Napoléon a fait son entrée à Lyon
4. S. M. l'Empereur est descendue au palais des Tuileries. (Moniteur du mois de mars 1815.)
Nous nous hâtons de reconnaître que, pendant tout son protection et règne, l'empereur a usé de sa puissance pour anéantir la aux^sae™"1, presse politique, comme contraire à l'existence de son gou« auîarts!re? et vernement. Mais, à rencontre, on nous accordera bien, maintenant que l'histoire a parlé , que , dans toutes les autres branches des connaissances humaines. Napoléon s'est
(i] Buonaparte et les Bourbons, par le vicomte <lc Chateaubriand ; in-s9, Le Normant, 1814.
appliqué avec un soin particulier à les développer et à les faire prospérer.
pians d'où- Ce serait un travail de longue haleine que de rechercher
▼rages. ° l
les noms de tous les savants, historiens, poètes, hommes de lettres, artistes, manufacturiers, commerçants et industriels que l'empereur a encouragés, dotés, pensionnés et décorés; comme d'énumérer toutes les circonstances où l'intérêt particulier qu'il portait aux sciences et aux lettres s'est montré quand il traçait de sa main hardie, au milieu des camps, à la lueur des feux de bivouac, les plans d'ouvrages historiques qu'il voulait faire exécuter (1), et quand il se Lid b°b!n:\hè- vra^ ^ ^a comPos^i°n de bibliothèques, soit pour son propre q«es. usage (2), soit pour l'utilité publique, ou bien encore
(!) M. Barbier, bibliothécaire, informe un jour l'empereur que M. l'abbé Ilalma, attaché à la personne de l'impératrice Joséphine, est dans l'intention de compléter V Histoire de France de Velhj.
L'empereur adopte cette idée avec faveur, dicte lui-même le plan de la continuation, et renvoie le projet au ministre de l'intérieur, M. Cretet, pour en assurer l'exécution. Le ministre se prononce contre la demande de fonds, attendu, dit-il, que ce n'est pas au gouvernement à intervenir dans de semblables entreprises.
Napoléon répond de son quartier général de Bordeaux, 12 avril 1808, que « les motifs du minisire étaient vrais il y a vingt ans, ils le seront encore « dans soixante ans. mais ils ne le sont pas aujourd'hui !
« Je suis loin de compter la dépense pour quelque chose ; il est même dans « mon intention que le ministre fasse comprendre qu'il n'est aucun travail « qui puisse mériter davantage ma protection. »
{Correspondance inédite de M. Barbier, bibliothécaire du conseil d'État, /avecNapoléon,inséréedanslelS,pecfafez«rm^iton,e,in-8°, tome XXXII, 1842.)
(2) 1798. Peu de temps après avoir été nommé général en chef de l'armée d'Orient, Bonaparte, voulant se former une Bibliothèque de camp, en rédigea de sa main le catalogue qu'il remit à Bourienne pour lui acheter les ouvrages indiqués. Division : i° sciences et arts; 2° géographie et voyages; 5° histoire; 4° poésie; sP romans; 6° politique et morale.
{Mémoires de Bourienne, tome II, page 49.)
« Au château de Marras près Bayonne, le 17 juillet 1808. « A M. Barbier.
« L'empereur désire se former une bibliothèque portative d'un millier
pour l'instruction des membres de sa famille (1), ne passant pas un jour sans se faire rendre compte des livres nouveaux qui apparaissaient dans le monde ; exigeant, pendant ses voyages, qu'ils lui fussent expédiés régulièrement par chaque courrier (2). En un mot, il voulait tout voir par luimême, tout juger et tout apprécier, afin d'être à même d'encourager ou de réprimer, présent ou absent (3).
La fabrication des livres fut très-active sous l'empire. impulsion
1 donnée a la fa-
brication.
Le rétablissement du culte a nécessité la réimpression des Liturgie. livres de liturgie, et par suite celle des ouvrages élémentaires des écoles chrétiennes , détruits pendant la révolution.
La création de Y Université offrit un aliment considérable université.
de volumes, petit in-12, imprimés en beaux caractères. L'intention de Sa Majesté est de faire imprimer ces ouvrages pour son usage particulier .Sans marges pour ne pas perdre de place, etc. »
« Schœnnbriinn, 12 juin isoa.
« A M. Barbier.
« L'empereur sent tous les jours le besoin d'avoir une bibliothèque de voyage, composée d'ouvrages d'histoire. S. M. désirerait porter le nombre des volumes de cette bibliothèque à 3000, tous de format in-18, comme les ouvrages de la collection du Dauphin, ayant de 4 à soo pages, et imprimés en beaux caractères de Didot, sur papier vélin mince, etc. »
(i) En 1 806, quatre années après la naissance du premier fils de Louis-Napoléon alors roi de Hollande, l'empereur traça le plan d'une bibliothèque de 6000 vol., pour être placée au palais de Meudon, à l'usage de l'institut fondé dans cette résidence pour l'éducation des princes de la famille impériale. (Souvenirs du bibliothécaire de l'empereur.)
(2) En 18M, à l'occasion de la naissance du roi de Rome, on forma le projet d'une bibliothèque publique format in-8°, composée des meilleurs auteurs, sur le modèle des ad usum Delphini. Une commission compose'e de MiM. Cuvier, Daru, Barbier, Sihestre de Sacy, Dacier et Nougarède, fut chargée d'en rédiger le catalogue qui existe en manuscrit.
(5) Voyez la correspondance de M. de Mennevat, secrétaire de l'empereur, avec M. Barbier, bibliothécaire, sur l'envoi journalier des livres à expédier au quartier général par estafette.
Spectateur milita ire (tome II, mois de février).
à l'impression des anciens auteurs et aux livres de méthode pour leur enseignement.
Écoles de La publication du Code civil, son application dans toute l'étendue du territoire, de Rome à Hambourg, firent surgir un nombre considérable de traités destinés à en faciliter l'étude.
Sciences.
V art militaire 9 qui, sous la république, consistait plutôt à vaincre ou à mourir, sans tactique raisonnée, se perfectionna par l'étude des sciences exactes dans les différentes écoles d'application.
Pendant ce mouvement, les découvertes des savants, en astronomie, en physique, en chimie, en géographie, en économie politique, faisaient progresser notre industrie manufacturière, à l'aide de méthodes nouvelles, enseignées dans les cours publics, reproduits avec empressement par la presse.
Par ce simple exposé, on peut juger cet esprit supérieur et la main puissante qui dirigeait et imprimait son impulsion au développement de ce vaste ensemble de connaissances.
Typographie. L'art typographique ne fit cependant pas de grands progrès sous le régime impérial ; il fut en général très-médiocre dans ses moyens d'exécution.
Une seule famille, celle de MM. Didot, avait conservé l'amour du beau et du bon.
Pierre Didot, du Louvre, comme on l'appelait alors, reproduisait, dans le silence et l'isolement, ces éditions de nos classiques français qui sont recherchées comme celles des Elzevirs, avec cette élégance, cette pureté de correction, qui rendent à la copie la valeur de l'original.
Firmin Didot, son frère, non moins célèbre dans les anna-
les de l'imprimerie, littérateur distingué, en même temps que graveur célèbre, s'occupa de perfectionner les caractères dont il fit un noble emploi dans la fabrication ; mais le service éminent qu'il rendit à l'art typographique, ce fut de livrer au commerce ses propres types, et par cette généreuse concession, qui détruisit la spécialité de ses ateliers, il produisit une amélioration sensible dans l'imprimerie en général, et par suite, dans la fabrication de toute l'Europe.
A ces noms vénérés, nous en ajouterons un petit nombre qui méritent une mention particulière pour leurs travaux :
Crapelet, dont les éditions correctes tiennent le juste milieu entre les ouvrages de luxe et ceux ordinaires, et se font rechercher et placer dans les bibliothèques,
Herhan, inventeur de la stéréotypie, qui donna naissance au polytypage, et plus tard au clichage, dont l'application peut apporter un jour un grand changement dans la fabrication des livres ;
JBarbou, imprimeur-libraire pour les livres classiques, ancienne et respectable maison, qui a eu pour successeur A. Delalain. Administrateur habile, plutôt que typographe, il a donné une grande extension à sa fabrication, et une valeur considérable à sa librairie ;
Gillet, imprimeur et fondeur. Il a brillé par l'élégance de ses impressions légères, ornées de fleurons et de vignettes qui lui ont créé une spécialité pour les ouvrages dits de ville;
Agasse, imprimeur du Moniteur, gendre de feu Joseph Panckoucke, continue et termine la publication de Y Encyclopédie, commencée par son beau-père ;
Prudhonwie, imprimeur-libraire, célèbre par son journal intitulé les Révolutions de Paris , a publié le Dictionnaire bibliographique de Ghaudon et Delandine, les Œuvres de Lavater et un grand Dictionnaire statistique de la France, le plus considérable qui ait paru en ce genre;
Éberhart, savant imprimeur du Collège de France, connu pour ses impressions en langues étrangères ;
Michaud, imprimeur des œuvres de l'abbé Delille, et éditeur de la Biographie universelle, ouvrage d'une haute conception, d'une rédaction remarquable, et qui tient le premier rang dans toutes les bibliothèques ;
Catineau-Delaroche, imprimeur et fondateur d'une école modèle d'apprentis typographes à Montrouge, homme de lettres distingué; il fut attaché à la direction de l'imprimerie, où il a laissé d'honorables souvenirs ;
Le Normant, imprimeur du Journal des Débats, éditeur des Dictionnaires latin et français de Noël, et des œuvres de Chateaubriand ;
F. J. Baudouin, fils de Pierre Baudouin, peintre du roi, et petit-fils du célèbre Boucher, reçu libraire en 1787, succéda à son oncle Michel Lambert, comme imprimeur; député suppléant à l'Assemblée constituante , il est nommé par divers décrets, imprimeur des États généraux, des Assemblées nationales, du Corps législatif et de l'Institut national.
La prodigieuse activité de ce typographe lui permit de diriger et de mettre à la disposition du gouvernement cent presses roulantes sous le titre ^'Imprimerie nationale. Cet établissement exerça une telle intluence, qu'il fut considéré par un député de la Convention comme représentant l'artillerie de la pensée au milieu des guerres de la révolution (1).
La célérité du service dans ces travaux extraordinaires l'emportait sur l'exécution, sans parler du péril journalier qui environna la personne de cet imprimeur, depuis la séance du Jeu de Paume jusqu'au 18 brumaire an VIII, où il seconda de tous ses moyens les projets du général Bonaparte.
(i) Moniteur de 179ô : séances de la Convention nationale.
Comme imprimeur de l'Institut, on doit à J. F. Baudouin les Mémoires de cette compagnie, qui présentent de nombreuses difficultés typographiques ; la Méridienne, par Delambre et Méchain ; les Connaissances chimiques, par Fourcroy, et la première Grammaire arabe et française, de Herbin : tous ouvrages qui exigeaient des connaissances spéciales dans les langues mortes et vivantes.
Parmi les libraires, nous mentionnerons : Les libraire?.
MM. Débure, anciens libraires de la Bibliothèque du Roi ; honorable famille qui brillait depuis longues années parmi les bibliographes les plus célèbres , et a laissé à la mort de son chef un trésor de livres rares et une collection de gravures des plus précieuses;
Le savant bibliophile Brunet , auteur du Manuel du libraire, placé dans les bibliothèques publiques des deux mondes ;
A. A. Renouard, éditeur des Annales de l'imprimerie des Alde, célèbres imprimeurs italiens, et des Annales de Vimprimerie des Estienne, l'honneur de la typographie française.
Bibliophile distingué, A. A. Renouard a attaché son nom à des ouvrages dont la correction et l'exécution sont remarquables. La librairie lui doit d'avoir sollicité, avec une louable persévérance, l'affranchissement des prospectus du droit de timbre, et procuré, par ce moyen, une extension considérable au commerce des livres ;
La maison Bossange, Masson et Besson, propriétaires du Dictionnaire de l'Académie française, a figuré honorablement dans le développement du commerce de la librairie et fut, avec celle de MM. Treuttel et Wùrtz, les deux librairies qui continuèrent à entretenir des relations étendues avec les nations étrangères;
Lefévre, pour ses éditions classiques. Il promettait alors ce qu'il a tenu depuis, de devenir un jour le premier li-
braire fabricant de France, tant pour ses recherches historiques, annotations aux œuvres des grands écrivains, que pour la correction et le luxe de ses éditions.
Parmi les publications importantes, nous mentionnerons :
Le Virgile et Horace, in-fol. Pierre Didot ;
La Collection des auteurs français, dédiée aux amateurs de la typographie. P. Didot;
Les Tables de logarithmes, de Gallet. Firmin Didot;
Le Musée français, par Robillard Péronville, renfermant trois cent quarante-quatre planches. 4 vol. grand in-folio. Firmin Didot ;
Le Répertoire de jurisprudence, par Merlin de Douai. 20 vol. in-4°. G amer y ;
La Biographie universelle, 41 vol. in«8°, Michaud;
Le Dictionnaire des sciences naturelles. 37 vol. avec planches. Levrault;
Le Cours d'agriculture, par Rozier. Déter ville;
Système des connaissances chimiques, parFourcroy. 12 vol. in-8°. Baudouin;
V Encyclopédie de Pancloucke, continuée par Agasse ;
L' Histoire de France, par Anquetil. 12 volumes in-8°. Garnery ;
Les Œuvres de Delille. Michaud.
Les Ouvrages de Chateaubriant. Le Normant;
La Collection des classiques français, en 73 vol. in-8°, par Lefévre ;
Le Voyage en Egypte, publié par ordre du gouvernement. Imprimerie impériale.
Découverte Nous ne terminerons pas cette revue sans mentionner les dhiea uth°sra" encouragements donnés par l'empereur à îa lithographie, cette découverte importée en France par Senefelder, développée par Engelmann ; elle fut patronée par M. le comte de Lasteyrie , qui sollicita et obtint du gouvernement des fonds pour en faciliter en France l'étude et la propagation.
Pendant la fatale année de 1814, la presse, malgré le cer- Attitude de la cle étroit où elle était renfermée, ne fit aucun mouvement FinvÏÏion n ade hostile contre l'empereur. L'administration impériale était 1814, si fortement organisée, qu'elle justifiait le principe, que c'est la force du gouvernement, et non la censure, qui arrête la propagation des écrits.
Cependant le langage des iournaux du gouvernement . tangage des
r o o j es journaux.
avait totalement changé : si, jusqu'à cette époque, le dévouement à l'empereur était identifié à celui dû à la patrie, les écrivains commençaient à s'émanciper en parlant à cœur ouvert de l'indépendance nationale, menacée par la coalition étrangère ; ils faisaient en même temps un appel général au patriotisme des populations.
L'armée resta inébranlable dans sa fidélité ; les paysans ., Fidélité de
l'arroee.
de l'Alsace, de la Franche-Comté, de la Champagne, plus rapprochés du théâtre de la guerre et en subissant les horreurs, se levèrent en masse pour repousser l'invasion ; les villes de l'intérieur restèrent au contraire, pour la plupart, muettes et silencieuses, ou mieux que cela, anéanties...
A l'encontre de cette situation des esprits en France, les Politique des princes alliés soulevaient leurs peuples aux cris de liberté et peuples. à' indépendance, et leur prodiguaient des promesses de constitutions à leur prochain retour.
Au fur et à mesure de leur envahissement, les alliés utilisaient les presses qu'ils rencontraient dans nos villes à réimprimer leurs proclamations, et les faisaient jeter à nos avant-postes, qui les leur renvoyaient en bourres de fusil.
Jusqu'à la rupture des conférences du congrès de Châtil- L'opinion pu- Ion, où Napoléon refusa de signer le démembrement du ter- mè!uu ritoire et la perte des conquêtes de la république, l'opinion resta calme et sans expression ostensible.
Rupture des Mais, dès que les agents du comte d'Artois, appuyés de sa Siondespaî- présence sur les derrières de l'armée ennemie, eurent pénétis* tré au quartier général de la Sainte-Alliance, les partis s'a-
gitèrent ; le sénat venait de déclarer la déchéance de l'empereur ; lui-même avait abdiqué.
Taiieyrand. M. de Talleyrand avait dirigé secrètement vers les souverains le duc Dalberg, pour proposer au congrès de confier la couronne au chef de la famille d'Orléans ; de son côté, l'im-
L'impératrice pératrice Joséphine sollicitait avec succès, près de l'empereur osep ine" de Russie, la conservation de la couronne d'Italie à son digne fils, le prince Eugène Napoléon..., lorsqu'elle fut enlevée à ce monde, où elle avait brillé non-seulement par l'éclat de son rang, mais par les charmes de sa personne, les grâces de son esprit et l'excellence de son cœur.
politique de L'Angleterre saisit cette circonstance pour faire admettre ng e erre. ^ reconnaitre ja puissante maison de Bourbon.
Le parti roya- Ce fut alors au tour des partisans de la branche aînée à hste s'agite. fajre najjre une opinion publique qui fût capable de rappeler au souvenir de la génération nouvelle des titres qu'elle ignorait, et d'accueillir des personnages dont les noms mêmes lui étaient inconnus.
Taiieyrand Lorsque la décision du congrès parvint à Paris, M. de auxd ^oùrnlux Talleyrand, nommé président du gouvernement provisoire, ?a°Urentréendes et ^ aYait entamé des négociations en faveur de la bran- Bourbons. ^ ca(jette, se trouva aux prises avec lui-même. Dans une situation aussi précaire, il jugea, avec son habileté ordinaire, que la liberté de la presse était le seul moyen capable de le sauver,, dans le nouveau revirement politique qu'il était obligé de subir ; en conséquence, il fit enlever et brûler le décret impérial du 17 septembre 1811, qui séquestrait
la propriété des journaux (1); en leur rendant la liberté absolue, il donnait pour le moment une, force irrésistible aux royalistes, qui se trouvaient alors sans contradicteurs ; dans une pareille circonstance, la politique des vaincus a toujours été de courber la tète, pour la relever un jour avec plus de fierté.
La nouvelle situation politique inspira au prince de Tal- Les trois mois
, t . . . . -i . . de la situation.
Jeyrand trois mots historiques, qui servirent de texte a toutes les proclamations du lieutenant général du royaume, M. le comte d'Artois :
Il n'y a qu'un Français de plus.
Ce qui voulait dire que rien ne serait changé, que tout le monde resterait dans tous les droits acquis sous l'empire.
Voilà pour la population intelligente.
Promesses lusoires.
Pour le peuple, dont on voulait bien se souvenir : Plus de conscription, plus de droits réunis. En un mot, plus d'impôts.
Promesses illusoires !
Le sénat fut transformé en pairie héréditaire; La loi sur le recrutement fut établie : Les droits réunis furent remplacés par les impositions indirectes. »
La nation dut payer deux rançons :
L'une aux puissances alliées, L'autre aux familles des émigrés.
Toutefois la promesse d'une charte constitutionnelle, qui La promesse devait, dans son application, garantir de l'arbitraire, et jf^°ere ^J servir de barrière aux prétentions des 'émigrés, calma les es- Pritsprits et fut regardée comme une œuvre de salut, un point de
0 Bulletin du bibliophile, janvier isiô; Paris.
ralliement pour le grand parti qui, après avoir vécu sous l'inspiration de la gloire, trouvait un port de refuge, un repos, une espérance, dans les principes d'une sage liberté.
Le caractère Le chef de la maison de Bourbon d'ailleurs, par son esde Louis xviu ...... , ., , . . . /..: ,.
inspire peu à prit éclaire, sa philosophie, ses principes politiques ante-
peu la coniian- . . • •. i . •»..!<■ • i » •
ce rieurs, inspirait le respect qui s attache a tout prince légis-
lateur, qui a toujours à cœur de maintenir l'institution dont il est le créateur.
Le Journal des Le Journal des Débats ouvrit le premier ses colonnes au
brochures de gouvernement royal; il fut précédé dans son élan par l'écrit
impressionnent du vicomte de Chateaubriand intitulé Buonaparte et les
ropinion. Bourbons, qui fut pour ce parti ce qu'avait été en 1789 la
brochure de l'abbé Sièyes : Qu'est-ce que le tiers état? dans
la proclamation d'une Assemblée nationale constituante.
Aperçu de Nous verrons par la suite la pressé périodique, et en parjuineU83on de ticulier le Constitutionnel , comme son expression la plus étendue, jouer un rôle analogue dans les événements de la révolution de juillet 1830.
prélude de la De même, en 1848, V Histoire des Girondins, par Lamarrepubhque. ^ne^ i'0pinjon avancée du National, unies aux doctrines du journal la Démocratie pacifique, furent le prélude de l'avènement de la république.
Laiibertéab- Sous ce régime, la liberté absolue de la presse, poussée
se "inverse1 elâ jusqu'à sa dernière conséquence, permit de discuter le prin-
repu îque. cjpe ^ gouvernement républicain, de l'attaquer dans son
essence, et de formuler divers systèmes de république : ce
qui devait faire naitre de nombreux partis, et amener
nécessairement l'anarchie parmi les dépositaires du pouvoir.
En effet :
La proposition des questeurs de l'Assemblée législative
d'assumer sur eux le commandement des troupes, contrairement à la constitution, ne permettait plus de distinguer là où était le principe d'autorité ; ce qui décida le mouvement unanime de l'armée à se placer comme tète de colonne de l'esprit public, afin de laisser au peuple le soin de décider à quel pouvoir elle devait obéir. Le suffrage universel lui a répondu.
Ces divers événements se dérouleront devant nous, dans notre seconde partie de 1815 à 1851, en commençant par le gouvernement de la restauration, qui s'élève d'abord sous l'empire de la liberté de la presse, et disparait devant la tentative d'un retour au pouvoir absolu ; pendant que la république , née sous le régime absolu de la liberté, s'affaisse par suite de la diversité des doctrines, et ramène le pouvoir à l'unité gouvernementale par l'effet du suffrage universel, qui était le principe de sa propre fondation.