-même, et elle lui dit tout bas : « Je crierai cette fois pour celle-ci et pour l'autre.»

Tallemant des Rèajjx {Mêinoire s).

Une opérée de Lisfranc. — Appelé auprès d'une jeune femme qui, à la suite d'un accouchement, avait eu une déchirure du périnée, Lisfranc fit une suture.

A quelque temps de là, un jeune homme vint le trouver dans son cabinet :

— Monsieur le docteur, lui dit-il, je suis marié depuis huit jours, et malgré tous mes efforts je ne suis encore que le fiancé de ma femme... Je me réjouis de la certitude que me donne cette situation; mais cependant je voudrais bien la voir cesser, et je viens vous demander s'il n'y aurait pas une opération à faire. . . Ma femme est dans le salon, mais j'ai voulu, pour ne pas l'effrayer, venir d'abord vous mettre au courant.

Lisfranc ouvre la porte... Notre jeune mariée était, vous l'avez deviné, la femme à la suture.

Père et mère inconnus. — Un des rédacteurs duFigaro, accompagné-d'une sage-femme et de ses deux témoins, se présentait il y a quelques jours à la mairie du troisième arrondissement, pour faire inscrire un nouveau-né sur les registres de l'état-civil.

— Qui est le père de cet enfant ? demanda l'employé . Comme cette question restait sans réponse, le fonctionnaire

public se tournant vers l'homme de lettres, lui dit :

— Est-ce vous, Monsieur, qui êtes le père de cet enfant ?

— Moi ! mais du tout, du tout.

— Ou donc est-il, alors ?

— Monsieur, répondit le journaliste en rougissant un peu, l'article n'est point signé.

SUR LliS ACCOUCHEMENTS 123

Souvenir de voyage. — On raconte devant une jeune mariée qu'une amie vient d'accoucher en chemin de fer, en allant de Paris â Foiitninebleau.

— De Paris à Fontainebleau ! s'écrie la jeune mariée avec étonnement.

— Tiens ! est-ce que cela vous est arrivé aussi ? La jeune femme vivement et rougissant :

— Oh ! non, au contraire !

Les suites d'une hydropisie. — A l'heure solennelle où le potage fumant va subir sa triste destinée sur la table du praticien, il y a quelques jours, une main fiévreuse fit palpiter ma sonnette et un inconnu effaré se précipita dans mon cabinet en bousculant ma servante qui avait envie de crier au voleur.

L'inconnu n'était point un voleur, mais un homme haletant et bien pressé.

— Venez, docteur, me cria-t-il d'une voix entrecoupée, venez de suite... avec moi... sauver la vie... à une jeune fille... hydropique... qui va mourir. . . elle perd son eau. . . et pousse des cris. .. à fendre l'âme...

— Et depuis combien de temps a-t-elle cette, . . fuite ?

— Depuis midi, mais elle souffrait moins que maintenant.

Je suis peu crédule à l'endroit des jeunes filles hydropiques, cependant je compris que mon intervention pourrait être dans ce cas très promptement nécessaire, et je suivis l'inconnu rue X*'*, n" 23.

Je trouvai une jeune fille de seize ans, qui se tordait sur son lit en proie à de vives douleurs; une brave femme de mère en pleurs, un grand frère barbu, un autre moustachu formaient le fond du tableau.

Je ne m'étais pas trompé dans ma supposition. Après examen, je reconnus une hydropisie... âgée de neuf mois... et à terme. La présence de la mère m'inquiétait peu, une mère qui croit que son enfant va mourir a le pardon facile : les frères me gênaient davantage. Il y avait de l'émotion sur leurs figures énergiques, mais l'émotion pouvait, en pareille circonstance, céder la place à la colère, et je ne me souciais nullement de les avoir pour collaborateurs dans la petite opération que la nature semblait vouloir mènera bien toute seule.

La familh^ attendait pleine d'angoisses l'oracle que j'allais ren-

dre. J'avais besoin de faire un prologue à la comédie qui allait se jouer ; il fallait, avant tout, me débarrasser delà famille.

— Je réponds de la vie de cette malade, mais j'ai besoin de rester seul avec elle ; veuillez vous retirer dans une autre pièce.

Un soupir de soulagement agita l'atmosphère ; le frère moustachu ouvrit la marche. un flambeau àlamain, la mère prit une lampe pour le suivre, et le barbu, armé du bougeoir, forma l'arrière-garde. Dans leur trouble, ils me laissèrent à tâtons.

Aussitôt que nous fûmes seuls, la jeune fille me dit :

— A^ous croyez, Monsieur, que je n'en mourrai pas ?

— Mais non, l'enfant se présente bien.

— Quel enfant ?

— Parbleu, le vôtre, celui qui vous devrale jour avant une demiheure !

(Avec une indignation bien sentie .-)

— Quelle horreur! mais je ne suis pas enceinte ! vous voustroml^ez, Monsieur, c'est indigne de m'accuser de pareilles choses.

Comme circonstance atténuante, je dois dire qu'elle avait été soignée pendant cinq mois pour une liydropisie par un prétendu médecin. Inutile d'ajouter que je cherchai en vain le nom du pseudodocteur dans VAiinuaire médical.

— Mon enfant, nous n"avons pas du temps à perdre à dire des choses inutiles, il faut vite arranger un petit roman pour éviter le premier choc de la famille.

— Mais c'est donc bien vrai '^

— Avant vingt-cinq minutes vous en aurez probablement la preuve vivante .

— Oh ! mais alors... tuez-moi ! c'est impossible... je veux mourir..., etc., etc.

— Je dois vous dire, Mademoiselle, que je suis crédule comme un bistouri, et que vous prodiguez en vain des talents dramatiques très remarquables. Le temps se passe et toutes vos dénégations seront étouffées par les cris de votre enfant... Vite au roman... Voici comment les choses se sont passées. C'était un soir, l'escalier était sombre, un homme vous a saisie...

— C'est vrai.

— Vous avez eu peur, la peur paralyse les forces ; il a porté sur vous une main coupable.

SUR LES ACCOUCHEMENTS l"!!

— Oh ! c'est bien vrai !

— Vous n'avez pas su vous défendre, vous vous êtes évanouie.

— C'est bien cela.

— En revenant à vous, vous étiez déshonorée !

— Oh ! oui. Monsieur, c'est bien vrai tout cela.

— Eh ! non, ce n'est pas vrai, mais il est nécessaire dans votre intérêt que vos frères croient à cette histoire ; ils n'ont pas l'air d'entendre la plaisanterie, et le premier mouvement pourrait être difficile à arrêter.

La jeune fille comprit que la crédulité n'était pas ma vertu dominante, elle prit le parti de se taire et je fis rentrer la famille. Je débitai mon petit speech. Je racontai la chose avec tous les ménagements imaginables, avec toutes les précautions oratoires capables de faire naître l'attendrissement ; la pauvre mère était prise, elle pleurait en embrassant sa fille. Les frères étaient immobiles et sombres . mon roman n'avait pas près d'eux un succès d'enthousiasme. L'aîné, le moustachu, un ex-lieutenant de spahis, poussa un effroyable juron.

— C'est X**% j'en suis sur... le misérable, il faut que je le trouve.

— Partons, dit le barbu.

Et ils s'élancèrent comme une trombe à la recherche de X***.

Le sieur X"* ne m'inspirait qu'une médiocre commisération. Je devinai une séduction accomplie à la faveur des relations amicales avec la famille. Les frères étaient partis, mon but rempli, je me préoccupai beaucoup moins du reste. J'envoyai la mère à la recherche d'une layette et je restai seul avec la servante qui me parut être de moitié dans la confidence .

Une demi-heure après, on pouvait recommencer le mot de Charles X : il y avait un petit Français de plus. La mère et l'enfant se portaient bien. Je procédais dans une pièce voisine aux premiers soins que réclamait cet enfant de l'amour : tout à coup, je vis apparaître, par la porte entrebâillée', le profil d'une figure longue, blême et effarée. — Je sentis que cette tête appartenait au séducteur, il jeta autour de la chambre un regard timide, qui en sonda tous les recoins en un instant. Il n'était pas prévenu de l'événement et cependant il n'en parut pas surpris : il savait à quoi s'en tenir sur Thydropisie et ses suites, peut-être un de ces zéphirs amoureux qui sont chargés de transporter sur leurs ailes le pollen des fleurs, lui iivait-il porté A travers rcspace les pi-emiers vagissements de son

nis.

Le jeune homme blême fit deux pas en avant, son œil d'un bleu pâle et terne s'arrêta sur moi, je compris qu'il avait peur et qu'au moindre mouvement il disparaîtrait au plus vite. Il est des gens que. malgré soi, à la première vue, on compare à quelque chose : ce jeune Lovelace, qui ressemblait à un pierrot mal désenfariné, devint pour moi le sujet d'une comparaison fort triviale. J'en demande pardon au lecteur, mais je ne trouvais pas autre chose ; il me fit l'effet d'un lapin vidé.

— Entrez, Monsieur, lui dis-je, je crois que vous n'êtes pas de trop ici, et que vous êtes pour quelque chose dans ce qui s'y passe.

■— Hélas, oui, Monsieur, mais je vous assure...

— Quoi ?

— Que ce n'est pas ma faute.

— Parbleu ! c'est la mienne, peut-être? Enfin ce qui est fait est fait; voilà un enfant qui a besoin d'un père, j'aime à croire que vous remplirez votre devoir en galant homme.

— Oh ! Monsieur, c'est bien mon intention.

— L'enfer est pavé d'intentions excellentes ; à votre place, pour qu'on n'en doute pas, je m'exécuterais sur-le-champ.

— Gomment faire aujourd'hui ? Il est trop tard, la mairie est fermée.

— On n'a pas besoin de tant de cérémonies pour reconnaître son enfant, si vos intentions sont bonnes. Asseyez-vous là, prenez une plume, et écrivez ce que je vais vous dicter.

— Dictez.

« Je déclare être le père de l'enfant du sexe masculin que made- « moiselle Z... amis au monde aujourd'hui, cinq mars mil huit « cent soixante. »

Très bien, signez maintenant : cela suffit. Embrassez votre fils, embrassez la mère, et courez sans vous arrêter au chemin de fer le plus voisin.

— Pourquoi cela ?

— Parce que les frères sont à vos trousses, et si le barbu a l'air furieux, le moustachu me semble. exaspéré.

— Les frères le savent !!! (De pâle il devint vert) Alors je suis perdu !

— Le fait est que la situation est tendue. C'est un motif de ne plus perdre de temps ; partez.

— Je n'ai plus de jambes, docteur.

— Eh ! eh ! Voilà le quart d'heure de Rabelais qui va sonner ; il faut solder la carte à payer du sentiment. — Eh ! eh ! jeune gandin, vous vous introduisez dans une famille honnête, vous séduisez une jeune fille bien élevée, histoire de passer le temps, et vous croyez que l'accident n'aura pas de suites ! Pardieu ! la chose serait commode, vous n'avez donc jamais vu les drames de l'Ambigu? Vous ne savez donc pas qu'il faut toujours à la fm des pièces que la vertu triomphe ? Eh ! Eh ! si je ne me trompe, la vertu ce n'est pas ici le gandin, vous avez deux remords, l'un barbu et l'autre moustachu qui courent après vous pour vous faire un mauvais parti, car ils vous massacreront, mon jeune monsieur Je me connais en physionomie, et les deux frères ont la mine de gens qui vont tuer quelqu'un : au fait pourquoi se gêneraient-ils ? Que voulez-vous qu'on fasse à des gens qui kient l'homme qui a tué l'honneur de leur sœur. Eh ! eh ! eh ! vous avez en ce moment une drôle de ligure, et si les autres gandins vos amis pouvaient vous voir, ils seraient, pour quelque temps au moins, dégoûtés de courir la fillette autrement que pour le bon motif.

— Ah ! Monsieur, je vous en supplie, aidez-moi à sortir de ce mauvais pas.

— Il n'y a qu'un moyen, je vous l'ai indiqué, c'était le chemin de fer, mais vous avez perdu vos jambes : je ne puis cependant pas vous emporter sur mon dos, eh ! eh ! eh !

— Mais j'épouserai, j'épouserai, tout de suite si on veut.

— Il est un peu tard pour épouser tout de suite, la mairie est fermée, comme vous disiez tout à l'heure, et j'avoue que je n'ai pas qualité pour remplacer M. le maire et ses adjoints.

— Si je m'y engageai par écrit !

— C'est une idée, je ne sais trop ce que vaudra votre engagement, mais enfin ce sera toujours mieux que rien.

Il ajouta sur le papier qu'il venait de signer :

« Et je m'engage à épouser mademoiselle Z..., aussitôt que les « formalités nécessaires seront remplies. »

Il était temps ; des pas rapides se firent entendre dans l'escalier, la retraite était coupée. Je me préparai à sauver une des oreilles du Lovelace. Lorsque la porte s'ouvrit, il avait disparu. L'agitation d'un rideau m'indiqua dans quel terrier il avait cherché un gîte. Les frères jetèrent un regard de colère sur l'enfant.

— Nous ne Tavons pas, mais il viendra ici bien sur ; nous le prendrons à la souricière, et nos comptes seront réglés en famille.

— Quand vous l'aurez tué, pensez vous qu'il épousera votre sœur ?

— Lui, épouser? allons donc !

— Qui sait ?

— Quand on veut épouser, on n'agit pas comme un gredin ; on parle à la famille.

— Tenez, lui dis-je, en lui tendant le papier, s'il ne parle pas, il écrit. Lisez.

— A tout péché miséricorde, dit la mère qui rentrait avec la layette.

Ils passèrent dans la chambre de la jeune mère, que je n'avais pas voulu rendre témoin de ces péripéPkies dramatiques.

— Docteur, me dit le moustachu, c'est vous qui avez arrangé cela, je vous en remercie pour ma sœur. X*** vous doit un beau cierge, car si je l'avais rencontré, je l'éventrais comme un lapin.

Ma comparaison me revint donc à l'esprit et je me pris à rire. J'avais grand appétit et je partis retrouver mon potage, en songeant que Lovelace était tombé sur une Clarisse beaucoup plus rusée que lui. X*** m'attendait dans la rue; il me remercia avec effusion.

— Jeune homme, la leçon a été rude, racontez-là à vos amis pour qu'ils en profitent. — Et ne placez jamais votre fils dans les zouaves : s'il ressemble à son père il ne ferait pas son chemin dans cette partie-là.

Un mois après, je recevais une lettre quim'annonçait lemariagè de M. X*** avec mademoiselle Z.

D'" JouLiN. [L'Événement.)

Calembour : — Quelle différence existe-t41 entre une reine de France qui accouche d'un fils pour la première fois et un chat que l'on caresse ?

— La reine fait le dauphin et le chat le gros dos.

Les os compris. — Une bouchère à son amie récemment accouchée :

— Eh bien ! te voilà heureuse, tu as un garçon !

SUR LES ACeOUCHEMENTS 131

— Certainement, je suis heureuse ; mais il est un peu chétif; quand il est venu, il ne pesait pas cinq livres. La bouchère : — Avec les os?

Pour accélérer la naissance. — La sœur d'une de nos actrices les plus connues, et que nous appellerons Mlle X..., pour être discret, était en couches depuis le matin. L'enfant montrait à chaque instant la tête et se retirait quand on pensait le saisir. Ce manège, en se prolongeant, agaçait le docteur, qui se lassait d'attendre.

Le père du petit bonhomme, un boursier jovial, eut une idée heureuse. Il tira de son gousset un louis et, le montrant au bonhomme :

— Si tu es mon lils, lui dit-il, tu es juif. Si tu es juif, tu tendras la main vers la galette.

Le petit bonhomme ne le fit pas dire deux fois. Mlle X..., prise d'un fou rire, fit un violent effort, et le gaillard roula dans les bras de son père.

Sauvez la caisse! — La femme d'un banquier est en train d'accoucher. L'opération est des plus laborieuses. Enfin l'homme de l'art s'adresse au mari terrifié :

— Je ne puis plus répondre des deux! Qui voulez-vous que je sauve, la mère où l'enfant?

Le banquier, dont la tête s'égare, avec force :

— Sauvez la caisse t

Termes de banque. — Le docteur X..., qui joue quelque fois à la Jjourse, a l'habitude d'appeler un accouchement : une opération « ternie.

Cette locution plaisante vient d'avoir sont pendant, car l'excellent docteur, ayantépousé, là semaine dernière, une aima])le veuve dotée de deux enfants, un de ses amis a cru devoir lui dire en souriant :

— Fichre! mon cher, un mariage où tu te trouves père du premier coup, c'est une véritable opération ait comptant.

Maurice Donc-ouht.

Consolation d'une bonne amie. — Une dame se plaignait de ce qu'on l'accusait d'avoir eu six enfants d'un homme de condition qu'elle nomma.

— Rassurez-vous, ma chère, lui dit une bonne amie; les gens bien nés savent qu'il ne faut jamais croire que la moitié de ce qu'on dit.

Entre gascons : Le Gascon. —Nous avons chez nous, mon cher, un docteur qui a une de ces réputations ! Impossible d'être reçu à sa consultation.

Le Marseu^lais. — Et chez nous donc !... Il y en a un, c'est épatant!... Je lui envoie, pour le consulter, ma femme, qui était enceinte de trois mois. On n'avait pas encore pu pénétrer dans son cabinet, quand elle a accouché à terme.

— Moi, mon fils est venu au monde avec deux dents!

— Et le mien, qui avait déjà toute sa barbe !

— Moi, ma femme est accouchée ce matin d'un enfant... tout vacciné !

Galinotade. — Deux amis se rencontrent se mettent à causer. Il y a longtemps qu'ils ne s'étaient vus. L'un d'eux se rappelle alors que la femme de l'autre commençait une grossesse lorsqu'ils s'étaient rencontrés pour la dernière fois.

— Eh bien, et votre femme ? lui demanda-t-il, est-elle accouchée d'un garçon ?

— Non.

— Ah ! bon, d'une fille.

Le mari stupéfait :

— Comment le savez-vous ?

Utilité du pavé de bois : — Le pavage en bois ça permet aux habitants de dormir?

— Je crois bien... le nombre des naissances a diminué dans toutes les rues pavées en bois .

Journa l d'accotwheme/i Us

Tel père, tel fils. — M"ieX..., dont le mari est bossu, et qui est elle-même contrefaite, vient de mettre au monde un troisième enfant, bossu comme père et mère, frère et sœur.

— Décidément, c'est dans le sang, s'écria le docteur.

— Hélas, non! riposte vivement M. X... c'est dans le dos.

Entre maris : — Mon cher ami, tu ne te ligures pas combien je suis heureux en ménage : ma femme est l'économie même.

— Et la mienne donc ! Tiens, je ne veux citer qu'un exemple. J'avais promis à ma femme un cachemire dans le cas où elle me

donnerait un fils...

— Eh bien ?

— Eh bien, mon ami, pour ne pas me faire dépenser de l'argent, elle est accouchée d'une fille.

Sous les choux. — Il est admis que les enfants naissent dans les ehoux. Notre éminent maître M. Pajota même été autrefois caricaturé par Gill, dans la position d'un monsieur observant à la loupe les modifications qui s'accomplissent au sein de ce légume. Seulement, on ne dit pas de quelle espèce de chou il s'agit. Il est bon quelquefois de préciser.

Un de nos confrères et amis fut appelé dernièrement auprès d'une jeune dame, veuve depuis plus d'un an, pour des coliques violentes. A la palpation abdominale il constate la présence d'un utérus volumineux. Connaissant la situation de la jeune dame, il n'ose parler de grossesse; tandisqu'il réfléchit, la main sur la tumeur, il sent celle-ci durcir, comme se contracter, pendant que la patiente pousse un cri et qu'un flot de liquide s'échappe de la vulve.

« Mais, Madame, s'écria-t-il, vous allez accoucher! »

La mère de la dame s'en récrie : « Qu'osez-vous dire ! Monsieur, ma fille a des coliques ; du reste cela lui arrive chaque fois qu'elle mange des choux de Bruxelles, et elle en a mangé ce matin.

— Madame, répond notre ami, j'avais bien entendu dire que les enfants venaient au monde dans des choux, mais je ne savais pas qu'ils pouvaient pousser le raffinement jusqu'à venir dans des

choux de Bruxelles. Mais de toute façon. Madame, votre fille va en mettre un au jour.

— Sortez, Monsieur, vous êtes un polisson !

Notre ami n'était pas au bas de l'escalier que la maman, éclairée par une confidence tardive de sa fille, le priait de remonter.

Tout est bien qui finit bien. C'était un beau garçon, à qui je ne crois pas qu'on ait donné cependant le prénom de Désiré, ni celui de Bienvenu .

( Union médicale . )

Consolation. — M. Prud'homme à sa nièce qui vient d'accoucher d'un enfant à deux tètes :

— Aboyons, ma mignonne, console-toi en te disant qu'il aurait pu en avoir davantage, ou n'en avoir pas dutout; ce qui eut été encore plus grave !

A propos de l'article 7 (i). — Une dame qui se trouvait dans une position intéressante, était outrée des persécutions exercées contre les congréganistes .

Et elle s'écriait dans son exaltation :

— Si l'enfant que je porte dans mon sein est un garçon, eh bien, il sera jésuite, j'en réponds !

A quelque temps de là, l'enfant vient au monde. C'était bien un garçon.

Le médecin sourit :

— Encore une expulsion !

Mère fin de siècle. — La scène au marché de la rue La Rochefoucauld.

Deux vielles mères, comme il y en a trop dans ce quartier-là, se rencontrent :

— Et chez vous, ça va bien ?

(1) Relatif a l'expulsion des jésuites.

Dame ! tout doucement.

Quoi donc ?

Vous ne savez pas ? Ma fdle est accouchée hier. Ah!...

Mais elle se remet.

Parfait !... Et l'enfant, sera-t-il reconnu par le père ? -Pardine!... Seulement Léonide n'a pas encore choisi.

Mœurs pures des champs. — La bonne du curé est en train de servir le potage à son maître et à un invité. On parle de tout et surtout du village .

— Il paraît, dit le curé, que cette pauvre Claudine, qui n'est pas mariée, va bientôt mettre un enfant au monde. Sait-on de qui il est?

— Ah ! ma foi, répond la servante, mettez votre main dans une fourmilière, monsieur le curé, et dites-moi la fourmi qui vous a piqué !

Quelques combles. Le conible delà logicpie : Donnez à votre fille, qui vous est née quatre mois après votre mariage, le nom d'Aurore, pour la raison qu'elle est venue avant le jour.

Le comble de l'embarras pour un nouveau-né : Ne pas savoir à quel sein se vouer.

Le comble de la stupéfacti07i pour une sage-femme : C'est de voir sa chamb)'e à coucher.

Le comble de la bêtise pour une sage-femme : C'est d'aller le 31 décembre à minuit à la porte de la Chambre des députés, pour voir sortir Janvier de la Motte.

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