IV RULHIERE ET RICHELIEU
Finalement, ce furent deux écrivains médiocres, Faur, ancien secrétaire du duc de Fronsac, et Soulavie, mis en possession, soit par la confiance sénile de Richelieu, soit par les confiscations révolutionnaires, de tous les papiers de Kichelieu, qui écrivirent cette vie dont Kulhière avait raconté seulement la jeunesse amoureuse et romanesque. ISTen médisons pas cependant, car c'est à eux que l'on doit la conservation de documents certainement authentiques qui figurent dans la Vie privée du maréchal de Richelieu, Pans, 1790, du premier, et dans les Mémoires DU maréchal de Richelieu, Paris, 1790, du second ^.
Le maréchal de Kichelieu, que Voltaire^ auquel il empruntait de l'argent, appelait « mon héros », — ce qui est aimable pour un créancier, — était né le i3 mars 1796, et fut connu jusqu'à la mort de son père, en 171 5, sous le nom de duc de Fronsac. Il n'avait pas quinze ans accomplis quand il épousa Anne-Catherine de Noailles, nièce du maréchal de Noailles. Il avait été encore plus précoce en amour. Il était presque un enfant lorsqu'il lui arriva, avec la jeune duchesse de Bourgogne, cette aventure qui fait penser au Chérubin de Beaumarchais et qui l'a
I . Depuis, le maréchal a eu sa revanche dans un livre aussi scrupuleusement historique que spirituel de M. de Lescure : Nouveaux Mémoires du maréchal de Richelieu, Paris, Dentu, i 869-1 871, 4 vol. in- 16.
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peut-être inspiré. C'est presque le moment où Saint- Simon dit de lui : « Ce petit duc de Fronsac, qui n'avoit guère alors que seize ans, étoit la plus jolie créature de corps et d'esprit qu'on pCitvoir. Son père Vav oit présenté à la cour, où M'"^ de Maintenon, ancienne amie de M. de Kichelieu, en fit comme son fils, et, par conséquent, M"^^ la duchesse de Bourgogne et tout le monde lui fit merveilles, jusqu'au roi. Il y sut répondre avec tant de grâce, et se démêler avec tant d'esprit, de finesse, de liberté, de politesse, qu'il devint bientôt la coqueluche de la cour... Sa figure enchanta les danies '. »
Nous ne ferons pas, après Kulhière, la liste de ces mille e tre, ni le récit de ces aventures où le Chérubin se transforme en don Juan. Kulhière lui-même na pas achevé ce récit, et peut-être ne faut-il pas s'en plaindre. Quand il s'arrête, Richelieu a vingtcinq ans : c'est encore l'âge des amours, et le moraliste lui-même sourit et ne gronde pas. En poussant plus loin, le don Juan, vieilli et fourbu, eût fatigué le lecteur, et la satiété aurait amené le mépris. Il est des œuvres qui gagnent plus qu'elles ne perdent à rester incomplètes : la Marianne, de Marivaux, n'a jamais pu être heureusement achevée, et les restitutions que l'on essaye de la Vénus de Milo nous