‹ Anémie des mineursChapitre 13 sur 28 · III. — Anthracose · texte numérisé non relu

III. — Anthracose

Nous voici donc amené à parler de V anthracose, à laquelle, selon nous, l’anoxhémie du mineur se trouve étroitement liée. La question a été parfaitement étudiée il y a quelques années par le docteur Oberthür, dans sa thèse inaugurale (1). Nous nous rallions en grande partie

(1) Déjà citée.

CAUSES DE l’anémie. PROPHYLAXIE

à sa conclusion : à savoir que l’anthracose est un signe d’identité professionnelle, plutôt qu’une maladie.

Nous ne croyons ni à une bronchite, ni à une bronchopneumonie, ni à un emphysème, ni à une phtisie particulière, d’ordre en quelque sorte mécanique, causée par la présence du charbon à l’intérieur des voies respiratoires. Ce serait contraire aux notionsde pathologie générale aujoui'd’hui courantes (J). Dans trois cas de cavernes pulmonaires, où le timbre et le rythme anormaux nous avaient fait penser à du sphacèle d’origine anthracosique, l’examen microscopique des crachats, d’ailleurs noirs, nous a montré de nombreux bacilles de Koch (2). Toutefois, nous admettons que l’envahissement des bronchioles, des alvéoles et des parois des capillaires, par les parcelles de minerai, diminue la souplesse de leurs parois et augmente la densité du tissu, de manière à produire non seulement les accidents circulatoires dont nous avons parlé, mais encore des signes d’auscultation et de percussion très précis : alfaiblissement du murmure vésiculaire, pouvant s’étendre presque à toute la surface des poumons, diminution de la sonorité, et exagération des vibrations thoraciques (3).

On voit, d’après le précédent tableau, que nous avons rencontré 42 cas semblables. Nous regrettons que les circonstances ne nous aient pas permis de rechercher pour

(1) La question est controversée. Si, pour Tripier, de Lyon, pour Manouvriez, de Valenciennes, pour Fabre, de Cominentry, pour Kuborn et Bareila, pour Oberthür, il n’y a pas de phtisie anthracosique, il n’en est pas de même pour Riembault, de Saint-Etienne {Encombrement charbonneux des mineurs de houille, 1881). Et Maurice Letulle écrit : « Certaines observations semblent dûment établir la nature non bacillaire de cavernes anthracosiques du poumon, creusées en plein bloc scléro-pneumoconiosique. » (Anatomie pathologique. Paris, 1887.)

(2) Deux fois nous avons effectué cette recherche avec M. Lambert, chef du laboratoire de bactériologie des mines d'Anzin.

(3) Cette symptomatologie est admise par Dieulafoy, Manuel de pathologie interne, 1901, t. I, p. 248.

CAUSES DE l’anémie. PROPHYLAXIE

chacun d’eux le bacille de la tuberculose. Mais l’absence du cortège habituel de celle-ci (amaigrissement, diminution des forces, sueurs nocturnes, quintes de toux, râles, craquements) nous a permis d’éliminer ce diagnostic, avec beaucoup de chances de ne pas nous tromper. Si donc l’antbracose, j)Our nous comme pour Oberthür, ne constitue pas une maladie, elle est quelque chose de plus qu’un signe d’identité professionnelle : c’est une véritable lésion, caractérisée par un ensemlde symptomatique, et sa place doit rester marquée dans le cadre nosologique. '

Quant à la tuberculose avérée, elle n’est pas aussi rare dans les mines que semble le croire cet auteur et qu’on le répète généralement. Nous en avons trouvé 12 cas sur 500; soit un })eu plus de 2 p. 100 (1). Mais ceci n’a rien tà voir avec les conditions du travail souterrain.

Relativement à l’antbracose, on pourrait objecter que beaucoup de vieux mineurs, ayant vingt, trente et quarante ans de fond, conservent une respiration normale. Rien souvent, nous avons été frappé nous-même du fait. On ausculte : le murmure vésiculaire est régulier, presque moelleux. On percute : le thorax sonne bien. Et pourtant, ces hommes ont abattu de la houille pendant plus d’un ([uart de siècle. L’explication n’est pas facile à donner. (Quelques nécropsies, judicieusement pratiquées, avec étude histologique du j)arenchyme pulmonaire, permettraient seules de trancher la question. Nous pensons qu’elle se réduit à un phénomène de physiologie. L’elïort, pour certains hommes, s’accompagne d’inspirations brusques et profondes, tandis que d’autres respirent toujours d’une façon lente et régulière. Chez les premiers, l’air amené

(1) Il est vrai que, d’après Grancher, le tiers de la population est tuberculeuse, et qu'à Paris la mortalité annuelle par tuberculose est de 2.0 p. lUO. Ajoutons que les recherches de M. le professeur Surmont, de Lille, ont démontré qu’au fond des mines la flore bactérienne est beaucoup moins nombreuse que dans les rues des villes et surtout à l'intérieur des ateliers.

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