I. — Ses difficultés
Nous avons dit quelques mots des résultats généraux de l’enquête au point de vue spécial de l’ankylostomiase. Ils sont conformes à ceux que M. le docteur Breton, de Lille, avait prévus, à la suite de quelques recherches personnelles (1). Cette enquête, commandée par la gravité du mal dans les charbonnages étrangers et par l’échange fréquent des ouvriers à la frontière du nord-est, avait surtout un but prophylactique. Le rôle des médecins qui en étaient chargés consistait à préciser la topographie et le degré de l’infection sur toute l’étendue du bassin houiller. C’est ainsi qu’il est défini dans une affiche rédigée par les soins de la Commission, sous la signature de son président, M. Delafond^ inspecteur général des mines, et destinée à enseigner aux mineurs les principaux éléments de la question. Mais de là à rechercher les causes extérieures favorables au développement de la maladie, partout où elle serait rencontrée, et les raisons possibles de son absence, quand on ne la trouverait point, il n’y avait qu’un
( J ) Congrès international d’hygiène et de démographie de Bruxelles. Comptes rendus, 1903.
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pas. La Commission l’a franchi, en mettant à notre dispo" sition des questionnaires imprimés, qui devaient être remplis fosse par fosse, et visaient les conditions hygiéniques des galeries et des chantiers des houillères. De plus, des feuilles d’observation clinique relatives aux ouvriers atteints étendaient encore le champ de nos investigations, en les dirigeant vers l’étude des causes intérieures et individuelles.
C’est conformément à ce programme que nous avons rédigé le présent chapitre, à l’intention du corps médical, que la question en elle-même, la manière dont elle a été étudiée, les constatations intéressantes qu’elle a permis de faire, les remarques ou les conclusions qu’elle a pu suggérer, ne sauraient laisser indilférent.
Nous exposerons d’abord la méthode et la technique que nous avons personnellement suivies pour la recherche de l’ankylostome et des autres parasites intestinaux, tout en donnant un aperçu de la marche de l’enquête en ce qui nous concerne. Nous présenterons ensuite quelques considérations sur les puits que nous avons successivement passés en revue ; nous nous demanderons si ceux qui sont infectés se trouvent dans des conditions particulières. Nous établirons le bilan de nos observations cliniques, qu’elles se rapportent à l’ankylostome ou à d’autres vers. Enfin, nous dirons les conclusions qui nous paraîtront découler des faits, et nous proposerons les mesures que nous croirons utiles.
Nous aurions pu nous en remettre aux compagnies du soin de faire recueillir les échantillons de matière fécale à examiner, et attendre dans notre laboratoire le fruit de leurs bonnes volontés. Non seulement ce système était le plus conforme aux inspirations d’une sereine philosophie, mais il pouvait sembler aussi le plus pratique et le plus sûr, les mineurs devant^mieux, en principe, se prêter à la chose sur les injonctions de leurs patrons ou de leurs chefs que sur les sollicitations d’un inconnu. De fait, l’enquête
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a marché régulièrement et rapidement chaque fois que les ingénieurs, non gênés par des ordres contraires, l’ont bien voulu. Mais, si nous avions procédé de cette façon optimiste, nous en serions encore à poursuivre les vingt pour cent de notre première fosse. Ici, on ne voulait prendre aucune initiative, parce qu’on craignait d’indisposer les hommes et de provoquer une grève, et l’on ne pouvait nous laisser agir que quand l'opinion aurait été préparée dans le monde des houilleurs par la presse el par l’allichage ; ce qui était peut-être sage, et ce qui fut fait. Ailleurs, on se montrait nettement hostile, déclarant qu’on n’aiderait en rien les recherches et substituant à l’afliche olhcielle, pourtant si claire et si utile, une sorte de libelle où l’on daubait sur l’enquête et sur « le médecin spécial ». Empressons-nous d’ajouter que, à part ces petites diflicultés, nous avons généralement reçu l’accueil le plus bienveillant et le moins équivoque.
Quoi qu’il en soit, nous prîmes, dès le début, le parti de ne demander aux administrations minières que ce qu’elles ne pouvaient pas nous refuser : 1° l’affichage, à la surface de chaque puits, de l’avis rédigé par la Commission ; 2° un local approprié et les objets nécessaires. Et nous nous mîmes successivement en rapport avec les ingénieurs préposés à l’exploitation, en leur donnant nos instructions. Nous les chargions de nous envoyer tous les jours vingt ouvriers du fond, souvent même vingt-cinq, pour rattraper le temjis perdu par suite des ducasses [i) , des longues -coupes (2) et des quinzaines [d). De ce côté, sauf quelques lenteurs, nous avons rencontré presque toujours une courtoise obligeance. Quant aux mineurs, comprenant que seul l’intérêt de leur santé était en jeu, ils se sont prêtés volontiers au diagnostic ; ils ont même
(1) Fêtes locales.
(2) Prolongation du travail dans les mines.
(3) Jours de paie.
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fait preuve, en })Iusieurs circoiislances, d’ime véritable mansuétude : beaucoup ont dù louriiir après leur travail, pour se rendre au laboratoire, une course de trois à fjuatre kilomètres.
II, — Me:thode employée
Voici comment nous avons opéré, dans chacune des compagnies dont nous avons eu ])ersonnelIement à nous occuper. Nous avions d’abord pensé à nous procurer une douzaine de seaux hygiéniques, transportables d’uii puits à l’autre, où les hommes se seraient exonérés à leur volonté, soit avant du descendre, soit après être remontés. Mais, considérant l’impossibilité de trouver partout un emplacement convenable en vue de leur installation et du prélèvement des échantillons, songeant également qu'il nous serait ainsi difficile d'obtenir une sélection parmi les travailleurs du fond, dont les plus maladifs et les plus nomades nous paraissaient devoir être les plus intéressants, nous avons adopté une méthode tout à lait dilTérente, Nous inspirant de ce que nous savions du dis- ])ensaire ankylostomasique créé à Liège par M. le professeur Malvoz, nous nous concertâmes, dès notre première étape, avec un ingénieur des mines, qui voulut bien, après en avoir dessiné le plan, faire construire dans les ateliers de sa compagnie deux water-closets démontables (i). Réu-
(l) Qu'il nous soit permis de remercier ici M. le Directeur de la Compagnie de Vicoigne et Noeux, qui a bien voulu laisser ce matériel à notre disposition pendant toute la durée de l’enquête.
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iiis en une vaste guérite de planches et séparés par une cloison, chacun d’eux se composait d’un siège confortable et d’un bassin émaillé, qu’on pouvait retirer [>ar un simple mouvement de glissement, a[>rès l’o[)ération, au moyen d’un guichet ménagé dans la paroi postérieure. Un grand rideau de toile suspendu à une tringle en masquait l’entrée. Partout, ce matériel fut installé dans une maison de coron, comprenant deux pièces au rez-de-chaussée avec des dépendances, et deux pièces au [)remier.
Les mineurs, désignés vingt-cpiatre heures à l'avance, venaient à notre dispensaire improvisé de 3 heures à 7 heures de l’après-midi (i). Une des pièces du rez-de-chaussée servait de salle d’attente ; l’autre était consacrée cà la défécation et au prélèvement des fèces. Celles-ci étaient recueillies au sein de petites boîtes enfer-blanc, pourvues d'une languette à l’intérieur du couvercle, et numérotées. Un de nos aides, élevé au gi-ade de préparalear ^ les délivrait une à une aux hommes qui se présentaient, après avoir noté les indications relatives à l’identité de chacun et inscrit, tà la suite, le numéro. Notre second aide, le garçon de laboratoire, recevait la boite de la main même du patient, ({uand celui-ci avait fini; il la garnissait, la classait, puis procédait au nettoyage des bassins. Il avait ])Our cela à sa disposition trois seaux, dont un servant de dépotoir, une louche et une marmite d’eau bouillante posée sur un fourneau constamment allumé. Pour éviter toute confusion, il ne retirait jamais qu’un seul bassina la fois. Des suppositoires à la gélatine glycérinée, additionnée d’une goutte d’huile de croton, favorisaient, en cas de besoin, l’émission des selles. Le lendemain matin, notre premier aide faisait les préparations, soigneusement étiquetées, à raison de trois par échantillon. Dans l’une des chambres du premier étage, une table lui était réservée à cet elîet, non loin de celle qui nous servait per-
(1) On sait que la plupart remontent entre 2 heures et 3 heures.
FRANÇOIS
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sonnellement pour le diagnostic microscopique. Dans la seconde pièce, nous pratiquions les examens cliniques des ankylostomisés et de tous les individus qui nous paraissaient intéressants à un titre quelconque.
Souvent, lorsque les fosses se trouvaient trop éloignées, au lieu d’imposer une longue marche aux ouvriers, nous dédoublions notre dispensaire. Les water-closets étaient démontés et installés à leur voisinage en quelque habitation de coron, et nos aides rapportaient chaque jour les boîtes au laboratoire.
Le démontage, l’emballage, le transport et le remontage de ce matériel, à chaque installation successive, ont certes occasionné des pertes de temps très appréciables. Mais celles-ci eussent été plus grandes encore, s’il avait fallu examiner, discuter et inaugurer une méthode nouvelle, en passant d’une concession minière à l’autre.
Nous sommes-nous mis de cette manière à l’abri de toute erreur ou de toute supercherie ? Nous ne saurions l’affirmer, bien que rien ne nous permette de concevoir des doutes à cet égard. Seulement, nous croyons que notre procédé était, à tout prendre, le plus simple et le plus sûr. D’autre part, les porions (1), commandés par leurs ingénieurs, ont-ils vraiment désigné, ainsi que nous le désirions, les hommes les moins robustes et de santé douteuse ? Nous avons la quasi-certitude que les choses se sont passées ainsi dans trois concessions, où il était évident pour nous qu’on s’attachait à suivre à ce point de Ame nos indications. Ailleurs, le choix semble avoir été livré un peu au hasard. Mais cela n’a pas grande importance pour le pourcentage, puisque nous savons qu’on peut découvrir dans les selles des œufs d’ankylostome sans la moindre symptomatologie, et qu’inversement une anémie grave, avec cachexie marquée, se manifeste par-
(1) Ouvriers-chefs.
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(ois chez les houilleurs eu dehors de raiikylostouiiase, par le seul fait du travail eu des chantiers mal aérés et trop chauds (1).
III. — Considérations sur la ventilation, l’éclairage, LA température ET l’hUMIDITE.
Nous avons résumé, pour notre rapport officiel, les résultats de l’enquête ainsi conduite, dans deux tableaux : l’un concernant le diagnostic de l’ankylostomiase et des autres helminthiases les plus communes, l’autre renfermant quelques renseignements utiles relativement aux conditions hygiéniques du travail au fond des mines.
Nous y avons fourni, pour chaque fosse, des données concernant la profondeur, l’aérage, la température, l’humidité, etc. Nous tenions la plupart de ces renseignements des ingénieurs eux-mêmes. Ils nous ont témoigné une véritable condescendance, car les problèmes qui nous préoccupaient leur étaient sinon étrangers, du moins à peu j)rès indifférents. C’est ainsi que, dans aucune compagnie, nous n’avons trouvé de thermomètre, et que nous avons dû partout faire usage de ceux qui nous avaient été confiés par la Commission. C’est ainsi que nous provoquions généralement quelque surprise par nos interrogations sur l’état des voies et des chantiers, sur la présence de la boue et des flaques, l’écoulement plus ou moins régulier au moyen des rigoles latérales, le suintement de l’eau aux parois. C’est ainsi que nous avons été obligé de refaire toujours nous-même le calcul de l’aérage, parce
(1) Nous avons observé plusieurs de ces cas.
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qu’oii ne tenait i)as compte, en nous accusant après le débit total le débit par liormne, de certains éléments qui nous paraissaient de première importance. Et cela n’a rien qui puisse étonner. Les angles sous lesquels un ingénieur et un médecin voient les choses ne sont pas les mêmes. Au premier les questions de machines, d’établissement des travaux, d’exploitation, de rendement et de sécurité ; au second celles qui touchent à la santé et à la viu’ueur de l’ouvrier.
Pourtant, celles-ci nous semblent en relation étroite avec celles-là. Ce devrait être un axiome, que la prospérité d’une industrie sera directement proportionnelle à la résistance et au bon fonctionnement de cette machine complexe et délicate : l’homme. 11 y a, selon nous, tant au point de vue brutal du chiffre des affaires qu’au point de vue humanitaire et social, un intérêt essentiel à veiller avec une attention plus avisée et plus soutenue à l’hygiène des mines.
Or, le problème qui domine ici est sans contredit l’aérage. De l’air, aussi pur et aussi frais que possible, est nécessaire au mineur qui attaque la houille dans les tailles, et tout doit être mis en œuvre pour renouveler constamment l’atmosphère chargée de poussière noire qu’il respire. L’encombrement des bronchioles et des alvéoles pulmonaires par celle-ci, doit certainement chez lui gêner à la longue les échanges respiratoires, déterminer des troubles circulatoires et cardiaques, et favoriser l’anémie. Si l’oxygène qu’il a besoin de brûler pour vivre et pour travailler lui parvient en quantité insuffisante, à ces accidents viendront s’ajouter : les bourdonnements d’oreille, les éblouissements, les vertiges et la diminution des lorces musculaires, que nous avons fréquemment enregistrés chez les travailleurs du fond (1), et qui peuvent ouvrir la
(1) Près d’un tiers en sont catteintsà des degrés variables, souvent avec toutes les apparences de la santé et de la force.
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porte a l’alcoolisme par la recherche instinctive d’nn excitant devenu indispensable. Sans compter qu’un tel aiïaihlissement de l’organisme prépare le terrain aux maladies microbiennes, qui éclatent parfois sous forme épidémique dans les agglomérations des corons, ainsi qu’aux infections vermineuses, qu’elles soient dues à l’ankylostome, à l'ascaris, au tricocéphale, au ténia, à l’oxyure, ou même a l’anguillule stercorale, comme nous en avons observé un cas non douteux (i).
Un bon aérage aura encore pour conséquences: une di-
(1) Voici cette observation :
D..., Henri, 36 ans. üuvrierdu fond, travaillantaux mines de V... depuis 20 ans. Actuellement occupé aux travaux de boisage des galeries. 11 n’accuse pas d’autre antécédent morbide que des troubles hépatiques survenus à l’àge de 17 ans. Maigre, peu musclé, peu vigoureux. Très pâle. Au moment où nous l’observons, il présente de la nervosité, un malaise général avec état fébrile ; le pouls est à 120. Il a un peu de diarrhée. Il ne fait pas d’excès de boissons, et passe même pour un mineur sobre. Poumons et cœur sains. Hâte et foie normaux à la percussion. L’appétit est généralement bon, malgré une constipation habituelle, alternant de loin en loin, avec des débâcles diarrhéiques. Pas de météorisme, le ventre est souple ; aucune douleur spontanée ou provoquée par la palpation profonde, à l’épigastre, dans les hypocondres et les fosses iliaques.
Il présente, de temps en temps, depuis une année qu’il travaille au boisage, les mains souvent dans la boue des rigoles d’écoulement des eaux souterraines, des éruptions prurigineuses qui durent cinq à six jours, et sont accompagnées d’irritation bronchique. Elles siègent à la face dorsale des mains, aux poignets, aux avantbras, à la partie antérieure des jambes, et sur les côtés du cou, ainsi qu’à la nuque. Nous trouvons, en effet', en ces divers points, de nombreuses cicatrices blanchâtres, de 3 à 6 millimètres de diamètre, séparées, aux mains et aux jambes, par une poussée de boutons en évolution. Ceux-ci sont gros comme un grain de chènevis, nettement papulo-vésiculeux. Ils donnnent lieu, le lendemain, à de petites ulcérations suintantes, entourées d’une zone érythémateuse, peu étendue et peu marquée.
Les selles de cet ouvrier, qui s’était présenté à notre laboratoire
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minution de l’immidité dans les galeries, et un abaissement de la température aux fronts de taille. Et l’on sait combien Tune favorise ces douleurs rhumatoïdes dont tant de houilleurs se plaignent, combien l’autre, quand elle est élevée, rend pénible tout elTort suivi.
Nous ne prétendons pas avoir apporté, sur les conditions actuelles de la ventilation des chiffres absolument exacts. Nous avons accepté sans contrôle ceux qu’on a bien voulu nous donner, relativement au débit total des ventilateurs. Quelle part y revenait à la réalité, quelle était celle de la théorie ? S’agissait-il du maximum, du minimum ou de la moyenne ? Nous l’ignorons. Mais nous devons dire que plusieurs fois, sans avoir pensé au préalable à la possibilité d’une telle contradiction, nous avons constaté un écart considérable entre ceux qui nous étaient avoués par les ingénieurs et ceux qui sont officiellement inscrits dans les bureaux.
Nous n’entendons suspecter la bonne foi de personne ; nous relatons simplement un fait qui nous a surpris. Il semble, en effet, que des mensurations exactes ne soient pas au-dessus des ressources du calcul et de la méca-
pour savoir s’il n’était pas atteint d’ankylostomiase, ont été recueillies le 29 octobre 1904. Nous ne les avons examinées que le surlendemain. Elles étaient restées 36 heures dans une cave, à la températuré de onze degrés, à laquelle des œufs d’ankylostome ne peuvent éclore. Sur chacune des préparations que nous avons faites, nous avons trouvé quelques larves d’anguillule, presque toutes vivantes, quoique peu actives. Un nouvel examen de selles fraîches, pratiqué trois jours après, alors que l’éruption était terminée, ne nous révéla plus la présence d’aucun parasite.
Nous venions donc de rencontrer un cas d’infection par ï’anguillule stercorale. Quoique nous n’ayons pu noter que des leucocytes au milieu du contenu de plusieurs pustules, exprimé sur des lames de verre, il nous semble difficile de ne pas voir, dans l’éruption observée, la porte d’entrée du nématode, qui ne devrait plus être alors considéré comme absolument inoffensif.
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nique, puisqu’un petit livre classique sur l’exploitation des mines indique un chilTre précis, 40 à 50 litres par homme et par seconde, comme devant être obtenu dans les puits grisouteux, et comme désirable partout ailleurs (i).
Voici comment nous avons procédé, pour connaître la quantité d’air aspirée dans chaque fosse par homme et par seconde. Nous avons réuni en un seul total : les ouvriers du fond travaillant en même temps, les chevaux, consumant comme trois hommes, les lampes à feu nu brûlant comme un, et les lampes de sûreté, comptant pour la moitié. Puis, nous avons divisé par lui le nombre représentant le déhit en litres à la seconde et au total. Il est clair que nous ne pouvons avoir ainsi qu’une idée générale et vague de l’aérage d’uii puits, qui ne consiste pas seulement dans la somme de mètres cubes mis en mouvement par le ventilateur, mais aussi dans la répartition judicieuse de l’air, de telle manière qu’aucun chantier n’en reste dépourvu. Pour savoir s’il est vraiment respirable, il serait bon de pratiquer de temps en temps l’analyse d’un échantillon pris en chacune des tailles (2). On serait amené de la sorte à améliorer peu à peu la ventilation qui, malgré les grands progrès réalisés, laisse encore en certaines fosses beaucoup à désirer, si nous en jugeons par les sensations que nous avons éprouvées nous-même au cours
(1) Exploitation des mines, Félix Colomer. Paris, Dunod, 1899.
Dans une étude intéressante sur les conditions anciennes du travail au fond des houillères [Annales médicales du lîainaut, 1897), le docteur Wouters donne au sujet de l’aérage, tel qu’il est pratiqué à notre époque, des chiffres certainement exagérés.
(2) Le docteur Oberthür n’a trouvé qu’une faible diminution de la quantité d’oxygène de l’air, dans certains chantiers (Anthracose et tuberculose, Thèse, Paris, 1897). Ces recherches seraient à reprendre sur une plus vaste échelle.
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de nos excursions souterraines, et par les chiffres que nous avons parfois relevés (1).
A cette (juestion de l’aérage se rattache, au point de vue qui nous occupe, celle de l’éclairage. Nous avons été parfois très incommodé, dans les voies de fond et les chantiers, par les fumées que produit la lampe à flamme libre, d'un usage général en certaines fosses non grisouteuses, et d’un emploi qui nous paraît abusif en quelques autres classées comme peu grisouteuses. Outre ce grave inconvénient, de fumer abondamment en consumant deux fois plus d’oxygène que la lampe de sûreté, nous lui en reconnaissons d’autres : celui d’alourdir le chapeau de cuir, déjà si pénible par lui-même pour la tête qui le porte, auquel on la fixe, celui de s’éteindre facilement, celui enfin de donner une lumière vacillante et irrégulière. Aussi, nous n’hésitons pas à déclarer que, si la raison qui le maintient en honneur est une raison d’économie, cet en- Sfin est suranné et condamnable.
Quant aux températures que nous avons fournies, elles ne sont également que des indications. Prises un peu au petit bonheur, elles ne sauraient même permettre d’établir des moyennes. Il aurait fallu, pour avoir des résultats comparables entre eux, adopter partout la même méthode. La meilleure, selon nous, eût consisté à faire tenir et consulter le thermomètre, à une heure déterminée du jour, à la fois à la surface, en bas du puits à l’accrochage, et au retour d’air général : la différence obtenue entre le premier et le deuxième point, d’une part, entre le deuxième et le troisième, d’autre part, donnerait, en quelque sorte, la formule calorimétrique. Mais, pour fixer vraiment les idées sur cette question, et étudier les moyens de porter remède, en cas de besoin, aux lacunes ou aux négligences,
(1) Sous l’impulsion de la Commission d’enquête, l’aérage se trouve déjà, au moment où nous écrivons ces lignes, en voie de transformation, partout où il avait été signalé comme défectueux.
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il eut été nécessaire d’explorer à plusieurs reprises et longuement toutes les fosses que nous avions à voir : travail impossible à entreprendre à côté de nos recherches microscopiques, et dépassant les limites de temps assignées à l’enquête.