‹ Anémie des mineursChapitre 23 sur 28 · V. Conséquences · texte numérisé non relu

V. Conséquences

On comprend bien que nous ne faisons qu’ébaucher ici un système, et que les calculs auxquels nous nous sommes livré sont de simples indications. Quelle qu’en soit la valeur, cela ne change rien au principe et au but. Le prin-

(1) Si des personnes étrangères à la médecine, éblouies par les chiffres C[ue nous établissons, trouvaient enviable la profession médicale, nous serions trop fondés à leur dire qu'ils sont en réalité exceptionnels. Et nous pourrions leur faire remarquer, au surplus, qu avec les déplacements, 30 visites ou consultations représentent quinze heures de travail par jour, au moins ; sans compter les responsabilités, les risques et les frais,

(2) Le surplus, soil 1 fr. 30, serait versé directement au médecin par la caisse, après envoi trimestriel ou semestriel des notes d’honoraires.

MEDECINE DES CHAUHONNAGES

cipe, c’est la liberté rendue au malade et à celui qui le soigne. Le but, c’est l’amélioration du sort de l’iin, et surtout l’efficacité incontestable des soins donnés à l’autre. Le mineur serait-il tenu de l’ecourir aux médecins nommés par VUiiioii des Charbon nages ? Oui, nécessairement, sous peine d’être frustré de l’indemnité relative aux frais médicaux (1) . On nous objectera peut-être que nous restreignons ainsi sa liberté. Nous répondrons qu’il ne sera pas de ce fait plus à plaindre que la plupart de ses concitoyens, dont les désirs sont toujours à ce point de vue limités par quelque chose : le nombre des praticiens de la région, leur éloignement, la facilité des communications, les considérations pécuniaires. Son libre choix aurait également pour guide la répartition des médecins des mines qui se trouveraient à sa portée, et rien, sinon la préoccupation de l’indemnité kilométrique, ne l’obligerait à recourir au plus voisin.

Quant à nos confrères, ils seraient placés dans les mêmes conditions de lutte courtoise que partout ailleurs. Le succès irait de préférence au plus instruit, au plus habile, au plus actif, au meilleur. 11 y aurait là une source d’émulation féconde et salutaire, dont le jaillissement naturel emporterait les étroites barrières de l’égoïsme et les petits alignements de la routine. Nous voudrions même, afin qu’aucun d’eux ne s’endormit dans la sécurité relative apportée par le traitement fixe, que celui-ci fût conditionnel : il serait renouvelable tous les trois ans, et pourrait être suspendu ou supprimé, avec ou sans radiation du corps médical des mines, après délibération du conseil et dans des cas bien déterminés, notamment

'1) Même dans le cas où les compagnies continueraient à se charger directement des accidents du travail, c’est encore aux médecins de VUnion que devraient s’adresser les blessés. Et les premières participeraient au traitement fixe pour une part dont il y aurait lieu de tenir compte dans l’établissement du tarif des interventions chirurgicales. '

MÉDECINE DES CHARBONNAGES

si le bénéficiaire ne justifiait pas, à la fin de cette pél’iode et pour la dernière année, d un travail elTectif au moins équivalent à la somme allouée. Car si, dune part, nous tenons à lui, à cause du prestige et de rindépendance qu’il donnerait au docteur vis-a-vis de sa clientèle spéciale (i), il serait, d'autre part, impossible de le maintenir à celui qui ne rendrait pas a la Société de secours mutuels et à la compagnie le minimum de services qu’on est en droit d’attendre de lui. Au surplus, nous ferons remarquer que, dans notre système de comptabilité, il se trouverait en réalité prélevé sur le salaire des médecins oux-mémes, qui seraient ainsi rendus solidaires les uns des autres, et auraient, sans rejeter pour cela toute émulation, quelqu’intérêt à se soutenir entre eux. Nous ajouterons que, le principe du concours étant posé, pour éviter l’encombrement médical et les funestes luttes coiifrat.erm lies qui en sont trop souvent la conséquence, le traitement annuel en est le corollaire nécessaire.

La possibilité de sa suppression serait même une arme entre les mains des ouvriers, un moyen pour eux d’affirmer leur liberté de choisir, en éliminant au besoin par une sorte de quarantaine le praticien dont l’attitude, le mauvais vouloir ou la néo-licence leur seraient devenus in-

supportables. Ils trouveraient là au moins une garantie et une satisfaction morales, car nous sommes convaincu que la nécessité de sévir ainsi ne se produirait pas une fois en vingt ans.

La réalisation de notre projet augmenterait probablement les charges de la caisse. Si nous admettons la centralisation des frais médicaux et chirurgicaux, par l’application de l’article 5 delà loi du 9 avril 1898, nous croyons pouvoir estimer leur totalité, avec les tarifs d’abonnement actuellement en vigueur, au sixième des recettes généra-

(1) La clientèle ordinaire ne lui serait pas interdite, quand la localité s’y prêterait.

MEDECINE DES CHARBONNAGES

les. Ür, ils seraient pent-ôtre le cinquième dans l’organisation nouvelle. Mais nous demandons qu’on nous en propose un plus économique et plus équitable, répondant mieux à toutes les exigences. Et qui ne voit que, quand les houilleurs pourront être plus attentivement examinés et traités, quand ils sauront mieux veiller eux-mêmes aux intérêts dont ils sont solidaires, le nombre des journées de chômage diminuera, la Société et les compagnies regagnant ainsi d’un côté ce qu’elles auront perdu de l’autre ?

Il se pourrait, d’ailleurs, que raugmentation ne fût pas très sensible : par exemple, si le nombre des malades examinés chaque jour tombait à 15 au lieu de 20. Au surplus, pourquoi ne déclarerait-on pas dans les statuts, que certaines substances, qui ne sont pas à proprement parler pharmaceutiques, comme les eaux minérales, les tisanes, les bonbons et les pâtes ne contenant aucune drogue active, ne sont pas dus par la Caisse de secours ? Ce serait un moyen sûr de diminuer les frais médicamenteux, qui nous ont paru exagérés, et de combattre l’encombrement de la consultation, dû surtout à une foule de quémandeurs ou plutôt de quémandeuses de ces produits, que les règlements actuels ne permettent pas au pharmacien de déli- A'rer sans ordonnance médicale.

Au moment d’achever cette étude, un peu humilié d’avoir produit tant de chiffres et discuté sur des questious de tarifs, nous éprouvons encore une fois le besoin de ramener notre modeste effort à l’ensemble des préoccupations qui paraissent diriger la vie intérieure du pays. Cette recherche des moyens d’apaisement et de concorde, ce sentiment des responsabilités, des droits et des devoirs réciproques, cette notion de plus en plus claire de la solidarité, établie sur une appréciation équitable des intérêts de tous et de chacun : voilà de quoi nous rassurer un peu sur l’avenir de la race. Or, si c’est à la lumière des idées

FRANÇOIS

MÉDECINE DES GII ARDONNAGES

({ue (le tels problèmes s’éclairent, c’est à la clarté plus crue, mais aussi plus précise, des cliiiïres, qu’ils se tranchent. Les nombres peuvent donc avoir autant de valeur expressive que les mots. D’ailleurs, la rigueur des p>’emiers ne saurait détruire l’encbantement des seconds, pas plus que les noires galeries des mines n’empêchent l’herbe et les Heurs de pousser à la surface, dans la plaine monotone, où se dressent côte à côte les hautes cheminées et les sombres bâtisses des machines d’aérage et d’extraction. Aussi, nous finissons par quelques phrases de Germinctl, le roman des houillères de jadis :

« Le soleil paraissait à l’horizon glorieux. C’était un réveil d’allégresse dans la campagne entière. Un flot d’or roulait de l’orient à l’occident, sur la plaine immense. Cette chaleur de vie gagnait, s’étendait en un frisson de jeunesse, où vibraient les soupirs de la terre, le chant des oiseaux, tous les murmures des eaux et des bois. Le vieux monde voulait vivre un printemps encore. »

Observations d’ankylostomiase

Observation 1

G. H..., 26 ans, marié. Occupé depuis six mois au fond, comme conducteur de berlines, par la compagnie dans laquelle nous le trouvons (juin 1904), Pas de maladie antérieure. Sobre. A travaillé en divers endroits, notamment aux mines de Mons (Belgique) en 1901. Devenu lors, sérieusement malade, souffrant de douleurs de ventre et de « crampes d’estomac », très affaibli, facilement essoufflé, effrayé d’apercevoir parfois un peu de sang dans ses selles, il est retourné en France chez ses parents. Un séjour de deux années à la campagne et le travail des champs l’ont amélioré sans le guérir. Toutefois, se sentant un peu plus fort et désireux de gagner davantage, il a repris du service dans une mine française. Les malaises dont il se plaignait en Belgique sont alors revenus, et, la situation allant en s’aggravant, il a dû consentir à chômer depuis quinze jours.

Nous comptons 40 à 50 œufs d’ankylostome par préparation dans ses selles.

Il est très pâle, jaune vert, couleur citron ; les muqueuses palpébrales et gingivo-buccale sont absolument exsangues. Le regard est éteint. La pâleur s’étend à tout le tégument, qui est un peu infiltré, surtout à l’abdomen, et recouvre des muscles émaciés. Le sujet s’essouffle en marchant ; il se sent très affaibli ; l’incapacité dé travail est absolue. Il éprouve une courbature générale, des douleurs vagues dans les membres inférieurs. Moralement, il est très déprimé, et ne retrouve un peu d’entrain qu’à l’idée que nous allons le guérir. Il accuse du dégoût

OLSERVATIONS

des aliments, des nausées, des vertiges et des bourdonnements d’oreilles. Il a fréquemment de la diarrhée, avec des filets de sang, comme en Belgique. Le sommeil est lourd, profond, troublé par des rêves.

Le malade étant couché sur une table longue, nous notons un météorisme marqué, un foie un peu volumineux, une rate grosse. Pas de douleurs à la pression épigastrique ou abdominale. Pas d’hémorroïdes. Réflexes normaux. Souffles anémiques au cœur, dont les battements sont sourds ; bruit de diable dans les vaisseaux du cou. Pouls petit, donnant 100 pulsations à la minute.

En présence de la gravité du cas, nous avons institué un traitement énergique, qui a rendu ce mineur à la santé.

Observation II

M. Th..., 20 ans. A travaillé en diverses compagnies, notamment aux mines de Mons (Belgique) à deux reprises (1903 et 1904). Occupé dans la concession où nous le rencontrons, depuis deux mois seulement. Aucun antécédent pathologique. A fait quelques excès de boissons en Belgique ; mais il est sobre depuis qu’il est en France, habitant chez un oncle qui le surveille.

Nous comptons 60 à 80 œufs d’ankylostome par préparation.

Le sujet est grand, trapu, extrêmement musclé. Teint pâle, couleur de cire ; muqueuses exsangues. L’expression est triste et inquiète, le regard éteint. 11 dit qu’il a commencé à être malade il y a un an (nous sommes au mois de mars 1905), à la suite d’une poussée de boutons très prurigineux, qui lui est venue aux jambes et aux mains, et qui a duré quelques jours ; il se trouvait alors à la fosse de G... (Belgique). C’était à peu près la même chose que maintenant ; mais le mal est allé en progressant, les forces ont peu à peu diminué, et depuis huit jours il a dû cesser le travail. Il s’essouffle en marchant. Il a des douleurs de reins et en ceinture. Il éprouve souvent des

015SEUVÂT10NS

lüi

vertiges, parfois des bourdonnements d’oreilles. Il a conservé l’appétit, il y a même des jours où celui-ci est exagéré ; seulement, il survient des envies de vomir environ une heure après les repas, et, quand l’estomac est vide, il en souffre.

L’examen objectif nous montre une pâleur marquée de tout le tégument, avec une légère bouffisure. Les poumons sont sains. Il n’y a pas de souffles au cœur, mais les bruits sont sourds. Le pouls, faible, bat 90 fois à la minute. Le foie est petit (6 à 7 centimètres de matité sur la ligne mamelonnaire), non douloureux. La rate est volumineuse (8 centimètres de matité longitudinale et 5 centimètres transversalement). La pression à l’épigastre détermine une douleur vive ; il en est de même autour de l'ombilic.

Pas d'albumine dans l’urine. Température : 37°4.

Le traitement approprié a parfaitement guéri ce malade.

Observation III

G..., Ad., 27 ans. Marié. Son père est mort à 40 ans, probablement de tuberculose pulmonaire. Lui-même tousse depuis sept ans, et, il y a cinq ans, il a perdu dix livres, qu’il n’a jamais regagnées depuis. Voilà pour ses antécédents héréditaires et personnels. Il est sobre.

Il est occupé depuis deux ans â la compagnie où nous l’observons (en mars 1905). Auparavant, il a travaillé dans plusieurs fosses belges, notamment à G. . . . bassin de Mons, en 1902. C’est là qu’il a commencé à se sentir vraiment malade, à la suite, lui aussi, d'une éruption prurigineuse de courte durée. Quoique sobre, il avait des nausées et des vomissements, et l’appétit était devenu irrégulier. Il éprouvait de violentes coliques, ainsi que des douleurs de reinset en ceinture. Ses selles étaient souvent sanguinolentes. Il avait des « crampes d’estomac. » Il s’essoufflait au travail, ses forces s’en allaient, et à plusieurs reprises il fut obligé de chômer. Il eut aussi des vertiges et des bourdonnements d’oreilles.

ORSERYATIONS

Ses selles contiennent 40 œufs d’ankylostome par préparation.

Absolument incapable de travailler depuis huit mois, au moment où nous l’examinons, il nous présente l’aspect d un homme gravement atteint. Il est très pâle, ses muqueuses oculaire et gingivo buccale sont blanches, le teint est de cire, le visage exprime la soulïrance. Au point de vue subjectif, les symptômes que nous avons énumérés plus haut se retrouvent au complet, mais aggravés. C’est ainsi qu’il a parfois de la boulimie, et que l’ingestion des aliments est presque toujours suivie de vives douleurs d’estomac ; c’est ainsi que la diarrhée est à peu près constante. Au point de vue objectif, nous trouvons une pâleur extrême de tout le tégument, avec de l’œdème généralisé. L’auscultation de la poitrine nous révèle quelques ronchus à droite, des râles sous-crépitants, des craquements et du souffle tubaire sur la moitié inférieure et en arrière du poumon gauche ; à ce niveau et sous l’aisselle, les vibrations thoraciques sont exagérées; il y a de la submatité. Les battements du cœur sont sourds, sans souffle, avec des signes d’épanchement péricardique léger. Le pouls; faible, mou, est à 80. Le foie est petit, la rate volumineuse. La pression épigastrique et péri-ornbilicale détermine une douleur extrêmement violente. L’abdomen présente un tympanisme accentué, et un peu d’ascite.

Expectorations sanglantes depuis six mois. Sueurs nocturnes, sommeil lourd, peuplé de cauchemars. Pas d’albumine dans l’urine. Température du matin et du soir : 36“5.

Le traitement de l’ankylostomiase a amélioré ce malade. Il a notamment fait disparaître l’ascite, l’épanchement péricardique et le tympanisme ; il a amené une résorption rapide de l’œdème, à tel point que le mineur s’étonnait de « maigrir » si vite. 11 a diminué les douleurs de ventre et d’estomac. Mais la lésion pulmonaire, un mois après, était restée stationnaire.

OBSERVATIONS

Observation

B..., G., 20 ans. A travaillé dans trois compagnies différentes, notamment à G. .. (Belgique), en 1902. Occupé depuis trois ans à la concession où nous le rencontrons. Aucun antécédent morbide. Sobre.

Actuellement très pâle, avec décoloration des muqueuses. Maux de tête, vertiges, bourdonnements d’oreilles. Douleurs de reins et en ceinture. Pesanteur des jambes, lassitude générale. Essoufflement. Appétit irrégulier, parfois exagéré. Constipation habituelle. Ces symptômes existent depuis deux ans, pour ainsi dire sans relâche.

Nous trouvons tout le tégument décoloré, un peu bouffi. Les poumons sont sains Le cœur présente un bruit de galop très net, avec maximum à la pointe. Souffle au niveau des vaisseaux du cou. Pouls serré, à 100. Le foie est gros (15 cent, sur la ligne verticale), la rate normale. Un peu de douleur à la pression épigastrique ; douleur vive en dedans et au-dessous du point de Marc Burnay.

Pas d’albumine.

Nous trouvons dans les selles 12 œufs d’ankylostome par préparation, associés à des œufs de tricocéphales en assez grand nombre. C’est à la présence de ce dernier parasite que nous attribuons la douleur dans la fosse iliaque droite.

Observation V

\V..., L., 39 ans. Occupé depuis 20 ans à la même compagnie. Comme antécédent morbide, il accuse une fièvre typhoïde grave à 18 ans. Il présente de temps en temps des éruptions prurigineuses aux jambes et aux avant-bras ; elles durent une huitaine de jours, et laissent de petites cicatrices blanchâtres, que nous retrouvons en grand nombre.

OBSERVATIONS

Malade depuis quatre à cinq ans. L’appétit est irrégulier, la digestion difficile, Tingestion des aliments produit une douleur à l’estomac. Il survient des vomissements glaireux presque chaque matin, des nausées au cours du travail. Alternatives de constipation et de diarrhée. Le sujet se plaint de maux de tête fréquents, de vertiges, de bourdonnements d'oreilles. Le sommeil est lourd, mais sans cauchemars. Pesanteur dans les membres, lassitude générale, diminution de la force musculaire.

Objectivement, il est très musclé et paraît vigoureux. Le teint est très pâle, les muqueuses sont exsangues. Tout le tégument a l’aspect de la cire, et présente un œdème manifeste. Poumons sains. Souffles légers à tous les orifices du cœur ; bruit de diable dans les vaisseaux du cou ; pouls petit, mou, donnant 120 pulsations à la minute. Estomac dilaté, très douloureux à la pression. Le foie est diminué de volume, la rate normale. Réflexes normaux.

Excès de boissons intermittents^ mais rares depuis deux ans.

Pas d’albumine dans l’urine.

Les selles renferment 22 œufs d’ankylostome par préparation.

Ce mineur n’a pas cessé le travail, malgré le mauvais état de sa santé.

Observations d’infections par l’ascaris et par le tricocéphale.

Observation I Ascaris.

R..., F., 30 ans. Marié. Mineur à veine. Pas d’antécédent morbide. Un peu buveur. Déclare qu’il n’est point malade. Toutefois, en serrant l’interrogatoire, il avoue : un appétit irré-

OBSERVATIONS

gulier, des renvois, du pyrosis, des nausées, de la gêne à l’estomac après les repas, des coliques fréquentes avec alternatives de diarrhée et de constipation, des vertiges au cours du travail.

Il est musclé et vigoureux, mais très pâle (avec décoloration des muqueuses). Poumons et cœur sains. Foie volumineux, sensible; rate normale. Pas de douleur à la pression épigastrique ni péri-ombilicale. Douleur extrêmement vive, angoissante, à la palpation, dans la fosse iliaque droite, au voisinage du point de Mac Burnay, surtout en dehors.

Observation II Ascaris.

V..., N., 20 ans. Conducteur de berlines dans les galeries. Pas d’antécédent morbide. Peu buveur : aucun signe d’alcoolisme. Paraît assez vigoureux. Teint pâle, sans décoloration des muqueuses.

Poumons sains. Bruits du cœur sourds, sans souffles. Pouls serré, à 90. Appétit excellent. Seulement, coliques fréquentes, avec alternatives de constipation et de diarrhée. Aucune gêne à la pression de l’épigastre. Foie gros (15 centim. sur la ligne verticale), rate volumineuse. Douleur vive à la pression, dans la fosse iliaque droite, au-dessous et en dehors du point de Mac Burnay. Mydriase, avec réactions pupillaires à la distance et à la lumière.

Observation III Ascaris.

L..., C., 18 ans. Conducteur de berlines. Pas d’antécédent morbide. Sobre.

OBSERVATIONS

Musclé et vigoureux. Pâle. Nous ne trouvons rien au poumons ni au cœur. Le pouls, serré, donne 100 pulsations à la minute. Foie et rate normau.x. Appétit excellent; mais nausées fréquentes entre les repas, coliques, constipation habituelle. Maux de tête, vertiges, bourdonnements d’oreilles. Pas de gène dans la fosse iliaque, ni à droite ni à gauche. Douleur extrêmement violente à la pression, sur une ligne allant de l’appendice xiphoïde à l’ombilic.

Observation IV

7 ricocéphales.

L.. ., F., 38 ans. Marié. Mineur à veine. Pas d'antécédent morbide- Sobre.

Maigre, mais parait assez vigoureux. Rien aux poumons et au cœur ; pouls normal. Foie petit (6 à 7 centim.], rate un peu volumineuse. Le sujet a perdu l’appétit depuis plusieurs années. Nous trouvons une dilatation d’estomac moyenne (grande courbure à deux travers de doigt au-dessus de l’om bilic). Pas de douleur à la palpation de l’épigastre. La pression dans la fosse iliaque droite détermine une vive souffrance un peu en dehors du point de Mac Buruay.

Observation V

. Tricocéphales.

D..., F., 39 ans. Marié. Mineur à veine. Affirme qu’il n’a jamais été malade. Sobre.

Maigre, peu musclé. Pâle. L’appétit est mauvais depuis longtemps ; la constipation est habituelle. Anorexie presque complète depuis quinze jours. Lassitude, malaise. Les pou-

OBSERVATIONS

nions et le cœur sont sains. La rate et le foie sont normaux. Aucune douleur à la pression, soit à l’épigastre, soit sur le reste de l’abdomen. Mais celui-ci est lympanisé.

Pas de fièvre. Pas d’albumine ni de sucre.

Observation V 1 Tricocéphales.

L..., L., 31 ans. Marié. Mineur à veine. Pas d'antécédent morbide. Sobre.

Peu vigoureux. Pâle. Se dit très affaibli depuis deux ans. Les poumons et le cœur sont sains. La rate et le foie paraisrent normaux. L’estomac n’est point dilaté ; il ne présente aucune douleur, spontanée ou provoquée. Mais l’anorexie est presque complète depuis deux ans; le mineur fait effort pour manger. Nausées fréquentes. Pas de vertiges et pas de bourdonnements d’oreilles. La pression détermine dans la fosse iliaque droite, au voisinage du point de Mac Burnay, une souffrance vive.

Ni albumine ni sucre dans l’urine.

Observation VII

.l.scarfs.

D..., Henri, 43 ans. Marié. Mineur à veine. Pas d’antécédent morbide. Sobre.

Il déclare spontanément qu’il est malade depuis six mois, et que ses forces vont en diminuant. Il a perdu l’appétit ; il éprouve de fréquentes envies de vomir, des maux de tête, des vertige.'^. La nuit, il se réveille souvent en sursaut, avec une sorte de sentiment de crainte, qui dure quelques moments. Il

OBSERVATIONS

ressent des démangeaisons constantes et insupportables dans le bout du nez.

Objectivement le teint est très pâle, les muqueuses sont exsangues. Les 'poumons sont sains. Le cœur présente des souffles. Le pouls est à 120. Le foie est normal, la rate un peu volumineuse. Nous déterminons une douleur marquée au creux de l’estomac, une légère dans l’hypochondre gauche, et une très vive au voisinage du point de Mac Burnay. Il y a du tympanisme à droite.

Observation VIII Ascaris.

De..., J. -B.. 30 ans. Marié. Mineur à veine. Pas d’antécédent morbide. Sobre.

Le sujet déclare qu’il est malade depuis quelques mois. Il est d’apparence assez vigoureuse. Le teint est très pâle, les muqueuses sont décolorées. L’appétit est bon, parfois même exagéré. Mais il se produit souvent de violentes douleurs d’estomac, sans nausées ni vomissements. Le malade est devenu sujet aux étouffements, aux maux de tête, à une sorte d’oppression angoissante. Il a des palpitations, des éblouissements, des vertiges. Le sommeil est profond, lourd, et le réveil est accompagné d’une sensation de lassitude.

Les poumons et le cœur, à l’auscultation, paraissent sains. Le pouls est serré, à 80. La rate et le foie semblent normaux. L’estomac présente une dilatation moyenne. La pression détermine de la douleur à l’épigastre, une beaucoup plus vive au point de Mac Burnay.

OHEERVATIONS

Observation IX Tricocéphales.

Du..., J. -B., 54 ans. Marié. Mineur à veine. Comme antécédent morbide, il raconte qu’il a vomi, il y a quatre ans, six gros vers (des ascaris) à peu près en même temps, dans une crise d’estomac extrêmement douloureuse. Depuis ce moment, il a eu plusieurs fois du mélœna et de petites hématémèses. Sobre.

Il n’hésite pas à s’avouer malade. Il y a trois ans qu’il n’a plus d’appétit, et qu’il se plaint de nausées, de « crampes d’estomac », de maux de tète, de vertiges et de bourdonnements d’oreilles. L’ingestion des aliments provoque souvent de la souffrance. Il a des alternatives de constipation et de diarrhée. Ses forces ont diminué.

Objectivement, c’est un homme amaigri, mais encore assez musclé. Le teint est un peu pâle. Poumons et cœur sains, malgré trente quatre ans de travail au fond. Pouls plein, à 76.

Foie petit (8 centim.), rate normale. La pression au niveau de l’épigastre détermine une vive douleur. Il en est de même au voisinagedu point de Mac Burnay, ainsi qu’èn un point presque symétrique de la fosse iliaque gauche.

Observation X Tricocéphales.

V..., Jules, 45 ans(l). Marié. A été occupé trente ans dans les mines. Mais depuis six mois, sa santé ne lui permet plus de travailler. Il y a dix ans, d’ailleurs, qu’il est malade, forcé

(1) Ce mineur nous a été adressé par M. le docteur Lequette, de Lens, qui pensait à la possibilité d’une infection ankylostomasique.

no

OBSERYATIO^’S

de temps en temps de chômer pendant quinze jours à un mois. Les troubles dont il se plaint sont les suivants : douleurs de reinset en ceinture, lassitude générale, pesanteur des jambes, maux de tête, vertige, insomnies, cauchemars. Il présente le phénomène du doigt mort. Il n’a jamais eu de nausées ni de vomissements , mais l’appétit a disparu, bien qu’il ait assez souvent des fringales, même après le repas. Il éprouve des palpitations de cœur, s’essouffle facilement. Il transpire abondamment; il lui arrive d’avoir froid et de frissonner en plein été. La soif est presque constante : il boit trois à quatre litres de liquide chaque jour (bière, eau vineuse, lait et tisanes). La miction est fréquente, l’urine peu abondante, parfois trouble Il y a du sang dans les selles, et celles-ci renferment de temps en temps une quantité considérable de petits vers filiformes ( « des milliers », dit le mineur). Depuis longtemps cet homme est sobre, ne buvant jamais d’alcool.

Le tableau symptomatique que nous venons d’esquisser, et qui caractérise encere r<^tat actuel du malade, pouvait nous faire penser soit à un mal de Bright, soit à une pyélo-néphrite. Nous avons analysé l’urine à deux reprises : elle ne contenait ni albumine, ni sucre, ni pus, ni cylindres, et son apparence était normale. Quant au passé, l’anamnèse ne nous révélait prs de coliques néphrétiques franchement accusées, pas d’hématurie.

Au point de vue objectif, V... est très musclé et d’aspect vigoureux. Le teint est couleur de cire, avec décoloration des muqueuses. Il n’y a pas d’œdème. Les poumons et le cœur sont sains, le pouls normal. Nous trouvons le foie un peu petit (8 à 9 centim.), la rate assez volumineuse. Les reins ne paraissent pas gros, mais la pression au niveau du triangle de J. -L. Petit provoque de la douleur des deux côtés. L’estomac n’est point dilaté. La palpation de l’épigastre est très sensible. Le ventre est tympanisé, et nous constatons une légère ascite. La douleur à la pression se montre extrêmement vive dans la fosse iliaque droite, le long d’une ligne allant de l’ombilic à l’épine antéro-supérieure ; le mouvement de défense de la paroi se produit avec énergie. A gauche, nous ne déterminons que de la gêne.

De concert avec son médecin, M. le docteur Lequette, ancien

ORSEHVATIONS

ni

interne des hôpitaux de Lille, nous avons administré à ce mineur un traitement anthelmintique énergique, après examen des selles, qui contenaient une grande quantité d'œufs de tricocéphales. Il s’est trouvé notablement amélioré : la douleur de la fosse iliaque droite avait presque disparu. Mais quinze jours après, il retrouvait dans ses matières les mêmes et innombrables petits vers filiformes. Il a dû être traité jusqu’à trois fois, avant de bénéficier d’une amélioration durable. Du moins celle-ci prouve, quel que puisse être l’avenir des symptômes néphrétiques qui avaient appelé notre attention, que nous nous étions bien trouvé en présence d’une infection vermineuse.

JVLANCIIE l

Œufs d'ankylostomo à divers stades. En 2, grossis 120 fois; pour le reste, grossis O à -400 fois. En 1, 0, 4, ô, 0, on voit la segmentation ])rogressivc ; 7, 8, 9 montrent la larve complètement développée. 10 et 11 sont deux œufs macérés dans de l’eau acidulée : le protoplasma est rétracté, la coque reste lisse. — Par E. François.

FRANÇOIS

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