DU PARTI ABSOLUTISTE
Adressé en 18 18 au congrès des princes alliés à Paris , pour demander le retrait de la charte constitutionnelle.
Les écrivains qui ont parlé de cette Note n'en ont pas apprécié toute l'importance; ils n'ont pas fait ressortir tout le danger qu'avaient couru les libertés publiques. Ils sont tombés, de plus, dans une erreur complète, en attribuant la publication de ce manifeste à M. le comte de Cazes, alors ministre de la police générale.
Seul survivant des trois personnes qui ont concouru à faire avorter, par la publicité donnée à ce document, la conspiration qui avait pour but le re-
trait de la charte, et comme conséquence, l'abdication de Louis XV1H, je dois à la mémoire de MM. le comte Lanjuinais, pair de France, et Jullien de Paris, fondateur de la Revue encyclopédique, de rétablir les faits dans toute leur vérité.
£'est une tâche aussi difficile que délicate, d'avoir k raconter un fait historique dans lequel on a joué un certain rôle, surtout à coté d'un homme aussi illustre que M. le comte Lanjuinais. Mais les personnes qui savent apprécier la délicatesse des positions comprendront que, si le récit exige que je parle souvent de moi, on voit du moins par mes démarches que j'étais un simple instrument, et que la pensée de sauver la liberté en péril revient tout entière à mon éminent protecteur.
Pour l'intelligence de l'anecdote qui va suivre, je dois rappeler qu'à mon retour de l'armée, et après avoir exercé les fonctions de secrétaire de la présidence à la chambre des représentants des Cent- Jours, j'avais fondé, avec mes frères, une maison d'imprimerie et de librairie, sous les auspices d'un grand nombre de membres de l'opposition parlementaire.
26 juin 1818.
J'étais occupé à mes travaux, lorsqu'on me prévint que M. le comte Lanjuinais venait d'arriver dans sa voiture, accompagné de M. Jullien de Paris.
« Je viens vous chercher pour aller faire un tour à
ma campagne, me dit M. le comte Lanjuinais. Apprêtez-vous; nous allons au Plessis-Piquet. »
Cet homme vénérable m'avait accoutumé à tant de bontés de sa part, que je ne vis dans cette invitation qu'une nouvelle marque de sa bienveillance... En effet, le peu d'instants que j'avais de libres, je les passais habituellement au sein de sa respectable famille.
Nous partîmes. Le voyage fut très-silencieux... Arrivé à l'habitation, qui était l'ancienne maison de M. de la Harpe, précepteur de l'empereur Alexandre... au lieu d'entrer dans les appartements, M. le comte Lanjuinais dirigea la promenade vers le jardin. Parvenu au kiosque qui domine la vallée, nous nous arrêtâmes... M. le comte Lanjuinais prit la parole et me dit: « Vous savez, mon jeune ami, tout l'intérêt que je vous porte. Je ne voudrais pour rien au monde qu'il vous arrivât malheur. Aujourd'hui, cependant, j'ai quelque chose à vous demander, non pour moi, mais dans l'intérêt de la France et de ses libertés. Nous sommes informés que les hommes du pavillon de Marsan ont adressé une note aux puissances étrangères pour demander le retrait de la Charte : s'ils réussissent, c'est une nouvelle révolution qui va surgir, et replacer la France sous le régime absolu ! Il faut donc, à tout prix, se procurer ce document pour le publier; c'est l'unique moyen de faire avorter la conspiration. — Que faut-il faire, dis-je? — Demain, à neuf heures, vous vous rendrez chez M. Jullien, et vous suivrez ses instruc-
tions. — Très-bien î » fut ma seule réponse. — M., le comte Lanjuinais se leva, me serra la main, et nous reprimes à rinstant la route de Paris.
A l'heure dite, j'étais chez M. Jullien, rue d'Enfer. Je le trouvai en conférence avec une personne décorée d'un ordre étranger. Au bout de quelques minutes, je fus introduit. « Vous allez monter en voiture avec monsieur, me dit M. Jullien, et vous copierez la pièce qu'il vous indiquera. » Je suivis la personne... Nous nous arrêtâmes rue Neuve des- Capucines , à un hôtel à la porte duquel je remarquai, en faction, deux sentinelles de soldats étrangers.
Mon introducteur descendit le premier, dit un mot au concierge; puis je m'arrêtai à l'entresol... tandis que lui monta au premier étage. Bientôt il fit apporter le protocole, sur lequel je me mis en devoir de relever une copie de la Note adressée au congrès.
A cinq heures, j'avais terminé mon travail!... La même personne vint me rechercher... Je montai de nouveau en voiture ; mais, à la hauteur du boulevard des Italiens, je descendis pour aller rejoindre MM. le comte Lanjuinais et Jullien.
Gomment expliquer mon introduction dans l'hôtel de la rue des Capucines, si ce n'est que j'avais passé pour quelque attaché d'ambassade?... En effet, pendant ce manège pour ainsi dire muet, j'avais remarqué la livrée de la voiture qui m'avait amené : c'était celle de l'ambassadeur du roi de Suède, alors
Bernadotte (Charles-Jean), qui n'avait pas perdu tout souvenir de la France'....
a C'est très-bien, me dit M. le comte Lanjuinais, en me remettant la pièce. Maintenant je vais rédiger une préface de ma façon, pendant que M. Jullienva s'occuper cette nuit d'un projet de réfutation de ce document, dont il faut paralyser l'effet. Demain il faudra en commencer l'impression. »
Jusqu'alors j'avais agi sans réfléchir aux conséquences qui pouvaient résulter pour moi de toutes ces démarches. Pendant lanuit,jefusunpeu agité. Le fait d'avoir enlevé un document aux archives du congrès européen pouvait me rendre justiciable de la police spéciale de la Sainte-Alliance ! Le mettre sous presse et le publier, c'était me livrer corps et biens à la réaction royaliste, et devenir la proie des cours prévôtales... J'étais plongé dans une grande
perplexité Mon dévouement à M. le comte
Lanjuinais était celui d'un fils pour son père; aussi i'emporta-t-il sur toutes les autres considérations. Le nuage qui m'avait troublé se dissipa de luimême.
Le lendemain, je distribuai la copie aux ateliers ; j'étais très-calme. Je ne fis aucune recommandation particulière aux ouvriers, vrai moyen de compter sur une discrétion solidaire, qui ne s'est jamais démentie, et forme un lien d'honneur entre les typographes.
Cependant, comme nous étions sous un régime qui proclamait la liberté de la presse, mais qui exi-
geait en même temps une déclaration préalable à la police de toul écrit livré à l'impression, je n'hésitai pas à remplir cette impérieuse formalité, .le pensais que le litre de Note secrète ne devait pas trop attirer l'attention première des bureaux de la librairie.
Je m'étais trompé dans mes prévisions... A. quatre heures je reçus l'invitation de me rendre immédiatement à la direction de la police de la librairie. L'épreuve commençait déjà pour moi!
Introduit près de M. \ illemain, directeur général, je le trouvai dans son cabinet, en conversation avec plusieurs jeunes gens, ce qui me rassura un peu. Subir un interrogatoire en présence de diverses personnes! il semblait évident qu'on n'attachait pas une grande importance à l'écrit.
(( — Jeun» administrateur, me dit M. Villemain, je VOUS ai fait appeler... Le ministre désire savoir ce que c'est (pie la brochure que vous allez imprimer...
— La brochure?... dis-je en cherchante me rappeler...— Lhoui ! reprit vivement M. Villemain, la Note secrète? — Ah! la \ole secrète! eh bien, c'est une pièce diplomatique... — Vous l'avez lue?... — Est-ce que nous avons le temps de lire, nous autres libraires.— Vous l'avez parcourue au moins?... — Oui, c'est une longue dissertation sur la charte... C'est tort ennuyeux... ajoutai-je d'un air nonchalant; aussi n'ai-je pas eu le courage daller jusqu'au bout.
— Ce n'est que cela, » reprit M. \ illemain . .^et il nie congédia. — J'étais très-satisfait de moi; je pensais.
par mes réponses évasives, avoir détourne pour le moment l'attention de l'autorité.
Vers neuf heures du soir, je reçus unr lettre timbrée : Cabinet du min:slre de [a police générale;
elle était ainsi conçue :
« M. le ministre de la police générale vous prie « de prendre la peine de venir demain à son cabinet, « à midi. »
Et plus bas : « Dans le cas où S. E. ne serait pas « encore de retour de Yille-d'Avray, veuillez bien a l'attendre. » (Paris, le 27 juin I s 1 s.
La rédaction de ce billet ('tait si différente de celui que j'avais reçu le matin ; il me sembla qu'on attendait quelque chose de moi !
Je nie rendis près de M. le comte Lanjuinais, afin de préparer mes réponses aux questions qui pouvaient m'ètre adressées.
Si M. le comte de Cazes n'a pas participé à cet acte indigne, ainsi que je le suppose, me dit M. le comte Lanjuinais, il ne peut empêcher la publication, qui lui vient en aide pour réprimer l'attentat projeté contre les libertés; s'il ignore la conspiration, il voudra peut-être retarder l'apparition de l'écrit pour prendre ses mesures. Dans tous les cas, il faut gagner habilement le temps nécessaire pour terminer l'impression de la Note. Notre sauvegarde à nous, c'est la publication; le reste ne nous concerne point.
On aperçoit de suite toute la responsabilité qui pesait sur moi !... Je me rendis à l'heure dite chez
le ministre. S. E. était déjà arrivée... Je fus introduit immédiatement.
Les personnes qui ont approché M. le comte de Cazes, peuvent dire avec quelle affabilité il accueillait toujours ceux qui se présentaient. Il me lit asseoir; je ne subis pas un interrogatoire : j'entrai, pour ainsi dire, avec lui en conversation.
« Vous avez dit hier à Villemain, me dit M. de Cazes, que la Note secrète était un document diplomatique ; à ce titre, je puis vous demander quelques renseignements. C'est mon devoir, vous le comprenez bien; c'est mon droit, s'il s'agit d'un acte quasi-officiel... »
Comment répondre à une question si insinuante?... Je pi is un biais pour éluder toute explication : « Monsieur le comte, lui répondis -je, permettez-moi de vous faire observer que VOUS êtes le ministre de la poliee générale: comment se fait-il que vous vous adressiez ii un pauvre libraire pour avoir des renseignements sur une chose que vous ne pouvez ignorer?... E1 puis, (Tailleurs, que pouvez-vous attendre d'un éditeur dont vous faites saisir les ouvrages chaque semaine?...
« — Saisir! saisir', reprit le ministre, voilà comme vous êtes tous : c'est la police, n'est-ce pas, qui fait tout le mal?... Vous ne connaissez pas toutes les exigences que m'impose ma position, en butte à tous les partis. On ne me tient compte de rien; et, après tout, ce n'est pas moi qui ordonne les saisies : c'est le parquet, qui obéit à d'autres ordres que les miens. »
Le ministre s'excusait devant moi : j'en conclus
qu'il ne savait rien de ce qui se passait. Je repris courage. t< Vous voulez savoir, monsieur le comte, ce que c'est que la Vote secrète; eh bien, je vais vous le dire : c'est le Manifeste officiel du pavillon Marsan contre le pavillon de Flore. »
A ces mots, le ministre se courba, en appuyant ses bras sur ceux de son fauteuil et me regardant fixement : a Et vous avez cette pièce?... Vous me l'apportez, sans doute?... J'en ai besoin... i Puis se redressant, et avec un ton d'autorité : ) Je la veux. »
Évidemment je m'étais trop avancé... «Je ne puis satisfaire Y. E.,repris-je. Libraire, vous devez comprendre que j'ai pris mes précautions avant de me rendre près de vous : c'est à tel point, qu'il vous serait impossible, en ce moment, d'en trouver aucune trace. »
Par cette réponse, dite d'un ton ferme, j'avais repris position... Aussi le ministre reprit-il d'une voix plus douce : « Vous ne m'avez pas compris... Il me faut cette pièce, mon cher ami, mais c'est pour la mettre sous les yeux du roi avant son coucher... »
Par cette parole, j'eus la preuve que M. de Gazes ignorait l'existence du document, et le péril qui environnait sa propre personne... Que faire?... Que résoudre?... Me rappelant les instructions de M. le comte Lanjuinais, de gagner du temps... je me hasardai à dire : Ce soir, à minuit, je pourrai peut être... en remettre une copie à Y. E...
Sur ce mot; M. le ministre sonna... , l'huissier de service entra... « A minuit, dit-il , Monsieur, en me désignant, vous fera remettre un pli... Vous me Pexpédierez par estafette à Yille-d'Avray... » Puis, se retournant vers moi, il ajouta : « La cour est à Saint-Cloud. Je vous attends demain à midi, à ma campagne, pour vous rendre la copie que vous ne manquerez pas de m'envoyer ce soir, n'est-ce pas ? » Je sortis de cette longue audience tout bouleversé... Je ne pouvais prévoir ce qui allait arriver !.. J'avais toutefois gagné le temps nécessaire pour terminer l'impression.
Après avoir pris l'avis de M. le comte Lanjuinais, je me conformai aux intentions du ministre : la copie fut remise, non pas manuscrite, mais en épreuve, et le lendemain à midi j'étais à Yille-d'Avray.
Le ministre était parti à sept heures du matin pour Saint-Cloud... Son secrétaire m'invita à attendre son retour. A une heure, arrive une estafette, apportant un portefeuille. Comme je m'apprêtais à partir, le secrétaire me dit : « Voici un paquet que le ministre m'envoie : est-ce pour vous? » L'adresse était de la main même de M. de Cazes; la grosseur du pli me fit reconnaître que le ministre avait tenu religieusement sa parole. J'ouvris précipitamment la dépêche : c'était bien l'épreuve ! Il n'y avait aucune lettre ; seulement, sur le titre se trouvaient ces mots écrits à l'encre... : La réfutation est détestable! Puis un D. historique qui, dans mes mains, devenait ma sauvegarde comme éditeur.
La route, comme la nuit, porte conseil. En réfléchissant à ces mots, « La réfutation est détestable, » j'arrivai, à force de méditer, à cette conclusion, qu'en la supprimant, j'étais, en quelque sorte, autorisé à publier le document purement et simplement : aussi, à peine arrivé, sans prendre conseil de personne, je donnai Tordre de tirer les exemplaires de la Note, séparée de sa réfutation, tout en conservant la préface de M. le comte Lanjuinais. Enfin, pour détourner Inattention de moi, je fis mettre le nom d'un libraire de mes amis, comme vendeur. Dès le soir de ce même jour, tout Paris était instruit que la charte, ce palladium de toutes nos libertés, était menacée... On devait supposer que les diplomates du parti absolutiste, qui avaient rédigé le manifeste, et qui avaient eu assez de crédit pour le faire admettre au protocole du congrès européen, ne s'étaient pas arrêtés à cette seule démarche, et Ton pouvait prévoir qu'on était à la veille d'un coup d'État à l'intérieur.
Ce fut sans étonnement que j'appris par le Moniteur que les généraux Donnadieu, Canuel et Chappedelaine avaient été arrêtés, comme accusés d'avoir ourdi une conspiration contre le ministre de la police générale, pour le reléguer à Vincennes, dans le but d'appuyer, par ce mouvement, la ndte diplomatique qui demandait avec instance aux princes alliés le retrait de la charte constitutionnelle (1).
(i) On lit dans le Times du 2 juillet i8j8, « C'est le ministre
Voici le dernier épisode de cette affaire, en ce qui pouvait me regarder personnellement.
Pendant que la police générale faisait arrêter les généraux accusés de conspiration, le parquet faisait saisir la Note secrète!.,. J'eus encore à subir un interrogatoire! M. Jacquinot de Pampelune, procureur général de la cour royale, m'envoya chercher par un huissier, avec ordre de me conduire sur l'heure à son cabinet.
Je trouvai, à mon arrivée, ce haut fonctionnaire dans une t^ës-grande animation. Du plus loin qu'il m'aperçut, il s'écria : « Enfin, je vous tiens?... Vous ne sortirez pas d'ici avant de m'avoir fait connaître à quelle source vous avez puisé ce document séditieux, décoré du titre de Note secrète... Il faut tout me dire, ou bien j'aurai raison de vous dans un des cabanons de Bicêtre. »
Je fus un moment tout consterné de ce langage; je n'avais donc échappé à Charyhde que pour tomber dans Scylla!... Je laissai M. le procureur général épuiser toutes ses forces; puis je lui demandai s'il voulait me permettre de parler?... « C'est tout ce que je vous demande depuis un quart d'heure, » reprit-il vivement.
Alors je tirai de ma poche Yépreuve venue de Ville-d'Avray . — « Connaissez-vous, monsieur le pro-
de la police générale qui a tout découvert. Il a mis l'affaire sous les yeux du roi, dimanche 28 juin. »
Nota. La Note secrète a été publiée à Paris le 9.9 juin,
cureiiï général, le paraphe de M. de Cazes?... » et au même instant je lui fis lire ces mots : « La réfutation est détestable, » en indiquant du doigt le D. a Vous me demandez des renseignements sur la Note secrète ; ce n'est pas à moi qu'il faut en demander, c'est au ministre de la police générale. »
M. Jacquinot de Pampelune qui était debout, tomba dans son fauteuil, se tenant la tête entre les mains. «Je ne comprends plus rien à ce qui se passe, s'écria-t-il... » Je repris : « Au lieu de vous attaquer à moi, monsieur le procureur général, peut-être serez-vous appelé à remplir bientôt d'autres devoirs, et cet écrit que vous avez fait saisir deviendra l'élément d'un très-grand procès... » Après avoir jeté un peu de trouble dans les idées du procureur général, je m'esquivai le plus lestement possible.
J'avais rempli, suivant mes forces, la mission patriotique que m'avait confiée M. le comte Lanjuinais; on comprend qu'au milieu de cette lutte politique des partis, je devais disparaître... La guerre était désormais entre le gouvernement du roi législateur, et les hommes qui rêvaient le retour du pouvoir absolu. Je n'avais rien de mieux à faire qu'à rentrer dans le cercle de mes affaires privées.
Après avoir lu ce récit, on pourra apprécier les ouvrages de ces historiens qui, sans aucune recherche, n'ont pas craint d'assimiler un dévouement sans ré-
serve pour les libertés publiques, accompli en face des soldats étrangers et en présence des cours prévôtales, à un acte de haute police; qui n'ont pas reculé devant ridée de comparer à des agents salariés ces simples artilleurs de la presse, retirés du combat tout couverts de blessures.
Ces soldats vétérans ne demandent pas que leurs noms soient tirés de l'obscurité où ils sont plongés ; mais ils ont quelque droit à réclamer que Ton conserve au moins à leurs actions la tradition patriotique, seule récompense de leurs constants efforts pour la défense des conquêtes de la révolution de 89.