‹ Anémie Infectieuse et Tuberculose du ChevalChapitre 9 sur 16 · JE · texte numérisé non relu

JE

ces points que se sont attardés toujours nos investigations chez les animaux suspects de Tuberculose.

Nous savons cependant que récemment, à l’Abattoir de Vaugirard, il a été trouvé un poumon de cheval si farci de volumineux tubercules qu'il atteignait le poids de 14 kilogrammes et que le Laboratoire National de Recherches a présenté aux Officiers de réserve de l'Ecole de perfectionnement du Gouvernement Militaire de Paris, lors de leur visite, au printemps 1932, de très jolies proliférations tuberculeuses situées sur l’endartère et même à l’intérieur des oreillettes.

Nos autopsies ont été complétées par la recherche directe du bacille de Koch dans les ganglions turgescents à l’aide de la coloration de Ziehl et aussi en deux circonstances par l’inoculation aux cobayes.

A cet effet, nous avons injecté à cet animal d'expérience, par inoculation sous-cutanée dans la région inguinale, le produit de broyage en sérum physiologique et sable stérile des ganglions suspects et des fragments de rate.

Un mois, puis deux mois après ces inoculations, les cobayes ont été éprouvés par injection intra-dermique au niveau de la région ombilicale d’une goutte d’une solution au 1/20 de Tuberculine brute.

Les deux fois, ces petits animaux ont réagi positivement (par œdème, induration et coloration violette de la peau) à cette injection diagnostique.

Trois mois après ces inoculations, deux des cobayes inoculés ont été sacrifiés. Ils ont montré, lors de leur autopsie, une rate volumineuse et des ganglions inguinaux et sous-lombaires très gros. Les frottis de ces organes altérés, colorés par la méthode de Ziehl. ont permis de voir des bacilles alcoolo-résistants nombreux. Ces constatations sont venues confirmer nos déductions de manière, nous n'osons dire mathématique, bien que le mot soit dans notre pensée, parce qu'il serait présomptueux en face de problèmes biologiques d'admettre l'absolu.

Diagnostic de l’anémie infectieuse

Si le diagnostic de la Tuberculose du cheval est rendu difficile par la rareté des cas observés et par la ressemblance de ses symptômes avec ceux d’autres maladies beaucoup plus fréquentes, il est toujours possible dès que l’on recourt aux méthodes telles que la Tuberculination ou la déviation du complément qui mettent en évidence la présence dans l’organisme ou dans le sang d'anticorps que nous voulons croire spécifiques. Certes, nous savons que l'erreur est le propre de l’homme, que ces réactions in vivo ou in vitro ne sont pas toujours aussi typiques que la description schématique que nous venons d’en faire pourrait le laisser supposer, que leur interprétation est parfois délicate, soit que l'animal aït réagi de façon imparfaite ou que nos sens aient apprécié de manière défectueuse, mais nous gardons toujours ici la suprême ressource de l’autopsie des animaux morts ou abattus et de la possibilité de l’inoculation au cobaye des lésions suspectes.

Ces dernières méthodes d'investigation doivent alors donner une quasi certitude que le vrai savant, si exigeant pour lui-même, peut encore discuter, mais qui reste tout à fait inacceptable pour nous qui n'avons pas l’orgueilleuse prétention de résoudre un problème, mais seulement d’en donner l'énoncé et de décrire les constatations qui aideront à sa solution.

Dans la recherche du diagnostic de l’Anémie [nfectieuse, la tâche se complique encore et devient autrement ardue puisque là aucun guide, aucun contrôle. Seul un ensemble de faits et les autopsies permettent de conclure.

L'Anémie Infectieuse est en effet, une maladie à virus filtrant sans symptômes qui lui soient particuliers, qui ne donne pas de lésions vraiment spécifiques et n'attaque

NS

pas, du moins de façon apparente, d’autres animaux que le cheval, et plus difficilement le mulet et l'âne.

Certes, nous avons que quelques animaux: la poule, le lapin et le porc, notamment, ont pu par inoculation du sang de chevaux malades contracter l’Anémie Infectieuse, mais l’évolution de la maladie a été si irrégulière, la contagion a été parfois si infidèle qu'il n’est pas possible de compter sur cette méthode pour aider au diagnostic.

On a bien prétendu enfin, et je veux croire à l’exactitude de cette crainte, que l’Anémie Infectieuse serait contagieuse à l’homme dans quelques circonstances tout à fait exceptionnelles. Cette possibilité, malgré l'extrême rareté des cas observés, devrait en tous cas faire proscrire de l’alimentation humaine tous ces chevaux d’une extrême maigreur, atteints d’Anémie Infectieuse chronique, qui sont encore journellement utilisés, Ô ironie, pour combattre des états d’Anémie franche chez l’homme.

L'étude de ces cas tout à fait exceptionnels de la contagion de l’Anémie Infectieuse du cheval à l’homme et à quelques animaux, peu réceptifs dans les conditions normales de la santé, devrait pouvoir nous permettre de déterminer les causes favorisantes de cette infection et peut-être d’en déduire les moyens de lutter contre ce mal en modifiant le milieu intime du cheval. Déjà le fait qu'avant la grande guerre l’Anémie Infectieuse n’était guère observée en France que dans une région assez limitée de l’Est prouve que là seulement étaient réalisées les conditions optima si nécessaires à la propagation de la maladie. Maïs cette question, qui fera probablement l’objet de nos préoccupations de demain reste encore sans réponse.

Ï y aurait bien une méthode qui permettrait à coup sûr d'assurer ce diagnostic d’Anémie Infectieuse: ce serait l’inoculation à un cheval sain du sang d’un animal malade afin de reproduire la maladie chez ce sujet d'expérience. Ce procédé nous à paru trop onéreux pour qu'il soit possible d'y recourir et force nous est restée, pour asseoir

ve

notre diagnostic, de n'’utiliser que l'étude des symptômes et des lésions créées par l’Anémie Infectieuse.

Ici encore, comme dans le cas de la Tuberculose, l’Anémie Infectieuse n'apparaît pas ou plus exactement n’'apparaît plus spontanément ; il est absolument nécessaire, pour qu'un cheval contracte la maladie, qu’il rencontre son virus correspondant. Aussi les commémoratifs touchant à la vie même de l'exploitation étudiée seront du plus grand intérêt.

L'Anémie Infectieuse est une maladie essentiellement contagieuse. Il faut pour qu'un cheval soit atteint qu'il ait rencontré le germe dans l'écurie, au pâturage, ou qu'on le lui ait apporté du dehors. il faut donc que la ferme ait été infectée par une épizootie du mal plus ou moins ancienne ou qu'il y ait eu introduction dans la cavalerie d’un contaminé, d’un malade ou d’un porteur de virus. [Il peut y avoir d’autres modes de la contagion, mais ils relèvent tous de l’un ou l’autre de ces processus d’infection.

Il est donc nécessaire quand un cheval présente des troubles suspects, de faire une véritable enquête qui plus, ou tout au moins aussi sûrement que l'étude du malade, permettra de se faire un jugement. Les pertes subies dans l’effectif équin depuis plusieurs années, leurs causes apparentes ou inexpliquées, les pertes subies par des voisins dont les purins ou les fumiers peuvent souiller les abreuvoirs ou les fontaines, sont aussi une utile indication. Mais le plus souvent, c’est à la suite de l'achat d’un cheval d’origine inconnue qu'apparaît la maladie, qui frappera les camarades immédiats du dernier venu, tandis que celui-ci reste en état apparent de bonne santé.

Tous ces commémoratifs sont précieux et doivent être recherchés avant même l’examen du malade.

L'Anémie Infectieuse peut être observée sous les deux formes, aiguë ou chronique. Elle peut même se présenter sous une forme autrement dangereuse pour la collectivité

parce qu'indécelable, et qui est la forme saprophytique dite « du porteur de virus ».

Page 1