‹ Anémie des mineursChapitre 2 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

que nous, et nous croyons agir loyalement en mettant le lecteur en garde contre la tendance toute naturelle qu’il pourrait avoir à dire en nous lisant : ah luio disce onuïes. On voudra bien considérer, toutefois, que nous n’en avons pas émis une seule qui ne soit appuyée sur des faits attentivement observés. On nous tiendra compte aussi de la somme de travail que représente une étude de ce genre. 11 serait supertlu, pensons-nous, d’en montrer l’unité et de dire le sentiment ou l’idée qui l’a inspirée. Nous aimons mieux faire ressortir le côté pratique qu’elle présente pour les médecins des charbonnages. Ils y rencontreront, sur la pathologie et l’hygiène propres aux mineurs, des aperçus qui. s’ils ne sont pas tous absolument nouveaux, n’en olfrent pas moins quelqu’intérêt, eu égard à leur diversité et aux observations dont ils procèdent.

Comme les infections vermineuses à part l’ankylostomiase, sont probablement communes à toutes les classes de travailleurs, les confrères des agglomérations ouvrières, quelles qu’elles soient, trouveront sans doute aussi profit à nous lire.

Quant à notre façon d’envisager le service médical des houillères, elle pourrait avoir une portée plus générale et plus haute. Pourquoi ne deviendrait-elle pas, avec des modifications appropriées, la formule de l’avenir, pour l’organisation de la médecine en France, que semble imposer un état de choses nouveau, créé par le prodigieux développement de la mutualité ? Si notre ambition est grande, c’est que nos intentions sont pures.

11 faut le reconnaître, la pratique de la médecine, telle qu’elle est aujourd’hui comprise, au point de vue du calcul des honoraires, se fonde sur une injustice sociale. Ceux qui en sont victimes ne s’en plaignent point : la coutume, la logique apparente du fait selon la conception courante de l’intérêt bien entendu, ne leur permettent nullement d’y songer. Mais n’est-il pas étrange que les dépenses médicales les plus lourdes soient la plupart du

temps supportées par ceux-là memes qui ont le moins de ressources? Nous voulons parler des petits cultivateurs, propriétaires, fermiers et métayers, répartis dans les villages ou les hameaux de notre belle France, et qui habitent à quelques kilomètres du bourg où se trouve établi le médecin. Ils payent la visite, 5, 8, 10 et 12 francs, suivant la distance, alors que le gros commerçant et le riche rentier, qui ont la bonne fortune — si c’en est une — de tomber malades en quelque sorte à sa porte, parce qu’ils résident au chef-lieu de canton, ne la payent que 2 et 3 fr. Sans parler de la perte qui provient du chômage, n’est-ce pas déjà une nécessité pénible en elle-même, parfois onéreuse, de faire une ou plusieurs lieues, d’abord afin de demander le praticien, ensuite pour aller chez le pharmacien chercher les médicaments ? Le laboureur dont nous parlons doit-il donc encore débourser trois, cinq et six fois autant que le privilégié qui a seulement cent mètres à parcourir, et qui est d’ailleurs plus à l’aise que lui ?

Il ne saurait être question d’amener nos confrères à renoncer à se faire indemniser proportionnellement au temps dépensé et aux distances parcourues, celles-ci entraînant des frais de chevaux et de voitures considérables. Seulement, un système analogue à celui que nous proposons pour les mines, appuyé sur la statistique (1), une sorte de mutualité départementale, avec caisse centrale, limitation du nombre des médecins, obligation de la résidence en des lieux déterminés, réservant le droit ou la nécessité d’en changer dans des conditions prévues (2), traitement fixe partiel constituant la première assise des

il) Un journal, le Concours médical, avait pris, il y a quelques années, l’initiative d une statistique relative aux revenus des médecins. classés par départements.

(2) Il pourrait y avoir des mutations volontaires, par consentement réciproque, ainsi qu’un véritable avancement — tous les postes n’étant pas également agréables et productifs — basé sur l’âge et sur le mérite.

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