GÉNÉALOGIE DES DUBARRI
Lcvignac, à 3 lieues de Toulouse, attenant le marquisat
de Montagut, est possédé par la maison de The\an.
La chaumière des Barri est à Touest dudit village, assez près de la paroisse, sur un petit ruisseau qui se nomme la Sarre, qui se jette daos la Garonne près de Grenade.
Le grand-père du comte Jean,, dit le Xmté, se nommolt Simon Barri, messier ou garde-vignes de Gilles le mazurier, procureur, et grand-père de la marquise de Thezan.
Le fils de Barri, garde-vignes, étoit procureur fiscal de Levignac de Tlslc-Jourdain, et fut père de Jean Barri, dit ie Roué,
Le procoieor fiscal ovoit pour frère N. BarH, boucher
de Levignac, et N. Barri ^ dit Lesqueron, gros paysan du village de Saint-Paul, dépendant du marquis de Montagut.
Ualné, procureur fiscal, eut pour enfants trois garçons et trois 611es :
I» Jean Barri ^ dit le Roue', se maria à Casiclnaudans, et s'allia à une bonne famille bourgeoise. Il eut de sa femme 1 5,000 livres de dot, chose qui étonna tout le monde, attendu la pauvreté de ce Barri. Cette femme est belle, pleine de vertus, et n^a jamais rien voulu de la foveur des BÔrri,
a* Guillaume, mari de la Dubarri^ si connu.
3» Éîîe.
Guillaume et Élic ont porté des sabots : le dernier a épousé M"* de Fumel.
Ils avoient pour sœurs : i* CaOn^ qui a été mariée au nommé Filieuse, paysan renforcé de Levignac et fermier de
Tonniel, Vaillac et lVutï petit domaine qui s'appelle Lana. Ce Filicusc vient d'avoir, avant la maladie du roi, des lettres
de noblesse.
2" Chon, dérivé de Fanchon^ laquelle a eu trois enfants, sans compter ceux qu*on ignore : savoir, deux de M. de Foug^, ancien officier des gardes-françoises ot il a servi peu de
temps et à qui elle a fait avoir une compagnie de cavalerie dans le régiment de la Reine, et ensuite un régiment provincial.
Le père du troisième enfant est un nommé iVag^M^^. C'est cette Chon qui est la favorite et le conseil de la Dubarri.
3* La Pischy. Elle a joué le rftie d'emplâtre, sous le nom de W^de Serre, auprès de la Choit, sa sœur.
Le nom de Serre est pris d*un fief qui appartient à la maison de Thczan.
Jean Barri le Roué a eu pour fils Adolphe Dubarri, qui a épousé M",« de Tournon et a été page de la chambre.
Son oncle Élie, colonel du r^iment de la Reine, a été à rÉcoIe militaire, pour les services que Jean le Roué a rendus à MM. de Richdieu et de Duras, auxquels il servoit de Mer> cure.
Il y a un Hnrri Sovence, dit le Sourd, qui vit noblement à 5 lieues de Toulouse, à 3 lieues de Lcvignac, et qui a cent ans de noblesse.
Les fiarri en question ont d^abord cherché à s^enter sur lui, et il Pavoit permis; mais comme il ne datolt que de cent
âns, on n'a rien fait pour lui. On a eu recours aux Barri more en Angleterre, qui est la même famille que les Barri du Pérl-
gord, connus sous le nom dt La Renaudie, Lisez VHistoire de la conspiration d'Amboise.
En 1750. le Roue pùi le nom de comte de Serre, d'un rtef appartenant à la maison de Thczan, et dépendant du marquisat de Montagne.
Il emprunta de Pargent i un ancien chirurgien-major d^un régiment d'infanterie, nommé Foureade^ 1<^ à la place des Souliers à Toulouse. Muni de cet argent, il s*en fut A Bagnères pour y exercer son industrieux talent.
Le duc d'Antin y étoit à prendre les eaux avec M"* la comtesse de Toulouse et là duchesse d^^tin, qui le prirent pour un homme comme il fîiut. En arrivant aux eaux, il eut des talons rouges et un habit couleur de rose : ce qui ne réussit point à Toulouse ; il fut chassé, et vendit quelques pièces de terre pour payer k chirurgien, qui le poursuivoit alin d'obtenir son payement. 11 vint à Paris sous le nom de comte de Serre; il se fit présenter chez les princes ; et, en ayant été chassé, il prit le nom de comte Dubarri. On sait le reste de son histoire.
Il ne reste qu'à dire un mot de la manière dont M*** la Comtesse Dubarri s'est comportée depuis son éloignement de la cour. D'après le rapport de î'abbesse du Pont-aux-Dames, chargée particulièrement d'inspecter sa conduite, et le témoignage des religieuses, compagnes et témoins de sa retraite, il paroît qu'on n'a aucun écart, aucune ûiute grave à lui reprocher, qu'on se loue même de sa conduite; qu'elle a été bonne, douce et honnête envers tout le monde.
Quant à son âme, on n'y a point vu cette douleur emportée d'une femme altière, qui, du sein de la bassesse élevée au faîte des grandeurs, ne les sent pas au-dessus d'elle, s'y arrache en furieuse, et dont l'ambition mesure sans cesse dans son désespoir la hauteur dont elle se voit précipitée. Elle n'avoit pas non plus cette douleur muette.
profonde et stupide d'une femme tendre, à qui la mort enlève un amant chéri, Tunique idole de son cœur, qu'aucun objet ne peut y remplacer, ne désirant plus rien après lui, n'envisageant désormais qu'un vide afireux dans la nature.
Cette situation de la favorite confirme les Réflexions que le lecteur aura faites souvent durant le cours de ces Anecdotes, que, malgré elle poussée à la cour, elle n'y restoit que par des insinuations étrangères, n'étoitpas feite pour y vivre, et ne pouvoit y être heureuse, dénuée de la seule passion qui puisse en &ire remplir l'activité, soutenir l'ennui et dévorer les dégoûts; que d'un autre côté elle n'avoit jamais aimé le roi, et que, ne lui étant attachée ni à raison de la grandeur qui environnoit ce monarque, ni à raison des qualités personnelles qu'il déployoit dans l'intimité de son intérieur et qui le faisoient chérir des courtisans qu'il y admettoit, elle auroit regardé presque comme un bonheur d'en être débarrassée, si cette mort n'eût été suivie de beaucoup d'humiliations, et surtout d'une captivité dure et longue. C'est à cette cause seule qu'il fiiut rapporter led^rissement de ses charmes, devenusméconnoissables. D'ailleurs l'inaction où lalaissoit dans les premiers temps du deuil un vêtement lugubre et uniforme étoit un vrai sujet de chagrin pour elle. On a vu que dès qu'elle a pu avoir le goût de la coquetterie, 'son occupation principale a été de se parer. C'est, ce semble, encore aujourd'hui son unique passion. Elle délicate son corps; elle soigne sa figure ; elle varie sans relâche toutes les métamorphoses que peut subir une femme dans ses atours. Ce plaisir, dont elle a recouvré la jouissance, la ranime, vivifie de nouveau sa beauté; et la liberté qu'elle a de se montrer, de voir des humains et d'inspirer des désirs rendra à ses attraits toute leur puissance.
SUR LA COMTESSE DUBARRI. aSt
Il passe pour constant, aujourd'hui qu'on écrit ceci, que la lettre de cachet est levée en entier, et que M""* Dubarri a le choix d'aller où elle voudra, pourvu qu'elle se tienne au moins à lo lieues de la cour, ou de Paris. On dit qu'elle doit rester encore cet hiver au Pont-aux-Dames ; que pendant ce temps elle compte faire l'acquisition d'une terre pour s'y retirer. On ajoute qu'on lui en a proposé une, qu'elle a trouvée trop éloignée, s'écriant qu'elle n'aimoit pas la misère. On sait que le comte Dubarri, son beau-frère, qui est en Italie, et a loué à Gênes un superbe hôtd, voudroit l'attirer dans ce pays-là, espérant sans doute d'en tirer encore bon parti. Mais on ne croit pas qu'elle voulût se remettre sous la tyrannie d'un pareil homme, ni que d'ailleurs le gouvernement lui permît de passer en pays étranger. EUe restera donc en France, où elle fera la consolation de l'envie, la pitié du philosophe, le désespoir de la beauté, et l'émuladon d'une foule de courtisanes qui, en apprenant son histoire, dans leur folle ambition, aspireront au même triomphe.
INDEX ALPHABÉTIQUE