‹ Anesthésie rachidienne obstétricale limitée à la région périnéale par injection d'une solution concentrée de novocaïneChapitre 7 sur 22 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L’anesthésie générale par inhälation, employée depuis longtemps, est à l'heure actuelle le procédé couramment utilisé. L’éther, le chloroforme, le chlorure d’éthyle purs ou sous forme de mélanges, sont les anesthésiques préférés suivant les auteurs. Si l'emploi de ces diverses substances suivant le procédé dit «à la reine » suffit à déterminer une bonne analgésie de la parturiente,et est pratiquement sans danger pour celle-ci, il m'en est plus de même lorsqu'on veut obtenir le relâchement musculaire complet. Il faut alors une anesthésie profonde, ne pouvant être confiée qu’à un aide expérimenté et comportant les risques de toutes les anesthésies, quelles qu'elles soient. ;

Action souvent nocive sur de foie, le cœur, les reins, les poumons ; accidents mortels heureusement rares, mais qui existent encore dans les proportions suivantes : 1 sur 3.000 chloroformisations, 1 sur 8.000 anesthésies à l’éther (en chirurgie).

Le protoxyde d’azote, très vanté par les Américains

L'an fes

et les Anglais, dont Vignes et Moreau préconisaient il y a quelques années l'emploi en obstétrique, est, en France du moins, d’un usage peu répandu.

La scopolamine, seule ou en association avec la morphine qui, sans arrêter la marche du travail, diminuerait la douleur, est très employée en Allemagne ; mais cette méthode ne serait pas sans danger pour le fœtus.

L’anesthésie rachidienne vulgarisée et propagée par Tuffier fut appliquée pour la première fois à l’obstétrique par Doléris et Malartic en 1900, qui utilisèrent l'injection de cocaïne dans l’arachnoïde lombaire dans cinq accouchements. Dé cinq observations ces auteurs concluaient que : l’analgésie obstétricale était obtenue sûrement avec l'injection lombaire de doses modérées de cocaïne, que la cocaïne ainsi appliquée accélérait le travail, qu’elle paräissait agir comme hémostatique, enfin que ses inconvénients étaient insignifiants.

A la même époque, Kreiss, Dupaigne, Marx, Porak publient des observations.

Guéniot, dans un rapport sur 25 cas de Malartic, conclut ainsi : «L’injection de cocaïne pratiquée sur la femme en travail supprime la douleur que déterminent les contractions utérines et celle qui est due au passage de l’enfant. De plus, loin d’entraver la marche du travail, elle semble l’accélérer. »

L'influence de la cocaïne se fait sentir pendant une heure et demie en moyenne. Il admet comme indication des injections de cocaïne : 10 les opérations obstétricales qui réclament l'emploi de l’anesthésie, abstraction faite de celles qui pourraient nécessiter l'introduction de la

CPR MESSE

main dans la cavité utérine : 2° la douleur excessive que détermine parfois le travail ; 30 la lenteur exagérée de ce dernier par suite de la faiblesse ou de l'irrégularité des contractions ; 40 enfin la tendance aux hémorragies sous quelque forme que ce soit (inertie utérine, insertion vicieuse du placenta, etc...).

Porak en 1901 utilise la rachi-anesthésie dans un accouchement normal et dans cinq cas pour pratiquer des opérations.

Et il conclut «que c’est seulement dans les cas de manœuvres ou d'opérations obstétricales que les injections intra-rachidiennes de cocaïne sont indiquées, l’action de ces injections étant trop temporaire pour qu’on puisse les employer dans les accouchements normaux. »

Malartic dans sa thèse (1901) apporte 62 observations ; il emploie une solution de chlorhydrate de cocaïne à 1 /100 et injecte un gramme de cette solution, soit un centigramme de cocaïne. Les effets obtenus sont les suivants :

1° L’analgésie de la zone génitale qui s’établit de trois à cinq minutes après l'injection et dure environ deux heures. Pendant ce temps les contractions utérines sont indolores et inconscientes ; la femme n’éprouve pas le besoin de pousser, mais pousse très énergiquement quand on le lui commande ;

20 Les contractions utérines sont plus énergiques, plus longues et plus fréquentes que normalement. La période d'expulsion est d'ordinaire abrégée. La délivrance se fait rapidement après l’accouchement et l’utérus reste

dur et rétracté.

30 L’injection de cocaïne possède un pouvoir hémostatique.

49 Le fœtus n’est nullement éprouvé par l'injection rachidienne de cocaïne.

Malartic a même employé l'injection rachidienne de cocaïne pour provoquer l’accouchement dans deux cas. Les accidents n’ont nee été sérieux, mais les céphalées étaient fréquentes.

Diamantberger, dans sa thèse (1901), concluait exactement dans le même sens.

Max Cheval relate en 1922 à Ia Société Belge de Gynécologie et Obstétrique 3 observations desquelles il résulte

.que l’anesthésie rachidienne provoque un arrêt -immédiat de la contraction utérine. Aussi préconise-t-il son usage «en dehors des opérations obstétricales chez les femmes atteintes d’affections interdisant l’anesthésie générale, dans les cas où la contraction utérine nuit à la facilité de l'acte opératoire, tels l'utérus tétanisé sur un fœtus en position transversale et la menace de rupture utérine ».

En 1924 Lantuejoul publie les résultats de 52 anesthésies rachidiennes faites dans le service de M. le Professeur Brindeau. «Il ne semble pas douteux, dit Lantuejoul, que lanesthésie rachidienne donne, dans certains cas, des résultats très supérieurs à l’anesthésie générale, qu’elle facilite certaines manœuvres telles que la dilatation du eol, l'extraction du fœtus, Les risques qu’elle entraîne, et qu’il est permis d’estimer très minimes, doivent, en présence d’un cas donné, être mis en balance avec les avantages sérieux qu’elle comporte.

L'expérience des chirurgiens montrera ultérieurement aux accoucheurs s’il est possible à ces derniers d'employer l'anesthésie rachidienne largement et sans crainte. Dès à présent, 1l semble que les accoucheurs ne peuvent systématiquement rejeter un mode d’anesthésie qui a fait ses preuves et peut parfois contribuer, pour sa part, à sauver la vie d’un enfant sans faire courir à la mèré de risques importants. » |

Malheureusement l’anesthésie rachidienne comporte aussi des inconvénients dont quelques-uns sérieux.

Schickelé, dans son rapport au Congrès des gynéco: logues et obstétriciens de langue française (Genève 1923), signale les dangers de l’anesthésie rachidienne qui, pour Jui, ne sont guère évitables, ni par la technique, ni par le choix de l’anesthésique.

Le Professeur Brindeau, après deux cents anesthésies sans accidents, publie en 1925 deux cas mortels.

Accidents immédiats mortels ou très graves, persistance de céphalées quelquefois très opiniâtres, troubles oculaires intéressant surtout la VIS paire, tels sont les risqués de l’anesthésie rachidienne.

Si une anesthésie générale est nécessaire pour les opérations obstétricales par voie haute, il n’en est pas de même pour les forceps, extractions de siège, interventions plus fréquentes, né nécessitant qu’une anesthésie de la région génito-périnéale. Cependant les divers procédés d'anesthésie localisée sont peu ou pas employés en obstétrique.

A l’anesthésie épidurale de Cathelin, particulièrement usitée en Allemagne, on reprocheune technique délicate,

Page 1