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Anecdotes sur la comtesse du Barry

actrice dans le gouvernement des mœurs et l'histoire de rhu?nanité,ne s'est que trop ?nanifestéc dans les événements de notre France monarchique, en y venant jouer un long rôle, d'un parasitisme àbsùrbantf dont les écrimins et mémorialistes ne sauraient ni méeomaUre les causes, ni se r^fkser d^ étudier les ^ets.

II PRÉFACE

Les favorites, ces puissantes reines de la main gauche, ont laissé des l races de leurs griffes roses non seulement sur la tunique, mais aussi sur le derme sensible de la Morale. Si, avec l'éclat des scandales, elles apportent comme la note stridente et impudique d'un rire de fille dans les intrigues touffues et les sinueux mystères de la politique, elles aàandottttetti aussi, derrière elles, une manière de parfum capiteux comme l'ambre et malsain comme la /ange qui semble se dégager du récit de leurs épopées galantes pour troubler et contaminer longtemps après ^imagination populaire.

On ne saurait nier assurément que la seule éPocation des amours royales ne fasse ncdtre encore dans V esprit mal éclairé du peuple et même de la bourgeoisie des rêifes de volupté vagues, presque des convoitises de libertinage sans nom. La galanterie est tellement inhérente à notre caractère gaulois, qu'en dépit des exemples du passé, des ruines accumulées, des atteintes portées à l'honneur de la noblesse, les flétrissures de l'histoire manquent souvent leur but. Alors qu'on blâme hautement ces infamies d'autrefois, on se complaît tout bas à la lecture de ces séductions féminines, de ces agenouillements devant les capricieuses tyrannies de ces maîtresses souveraines,

Ckerche-t'^ des documents pour anathématiser les fragilités de la royauté? Point; on aime à se sentir dans le huis clos de ses sentiments intimes et de ses jouissances privées pour surprendre les indiscrétions des bulletin niers, des conteurs de grasses historiettes ou des pamphlétaires sur ces mœurs de grandes pécheresses; on marche à leur suite, furtivement sur la pointe du pied; avec la complicité de l'auteur et du lecteur, on parcourt

SUR LA COMTESSE DU BARRY. m

tous les petits boudoirs, foutes les sentines des vices ainiables, on ne s'arrête qu'au temple de la débauche ou au seuil des alcôves. Alors on se met aux écoutes pour se chatouiller l'oreille des mots osés et licencieux du tête à tête; on regarde à la dérobée, et sur les indications du conteur calomniographe, on cherche à entrevoir au passage quelques rondeurs satinées de chair rose ou hien un tumultueux déshabillé à la Fragonard. La curiosité n'a plus de bornes; tout ce qui a trait à l'histoire des concubinages princiers est dépouillé, inpentorié, et tous, ces libelles, gazctins, factums ou sottisiers, ne rassasient pas encore le désir qu'ont les érudits de connaître Jusqu'aux moindres hontes des mofiarchics dcfiaitcs.

C'est que notre nation est épicurioine, amoureuse des friands >norceaiix cl des joyeuses anecdotes qui poussent à même sur le fumier du passé; si lliypocrisie était moins de mode, on verrait encore.au fond des coeurs, où vibre, ne fût-ce qu'un reste de Jeunesse, une indulgence profonde et non déguisée pour les faiblesses et engouements des Bourbons^ Aufourd*hui le souvenir des imp6ts,.disettes et calamités publiques sot(ffèrtspour le bon caprice de cour^ tisanes, disparaît, comme s^évanouissent, devant le solide rqtas du. Jour, les. angoisses terribles des Jeûnes de la veille. On ne se souvient, on ne veut se souvenir que des. grâces caressantes, des regards fripons, des appas enivrants que notts ont légués les portraits du temps de ces reines intérimaires, et devant ces visages pétris de lis et de roses, devant ces yeux de velours, ces bouches enchanteresses, ces narines sensuelles et ces îiaissances de gorges d'oîi s'échappent les amours, tous ceux qui ont le culte de la femme, tous les vivants passionnés pardonnent, absol-

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PRÉFACE

l'etil et pont presque Jusqu'à envier les erreurs de leurs aïeux.

Il convient aussi d'ajouter que, dans ces traditions (Tamours historiques, un chacun s'applaudit secrètemeuty avec une coquetterie ^orgueil qm ut pruque le chauyinisme du tempérament, de retrouver dans ces folies du trùtte (qui WonUt rien de oomparabU aux /roidee et pitoyables cascades de notre tempe cùnlisi Jusqu^â finilégance) cette gatilardise roMaisiàme et eette crâne verdeur de notre race sanguine. En- ejfet, Mgn^ des chastes amourettes de Louis XIII, la popularité de Henri IV grandit, tandis que celle de LouisXIV ^Hèpe dts les premiers incendies qu'il allume, et tombe Umt à fait au dernier feu de dévote qu'il éteint»

En raison d'un sentiment analogue, est-il, pour tout esprit d'artiste, une Jig'ure plus sympathique au siècle dernier que celle du Régent? Même au milieu des orgues et du délire des sens qui caractérisèrent son interrègne, il apparaît, après les hypocrisies de la vieille cour, comme le libérateur de l'humour français. Avec son entourage de maîtresses rieuses et libertines et sa cour de Jeunes roués dont les talons rouges, pirouettant sur des cœurs, semblent s^itre teints du-rose sangde leurs victimes; aarec son honnêteté et sa franchise que rien f^entame, Philippe d'Orléans se montre comme la-plus fine ea^ression de notre galanterie originelle, et comme le type du séducteur le plus séduisant car, selon le mot de Saint^imon, il aima à se divertir sans contrainte â lui ni à autrui*

Le rire Citait endormi en France à la mort du pauvre Scarrnn, et point il n'osa se réfugier sur les lèvres minces de sa veuve. Le Régent s'en vint secouer et éveil"

1er U M oMsoupi, ce grand rire, ^pammissemeia étune nation; le four des cendres omit trop duré, le carnaval pommt renaître, et le camapal renaîtra, crojrons^us, opec fracas, toutes les fois qu'on voudra contraindre la gaieté, la satire et la galanterie dans notre patrie, amie des fêtes et des chansons, oii l'austérité ne pourrait s'ac~ climater sous aucune forme goupemementale. Le carnaval renaîtra; Dieu veuille que ce ne soit pas le rouge camapal, mais n'espérons plus que ce soit le Joli travesti de la Réf^encL'f la blonde folie d'un lilK'fttnjj^^e exquis dont l'esprit faisait tous les frais. La Révolution, pour bâtir une société nouvelle, a dispersé les sociétés, et datis ces sociétés-là s'étaient réfu^^iés la politesse du beau lani^age, l'art adorable de la conversation, les rajjinements de la vie spirituelle et les délicieuses t^oueries de la séduction,

Cest à la Régence que dihute cette longue dynastie de favùHtes qui se termine par la plus incroyable de toutes, par le règne éblouissant de la Du Barry, cette femme du peigde qui devait briser les ressorts de la monarchie comme son aïeule et grande parente Jeanne d'Arc en avait relevé l'autorité. Ironie de la Providence, qui distribua à ces filles de Vaucouleurs deux rôles aux contrastes si entièrement opposés ! la Pucelle et le joli tendron qu'autre^ fois on chansonna sous le nom de la Bourbonnaise.

Telles que puissent être leurs prétentions . et quoi qu'on en ait pu dire, MM. de Concourt sont de meilleurs

VI PRÉFACE

portraitistes que d'excellents historiens; il leur manque la belle simplicité qui fait les grands biographes, la lo~ 'gique de la filiation des événements, la large envergure Aidées qui conduisent les écrivains de l'histoire. Us regardent trop à la loupe les petits détails qu'ils croient inaperçus, et ils oublient en piquant leurs menues notes, tris consciencieusement fouillées et observées, de les coudre ou de les ramener au grand mouvement historique et social, sans lequel elles ne sont que parties. Les deux auteurs des Maîtresses de Louis XV ont beaucoup écrit sur l'œuvre fp'avé du dernier siècle. Veulent-ils présen" ter la femme? à leur aide Watleau, Laluur, Eisen, Fra^ gonard ou les Saint-Aubin! — S' agit-il de la société? sus aux estampes : Pater, Baudoin, Debucourt n'ont plus de secrets pour le lecteur. Ce procédé, excellent datis un sens très restreint, est abusif dans la généralité qui doit envisager d'ensemble. A ce jeu, MM. de Concourt sont devenus des portraitistes très sfdrs, d'une fidélité extrême; ils excellent à placer une physionomie bien d'aplomb, âl'enve' lopper d'une coloration douce et sobre, à aviver comme il convient le feu d'une prunelle, et à donner aux commissures des lèvres V accent même du rire; en un mot, dans cet art spécial où personne ne saurait les tenir en rivalité, ils ont ce que dans l'argot du métier on nomme le chic, un chic très goûté et digne de Vêtre. Nous décrocherons donc de leur galerie ce portrait de la Du Barry :

« Tous les documents, tous les portraits, toutes les images qu'une femme laisse d'elle, tous ces miroirs d'immortalité de la beauté mortelle, le marbre, la toile, la gravure, s'accordent pour reconnaître à A/"* Du Barry les plus rares séductions de la femme, les enchantements

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â^wmt grâce tans rivale. Ses cheveux étaient les plus beaux, les plus longs, les plus sojreux, les plus Monds du monde, blonds de ce blond cendré qui donne aux traits, sans le secours de la poudre, une douceur et une harmonie délicieuse, et met autour d^un visage de femme tout à la fois une caresse, tm rtgron, un nuage.

<r Elle avait, contraste charmant! les sourcils bruns et des cils de même couleur, des cils recourbés et qui frisaient presque autour de son œil bleu, baigyié de ces lueurs liumides que seul le pinceau de Greu^e a su peindre. Les deux caractères de sa beauté se mariaient et s'unissaient d'une façon raidissante dans son regard qui était le regard d'une brune et le regard d'une blonde, mêlant la tendresse à la passion, et le sourire à l'ardeur. Puis, c'était un petit ne^ grec, finement taillé, et l'arc retroussé d'une bouche délicieusement petite. C'était une peau, un teint d'enfant sur tout l'ovale de ce visage. Cétait un cou qui semblait le cou rond d'une statue antique allongé par le Parmesan pour se balancer plus délicatement sur de rondes épaules. Cétait un bras, une main, un pied, tout un corps d'une perfection adorable; et par-dessus tant de charmes, il y avait en elle la Jeunesse victorieuse, la vie et comme la divinité dtwne Hébé; il y avait autour ^elle cet air de volupté, cette atmosphère d'enivrement, ce parfum et cette lumière de déesse amoureuse qui faisait chanter à Voltaire devant un de ses portraits :

L'origiiMl était ftit pour les Dieux I

« Toutes les niéta/norphoses convicnjient à cette beauté comme aux divinités de la fable; et que demain elle quitte

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