Anémie des mineurs
Nous venons de donner largement une année de notre vie (1) à une enquête d’hygiène sociale, dans les charbonnages du Nord et du Pas-de-Calais. Nous avons plusieurs fois parcouru de Test à Pouest et du nord au sud cette large bande de terre, dispensatrice de richesses, qu’on appelle, le bassin houiller. Nous avons perdu toute joie, et nous nous sommes assombri pour longtemps, sous ce ciel gris, dans ces campagnes sans horizons, parmi les rues boueuses des cités ouvrières aux maisons de briques salies par la pluie, la poussière et la fumée. Cependant, l’aspect de cette existence active, grouillante et brutale, qui caractérise les pays d'industrie, la vue de bien des maux aussi, pouvaient être salutaires.
Rentrer en soi-même, quand la réalité ambiante vous meurtrit par sa rudesse et sa laideur, n’est pas toujours une précaution de l’égoïsme. La méditation, si elle est autre chose qu’un simple exercice de l’esprit ou un jeu de rimauiiiation créatrice, contribue au contraire à élaro'ir le cœur. Elle y substitue le culte de l’humanité vivante k celui des individus ou à celui des formules mensongères.
(1) 1" juin 1904-1" septembre 1905.
La notion philosophique, ou encore médicale, de la souffrance inhérente à la vie, ainsi étendue et fortifiée par le contact prolongé avec d’inéluctables nécessités et de vraies misères sociales, peut devenir utile, en maîtrisant les as})irations hautaines de l’idéalisme et en calmant les révoltes personnelles de ceux qui l’ont acquise.
La tache que nous avions assumée, avec d’autres, était modeste, ingrate, accablante par sa monotonie même. Seule, l’idée d’un peu de bien à accomplir était capable de soutenir notre courage. Malgré les heures de lassitude, en dépit de vives préoccupations d’avenir que le présent ne justifie que trop, nous avons tenu à aller jusqu’au bout. Nous avons fait de notre mieux. Nous nous sommes efforcé d’apporter notre part de matériaux à la Commission d’enquête et au rapporteur chargés de tirer des l’ésultats la conclusion pratique, et nous croyons n’avoir silice point trompé l’attente de personne. ÎNIais, en dehors de notre besogne en quelque sorte officielle, alors que l’usage quotidien du microscope à dose massive et le temps consacré à des déplacements fréquents ne nous permettaient guère de préparer la lutte pour l’existence de demain, si nous n’avions pas le loisir de nous occuper sérieusement de nous-même, il ne nous était nullement interdit de rélléchir sur les hommes et les choses qui s’offraient à nos yeux.
C’est le fruit de ces réflexions et de nos recherches personnelles que nous soumettons aujourd’hui au public médical. Nous espérons qu’il ne méconnaîtra pas l’utilité de la contribution que nous apportons à l’étude de Vanémie des mineurs et des diverses infections vermineuses qui, selon nous, en sont souvent les seules ou les principales causes.
Nous ne devons point oublier que nous avons été une simple unité, parmi les médecins chargés de l’enquête. Nos opinions, notamment en ce qui concerne l’organisation de la médecine dans les mines, n’ena-affent