INTRODUCTION
Les manifestations cutanées et muqueuses des anémies, d’une façon générale, sont assez mal connues. Nous avons eu l'occasion, chez plusieurs malades, d'étudier un certain nombre d’entre elles. Le hasard a voulu que la plupart des cas eussent trait à des anémies hypochromes achyliques essentielles, et c’est pourquoi c’est spécialement aux manifestations cutanéo-muqueuses de cette affection que nous avons consacré ce travail.
La connaissance de l'entité : « anémie hypochrome achylique essentielle » elle-même est relativement récente. Pourtant, l'affection était déjà connue d'Hayem; en 1889, en effet, celui-ci, dans son travail Du sang et de ses altérations anatomiques, décrit une forme de chlorose tardive dyspeptique, où se retrouvent tous les caractères essentiels de la maladie. Mais sa très belle description semble avoir été méconnue et un demi-siècle s’est écoulé avant qu'une étude d'ensemble soit faite.
Sans doute, en 1903 Einhorn, en 1909 et 1913 Knud Faber esquissent les rapports entre l’'achylie et les anémies du type chlorotique, mais il faut attendre 1924 pour trouver une description détaillée due à K. Faber et à Gram de l'affection à laquelle ils vont donner son nom. Depuis, de nombreuses publications, presque touies anglo-saxonnes ou allemandes, ont été consacrées à cette question, dont, en
France, Chaudre a fait la synthèse. (Thèse de Strasbourg, 1934.)
On conçoit que les altérations cutanées et muqueuses aient été longtemps méconnues. La principale d’entre elles, la plus fréquente : la glossite, est signalée pour la première
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fois (Hayem avait parlé de sécheresse de la langue, sans plus) par B. Kelly et Paterson, en 1919, dans leur observation princeps sur l’anémie dysphagique. En Amérique surtout, cette variété de glossite a fait, depuis, l’objet d’un certain nombre de publications; la plupart des cas rapportés, d'ailleurs, ont trait à des anémies compliquées de dysphagie, de syndrome de Plummer-Vinson, suivant la terminologie anglo-saxonne. Dans une revue générale sur ce sujet, Suzmann, en 1931, a fait de la glossite une étude très complète; tous les auteurs, qu’il cite, insistent sur le caractère qui leur paraît primordial de cette glossite et achève de l’individualiser : son amélioration évidente et souvent extraordinaire sous l'influence de thérapeutique martiale.
Les autres manifestations, moins fréquentes et que l’on : ; non ù
pourrait appeler accessoires, n’ont fait l'objet que d’observations isolées. Kaznelson (1929) signale le premier les altérations unguéales et la koïilonychie; Swift (1932), le prurit vulvaire. Davies en 1931, Van Leuwen (1932) décrivent les fissures pulpaires, les fissures lavio-commissurales, la chute prématurée des cheveux, etc...
Toutes ces manifestations nous ont paru dignes d'intérêt non seulement en soi mais parce qu’elles constituent souvent un signe précoce et révélateur de la maladie et que, du point de vue dermatologique, leur étude est susceptible, peut-être, de jeter quelque clarté sur des faits insuffisamment ou non expliqués.