‹ Anémie Infectieuse et Tuberculose du ChevalChapitre 2 sur 16 · À LA MÉMOIRE DE MON PÈRE ET DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

À LA MÉMOIRE DE MON PÈRE ET DE MA MÈRE

A MonsIEUR LE PROFESSEUR VALLEE

Commandeur de la Légion d'Honneur Membre de l’Académie de Médecine Directeur des Services Vétérinaires de France et des Colonies

À MonwsiIEUR LE PROFESSEUR LéoN BERNARD

Chevalier de la Légion d'Honneur Membre de l’Académie de Médecine

Qui nous a fait le très grand honreur d'accepter la présidence de notre Jury.

A MonsIEUR LE PRoFEssEUurR VERGE

A MonsIEUR LE PROFESSEUR ROBIN Chevalier de la Légion d'Honneur

À Tous MES MAÎTRES DE L'ÉCOLE D’ALFORT

A Mowsieur CARRE Chevalier de la Légion d'Honneur Directeur du Laboratoire National de Recherches du Ministère de l’Agriculture

A Mowsteur RINJARD Chevalier de la Légion d'Honneur Directeur Adjoint du Laboratoire National de Recherches

A mon Am THIERY

Chef de Service au Laboratoire National de Recherches

En témoignage de ma reconnaissance pour l’aide précieuse qu’ils m'ont donnée dans l'élaboration de cette thèse.

ET TUBERCULOSE DU CHEVAL RS EM lee rm © = ou

Introduction

Bien avant d'être décrite ou soupçonnée, l’Anémie Infectieuse a existé dans l'Est, en particulier dans les Vosges. Les vieux grimoires d’il y a trois cents ans citaient certaines vallées étroites, certains côteaux funestes à la race chevaline, sans qu’on put établir la raison qui situait R, plutôt qu'ailleurs, ces véritables hécatombes de chevaux. Ne trouvant aucune explication au mal, les vieux accusaient la nature du sol et le paysan d’alors n’eut d’autre ressource, pour limiter ses pertes, que de substituer, pour ses travaux agricoles, le bœuf plus résistant au cheval qui se défendait mal.

Comment le mal était-il venu? Quelle était son origine? autant de points d'interrogation. Pourtant, la dissémination des malades semblait à peu près impossible tant le trafic se limitait à une zone restreinte, à part les deux foires annuelles de Poussay et de Boulaincourt qui, de temps immémorial, se tenaient au point de convergence des trois grandes vallées de l'Est. Seules les guerres, et elles furent nombreuses sur les terrains de grand parcours constitués par la Lorraine, entraînaient de grandes migrations de chevaux.

Sans aller jusqu’à croire qu'il y a superposition entre la carte épidémiologique de l’Anémie Infectieuse de cette époque avec celle des combats écrits sur le terrain par les

ruines qui en subsistent encore, on est en droit d'admettre qu'il y a une grande part d’exactitude dans l'accusation faite aux troupes suédoises d’avoir propagé dans l'Est l’Anémie Infectieuse.

Depuis une vingtaine d'années, mais surtout depuis la fin de la grande guerre, l’Anémie Infectieuse a fait des ravages énormes. Le mal, d’abord limité à quelques grosses exploitations, toujours les mêmes, pour une même contrée, a gagné d'importance, atteignant dans la même zone tous les élevages, frappant indifféremment la petite ferme qui n’a qu’un ou deux chevaux et le grand domaine riche de ses cinq ou six charrues. Au premier aspect et après un examen superficiel, l'observateur non averti serait tenté de croire que la maladie a, depuis quelques années, pris un caractère de gravité jusqu’à ce jour ignoré. Une observation plus minutieuse permet cependant d'admettre que l’Anémie [nfectieuse n’a pas exacerbé sa virulence puisqu'en interrogeant les vieux cultivateurs des villages où le mal semble apparaître brutalement, on apprend qu'il y à vingt, trente ou cinquante ans on l'avait déjà constatée, mais qu'alors les écuries maudites avaient été abandonnées et que le combat entre la maladie avait cessé faute des hôtes nécessaires à propager ou à entretenir le mal. :

Dans presque toutes les exploitations gravement atteintes, le cheval avait cédé la place au bœuf et même à la vache pour l’accomplissement des travaux agricoles. Grâce à cette substitution, qui donnait au paysan plus de peine, mais moins de pertes, la maladie avait semblé régresser et même en beaucoup de points disparaître.

La raréfaction de la main-d'œuvre humaine, sa cherté ont obligé de recourir à la petite machine agricole encore à traction animale et jusqu’à ce jour conçue en vue de son utilisation au pas rapide du cheval. Elles ont commandé, dans toutes les fermes, la réapparition du cheval.

Le besoin de bien-être a même voulu que le cheval lorrain si résistant, si rustique, si peu exigeant en ses besoins

ent

nutritifs et si bien fait pour se contenter des seuls produits du sol sur lequel il travaille, disparaisse, faisant place au cheval ardennais, plus lourd, plus fort, plus harmonieux de ligne, mais plus lymphatique, plus sensible aux atteintes du terrible virus de l’Anémie Infectieuse au point qu'on ne voit même plus, dans certaines écuries contaminées, quelques sujets mieux adaptés résister au mal. Il n'est pas rare désormais de constater dans une écurie atteinte la disparition totale de l'effectif.

Le mieux-être, les meilleures rentrées d'argent d’après guerre, une certaine coquetterie, observée surtout chez nos jeunes cultivateurs, ont voulu que le paysan, si soucieux autrefois de produire tout ce dont il avait besoin, « faisant » ses animaux de remplacement comme il faisait son pain et sa viande, n’a pas hésité à renouveler son cheptel par l'apport de sujets nouveaux, plus brillants, certes, mais plus exigeants et peut-être porteurs du germe qui contaminera tout son élevage.

Nous nous étions souvent demandé et depuis longtemps ce que devait donner dans l’avenir cet engouement, logique en apparence pour les races voisines si harmonieuses et d’aspect si puissant à côté de nos petits indigènes, bons travailleurs quand même. Le temps a confirmé nos craintes et condamné l’imprévoyant qui a placé dans un cadre qui n’était pas fait pour eux des animaux habitués à de riches pâtures. Sans calomnier notre sol, on peut dire qu'il était insuffisant à ces transplantés qui, rendus plus fragiles, devaient être les premiers à se sensibiliser au mal. Nul pays n’a pu nous prendre nos mirabelliers. Hors de Lorraine, ils dégénèrent, et cependant pour le cheval nous pouvions et devions mieux faire. Il ne s'agissait que d'améliorer nos prairies, nos champs et nos fermes. Quand on veut recevoir, on prépare la maison.

Cette sous-alimentation inconsciente et dont nos cultivateurs eussent été navrés s'ils l’avaient soupçonnée, a fait que l’Anémie Infectieuse s’est répandue dans les onze départements qui constituent la région de l’Est et en parti-

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culier dans les Vosges avec une si insidieuse brutalité qu'aujourd'hui on peut admettre, sans risquer d’être démenti, qu'environ un quart de la cavalerie du département ou tout au moins de cette région que l’on appelle « La Plaine des Vosges », tombera frappée par le virus si, contrairement à l'espoir qui commence à grandir, un vaccin, déjà en expérimentation, ne vient pas arrêter l’évolution du mal.

Et voilà que le hasard, si bien fait pour déjouer toutes les conceptions humaines, est venu poser cette autre interrogation : L’Anémie Infectieuse est-elle bien le seul fléau qui décime le cheval dans notre région ?

La Tuberculose, qui a de tous temps, dans les Vosges, atteint, surtout avant l'ère des parcs, le cheptel bovin, cette Tuberculose qui a, dans cette même région, montré ses lésions sur un très grand nombre de volailles, cette Tuberculose qui frappe les humains dans des proportions très grandes, mais qu'il ne nous appartient plus de signaler ici, cette Tuberculose fait-elle aussi ses ravages sur le cheval ?

Certes, la Tuberculose du cheval est une chose connue. Tout vétérinaire en a vu un ou deux cas au cours de sa carrière, mais Jusqu'en ces derniers mois on se plaisait à la considérer comme une trouvaille d’autopsie et comme une rareté.

La coexistence, dans quelques fermes vosgiennes, de chevaux atteints de Tuberculose et de chevaux présentant les lésions ou les symptômes de l’Anémie Infectieuse, nous a obligé à nous poser ce dilemne : la cause qui diminue la résistance des chevaux, permettant à l’Anémie Infectieuse de faire ses ravages, a-t-elle facilité l'implantation du germe de la Tuberculose ?

L’Anémie Infectieuse peut-elle faire le « lit de la Tuberculose » ?

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