‹ Angéline [microforme]Chapitre 6 sur 13 · CHANT IV. SUR SA TOMBE · texte numérisé non relu

CHANT IV. SUR SA TOMBE

Près de la tome close où dort en son linceul

La vierge, frêle enfant, je me retrouve seul.

Les cloches du grand deuil ont tu leurs voix plaintives. Des gerbes gisent là, mornes, tristes, pensives,

Mais leurs fleurs cependant recouvrent de parfums

Cet enclos où nombreux sommeillent les défunts.

Le ciel est pur, très bleu ; l’atmosphère sonore.

Des bruits lointains, les bruits de la grande cité

S'en vont, mystérieux, vers quelqu’immensité,

Dire aux échos des bois : “le monde vit encore... ”

Puis i! me semble entendre, au seuil de ces tombeaux, Les ailes de la nuit glisser, premières ombres...

“ Courage, pauvres morts dans vos sépulcres sombres !... “ Les cieux d’où nous venons sont lumineux ei beaux... “Un jour... bientôt... demain, l’aube entr’ouvrant ses voiles, “Vous irez voir l’azur au pays des étoiles !...”

Et toi, notre Angéline, oh ! tes beaux yeux fermés, Tu songes... Tu revois (et c’est un grand mystère)

POEME DE L’ADIEU D

Tu revois tous les jours écoulés sur la terre : L'enfance, la jeunesse et les rêves formés

Pour les jours à venir... Et les jours et les rêves Se sont évanouis comme un flot sur les grêves ! Heureuse es-tu, ma fille, heu:ouse et mille fois, D’avoir aimé le Christ et préféré sa croix

Aux frivoles objets dont s'amuse le monde.

Alors que des mortels la barque vagabonde

Erre dans les écueïls de leurs plaisirs d’un jour, Tu restais près de Lui, fidèle à ton amour... Fidèle à tes parents, fidèle à ta promesse

Et Dieu cueille des fruits sur ta verte jeunesse

Le sol béni tressaille ; et pour te receoir

Il y germe des fleurs, l’emblême de l'espoir.

Repose et dors, enfant ; la terre est bonne et douce A qui va de son sein naître un jour dans les cieux ! L'oiseau de nos forêts aime le nid de mousse

D'où les petits éclos verront l’espace mieux...

Et le froment joyeux a dû germer sous terre.

Dépouille virgin ‘e, en ton linceul austère

Attends l’aube des jours et le son de l’appel.

Il t'a donné, l’amant, Francois le Séraphique, L'anneau de son Tiers-Ordre... un baiser fraternel. Et jusque dans la mori les plis de sa tunique Protègent ton sommeil, à “ Sœur des Chérubins ”

Nul remords ne viendra ternir ta paix sereine ; Nulle angoisse troubler tes calmes lendemains.

Calme d’éternit:... Calme de la nuit pleine...

Sur ton sépulcre froid la neige et les frimas Tomberont longuement semant les toisons blanches ; Aux sourires d'avril reverdiront les branches ; Kiles feront un dôme en s’inclinant très bas

Sous ïes feux de l'été quad brille et flambe l’astre ; Puis la feuille d'automne annonçant le désastre

Des belles frondaisons, viendra frôler sans bruit

Le sol et s'envoler comme une aile qui fuit.

Les heures sonneront, et le Temps invisible

Passera lentement... te laissant insensible,

Tel un marbre plaiutif, tout seul rêve la nuit.

Dans l'exil du tombeau, tout va-t-il disparaître ? Mais non, ma pauvre enfant !... Tu sentiras peut-être Couler jusques à toi, couler de tristes pleurs.

Ei ces larmes d'amour ont des parfums de fleurs.

Quand le cœur est brisé ermme il fait bon de croire ! Ton curps repose en paix ; ton Ame est dans la gloire... Oh ! que vois-tu là-bas, dans cet éther subtil !..… Pour nous parler de toi quelqu’ange viendra-t-il ?

CHANT V. LA voix DU CIEL.

Maintenant c’est la nuit doucement éclairée

D'un beau rayon lunaire : une lampe sacrée — Pourquoi donc suis-je encore à genoux près des croix, Dans le charme si pur des clartés opalines ?...

Mais soudain je ‘tressaille. un Et j'entends une voix ! ar Est-ce l’ange béni ?... C’est l’âme d’Angéline...

H il + |

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“ Poète, prends ta lyre et chante mon bonheur : | “Oh! ne sois point de ceux qui n’ont plus d'espérance, | “Vois-tu le firmament où trône le Seigneur ?

“ Chaque étoile s'allume et s’incline en silence, ÿ “Chaque étoile est heureuse et scintil’> d'amour, "k “Saluant d’un reflet l’Aistre blond qui s’avance. {

“ Chaque brise des nr.its s'élève tour à tour ; “ Chaque brise est }.eureuse et porte dans l’espace “Les parfums de Ir. terre au mystique séjour.

“Dans l'étoile qi luit ; dans la brise qui passe, | “ Reconnais, Ô Poète, un emblème du ciel... À “Du ciel où lâme brille et parfume sans trace.

“Et cette ñime est heureuse au sein de l'éternel...

POEME DE L’ADIEU

om ne me

“ Humble rayon d'amour distillant sa prière ; “Un souffle d’allégresse... élan continuel !...

“Et pour ceux dans ie deuil je suis cette lumière ; “Et je suis le zéphire en la triste snison.

“Dis-leur, dis-leur à tous, À la faille entière :

“ Angéline est l'étoile éclairant l'horizon.

“Et pour mieux l’eñtrevoir séch2z vos pauvres larmes, “Et pour mieux la rejoindre, ch! faites oraison...

“Car la foi du chrétien dissipe les alarmes “Et porte les regards aux lointains infinis.

“Les nuits de vos chagrins, les nuits auront des charmes.

‘ Angéline est la brise aux murmures bénis, “Et pour mieux l'écouter, qu’il fasse grand silence “Le canglot de vos cœurs : des 6!ales jaunis...

“Cer son Ame voltige et sème la semence, “Sa belle âme invisible, au signe du Bon Dieu, “Sèmne des mots d'espoir, ::aume de la souffrance.

“O Barde ! que ton chant, poème de l’adieu, “Soit le céleste écho de la grande Espérance, “Qu'il soit l'Etoile d’or, la Brise du ciel bleu...

“Sourire d’Angéline allant aux malheureux... ”

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