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Anesthésiques (agents)

EXTRAIT DU NOUVEAU DICTIONNAIRE DE MÉDECINE ET DE CIIIP.UHGIE PRATIQUES Publié par J.-B. Bmllière et Fils. (Tome II, iSQi.)

AJ^ESTHtSIQl'ES (Ag^enls). — On comprend sous le nom d'anesthésiques tous les composés chimiques dont l'action sur l'économie a pour effet de diminuer, ou même dé supprimer momentanément la sensibilité générale et la motricité. Ces divers agents sont employés dans la pratique médicale dans le but d'éteindre la douleur et d'empêcher les contractions musculaires dans les opérations chirurgicales ; les modifications qu'ils produisent dans la sensibilité et la motricité prennent le nom d'anesthésie.

L'anesthésie chirurgicale, c'est-à-dire la diminution ou la suppression artificielle de la sensibihté et de la motricité, est à bon droit considérée comme une des découvertes les plus utiles, les plus brillantes de la médecine contemporaine.

Histiorique. — Bien que, dans les siècles passés, l'idée d'amortir la douleur dans l'acte d'une opération chirurgicale se soit présentée à l'esprit des chirurgiens, et que, même dans quelques cas, elle ait été mise à exécution avec quelque succès, on peut dire, sans exagération, que c'est dans notre siècle seulement qu'elle a reçu un entier et complet accomplissement, une consécration scientifique.

Il me serait facile, en me servant des importantes recherches de Simpson, de remonter le cours de l'histoire, et de signaler les diverses époques où l'idée de l'anesthésie chirurgicale s'est révélée plus ou moins complètement, mais la nature pratique de ce dictionnaire m'engage à laisser à l'écart tous les faits curieux d'anesthésie, tous les essais plus ou moins heureux tentés au dix-septième siècle, et je me bornerai à dire quelques mots touchant les tentatives heureuses faites à la fin du dernier siècle, tentatives qui, selon moi, ont préparé l'avenir de l'anesthésie moderne.

Les divers essais d'anesthésie faits dans le quatorzième siècle et dans le dix-septième étaient demeurés sans résultats; ils étaient considérés

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tout au plus comme une curiosité chirurgicale. Avec la fin du' siècle dernier, une ère nouvelle commence ; les travaux mémorables de Lavoisier et de Priestley sur l'air atmosphérique ouvrent à la médecine la voie à des applications et à des recherches plus étendues. En Angleterre, le docteur Beddoës, profitant des travaux de ces habiles chimistes, cherche à introduire dans la pratique médicale les inhalations gazeuses, pour guérir les diverses maladies pulmonaires; Foxygène, l'hydrogène sont employés dans ce but avec quelque succès. A son tour, le docteur Richard Pearson emploie les inhalations d'éther dans le traitement de la phthisie pulmonaire, et jette ainsi les premiers fondements d'une pratique qui, de nos jours, devait être fécondée avec succès. Il fonda, à Bristol, un établissement appelé institution pneumatique, où les malades étaient traités par la méthode en question, c'est-à-dire avec les inhalations d'éther. A cet établissement était attaché un chimiste, devenu plus tard une grande renommée scientifique: Sir Humplirey Davy. Ce précieux auxihaire, était chargé de seconder le docteur Beddoës dans la préparation des divers fluides gazeux employés dans le traitement des maladies.

Davy, en continuant ces travaux, reconnut bientôt dans le gaz nitreux des propriétés singulières, de nature stupéfiante, et après avoir expérimenté sur lui-même, dans le but de calmer des névralgies dentaires auxquelles il était sujet, il y réussit d'une manière assez satisfaisante, et il reconnut dans le gaz nitreux des propriétés anesthésiques assez efficaces. En parlant des propriétés de ce gaz, il s'exprime ainsi : « Gomme les propriétés du protoxyde d'azote détruisent les douleurs physiques, probablement il pourra être employé dans les opérations chirurgicales clans lesquelles il n'y a pas une perte de sang très-grande. » Dans ces quelques mots se trouve formulé, avec assez de netteté, l'anesthésie chirurgicale ; mais un demi-siècle s'est écoulé avant que le conseil de Davy ait été repris, qu'il ait été mis en pratique d'une manière systématique. On trouve, il est vrai, des documents épars, suffisant cependant à démontrer que, dans quelques cas, l'éther et le protoxyde d'azote avaient été essayés dans la pratique médicale. Dans les laboratoires et dans les cours de chimie, on faisait quelquefois respirer ces deux fluides dans le but montrer leurs propriétés curieuses et singulières.

Toutes ces tentatives, cependant, étaient demeurées sans application positive. C'est seulement en 1844 qu'un dentiste américain, Horace Wells, d'Hartford, dans l'État de Connecticut, après avoir été témoin, dans les cours de chimie, des effets produits chez l'homme par le gaz nitreux, qu'on connaissait aussi sous le nom de gaz hilanant^ voulut essayer l'action de ce fluide pour extraire des dents sans douleur. Après avoir constaté sur lui-même les bons etïets de ce fluide, il opéra chez d'autres avec un entier succès. Émerveillé des résultats obtenus, et croyant avec raison avoir découvert une voie nouvelle, il se rendit à Boston, parla de ses succès à l'un de ses confrères, le docteur Morton, et à quelques chirurgiens ; mais, accueilli avec indifférence, même avec dédain, il retourna dans sa ville natale pour y entendre, deux ans plus tard, les échos

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des succès qu'il rêvait pour lui-même. Pendant son séjour à Jioston, Wells avait bien communiqué ses idées et ses recherches à Morton, mais, à juger par le temps qu'il mit à les mettre à exécution, on doit penser qu'elles ne l'avaient pas beaucoup impressionné, car l'idée de Morton ne germa pas tout d'abord.

C'est seulement deux ans après, en 184G, que Morton, voulant mettre en pratique les essais de son ami, s'adressa au chimiste Charles Jackson pour avoir le gaz nitreux nécessaire à ses expériences. Nous voyons apparaître ici l'intervention de Jackson ; celui-ci, connaissant par les travaux de Faraday l'analogie des effets produits par le gaz nitreux et l'éther, conseilla à Morton d'employer de préférence l'éther sulfurique, comme plus facile à obtenir, et le 50 septembre 1846, Morton essaya à Boston, dans l'hôpital général du Massachusetts, l'inhalation de l'éther pour amortir la douleur dans une opération chirurgicale, en présence du docteur Warren et de Hawyard. Cette tentative fut couronnée d'un plein succès. La nouvelle de cette brillante découverte se répandit avec la rapidité de l'éclair. Communiquée par le docteur Bigclow au docteur Boots, de Londres, celui-ci essaya l'éther le 19 décembre, pour l'extraction d'une dent, et le 21 décembre. Liston pratiqua, à l'hôpital de l'Université, une amputation de cuisse sous l'influence de l'éther. Le 12 janvier 1847, Malgaigne faisait connaître à l'Académie de médecine les résultats heureux qu'il avait obtenus. De mon côté, dans le même mois, je pratiquais à l'hôpital de la Pitié, devant un nombreux auditoire, émerveillé du résultat, une amputation de cuisse; enfin, au mois de février 1847, le professeur Simpson, le premier, faisait à Edimbourg l'application de Péthérisation aux opérations obstétricales. Tels sont, en résumé, les traits principaux de l'origine et du développement de cette brillante conquête. Peu de mois après, elle prenait rang dans la science et recevait partout une consécration complète.

Mais, si le docteur Morton fut le premier à inaugurer la nouvelle méthode, Charles Jackson réclama pour lui l'honneur de la découverte. Sa réclamation, adressée à l'Institut de France, fut accueillie avec faveur; cette éminente compagnie fit droit à ses prétentions et la croix de la Légion d'honneur vint sanctionner cette décision. Sans vouloir parcourir les méandres, à travers lesquels a passé cette question, il est nécessaire de dire dans l'intérêt de la vérité et du droit, que la priorité de la découverte de l'éthérisation fut portée, d'une part, devant la chambre des représentants des États-Unis, et, d'autre part, devant la Société de médecine de Boston. Après une enquête longue et minutieuse, dans laquelle tous les documents furent produits, et les diverses prétentions examinées et pesées, l'honneur d'une aussi brillante et utile découverte fut accordée au docteur Morton. Il est inutile d'entrer plus avant dans 1 examen de cette litigieuse question historique ; ce que je viens de dire suffit pour en indiquer les points culminants.

Les propriétés anesthésiques de l'éther sulfurique ayant été vérifiées par les <h\ers observateurs, -es phvsioiogistcs instiluèrent des expé-

ANESTHÉSIQUES. — historique.

riences nombreuses chez les animaux, dans le but, les uns d'étudier la marche des divers phénomènes anesthésiques, les autres, de trouver de nouveaux agents. Flourens, un des premiers, étudia cette question avec une rare précision au double point de vue que nous venons d'indiquer. En expérimentant, chez les animaux, les divers composés chimiques ayant quelque analogie avec l'éther, il reconnut le premier la puissance anesthésique du chloroforme. Les investigations physiologiques de ce professeur ne restèrent point isolées ; bientôt, suivies de près par celles de Longet, Blandin, Segalas et Amussat, elles reçurent une nouvelle confirmation.

Les phénomènes anesthésiques, chez les animaux, présentent une évolution tellement réguHère que les premières expériences de Flourens donnèrent, presque du premier coup, la clef des phénomènes principaux de ranesihésie; cependant, malgré cette identité dans les résultats, celte concordance dans les faits observés, toutes les semaines, une avalanche de notes et la description de nouvelles expériences étaient envoyées à l'Académie des sciences. Ces expériences démontraient plutôt l'empressement de leurs auteurs qu'elles n'apportaient des éléments nouveaux à la question ; à cela venait s'ajouter une série d'appareils éthérisateurs, dont quelques-uns étaient loin de remplir les conditions nécessaires.

Pendant près d'une année l'éther sulfurique fut seul employé pour l'anesthésie, et le mot éthérïsation fut adopté ; pendant ce laps de temps l'éther régna en maître, et si, à Londres, on employait dans quelques hôpitaux l'éther chlorique, partout ailleurs l'éther sulfurique était préféré dans les opérations chirurgicales. On fut vite en mesure de bien constater les avantages qu'on en pouvait obtenir, et si, de temps à autre, il produisait chez quelques malades des troubles des fonctions intellectuelles, qui les portaient à des confidences parfois compromettantes, tout le monde reconnaissait l'avantage de l'éthérisation dans les opérations.

Néanmoins, malgré l'évidence de faits aussi éclatants, l'éthérisation trouva au sein de l'Académie des sciences, dans la personne de Magendie, une vive opposition. Cet éminent physiologiste, se fondant sur quelquesunes de ces révélations curieuses qui avaient été rapportées, déclara, en pleine Académie, que l'éthérisation était un moyen immoral, qu'on devait bannir de la pratique de la chirurgie. Cette opposition s'est dissipée devant les résultats heureux invoqués par Velpeau et Roux. Bientôt un cri d'alarme vint refroidir ce concert d'éloges et le zèle des partisans de l'éther: en Angleterre, un cas de mort avait été occasionné par l'application de cet agent.

Un an à peine s'était écoulé depuis l'introduction de l'éther dans la pratique de la chirurgie, quand un nouvel agent vint lui faire concurrence. Simpson, qui avait introduit le premier l'éthérisation dans la pratique des accouchements, reconnut la puissance et l'avantage du chloroforme, et le 10 novembre 1847, il communiqua à la Société de médecine d'Edimbourg le résultat de ses expériences.

A partir de ce moment, l'éther fut abandonné; le chloroforme lui bit partout substitué. Mais si !e nouv(>l agent était plus jniissant que le pre-

ANESTIŒSIQUES. — classificatioin. 'l'IT)

iuicr,s'il produisait une aneslhésic plus prompte el plus durable, il devait être aussi plus dangereux. Les expériences sur les animaux le déinoiitrèrent, et bientôt des accidents graves, des morts subites, après l'iidia lation de quelques bouff('es de cbloroforme, donnèrent beaucou[) à réfléchir.

Les chirurgiens et les physiologistes cherchèrent à pénétrer la cause d'une mort aussi rapide; les uns l'attribuèrent au défaut de construction de l'appareil inhalateur; les autres à l'intensité des vapeurs chloroformiques ; ceux-ci cherchèrent à déterminer par des expériences le dosage du chloroforme, c'est-à-dire la quantité de vapeurs chloroformi- (jues contenue dans l'air qui devait être respiré. Snow et Glover en Angleterre, Doyère et Ferrand, en France, s'occupèrent principalement de ce délicat et difficile problème. Snow pensa avoir résolu la difficulté. Après de nombreuses expériences, il crut reconnaître que l'air atmosphérique dans lequel plus de 5 à 0 p. 100 de chloroforme se trouverait en dissolution était un fluide dangereux pour la vie des malades.

A mesure que l'anesthésie par le chloroforme prenait de l'extension, les accidents se multipliaient ; les académies et les sociétés savantes s'en inquiétèrent, et l'on se demanda, si, en présence de ces faits malheureux, il ne serait pas prudent de revenir de nouveau à l'emploi de l'éther, ou bien de chercher dans un mélange de ces deux fluides un moyen d'échapper aux périls qui menaçaient les individus soumis à l'anesthésie. On étudia de nouveau, et avec plus de soin, chez les animaux les divers phénomènes de l'éthérisation. Cette question occupa longuement les sociétés savantes ; on y examina avec une scrupuleuse attention les causes probables de ces accidents et les moyens de les prévenir.

Mais, comme il arrive presque toujours, ces questions, agitées à un moment où la science ne possédait pas tous les termes du problème, attaquées quelquefois par des orateurs peu préparés, restèrent ce qu'elles (étaient, et après de longs débats, dans lesquels des faits curieux et des expériences intéressantes furent invoqués, la prophylaxie des accidents n'avait point fait un pas.

Ces discussions cependant ont eu l'avantage de vulgariser certains travaux, de mettre en lumière des idées nouvelles et de faire mieux connaître la question de l'anesthésie.

Seize années se sont écoulées depuis que cette brillante découverte a été mise en pratique, et malgré les accidents nombreux produits par le chloroforme, cet agent est resté dans la pratique commune, et partout il est employé.

Nous ferons remarquer cependant qu'en Amérique l'usage du chloroforme n'est pas aussi généralisé, et si, h New-York, le chloroforme partage son règne avec l'éther, et trouve dans le professeur Gross un puissant délenseur, à Boston, l'éther est l'agent anesthésique par excellence, et il a dans les professeurs A^ arren et Ilayward des partisans très-décidés.

Clasifiiinraf ion. — Nous avons vu (pu- le gaz protoxvdc d'azote et

2!24 ANESTllÉSIQUES. — classificatioa.

l'éther suHiiriqiic sont les deux agents qui ont préparé l'avénenient de l'anesthésie chirurgicale; ces deux corps ayant des propriétés, et une composition différentes, ne permettaient pas d'établir des données générales sur Tanesthésie. La série des études ultérieures, instituées avec tous les composés chimiques doués de quelque propriété anesthésique, ont démontré que tous les agents de cet ordre, à l'exception du gaz protoxyde d'azote, appartenaient à la classe des substances hydro-carbonées, se réunissant, tantôt au chlore, au brome, à l'iode, et d'autrefois à l'oxygène, pour former des agents anesthésiques plus ou moins énergiques, dont l'agent essentiel, principal, si l'on veut me passer le mot, dont le radical anesthésique serait constitué par le carbone. . D'après cette donnée générale, on comprend que cette série de corps nombreux en renferme quelques-uns possédant une faible puissance anesthésique ; d'autres doués d'une grande énergie, et enfin quelquesuns très-dangereux.

On peut donc tout d'abord établir dans les agents anesthésiques deux grandes divisions : 1*^ ceux qui agissent sur les centres nerveux, à la manière des excitants alcooliques ; 2" ceux qui modifient le sang, en altèrent la composition chimique, et agissent à la manière des poisons toxiques.

A la première série appartiennent tous les anesthésiques à composition ternaire ou quaternaire, formés d'hydrogène et de carbone, combinés soit avec le brome, le chlore, l'iode ou l'oxygène. Dans la seconde série se rangent les anesthésiques à composition binaire, formés de carbone, d'hydrogène combinés soit avec le soufre ou l'oxygène.

Les agents anesthésiques de la première série sont bien plus nombreux que ceux de la seconde ; ils comprennent un certain nombre de corps, dont pour quelques-uns la valeur physiologique est incomplètement connue. Essayés à peine par quelques personnes au commencement de la découverte de l'anesthésie, ils ont été mis à l'écart; quelques-uns de ces agents ont une volatilité très-grande, sont d'un maniment difficile, d'une préparation laborieuse, et quelquefois d'un prix élevé; d'autres enfin sont d'un emploi dangereux.

A. Les agents anesthésiques de la première série sont tous des corps liquides, d'une odeur plus ou moins pénétrante, plus ou moins agréable. Ils présentent également un degré d'ébullition qui varie pour chacun d'eux. Nous les placerons dans l'ordre suivant, correspondant k peu près à leur degré d'ébullition :

1° Éther chlorhydrique égale 10°; 2° Éther nitrique égale 16°; 5" Aldéhyde égale 21°; 4° Amylène égale 29°; 5° Éther sulfuriquc égale 35°; 6° Éther bromhydrique égale 40° ; 7° Acétone égale 55° ; 8° Chloroforme égale 60"; 9** Éther acétique égale 74°; 10° Liqueur des Hollandais égale 84""; 11° ïlydrure d'amyle; 12° Éther chlorique (composé d'un partie d'alcool et cinq de chloroforme; 15° Kérésolène.

B. La seconde série comprend :

1° Acide carboni [ue; 2° Oxyde de carbone; 3° Bisulfure de carbone; 4" Benzine.

ANESTHÉSIQUES. — classification.

Ces deux séries constituent les principaux agents anesthésiques ; il y faut ajouter le gaz protoxyde récemment mis en honneur.

Je n'ai point la prétention d'avoir indiqué tous les corps jouissant des propriétés anesthésiques; je pourrais en ajouter d'autres qui ont été expérimentés sur les animaux; mais ceux que j'ai signalés réunissent l'ensemble des anesthésiques essayés chez l'homme avec plus ou moins de succès. Nous ne dirons que quelques mots sur les corps suivants : la liqueur des Hollandais, le kérésolène, l'aldéhyde, l'acétone, et nous nous étendrons avec plus de détails sur l'amylènc, l'éther sulfurique et le chloroforme. Tous les autres composés jouissent de propriétés anesthésiques assez marquées, mais leur emf'loi n'est ni facile ni à l'abri d'accidents.

Acétone. — D'après Simpson, l'acétone produirait de la dyspnée et une irritation bronchique très-marquée.

Valdéhycle, préconisée par Poggiale, causerait également l'irritation des bronches.

La liqueur des Hollandais, très-recommandée par Nunneley, a été regardée comme dangereuse par Snow et Simpson, et par Alph. Robert comme peu efticace.

Véther cJilorhydrique est assurément un anesthésique puissant, mais sa grande volatilité le rend d'un emploi difficile et par conséquent peu commode dans la pratique.

Enfin, l'éther chlorique, mélange d'une partie de chloroforme et de neuf parties d'alcool, ne doit ses propriétés anesthésiques qu'à la présence du premier de ces agents, et il ne doit être considéré que comme une teinture de chloroforme, dont les parties anesthésiques se trouvent nécessairement affaiblies. Il a été cependant employé pendant quelque temps avec succès à l'hôpital Saint-Barthélemy de Londres.

Le kérésolène est un composé chimique, découvert récemment en Amérique et employé à Boston par le docteur Bigclow. D'après ce qui a été publié, ses propriétés anesthésiques seraient assez grandes et il aurait quelque ressemblance avec le chloroforme. Les autres anesthésiques dont il nous reste à parler, c'est-à-dire l'amylène, le chloroforme et l'éther sulfurique, doivent être mentionnés d'une manière spéciale ; ces trois corps jouissent à des titres divers de propriétés qui les recommandent à l'attention des praticiens.

Vamylène, découvert par Ballard en 1844, a été préconisé comme I anesthésique par Snow dans l'intention de le substituer à l'éther et au j chloroforme. Il possède des propriétés anesthésiques assez marquées et son usage peut être avantageux dans certaines conditions. D'une odeur alliacée assez pénétrante, il est aisément supporté par les muqueuses et facilement respiré par les malades ; il est d'une volatilité très-grande ; sa préparation est difficile, et pour que son administration soit à l'abri

Ide tout accident, il faut que ce fluide soit très-pur. L'amylène a été accueilli avec défaveur et avec prévention. Employé en Angleterre, en France et en Allemagne, son règne n'a pas été cependant de longue NOUV. ncT, MÉD, ET CMIR. II 15

ANESTHÉSIQUES. — classification.

durée. Les essais qui ont été tentés à Strasbourg avec l'amylène pur, préparé par Hepp, et les expériences de Graefe à Berlin, celles que j'ai faites avec l'amylène de Hepp, de Strasbourg, Rousseau, de Paris, et Bulloch, de Londres, permettent de dire que, bien préparé, il peut donner de trèsbons résultats.

La grande volatilité de cet agent exige qu'il soit administré dans un appareil. L'anesthésie qu'il détermine, et particulièrement chez les enfants, disparaît très-facilement, ce qui le rend précieux pour certaines opérations oculaires. L'amylène pur, bien préparé, bout de 28° à 50°; son odeul*, quoique pénétrante, n'est pas désagréable ; malheureusement, au moment où il a été introduit dans la pratique, l'amylène, fourni par le commerce, laissait beaucoup à désirer, il présentait des différences chimiques et organoleptiques très-grandes, ce qui explique les résultats divers qu'on obtenait.

Chloroforme et éther. — Les divers agents anesthésiques dont nous avons fait l'énumération n'ont pas tous la même valeur, et tous ne sont pas susceptibles d'être employés dans la pratique ; les uns, comme l'éther chlorhydrique, d'une évaporation très-rapide, exigent de grandes précautions; les autres, l'amylène par exemple, sont difficiles à obtenir purs; enfin, l'éther nitrique offre un véritable danger. Seuls, le chloroforme et l'éther peuvent être obtenus facilement à un degré de pureté suffisant pour être employé sans inconvénient.

L'éther et le chloroforme sont deux agents assez puissants, susceptibles de produire une anesthésie rapide et complète, c'est-à-dire l'abolition momentanée de la sensibilité et de la motricité.

Le chloroforme est plus actif, plus prompt, plus dépressible que l'éther, et |nécessairement plus dangereux que lui. Malgré ce danger, bien reconnu, après seize années de pratique anesthésique, le chloroforme domine partout, et presque partout il a remplacé l'éther. Cette préférence marquée, accordée par la majorité des chirurgiens à cet anesthésique, n'est pas le fait d'un simple caprice ; ils n'ignorent point que l'usage du chloroforme a, dans bon nombre de cas, occasionné la mort. Près de deux cents observations de mort par le chloroforme ont été publiées; cependant, malgré ce nécrologue, au premier abord effrayant, il demeure Fanesthésique de prédilection. Les dangers produits par le chloroforme ont décidé quelques chirurgiens, et surtout ceux du nouveau monde, à revenir à l'usage de l'éther sulfurique; en Europe, Palasciano, de Naples, et surtout les chirurgiens de Lyon rejettent le chloroforme, et considèrent l'éther comme lui étant bien supérieur, et n'occasionnant jamais d'accidents. En Amérique, cette préférence n'est pas cependant générale : à Boston l'éther est exclusivement employé : à New- York, il trouve une certaine concurrence dans le chloroforme.

Est-il vrai, ainsi que l'avance Hayward, et toute la commission instituée à Boston pour étudier cette importante question, est-il vrai, dis-je, que l'éther soit complètement indemne de tout accident, et, ainsi que l'assure le rapporteur de la Société de médecine de Boston, peut-on affir-

ANESTHÉSIQUES. — classification.

mer que, parmi les accidents attribués à l'éther, il n'y a pas un seul cas de mort qui puisse, à juste titre, être imputé à cet anesthésique. A priori^ cette prétention me paraît exorbitante, et une telle conclusion semble ne devoir pas être acceptée sans quelque réserve. On ne peut pas assurer qu'une combinaison chimique aussi puissante que l'éther, qui porte une si profonde atteinte aux fonctions principales de l'économie, et qui éteint la sensibilité et la motricité, puisse être considérée comme indemne de tout accident, et les sociétés de médecine de Boston et de Lyon, en caractérisant l'emploi du chloroforme comme une grande imprudence, et en réclamant pour l'éther sulfurique le privilège de mettre presque complètement à l'abri des accidents mortels, avancent toutes les deux une proposition bien exagérée.

La question de l'innocuité de l'éther demande cependant à être examinée sérieusement. S'il était démontré que son administration méthodique préviendrait tout danger, il faudrait bien se résoudre à abandonner le chloroforme et à revenir à l'usage de l'éther sulfurique. Les chirurgiens de Lyon et ceux de Boston étayent leur affirmation sur les résultats d'une longue et heureuse pratique, pendant laquelle aucun accident grave n'est venu interrompre la série des succès. Cependant, d'une part, Kidd cite, au contraire, 44 cas de mort par l'éther ; la Société de médecine de Boston elle-même, dans la longue enquête à laquelle elle s'est livrée, a rencontré 41 cas dans lesquels, à tort ou à raison, la mort a été attribuée aux inhalations de l'éther. Si l'on examine avec soin les 41 faits, relatés par l'éminente compagnie, on trouve que 4 fois les malades ont succombé pendant l'acte opératoire ; 4 fois, pendant l'inhalation même; 1 fois, 15 minutes après que l'opération a été accomplie ; 5 fois, 5 à 6 heures après l'opération. L'ensemble de ces faits, au nombre de douze, montre bien que l'intervention de l'éther a été un des facteurs, sinon le facteur principal qui a occasionné la mort. Or, en admettant même que ces cas résument complètement le nombre d'accidents graves produits par l'inhalation de cet agent, on n'est pas complètement autorisé à dire qu'il est indemne de tout danger. A côté de ces douze faits, se placent d'autres dans lesquels l'anesthésique a bien été une des causes des accidents observés. Il est à regretter seulement que, dans cet état de choses, devant des assertions aussi pèremptoires, formulées par des praticiens habiles, les autres chirurgiens n'aient pas jugé opportun d'essayer comparativement l'éther et le chloroforme, afin d'établir sans réserve leur valeur relative. On doit faire remarquer que, si dans l'examen des accidents produits par le chloroforme, on avait suivi rigoureusement la même ! voie que pour l'examen des faits attribués à l'éther, on serait assurément i arrrivé à diminuer le chiffre des accidents mortels qui assombrissent ' son histoire.

Les chirurgiens américains, partisans absolus de l'éther, poussent trop loin leur enthousiasme. Pour Lente, trois seuls cas de mort doivent être iniputès à l'éther ; et pour Hayward, aucun fait bien constaté ne peut lui être attribué. Il est évident que, toutes choses égales d'ailleurs, le

ANESTHÉSIQUES. — classification.

chloroforme est plus dangereux que l'éther, et il doit ce danger à sa puissance anestliésique; mais ce péril est-il assez grand pour qu'il soit nécessaire de renoncer à l'usage du chloroforme et de revenir à l'éther, ou bien de chercher dans un mélange de ces deux fluides un nouvel agent anesthésique ? Quelques chirurgiens, en effet, ont pensé qu'un mélange d'éther et de chloroforme mettrait à l'abri de tout danger ; la commission désignée par la société médico-chirurgicale de Londres, conseille, dans son rapport, l'emploi d'un mélange composé en volume de 5 parties d'éther, 2 de chloroforme et 1 d'alcool. Dans l'armée autrichienne, une combinaison analogue est d'usage réglementaire ; c'est là une question dont nous nous occuperons plus loin.

Les observations de cas de mort, occasionnée depuis seize ans par Tanesthésie chloroformique, sont au nombre de deux cents ; cependant, si l'on compare ce chiffre très- grand avec le nombre probable d'anesthésies pratiquées pendant cette longue période, dans les cinq parties du monde, soit pour des opérations chirurgicales, obstétricales ou autres, on arrive forcément à cette conclusion que le nombre d'accidents par le chloroforme n'est pas plus élevé que le nombre de cas de mort subite, et si l'on voulait donner une valeur aux premiers, et établir cette proportion en chiffres, ainsi que l'a fait Chapmann, on trouverait un cas de mort sur 16 à 20,000 anesthésiés. En Crimée, sur 50,000 individus soumis au chloroforme, 2 seuls cas de mort ont été enregistrés.

On conviendra néanmoins que cette fois la circonstance était bonne'pour mettre en lumière les qualités nuisibles de l'agent anesthésique ; cependant, dans cette occasion, et pendant la guerre d'Italie, la pratique des chirurgiens militaires dépose en sa faveur.

L'examen attentif des faits dans lesquels le chloroforme a produit un malheureux résultat, prouve que, dans beaucoup de cas, si l'agent anesthésique est venu ajouter à la cause de la mort un nouveau facteur, il n'est pas cependant l'élément principal de l'accident. Le professeur Simpson rapporte qu'au moment où il fut question d'essayer pourl a première fois le chloroforme à l'infirmerie d'Edimbourg, un malade atteint de hernie étranglée devait être anesthésié avec le nouvel agent. Une circonstance fortuite empêcha que ce projet fût mis à exécution, et le malade fut opéré sans être endormi. A peine l'opération était-elle terminée que le malade succombait subitement. Il est certain que si le chloroforme avait été administré, il eut été considéré comme la cause de l'accident.

Pour les chirurgiens qui ont expérimenté comparativement l'éther et le chloroforme, en réservant la question du danger, le choix de l'agent ne saurait être un moment douteux. L'éther est d'un maniement moins commode que le chloroforme ; pour obtenir une anesthésié complète, il faut une quantité d'éther beaucoup plus grande, 60 à d 00 grammes au moins. Sa volatilité, plus grande aussi, demande en général l'usage d'un appareil, et si l'on opère près d'une lumière, les vapeurs d'éther peuvent s'enflammer. L'inhalation de l'éther détermine un picotement assez grand au fond de la gorge, une irritation bronchique et des accès de toux. Le

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chloroforme, au contraire, en raison de sa volatilité moins grande, est plus facile à manier, et son emploi n'exige pas l'usage d'un appareil. Le sommeil anesthésique s'obtient plus facilement, et il est d'une plus longue durée. Dans quelques cas, en Amérique même, on a été obligé d'employer le chloroforme pour compléter une anesthésie commencée avec l'éther.

Le chloroforme et l'éther sont sans contredit deux anesthésiques excellents, dont l'emploi détermine toujours un sommeil complet ; il serait à désirer cependant que les autres agents anesthésiques connus fussent soumis à l'expérimentation clinique, dans le but de trouver un agent aussi commode et moins dangereux. Je crains cependant que la pratique ne demeure longtemps restreinte dans le cercle de ces deux agents ; on peut le prédire, sans trop se compromettre, en voyant l'espèce d'indifférence à essayer comparativement l'éther et le chloroforme, pour ajouter une solution complète aux assertions affirmatives des chirurgiens du nouveau monde.

B. Les agents anesthésiques de la seconde série : l'oxyde de carbone, l'acide carbonique, le bisulfure de carbone, la benzine, sont des agents trop dangereux, et leur usage doit être réservé pour les cas d'anesthésie locale, dont il sera question plus loin.

Effet des anesitaésiqties. — Il est nécessaire d'indiquer les phases principales de la question physiologique de l'anesthésie, afin de pouvoir mieux exposer les règles à suivre, et les diverses précautions à prendre dans l'acte même de l'anesthésie.

Les agents anesthésiques, principalement le chloroforme et l'éther, agissent directement sur les centres nerveux, et ils ont pour effet dévoiler, ou de détruire momentanément la sensibilité générale et la motricité. Cette action qui, a priori, pouvait être soupçonnée, a été confirmée expérimentalement par les recherches des physiologistes, et en particulier par celles de Flourens. Cet éminent physiologiste, l'un des premiers, étudia avec soin, et formula avec une grande netteté les diverses phases des phénomènes produits par l'action de l'éther et des 'autres agents du même ordre. Il démontra que les inhalations de l'éther agissent d'une manière progressive sur le cerveau, le cervelet, la moelle épinièreet sur la moelle allongée, que les effets produits sur le cerveau et sur le cervelet déterminent une excitation, un trouble intellectuel et un dérangement dans l'équilibre des mouvements; que l'anesthésique, continuant son action sur la moelle épinière, produit un phénomène singulier, qui se manifeste par l'abolition de la sensibilité et de la motricité ; qu'enfin, concentrant son action dans la moelle allongée, il produit un collapsus complet, et arrête les fonctions de la respiration et de la circulation.

Les effets produits dans l'économie par le chloroforme, l'éther, et même par la plupart des agents anesthésiques, peuvent se diviser en trois périodes distinctes, à savoir : V période d'excitation ; T période d'insensibilité; 5° période de collapsus. Cette heureuse division donne assurément à l'étude de ces phénomènes un degré de précision et de constance qu'ils ne présentent pas toujours dans la pratique. La distinction

ANESTHÉSIQUES, — effet.

de ces trois degrés comme phénomènes constants dans l'anesthésie a été développée et soutenue avec beaucoup d'ardeur et de talent par le rapporteur de la commission de la Société médicale d'émulation, par le très-regrettable et très-digne savant confrère Lallemand. Ce médecin fondait ses convictions sur ses propres expériences et sur celles des autres physiologistes, bien plutôt que sur des données cliniques. Ces trois degrés dans l'anesthésie ne doivent pas être considérés chez l'homme comme des phénomènes constants.

Pour Flourens, l'agent anesthésique, porté par la circulation dans les centres nerveux, agit d'abord sur les lobes cérébraux, excite l'action de ces organes, et trouble les fonctions de l'intelligence; le cervelet, influencé aussi par l'action du même fluide, vient mettre en défaut le phénomène de la coordination des mouvements. La moelle épinière, touchée à son tour, perd sa fonction de sensibilité et de motricité ; enfin, la moelle allongée, la dernière à subir les atteintes de l'anesthésique, imprime aux fonctions qui en dépendent une grave modification, et la respiration et la circulation se trouvent ainsi dominées par cette action finale.

Les modifications fonctionnelles produites par l'amylène, le chloroforme ou l'éther, présentent quelques différences, suivant qu'on a recours à l'un ou l'autre de ces agents. Tous les trois, sans exception, déterminent le sommeil, en faisant passer l'individu par une excitation encéphalique, par un engourdissement et une abolition momentanée de la sensibilité et de la motricité. Leur action sur les centres nerveux et sur les fonctions de la respiration et de la circulation est en raison directe de leur puissance ; l'impression qu'ils exercent sur les muqueuses et la tolérance de ces membranes pour chacun d'eux, demandent à être examinées en particulier. L'amylène, agent très-volatil, dont le point d'ébullition est à 28 ou 50°, dont l'odeur alliacée est très-pénétrante, très-variable, suivant son degré de pureté et sa provenance, est en général facilement toléré par les muqueuses. Ces membranes ne sont pas excitées par lui, et son inhalation amène le sommeil promptement, et presque sans passer par la première période. L'éther, agent moins volatil que l'amylène, son degré d'ébullition étant à 54°, d'une odeur vive, pénétrante et excitante, est moins bien toléré par les muqueuses, qu'il irrite parfois, et qu'il congestionne, et il donne lieu à une sécrétion de mucosités assez abondante.

L'éther détermine le sommeil anesthésique après avoir produit une excitation intellectuelle très-grande, entraînant une loquacité déréglée, des modifications curieuses dans les phénomènes de l'intelligence, accompagnées de contractions musculaires très-exagérées.

Le chloroforme, agent plus puissant que les deux derniers, d'une odeur agréable, moins pénétrante, plus facile à respirer, est aussi mieux toléré par les membranes muqueuses; d'une densité plus grande, ayant un point d'ébullition plus élevé, il détermine facilement l'anesthésie en passant par une période d'excitation moins grande qu'avec l'éther. jll détermine dans la circulation et dans la respiration des oscillations très-

ANESTHÊSIQUES; — effet.

marquées. Après avoir produit une accélération du pouls, presque au maximum, il le déprime facilement, et il file sous les doigts, presque sans transition. Les mêmes phénomènes s'observent dans les mouvements respiratoires ; or, cette transition rapide d'accélération et de dépression dans la respiration et dans la circulation, commande de la part du chirurgien une vigilante attention.

De ces trois agents anesthésiques, l'éther et le chloroforme sont seuls demeurés maîtres du terrain, et ils sont seuls aussi employés dans la pratique chirurgicale.

Le premier, plus volatil, comme nous l'avons dit, plus excitant, et congestionnant davantage les muqueuses, et peut-être aussi les centres nerveux, produit plus facilement que le chloroforme des phénomènes analogues à ceux de l'ivresse alcoolique : des troubles dans les fonctions intellectuelles, des mouvements de folle gaieté ou de tristesse morne, portant quelquefois les individus à des confidences ou à des actes que la raison ne domine pas.

Il détermine aussi dans la période d'excitation initiale, des contractions musculaires énergiques et désordonnées, quelquefois même des mouvements tétaniques, prodromes qui, suivant les belles recherches de Brown-Sequard, annoncent les accidents d'asphyxie. Les effets du chloroforme sur les fonctions encéphaliques sont moins excitants et plus dépressibles ; avec cet agent, on observe moins souvent ces excès de gaieté, de loquacité bavarde qui ont lieu avec les inhalations de l'éther. La période d'excitation est de beaucoup abrégée, si l'on a la précaution de faire respirer au malade de l'air contenant une assez grande quantité de vapeurs chloroformiques ; on arrive alors à une anesthésie rapide.

Les effets produits par l'amylène ne donnent pas lieu à l'excitation observée avec les deux autres agents. Sa grande volatilité est une des causes qui occasionnent une prompte anesthésie.

L'action des anesthésiques, après avoir préludé par une excitation plus ou moins grande des muqueuses buccales et laryngiennes, se porte de suite aux centres nerveux, pour y produire ces phénomènes si variables, et dont certains empruntent à l'ivresse alcoolique quelques-uns de ses traits. Des troubles de la vision et de l'audition, un affaiblissement ou un renforcement des sons, produisant des bourdonnements d'oreilles, s'observent pendant cette période, qu'à bon droit, on peut appeler période d'excitation.

Pendant sa durée, l'équilibre intellectuel est rompu ; les malades répondent brusquement et automatiquement aux questions qu'on leur adresse. La durée de cette période est très-variable ; elle dépend surtout de la quantité de vapeurs chloroformiques contenues dans l'air respiré ; mais elle est d'autant plus longue que ces vapeurs sont en faible quantité, et qu'elles sont administrées avec parcimonie.

Après cette période vient celle que j'appellerai, avec Miller, période de tolérance, pendant laquelle le malade respire facilement et presque à pleins poumons; elle est accompagnée d'un engourdissement, d'un affaiblisse-

ANESTHÉSIQUES. — effet.

ment de la sensibilité périphérique. Cette sensation semble se propager de la circonférence vers le centre, et, arrivée à son apogée, elle atteint la période d'insensibilité ; dans celle-ci, les facultés sensoriales, sensitives et locomotrices sont momentanément anéanties.

Les effets produits par les agents anesthésiques dont nous venons de parler portent principalement leur action sur les trois fonctions capitales de l'économie : l'innervation, la respiration et la circulation.

La première de ces fonctions domine toutes les autres ; celles-ci lui sont subordonnées ; les perturbations qu'elle subit entraînent à sa suite des modifications graves dans les deux autres.

On aurait tort de croire que par le fait seul de l'introduction dans l'économie des vapeurs d'éther ou de chloroforme, fluides différents de ceux qui composent l'air atmosphérique, on aurait tort de croire, dis-je, que les effets qu'ils produisent sont analogues à ceux occasionnés par les gaz toxiques : l'acide carbonique et l'oxyde de carbone. Les phénomènes produits par l'action de l'éther et du chloroforme sont très-différents ; ils n'ont rien de commun avec les effets des gaz toxiques ; ce sont des modifications des phénomènes de l'innervation, troublés, augmentés ou diminués dans leur rhythme ou dans leur puissance, et impressionnant d'une manière constante les fonctions de la respiration et de la circulation.

Avant d'examiner sommairement les troubles produits sur ces grandes fonctions, sur ce trépied de la vie, voyons s'il est possible de déterminer préalablement quelle est la somme nécessaire de vapeurs anesthésiques que doit contenir l'air inhalé pour produire sans danger l'insensibilité complète. La réponse à cette question domine toute l'histoire des appareils inhalateurs, proposés pour l'usage de l'éther et du chloroforme.

L'étude comparée des degrés de volatilité des divers agents, et surtout des trois que nous avons mentionnés, démontre, qu'à la même température, et sous la même pression, la quantité de vapeurs anesthésiques contenues dans un volume d'air déterminé est très-variable ; que cette variation augmente à mesure qu'on monte l'échelle thermométrique, que la température ambiante est plus élevée. Snow s'est livré à un grand nombre de recherches pour montrer quelle est la proportion de vapeurs anesthésiques contenues dans un volume d'air. Ainsi, pour le chloroforme, il a établi la proportion suivante : pour 100 parties d'air à ^0" Fahrenheit, on trouve 8 parties de chloroforme, 60° Fahrenheit peuvent contenir 12 parties; 70% 19 ; 80% 26 ; 90" 55. Ainsi, la même quantité d'air à 50" ou à 90'' contient en dissolution une quantité de vapeurs chloroformiques très-différente : 8 0/0 à 50°; 12 à 60° ; 26 à 80° ; 35 à W. Les mêmes recherches appliquées à l'éther ont montré qu'à 40°, l'air dissout 27 0/0 de vapeurs d'éther; à 60°, 46 0/0 ; à 80°, 71.

Pour l'amylène, ses recherches ont donné les résultats suivants : à 24°, 20 ^; à 40% 28 ^,-; à 60°, 46 ^ et à 75°, 68 Ainsi, d'après la remarque très-juste de Snow, l'air d'un appartement à 50*' pourrait contenir 4 0/0 de chloroforme, et à 70°, 9 ^^ 0/0. Or, si l'on acceptait les expériences du même auteur, on serait forcé d'admettre, que de l'air res-

ANESTIIÉSIQUES. — effet. 253

pire, contenant plus de 5 0/0 de vapeurs chloroformiques, pourrrait produire des accidents graves. Mais je dois faire remarquer que les résultats des expériences de Snow ne peuvent pas être appliqués à la pratique de l'anesthésie chez l'homme. Cet auteur faisait respirer les animaux soumis à Texpérience dans un endroit clos, dont l'air contenait un chiffre déterminé de vapeurs de chloroforme. Cette condition empêchait le renouvellement de l'air, et rendait l'atmosphère dans lequel l'animal était plongé de moins en moins respirable.

Tout en acceptant comme rigoureux au point de vue physiologique les résultats obtenus par le médecin anglais, nous croyons cependant qu'ils ne sont pas susceptibles d'être appliqués à la pratique. On s'illusionnerait si l'on croyait, en se servant de ces données, pouvoir construire des appareils inhalateurs de nature à prévenir tout danger.

Ces détails étaient nécessaires à faire connaître avant d'entrer dans l'étude de l'anesthésie.

L'usage du chloroforme et de l'éther dans la pratique de la chirurgie a pour but d'éteindre momentanément la sensibilité et la motricité des malades, de désarmer la table d'opération de cet appareil de douleur dont l'aspect glace quelquefois les hommes les plus courageux. Avant d'obtenir une insensibilité complète, avant d'atteindre le terme désiré, il s'établit dans l'acte de l'anesthésie des degrés ou périodes qu'il est nécessaire de signaler.

Le premier effet produit par la présence de l'anesthésique, c'est une résistance de la part du malade à cette inhalation, c'est un trouble intellectuel, un désordre des sens et de la motricité ; cet état, ainsi que nous l'avons déjà dit, s'appelle période cVexcitatmi.

Ce premier acte hni, la scène change d'aspect; le malade devient calme, et respire hbrement l'air chargé d'anesthésique ; c'est la pmoc/e de tolérance. Celle-ci est suivie de près par une extinction complète de la sensibilité et de la motricité; c'est la troisième période, et on doit la désigner sous le nom à'anesthésie chirurgicale.

Ces trois degrés de l'anesthésie se montrent comme dans une série logarithmique, entre lesquels des termes indéterminés peuvent se placer, et leur connaissance est nécessaire pour bien saisir la marche de l'opération de l'anesthésie, et pour la bien^conduire.

Première période. — La période d'excitation est plus marquée avec l'éther qu'avec le chloroforme et l'amylène; elle est le résultat de l'action des vapeurs anesthésiques sur les lobes cérébraux ; la circulation cérébrale, devenue plus active, impressionne vivement la pulpe nerveuse, et il se produit alors des phénomènes analogues à ceux de l'ivresse, des roideurs et des contractions musculaires, et un défaut de concordance des divers mouvements; un désir, quelquefois vigoureusement exprimé, de se soustraire à l'action de l'agent puissant auquel les malades sont soumis. Telles senties causes premières de ces désordres des fonctions intellectuelles, de ces états spasmodiques, qui immobilisent et arrêtent le jeu du thorax et des poumons, et empêchent ainsi le sang de se vivifier, ce qui amènent des con-

ANESTHÉSIQUES. — effet.

gestions veineuses, qu'il est utile de surveiller. Dans cette première période, les mouvements du cœur oscillent dans une grande étendue;, rapides et tumultueux, ils impriment à la main appliquée sur la région cardiaque un choc sec et rapide, et l'oreille, appliquée sur la même région, peut à peine suivre et déchiffrer les bruits du cœur. Cette accélération se transmet au pouls radial, carotidien, et fémoral avec toutes les différences dans l'ampleur et l'étendue des mouvements : alterne et dicrote dans l'anesthésie éthérée ; serré et rapide dans celle avec le chloroforme. On comprend que ces oscillations dans le pouls et dans l'intensité des mouvements du cœur doivent suivre toutes les alternatives qu'on observe dans les mouvements de la respiration. Aussitôt que celle-ci se régularise,, au moment où la période de tolérance s'établit, la circulation se ralentit ; le pouls devient lent, se déprime, disparaît même quelquefois. Les mou^ vements du cœur, auparavant secs et durs, deviennent lents et mous, pour arriver à un véritable frémissement. Lorsque la circulation et la respiration atteignent ce degré, la troisième période est établie ; la sensi^ bilité disparaît ; les muscles se détendent et se relâchent complètement. Certaines parties néanmoins, les cornées par exemple, conservent plus longtemps leur sensibilité. Quelques régions du corps retiennent un degré de contraction.

On observe dans cette troisième période des nuances nombreuses; tantôt la respiration continue d'une manière régulière et sans effort ; d'autres fois, elle devient stertoreuse et râlante; la base de la langue, ramenée en arrière, comprime et abaisse l'épiglotte sur l'ouverture du larynx; les yeux sont convulsés, et se cachent sous la paupière supérieure; la respiration, à peine accentuée, n'est bien reconnue que par les divers mouvements de la région épigastrique.

Les différentes phases de la troisième période doivent être surveillées ; elles réclament toute la vigilance de l'opérateur ; elles peuvent, en effet, fournir des indications précieuses, et donner l'éveil du danger. Quoique la circulation ne soit pas une boussole sûre pour mettre en garde contre un accident, elle est cependant une indication importante qui aide à surveiller de plus près les modifications imprévues qui peuvent survenir.

La troisième période peut se maintenir pendant un temps assez long : 15, 20, 30 minutes, ou même davantage. Après une durée variable, la sensibilité s'éveille graduellement, les mouvements se dessinent, le malade semble se réveiller d'un long sommeil, quelquefois avec une certaine indifférence, avec une espèce d'étonnement de ce qui se passe autour de lui, ou bien avec une tendance marquée au repos. Cette troisième période ne marche pas toujours d'une manière aussi régulière ; elle est parfois accompagnée par une dépression trop brusque, par des interruptions dans la respiration et dans la circulation, ou par des phénomènes de syncope ou de sidération dont la durée peut varier. Tout cela vient jeter le trouble et l'angoisse dans l'âme de l'opérateur.

Le retour de l'anesthésié à l'état normal calme l'esprit du chirurgien. Les paupières du malade s'ouvrent, et son œil cherche à scruter ce qui

ANESTIIÉSIQUES GÉNÉRAUX. — mode d'administration. 235

se passe autour de lui. Les nuages, qui, tout à l'heure, obscurcissaient son intelligence, disparaissent, et la tendance au repos dont nous parlions est interrompue quelquefois par des nausées, des vomissements qui entraînent chez l'anesthésié une grande dépression, une fatigue, ou même une excitation pendant toute la journée.

L'anesthésié produite par le chloroforme et par l'éther détermine sur les centres nerveux des modifications en tous points différentes à celles produites par l'acide carbonique et l'oxyde de carbone, ou le gaz de l'éclairage. Gomme nous l'avons dit, ces modilications sont le résultat d'une altération du sang, d'une action toxique, d'un empoisonnement. Pendant le sommeil anesthésique, l'éther et surtout le chloroforme se dégagent par l'expiration, et s'il est employé avec prudence et habileté, les mouvements respiratoires semblent s'adapter à cette élimination. C'est sur une donnée théorique que l'expérience réfute, que Jackson, s'est fondé pour dire que, dans l'anesthésié, le chloroforme altérait les globules du sang, que l'oxygène de ce dernier se combinait avec le formyle du chloroforme, formait de l'acide formique et introduisait dès lors dans la circulation un élément impropre à la vie.

Mode d'administration. — Nous touchons à un point important de l'histoire de l'anesthésié, à une question de pratique qui demande une grande et sérieuse attention : la description des procédés et des moyens à employer, et l'indication des précautions nécessaires pour obtenir l'anesthésié.

A l'origine de l'éthérisation, l'éther était administré dans un appareil spécial, permettant à l'air de se charger de vapeurs d'éther, en traversant le récipient contenant ce fluide. Un ballon à deux tubulures servit à cet usage; bientôtles inventeurs trouvèrent la chose trop simple, et, donnant carrière à leur imagination, construisirent des appareils à formes diverses, quelquefois élégants, d'une combinaison souvent ingénieuse, mais parfois cependant d'un fonctionnement difficile, ou peu propre au but qu'on voulait atteindre.

La substitution du chloroforme à l'éther, c'est-à-dire d'un agent moins volatil à un plus volatil, permit de se débarrasser de ces engins, et d'administrer l'anesthésique à l'air libre, sans l'intervention d'un appareil spécial, et de faire inhaler le chloroforme à l'aide seulement d'un mouchoir ou d'une compresse. Ge mode de procéder, introduit dans la pratique par le professeur Simpson, est généralement adopté ; mais des accidents graves ayant été observés par l'administration du nouvel agent, on se demanda s'ils n'étaient pas le fait du procédé même, et si, en administrant l'anesthésique sur un mouchoir ou sur une compresse, on ne faisait pas respirer un air trop saturé de ce fluide, et si l'on ne favorisait pas ainsi les accidents. On chercha donc un procédé à la faveur duquel il fût possible d'éviter tous ces inconvénients, et l'on pensa qu'en ayant recours à un appareil convenablement disposé, on échapperait"* à

236 ANESTHÉSIQUES GÉNÉRAUX. — mode d'administration.

tout péril. Le règne des appareils revint ; de tous côtés on chercha de nouvelles combinaisons , dans le but de ne laisser passer dans Pair inhalé qu'une quantité donnée de chloroforme. La question du dosage de l'agent anesthésique fut donc posée.

Les appareils destinés au chloroforme ou à l'éther, quoique d'une forme très - variable, peuvent cependant se réduire à une expression très-simple : un récipient présentant deux ouvertures; l'une donnant accès à l'air extérieur, et permettant le renouvellement continu de ce fluide; l'autre, se continuant avec un tube terminé par un embout, et destiné à conduire dans les voies aériennes l'air chargé de vapeurs anesthésiques (fig. 24).

Cet embout s'adapte à une espèce d'entonnoir ou demi-masque, pouvant être appliqué sur la bouche et quelquefois même sur les ouvertures nasales. Au point

Fig. 24. — Appareil à éther primitif, composé d'un flacon à deux tubulures. — A, bouchon dans lequel est fixé le tube D dans lequel on verse l'éther par l'entonnoir B ; — C, C, robinets des deux tubes D, qui servent l'un à empêcher l'éther de s'échapper, l'autre F pour conduire l'éther qui est aspiré par l'embouchure G, soupape d'expiration E; — H, pince-nez pour empêcher le malade de respirer par les fosses nasales .

Fig, 25. — Appareil de Lûer. — A, charnière; — B, récipient supérieur; — B', récipient inférieur ; — C, diaphragme ; — D, bouton servant au mouvement d'élévation et d'abaissement du diaphragme ; — E, tube de dégagement ;

— F, ouverture pour l'entrée de l'air atmosphérique ; — G, soupape à tiroir pour régler la proportion d'éther ; — H, soupape sphérique inférieure; — K, soupape sphérique supérieure; — J, tube conducteur ; — L, embouchure ;

— M, pince-nez.

Fig. 26. — Appareil de Charrière. — A, deux soupapes sphériques; — C, D, tube plongeur; — E, ouverture d'aspiration; — F, robinet à effet composé.

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