ANTIQUITE
Naissances précoces. — Le conseiller du roi, Claude Expilly, dans son huitième plaidoyer: Sur une cause grasse ; (1) si un enfant nay six mois après le mariage' consommé, estant viaUe, est tenu pour légitime, rappelle les faits suivants :
Ariston, roi de Sparte, épousa une 3jelle jeune fille qui accoiieha, sept mois après la noce, d'un beau fils. La nouvelle lui en étant portée au Conseil, où il était avec les Ephores, oublieux des vers d'Homère qui portent qu'Eurystée était de sept mois, s'écria tout haut : «Ce fils n'est pas à moi! » ne croyant pas qu'une femme put accoucher d'un part légitime au bout de sept mois. Parole qui coûta cher, car(;e fils, qui fut appelé Demarathus, en perdit le royaume, que Cléomenes lui ôta sous ce prétexte.
Autant en arriva à Agis qui, sans y penser et par grand malheur, alla dire cjue Léothicides n'était point son fils ; ce dont il se repentit bien fort, prévoyant le désastre qui en arriva. Car Agésilaus se servant du témoignage de la bouche propre du père soutint que Léotichides n'était pas légitime et le fit déjeter du royaume de Sparte.
Une vengeance de Diane. ~- Le même auteur, dans un arrêt du Parlement relatif à une femme accusée de s'estre fait avorter par le 7noyen d'un breuvage, rapporte, d'après les Arcadiques de Pausanias, le fait suivant :
Quelques enfansse jouant auprès du Temple de Diane, attachèrent une corde, qu'ils avoient trouvée, au col de la statue de la déesse, et Falloient traînant, disant, par manière de jeu, qu'ils estrangloicnt Diane.
Les Caphyens les ayant pris et condamnés au crime de lèze Majesté divine, les lapidèrent, dont mal leur en print, car une commune peste s'attacha aux femmes, en sorte que toutes celles qui étoient grosses avortoient, et ne put ce mal être arreslé, jusqu'à temps qu'admonestés par l'oracle, ils firent les obsèques de ces enfants et leur donnèrent sépul-
(1) Du mardi gras de 1605.
ture, avec charge de leur faire des anniversaires, comme les ayant fait mourir innocents.
La veuve d'Arminius. — Lorsque la veuve du grand héros de
Fig. 1. — La veuve d'Arminius.
l'indépendance germanique, Arminius, tomba captive entre les mains du César romain à qui son triomphe devait valoir le nom
SOUS lequel il est connu, elle se trouvait dans un état cle grossesse assez avancée. Elle comparut devant son vaincfueur, sans une larme, sans une parole de supplication ; mais les mains croisées sur son ventre (fig. 1), qu'elle fixait des yeux, elle se contenta de dire : « Esclave avant de naître. »
Mort de Poppée. — Poppée mourut victime de l'emportement de son mari, qui, sans pitié pour sa grossesse, l'avait étendue par terre, d'un coup de pied; <;ar je ne crois point au poison, quoiqu'on disent quelques historiens qui ont plus consulté leur haine que la vérité. Néron (1) désirait d'avoir des enfants et il était idolâtre de sa femme. Le corps de Poppée ne fut point ])rû.lé, comme c'est l'usage des Romains; on suivit ce qui se pratique pour les l'ois étrangers; et, après avoir prodigué les parfums pour l'embaumement, on le porta au tombeau des .Jules. On lui fit des funérailles publiques et Néron prononça, lui-même, son éloge à la tribune; il la loua sur sa beauté, sur ce qu'elle avait donné le jour à une déesse et sur d'autres faveurs de la fortune, à défaut de vertus. (2)
Les avortements de Julie, fille de Titus. - Domitien (3), du vivant môme de son frère Titus, séduisit sa nièce Julie; devenu empereur, il l'aima avec passion. Un bruit, rapporté par Suétone, attribue la mort de cette Julie à un avortement auquel elle aurait été contrainte. Si l'on en croit deux vers fameux de la seconde satire de Ju vénal, les manœuvres de ce genre auraient été fréquemment pratiquées sur elle :
Cum tôt abûrtivis fecundam julia vulvani Solveret, etpatruo similes cffundsret offas .
e. ... Tandis que Jidie délivrait sa matrice féconde en fruits avortés et en extirpait des lambeaux dont la ressemblance déposait contre son oncle. »
(2) Tactie, Annales. Lib. xvr.