‹ AnecdotesChapitre 3 sur 15 · I. — Sages-femmes et accoucheurs · texte numérisé non relu

I. — Sages-femmes et accoucheurs

Une cause digne de Salomon.— On écrit de Padoue qu'il vientde s'y passer un événement très extraordinaire : une sage-femme enceinte et à terme, assistant une dame de cette ville, qui était en travail d'enfant, se vit surprise elle-même par les douleurs de l'enfantement. La servante de la maison, tille d'un certain âge, appelée au secours, reçoit comme elle peut les deux enfants, tous deux du sexe masculin^ et les met dans le même berceau, sans remarquer la place qu'elle donne à chacun. L'un des deux enfants, étant mort quelques minutes après sa naissance, le survivant fut réclamé par les deux mères : quels juges seraient capables de décider une telle cause?

{Gazette de France, 21 Juillet 1777) .

Une femme qui accouche souvent. — Un petit employé va trouver son chef de bureau.

— Auriez-vous l'obligeance, monsieur, de m'accorder un congé. Ma femme accouche.

— C'est trop juste, dit le chef, j'accorde le congé.

^Trois mois après, le même employé sollicite un nouveau congé. Vous avez donc une affaire importante, interroge le chef.

— Oui, monsieur, ma femme accouche.

— Mais vous m'avez donné la même raison, il y a trois mois. 11 n'est pas possible que votre femme puisse accoucher. Ce n'est pas naturel.

— An contraire, elle est saoe-femme !

Une doctoresse empêchée. — Les femmes qui exercent la médecine peuvent donner lieu de temps en temps à des scènes de ce genre.

Un monsieur sonne, au milieu de la nuit, à la porte de son docteur, lequel vient de céder sa clientèle à une femme.

— Vite, crie-t-il à la loonne, priez le docteur de passer chez moi.

— Impossible en ce moment, monsieur.

— Mais ma femme est sur le point d'accoucher.

— Le docteur aussi ! ! !

Les tribulations d'une sage-femme. —Les internes de l'hôpital Necker aiment à s'amuser. Mais la plaisanterie n'a pas le don d'être toujours agréable aux habitants du quartier.

Une sage-femme, voisine de l'hospice, avait, à la porte de la maison où elle habite, un tableau représentant une dame se penchant vers un gros chou, d'où émergeait un enfant qui lui tendait les bras. C'était peint sur une plaque de tôle, mais l'œuvre était ancienne et la peinture ternie s'écaillait et tombait.

Or, une nuit, les internes s'emparèrent de la plaque. On juge de la surprise de la matrone lorsqu'elle ne vit plus son tableau. Toutefois, elle en prit son parti et profita de l'occasion pour commander une nouvelje plaque.

Huit jours après, on posait un tableau superbe où une opulente nourrice tenaitdans ses brns un bébé rayonnant de santé. C'était d'un coup d'œil merveilleux, et la sage-femme regardait.avec une visible satisfaction, les ouvriers poser sa plaque.

Quelle no fut pas sa stupeur, le lendemain, en retrouvant la vieille plaque à la place de la neuve. Les étudiants, ayant reconnu que la valeur artistique de celle-ci était supérieure à celle de l'ancienne, avaient opéré la substitution.

La sage-femme, fuiieuse. a poj'té plainte chez le commissaire du Cfuartier.

Les gaietés de l'enseigne. — On lit. sur les fenêtres du premier éla<>e. dans le haut du faubouru' Saiut-.\utoine :

« Sage-femme de l'® classe. »

Et, immédiatement au dessous, à l'entresol

(f Confections d'enfants sur mesure. »

Conséquences de la concurrence. — Dernièrement un de nos bons amis, un de nos très sympathiques confrères, est appelé en hâte chez une dame de son voisinage.

C'était pour une fausse-couche; provoquée, sans aucun doute. D'ailleurs, il y avait, dans le fond de la chambre, une accoucheuse qui y faisait triste mine.

Après avoir prescrit et indiqué les soins nécessaires, notre ami se retire, et, sur le pas de la porte, attirant l'accoucheuse, lui dit :

— Voyons, madame, avouez que vous y êtes pour quelque chose?

— Och ! qu'est-ceque vous voulez, monsieur le docteur, dit-elle en ce joyeux français que vous connaissez, il faut bien faire ça pour vivre, depuis que les médecins font des accouchements ! ! !

{Gazette de gynécologie).

Un mot d'accoucheur. — Le D"" P... venait d'accoucher une superbe personne, très enviable et très enviée. Dans le premier moment d'effervescence, et tenant encore le moutard dans les mains : (( Ah ! petit, s'écria-t-il, par reconnaissance, tu devrais bien me passer ta contre-marque. »

Comparaison n'est pas raison. — Un accoucheur, mandé par un porteur pour accoucher sa femme, se rendit auprès d'elle et la délivra d'un bel enfant. Le porteur lui demanda ce qu'il lui fallait.

— Une guinée, répondit l'accoucheur.

— Une guinée. Comment ! je suis obligé de mener le plus gros liomme qui puisse entrer dans ma brouette à un mille pour un schelling, et vous me demandez une guinée pour avoir amené de si près un petit marmot gros comme le poing !

Lomlresiana.

Une distraction. —Le docteur V**% un de nos meilleurs accoucheurs, compte parmi les plus fervents adeptes de la dame de pic|ue.

L'autre nuit, au sortir du cercle, il est brusquement appelé auprès d'une souveraine exotique, en résidence à Paris, et dont la situation intéressante nécessite des soins immédiats.

Au moment psychologique, le bon docteur reconnaît un héritier mâle et, triomphalement, s'exclame :

— Je tourne le roi !

Autre distraction. — Un soir, le vieux docteur X..., médecin-accoucheur des plus savants, était entrain de délivrer une concierge, quand, soudain, un violent coup de sonnette retentit dans la loge. A ce bruit, le vieux docteur, si brusquement dérangé de son travail, tire le cordon ombiUcal et coupe celui de sonnette !...

Bacchus et Lucine. — Le docteur X... était un amant de la dive bouteille. Il ne commençait ses visites qu'à quatre heures du soir et, vers huit heures, il était gris Un jour, appelé auprès d'une femme en mal d'enfant, il entre et demande de l'huile pour pratiquer le toucher. On lui en met dans un verre; comme on savait ses goûts, dans un autre on verse du cognac, mais selon son ordinaire, il n'était pas tout à fait dans son assiette; il fait une pirouette, et se trompe- de verre. L'huile y passa sans qu'il s'en aperçut. Il n'en fit pas moins bien l'accouchement.

{Gazette jnéclicale de Picardie).

Sceptique ou distrait. — En voyage, une ieune dame est surprise par des douleurs très caractéristiques. Un médecin, appelé en toute hâte, commence par lui demander :

— Avez-vous déjà passé par cette épreuve ? Elle, très interdite :

— Mais, docteur, je suis mariée depuis un an à peine! Le docteur, imperturbable :

— Vous ne répondez pas à ma question. Je la réitère. Est-ce la première fois que ceci vous arrive ?

Erreurs obstétricales

Certain bourgeois tomba malade, et pendant quelques jours il se contenta de garder le lit, soigné uniquement par sa fille. Enfin cependant, comme il sentait le mal empirer, il envoya chercher un médecin. Celui-ci le saigna, et il ordonna à la demoiselle de conserver le sang, afin qu'à son retour il put voir, quand ce sang serait refroidi, d'où la maladie provenait. La tille, pour plus grande sûreté, alla porter Técuelle dans sa chambre, et la posa bien couverte sur un banc. Mais l'instant d'après l'étourdie n'y songea plus, et la première chose qu'elle fit en rentrant chez elle, ce fut de tout jeter par terre.

Qu'imaginer en pareille circonstance pour éviter d'être grondée ? Elle ne trouva rien de mieux que de se faire saigner elle-même par une autre personne, et quand le médecin reviendrait, de lui présenter ce sang en place de celui de son père. C'est ce qui arriva; mais l'Esculape devina la tricherie et voulut en punir la donzelle ; il s'adresse au père : « Ce sang-là, dit-il, me donne pour vous de bonnes espérances, il m'annonce que bientôt vous aurez un enfant de plus. )^ A ces paroles, le prud'homme reste interdit, et il l'est avec d'autant plus de raison qu'il était veuf. Il en demande l'explication. De son côté, la fille rougit; enfin tout s'explique; et celle-ci-, forcée d'avouer la vérité, convient qu'à trois mois de là, l'horoscope du médecin doit s'accomplir.

Combien de gens, qui en voulant tromper les autres^ ont été trompés eux-mêmes.

[Fabliau du XIII^ siècle, arrangé par Legrand d'Aussyj.

Le duc Henri de Bavière avait envoyé au physicien Notker,pour éprouver la justesse de ses diagnostics, de l'urine d'une femme de chambre, qu'il devait examiner comme étant de sa propre urine. Après examen, Notker s'écria : « Miraculum nunc et portcntam, Deus facturus est, quociquodnunquam est auditum, ut vir ute-

ro i^areret. » En effet, le prétendu duc mit au monde, trente jours après, un garçon; la femme de chambre avait perdu sa virginité.

D'' Chereau.

Je me souviens que j'étois encore bien vieil, la Cour du Parlement étant à Tours, que de bons garçons firent une galantise à une sage-femme. Ils mirent un gars, en guise de femme prête d'accoucher, dans un lit, et firent venir une sage-femme, qui mettant la main dessous les draps et trouvant son braquemard, dit tout haut : « Courage, l'enfant viendra bientôt ; j'en tiens le bras!» Elle le vouloit remettre, sans qu'elle reconnût ce que c'étoit.

{Le moyen de pa7'venir XVP Siècle).

L'anecdote suivante est racontée dans les journaux de l'Amérique et du Canada. Un jeune homme, fraîchement émoulu de l'Ecole, où il avait obtenu des distinctions honorifiques et des médailles, est envoyé par son père, médecin, auprès d'une femme en travail. Au toucher, il trouve l'orifice de l'utérus non dilaté ! Il attend une heure, et comme il ne se produit aucun changement, il fait une application de pommade à la belladone et essaie de faire la dilatation forcée, par l'introduction du doigt. Au bout d'une heure, ne trouvant encore aucune dilatation, il s'inquiète et vient demander l'assistance de son père ; mais avant son retour, l'expulsion de l'enfant était terminée. Le père fit un examen attentif et trouva l'anus de l'enfant rouge et élargi, abondamment taché de cérat belladone. Le jeune médecin avait eu affaire à une présentation des fesses, et avait confondu l'anus de l'enfant avec un orifice utérin non dilaté.

{France médicale).

Le plus souvent, l'orifice inférieur est pris pour l'orifice supérieur : « Si, dit Velpeau, pour démontrer la possibilité de pareille erreur, le témoignage d'une infinité d'observateurs instruits ne

suffisent pas, je relaterais l'anecdote bien connue d'un ancien professeur d'accouchements de l'Ecole de Paris : un peu tranchant de caractère, il venait de toucher une femme en travail, et, croyant avoir trouvé la face, il soutenait avec feu qu'une pareille position ne pouvait, en aucun cas, être confondue avec celle du siège, ne s' apercevant pas que son doigt, couvert de méconium, était là pour le démentir aux yeux des élèves, qui ne purent s'empêcher de rire aux éclats ! »

Il y a près de deux mois, un événement désastreux a eu lieu dans la section de chirurgie de l'hôpital Saint-Spiridon. Nous disons désastreux parce que Ton doit considérer comme tel l'opération faite le 6 juin dernier sur la femme Dominica Mihaila, âgée de vingt-cinq ans.

Dominica Mihaila est une paysanne du département Vaselin, mariée depuis assez longtemps, elle avait eu déjà sept enfants : depuis plus de quatre ans, elle n'avait plus eu de rapports conjugaux avec son mari. Un soir, il y a un peu plus de sept mois, elle eut, une seule fois, des relations avec un homme de son village. Cette femme devenue grosse, connaissait assez les symptômes de la grossesse pour ne pas se tromper à son huitième enfant, Craignant la colère de son mari, elle se décida à venir à Jassy pour accoucher et cacher ainsi sa faute. Mais pour faire ce voyage, elle ne pouvait pas dévoiler la vraie cause ; elle se plaignit donc de violentes douleurs dans le ventre qui avait grossi, mais au lieu de se diriger vers la maternité, ce qui aurait donné l'éveil à son mari, elle entra à l'hôpital Saint Spiridon, croyant pouvoir y rester jusqu'à l'époque de son accouchement. Elle fut admise dans la section de chirurgie, et les chirurgiens du service, MM. Russ senior, chirurgien en chef, et Sculi, médecin secondaire, portèrent le diagnostic de kystosarcome du ligament large droit. L'opération fut faite le 6 juin ; mais au lieu d'un kysto-sarcome, on trouva un enfant bien portant de sept mois, qui survécut quelques heures. La mère mourut du sixième au huitième jour.

Cet événement ne tarda pas à être connu et le ministre crut devoir saisir de cette affaire le Conseil sanitaire supérieur, qui eut à se prononcer sur cette opération.

Dans sa séance du 10 juillet, après avoir examiné en son entier

le dossier de l'enquête et les actes médico-légaux de la commission nommée ad hoc, et après avoir entendu MM. les docteurs Russ senior et Sculi, sur les diverses circonstances dans lesquelles ils avaient pratiqué cette opération,

Le Conseil sanitaire supérieur,

Considérant que, dans le cas présent, une erreur grave de diagnostic a été commise ; que M. Sculi ne s'est pas entouré de toutes les garanties voulues pour éviter l'erreur ; qu'il a omis de demander l'avis d'autres confrères pour une opération qui, par elle-même, pouvait compromettre la vie de la malade ; qu'il a assumé la responsabilité complète au lieu et place du médecin en chef et cela sans une autorisation expresse et formelle de la commission de surveillance de l'hôpital : que c'est sans motifs que M. le docteur Sculi, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de Jassy, avait des malades à sa disposition personnelle pour son cours et ses opérations ;

Considérant que M. le docteur Russ senior reconnaît que cette irrégularité était la suite d'une entente mutuelle entre lui et M. le docteur Sculi, irrégularité tolérée par la commission de surveillance de l'hôpital Saint-Spiridon, mais contraire aux règlements de l'hôpital ;

Considérant, qu'en dehors de l'erreur de diagnostic faite par M. Sculi, celui-ci, au lieu de s'assurer, après avoir fait l'incision des parois abdominales, de la nature de la tumeur qu'il avait sous les yeux, a commencé immédiatement à ponctionner le prétendu kyste avec le bistouri et non avec le trocart, en faisant, au lieu d'une incision longitudinale, une incision transversale, etc., etc.

Décide que M. le docteur Sculi, ayant commis une erreur des plus graves dans l'exercice de l'art médical, doit être révoqué de ses fonctions de médecin de l'hôpital ;

Que M. le docteur Russ senior, en ne tenant pas compte du règlement, doit être invité à l'exécution scrupuleuse du dit règlement.

Signé : D""» Fofixo, Kalindero, Theodoki, Tergiu, Colben Maldareagu, Félix, Marodi et Itrati.

Je crois devoir ajouter que, d'après les règlements de l'hôpital Saint-Spiridon^ les médecins en chef sont seuls responsables des traitements qu'ils prescrivent, et que les médecins secondaires n'agissent que sur l'invitation et sous la responsabilité des médecins en chef. Or, dans le cas présent, l'opération avait été faite par M. le docteur Sculi, médecin secondaire, et M. le docteur Paiss senior, médecin en chef, lui avait servi d'aide.

Après la décision du Conseil sanitaire supérieur, le ministère public a cru devoir traduire devant les tribunaux M. Sculi, qui a été acquitté en première instance, le 30 septembre dernier. Il n'y avai1 pas de partie civile en cause, le mari de l'opérée ayant été désintéressé avant le procès.

(Seinaine médicale)

Arrivée au terme de la grossesse, une pauvre femme avait été délivrée, d'abord du cher fardeau si longuement porté, et bientôt après de la vie. Gela se passait à l'hôpital. Du moins paraissaitelle avoir succombé aux suites d'une hémorragie considérable. C'était clans le service de M. Depaul. Arrivé près du lit de cette faiseuse d'orphelins : « Cette femme est morte », dit-il.

n Pas encore ! » fit la femme.

L'effet de cette voix d'outre-tombe sur les assistants et principalement sur le médecin, aux regrets de son inconsidération, n'a pas besoin d'être décrit.

Elle était si peu morte que, trois semaines après, parfaitement guérie, elle sortait de la clinique.

M. Depaul citait le fait pour montrer que le médecin ne saurait jamais imposer trop de retenue à sa langue et qu'il est des choses qu'on doit toujours sous-entendre au lit du malade et garder pour l'amphithéâtre.

Aventure pareille, était arrivée à Récamier.

Venu en consultation auprès d'un homme du monde atteint de fièvre typhoïde, il se plaignait d'avoir été appelé trop tard : « Il n'y a plus de ressources » disait-il.

A peine a-t-il dit, qu'une suite de bruits sonores est émise par l'homme qui, immédiatement après, en lettré, les contresigne de

la remarque suivante : Qui crépitât vivit, dit-il. En français, qui... crépite n'est pas mort.

Il l'était si peu, qu'il pédantise toujours.

(Meunier, les Gaietés de la Science).

Dans une couche laborieuse, Depaul ne manquait jamais de faire passer le goupillon avant le forceps et d'administrer le baptême intra-utérin, ce qui lui valut la mésaventure suivante : après avoir pratiqué la craniotomie sur l'enfant d'une femme atteinte de rétrécissement du bassin, il réveilla la patiente, plongée dans le sommeil anesthésique et lui dit :

— Nous avons été obligé de sacrifier votre enfant, mais vous pouvez être tranquille ; nous l'avons baptisé, son âme est sauvée !

— Qu'est-ce que ça me fait, répond la mère, je suis juive !

IL — Sur la grossesse Erreurs et préjugés populaires (1).

XVe siècle. — Signe de la grossesse. — Se desirez sçavoir se aucune femme est enceinte, vous devez dire à la femme qui se double d'estre grosse que elle pisse en un bassin et puis mette un loquet dedens, ou une clef, mais il est plus décent que ce soit un loquet, et soit laissé dedens le bassin avec l'orine trois ou quatre heures, puis soit respandue l'orine et soit levé ledit loquet, et se voyez que l'impression du loquet demeure au bassin, croyez de certain que la femme à qui est l'orine est grosse ; ou sinon, elle ne l'est pas : c'est l'un des deux.

(1) V. notre Histoire des accouchements cliez tous les peuples, -^.iod.

Sur la grossesse. — Jamais on ne doit tirer espée nue ne autre long trenchant devant femme grosse, que, premier que riens s'en face, ne lui va doucement touchier du plat sur son chief, affin qu'elle demeure asseurée, et que son fruit en soit toute sa vie plus hardy.

Peronne Bevette dist que, pour ce que on ne fist point ainsi à sa mère quant elle la portoit, elle a esté et aincoires est si paoureuse, qu'elle n'oseroit concilier seule sans avoir compaignie d'hommes.

On ne doit point donner aux femmes grosses à mengier de nulles testes de poissons, affm que par leur ymaginacion leur fruit n'apporte sur terre la bouche plus relevée et plus aigiie qu'iî n'est de coustume.

Perette Faytos, sage-femme, dist qu'elle avoit receut pluiseurs enfans qui avoientleur débout plus long oultre mesure que les autres.

Se d'avanture un homme bat sa femme enchainte, ou la pile du pié, lors qu'elle enfantera moult grant traveii en aura, et bien souvent les en convient morir.

Dame Hermofrode dist rfue en ce n'a aucun remède, fors qu'il convient avoir le soler dont le mari la pila, et qu'elle boive à mesmes, et, se ainsi le fait, sachiez qu'elle enfantera légèremenL

Quant une femme grosse engambe le tymon d'un char, se c'est un filz, il aura gros membre et dur à mervilles, et se c'est une fille, elle aura moult grosses lèvres et vermeilles, aussi bien dessoubz comme dessus.

Une femme qui veult avoir petis enfaus, tandis qu'elle porte, se doit desjuner au matin d'une testée de pain l)lanc en via, et sans faulte l'enfant qu'elle porte sera petit.

Les petis enfans sont mieulx engendrez en faulte de la lune que autrement ; car par coustume les hommes ont lors detfaulte de mode.

Sur le sexe de l'enfant. — Quant une femme couche avec son mari et veult avoir plustost un filz que une fille, elle doit tenir ses mains closes tandis que son mari fait l'œuvre de nature, et, pour vray, elle aura un filz.

Aucunes anciennes'matrones maintiennent que qui veult faire un filz, ri le convient faire au matin, de jour, et une lille au vespre, de nuit.

Quant femme porte enfant, et on veult savoir s'elle porte filz ou fille, on doit mettre en dormant sur sa teste du sel si sœment que point ne le sache, et après, en devisant à elle, sachiez quel nom elle nommera. S'elle nomme homme, ce sera un filz ; et s'elle nomme femme^ ce sera une fille.

Quand une femme enchainte porte son enfant plus sur le costé dextre^, et qu'elle mengue volontiers venoison et volille, qu'elle oyt volontiers parler de tournois et de joustes, sachiez de vray qu'elle porte un filz.

Mabelie, qui mère alerresse estoit, distque quant la femme porte sur le côté senestre et appète dansses et sons d'instrumens, que elle aura une fille.

Se une femme grosse d'enfant désire savoir quel hoir elle porte, ascoutez-la parler, et par elle mesme le saurez, car quant elle demandera: Quel hoir vous semble que je porte ? se vous dittes : Un beau filz, et elle n'en rougist, sachiez pour vray qu'elle fera une fille.

Incontinent que femme a conceu enfant masle,pour les trois premiers mois elle porte assez bel, mais les autres six mois moult en a grant douleur plus que d'une fille. Toutefois les trois premiers mois, la fille lui baille plus à souffrir.

Quant l'omme engendre un filz, petit 's'en change, pour ce qu'il engendre son semblable ; mais à engendrer une fille, qui est hors de sa complexion, il s'en treuve fort aliéné, voire pour deulx ou trois jours.

Si vous faites tourner à vostre mari son visage vers orient tandis qu'il est embesoingnié ou fait d'amours, s'il fait genei-acion, ce sera un filz.

{Evangiles des QiienouAlles) .

XVIIIe siècle. — Si une femme grosse demeure debout ou assise au pied du lit d'une personne agonisante, l'enfant, dont elle est grosse, sera marqué d'une tache bleue, au dessus du nez, appellée la bière, et ne vivra pas longtemps.

(Bqrdelot, les Coudées franclies).

XIXe siècle. —Le père la Bonne-Aventure exerce à Belleville, il a toujours son jeu de cartes en poche ; il va matin et soir dans les débits, dans les cabarets où mangent les ouvriers, les ouvrières, les apprentis.

Le jeu ordinaire, un sou ; le grand jeu, deux sous.

Et, dans tout Belleville, le père la Bonne-Aventure a la réputation de dire la vérité. Il excelle, parait-il, à révéler aux femmes, dans une situation qu'on appelle intéressante, le sexe du rejeton qui va augmenter le chiffre de la population française.

Cependant, de ce côté, il aà lutter contre un préjugé très répandu, à Belleville, du moins ; une femme enceinte n'a qu'à se glisser une pièce de dix centimes dans le dos; si la pièce tombe face, c'est un garçon ; si elle tombe pile, c'est une fille.

Mœurs et coutumes (1)

Les femmes de Loango sont obligées, au commencement de leur grossesse, de se lier depuis les reins jusqu'aux genoux d'un cercle d'écorce, pour annoncer à tout le monde leur impureté.

Voyage de Mérolla

Quand une femme du roi de Loango est enceinte, quelle que soit la sagesse de sa conduite, le tyran redoute l'infidélité ;il fait avaler le Ijouda k une esclave ; si cette esclave succombe à la violence du poison, on enterre vivante la femme du roi puis on brûle son cadavre .

Prévost, t. I.

Malgré la permission que la religion mahométane accorde de prendre plusieurs femmes, les Tatars deTobolsk en ont rarement plus d'une, parce qu'il faut les acheter de cinquante à soixante roubles et qu'ils ne sont pas riches. Ici, une fille se donne à l'épreuve et sous condition. Si elle ne devient pas enceinte au bout de peu de temps, le mari la renvoie sans rien lui donner.

... C'est que le M'zabite ne plaisante point en matière de vertu féminine. La loi qui lui défend de se marier avec une étrangère ne permet point ;\ la M'zabia qu'il a épousée de quitter la ville.

(1) V. notre Eistoire des accouchements, p. 343.

L'infidélité conjugale est punie avec une extrême rigueur. La femme convaincue de péché est enfermée pendant trois mois dans une chambre dont on mure la porte. Par un trou pratiqué dans le toit, on jette tous les jours un morceau de galette et quelques dattes, — de quoi empêcher la prisonnière de mourir de faim.

En pratique, cette sévérité trouve, dans la naïveté des maris M'zabites, un correctif admirable : la coutume, qui leur interdit d'emmener leurs femmes en voyage, ordonne en même temps de les laisser enceintes à la maison. Un bon M'zabite ne se met en route que lorsqu'il se croit en règle avec ce devoir. Il arrive pourtant que les enfants, en très grand nombre, naissent seize ou dixhuit mois après le départ du père. Ce retard n'étonne personne ; c'est une croyance respectée en pays musulman, même parles gens instruits, élevés dans nos écoles, que l'enfant peut dormir pendant des mois dans le sein de sa mère. Et ce ne sont point les femmes M'zabites qui chercheront à discréditer ce préjugé dans l'opinion de leurs maris.

Hugues Le Roux. Temps 23 oct. 1890.

J'ai trouvé au Caquingué une coutume, particulière à ce territoire, qu'on appelle l'entretien des femmes.

Quand une femme est enceinte, un jeune homme vient trouver le mari et lui demande la main de sa fille que sa femme peut mettre au monde. Si l'offre est acceptée, l'amant se trouve obligé de l'entretenir dorénavant, c'est-à-dire de lui fournir ses vêtements ainsi que toutes les nécessités de sa toilette.

On peut bien penser que cette coutume n'est en rigueur que parmi les riches. A la naissance du bébé, le fiancé futur redouble de cadeaux envers la mère; puis jusqu'à l'âge de puberté, où le mariage sera consommé, il aura l'obligation de fournir à la fille ses vêtements. Si c'est un fils qui est né, l'obligation d'habiller la mère aussi bien que l'enfant existe encore. Et quand le fils atteint l'âge d'homme, il devient le quissongo (1) de son entreteneur.

(1) A quelque tribut qu'ils appartienuont, Bihenos ou non, les porteui's se constituent en petites bandes qui clioisissent un chef dans leur sein. Depuis la côte jusqu'à Caquinyué, ce chef est appelé quifisouf/o ; dans le JBihé et le Baïloundo, c'est un poinbel'ro.

Si étrange qu'une pareille coutume semble à première vue, la réflexion lui fait perdre beaucoup de son caractère extraordinaire. En Afrique, je ne l'ai rencontrée qu"au Gaquingué : mais en Europe, il me semble l'avoir retrouvée assez souvent, dans beaucoup de cas, non dans la forme qui vient d'être décrite, mais dans son essence et portant, dans la langue polie des salons, le nom de mariage de convenance.

Ma.jor Serpa Pinto {Comment f ai traversé l'Afrique.)

Faits divers

Grossesse précoce. — Brantôme, dans la Vie des âcunes galantes, raconte l'histoire d'une jeune tille de son temps, chez qui la fécondité n'jattendit pas le nombre des années : (o .... Et cent mille autres qui tiennent en cela de leurs bonnes vesses de mère, jusque-là qu'elles n'attendent pas seullement l'aage de maturité qui peut estre à douze ou treize ans, qu'elles montent en amour mays plus tost : ainsi qu'il advint n'y a pas douze ans, à Paris, d'une fille d'un pâtissier, laquelle se trouva grosse en l'aage de neuf ans, si bien qu'étant fort mallade de sa groisse, son père en ayant porté-l'urine au médecin, le dit médecin distaussitost qu'elle n'avait d'autre malladie sinon qu'elle était grosse. « Comment ! respondit le père, monsieur ma fille n'a que neuf ans.» Qui fut esbay ? ce fut le médecin. «C'est tout un, dit-il, pour le seur, ell'est grosse ». Et l'ayant visitée de plus près, il la trouva ainsi : et ayant confessé avec c[ui elle avait eu affaire, son gallant fut puni de mort par la justice, pour avoir eu affaire à elle en un aage si tendron, et l'avoir fait porter si jeunement, Je suis bien marry qu'il m'ait falu apporter cest exemple....

Effets de la foudre. — Gangiamila de Palerme, donne, dans son Embryologie, l'exemple d'une femme enceinte qui, en 1743,

fut frappée de la foudre, dont elle mourut sur le champ : deux heures après, on tira de son sein l'enfant qui vivait.

Millot, dans VArt de ijrocréer les seœes à volonté, a vu un fait entièrement opposé au précédent: « Madame Ducret, nièce de madame de Montesson, grosse de six mois, bien portante et ayant senti remuer bien distinctement pendant près de trois mois, reçut sur le ventre le sillon de la foudre qui ne laissa sur elle aucune trace, mais qui tua son enfant, de manière qu'elle ne le sentit plus remuer depuis ce moment. Elle accoucha, six ou sept semaines après cet événement, d'un garçon dont la peau était intacte, mais dont tous les os et les chairs étaient dissous et réduits en une espèce de gelée opaque.»

Effet du vent. — Déjazet était le huitième enfant d'une nombreuse famille très pauvre, et sa naissance, arrivée plusieurs années après celle du dernier frère, surprit tout le monde. Le hasard, le vent surtout, en fut la principale cause. Vous avouerez :

Qu'on ne s'attendait guère

A voir le vent dans cette affaire ?

Après le septième enfant, M. et M™'^ Déjazet père et mère décidèrent qu'il y en avait assez comme cela... Or, il advint qu'un jour il fit grand vent, et quand M™« Déjazet alla prendre certaine éponge qu'elle accrochait toujours à la fenêtre pour la sécher, purifier, etc., l'éponge n'y était plus; le vent l'avait emportée. Mais malgré les supplications de sa femme, M. Déjazet ne voulut rien entendre. . . et voilà comment naquit Déjazet.

{L'Union 'médicale).

Fécondation artificielle par arme à feu. — Voici une anecdocte, venue d'Amérique, qui laisse loin derrière elle la légende de la jeune vierge marseillaise enceinte de son père... parce qu'elle s'était baignée après sa mère sans avoir eu la précaution de renouveler l'eau de la baignoire. Elle nous vient de The American Weekly, par l'intermédiaire de plusieurs journaux français et étrangers.

Pendant une escarmouche près d'une maison habitée par une lionnête famille, un militaire, posté à cent cinquante mètres de l'habitation, a la jambe fracturée par une balle Minié qui lui enlève le testicule gauche. Au même instant, un cri perçant retentit dans la maison : une jeune fille vient de recevoir une balle audessus de la région inguinale gauche. Les deux blessés guérirent loin Tun de l'autre.

Deux cent soixante-dix-huit jours après l'accident, le D'" Gapers, appelé de nouveau auprès de la jeune fille, constate qu'elle est en proie aux douleurs d'enfantement ; la membrane hymen est intacte.

Nous ouvrons une parenthèse, l'histoire s'étant peut-être enrichie en route du détail suivant: trois semaines après l'accouchement, le nouveau né est opéré d'une tumeur du scrotum qui existait depuis sa naissance. Cette tumeur était produite par une balle Minié écrasée, déformée, comme si dans son trajet elle avait rencontré un corps dur et résistant.

Tout le inonde fut stupéfait même le D»" Gapers. Toutefois après la réflexion et le raisonnement par analogie avec ce qui se passe pour la fécondation des fleurs, notre confrère conclut que la balle, en traversant le scrotum du militaire, avait fécondé l'ovaire de sa seconde victime .

Le militaire convaincu ou non de sa paternité, épousa la mère dont il eut trois autres enfants. Aucun d'eux ne lui ressemble autant que le fils de la balle.

La Clinique se demande pourquoi la balle, si intelligente dans sa brutalité, ne s'est pas enkystée dans le placenta, et termine par ce conseil aussi moral qu'hygiénique : ne laissez pas vaquer les jeunes filles aux alentours des champs de bataille !

Envies de femmes grosses

M. etM™« X... sont mariés depuis deux ans et il ne manque à

leur bonheur qu'un petit bébé.

Hier, en rentrant, madame montre à monsieur un affreux collier

de chien, garni de pointes de fer, dont elle vient de faire l'acquisition.

— Mais, dit monsieur, nous n'avons pas de chien ?

— En effet ; mais, dès que j'ai vu ce collier, j'en ai eu une envie folle, irrésistible !

Alors, le mari serrant sa femme dans ses bras, avec une joie... mélangée de précautions :

— Enfin I

Au foyer d'un tout petit théâtre, entre bonnes camarades.

- Crois-tu qu'elle est sale, cette Georgette, ma chère. — Je vais te dire, c'est pas sa faute. Il parait que sa mère a eu un regard d'égout.

Assurément, c'était une belle et forte fille qu'Henriette, avec ses cheveux noirs remontant en broussailles, de la nuque jusque audessus du front.

Son cou aux tours d'ambre, la vigoureuse souplesse d'une taille jaillissant librement des hanches, et ignorant l'affront du corset, une gorge formée qui faisait craquer le corsage, tout cela formait un ensemble de grâces robustes qu'éclairait un regard très doux et qu'enveloppait le plus avenant des sourires.

Etonnez- vous, après cela, que Maurice^ dès la première polka pendant laquelle il avait tenu enlacées toutes ces grâces, fût tombé amoureux fou de la belle enfant !

Aussi, le lendemain — Maurice ne laisse pas traîner les choses — tout de noir habillé, ganté et cravaté de blanc, notre amoureux faisait-il sa demande en mariage au papa, avec toutefois l'assentiment d'Henriette, assentiment obtenu durant la polka dont il est question plus haut ; car chacun sait que c'est la danse qui donne le plus de facilité aux jeunes gens pour se dire à l'oreille un tas de bêtises loin du contrôle familial.

Comme Maurice est un fort beau garçon, bien découplé, musclé à l'Hercule, et que le directeur du journal où il est reporter lui alloue des émoluments suffisants pour lui permettre de jouir d'une douce aisance, le père d'Henriette ne fait quelques objections que pour la forme, et finit par accorder la main désirée, avec une assez belle dot par surcroît.

Après les délais légaux et les formalités exigées, le mariage eut

lieu, et je puis vous assurer que jamais les salons de Gilet ne retentirent de plus joyeux échos qu'au festin qui suivit la cérémonie d'usage.

Quelques mois se sont écoulés et déjà, — Maurice ne laisse pas traîner les choses, je l'ai dit, — la taille d'Henriette prend des rondeurs significatives.

Est-ce l'appréhension du moment psychologique ! est-ce le regret de voir s'écouler la sveltesse de la taille qui rendent ainsi Henriette maussade et continuellement de méchante humeur?.

Maurice s'en inquiète.

Il est cependant toujours aux petits soins, toujours prévenant. Henriette n'a rien à désirer, du moins il le suppose.

Qu'est-ce qui lui trotte donc par la tête ?

Il veut savoir. Il en aura le cœur net.

Sa copie envoyée à l'imprimerie, il quitta son bureau et pénétra dans le boudoir où sa femme est étendue sur une chaise-longue, un roman dans les mains que, du reste, elle ne lit pas.

— Henriette, dit-il aprèsl'avoir baisée sur le front, je désire avoir avec toi une explication définitive ; j'ignore pourquoi, mais depnis quelque temps, tu me fais une tête !... Je sais bien que la position... intéressante dans laquelle ta te trouves te donne tous les drois du monde aux faciles dépits et aux petites mauvaises humeurs des enfants gâtés. Cependant, j'ai la conscience de n'avoir jamais rien fait, ni rien dit, qui puisse motiver un mécontentement de ta part; donc, tu me fais la tête, je le répète, et je désire savoir pourquoi ?.. .

— Pardonne-moi, mon ami, mais je ne puis te le dire.

— Que crains-tu donc ? .

— Je crains d'être grondée.

— Grondée I toi ! au moment où je dois être, plus que jamais, le fidèle serviteur, non seulement de tes volontés, mais encore du moindre de tes désirs !... au moment où me sont doublement précieuses et ta tranquillité et ta santé !... Henriette, ce que tu dis là est mal, et tu me fais beaucoup de peine.

— Alors, tu veux savoir?...

— Certes !...

— Tu ne me gronderas pas ?

— Je te le jure...

Eh bien ! j'ai une envie.

— Une envie !... Petite imprudente ! Et tu ne le disais pas !... Tu ne sais donc pas les terribles conséquences d'une envie de femme

grosse non satisfaite ? Tu ignores donc que certains enfants portent, en marques ineffaçables, le caractéristique caprice maternel contrarié ?... Tu n'as donc jamais vu ces horribles taches de vin et ces framboises qui, semblant mûrir, rougissent à la belle saison ?... J'ai connu une femme qui, étant enceinte, eut l'envie de manger une grenouille... C'était stupide, grotesque, idiot, mais enfin c'était ainsi. . . Eh bien ! elle accoucha d'une fille qui..

— Qui avait une tête de grenouille ?... Oh ! l'horreur !...

— Pas la tête, non... Elle se contenta d'en avoir les sentiments... A seize ans. elle faisait le faubourg Montmartre, en plein jour...

— C'est affreux !...

— Dis que c'est épouvantable. Tu vois donc à quoi l'on s'expose... Par conséquent, tu vas me faire ta petite confession, n'est-ce pas ?. . . Je m'engage d'avance quelle que soit ta fantaisie, à te satisfaire. Parle : j'écoute.

— Puisque tu l'exiges, voici... Tu sais que nous approchons de la Fête Nationale ?

— Je le sais.

— Alors, je voudrais... Mais tu vas te fâcher.

— Je t'ai juré...

— Alors, je voudrais qu'à l'occasion du 14 Juillet, tu... obtinsses... les palmes académiques !

Maurice fait un bond.

— Moi ! officier d'Académie !...

— Oh ! oui, les palmes I les palmes !... J'en rêve.

— Mais, c'est de la folie...

— J'étais bien sûre que tu te fâcherais... Oh ! le petit ruban violet !... les palmes !

— Je ne me fâche pas, ma chérie, mon amour, mais ce que tu me dis là est insensé !... Comment veux-tu que j'obtienne les pal-' mes ! A quel titre ? Je sais bien que les titres... Voyons, réfléchis... Ce ne sont pas les chiens écrasés et les suicides, que j'enregistre chaque jour, qui me donnent des droits !... Les palmes !... Tu veux que je demande les palmes !... Mais il y en a vingt mille qui les demandent... Raisonne-toi, Henriette.

— J'ai essayé... que veux-tu ? Ce n'est pas de ma faute.

— Je te donnerai tout ce que tu voudras, mais je t'en conjure, change d'idée.

— Impossible... C'est de ça que j'ai envie.

Maurice attéré, sort du boudoir, et murmure :

— Eh bien ! ça sera du joli !.. .

Un vers de parodie, lu en quelque endroit, dit :

J'adore la tiédeur des chambres d'accouchées.

C'était le cas de faire cette citation, au sujet delà chambre d'Henriette, deux mois après le dialogue que je viens de reproduire.

En effet, dans une atmosphère très douce, mais les fenêtres néanmoins ouvertes et les rideaux baissés, car nous sommes en août et par une admirable journée de soleil réconfortant,' sous la blancheur de ses draps brodés de dentelles, la belle Henriette geint, tandis que, tisane en main, la femme de chambre s'empresse et que la sage-femme se livre à l'examen de l'état de la patiente.

Je n'insisterai pas sur la technologie de son cas, ceci n'étant pas un conte naturaliste et n'ayant aucune envie de vous faire un cours d'obstétrique. Sachez seulement que la praticienne estime que la délivrance est proche.

Henriette est plongée dans une demi-somnolence, une sorte d'accalmie relative qui précède presque toujours le moment où les forces doivent se réveiller pour le suprême effort.

Soudain, la jeune femme pousse quelques cris.

— Ah ! ah t ah ! ah ! ah!

Et Maurice, qui attend, tout angoissé, se dit :

— Voyons, ça va-t-il venir ? Gomme c'est amusant ! . . . Pendant ce temps, la sage-femme, la main sous les couvertures,

prodigue des paroles encourageantes :

— Mapetite dame, encore unpeu de courage. .. Quelques minutes, et ce sera fini.

— Oh ! oh ! oh ! oh ! oh !

— Un petit effort ! encore unpeu !... Gomme ça, c'est très bien, poussez... Ah ! enfin, le voilà, ce gaillard.

Et s'adressant à Maurice, qui n'a plus une goutte de sang dans les veines :

— Félicitez-vous, monsieur, vous êtes père.. .

— Ah ! qu'est-ce que c'est ?

— Un garçon, monsieur, et un beau. Voyez, c'est tout votre portrait.

— Un fils ! j'ai un fils ! s'écria Maurice en se redressant non sans quelque fierté .

SUR LES ACCOUCnEMENTS 23

— Ah ! bon sang ! s'exclama aussitôt la sage-femme.

— Qu'est-ce ? qu'y a-t-il ?

— Ah! ben, elle est bonne, celle-là ! Monsieur, monsieur, il a des pieds de canard !

— Des pieds de canard !

Et Maurice, s'arrachant les cheveux, sort de la chambre de sa femme, comme un fou, répétant, dans son désespoir :

— Des pieds de canard !... j'en étais sur; ça ne pouvait pas manquer ! . .. Il est palmé !

J. MoNS. Paris la nuit.

La grossesse devant les tribunaux

Les envies d'un mari de femme grosse. — Jocrisse disait que son père était mort en lui donnant le jour, ce qui ne peut pas être pris au sérieux; et cependant Bondonneau, qui n'est pas un jocrisse, a des allégations de la même force. Il est prévenu d'un tas de petits vols, à raison desquels le voici en police correctionnelle.

M. LE PRÉSIDENT. — Vous avez été arrêté en flagrant délit de vol d'un gilet à l'étalage d'un brocanteur.

BoNDOiNNEAU. — C'est vrai, m'sieu, je l'avoue; ça n'était pas pour le vendre, je vous le jure : me trouvant sans argent et ayant absolument besoin d'un gilet. . . il commence à ne pas faire chaud... - M. LE PRÉSIDENT. — Ou cu a trouvé un chez vous.

Bondonneau. — Un gilet fait avec du drap de billard, oui ; mais je ne peux pas m'en servir ; il est si tellement vert que, chaque fois que je le mets, il me purge. {Rires dans l'auditoire).

M. LE PRÉsmENT. — Singulière explication. On a saisi chez vous tout un bazar : un couteau à papier, un abat-jour, une bobèche en verre, un paquet de pains à cacheter, une photographie du shah de Perse, un pot de pommade...

Le prévenu. — Je m'en sers jamais; j'ai pas de cheveux. . on peut voir.

En effet, entre la tête du prévenu et une tète de veau, il n'y a guère de différence que dans les traits.

M. LE président. — Un démêloir... (Rires), un tire-bouchon,

un polichinelle. (Nouveaux rires.) Que vouliez-vous faire de tout cela?... et j'en passe.

Le prévenu. — Rien, monsieur.

M. LE PRÉSIDENT. — Comment, rien ?

Le prévenu. — Monsieur, on n'a peut-être jamais rien vu d'aussi extraordinaire que mon caractère ; tant que ma femme n'est pas enceinte (elle l'est de son quatrième), je suis comme tout le monde ; dès qu'elle est enceinte, je fais un tas de petits vols; j'y comprends rien; c'est malgré moi ; je vois quéque chose, n'est-ce pas ? un supposé, le couteau à papier... J'ai pas besoin de ça; eh bien, n'y a pas, faut que je le prenne, et quand je l'ai pris, je le laisse là. Même, monsieur, que j'ai consulté quéqu'un là-dessus, qui m'a dit : Ça s'est vu ça; il y a des hommes que quand leur femme sont enceintes, c'est eux qui ont les envies. (Rire général dans V auditoire).

M. LE pRÉsroENT. — Gelui qui vous a dit cela s'est moqué de vous, ou c'est vous qui vous moquez du tribunal.

Le prévenu. — Oh ! m'sieu, moi que pour ce qui est du respect pour la magistrature, il n'y a pas mon pareil ! Je vous assure que c'est un monsieur très respectable et très savant qui m'a dit ça... Monsieur... attendez-donc... Monsieur...

M. LE président. — C'est inutile...

Le prévenu (cUerchant). — J'ai son nom sur le bout de la langue; tout le quartier le connaît comme le « houblon ».

M. LE PRÉSIDENT. — Vous avez déjà subi plusieurs condamnations pourvoi; légères, je dois le dire : huit jours, quinze jours, dix jours.

Le PRÉVENU : Toujours pour des bêtises : une fois, une poire: une autre fois, deux huîtres ; une autre fois, un fer à friser^ et, monsieur, toujours quand ma femme était enceinte...

Le tribunal l'a condamné à un mois de prison.

Le prévenu. — Que voulez- vous ! je n'ai qu'un moyen, c'est que ma femme ne devienne plus enceinte ; je tâcherai... (On l'emmène.)

Jules Moineaux, (les Tribunaux comiques).

SUR LES ACCOUCnEMENTS 25

Supercherie. — Une fille de campagne, accusée d'être enceinte par son maître, crut devoir poursuivre ce dernier comme calomniateur. Mise en demeure d'avoir à produire un certificat d'un médecin constatant qu'elle n'était pas grosse, elle se présenta chez moi accompagnée d'une jeune fille qu'elle me fit visiter en son lieu etplace etchez laquelle je constatai tous les signes physiques de la virginité ! Celle-ci me fit délivrer une attestation dans le nom de la première qu'elle me donna.

Munie de cette pièce, elle' donna suite à sa plainte, et le juge de paix condamna l'inculpé à une amende assez forte, et, trois mois après, celle qui l'accusaitde l'avoir calomniée accouchait. Cette fille, qui était bien réellement enceinte quand elle s'était présentée chez moi, m'avait alors avoué sa grossesse, en me faisant observer quelle différence il existait entre elle sous ce rapport et la jeune fille qu'elle avait substituée à sa personne, déclarant d'ailleurs être mariée.

D' A. TouLMOucHE (Etudes sur l'infanticide

et la grossesse cachée ou simulée.)

Question médico-légale. — En étudiant les causes du divorce qui sont des injures graves d'un époux envers rautre,le professeur I3rouardel cite la grossesse en cours d'évolution au moment du mariage et rapporte le cas suivant :

Le docteur Bonne fut appelé un jour, comme médecin de nuit, auprès d'une femme qui se plaignait devant son mari de douleurs hépatiques. M. Bonne trouvant que ces douleurs ressemblaient beaucoup à des douleurs expulsives, demanda à rester seul avec la malade, qui lui avoua être enceinte de huit mois et mariée depuis six semaines. Ayant rejointle mari dans la chambre voisine, il lui exposa la vérité, et lui montrant que la vie-de sa femme dépendait de son sang-froid, le pria de ne pas faire de scène dans le moment. Le mari imprudent ne se contenta pas de se montrer accommodant, mais se prêta même le lendemain à une scène d'attendrissement et de réconciliation devant la famille de sa femme. En sorte que, lorsqu'il voulut divorcer quelque temps après, on lui opposa sa réconciliation devant témoins, et il ne put rien obtenir.

{Gazette des Hôpitaux)

Toutes enceintes. -- Le juge de paix du quatrième arrondissementavait récemment à juger deux femmes habitantla rue des Jardins-Saint-Paul : ces deux femmes s'étaient réciproquement injuriées et chacune d'elles avait fait assigner son adversaire.

Au jour dit, une d'elles s'est présentée ainsi que deux témoins appartenant au même sexe, mais la seconde ne pouvant comparaître parce qu'elle était en couche en ce moment, son mari est venu exposer le fait et a demandé une remise.

— A huitaine, s'empressa de dire le juge de paix. Aussitôt, celle des deux plaignantes qui était présente s'écria:

— Pardon, monsieur, mais dans une huitaine il est probable que moi aussi je me trouverai dans le même embarras : si vous vouliez donc bien renvoyer à plus tard.

— A quinzaine alors ! reprit le magistrat.

— Impossible, objecta alors une des femmes appelée en témoignage: dans quinze jours, ce sera mon tour.

— Oh ! alors, mettons cela à un mois, dit le Juge^ qui croyait en avoir fini ;. à cette époque vous serez délivrées toutes les trois.

Mais à peine avait-il indiqué ce nouveau délai que le second témoin, c'est-à-dire la quatrième femme qui devait figurer dans le procès, se leva à son tour.

— Dans un mois je serai dans le même cas, dit-elle; ainsi !...

— Ah! bah! fit le magistrat avec une profonde surprise; vous vous êtes donc donné le mot toutes les quatre ?

Puis, il ajouta en souriant :

— Allons 1 mettons ça à l'année prochaine, et n'en parlons plus ! . . Cette anecdote pourrait sembler avoir été inventée à plaisir: nous

en garantissons l'authenticité.

{Le Petit Parisien.)

Serment et grosessse- — Le président, à une jeune femme qui comparaît comme témoin :

— Vous jurez de dire la vérité.

— Je le jure.

— Levez la main.

— Je ne peux pas, monsieur le président.

— Et pourquoi donc ?

— Mon médecin me l'a défendu... à cause de ma position !

Grossesse illusoire. — Plusieurs lettres anonymes furent adressées au procureur de la République, pour le prévenir qu'une jeune femrne de vingt-deux ans, Gélina B..., après avoir accouché clandestinement, avait dû se débarrasser de son enfant par un crime. On donnait à l'appui de cette dénonciation des renseignements si précis, qu'une enquête sur le fait signalé fut jugée nécessaire.

De nombreux témoins furent entendus, tous habitant rue du Temxple, la môme maison que Gélina, et tous, même la sœur de celle-ci, reconnurent qu'en effet la grossesse ne pouvait être mise en doute. Aux uns comme aux autres, Gélina avait fait part de l'immense joie qu'elle ressentait à l'idée d'être mère; elle montrait volontiers la layette qu'elle préparait pour le cher petit être qui allait naître, et sa grande préoccupation était de trouver une nourrice convenable.

On conviendra que, dans de telles conditions, il était difficile aux parents et amis de Gélina de ne pas croire à ce qu'elle afflrmait avec tant de bonheur.

Enfin, il y a de cela un mois, Gélina, qui s'était, pendant deux jours, renfermée chez elle, ne recevant personne et refusant même de voir sa sœur, reparut aux yeux étonnés des voisins, avec une taille dénotant que le grand événement si pompeusement annoncé par elle s'était accompli. Mais à toutes les questions qu'on lui fit sur les incidents qui avaient précédé ou suivi son accouchement, elle ne répondit que d'une façon évasive, se contentant de dire qu'après avoir eu recours aux bons soins d'une sage-femme qu'elle nomma, elle avait confié son enfant à la praticienne qui l'avait envoyé en nourrice, dans l'Yonne.

Les commères avaient beau jeu, elles jasèrent et demeurèrent persuadées que Gélina avait tué le nouveau-né. Gette conviction prit chez elles d'autant plus de consistance que, pour détourner les soupçons, elle emmena deux de ses voisines à la gare de Lyon, huit jours plus tard, pour attendre la nourrice et le bébé. L'attente fut vaine, ni l'un ni l'autre ne parurent. Plus de doute, un crime avait été commis.

Elles se décidèrent alors à dénoncer le fait au Parquet, comme nous l'avons dit en commençant. Au cours de l'enquête, grande fut la stupéfaction du magistrat qui en avait été chargé, en acquérant la certitude absolue, avec preuves médicales à l'appui, que Gélina

n'avait agi que sous l'empire d'hallucinations qui lui avaient fait prendre pour la réalité ce qui n'était que l'illusion d'un esprit malade et frappé de monomanie.

Eau trop fécondante. — Il ne manque pas d'eaux en France qui ont la propriété de rendre fécondes les femmes stériles : eau de Lourdes, eau de la Salette, source de la Marie, (des eaux de Vais, etc^ etc.; mais nous ne pensons pas qu'il y en ait qui puissent rivaliser avec celle de M. Bidoche ; qu'on en juge d'après l'histoire suivante que le Progrès Médical emprunte au Petit Provençal :

« Le Petit Provençal nous donne une bien bonne histoire qui montre que, même avecles meilleures intentions de préparer la régénération de la France, il est dangereux et même décourageant dans ce cas de pratiquer illégalement, quoique avec succès, Texercice de la médecine prolifique.

« M. Bidoche est un brave homme qui habite près de Cannes. Dans ce charmant pays toujours chaud, toujours ensoleillé et illustré par sa présence, ce digne citoyen, désireux de concourir à l'augmentation de notre race, s'est enfermé un beau jour dans son cabinet. Après de longs travaux, que les veilles ardues n'avaient pu interrompre, il sortit un jour radieux, en prononçant le mot d'Archiméde et vint exhiber aux populations enthousiastes da midi une étonnante invention: V-Eau mystérieuse des Pères de la Montagne-Sainte.^ Cette eau, qui guérissait également tous les maux et qui allait bientôt détruire la respectable réputation de l'eau de Lourdes, avait déjà fait à M. Bidoche une renommée méridionale, battant en brèche celle de ïartarin dans un autre genre. Tout le Midi allait se soulever et proclamer en masse la merveilleuse découverte, aplatissant comme punaise celle de notre illustre maître Pasteur.

« Hélas ! un ange, une femme inconnue, M^^e Bouline, est venue tout bouleverser et renverser d'un coup tout l'édifice si laborieusement élevé à la mémoire de la science française. Le déjà illustre Bidoche eut le malheur d'avoir affaire avec cette dame stérile, depuis douze ans, pourtant, que Jes flambeaux de l'hymen s'étaient allumés en son honneur, et lui promit, avec son eau, de lui faire engendrer un héritier destiné à perpétuer la race des Bouline, qui menaçait de s'éteindre. Chose promise, chose due. L'eau mysté-

rieuse fut absorbée par M^e Bouline, et l'enfant désiré vint couronner ses vœux. Mais, ô imprévoyance coupable de Bidoche ! Il avait mis la dose trop forte ! Après le premier rejeton Bouline, il en vint un second, puis un troisième. M™e Bouline, qui pourtant n'avait payé que pour un, et mécontente d'une telle abondance de progéniture, traîna Bidoche devant les tribunaux.

« Voici, d'après les minutes du greffe, la déposition de la victime :

« Messieurs... Après douze ans de mariage, je n'avais pas d'en- « faut. M. Bidoche, que j'allais consulter en cachette de mon mari, « m'ordonne une eau qui contenait, selon lui, les germes de la fé- « condation universelle. Je bus de cette eau et je fus bien satisfaite, « puisqu'au bout de deux mois, je devenais enceinte ; mon mari « aussi fut très content; mais, M. le Président, ça a mal tourné, « car après mon premier enfant, j'en ai eu un second, puis un troi- « sième. Je fus obligée de voir de nouveau M. Bidoche et de lui dece mander d'arrêter cela, son eau produisant trop d'effet. M. Bidoche « me répondit: Je n'y puis rien, vous pouvez faire douze enfants !.. » « et M"'e Bouline s'est écriée : « Je suis en droit de me plaindre. « M. Bidoche a trop forcé la dose. »

« Malgré l'explosion de rires fous causée par cette simple et touchante exposition, malgré tout l'intérêt qu'auraient dû porter à l'infortuné Bidoche, les magistrats soucieux de toute découverte propre à donner des défenseurs et des mères à la patrie, ces derniers ont condamné le malheureux à deux cents francs d'amende !

« Bidoche, dit le Petit Provençal, se retira tout penaud en s'écriant d'un air tragique et les yeux baignés de larmes : 0 Hippocrate, mon divin maître ! Que d'injustices on commet en ton nom !

La grossesse d'un baryton. — Les prétextes qu'un acteur peut imaginer, pour rompre un traité qui a cessé de lui plaire, dépassent véritablement les limites de l'invraisemblable.

M.Piccaluga avait été engagé aux Folies-Dramatiques l'an passé, à des appointements qui passeraient pour extrêmement convenables, si nous ne vivions pas à une époque où les exigences des acteurs sont devenues si fantastiques que bientôt les entreprises théâtrates seront tout à fait impossibles. Le jeune baryton avait en poche un bon traité de cinq ans qui lui assurait 1,000 fr. par mois, plus les feux à partir de la seconde année.

Mais les chanteurs sont capricieux. A eux seuls, ils occuperaient de leurs différends tout un Tribunal à l'année. M. Piccaluga;, décidé à quitter les Folies-Dramatiques pour des scènes plus solennelles, s'est avisé un beau matin de trouver léonines et injurieuses les clauses de son traité. Il en a demandé la résiliation au Tribunal de commerce, en numérotant ses nombreux griefs.

Léonine, la clause qui autorisait le théâtre à rompre l'engagement de l'artiste quand les amendes encourues par lui auraient atteint un certain chiffre ;

Léonine, la faculté que se réservait la direction de réduire d'un tiers ses appointements et ses feux pendant la saison d'été, la morte-saison des théâtres ;

Léonin encore, le droit que s'arrogeait cette même direction de lui couper les vivres durant Tinstance, en cas de procès.

Enfin, et c'est ici que le procès devient du plus haut comique. M. Piccaluga considérait comme injurieuse une quatrième clause qui autorisait l'administration à rompre son engagement en cas de grossesse.

Le baryton a fait sérieusement plaider par son agréé, devant la grave juridiction du Tribunal de commerce, qui n'a cependant pas de temps à perdre, que cette confusion des sexes blessait profondément sa dignité d'homme et qu'il ne lui était pas possible de supporter sans rougir une pareille erreur dans la personne.

Que M. Piccaluga se rassure ! Ni le directeur des Folies-Dramatiques, ni le président du Tribunal de commerce n'ont songé un seul instant à s'armer des ciseaux du chanoine Fulbert. Personne ne pense à le transformer en soprano et à lui montrer le chemin douloureux de la chapelle Sixtine.

Le Tribunal de commerce — était-ce bien la peine ? — a expliqué dans son jugement que les appréhensions du baryton étaient veines. On a tout simplement libellé son engagement sur une formule imprimée à l'usage des actrices. Les directeurs de théâtre, rendus prudents par un nombre infini d'indispositions temporaires, n'engagent plus, on le sait, les demoiselles du chanl ou de la danse qu'en se réservant de rompre si l'accident redouté se produit.

M. Piccaluga a obtenu simplement l'annulation de la clause de grossesse qui l'avait si fortement scandalisé et que la direction des Folies-Dramatiques avait oublié de biffer sur la formule imprimée.

Mais son traité n'en est pas moins valable dans l'ensemble, et le Tribunal l'a maintenu avec toutes les conséquences quïl comporte, notamment le paiement d'un dédit de 25,000 francs à la charoe du chanteur,., en cas de fugue.

Albert Bataille, {Le Figaro >;

La grossesse dans les coulisses.

Le fameux Lully chargé de la direction du Spectacle de l'Opéra, ne pouvoit souffrir de voir enceintes les Actrices de ce Théâtre, non par scrupule, mais parce que leur grossesse les empêchoit de remplir leur devoir. S'étant un jour aperçu que M"*' Rochois, une des plus célèbres, étoit en cet état, il lui demanda, avec colère, de qui étoit cet enfant : la Demoiselle lui avoua qu'il étoit de le Bas, Basson de l'Opéra, qui lui a voit même fait une promesse de mariage. Lully voulut la voir, et M"'^ Rochois tira aussi-tôt de sa poche un valet de pic, sur lequel elle étoit écrite. A cette vue, il ne put retenir son indignation, et il donna brutalement un coup de pied dans le ventre à M"'^ Rochois, ce qui lui fit faire une fausse couche.

D'SuE.

Le parterre redemandait r.4rm;?e de Thomas Corneille, lorsque Dancourt vint annoncer une autre pièce pour le lendemain ; mais le parterre ne voulait pas entendre raison.

La tâche de l'orateur était assez scabreuse . Ariane était le triomphe de M"e Duclos ; malheureusement, elle était chargée d'un certain fardeau qu'elle n'avait pas reçu des mains de l'hymen, et qui touchait au terme prescrit par la nature.

C'était cet état qu'il fallait avouer au parterre sans blesser la délicatesse de l'actrice, de laquelle il savait qu'il serait entendu.

Lorsque le tumulte et les cris eurent i*essé, Dancourt s'avance, fait des excuses, force compliments, parle d'une maladie de M"'= Duclos, et, par un geste adroit, il désigne le siège du mal.

A l'instant, l'actrice, qui ne perdait ni une de ses paroles, ni un de ses gestes, s'élance des coulisses sur le théâtre, applique un soufflet sur la joue de l'orateur, et se tournant vers le parterre, avec le même feu, elle dit :

— A demain, Ariane.

M"e Vestris se récriait sur la fécondité de M''^ Rey ; elle ne concevait pas comment cette fille se laissait prendre si souvent.

Sophie Arnould, qui ne laissait passer aucune occasion de dire un mot spirituel, lui répondit :

— Vous en parlez bien à votre aise : une souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise.

La danseuse M"c Allard fut renvoyée de l'Opéra parce qu'elle devenait trop grosse et qu'elle faisait continuellement des enfants.

Les demoiselles de ce théâtre se récrièrent ; elles ne voulaient point qu'on leur interdise une liberté qui tient à leur plaisir et plus encore à leur fortune.

Bachaumont.

Je m'aperçus que l'une de mes ballerines, quoique dans une position intéressante, n'en continuait pas moins son service, fort pénible à cette époque. Je l'engageai aie suspendre et lui demandai avec bienveillance :

— Quel est le père de cet enfant ?

Elle me répondit naïvement.

— C'est des messieurs très bien que vous ne connaissez pas.

D"" Veron, {Mémoires).

Un soir, un directeur voit une dé ses artistes arriver, éplorée, dans son cabinet. Sa petite sœur, qui ne la quittait jamais d'une semelle, lui marchait derrière les talons en larmoyant à l'unisson. L'aînée, au milieu de ses pleurs :

— Monsieur, je viens vous prévenir cj[u'il me sera impossible de travailler de quelque temps...

— Et pourquoi cela, ma chère enfant ?

La fillette, ouvrant son manteau avec un grand geste tragique et un sanglot immodéré :

-^ Hélas ! je vais devenir mère !

— Diable !

— Et ce cfu'il y a de plus affreux, c'est que mon père me tuera !... Oui, il me tuera!... Je suis perdue !

— Voyons, ne vous désolez pas !... Je verrai votre père^, je lui parlerai, je lui ferai entendre raison... Il vous pardonnera, j'en suis sur... Mais comment avez-vous pu faire?... iVvec votre petite sœur, qui était sans cesse à vos côtés?...

Ici, la petite sœur s'avance.,.

Et, ouvrant so"n manteau avec le même geste et le même sanglot :

— Ah ! monsieur, pendant que vous y serez, intercédez aussi pour moi ?

(Les demoiselles de V Opéra).

Armand Gouffé, se promenant un soir dans les coulisses du Vaudeville, aperçut une jeune actrice dont la position intéressante se révélait à tous les yeux.

— Eh bien ! Fanny, lui dit-il en l'abordant :

Tu vas donc encore être mère ?

Et quel est le mortel heureux

Qui t'a fait cet enfant, ma chère ?

— Eh! que sais-je moi?... ce sont eux,

répondit la jolie soubrette.

Encore une jeune ballerine qui se trouve dans une position intéressante. Gomme elle ne sait pas au juste à quel riche étranger revient la responsabilité, les bonnes petites camarades l'ont surnommée : Y Enceinte de l'exposition.

La seconde fille de madame Cardinal se trouve dans une situation intéressante. La malheureuse mère compte ses doléances à notre ami Boireau.

— Je suis sûre que c"est cet abominable ténor qui lui a pris la taille un soir dans les coulisses.

— Eh bien ! de quoi vous plaignez- vous ? chère dame. S'il la lui a prise, ne la lui a-t-il pas rendu au centuple?

Un des directeurs de l'Odéon, s'adressant, un jour, à une célèbre tragédienne dont la nouvelle grossesse compromettait beaucoup les intérêts de son théâtre, lui disait avec emportement :

— Oui, madame, vous mettre dans un pareil état, lorsque la fortune de tant de pauvres gens dépend de vous seule, je dis que c'est un crime, un véritable crime.

— Mais non, mon cher directeur, reprit l'illustre tragédienne.

Un crime, par exemple, est de donner la mort Mais ce n'en est pas un que de donner la vie.

Une actrice dont, la grossesse est très avancée, demande à un auteur dramatique :

— Et quand passe votre nouvelle pièce ?

— Vers le 15 octobre.

La jeune femme, avec un soupir :

— Moi aussi .

SDR LES ACCOUCHEMENTS 33

Hommes gros d'enfant

Nouvelle. — D'une jeune fille à qui on fit entendre qu'elle avoit engraissé son mari et comme il remist son engroissure à sa cliam'berière, laquelle il engroissa par le consentement de sa femme.

Vous devez sç.avoir qu'une foys advint à Troyes, en Champagne, qu'il y avoit un honneste marcliant, jeune, gallent et bien délibéré, lequel se maria à l'aide de ses parens, avec une très belle jeune fille et honneste et qui avait bien de quoi et s'entraymoint merveilleusement. Or est il ainsi qu'il y avait une belle jeune fille de chamberière qui les servoit ; advint ung jour que le dit marchant se jouyt avec sa chamberière, et tant la persuada et prescha si bien qu'il coucha avec elle, et par tant de foys y alla, qu'ungjour la dicte chamberière luy dit qu'elle estoit grosse, dont le jeune gallent fut bien estonné et marry ; et ung jour, entre les autres, alla veoir ung sien cousin germain, lequel estoit médecin, et quant le dit médecin vit qu'il faisoit si mauvaise chère, luy demanda qu'il avoit; si luy respondit qu'il étoit merveilleusement marry.

— Hé ! qu'y a-t-ib dit le médecin.

— Ah ! mon cousin, dit le marchant, je suis plus marry que je fus jamais en ma vie, car je me suis joué avec ma chamberière, tellement que je l'ai engroissée, et si ma femme s'en apperçoit aucunement, jamais je n'aray bien ne joie avec elle, car son père et sa mère m'en voudront mal, veu et regardé qu'elle ni'ayme tant.

— Oh I cousin et amy, dit le médecin, n'y a-t-il autre chose ! Or ne vous souciez vrayement, nous mettrons bon remède à tout cela.

— Hélas ! mon cousin et amy, dit le marchant, je m'en recommande à votre bonne grâce, et je paye tout cela qu'il vous plaira.

— Or sçavez vous, dit le médecin, qu'il y a, il n'est point question de payement mais j'ay advisé une grande abilleté que vous

ferez, moyennant que vous me voulez croire. Il fault que vous en retournez en vostre maison et que faciez le malade, et ne plaingniez riens que les rains et le ventre et me envoyez votre orine par vostre femme; et puis du demorant me lessez faire et je croy que tout se portera bien. Dieu aydant.

Alors print congé le marchant de luy, et s'en vint en sa maison sans faire semblant de rien, va commencer à faire le malade et sa pouvre femme le réconfortoit bien doulcement, qui n'y pensoit en nul mal, et lui disoit :

— Hélas, mon douxamy, hé! qaeavez-vous ? hé! qu'est-ce qui vous fait mal ?

— Ha ! ma mye, dit-il, je pense que je suis mort, car j'ay une si grande douleur au ventre et aux reins qu'il m'est advis que les chiens me les mangent.

- Mon amy, il fault que vous faciez de vostre eaue et je la porteray au médecin.

— Ha ! ha ! ma mie, dit le jeune homme, il n'en est ja mestier... Si fit elle tant, qu'il fit de son eaue et puis la porta tout en plo-

rent à son cousin, qui, quant il la vit ainsi plorer, lui demanda incontinent qu'elle avoit.

— Ah! mon cousin, dit-elle, je pense que vostre cousin mon mary se meurt.

— Jésus, dit le médecin, hé ! comment il n'y a pas longtemps que je l'ai veu.

Lors elle ploroit si très fort qu'elle ne povoit un g seul mot dire, mais lui monstra son eaue. Alors le médecin la va regarder et quant il l'eut bien visitée, il va dire :

— A quiconqu3 soit ceste eaue, il a une grande douleur de ventre et de reins.

— Hélas, dit la jeune femme, mon amy ça mon, car il ne plains que cela.

— Gomment I dit le médecin, cette eaue, que vous m'avez cy apportée est d'une femme qui est enceinte d'enfant.

— Ah ! mon cousin, dit-elle, je vous promets que c'est de mon mary, car je suis bien asseurée et lui ay veu faire.

— Gomment! est-il vray, dit le médecin, le sçavez vous bien et estes vous bien asseurée ?

— Ouy, dit-elle, certainement.

— Or ma mye sçavez vous qu'il y a, votre mary est gros d'enfant.

— Gomment, dit-elle, il est bien possible !

— Ouy, dit le médecin.

— Or me dites mais comment est-il possible que cela se soit fait ?

— Venez-ça ma mie, dit le médecin, aucunes fo y s quant il vous a fait cela et que vous deux vous jouez ensembles, ne montistes vous jamais sur luy, ne mentez point, si vous voulez cfu'il soit guery ?

— x\.h ! mon cousin, je vous diray la vérité, je vous promets qu il ne m'avint jamais qu'une foys.

— Ah ! par ma foy, dit le médecin, c'est assez, je n'en demande plus, il est gros d'enfant, sans point defaulte.

Et la pou vre jeune femme fut bien désolée et luy demanda s'il y avoit point de remède.

— Ouy bien, dit le médecin, mais sçavez vous qu'il fauldroit faire ? Il fault que vous trouvez façon et manière de parler à quelque jeune fille pucelle^ et que vostre mary coucbast avec elle une nuit ou deux, et la semence qu'il a en son corps il la remettroit dedans le corps delà jeune fille, car la semence que lui avez baillée, qui est sortie de vostre corps, n'est pas encore à convalescence dé vertu, car l'enfant qu'il doit procréer n'a point encore de vie, et s'il habitait une jeune fille, il lui remettrait tout dedans son corps et par ainsi voilà qui le sauveroit. .

— A ce, dit la jeune femme, mon cousin, mon amy, je vous remercie, nous viendrons bien à bout de cela. Dieu aydent, car j'ay une jeune fille de chamberière cheux nous, et croy moy qu'elle est pucelle, je lui bailleray plus tost dix écus, pour la contenter, et qu'elle couche avec mon mari et qu'il soit guery.

— Ah ! par ma foy ! dit le médecin, voilà qui viendroit bien à à point et aussi que le monde n'en fut point abreuvé, il vaudroit mieux que cela se fit cheux vous, à tout le moins personne n'en sara ja rien, car si on le sçavoit, on diroitha! voilà la femme c{ui a engroissé son mary pour avoir monté dessus, cela seroit vilain,

— Or ce, dit la jeune femme, mon cousin, mon amy, je vous prie que le venez veoir, pour le reconforter ung pelit.

— Ouy da ! dit le médecin ma cousine, je m'en voye quant et vous.

Si vindrent veoir le pouvre patient, bien desconforté. Dieu le scet, Si lui compta le médecin secrètement, comme ,il avoit ex-

ploité avec sa femme et qu'il falloit qu'il couchast avec sa chamberière et que l'appointement estoit ainsi fait pour le guérir, dont il fut bien joyeux et lit on venir la chamberière pour luy refaire ung peu son lit, à laquelle le maistre compta toute l'affaire, comme sa maîtresse devoit parler à elle de cela et qu'elle fit ung peu de l'estrange du commencement, mais qu'à la fin, elle se consentit. Le médecin après la revisitation faicte, print congé et s'en alla, la dame appella sa chamberière à part et lui dist :

— Viens ça, Jehanne, ma mye, il fault que tu me faces ung service et je t'en prie bien fort.

— Madame, dit la fille, tout ce qu'il me sera possible de faire pour l'amour de vous, je le feray, mon honneur sauve et le vostre, car autrement ne le voudroye faire.

— Si, dit la dame, Jehanne, ma mye, ne te soucie de rien, je te veulx faire tout plain de services, mais il n'y a remède, il fault que tu couches une nuit avec ton maître, pour quelque maladie secrète qu'il a, et ne te soucie de rien, il ne te fera pas mal.

— Gomment ! ma maîtresse, dit la fille, hé, me voudriez vous faire ce déshonneur, et si ung autre le me conseilloit, vous m'en devriez destourner à tout le moins si vous estiez femme de bien, ah! je vous promets, dit-elle, que j'aymerois mieux être morte, et si mon maistre me f ai soit ung enfant, je seroye fille perdue à tout jamais.

— Or ce, dit la maîtresse, Jehanne, ma mye ne te soucie de rien, je te. bailleray dix beaux escus et une bonne robbe et site marierai et que tu face cela.

Après plusieurs disputacions entre elles deux, Jehanne s'accorda à faire le vouloir de sa maîtresse, avec la bonne dévocion qu'elle y avoit. Si s'en vint la dame parler à son mary, en la présence du médecin, lequel estoit revenu veoir pour sçavoir comme il lui estoit et elle luy va commencer à faire sa harengue,

— Or ça, mon amy, dit-elle, comment vous portez-vous?

— Se m'ayt Dieu, ma mye, dit le pouvre homme, je croy que je me meurs.

— Ah ! mon amy, dit-elle, ne dictes jamais cela, vous me rompez le cueur : mais on a avisé de vostre santé dont je loue Dieu et remercie, voicy vostre cousin qui dit qu'il faut que vous couchez une nuit ou deux avec nostre chamberière.

— Ah ! ma mye , dit le pouvre homme, jamais ne me parlez de cela, hélas mon Dieu ! et vous m'estes tant bonne et tant douce et

que je VOUS changeasse pour une autre, j'aymeroye mieux estre mort, ma doulce amye.

Et bref à l'ouyr parler il estoit encore plus fort à ferrer que la chamberière.

— Or ce, dit le médecin, mon cousin, mon amy, il n'y a remède, nostre Seigneur ne vous en sçara nul mal gré, puisque c'est pour vostre santé,

— Hèlas I mon cousin, dit-il, cuidez vous que je veuille rompre mon mariage. Hé ! j'ay une si bonne femme et m'ayme tant, bref j'ayme mieulx morir.

— Or ça, dit le médecin, si vous morez en cest estât, vous estes dampné à tous les diables, car vous serez cause de vostre mort, veu que sçavez le remède pour vous guérir à l'ayde de Dieu et vous ne le voulez pas faire !

— Hélas I mon amy, dit le patient, il m'est advis que je seroys dampné ?

— Hé non, serez de par Dieu, dit le médecin, vostre femme le veut bien.

— Je vous promets que voire, dit-elle, mon amy.

— Or je vous diray donc, dit-il, vous en prendrez le péché sur vous autres.

— Hé bien dirent-ils, nous le voulons bien.

— Or sus, dit-il, donc que on me l'amène. Alors furent ils trestous bien ayses.

— Or ce, dit le médecin, ma cousine, allez à la cuisine et je le feray soupper.

Et soupèrent avec luy, puis après ils soupèrent très bien eux deux. Après souper, il print congé de luy et demora la fille à coucher avec luy, et menèrent bonne vie ensemble ceste nuit et jouèrent bien des couteaux eux deux sans eulx couper, ne courecer. Le lendemain matin, le médecin vint veoir le pacient, et trouva qu'il faisoit bonne chère et luy compta toute son afiaire et dit qu'il se trouvoit très bien, dont ils furent tous joyeux et au bout de quatre ou cinq jours, il difque le ventre et les rains luy faisoint encore ung peu de mal. Si dit le médecin qu'il falloit qu'il couchast encore une nuit ou deux avec la lille pour l'achever de guérir.

— Et bien donc, ce dit la pouvre jeune femme, je suis contente, si seray bien ayse qu'il soit ])ien guéry.

Oh ! f[ue c'estoit une l)onne femme envers son mary; que plut à

Dieu de Paradis, que j'eusse autant d'escus, comme il s'en trouveroit par le monde qui ne le vouldroint pas faire le tour, je ne vouldroye pas estre roi de France. Le pouvre homme eust encore sa chamberière à coucher avec luy tant qu'il fut bien guéry, Dieu mercy au bon médecin, mais la chamberière devint bien grosse, mais sa maîtresse y mit si bon remède, que tout se trouva bien et la maria après qu'elle fut relevée de sa couche pour ce qu'elle estoit cause de l'affaire ce luy sembloit.

Le grand parangon des nouvelles nouvelles.

L'homme en mal d'enfant. — Un imbécile, nommé Calendrin, devenu possesseur d'une somme de deux cents livres par la mort d'une de ses tantes, se crut un des plus riches particuliers d'Italie. Il se mit en tête d'acheter une métairie. Il n'y avait homme dans Florence qui put lui donner des renseignements sur un achat de cette nature, qu'il ne consultât. Eùt-il eu deux mille écus à y employer, il n'eût pas fait plus de démarches, il n'y eût pas attaché plus d'importance. Il fut obligé de renoncer à tous les marchés qu'il entama : le prix se trouvait toujours au-dessus de ses forces Deux de ses amis, Lebrun et Bulfamaque, qui éclairaient sa conduite, lui remontrèrent plusieurs fois qu'il serait bien plus sage à lui d'employer son argent à régaler ses amis qu'à une acquisition qui ne lui convenait eii aucune manière. Mais leurs conseils n'avaient pas fait impression sur son âme, et n'avaient pu l'amener à leur donner à dîner une seule fois. Gomme ils s'en plaignaient un jour, arrive un de leurs compagnons nommé Nello. On délibéra sur la manière dont il faudrait s'y prendre pour se régaler aux dépens de Calendrin. On convint d'un projet dont voici l'exécution.

Le lendemain, Calendrin sort de sa maison; il n'est pas encore fort éloigné que Nello l'aborde.

— Bonjour, Calendrin.

— Bonjour, Nello.

Après les compliments d'usage, Nello fixe Calendrin avec une attention mêlée de surprise.

— Que considères-tu donc? dit Calendrin.

— N'as-tu pas senti quelque chose, cette nuit? Tu me parais absolument changé.

— Comment! que dis-tu? que crois-tu donc qu'il me soit arrivé?

— Je ne sais ! quoiqu'il en soit, tu n'es pas comme à ton ordinaire, et Dieu veuille que ce ne soit pas ce que j'ai lieu d'imaginer !

Sur ces mots, Nello laisse aller Galendrin. Celui-ci prévenu, inquiet, n'éprouvant cependant aucun mal, rencontre Bulfamaque à quelques pas, qui, l'ayant salué, lui demanda s'il ne sentait rien.

— Je ne sais ! Nello, que je viens de rencontrer, m'a dit que je lui paraissais tout changé; serait-il bien possible que j'eusse quelque chose?

— Si tu as quelque chose? Assurément ! Tu semblés à demi-mort. A ces mots, Lebrun survint.

— Ah! Calendrin, c|uel visage as-tu? On te prendrait pour un mort. Comment te trouves-tu ?

Ces trois rapports si uniformes, et qui avaient l'air d'être si peu concertés, persuadèrent Calendrin c[u'il était etîectivement malade.

— Que dois-je faire? demanda-t-il douloureusement à ses amis.

— Si tu m'en crois, dit Lebrun, tu te mettras dans ton lit; tu te couvriras bien; tu enverras de ton urine à maître Simon, le médecin, qui, comme tu le sais^ est absolument dévoué à nos intérêts ; il découvrira le genre de ta maladie et t'en prescrira le remède. Nous voulons t'accompagner, et, s'il est besoin de te faire quelque chose nous sommes à ton service.

Nello les rejoignit, et tous trois suivirent Calendrin dans sa maison. Dès qu'ils furent arrivés, Calendrin dit tristement à sa femme :

— Viens, ma femme, viens me couvrir, car j'éprouve une grande douleur.

S'étant couché, son premier soin fut d'envoyer de son urine à maître Simon, qui^ pour lors, demeurait au petit marché, à l'enseigne du Melon. Il chargea une petite fille de son message. Lebrun alors dit à ses compagnons :

— Mes amis^ demeurez ici; moi je vais savoir la réponse du médecin, et je l'emmènerai s'il est nécessaire.

— Ah! oui, mon ami, dit Calendrin, va savoir toi-même ce que tout cela veut dire; je me sens du mal par-ci par-là; cela me donne beau-coup d'inquiétude,

Le])run part, arrive chez maître Simon avec la petite fille et lui fait part de tout le complot, La messagère entre avec la bouteille, d'urine. Le médecin l'examine avec attention.

— Retourne, ma mie, vers Calendrin; dis-lui de se tenir chaude-

41i ANECDOTES

ment; dans un instant j'irai le voir; je lui dirai quel mal il a et ce qu'il doit faire pour s'en débarrasser.

La messagère revient, fait son rapport, et un moment après entre Lebrun accompagné du médecin. Il tàte le pouls du malade et lui dit en présence de sa femme :

— Calendrin, mon ami, si tu veux que je te parle vrai, tu n'as d'autre mal que d'être gros d'enfant.

A cette nouvelle inattendue, Calendrin désespéré s'écrie :

— Ah! ma femme, c'est toi qui m'as mis dans cet état. Je te l'avais bien dit; tu n'as jamais voulu le croire, et, malgré mes remontrances, tu as toujours voulu renverser l'ordre établi par la nature.

La femme, qui était très honnête, rougit et quitta la chambre : mais Calendrin continua :

— Ah! malheureux que j-e suis! Que vais-je devenir? Que puisje faire? Comment accoucherai-je? Par où l'enfant pourra-t-il sortir? Je vois bien qu'il faut mourir et mourir par la rage de cette maudite femme. Dieu puisse-t-il lui faire autant de mal que je me désire de bien! Si j'étais aussi sain que je le suis peu, je me lèverais bientôt; je prendrais un bâton et je lui donnerais tai^t de coups que je la mettrais en pièce. Cependant, si je suis puni, il faut convenir que je le mérite bien ; je ne devrais jamais condescendre à ses volontés. Mais si je puis en revenir, qu'elle soit persuadée que je la verrais mourir mille fois plutôt que de la satisfaire à cet égard.

Lebrun, Bulfamaque et Nello faisaient tous leurs efforts pour s'empêcher de rire. Pour le médecin, il se donnait libre carrière; il éclatait si fort, il ouvrait si largement la bouche qu'on eût pu sans peine lui arracher les dents. Enfin, Calendrin eut recours à lui, se recommanda à son art et le pria instamment de lui donner, dans cette détresse, ses conseils et ses soins. Le médecin lui dit obligeamment : « Mon ami, il ne faut pas tant te tourmenter. Grâce à Dieu, je me suis assez tôt aperçu de ton mal pour lui apporter un remède aussi prompt qu'efficace; mais il t'en coûtera un peu.

— Hélas! Monsieur, j'ai deux cents livres avec lesquelles je voulais acheter une métairie; prenez-les, s'il le faut; je les sacrifie volontiers pour me tirer de l'embarras où je suis et pour n'être pas dans le cas d'accoucher, car, en vérité, je doute que je puisse soutenir une si pénible opération. J'ai dans ce iDoment entendu les femmes crier si fort, et n'étant pas conformé comme elles, je vois ])ien qu'il faudrait en mourir.

— N'aie aucune inquiétude, mon ami; je vais te préparer un breuvage très agréable qui, dans trois matinées, te tirera d'affaire, te rendra plus sain qu'auparavant. Mais, dans la suite, sois sage, et garde-toi bien de retomber dans tes anciennes folies. Pour composer l'eau que tu dois boire, il faut une demi-douzaine de chapons gras, et pour les autres drogues qu'on doit y mêler tu donneras à Lebrun cinq livres; il les achètera et fera tout porter dans ma boutique. Je t'enverrai demain matin, s'il plaît à Dieu, cet excellent breuvage dont tu boiras un grand verre tous les jours.

— Monsieur, lui répondit Galendrin, je remets tout entre vos mains.

Il donna cinq livres à Lebrun, outre l'argent nécessaire pour acheter les chapons, et le pria de vouloir bien se donner la peine d'en faire l'emplette pour l'amour de lui.

De retour chez lui, le médecin fit faire un bouillon qu'il envoya au prétendu malade. Lebrun, ayant acheté les chapons et tout ce qui devait les accompagner, revint avec Bulfamaque et Nello. On but et l'on mangea en l'honneur de Galendrin. Celui-ci prit son bouillon pendant trois jours de suite. Ses amis vinrent le voir. Le médecin, lui ayant tâté le pouls, lui dit :

— Galendrin, te voilà absolument guéri. Lève-toi, maintenant tu peux sortir quand il te plaira .

Le sot se lève, va à ses affaires, court la ville, et vante partout la cure merveileuse que maître Simon a faite sur lui. Lebrun, Bulfamaque et Nello étaient charmés d'avoir pu tromper l'avarice de Galendrin , mais la femme de ce dernier, s'étant aperçue du tour, s'en vengea en grondant son benêt de mari.

BOCGAGE.

• • Varia.

Recherche de la paternité. —Une femme de village, veuve, de chaste réputation, sentant des premiers ombrages de grossesse, disait à ses voisines, qu'elle penserait être enceinte si elle avait un mari. Mais du jour à la journée croissant l'occasion de ce soupçon . et enfin jusques à l'évidence, elle en vint là, de faire déclarer a

prône de son église que qui serait consent de ce fait, en l'advouant, elle promettait de le lui pardonner, et s'il le trouvait bon, de l'épouser. Un sien jeune valet de labourage, enhardi de cette proclamation, déclara l'avoir trouvée un jour de fête, ayant bien largement pris son vin, endormie en son foyer si profondément et si indécemment, qu'il s'en put servir sans l'éveiller. »

Montaigne.

Prédicateur maladroit. — Le père Gb..., prédicateur qui se rendit fameux à Marseille par ses déclarations, criait en chaire, « qu'une femme enceinte devait se cacher et rougir ; et que toute fille vertueuse ne pouvait mériter le ciel qu'en embrassant la vie monastique. » Une pieuse mère objecta à cet original que la sainte Vierge avait été enceinte, et n'avait point embrassé la vie religieuse... Une autre lui demanda s'il avait eu une mère ?... Quelques provençaux moins polis le prièrent de leur dire s'il était né d'une truie ou de la femelle d'un bœuf ?...

PrœcUcatoriana.

Annonce anglaise. — Un journal anglais ayant inséré l'avis suivant :

« Une jeune veuve, sur le point de sevrer une fille de six mois, désirerait avoir un autre enfant. »

Un autre papier-nouvelles, en répétant cette annonce, ajouta malignement :

« Nous espérons que les jeunes élégants de Londres voudront bien se rendre aux vœux de la dame. ))

Lonclresîana.

Un germanisme. — J'ai renvoyé mon valet de chambre ce matin, dit à un de ses amis un financier de souche allemande, bien connu pour son parler émaillé de « germanisme )>.

- Pourquoi donc ? demande l'ami.

— Il a fait une grossesse à ma femme !

Grossesse pour grossièreté, ce n'est pas mal, n'est-ce pas ?

Nourrice dévouée. — M""" X a gardé auprès d'elle la nourrice

de son premier enfant.

La famille va bientôt s'augmenter d'un deuxième bébé.

M""' X annonçait hier cette grande nouvelle à la nourrice.

— Ah ! madame ! s'écria la brave fille, si vous m'aviez dit cela plus tôt, j'aurais pu me mettre en mesure.

{Le Télégraphe.)

Servante et maîtresse. — Madame X... constate que la taille de sacamériste s'arrondit de jour en jour.

FiG. 1.

— Vous n'avez pas honte, Sophie, d'être dans cette position ?

— Vous y êtes bien, vous !

— Moi, Mademoiselle, c'est de mon mari.

— Mais, Madame, moi aussi !

Pp:pin. Le Grelot»

Jeu de mots, jeu de sots. — Pourrais-tu me dire la différence entre une femme enceinte et une puce ?

— Eh bien ! la puce est puce elle et la femme enceinte ne l'est pas.

Hiéroglyphe moderne. — Pour représenter une femme au milieu d'une grossesse, il suffit de dessiner une femme au milieu d'une grosse S.

Réflexion déplacée. — On est treize à table ; rien que des

hommes et des jeunes filles- Un des invités paraît soucieux, à cause de ce chiffre. — Ne craignez rien, lui dit Boireau ; il y a bien une de ces

« demoiselles » dans une position intéressante I

Prière d'une horizontale : « 0 vierge 1 qui avez conçu sans pécher, faites-moi la grâce de pécher sans concevoir ! »

Dialogue;— Que désirez- vous ? demande une belle-mère à sa bru qui se trouve dans une position intéressante.

— Peu m'importe, un garçon ou une fille.

— Ne dites pas cela, ma chère, vous ne savez pas le bonheur qu'on ressent de créer un homme.

Consultation: — Docteur, j'éprouve des maux de cœur, des dégoûts, des envies bizarres... que faut-il faire? — Une layette.

Position intéressée. — Le petit comte deX... nage dans la joie. Son oncle lui a promis un million si la comtesse le rendait père, et l'événement est proche. Il vient de répondre à un ami lui demandant un rendez-vous :

— Impossible de bouger. Je suis dans une position intéressée.

Un aveu. — Le lendemain du mariage, les jeunes époux vont faire une partie de campagne.

A la gare, on trouve une de ces balances où, pour savoir son poids, il faut introduire une pièce de dix centimes.

Toute la noce se pèse. Vient le tour de la mariée. Elle saute sur le marche-pied et demande :

— Combien faut-il mettre ?

— Deux sous par personne.

Elle rougit, hésite et, timidement, glisse dans le trou... deux pièces de dix centimes t

Reproches matrimoniaux. — Une dame de province, écrivant à son mari qui était à Paris depuis quelques mois, après lui avoir parlé d'affaires, finissait ainsi sa lettre : « Je t'apprendrai pour nouvelle, mon ami, que mesdames une telle et une telle sont grosses ; que mesdemoiselles telle et telle craignent de l'être, et qu'il n'y a que moi, qui ne le suis pas. Tu devrais mourir de honte. »

EncijclopecUana.

Dialogue. — Tiens, dit Titine à Céleste dans une position intéressante, on t'a donc pris ton capital ? — Oui, ajoute timidement Céleste, mais on m'a laissé un reçu.

Judicieuse réflexion. — Une dame âgée serre nerveusement les mains d'un vieil ami de la famille. — C'est alfreux!... ma nièce!.,, confiée âmes soins, et n'être

sortie sans moi qivune fois, pour une soirée tout intime!... se

trouver dans une position...

Le vieil ami, toussant légèrement :

— Aussi, quelle imprudence ! un bal d'enfants !

Méfait de la chaleur. — Un vieux monsieur à une vieille dame dont la tille lui paraît être dans une position intéressante :

— Mais il me semblait que votre fille n'était mariée que depuis un mois?...

— C'est vrai; mais ce sont ces chaleurs subites; tout est en avance cette année!...

Méfait du printemps. — La bonne de M. Taupin vient en pleurant lui déclarer son état intéressant.

— Joséphine, reprend celui-ci, l'an passé c'était la même chose, vous m'avez allégué l'excuse du froid de l'hiver, mais maintenant nous sommes au printemps.

C'est encore pis, monsieur !

Embarras du choix. — Un professeur de philosophie s'apitoyait beaucoup sur la fâcheuse positiond'une jeune femme dont la ligure était momentanément enlaidie par les ravages d'une grossesse fort avancée. Un jour, comme il la voyait tristement appuyée sur une table, le front dans les deux mains :

— A quoi pensez- vous donc, ma pauvre enfant ? lui demanda-t- 11 avec intérêt.

— Hélas ! Monsieur, répondit la victime d'un air dolent^ je cherche à deviner quel est le polisson c[ui m'a mise dans cet état-là.

— Mais enfin, malheureuse, parmi tous les soldats qui occupaient la ferme, tu dois bien savoir lequel.

— Comment veux-tu que je sache ? Ils étaient huit.

SUR LES ACCOUCHEMEXTS 49

Entre bonnes petites camarades :

— Tu sais que Julia est dans une position intéressante ?

— Et sait-on... à peu près, quel est le père ?

Une lorette, qui avait de fort mauvais yeux, était enceinte. Un jour, quelqu'un s'avise de lui demander qui était le père de son enfant. —Ma fois, mon cher, je n'en sais rien, répondit-elle, j'ai la vue si basse !

Quelques combles. — Le comlile de la maigreur pour une jeune femme : C'est de paraître enceinte après avoir avalé une boulette de mie de pain. Le comble de la criminalité pour une sage-femme: Tenter de faire avorter l'amer Picon.

III. — SUR LES ACCOUCHEMENTS Erreurs et préjugés populaires (1)

XVe siècle. — Quant un jone homme pucel espouseune tille pucelle, le premier enfant qu'ilz ont est par coustume fol.

Quant l'enfant est nouvellement né, et avant qu'il suche la mamelle, se on lui donne à mengierd"une pomme cuite, jamais, après, toute sa vie, il n'en sera si lulfres ne gourmant à table, en boire et en mangier, et si en sera plus courtois en fais et en parole entre les dames.

t un enfant est né, qui lui porteroit le petit boyau jusques f, il en auroit longue vie, douce alaine, bonne voix et graloquence.

Quant un enfant est né. avant qu'il soit baptisié, gardez- vous de le metti'e premièrement ne porter sur vostre bras senestre, car pour vray il en seroit gauchier toute sa vie.

Quant un enfant est nouveau-né, se c'est un filz, il le convient porter au père, et lui bouter des pieds contre la poitrine, et pour certain, jamais ne fera l'enfant maie fin.

Quant une femme est aouchie d'une fille, il convient l'asseoir sur la poitrine de la mère, en disant : Dieu te fasse preude-femme, et jamais elle n'aura honte de son corps.

{Evangile des quenouilles).

XVIIIe siècle. — Il y a des femmes qui ne crient pas pendant qu'elles accouchent, de peur que leur bouche étant dérangée, elles en paroissent moins agréables.

S'il arrive qu'une femme en sortant de l'église, après ses relevailles, rencontre des gens de bien ou de méchantes gens, son enfant tiendra infailliblement des uns ou des autres ; et si elle rencontre un garçon, elle accouchera la première fois d'un garçon, ou d'une fille, si elle rencontre une fille.

Lampridius dit, dans son histoire, que les devins ayant été consultez sur la fortune d'Alexandre Sévère qui, depuis fut empereur

de Rome, prirent pour un présage certain de sa future grandeur un œuf de pigeon qu'une vieille femme présenta à sa mère, le même jour qu'il naquit.

Le jour de la naissance de Diadumène, fils de Macrin, une aigle lui porta dans le maillot un pigeon; ce qui fut pris pour une marque assurée que, dès ses jeunes ans, il prendrait les resnes de l'empire.

On a cru qu'on peut produire un enfant dans une bouteille de verre, gardée sous du fumier de cheval pendant quelques jours.

BouRDELOT, Les coudées franches.

Mœurs et coutumes obstétricales. (1)

D'après Strabon, (2) une loi défendait aux insulaires de Delos de mourir dans cette île, rendue sacrée par la naissance d'Apollon et de Diane ; les femmes ne pouvaient pas non plus y accoucher, parce que Latone y avait fait ses couches ; on portait les femmes en couche et les malades dans une île voisine.

Les Iroquoises s'exercent à supporter les plus grandes douleurs et c'est une injure de dire à l'une d'entre elles : Tu as crié lorsque tu étais en travail d'enfant.

Voyage de la Potlierie.

(1) V. Histoire des accoicdiements. p. 3i2. (2)L 10.

La stérilité est un opprobre pour les Lapones ; elles ne sont cependant pas très fécondes, car il est rare de trouver six enfants dans une famille. Elles accouchent facilement, et il est d'usage, sitôt qu'une femme est délivrée, qu'elle boive de l'huile de baleine. Dès qu'un enfant est né, on le lave dans la neige, puis on le plonge sur le champ dans l'eau chaude, sans doute pour l'endurcir au froid. Gomme les Lapons ne connaissent pas le linge, ils ne peuvent faire usage de langes ni de maillots. Ils déposent simplement leurs enfants dans des berceaux faits avec un tronc d'arbre, creusé et garni d'une mousse fine et douce. Si l'enfant est mâle, on place des armes sur son berceau ; si c'est une fille, on met à la place quelques ustensiles de ménage.

En Laponie, un père n'attend point, pour doter son enfant, qu'il se marie ; il lui donne, à sa naissance^ en toute propriété, un renne femelle, dont le produit lui appartient, sans que pour cela il perde aucun droit à l'héritage. Quand le père est riche, il fait un présent semblable à l'apparition de la première dent.

Les Samoyèdes ont un tel mépris à l'égard des filles, qu'ils ne leur donnent même pas de nom à leur naissance.

Ils sont très jaloux et lorsque l'accouchement est laborieux, le mari se livre à toutes sortes de soupçons ; il pense que les souffrances qu'endure sa femme sont une juste punition de l'atteinte portée à la fidélité conjugale. Aussi les Samoyèdes s'efîorcent-elles de conserver le plus grand calme pendant l'accouchement : c'est ce qui a fait dire aux voyageurs qu'elles ne sont point ordinairement sujettes aux douleurs de l'enfantement.

Les femmes du Kamtschatka sont peu fécondes, mais elles accouchent très facilement. La naissance d'un enfant est un sujet de joie pour une famille. Le père rassemble tout le village dès que sa femme ressent les premières douleurs de l'enfantement, et chacun s'empresse, quel que soit son âge ou son sexe, d'accourir autour du lit de la malade, pour la voir accoucher Dès que l'enfant est né, on se le passe de main en main, pour l'examiner et le caresser ; tout le monde félicite le père et la mère.

Un usage bien barbare chez les Kamtschadales, c'est lorsqu'une femme accouche de deux jumeaux, elle en fait périr un des deux.

Les nouveau-nés sont mis dans des berceaux remplis d'étoupes.

Les femmes qui sont stériles mangent des araignées dans l'espoir de devenir fécondes.

Les Malais croient que les femmes^ en accouchant, mettent souvent au monde en même temps un jeune crocodile, jumeau de l'enfant ; ils imaginent que la sage-femme reçoit cet animal avec beaucoup de soin et le porte sur le champ à la rivière où elle les met dans l'eau. La famille dans laquelle on suppose qu'est arrivée cette naissance, porte constamment des aliments à la rivière pour ces parents amphibies, et le jumeau surtout y va à certain temps, dans tout le cours de sa vie, accomplir ce devoir fraternel ; ils sont unauimement persuadés que s'il y manquait, il serait puni de maladie ou de mort.

Cette croyance semble avoir pris naissance dens les Iles de Gélèbes et de Bouton, où plusieurs des habitants nourrissent des crocodiles dans leurs familles ; mais, c{uoi c|u'il en soit de cette conjecture, cette opinion s'est répandue sur toutes les Iles orientales, jusqu'à Timor et Geram, et à l'Ouest jusqu'à Java et Sumatra, où cependant je ne crois pas qu'on ait jamais entretenu de jeunes crocodiles.

Ces crocodiles jumeaux sont appelés Sudaras.

Les Bougis, les Macassars et les Bœtons sont si fermement persuadés qu'ils ont des parents crocodiles dans les rivières de leurs pays, qu'ils font en leur souvenir une cérémonie périodique. Ils vont par troupes sur un bateau, fourni d'une grande quantité de provisions et de toute sorte de musique ; ils chantent et pleurent alternativement ; chacun invoque ses parents jusqu'à ce qu'un crocodile paraisse et dès lors la musique s'arrête et ils jettent dans l'eau les provisions, le bétel et le tabac, Par ces honneurs qu'ils rendent à l'espèce, ils espèrent être agréables aux individus qui sont leurs parents, et que ceux-ci accepteront ces offrandes générales qu'ils ne peuvent pas leur adresser en particulier.

Voyage du capitaine CooJî, '1770.

A Zanzibare, sur la route, une indigène mit an monde un enfant, et bientôt on la vit debout près de sa progéniture. Les Zanzibar! accoururent à ce spectacle inaccoutumé.

— Jette-çà à la rivière, criait l'un d'entre eux.

— Pourquoi ? répliqua un autre, ne vois-tu pas qu'il respire ? Oui, mais il est tout blanc ! il doit avoir quelque maladie

affreuse !

«Ignorance, que de crimes s'abritent sous tes ténèbres ! Père ! pardonne leur, car ils ne savent ce qu'ils font ! » me disais-je en regardant ces hommes.

Sans même soupçonner qu'ils auraient commis un meurtre, ils eussent éteint cette petite flamme à peine allumée.

Stanley, Les ténèbres de l'Afrique.

Dans la région du Gaquingué, il existe une loi curieuse au sujet des femmes qui meurent en couches.

Le mari, en pareil cas, est obligé d'enterrer seul sa femme ; d'emporter le cadavre sur ses épaules jusqu'à la tombe, où il accomplit, sans l'aide de qui que ce soit, tous les labeurs funéraires . De plus, il doit payer aux parents de sa femme la valeur de la vie perdue et, s'il n'en a pas les moyens, il devient leur esclave.

Major Sehpa Pinto, Comment j'ai traversé V Afrique.

En Russie, la naissance d'un enfant est suivi du baptême qui a lieu à l'église. On mange ensuite en famille, et on s'enivre.

Pendant le cours des couches de la femme, ceux qui viennent la voir doivent, en s'approchant de son lit pour la féliciter ou s'informer de sa santé, glisser une pièce de monnaie dont la valeur varie, suivant la qualité et la fortune de celui ou de celle qui fait l'offrande. Les personnes de qualité ne peuvent donner moins d'un ducat. Les gens mariés sont seuls assujettis à cet usage, sans doute parce qu'il ne dépend que d'eux de se faire rembourser. A Pétersbourg, on a aboli ce petit impôt; on le paie très exactement à l^Toskou et dans toutes les provinces.

Damarze; DE PiAYMOND , TaUeau de l'empire de Russie, 1%\2.

SUR LES ACCOUCnEMEXTS 53

Maria Fiodorovna, très'douce de caractère, très charitable et très bonne, est aussi très pieuse et même quelque peu superstitieuse. On rapporte à ce sujet un fait curieux. La fille aînée de l'empereur, la grande-duchesse Xénia, porte un nom des plus vulgaires qui lui a été donné par sa mère. Voici comment : il y a une soixantaine d'années, vivait à Saint-Pétersbourg une vieille femme qu'on disait folle et qui passait pour sainte : ce qu'il y a de certain, c'est que sa tombe, au lointain cimetière de Smolensk, est un lieu de pèlerinage où les femmes en état de grossesse vont trouver un allégement à leurs douleurs. Or, très malade, et les médecins n'ayant pu calmer ses souffrances, Maria Fiodorovna s'en fut incognito sur cette tombe et ressentit presqu'aussitôt un mieux manifeste; accouchée, elle appela, en signe de reconnaissance, Xénia, du nom de la vieille femme enterrée au cimetière de Smolensk, la fille qui lui naissait, et il parait que depuis, chaque année, l'impératrice, accompagnée de la grande-duchesse Xénia, ne manque pas d'aller déposer des fleurs sur la tombe oubliée déjà de la sainte.

Rodolphe Darzens, L'Éclair, 10 novembre 1891 .

• • Accouchements extraordinaires 1^.

L'enfant qui parle avant d'être né. — Abù-1-Leyth al-Samarkandi (mort en Tan o75 de rhégire) raconte, dans son Djanhib algâlilm, édit. du Caire 13l)3, la légende suivante. Yezid b. Hanshnl) racontait au nom de son père : Un jour j'entendis le prophète dire : « Si l'ermite Djureydj avait été versé dans les écritures, il aurait su qu'il est plus important de répondre à sa mère que d'accomplir le culte divin. » Mais j'ai appris d'un autre l'histoire de Djureydj. C'était un ermite d'entre les enfants d'Israèl qui dans sa cellule se consacrait exclusivement au culte divin. Un jour, sa mère vint près de lui et l'appela : « 0 Djureydj. «Mais l'ermite ne répondit pas parce qu'il était absorbé

(1) V, Histoire des accouchements, p. 317,

dans ses prières. Alors sa mère dit : « Puisse le seigneur te conduire à ta perte par des courtisanes ! »

Or on raconte qu'une femme convaincue de libertinage désigna l'ermite comme le coupable et comme le père de l'enfant issu de sa faute. Gomme celui-ci affirmait vainement, par des serments, son innocence, il se fit conduire auprès de sa mère et lui dit : « Tu as invoqué Dieu contre moi et il a exaucé ta prière ; prie maintenant pour qu'il fasse éclater mon innocence. Lanière de l'ermite fit droit à sa demande; là-dessus, l'ermite se laissa ramener devant le roi qui le jugeait. Lorsque la femme qui l'accusait comparut encore une fois avec son enfant et maintint son accusation, l'ermite plaqua sa main sur la tête du nourrisson et dit : « Par la vérité de Celui qui t'a créé, je t'adjure dédire qui est ton père » ce à quoi l'enfant répondit : « N... le pâtre, est mon père » alors la femme dut reconnaître la fausseté de son accusation.

D'après une autre version, la femme était encore enceinte, lorsqu'elle accusa l'ermite. Celui-ci demanda qu'on l'amenât, lui et la femme, dans les champs sous l'arbre au pied duquel il était accusé d'avoir abusé d'elle et dit : « 0 arbre, au nom de Celui qui t'a créé, dis-moi qui a forniqué avec cette femme ? » Toutes les branches de l'arbre répondirent : « C'est le berger. » Ensuite il demanda à l'enfant dans le sein de sa mère qui était son père, et une voix sortit du ventre de la femme disant : « C'est le berger qui est mon père. » Alors le roi voulut faire rebâtir la cabane de l'ermite qui avait été démolie, avec de la matière d'or ou d'argent, mais l'ermite n'y consentit pas et- on la lui reconstruisit en argile.

(Mélusine^.

Le garçonnière (1). — Un jeune garçon fut envoyé par sa mère chercher de la médecine chez son oncle maternel. Il y alla et son oncle lui donna la médecine demandée ; mais au lieu de l'apporter à sa mère, le garçon la mangea lui-même. Cette médecine le rendit gros, ce garçon là. Quand il arriva à la maison, il dit à sa mère : « Mon oncle te fait dire que sa médecine est finie, qu'il n'en a plus. )) Plusieurs mois se passèrent ; la grossesse du jeune garçon

(1) Légende Bassoutos. extraite de l^Revuecles iraditiom^ populaires , Juin 1889.

SUR LES ACCOUGHESENTS 57

se développait. Quand il se sentit près du terme de sa grossesse, le jeune garçon dit à son petit frère, avec lequel il gardait les bestiaux : « Reste ici, pendant que je vais là-haut, sur la colline, visiter mes pièges à oiseaux. » Il accoucha seul, tout seul, en secret; il accoucha d'un petit garçon. Alors il l'enveloppa d'une vieille peau de mouton et le cacha dans une grotte, puis il s'en retourna chez lui.

Le lendemain, il prit ses seaux à traire et alla traire ses vaches : il mit de côté un peu de lait dans une petite corne pour en nourrir son enfant. Lorsqu'il eut fini de traire, il conduisit son bétail aux pâturages et le laissa de nouveau sous la garde de son petit frère, en disant : « Reste ici, pendant que j'irai visiter mes pièges ». Il monta sur la colline, et quand il fut arrivé sur la colline il se mit à chanter :

Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé,

Pleure, pleure, que nous t'entendions Nkolobé,

Tu es comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfanté par un homme, Nkolobé,

Tu es venu au monde avec les jeunes gnous des steppes, Nkolobé,

Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé.

Alors l'enfant se mit à crier : Ngué, ngué ! Le jeune garçon dit : « Que mon sein se remplisse de lait, afin que j'allaite Nkolobé ! » Son sein se remplit de lait et Nkolobé se mit à têter. Quand il eut fini, le jeune garçon le reporta dans sa grotte, puis vers le soir il le quitta et retourna chez lui. Le lendemain il alla comme toujours traire ses vaches ; il mit encore un peu de lait dans une petite corne. Puis il fit sortir les bestiaux et les conduisit au pâturage II dit encore à son petit frère : «Reste ici, je vais-là-haut visiter mes pièges à oiseaux ». Quand il arriva près de la grotte il se mit à chanter.

Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolol)é ! Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Tues comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfantépar un liomme,

[Nkolobé !

Tu es, venu au monde avec les jeunes gnous des steppes, Nkolobé ! Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolnl)é !

Alors l'enfant se mit à crier : Ngué, ngué ! Le jeune garçon dit : « Que mon sein se remplisse de lait, afin que j'allaite Nkolobé. » Son sein se remplit de lait et Nkolobé se mit à téter. Vers le soir

le jeune garçon retourna chez lui, comme à son ordinaire. Le lendemain, lorsqu'il eut trait, il garda de nouveau du lait dans sa petite corne et se rendit encore sur la montagne. Son frère s'en étonna et dit : « Pourquoi vas tu visiter tes pièges chaque jour ? » Puis, quand son aîné se fut éloigné, il prit un chemin détourné et se rendit sur la montagne par un autre côté ; arrivé là, il se coucha derrière un rocher. Au bout d'un instant l'aîné arriva, lui aussi ; le cadet l'entendit chanter :

Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Tu es comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfanté par un homme,

[Nkolobé.

Tu es venu au monde avec les jeunes gnous des steppes, Nkolobé ! Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé !

Puis il le vit prendre l'enfant et l'allaiter. Il se dit : « Ouais ! mon frère a un enfant. C'est donc là les pièges qu'il vient ainsi visiter chaque jour ! » Alors le cadet s'en alla sans avoir été vu, et retourna vers son bétail. Quand son aîné fut descendu de la montagne, le cadet lui dit : « J'ai mal à la tête. » Son frère lui répondit : « Tu peux t'en retourner à la maison ».

Lorsque le frère cadet fut de retour au village, il dit à sa mère : « Mère, mon frère a un enfant ». La mère lui répondit : « Un enfant ? comment serait-ce possible ? » Il répondit : « Il a certainement un petit garçon, là-bas, sur la montagne. » Alors la mère se prit à réfléchir et s'écria : « Est-ce que ce serait donc à cause de la médecine que je l'ai envoyé chercher chez son oncle maternel ? » Puis elle demanda àson fils: «Ne pourrais-tu pas nous faire voir cet enfant ?» — « Oiii, ma mère, je puis te le montrer où il est. » Ils y allèrent pendant la nuit, accompagnés du père du jeune garçon. Quand ils furent arrivés devant la grotte, le frère cadet se mit à chanter, en imitant la voix de son aîné :

Pleure, Pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Tu es comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfanté par un homme,

[Nkolobé.

Tu es venu au monde avec les jeunes gnous des steppes, Nkolobé ! Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé ,'

L'enfant se mit à crier : Ngné, ngué ! La mère du jenne garçon prit le petit enfant et lui donna le sein ; ils refermèrent soigneusement la porte avec de grosses pierres et retournèrent chez eux en emportant le petit enfant. Le lendemain le garçon, mère del'enfant, se leva tout joyeux comme d'habitude, alla traire ses vaches et comme toujours mit de côté un peu de lait dans sa petite corne. Puis il fit sortir son bétail et le conduisit au pâturage ; mais cette fois-ci son petit frère n'alla pas avec lui, il resta à la maison. Le garçon monta sur la montagne comme tous les autres jours, et se mit à chanter :

Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Tu es comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfanté par un lipmme,

[Nkolobé !

Tu es venu au monde avecles jeunes gnous des steppe^^, Nkolobé ! Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé !

Mais cette fois aucune voix ne lui répondit ; il s'approcha de la grotte, mais il ne vit rien. Il enleva les pierres qui en fermaient l'entrée, et vit que son enfant n'était plus là. Il pleura, il pleura tout le jour. Vers le soir il retourna chez lui, mais il n'était plus joyeux comme d'habitude, et s'assit près du feu et fondit en larmes. Sa mère lui dit : « Pourquoi pleures-tu, mon enfant ? « H répondit : « Je ne pleure pas, c'est la fumée qui me fait mal aux yeux. » Sa mère reprit : « Assieds-toi à une autre place, pourquoi te tienstu si près du feu ? » Il se leva et entra en rampant dans la hutte, où il s'endormit le cœur gros. Le lendemain, toujours pleurant, il se rendit au pâturage avec son troupeau, et en revint le soir plus triste que jamais. Sa mère lui demanda encore : « Pourquoi donc est-ce que tu pleures ainsi? serait-ce parce que tu n'as plus ton enfant ? » Cette fois-ci il n'essaya plus de rien nier, et répondit : «Oui ! c'est pour cela. » Alors sa mère le fit entrer dans sa hutte à elle, et lui montra son petit enfant, en lui disant : « Le voilà, ton enfant ! comment donc as-tu pu mettre au monde un enfant, toi qui es garçon ? Cet enfant, d'où l'as-tu ? » Il répondit : « C'est à cause de la médecine que tu m'as envoyé chercher chez mon oncle maternel: je l'ai mangée enroule au lieu de te l'apporter ; c'est là la cause de ce qui m'est arrivé. »

Voici les paroles de la chanson que le garçon chante à son fils

Nkolobé, avec la musique, telle qu'elle a été recueillie et notée par mon ami, M. Déter : (1)

ÈEÉ

r-rTrF^^=^=Q^=^=^

Lîia.lla,re.uililue,Nkoiû.be! LIa.lla, reuthiue,NkoJobe'

B-ka ue-jQa^j, fea ua tsua-io - a la mo-tho. Nko-lo-be

Un phénomène. — ...J'ai l'honneur de vous communiquer un « fait extraordinaire » dont j'ai été témoin, et dont cinq cents personnes pourraient, tout comme moi, certifier l'exactitude. Depuis vingt-quatre heures, un propriétaire d'ici, M. Côme, attendait au delà des délais naturels que sa vache, une bête superbe, lui donnât un veau ; il dût se résigner à faire faire l'opération césarienne par un vétérinaire... Devinez ce qui vint au monde ?

Un ours ! !... un ours magnifique et parfaitement conditionné, un ours pesant au moins 100 kilos, armé de redoutables dents et recouvert d'un poil touffu... Si je ne l'avais vu... jamaisje n'aurais pu croire à un pareil phénomène !. . .

(1) C'est à Uobligeance de Madame Déverleu, la femme d'unde mes collègues, que je dois ce curieux lécit. Elle l'a écrit sous la dictée d'une vieille femme, aujourd'hui chrétienne, nommée Francina. Je l'ai traduit littéralement. Indépendamment de sa valeur intrinsèque, ce conte est fort intéressant, en ce qu'il nous montre jusqu'à quel point les indigènes du sud de l'Afrique croient à l'efficacité des charmes ou des médecines. Ils leur accordent une confiance absolument illimitée. Ainsi, il j a deux ans, j'ai entendu raconter à plus d'une reprise, comme vraie, l'histoire d'un jeune garçon qui aurait accouché d'un enfant à peu près dans les mômes circonsiances que dans le conte ci-dessus. Les plus intelligents sans doute n'y croyaient pas ou n'y croyaient qu'à demi, mais pour beaucoup la chose ne faisait aucun doute. Le merveilleux pour eux n'a pas besoin d'être vraisemblable ou simplement possible; plus il est exagéré et insensé, et plus aussi il a de chances de se faire accepter. J'en ai eu maints exemples qui dépassent tout ce qu'on peut imaginer.

E. Jacottrt.

Le propriétaire m'a raconté que sa vache portait depuis plus de riuatorze mois (juste la période de gestation des ourses) et qu'il se souvenait qu'un mois après qu'elle était pleine, un montreur d'ours avait donné devant sa porte et sous r œil de sa vaclie, une représentation aux baigneurs des Grandes-Dalles ...

Que de plus savants que moi expliquent le phénomène, mais voilà qui combattrait singulièrement la théorie de Y indépendance adsohie du rejeton dans le. . . sein de sa mère !...

Veuillez agréer, etc.

Etienne Rey, Artiste du Gvmmase.

Maria- Josepha. — Cette curiosité tératologique a été exhibée en 1891, au théâtre de la Gaieté dans une pièce faite pour la circonstance. M. le docteur Delineau donne sur ce phénomène, qui présente plusieurs points de ressemblance avec Hélène-Judith et avec Millie-Ghristine, les curieux renseignements suivants :

Rosa-Josépha sont âgées de quatorze ans et demi. Elles sont nées le 20 janvier 1877, à Skrejchow, village situé près de Tabor, en Bohême, à 50 kilomètres de Prague.

Le père est d'une taille ordinaire, il est âgé de quarante ans. La mère est une petite femme, elle a trente-sept ans.

Ces braves gens, M. et Mme Franck Blazëck, qui suivent aujourd'hui leurs enfants, cultivaient leur petit bien dans leur pays, quand on est venu leur persuader qu'ils feraient fortune en exhibant leur phénomène. Ils sont d'une bonne santé et paraissent intelligents. L'accouchement, dit la mère, s'est fait naturellement. La grand'mère maternelle assistait sa fille ; elle est morte de frayeur à la vue du monstre naissant.

On laissa d'abord les enfants sans. soins, les bonnes femmes du pays ayant déclaré que ces petits êtres ne pouvaient pas vivre ; mais on s'aperçut, au bout dequelquesjours, qu'ils respiraient, et, sur le conseil d'une voisine plus éclairée que les autres, on les mit aux seins de la mère, qui les nourrit pendant deux ans.

Elles sont élevées au petit bonheur, sans aucune précaution, sans aucun soin particulier, pataugeant, pieds nus, comme la plupart des enfants de la contrée, dans l'eau, dans la boue ou dans la neige .

Elles ont une sœur âgée de dix-sept ans et un frère âgé de trois ans, conformés comme tout le monde.

Ces deux fillettes, d'un développement égal, jouissant d'une même activité physiologique, sont réunies par la partie centrale postérieure ; leurs extrémités supérieures et inférieures restent

FiG. 2.

séparées et distinctes. Elles doivent être classées dans la catégorie des autosites (qui se nourrissent d'eux-mêmes) pygopages (réunis par le bassin).

Elles sont soudées ensemble par le sacrum et le coccyx. Elles se tournent donc le dos. Les deux bustes, pourvus isolément de tous les organes de la respiration, de la digestion et de la circulation,

sont assez éloignés l'un de Tautre pour permettre la liberté de tous les mouvements du tronc .

La soudure est osseuse résistante, indivisible et si complète que, si Rosa se baisse pour ramasser un objet à terre, Josépha est soulevée malgré elle et sans difficulté. Quand l'une marche en avant, l'autre semble plutôt entraînée, touchant à peine le parquet et donnant de temps en temps une petite poussée du bout des pieds, comme pour aider sa sœur.

Elles marchent très vite dans le sens latéral. Leur allure est alors un peu oblique, à la façon des crabes. Elles courent, sautent avec une agilité extraordinaire. Elles peuvent s'asseoir en faisant exécuter à leur deux rachis un léger mouvement de torsion, et se présentent ainsi presque de face.

La peau est blanche et fine; elle ne forme aucune saillie, aucune dépression au niveau de la réunion osseuse.

Leurs figures se ressemblent. Elles sont d'un aspect agréable. Cheveux l)londs, flavescents, teint clair. Les yeux sont vifs et langoureux, le nez un peu busqué, visage ovale.

Leurs physionomies gaies, intelligentes, font oublier le côté pénible et attristant de leur difformité.

Ce sont, en somme, deux fillettes complètes, ayant tout en double, excepté l'anus, qui est commun aux deux personnes. Elles ont chacune un bassin adossé, soudé l'un à l'autre par la région sacrococcygienne ; chacune, un ventre à ombilic central. Elles ont donc eu chacune un cordon ombilical.

La fente vulvaire de l'une se continue sans interruption avec celle de l'autre : paraissant, à première vue, ne faire qu'une seule vulve, située entre les quatre cuisses, avec un seul anus au centre, un périnée commun, et deux vagins latéraux. Il y a deux clitoris, deux urètres.

Quand on donne un lavement à Rosa-Josépha, si l'on enfonce la canule de 4 ou S centimètres, les deux personnes en ressentent l'effet bienfaisant: si la canule est poussée jusqu'à 10 centimètres environ, l'effet du liquide n'est plus ressenti que par une seule.

Un purgatif donné à Tune n'a pas d'effet sur l'autre.

Il y a donc une jonction des deux rectums, se bifurquant en angle plus ou moins ouvert, au-dessous de la région coccygienne, pour ne former qu'une seule ampoule rectale, de 5 ou 6 centimètres de long, terminée par un seul et unique anus.

Josépha avait, l'autre jour, mangé tant de fraises qu'elle en a été malade. Elle a eu seule des coliques. Elle a eu des besoins fréquents d'aller à la selle.

Rosa s'est fâchée d'être dérangée à chaque instant. Mais, comme elle était naturellement obligée de suivre Josépha dans tous ses mouvements fonctionnels, elle ressentait, chose à noter, au moment même de la défécation, le même besoin final que Josépha, ce qui s'explique par l'excitation réflexe des nerfs de l'ampoule rectale commune'^ aux deux sujets, au moment du passage des excréta.

Les envies d'uriner sont distinctes. Il y a donc deux vessies.

Ces enfants n'ont pas encore atteint l'âge de la puberté. Leur sœur aînée a été formée à quinze ans. C/est l'âge habituel du début de la menstruation dans la race bohémienne. Les glandes mammaires sont peu développées. Nul ne doute que, possédant ainsi deux ventres, deux vessies, deux vagins, deux clitoris, deux urètres, elles n'aient également deux utérus. Elles auront donc leurs règles séparément, isolément. Contrairement à ce qui a été dit, elles pourraient devenir mère chacune pour son compte personnel, car si ces deux êtres ont droit à la vie, elles doivent avoir droit â la reproduction.

Elles sont de même force, de même taille f'l™32). Cependant Josépha s'est affaiblie, ayant été atteinte, il y a dix-huit mois, d'accidents nerveux pendant cinq semaines,par suite d'une frayeur : un chien s'étant un jour jeté sur elle. Rosa, qui n'a jamais cessé de se bien porter, a pris une certaine prépondérance physique et morale sur Josépha. Rosa se tient plus droite que sa sœur. C'est elle qui prend généralement l'initiative des mouvements d'entraînement.

Elles ont chacune leur sensibilité propre.

Les excitations de la peau (piqûres, brûlures, pincements), ne sont perçues par les deux, qu'au niveau de la soudure et dans un rayon de dix centimètres environ autour du point médian de la réunion. La sensation s'affaiblit à mesure que l'excitation cutanée s'éloigne de ce point central. Rosa a eu seule le croup il y a deux ans. Elles ont eu toutes deux la rougeole à (;inq ans. Josépha fut atteinte la première.

Elles éprouvent ordinairement le besoin de dormir en même temps ; mais quand elles dorment, le plus petit mouvement de

l'une réveille l'autre. Les mouvements respiratoires ne sont jamais isochrones, ni par le nombre ni par leur amplitude.

Les cœurs ne fonctionnent pas en même temps.

Les pouls ne sont pas synchrones.

Le pouls radial de Rosa bat ordinairement 85 à 90 fois à la minute, celui de Josépha 75 à 80 fois.

Leurs cœurs, leurs foies et autres organes sont normalement placés.

Vues de face, chacune d'elles parait complète. Mais si on les examine dans le sens latéral, on voit entre elles, à la région sacrofessière, une sorte d'ensellure en forme de pont de 19 centimètres de long sur 15 de large qui les sépare largement, tout en les réunissant: ce qui fait qu'elles ne se toucheni pas des épaules ni du dos et qu'on croirait les voir disposées à se mouvoir à la manière des quadrupèdes. Au-dessous de cette union, quatre jambes et quatre pieds bien conformés et bien placés.

Les parties supérieures du tronc sont très espacées. Il n'y a aucune communication directe entre les deux cerveaux.

Les deux occiputs sont, dans l'attitude ordinaire, distants de 48 centimètres

Chacune a sa volonté, ses goûts, ses aptitudes.

Ces deux fillettes peuvent donc manger, parler, lire, travailler chacune à sa fantaisie, comme si elles étaient séparées: mais dans les points où a lieu la fusion, elles deviennent complètement dépendantes l'une de l'autre, et ne forment, en somme, qu'un seul groupe contraint d'agir comme une seule masse.

Aussi observe-t-on que ce qui est résolu par l'une, est immédiatement suivi par l'autre, comme s'il n'y avait qu'une volonté pour les faire mouvoir; qu'un mouvement étant voulu par l'une, l'autre est obligée de s'y soumettre sans réflexion, par entraînement, comme par habitude ou par nécessité.

De là, une harmonie apparente, plus instinctive que raisonnée. I^lles éprouvent rarement le besoin de se parler et de se communi(|uer leurs idées: tandis qu'elles causent volontiers avec les personnes qui comprennent leur langue, car elles ne parlent (|ue le tchèque. Elles ne savent actuellement que trois mots de français : Vive la France !

Elles sont très intelligentes, très vives et très alertes. Elles ont ;)})pris à jouer passa))lement du violon en un mois et demi. Je les ;ii vues jouer au ballon dans un jardin et grimper à une fenêtre.

sauter par-dessus la barre d'appui a la recherche du ballon perdu, plus prestement et plus drôlement que ne l'aurait fait un enfant ordinaire de leur âge.

Ces demoiselles ne sont point toujours d'acnord. 11 y a des jours où elles se boudent, où elles se griffent. Le père et la mère Blazëck doivent alors user de leur autorité pour les calmer.

La question la plus intéressante que tout le monde se pose, au spectacle de ce phénomène pygopage, est celle-ci : Pourrait-on séparer les deux sœurs ? Assurément non. D'abord, Rosa et Josépha n'ont pas du tout envie, pour le moment du moins, de se faire séparer.

Elles sont contentes de leur sort, qui a toujours été le même depuis la naissance, pour l'une et pour l'autre ; elles sont actuellement enchantées du mouvement de curiosité qu'elles excitent. Elles sont adulées et bien soignées. Elles sont, gourmandes^ coquettes; elles adorent le Champagne. Leur difformité fera leur fortune.

Enfln, il ne serait pas possible de songer à une séparat'on autrement que par une opération sanglante; or, il faudrait scier le sacrum. Il est probable que chez elles, comme chez Judith et Hélène, il y a réunion des deux aortes entre elles et des deux veines caves inférieures, ou tout au moins des artères et veines iliaques, des artères sacrées, etc. De là une communauté de vie et de fonctions indissolubles. Il faudrait aussi diviser l'ampoule rectale et l'anus commun, etc., etc.

Rosa et Josépha resteront unies l'une à l'autre et mourront infailliblement l'une par l'autre, sans qu'il soit possible de les séparer avec succès, même en présence du décès de l'une d'elles, et contrairement à ce qui eût pu être fait par les frères siamois, si les secours médicaux, que réclamait à grands cris le survivant, avaient pu lui être donnés à temps.

(Le patricien).

•k Faits divers

La fécondité de M. Blunet. — C'étoit un petit bourgeois de Paris, sans rang, sans fortune, sans crédit, sans talens spirituels. Eh !

pourquoi en parlez-vous, me dira-t-on ? Attendez, vous saurez pourquoi. C'est que ce Blunet fit à sa femme vingt-et-un enfant en sept fois de suite ; or il n'y eut peut-être pas dans toute l'antiquité un exemple d'une fécondité si prodigieuse. C'est l'hercule parisien que Blunet .

Ces enfants tri-jumeaux furent baptisés, vécurent les uns plusieurs jours, les autres plusieurs mois ; et il en resta douze des plus forts, tous grands, et en bonne santé.

Comme le public émerveillé ne savait à qui attribuer cette espèce de prodige, et qu'on disputoit à qui de la femme ou de lui on en attribueroit l'honneur, Blunet coucha avec une servante qu'il avoit, et au bout de neuf mois la fille accoucha de trois enfans mâles.

Blunet mourut en 1685. C'est dommage qu'on n'ait pas suivi l'histoire de ses descendans; mais alors on avoit l'esprit moins porté à l'observation des phénomènes qui tiennent à l'histoire naturelle.

Qu'on se moque encore chez l'étranger de la mollesse des parisiens ! Ils n'auront qu'à répondre : Et Blunet ! où est parmi vous sonx^areil?

MERCIER, Tableau de Paris.

Sagesse d'une mère. — Les anecdoctes secrète du diœ-lmitième siècle nous donnent le récit suivant : -(Quand une jeune personne n'a pas assez de force pour combattre la nature et une passion qui quelquefois n'a dans son principe rien de repréhensible, il est rare qu'elle ne trouve des moyens pour cacher les suites de sa faiblesse. La publicité est souvent le plus grand mal ; des parents bourrus et emportés ont plus de tort qu'une fille sensible et sans expérience, lorsqu'ils ne l'aident pas à cacher sa faute. Madame C, mère respectable et adorée de ses enfants, pense ainsi, mais elle est unie à un homme dont les principes sont bien différents.

Un jour elle découvrit un mystère que sa fille s'était en vain efforcée de lui cacher ; elle obtint l'aveu ; un cœur simple et innocent ne peut employer longtemps la dissimulation avec une mère tendre et chérie. Madame C. .., essuie les larmes de sa fille, et lui promet son secours pour dérober cette aventure à un père redouté !

L'inimitable mère feint qu'elle est elle-même enceinte, et suivant l'usage qu'elle avait établi dans son ménage, interdit à son mari l'entrée de son appartement à toutes les heures où il aurait

pu dévoiler le mystère ; des liardes artistement arrangées, de petites précautions de santé, et des soins de toute espèce annoncent à tout le monde la grossesse de Madame G. ..

Le moment approche; cette mère généreuse paraît désirer que sa fille soit témoin de toutes les circonstances de l'accouchement, pour lui servir d'utile leçon (1); le chirurgien était dans le secret, quand le père entra, il voit sans surprise (2) dans le lit, avec la prétendue accouchée, sa fille qui feignait d'être malade du spectacle touchant (3) auquel elle avait assisté; et donne mille témoignages de tendresse à un petit-fils qu'il croyait lui appartenir déplus près.

L'enfant est nourri dans la maison; sa mère véritable a du moins la consolation de l'embrasser comme son frère. Elle peut aujoud'hui le regarder sans rougir, puisqu'elle est à la veille de s'unir à celui auquel il doit le jour (4).

L'accouchement d'un cordelier . — Il faut que je vous raconte une anecdote fort comique, qui s'est passée la semaine dernière et dont on a beaucoup parlé. Un cordelier, qui paraissait âgé de dixhuit ans, allait de Rouen à Paris ; il entra dans une hôtellerie et se mit à table avec beaucoup de monde. Tout d'un coup il est saisi de douleurs violentes ; on le porte sur un lit, et un moment après on entend crier dans la maison : « Le cordelier accouche! eh ! vite? au secours ! » et puis un instant après, « il est accouché d'une fille.» On ne sait pas encore quelle est la personne qui s'était déguisée d'une façon si étrange. (5j

Corres2)oadance de M""^la duchesse d'orléâxs, IBdéc. 1717-

(1) Ceci est assez dix-liuitième siècle. Chacun connaît les étonnantes leçons que Didei-ot donnait à sa lille, âgée de douze ans.

(2) Sans surprise ! Ce père pouvait avoir des principes, mais nous le soupçonnons d'avoir été un franc nigaud.

tô) Et surtout mal];)ropre.

(4) Cette admirable conduite de madame C... n'aurait pas l'approbation du code pénal ; elle punirait de la réclusion les manœuvres de cette mère hiimltable et généreusa. — Cf. la préface que M. Henri Fevre a mise à son roman Y Honneur; Y. nos Accouchements clans la littérature [prose). La même anecdocte est racontée dans Les heures perdues d'ion cavalier français, sous le titre de l'enseignement complet.

(5) Déjà Loret, dans sa gazette rimée, raconte l'histoire d'une femme déguisée en ermite qui accoucha, le 24 février 1657, sur le coche d'eau de Montereau. V. nos Accouchements dans la littérature [vers).

Accouchement d'un page. —L'histoire du cocher est arrivé Tan dernier en Angleterre ; hi princesse de Galles l'a également racontée. Ce cocher ne devait pas avoir une longue barbe comme en portent ceux d'ici, et l'anecdote de son accouchement me fait souvenir du comte de Kœnigsmark, frèi-e cadet de celui qui eut une fin tragique à Hanovre. Une jeune tille anglaise le suivait, habillée en page (1); je l'ai vue; elle avait de longs cheveux bruns et frisés en grosses boucles, de vives couleurs, de belles dents et une jolie bouche, mais elle était petite et grosse. Comme nous revenions de la chasse, le comte m'ayant raconté toute l'histoire, je me plaçai comme si j'étais curieuse de voir son pavillon turc ; il appela le page, et lui dit de descendre le cheval ; celui-ci obéit promptement et aida son maître à descendre aussi ; j'eus de cette façon toute facilité pour le voir de très près. Le comte étant plus tard à voyager en Italie, on lui dit un jour dans une auberge : « Monsieur, votre page est fort malade d'une collique », et un moment après : «(Monsieur le comte, votre page accouche » ; elle mit au monde une fille. Ce prétendu page s'est retiré depuis dans un couvent, où elle ne s'est point fait religieuse, maisoùellea vécu honorablement et pieusement jusqu'à samort.M. le marc|uisde Thiange, qui était un grand ami du comte, a, après sa mort, pris soin de la petite fille et lui a fait obtenir une pension du roi, qui lui donne les moyens de vivre. M'"*" Duchesse d"Orléa.ns, 27 avril. 17*20.

Un tour des tours. —La fille d'un bourgeois qui était assez riche, et âgée de c[uatorze ans, fut enlevée par un jeune homme, et devint enceinte ; elle fut assez adroite pour cacher la chose, et elle accoucha en secret d'un enfant, qu'on porta de suite aux Enfants trouvés : elle lui fit une marque pour le reconnaître plus tard. Pendant deux ans elle en eut soin : elle allait le voir, et lui fournissait ce qui lui était nécessaire. Un riche marchand de Paris devint amoureux de cette créature et l'épousa ; mais comme ses visites à l'hospice des Enfants trouvés lui donnaient des soupçons, elle cessa de les faire. Après avoir vécu vingt ans avec son mari, il mourut, lui laissant toute sa fortune. Elle avait un grand penchant pour le premier garçon de boutique do son mari, et il fai-

(1) Ce page était la belle comtesse de Southarapton que Charles-Jean de Kœnigsmark avait i-encontrée à V(misG.

mait aussi. Un jour elle s'aperçoit que son mari a sur le corps un signe pareil à celui qu'elle a fait à son enfant ; elle court aux Enfants trouvés et demande ce qu'est devenu le jeune homme dont elle avait pris soin. On lui répond qu'en grandissant, il avait montré du goût pour le commerce, et était entré chez un riche marchand dont on lui dit le nom, et c'était celui de son mari défunt. La femme ne put pas douter davantage que son second mari ne fût son fils : le confesseur lui ordonna de tenir l'histoire secrète et de ne pas avoir de commerce avec son mari^ jusqu'à ce que la Sorhonne ait décidé à cet égard, et l'on ne sait pas encore ce que sera cette décision.

M™e Duchesse d'Orléans, 1701.

Un mari trop aimé. — Un Anglais, nommé Nichols, mourut à Londres le vendi-edi 8 décembre 1775. Sa femme était accouchée le

FiG. 3.

même jour de deux enfants. On ne lui dit rien de la mort de son ,mari. Mais elle soupçonna quelque chose puisqu'elle ne le voyait pas du tout. Dimanche, sa servante étant à l'église^ elle se leva,

alla chercher son mari, et le trouva dans l'appartement voisin, déjà mis dans le cercueil ; à cet aspect, la douleur, dont la tendresse de son cœur fut prise, fit qu'elle tomba à l'instant sur son époux mort, et expira également dans le même instant. Exemple de véritable amour et de tendresse qui fait honneur au beau sexe ! aussi bien est-ce un témoignage du mérite de son époux.

Aimanacîi, 1775.

Jalousie espagnole. — Un médecin François à la suite d'un général d'armée espagnole, raconta dans le camp, en présence de plusieurs officiers, qu'étant peu avant à Saragosse, il avoit traité des suites d'une fausse-couche, une jeune dame, qui pour n'être pas connue, se mettoit un masque toutes les fois qu'il venoit la voir, et qui ne lui avoit donné la préférence sur les autres médecins de la ville, que parce qu'il étoit étranger, et qu'elle avoit appris qu'il devoit incessamment partir. Il ajouta qu'il l'avoit d'abord soupçonnée d'être la femme d'un militaire, au costume d'un portrait d'homme qu'elle portoit en brasselet ; mais que c'étoit, sans doute, un habillement de fantaisie, puisqu'il ne voyoit point d'uniforme semblable dans toute l'armée, et à l'instant, il se mit à en faire la description. Le mari de la dame étoit malheureusement du nombre de ceux qui l'écoutoient. Il avoit resté dix-huit mois prisonnier de guerre, et après avoir été échangé, il avoit rejoint son régiment avant de se rendre chez lui. Dans cet intervalle, son uniforme avoit été changé, et il ne portoit plus lui-même celui dont étoit revêtu son portrait, ce que le médecin ignoroit parfaitement. Cet officier étoit un homme jaloux et méfiant; il dissimule cependant : mais dans d'autres conversations, l'ayant mis sur la même voie, et riant avec lui de l'aventure, il en apprit assez pour croire qu'il pouvoit bien être une des parties intéressées.Et pour désirer d'éclaircir le fait par lui-même, impatient, il partit sur le champ en poste pour aller trouver sa femme. A la faveur des premiers indices et du trouble où la jetèrent les soupçons de son mari, elle fut convaincue d'une infidélité ; et dans la chaleur des premiers reproches, cet homme furieux lui ayant vu le malheureux brasselet en question, il lui abattit le bras d'un coup de damas, s'en saisit, reprit la poste, se rendit au camp, alla

trouver le médecin, lui demanda s'il reconnoissoit ce bras et ce brasselet ; et sans attendre sa réponse, il lui brûla la cervelle d'un coup de pistolet.

D'" Delaunay, L'esprit d'un sfff/e médecin.

Les fausses orphelines. — Dans un même berceau, deux enfants dorment, deux tout petits enfants, âgés de cinq ou six jours. Ils dorment, les innocents, ou plutôt les innocentes, car ce sont deux filles, sans se douter que le poids d'un terrible mystère pèse sur leurs têtes. Ces enfants sont nées d'hier, leurs pères et leurs mères vivent, sont là près d'eux, penchés sur leur couche commune, les couvant d'un même regard de tendresse — et cependant elles sont orphelines. Oui, orphelines, car elles sont l'une et l'autre sans père et sans mère, bien que leurs pères et leurs mères... Mais je l'ai déjà dit.

Vous connaissez l'histoire. Une mère et sa fille habitent le même appartement. Elles accouchent le même jour, à la même heure, chacune d'une fdle. Le fait, avouez-le, n'est pas commun. Il l'est si peu que, de tous côtés, parents et amis accourent à la première nouvelle. Gomment, toutes deux ensemble ! Est-ce possible ? Et toutes deux d'une fdle ? Vraiment, c'est à n'y pas croire ! C'est pourtant vrai, il n'y a pas à dire, car enfin les voilà, les deux mignonnes, couchées côte à côte dans le même berceau. Sont-elles assez gentilles, hein ? Gentilles à croquer, parole d'honneur ! Et on les croque, en effet, on les mange de caresses, on se les passe de main en main ; puis, comme il faut être raisonnable, on les recouche. C'est égal, c'est drôle tout de môme ! Et comment lesappellet-on ?

Ma foi, comment on les appelle, je ne saurais trop vous le dire. Mettons Thérèse et Ursule si vous voulez. Ah ! Thérèse et Ursule !.. C'est parfait. Deux jolis noms. Ursule, surtout. — Et où est-elle, Ursule ? — Comment où elle est? Mais là, dans le berceau. — Sans doute, mais il y en a deux dans le berceau. Laquelle des deux est Ursule? — Laquelle ?... Cette bêtise!... Celle qui.. . Celle que... Ah. sapristi, mais nous ne savons plus maintenant! — Comment, nous ne savons plus?^ — Eh, non, parbleu ! vousles avez si bien changées de place, tournées et retournées, que nous n'y connaissons plus

rien. Où est Ursule ? Est-ce que nous savons, à présent ?... Le diable vous emporte : Vous avez fait là un joli coup !

Le fait est que le coup est d'une drôlerie suspecte. On a commencé par en rire : on finit par en rester tout bête et par la trouver mauvaise décidément. Voyons, voyons, ça ne peut pourtant pas durer comme ça... Il faut qu'on arrive à les reconnaître, ces petites! Allons, vous, les mamans, parlez un peu, s'il vous plaît, et tirez nous d'embarras ! Laquelle est la vôtre, vous ? Et vous, laquelle est la vôtre ?

— Est-ce que nous savons ? s'écrient les deux mères à l'unisson. Vous croyez peut-être que nous avons une marque de fabrique !

Une marque de fabrique ? Non, évidemment, elles n'en ont pas, Saperlipopette, comment sortir de là ? Si encore il y avait un garçon et une fille, l'embarras ne serait pas long. Mais non deux tilles, deux chiffons identiquement pareils. C'est à donner sa langue aux chats.

Les chats de la maison, s'il y en a, n'ont pas dû jeûner depuis cinq jours. Il a même dû y en avoir pour ceux des voisins.

C'est égal, à y bien réfléchir, la situation n'a rien d'absolument folâtre. Pour ne parler que des deux mères, elles doivent trouver que cette fantaisie du hasard dépasse un peu les bornes de la plaisanterie permise. Gomment, avoir chacune une fille, et ne pas savoir sur quel front poser le baiser maternel '? L'incertitude, il faut en convenir, peut paraître pénible. Les deux femmes, à vrai dire, ont, en leurs qualités respectives de mère et de fille, un moyen de s'en tirer : C'est d'adorer également leurs deux petites, tout d'un bloc, comme si toutes les deux étaient à chacune d'elles. Rien ne dit même qu'elles ne s'arrêteront pas à ce parti-là. N'empêche qu'il peut y avoir, à certains moments, quelque chose d'agaçant à se dire en embrassant une fillette qui grandit, embellit, devient femme peu à peu : Voyons tout de même, est-ce ma fille ou ma petite-fille que j'embrasse ?

Et, si l'une des deux, en grandissant, devient laide ou désagréable, ou tourne mal? Voyez-vous d'ici les disputes et les balles qu'on se renvoie à la tête ! Et les fillettes elles-mêmes, le jour où elles se chamailleront pour une poupée d'aljord, puis pour un ruban et, qui sait ? peut-être un jour pour un amoureux ; entendez-vous d'ici l'une des deux direà l'autre : « Et puis, après tout, c'est à toi de me céder. Je suis ta tante, en somme ! » et l'autre répliquant : « Nièce toimême ! qu'est-ce que tu en sais ? »

Et, en attendant, il y a l'état civil, qui ne badine pas. Comment inscrire ces deux petites ? A quels parents attribuer l'une et l'autre? C'est qu'outre la question d'identité physique, il y a celle des droits respectifs et des futures successions... Si les notaires de Lyon ne s'y font pas de cheveux blancs, c'est que leurs perruques sont garanties bon teint.

Non, décidément, voyez-vous, il n'y a que la voix du sang qui puisse nous tirer de cette impasse. Mais, voilà, si la voix du sang reste muette ?

Allons, M. Dennery à la rescousse ! C'est votre spécialité, ça, la voix du sang. Voilà le cas, ou jamais, de prouver à votre siècle que vous ne l'avez pas berné, pendant 'cinquante ans, avec des histoires à dormir debout. Faites-nous parler la voix du sang.

{La Paix)

Un accouchement en ballon. — Pendant l'exposition universelle de 1878, une dame arrivée au terme de sa grossesse, eut la fantaisie de faire une ascension en ballon captif. Or, par l'effet du changement de pression atmosphérique, il survient souvent des épistaxis chez les aréonautes. En vertu du même phénomène, chez notre sujet il y eut accouchement tellement rapide, que bien avant que le ballon eût terminé son évolution, l'enfant était né et né secondum artem, car pariiasard il y avait un médecin dans la nacelle. La délivrance fut faite, et le placenta, lancé dans l'espace, alla tout juste tomber dans la Seine, où il fut dévoré par une carpe. Quand on put attérir, l'enfant était enuiailloté : un jupon de la maman avait suffi pour confectionner une layette, il est vrai des plus élémentaires.

Un accouchement en bateau. — C'était par une belle nuit d'octobre. La lune répandait sur le canal de la Somme sa joyeuse clarté blanche. Les peupliers voisins se balançaient mollement sous une légère brise. L'eau venait doucement clapoter sur les rives garnies de roseaux, de menthes et de véroniques. Je vis rarement rien de plus poétique. Le bateau était chargé de galets pris à la pointe du

Hourdel et gagnait les fabriques de faïence de Sarreguemines. Il était habité par un ménage patriarcal. Des enfants nés dans les endroits les plus variés, étaient couchés deux par deux et par étages successifs dans un meuble cjue je comparerais volontiers à une grande commode. Dans une autre pièce que celle où ils se trouvaient était le lit de l'accouchée. « C'est la plus belle chambre de la maison, me dit le marinier. » On y pénétrait par le plafond, à l'aide d'une échelle presque verticale; elle était exiguë, mais surtout extrêmement peu élevée, car tout le temps que j'y demeurai, je dûs rester assis ou courbé ! L'accouchement lui-même n'offrit rien de particulier.

D. Pierre. Gazette mécUcale de Picardie.

Accouchement dans une voiture de saltimbanques. — Il n en

fut pas ainsi de celui que je fis chez les saltimbanques. C'étaient des pauvres, courant de villages en villages pour gagner péniblement une vie des plus médiocres. Ils avaient pour tout bien une voiture à deux roues, accablée de vétusté, qu'au relai on callait tant bien c{ue mal avec de méchants bâtons, et un vieux cheval à longs poils dont l'échiné avait depuis longtemps oublié les caresses de l'étrille. Le père était amputé d'une cuisse. Comme sa femme, il avait le teint bazanné des gitanos, quoiqu'il se prétendit alsacien. Les enfants, il y en avait bien une douzaine, étaient foncés comme eux, à l'exception d'un gros garçon aux cheveux roux. La mère, quand je la vis, étaiten proie à des accès éclamptiques subintrants,et avait perdu connaissance à dix lieues de chez moi. L'amputé n'eut-il pas le toupet de me dire qu'il l'avait amenée de loin dans cet état, attiré par ma réputation. Il était onze heures du soir quand je pénétrai dans leur misérable intérieur, qui n'avait pas trois mètres carrés de superficie. Dans un coin, sur quelques brins de paille, tous les enfants dormaient enchevêtrés les uns dans les autres, montrantles uns leurs bras et jambes, ceux-ci leur tète et ceux-là leur derrière. A droite, un gros chien grincheux; à gauche, une table boiteuse ; au milieu, deux escabeaux dont l'un pour l'amputé et l'autre pour moi.Toutprès,un méchant grabat sur lequel la patiente se débattait. Le col était dilaté, mais l'utérus était frappé d'inertie ; les battements du cœur fœtal ne s'entendaient plus; les crises éclamptiques

7(i ANECDOTES

malgré du chloral et une saignée, continuaient, je retirai le fœtus à l'aide du forceps. Etait-il mort? Je crus saisir un battement de cœur, quoique le cordon coupé ne laissât pas couler de sang. « Baptisez-le, monsieur » me dit le père, qui s'accroupit dans la posture de la prière, pendant que je prononçais les paroles sacramentelles. Mais l'enfant ne revint pas à lui: envain je fis des frictions et massages; en vain je fis la respiration artificielle et pratiquai l'insufflation; rien n'y fit. Cependant un orage, qui menaçait depuis longtemps, éclata tout à coup; le vieux cheval, qui errait à l'aventure non loin delà, se réfugia brusquement contre la voiture; celle-ci perdit son équilibre s'abattit sur ses brancards. La lumière s'éteignit, et nous roulâmes tous les uns sur les autres, enfants, chiens, amputé, éclamptique et accoucheur. C'était une situation infernale. La pluie tombait à torrents, le tonnerre roulait des coups précipités, les éclairs sillonnaient la nue. A l'arrière de la voiture, le cheval bondissait et nous secouait comme des noix dans un sac, le chien aboyait, les enfants criaient, l'éclamptique que je ne pouvais voir qu'à la lueur de forage, continuait à se tordre dans des convulsions de plus en plus violentes. L'amputé et moi parvînmes cependant à sortir et nous pûmes remettre la voiture en équilibre. Mais bientôt la pauvre accouchée tomba dans le coma et peu après, elle râlait son dernier souffle. Quand je pus aller me mettre au lit, vous me croirez bien quand je vous dirai, que je dormis peu et que mon court sommeil fut entrecoupé de cauchemars effrayants.

D. Pierre {Gazette médicale de Picardie).

Un accouchement dans un bal public. — J'étais de garde à f hôpital Saint-Antoine. Une nuit, vers une heure, on m'éveille, pour recevoir une accouchée. Elle était venue elle-même, portant dans ses bras un enfant à peu près nu. Je la reçus d'urgence. Le lendemain elle me raconta son histoire. Mais je lui laisse la parole: « Je suis, monsieur, une personne très gaie, j'aime le bal. Je ne m'en suis jamais privée pendant ma grossesse, qui cependant hier dépassait sept mois. A dix heures, liier, j'étais une des premières à la danse, tout près de la place du Trône. Je me démenais de mon mieux. Après quelques contredanses, je sens des douleurs. Tant pis, dis-je ; si ça doit venir ce soir, quoi que je ne sois pas à terme, je

ne quitterai le bal que le plus tard possible. Mais les douleurs continuaient. Plus je souffrais, plus je dansais. Dans un « cavalier seul » q\\.e, dans nos bals, on fait aux dames la politesse de leur abandonner,mordue par une vive tranchée, je faisais, endansantdes contorsions épouvantables: j'eus un succès fou. Puis le « galop » survenant, j 'entraînai mon danseur avec une vigueur que je ne me connaissais pas, quand tout à coup mes eaux se rompent. Voilà qu'on s'aperçoit de l'accident: on l'attribue à tout autre chose qu'à sa cause réelle. Les quolibets pleuvent sur moi. Je veux m'enfuir ; on me poursuit. Je me sauve au dehors : on se met à mes trousses; je descends en courant le boulevard Mazas; j'avais derrière moi une trentaine d'enragés qui cherchaient à me rattraper. Au détour delà rue de Gharenton, j'escalade la clôture en planches d'un chantier de bois. Heureusement mes traqueurs avaient perdu ma trace. Je m'asseois à terre: il était temps; l'enfant est venu cinq minutes après. Je l'ai enveloppé dans mon mouchoir. Tout petit qu'il est, on dirait qu'il veut bien vivre. » Elle avait raison: l'enfant vécut et la maman aussi. Dix jours après elle sortait de Thôpital sans qu'il lui fut survenu aucune complication fâcheuse.

L'accouchée sans le savoir. — Le docteur Mesnet a communiqué à l'Académie de médecine un fait des plus curieux.

Il s'agit d'une jeune femme, qui se trouve actuellement àl'Hôtel- Dieu, dans le service del'éminent aliéniste et qui. dans un état de somnambulisme provoqué, vient de donner le jour, sans s'en apersevoir, à un petit Français.

Cette femme a vingt-deux ans. C'est une hypnotique avérée. Depuis son enfance elle a passé par plusieurs hôpitaux de Paris, où on la connaît pour la facilité incroyable avec laquelle elle accepte les suggestions. Quand on la reçutà l'Hôtel-Dieu, son état de grossesse était très avancé.

Vient le moment fatal. Elle a peur de soulfrir, elle implore un soulagement. Le médecin l'endort, et rien n'est plus aisé. Il suffit de lui fermer les paupières et la voilà partie dans le pays des songes, tandis cpie l'œuvre de la nature se poursuit le plus normalement du monde.

Pourtant,le mal violent persiste, alors Tinterne qui l'assiste lui dit :

— Vos douleurs sont moins vives ;

— Elles diminuent graduellement ;

— Elles ont complètement disparu ;

— Vous n'éprouverez plus aucune soutïrance, jusqu'à la fin. Aussitôt la malade cesse de crier. Elle déclare qu'elle ne ressent

plus rien et se plaint qu'on ne l'ait pas soulagée plus-tôt. Le médecin lui dit alors :

— Cela va bien. Vous pouvez dormir.

Et elle s'endort.

Par intervalles, la douleur reparaît, mais on la rassure.

— Non, non, vous ne soufïrezpas.

Cela lui suffit.

Bref, après vingt heures, quand le jeune citoyen a fait son entrée définitive dans ce monde de misères, on réveille la maman inconsciente.

Elle regarde autour d'elle, cherche à rassembler ses idées, paraît surprise d'avoir dormi très longtemps. Puis soudain, avec un cri d'étonnement comique :

— Mon Dieu, fait-elle, où est donc mon ventre?

Le poupard qu'on lui présente lui donne l'explication de tout.

René Martin.

Décédé pour décoré. — Un journaliste de Saint-Malo, M. Albert B..., reçoit l'autre jour un télégramme laconique, ainsi conçu: Votre beau-frère est décédé. Son beau-frère étant officier, la sécheresse du télégramme et le mot administratif « décédé » ne lui laissent aucun doute. Son beau-frère est mort. Pour comble de malheur, c'est sa femme, à la veille d'accoucher, qui ouvre le télégramme et qui tombe aussitôt dans une crise terrible. Elle accouche ; l'enfant meurt, et la mère reste trois jours entre la vie et la mort à la suite de cette secousse.

Or, le beau-frère n'était pas du tout décédé. 11 était décoré, ce qui n'est pas la même chose, c'est ce que disait la dépêche partie le même jour de Morlaix : Votre beau- frère est décoré.

Mais ce qui faisait : décoré à Morlaix, au départ du télégramme, faisait : décédé à Saint-Malo à l'arrivée.

Pierre Giffard.

Un cas d'hérédité. — Une demoiselle qui avait avalé une aiguille se maria, devint mère et rendit l'aiguille par le pied de son enfant.

« Ainsi, dit M. Louis Figuier, ce n'est pas seulement son tempérament, ses vertus et ses goûts que la mère peut transmettre à ses enfants, elle leur transmet ses aiguilles ! Niez après cela l'hérédité physiologique. »

Un accouchement garanti. — M. M., de San-Francisco est mariée à une femme légèrement boiteuse qui est vers le terme de sa cinquième grossesse. Les deux premiers accouchements ont eu lieu à San-Francisco, ils ont été terribles, les enfants sont mort-nés et la mère n'a survécu que par miracle. Dans l'un des cas on avait opéré la version podalique. Pour le troisième accouchement il amena sa femme à New-York auprès d'un célèbre spécialiste, qui appliqua d'emblée le céphalotribe et les ciseaux de Smellie.

Pour le quatrième M. M., dont l'unique ambition était d'avoir un héritier, conduisit sa femme en Europe et se décida pour un accoucheur de Marseille qui pratiqua à 8 mois l'accouchement provoqué, et amena à grand'peine, au forceps, un enfant mort.

Après chaque malheur M. M., retournait à San-Francisco où sa femme devint enceinte pour la cinquième fois. Il la ramena de nouveau en Europe, et après avoir cherché pendant plusieurs mois un accoucheur qui lui convînt, il entendit parler de moi, à Lyon, par la cliente qui fait le sujet de l'observation suivante, et vint me confier le périlleux honneur de lui faire naître un héritier.

Je trouve une dame de 32 ans, brune, d'aspect fatigué, légèrement anlvylosée de la hanche gauche, dont le bassin me paraît devoir se nommer oblique-ovalaire et mesure environ 95 millimètres.

M. M., avec sa façon américaine, me déclare qu'il veut un enfant vivant, et qu'il ne permet ni version ni accouchement prématuré ; de plus que je dois lui signer un contract d'assurance sur la vie de la mère et de l'enfant ; contrat à la façon des assurances maritimes à la grosse aventure, dans lequel la mère représente le navire et l'enfant la précieuse cargaison.

L'accouchement me paraissait possible, même probable, je proniets d'y mettre tous mes soins, mais je refuse ma signature. Il

me montre plusieurs contrats pareils, acceptés par des praticiens américains et californiens ; il m'assure que c'est un usage adopté là-bas par tous les gens sérieux, que pour lui, infiniment plus riche que moi, il donnera aux pauvres la somme assurée, si l'enfant meurt ; que c'est une manière américaine d'être certain que je mettrai toute ma sollicitude et tout mon talent à lui faire avoir un enfant vivant. Je refuse toujours, mais il me prend par le point d'honneur disant que je lui montre mon refus, que je n'ai pas plus de confiance en ma nouvelle méthode qu'en celle d'une sage-femme.

Je signe enfin, à cet entêté original, uns assurance réduite à dix mille francs avec 10 pour cent de prime.

Dix mille francs c'était tout ce que j'avais économisé après 8 ans de pi'atique, aussi j'apportai à cet accouchement, non pas plus de soins et de talent qu'à un autre, mais beaucoup plus d'inquiétude certainement, et l'inquiétude n'est pas une garantie de succès. Au dernier moment, il exigea encore que sa femme fut chloroformée comme elle l'avait été à chaque précédente occasion. Pour cette fois je me permis une tricherie et ne donnai à Madame que le chloroforme a Zrt re me.

Aussitôt la dilatation achevée, je rompis la poche des eaux en appliquant le forceps, et grâce au tracteur qui montait pourtant à 65 kilog. j'eus la satisfaction d'obtenir un enfant qui se prit à crier à peine né. C'était une belle petite fille, le père désirait un fils,mais il fut content tout de même, et la première manifestation de sa joie fut de se moquer de moi.

« Vous êtas un excellent accoucheur mais un bien mauvais com- (( merçant, vous n'entendez rien aux assurances : c'est cinquante « pour cent et non pas dix qu'il fallait demander pour prime; vous « auriez droit à cinq mille francs au lieu de mille. Vous n'êtes pas « iDrudent, etc.

« C'est vrai lui dis-je, je ne suis pas commerçant, mais vous n'êtes « pas plus prudent que moi ; vous ne m'avez pas demandé le prix « de l'accouchement, j'aurais dit mille francs, maintenant c'est « cinq mille et pour la prime je me rattraperai à votre prochain << enfant.

« Bravo, bravo, répondit-il, vous aurez cinq mille francs, vous « en aurez même six mille, les pauvres de votre paroisse en auront « deux, mais vous ne vous rattraperez pas, si ma chère fille vit,j'é- « pargnerai une nouvelle épreuve à sa bonne et courageuse mère, « etc.

^SUR LES ACCOUCHEMEMS 81

Je ne sais trop si ces assurances sur la vie d'un enfant à venir, sont bien conformes aux principes européens, sur la responsabilité médicale. Cette épreuve m'a donné trop de soucis pour que je recommence volontiers, mais je crois, qu'au point de vue du client, il pourrait peut-être parfois s'assurer, par ce moyen, plus de sollicitude et de prudence, qu'il n'en obtiendrait par de simples honoraires payés, bonheur ou malheur.

D'" Roussel, de Genève.

Femme se délivrant elle-même avec le forceps. — 1871, le 15 mai. Étant à la campagne, un paysan vint me chercher pour déli. vrer sa femme en travail depuis deux jours. J'avais alors une blessure au bras droit qui me permettait àpeine l'usage de la main. Mon tracteur était à la ville et je n'étais muni que d'un ancien forceps presque droit.

La femme était une robuste primipare de 41 ans. La tête était engagée au détroit supérieur, la poche des eaux avait été rompue par une sage-femme qui avait donné la veille deux paquets de seigle ergoté .

J'appliquai le forceps avec beaucoup de difficultés et de douleurs dans mon bras malade, et je voulus faire tirer le mari, sur le lien que, selon ma coutume, je passe dans les fenêtres. Au bout d'un instant cet homme défaille et s'évanouit. La sage-femme était absente et personne ne consentait à m'aider.

Je commençais à être fort embarrassé, lorsque la femme, qui voulait à toute force être délivrée, s'écria: «Ah! si je pouvais, moi, je tirerais vos fers, j'aurais bientôt sorti l'enfant. » Il me vint à l'idée que ceci ne serait peut-être pas impossible, et demandant une corde, je fixai son milieu au lien passé dans les fenêtres du forceps, je lis faire aux extrémités le tour de la barre de fer transversale du pied du lit, comme sur une poulie de réflexion, puis je mis chaque bout de la corde dans les mains de la femme.

Celle-ci se mit à tirer, avec hésitation d'abord, puis glissant sur les matelas, ses pieds rencontrèrent la barre du pied du lit sur laquelle ils s'appuyèrent. Elle prit courage et bientôt, percevant quelques progrès, elle se mit à chaque douleur à tirer de toute la

force de ses bras et de ses jambes arc-boutées, tellement que j'eus grand'peine à la modérer.

J'ai remarqué qu'instinctivement elle cherchait à tirer dans le §ens de la plus faible résistance et du meilleur chemin, c'est-à-dire pour nous, selon les axes du bassin. En effet, au commencement, lorsque la tête était encore dans le détroit supérieur, le corps de la femme était tout allongé sur le lit, son bassin se soulevait de façon A ce que la ligne de traction fût tout à fait dirigée en arrière ; lorsque la tête fut dans l'excavation, la femme était posée sur le lit les

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jambes très-écartées, les pieds solidement appuyés. Vers la fin, lorsque la tête arriva à la vulve, la femme était presque assise sur le lit, courbée en avant, de sorte que la ligne de traction était portée, autant que possible, en avant et en haut.

Mon rôle se bornait à tenir les branches du forceps, à soutenir le périnée et à modérer l'ardeur de la parturiente.

En 7 à 8 minutes de tractions qui ont été certainement trèsvigoureuses, l'enfant naquit asphyxié, mais je pus le ranimer.

Les suites de ces couches singulières furent aussi simples que naturelles.

A mon arrivée, cette femme poussait des cris horribles à chaque

douleur inutile; dès qu'elle eut aux mains les cordes de délivrance, elle ne proféra plus une seule plainte; à chaque contraction utérine elle se soulevait, se cramponnait aux cordes et tirait sans respirer de toute la force redoublée que donne le travail de l'accouchement. Elle m'a déclaré n'avoir plus du tout perçu de douleurs, mais seulement le besoin instinctif, irrésistible de travailler, de tirer et d'achever sa laborieuse délivrance. Elle répète que s'il survient un autre enfant, elle ne veut pas attendre une heure, mais se délivrer delà même façon.

D'" Roussel, de Genève.

Remède anti-malthusien. - Le D'' Tarnier a trouvé un moyen pratique pour remédier à la dépopulation de la France. Il a institué un prix de 100 francs pour chaque enfant qui naîtra pendant l'année 1892, dans la commune dArc-sur-Tille (Gôte-d'or), son lieu de naissance.

Un fait semblable a eu lieu dans l'Isère. Pendant l'année 1891, l'état civil de la commune de Gharette, canton de Morestel, n'avait pas enregistré une seule naissance. Le comte de Ghardonnet, maire de Gharette, en présence de cette circonstance, a fait annoncer à son de caisse et afficher l'avis suivant :

a Nous, maire de Gharette, promettons de délivrer une prime de cent francs à toute femme qui mettra au monde un enfant viable pendant l'année 1893. Gette prime sera délivrée au bout des huit jours qui suivront la déclaration de naissance à la mairie. Les parents devront habiter la commune depuis au moins une année et l'enfant devra être légitime ».

L'obstétrique devant les tribunaux.

Question de droit singulière. — Pierre Wagner, négociant à Londres, laisse en mourant sa femme enceinte, après avoir fait un testament par lequel il donne à son fils, au cas que sa femme accou-

che d'un garçon, la moitié de son bien, qui consiste en vingt mille livres sterling, à sa femme, le tiers, et à Albert Brisk, son neveu, un sixième. Si sa femme accouche d'une fille, il lui donne la moitié, à sa fille le tiers, et à son neveu le sixième.

La mère est accouchée en même temps d'une fille et d'un garçon. Le père n'avait pas prévu ce cas dans son testament. On a fait différentes consultations pour son exécution. Les uns dinnaient à la fille un sixième de plus qu'au neveu, et à la mère, un sixième de plus qu'à la fille; d'autres adjugeaient les deux tiers du legs du fils à la mère, deux tiers de celui de la mère à la fille, et la moitié de celui de la fille au neveu.

Il a été décidé que, comme Tintention du testateur semblait avoir été que son fils eût un tiers plus que sa mère, sa femme un tiers jdIus que sa fille, et la fille le double du neveu, il fallait donner neuf cents livres sterling au fils, six cents à la mère^ quatre cents à la fille et cent au neveu, comme le moins favorisé, et celui sur lequel devait tomber la perte occasionnée par la survenance de deux héritiers.

Cette question avait déjà été agitée dans les Mercures de France des années 1749, et 1750, et on en donna alors deux solutions, dont l'une est de Barème : on peut consulter ces Mercures.

Sue, Essais sur les accouchenients.

Erreur judiciaire. — A Berne, une fille d'une famille honnête^ d'une figure agréable, d'un caractère doux et facile, avait été exposée à ce genre d'attaques auxquelles la nature semble avoir livré son sexe, et dont la Société le punit si cruellement de ne pas savoir se défendre. Séduite et abandonnée, elle était restée grosse, accablée seule des suites d'une faiblesse que la loi, en Suisse, comme en France, fait un crime de ne pas révéler avant son dernier terme.

Dévorée par le regœt et la douleur, elle s'était bannie elle-même des compagnies où son état n'était plus un secret : sa seule consolation on son unique occupation était de se rendre le matin dans un bois voisin de la ville : elle y passait le jour à pleurer dans la solitude, et ne revenait à la maison, qu'à l'heure où la nuit pouvait dérober aux yeux ses larmes et son ignominie. Ce genre de vie et son motif étaient connus; ils étaient le sujet des conversations.

SUR LES ACCOUCHEMENTS 8o

Un jour, dans ce même bois, un passant trouve le cadavre d"un enfant, né, à ce qu'il paraissait, de la veille, et mort, autant qu'on pouvait le conjecturer, après sa naissance. Il rend compte à la justice de ce qu'il a vu : le public en est instruit à l'instant : un cri universel s'élève : il dénonce la belle affligée solitaire.

On Tarrête sur cet indice : le juge, déjà convaincu de son crime, l'examine pour la forme : il la presse, moins pour s'assurer qu'elle est coupable, que pour hâter le moment où il pourra prononcer sa condamnation.

L'Infortunée marquait moins de terreur ou de remords que d'abattement : mais elle ne se défend point : elle ne nie rien de tout ce r|u'on lui reproche": le juge, préoccupé de l'évidence du délit, ne songe pas même à le constater : il ne fait point d'enquête : il n'ordonne point de visite de la personne : tout lui parait démontré, et sur la confession apparente de la coupable, supposant la preuve acquise, il prononce la peine ordonnée par la loi, c'est-à-dire, la peine de mort. Il n'y a de différence entre la sanglante jurisprudence de la France et celle de la Suisse, sur cet article, que dans le genre du supplice : dans le premier de ces pays, on étrangle la criminelle ; dans l'autre, on la décapite.

Partout les ministres de la religion sont la ressource et les consolateurs des malheureux : ici, suivant ce respectable et attendrissant usage, un pasteur s'approche de la victime que la justice croit devoir sacrifier à l'exemple. Il veut s'assurer de ses dispositions, pour relever son courage, s'il la trouve affaissée par le désespoir; pour réveiller en elle des remords et un effroi salutaire, si une insensibilité dangereuse a glacé son âme.

Il est surpris de trouver un cœur inaccessible au remords comme à la crainte, et une persuasion intime que l'acte, dont elle va subir le châtiment, n'est pas un délit ; il est très étonné de l'entendre, au lieu de s'humilier de l'avoir commis, s'opiniâtrer à soutenir qu'elle auraiteu droit de le commettre; elle semblait chercher à se convaincre que la vie d'un enfant, qui n'est pas encore né, appartient à sa mère, à l'individu de qui il fait encore partie, et que la vengeance divine ne peut s'armer contre la personne c{ui dispose d'une propriété aussi intime, aussi inséparable de sa propre existence.

Le casuiste, ne voyant dans ce système qu'un beau raisonnement et un écart de la raison, s'attache à les combattre : il y réussit : il parvient à convaincre la patiente que la vie d'un enfant, même dans le sein de sa mère, est un dépôt qu'elle ne peut supprimer ar-

bitrairement. Il ne regardait son avantage dans cette discussion d'un cas imaginaire, que comme un degré pour amener plus aisément la captive au repentir effectif, à la douleur du passé, dont i^ gémissait de la trouver encore éloignée.

Qui pourrait exprimer ce qu'il éprouva lui-même, quand, le fixant avec des yeux où la tendresse se mêlait à l'inquiétude, elle lui dit :

— Vous m'avez éclairée : mais le service que j'ai droit d'attendre de vous, est bien différent de celui que vous vouliez m'offrir : vous m'exhortiez à me repentir d'un crime : s'il est encore temps, aidezmoi à le prévenir. Je n'ai point ôté la vie à mon enfant; ce sont les Juges qui, en croyant le venger, allaient l'assassiner : je ne suis

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