‹ Anémie des mineursChapitre 8 sur 28 · IV. — Résultats · texte numérisé non relu

IV. — Résultats

Comme nous ne pouvons reproduire ici les statistiques, d'ailleurs longues et encombrantes, que nous avons établies, nous en résumerons la substance.

Nous avons étudié 37 fosses, appartenant à huit compagnies dilîérentes, et groupées en plusieurs points du bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais. Les plus anciennes ont été construites en 1830 et 1840 ; les plus récentes datent de 1900 et 1903. Les profondeurs en sont très variables : depuis 115 mètres jusqu'à 680 mètres, avec de multiples intermédiaires. La fosse Schneider, en voie d'achèvement, à Lourches (Compagnie de Douchy), atteindra même 1.000 mètres. Très variable aussi, de 90 à 1.600, est le chiffre des ouvriers occupés aux travaux du fond. Le nombre des chevaux, traînant les trains de wagonnets dans les galeries de roulage, lui est généralement proportionnel, et augmente avec la puissance de l’extraction : une de nos fosses en comptait jusqu’à 80. Sur 37, 16 font un usage presque général de la lampe à feu nu, 8 en font un usage restreint et 13 n’emploient que la lampe de sûreté. Les températures les plus basses que nous ayons rencontrées, au fond du puits, au dernier accrochage, ont été de 7 à 10" au dessus de zéro au cœur de l’hiver, de 16 à 18" au milieu de l’été ; les ]>lus éle-

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vées, dans les chantiers, ont atteint 25 à 28° durant la saison froide, 25 à 30° durant la saison chaude: celles de 28 à 30° étant d’ailleurs rares. Quinze fosses peuvent être classées comme humides, sept un peu humides, sept sont sèches.

Quant à l’aérage, si nous ne pouvons entrer dans le détail ni faire la critique des divers systèmes employés, nous devons exprimer le désir que le puits unique avec clapet Briard, servant à la fois au mouvement des cages et à la ventilation, soit partout complété ou remplacé par un puits spécial de retour pour l’air qui a traversé les chantiers..

Au point de vue particulier des parasites intestinaux, voici en chiffres ronds le bilan de nos recherches. Nous avions à voir, avons-nous dit, 20 p. 100 des ouvriers du fond. Sur 22.000, nous en avons examiné 5.000. Nous avons trouvé 150 cas d’ankylostomiase, soit 3 p. 100, et 3.500 cas d’autres infections vermineuses, soit 71 p. 100.

La répartition des cas d’ankylostomiase nous a donné lieu à des réflexions suggestives, que nous n’aurons garde d’omettre, en tenant compte des renseignements qui sont consignés, sur les feuilles d’observation personnelles des ankylostomisés, relativement à leur carrière de mineurs et à la vie nomade de la grande majorité d’entre eux. Pour les énumérer, nous attribuerons à chacune de nos compagnies une des huit premières lettres de l’alphabet. Nous avons constaté d’abord qu’à l’heure actuelle, d’eux d’entre elles étaient à peu près absolument indemnes ; un seul cas pour chacune, et très probablement d’origine étrangère. Pour l'une, A, la composition des eaux, qui sont très salées, rend dilTicile ou même impossible le développement des larves d’ankylostome (1). Pour l’autre,

(1) « De l’influence du sel marin sur l’évolution des œufs et des larves d’ankylostome dans les galeries des houillères, » par

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B, la sécheresse des galeries et des chantiers crée également un milieu défavorable.

Les concessions minières infectées nous fournissentelles, par suite de l’existence de la maladie dans certaines fosses à rexcliision des autres, quelques enseignements précis ?

Les conditions hygiéniques des deux puits (n° 1 et n° 2) delà concession G sont à peu près les mêmes : aérage insuffisant^ humidité, température maxima atteignant ou dépassant 25°. Or, le taux des cas est, dans l’un, de 50 p. 100, dans l’autre, de 6 p. 100. Faut-il expliquer cette difierence par les dates de construction, 1840 et 1875 ? Peut-être, surtout si l’on considère que le n° 1 se trouve tout près d’une vieille fosse (désignons la par la lettre P), appartenant à une puissante société voisine, et dans laquelle sévit gravement à plusieurs reprises V anémie des mineurs^ durant la première moitié du xix® siècle. Mais alors on devrait penser que le mal est ancien dans quelques mines françaises, et n'est pas dû seulement à la dissémination de l’épidémie du St-Gothard, comme la plupart des auteurs semblent l’admettre. En raison du passage facile des ouvriers d’un puits à l’autre, quand ils sont rapprochés ou soumis à la même administration, P aurait anciennement contaminé le n° 1, et celui-ci aurait plus tard contaminé le n° 2 ; car ni dans l’un ni dans l’autre Panamnèse des hommes atteints ne permet d’invoquer une origine étrangère.

L’infection à D est représentée par 4, 5 p. 100, malgré un ensemble de conditions peu propices. Mais sur cinq cas, quatre sont d’importation k peu près certaine, un d’importation possible.

Calmette, François et Breton, m Bulletin de l’ Académie de médecine, 25 juillet 1905.

Cette influence de la salure des eaux avait été depuis longtemps démontrée par M. le professeur Blanchard, à propos des mines de Wieliczka.

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Pour E, dont l’unique fosse est ancienne et humide, mais possède un l)on aérage et une température maxima peu élevée (19°), nous ])Ouvons faire la même remarque : les cinq cas que nous y avons rencontrés sont très probablement importés.

F nous a olfertune infection assez notable : en apparence seulement; car, sur les vingt et un cas relevés tà cette compagnie, il n’en est pas un au sujet duquel l’importation ne puisse être affirmée ou soupçonnée. Il n’y a pas lieu d’en être surpris : l’aérage généralement excellent, la sécheresse relative du fond, la qualité des eaux, qui sont salées, constituent un milieu défavorable.

L’enquête à G, qui comprend huit fosses, n’était pas moins intéressante. Sur 25 cas, 14 sont d’importation probable, 3 d’importation possible; 8 proviennent de la compagnie elle-même. Ces derniers se répartissent comme il suit : deux au n° 3, un peu humide, très mal aéré et à température maxima atteignant 24° ; cinq au n°5, très humide, médiocrement aéré, avec 25° de température maxima ; un au n° 7, puits humide, où la température monte jusqu’à 26°. En revanche, les n°'^ 1,2, 4 et 8, bien aérés, doivent être considérés comme indemnes. Il en est également ainsi pour le n° 6, médiocrement ventilé au point de vue du débit total de l’air, sinon au point de vue de sa répartition, qui nous a paru satisfaisante, mais dont le fond est sec, et dont les galeries sont parfaitement entretenues.

II, avec ses dix fosses, nous a fourni trente cas, dont quatorze ne ])euvent être considérés comme importés. Pai'ini ces derniers, cinq, à infection marquée, appartiennent au no 2 ; six, notables, au n" .3 ; un, négligeable, au 11° 5 ; deux, assez accentués, au n° 7; sur les seize autres cas, six provenant du n° 10 peuvent être rangés parmi ceux qui sont d’importation étrangère ; ils se rapportent à des Belges, qu’on y embauche en grand nombre. En résumé, trois puits infectés : le 2, le 3 et le 7. Les deux premiers, 2 et 3, sont les plus vieux de la

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compagnie. Leur aérage est médiocre, leur température élevée; nous pensons que, s’ils ne sont pas plus infectés, c’est à cause de leur sécheresse relative. Le n” 7 est un j)eu humide, et la ventilation y est encore moins bonne. Mais nous devons appeler l’attention sur ce fait paradoxal, que, malgré les échanges assez fréquents des ouvriers d’une fosse à l’autre dans cette compagnie, les n°' G et 9, humides, dont la tempéi’ature atteint dans certains chantiers 25 et 29°, et dont l’aérage est mauvais, paraissent bénéficier d’une immunité complète. Cherchant la cause de ce fait, nous avons examiné et goûté l’eau de chacune de ces deux fosses : elle est claire, sans odeur et sans goût, ni salée ni acide. L’explication se trouve probablement dans une nsemble de circonstances toutes fortuites.

Telles sont les considérations que nous ont suggérées nos statistiques, tant au point de vue général de l’hygiène des mines qu’au point de vue spécial de l’ankylostomiase : les deux étant d’ailleurs connexes, ainsi que nous l’avons déjà fait observer.

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