‹ Anecdotes inédites sur Malherbe. Supplément de la Vie de MalherbeChapitre 12 sur 21 · V. Revue hlcue, p. 731, 2'= col · texte numérisé non relu

V. Revue hlcue, p. 731, 2'= col

Lycophron.

Anecdote 7. Uii jouF qiiG Racaii Hsoit Ronsard, en sa présence, ayant rencontré la Chanson qui commence,

D'un gosier màclic-Uiuricr

J'oy crier Dans Lycophron ma Cassandre.

Il luy demanda si Lycophron estoit une ville ? Il ne lui voulut jamais répondre qu'en le grondant et le traittant d'ignorant; de sorte queRacan demeura dans cette erreur que Lycophron estoit une ville, jusqu'à ce qu'un jour qui fut fort long temps après, comme il estoit chez M. de la Varenne, avec M. de Meziriac, qui le pria de faire apporter de sa Bibliothèque un L^cophron (sic), pour justifier un passage qu'il avoit allégué ; il reconnut par là, que Licophron estoit un auteur, et non pas une ville.

Racan prenant Lycophron pour une ville fait bien le pendant — sauf son respect — du singe de La Fontaine prenant le Pirée pour un homme.

La chanson peu harmonieuse de Ronsard est au premier hvre de ses Amours, édition Blanchemain, t. I, p. 130. En voici la première strophe complète :

D'un gosier niasclic-laurier

J'oy crier Dans Lycopliron ma C-assandre, Qui prophétise aux Troycns

Les moyens Qui les réduiront en cendre.

Scarron a parodié les deux premiers vers de Ronsard au commencement de son poème burlesque de Typhon ou la Gigantomach\e,^diV\\Qn 1648:

Je clianto, quoy que d'un f/ttsier Qui lie mâche point (le Laurier; Kon Hector, non le brave Enée,..

Racan était vraiment bien en droit d'ignorer que Lycophron était un des poètes de l'ancienne Pléiade, et qu'il avait fait un poème intitulé Cassandre où Ronsard se plaisait à retrouver sa propre Cassandre.

Cette curieuse anecdote ne peut avoir été rapportée que par Racan, qui y a mis d'ailleurs sa bonhomie et son calme ordinaires.

Voici ce qu'il écrivait trente ans plus tard (et non vingt ans, Sainte-Beuve^ p. 422) dans une lettre à Chapelain du 25 octobre 1654: « C'est de quoy j'oserois vous demander raison, si je ne craignois d'avoir une aussi rude réprimande que celle que je reçus du grondeur et impitoyable silence de Malherbe quand je pris Lycophron pour la ville où demeuroit Cassandre... » Racan, t. I, p. 349.

Page 1