V. — Hygiène du travail
Le vœu que nous venons d’exprimer nous entraîne à quelques développements au sujet des mesures qui nous semblent utiles, en vue d’améliorations nouvelles dans les conditions hygiéniques de l’exploitation.
D’abord, la surface. Nous avons parlé du triage. Cette besogne est faite presque partout par des filles de 15 à 20 ans. Elles respirent sans discontinuer, durant de longues heures, la poussière noire soulevée en abondance par les trembleurs métalliques, et sont fréquemment exposées à se souiller les doigts au contact des matières fécales dont sont couverts quelques morceaux de minerai. Ces ouvrières, pour la plupart filles de houilleurs, destinées à devenir femmes et mères de houilleurs, s’étiolent à un pareil métier, précisément à l’âge où une bonne hygiène leur serait le plus nécessaire. Elles se contentent d’un salaire minime : c’est la seule raison pour laquelle
(1) On ne doit pas oublier que l’abus de ces infusions toniques surmène le muscle cardiaque et cause de l’insomnie.
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OU les eiii[)loie. Elles sont heureuses d’apporter à la lamille leur petite part de salaire. La chose est entrée dans les mœurs, aux pays miniers. Nous ne demandons pas qu’on les écarte. Seulement, une ou deux précautions toutes simples, point ou peu coûteuses, remédieraient grandement, croyons-nous, aux inconvénients que nous avons signalés. Il faudrait leur fournir de quoi se laver les mains, quand elles font leur collation et quand elles quittent le travail. De plus, il serait utile de leur envelopper complètement la tête au cours de celui-ci, d’une sorte de sac de lin ou de toile, pourvu de verres au niveau des yeux, afin de mettre leur visage, leurs paupières et leurs voies respiratoires à l’abri de cette infinité de particules tlottantes, dont elles font pendant des années une absorption quotidienne intense. Nous entendons déjà les plaisanteries que l’idée seule d’un pareil accoutrement va suggérer à une certaine catégorie de sceptiques, qui aimeraient mieux voir périr une race que de sacrifier les plus injustes préventions. Nous leur répondrons que les belles mondaines ou demi mondaines, qui s’adonnent aux joies eltrénées de l’automobile, ne se trouvent nullement ridicules de porter quelque chose de semblable pour échapper à la violence de l’air et aux ennuis de la poudre grise des routes.
Et pourquoi les hommes qui travaillent à la veine ne se couvriraient-ils point d’un sac pareil ? 11 serait au moins indi([ué d’essayer. Quand bien meme il n'aurait d’autre utilité que de protéger la ligure et le globe oculaire contre les éclats projetés par le pic (jui attaque le fdon, ce serait déjà un résultat api)réciable. Mais qui ne voit qu’en tamisant l’air des chantiers souterrains, comme celui du triage, il atténuerait les effets de ranthracose et peut-être même empêcherait la production de cette lésion pulmonaire ? Un sac de toile à mailles serrées, c’est bien peu de chose. Il y en aurait un ou deux de rechange, et cela serait lavé chaque jour. Quant aux verres, enchâssés dans
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un cadre pourvu de boutonnières, ils pourraient être enlevés ou remis en place à volonté, au niveau des fenêtres ménagées dans le tissu ; des courroies serrées sur les tempes et l)ouclées derrière la tête les maintiendraient appliqués devant les yeux.
Mais ce que nous réclamons ici avec instance, ce sont des réglements plus sévères relativement à l’aérage. Nous savons qu’à ce point de vue il est possible de faire mieux. Plusieurs compagnies sont fières à bon droit du débit total de leurs ventilateurs ; et cependant, elles ont des tailles où l’ouvrier souflre au travail. Une répartition meilleure de l’air pourrait la plupart du temps être obtenue. (Quelques autres, et non des moindres, ne semblent même [>as toujours se soucier du débit ; dans certaines fosses, le nombre de litres par seconde et par homme est insuffisant (1). Pour les quartiers où il est impossible d’avoir une ventilation satisfaisante, nous proposerions d’établir une sorte de roulement des mineurs, de manière qu’aucun d’eux n’y travaille plus de huit jours et ne puisse arriver au degré d’anoxhémie grave que nous avons parfois observé (2). Nous demandons aussi la suppression complète de la lampe à feu nu, à cause de la grande consommation d’oxygène qu’elle fait et des fumées qu’elle dégage.
(j)uant aux galeries, nous les avons trouvées souvent boueuses. Le chemin est rude pour gagner le chantier, quand celui-ci se trouve à deux ou trois kilomètres, qu’il faut non seulement baisser la tête, mais plier les reins, et que les pieds sont dans l’eau. C’est autant d’énergie perdue pour l’abatage de la houille. Il serait nécessaire d’assurer un écoulement plus régulier des eaux par les rigoles latérales. Il serait utile, en cas d’éloignement des
(1) Nous devons répéter ici que les compagnies semblent toutes vouloir entrer à ce point de vue dans la voie des améliorations.
(2) Nous empruntons cette idée à un médecin des mines, M. le docteur Flament, de Carvin.
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tailles, (le transporter les hommes jusqu’à leur voisinage. Les berlines qu’on y dirige sont vides. Pourquoi n’y prendraient-il pas place ? Ce serait un surcroît de labeur pour les chevaux, déjà surmenés ? Alors, qu’on les remplace, partout où cela peut se faire, par la traction électrique (1). Ou serait ainsi conduit à agrandir les voies et à veiller plus attentivement à leur entretien. Et peut-être, au total, réaliserait-on encore une économie, par suite de la suppression de quadrupèdes, assurément dignes d’intérêt, mais encombrants et coûteux, ainsi que de la régularité et de la rapidité plus grandes des transports.
A propos des wagonnets, où les mineurs s’exonèrent fréquemment, il est inadmissible qu’on livre au acheteurs un produit souillé parfois de matières fécales. Il y a lieu d’interdire la défécation dans le fond, notamment suivant le mode que nous venons de rappeler. Pour le cas de nécessités, aux(|uelles on ne saurait toujours commander, il suffirait de mettre à la disposition des intéressés une berline spéciale par quartier. Elle serait marquée et n’aurait pas d’autre usage. Elle serait étanche, pourvue d’un couvercle et munie d’une pelle, placée dans un large fourreau, au milieu d’un bain d’eau phéniquée forte, de formol ou mieux encore de lysol à 5 p. 100 (2). L’ouvrier déposerait ses déjections sur le sol, en un petit tas de poussier qu’il aurait d’avance préparé. Puis, il les rejetterait à l’intérieur du wagonnet, au moyen de la ])elle, qui serait soigneusement remise en place. Le poussier empêcherait la mauvaise odeur. Quant à la caisse roulante, elle pourrait servir par surcroît au charroi de différents débris
(1) Cela se lait déjà dans deux ou trois puis.
(2) Les œufs d’ankylostome peuvent donner naissance à des larves dans la solution de lysol à U p. 100. Mais celles-ci meurent au bout de dix minutes. D’après Lambinet, de Liège : <( Recherches sur la résistance des œufs et des larves d’ankylostome aux agents physico-chimiques ». In BaU. do ù'Ac. royale do niéd. de Belgique, mai 1901.
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inutilisables : pierres, terres, sable, vieux bois pourris et serait remontée au jour, lavée, ébouillantée, au moins une fois par semaine.
Relativement à ces vieux bois qui servent de soutiens aux parois latérales des galeries, et dont le pied, humide et pourri, plonge souvent dans l’eau des rigoles, il y aurait lieu de recommander aux hommes chargés de leur entretien de ne les manier autant que possible que par leur extrémité sèche ; car nous en avons maintes fois trouvé l’extrémité terreuse remplie de larves. Quand bien même l’identité de ces dernières, que pourraient seules fixer des recherches expérimentales, ne serait point établie, quand bien même elles se rapporteraient à l’anguillule stercorale ou au sclérostome, et non à l’ankylostome, la première observation que nous avons publiée dans ce travail nous paraît de nature à rendre circonspect à leur égard.
Comme complémentde ces mesures, on devrait doubler et même tripler le nombre de water-closets de la surface, afin qu’ils puissent être utilisés, soit avant la descente, soit après la remontée.
Dans un autre ordre d’idées, nous préconisons avec force l’installation, tout près du puits, de vestiaires et de bains-douches. On a dit que le houilleur n’éprouvait ni honte ni embarras à coudoyer dans la rue, quand il retourne au logis, des gens moins noirs que lui(l). Nous ne voyons pas pourquoi il se sentirait gêné de porter les traces du labeur auquel il vient de se consacrer et des dangers qu’il vient de courir. La question est tout autre. Nous avons pu nous rendre compte par nous-même des difficultés qu’il rencontre à pratiquer chez lui le nettoyage dont il a besoin. Un bain tous les jours, à heure fixe, c’est une grosse alfaire, dans une maisonnette où l’espace manque, où la ménagère entourée d’enfants a tant de soucis et d’occupations. Et puis, voici le moment du di-
(1) Docteur Potelet, cité par Calmette et Breton.
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ner, pour rhomme qui rentre et qui a faim. Au surplus, c’est immédiatement après le travail, et non quand une demi-heure ou une heure s’est écoulée, soit au cabaret, soit le long des chemins, que la réaction de la douche tiède est désirable et donnerait son maximum d’action bienfaisante. Elle aurait même un effet moral. Nous ne sommes pas le premier à proclamer que la netteté du corps met un peu de clarté dans l’esprit et de joie dans le cœur. Le corollaire de cette ablution salutaire serait, avant de quitter la fosse, l’échange de la noire défroque du travail contre des vêtements propres. On peut être assuré que le mineur, ainsi ragaillardi et remis à neuf, aurait moins de tendance à aller s’échouer, comme une misère sociale, devant la table d’estaminet, où une bière aigre et plate lui apporte, au milieu de conversations malsaines, avec des aigreurs d’estomac, des aigreurs de pensées.