‹ Angéline [microforme]Chapitre 5 sur 13 · CHANT III. LES DERNIERS INSTANTS · texte numérisé non relu

CHANT III. LES DERNIERS INSTANTS

Et puis, d’un bond, le soir, le soir très noir s’en vint, Au signe impérieux du Maître Souverain,

Eteindre le rayon dans l’élan de sa course.

Un mal subit, tenace, (issu de quelle source ?) Empoisonna le germe.... et lon vit dépérir

La corolle du lys qui venait de fleurir.

Calice de souffrance ; éveil d'incertitude ;

Longues heures d’angoisse, et nuits de lassitude... Puis l’horloge du Temps, sous linvisible heurt Précipite sa marche... Angéline se meurt.

Dans la chambre aux gais murs tout veut lui plaire encore. On est au mois de Juin. Le soleil, dès l’aurore,

S’élève radieux. Il verse des clartés

Sur la ville, sur le fleuve aux flots argentés,

Sur tous les carillons dans les blanches tourelles

D'où s'envole soudain la voix des Angelus.

L’astre monte, éclaire et brille de plus en plus.

Son rayon glisse heureux, par les fines dentelles,

POEMÉ DE L’ADIEU

Au chevet de l’infirme, une gerbe d’espoirs.

La pâle enfant s’éveille et sourit aux lumières ; Sourit à sa chambrette ; à l’écho des prières ; A tous ces mille riens qu’elle vient d’entrevoir Saluant d’un bonjour son cœur de jeune fille... Et sur des souvenirs son rêve s’éparpille, Comme l'abeille va, cueillant un peu de miel... Mais les fleurs d’ici-bas sont choses éphémères ! Elle ira butiner la floraison du ciel.

Et le pendule bat les secondes amères...

Le regard s’alanguit ; de cruelles sueurs

Suintent du front candide où passent des lueurs D’espérance trompeuse... et la main chancelante Cherche un regain de vie au grand seuil de la mort. Un souffle... quelques mots... un son de voix tremblante... Son fme veut sourire en un charmant effort :

Le dernier cri du cœur à sa famille en larmes.

Ils sont là... Père, Mère... et dans quelles alarmes ! Petits frères et sœur... O Dieu, secourez-nous !

Et Dieu, là-haut, bénit la douleur à genoux.

Les anges de Noël — les anges de l’enfance — Reviendront fortifier leur chrétienne souffrance. ,

Sur la couchette blanche...

Elle a joint ses deux mains.

Les yeux clos semblent voir d’ineffables chemins, Très loin, vers l'infini des horizons limpides. Une auréole sainte, un reflet gracieux De paix et de bonheur nimbe ses traits livides. Les anges, ses amis, sèment les rêves bleus Comme aux jours de Noël... Pourtant, sous les paupières Perlent dans leur écrin des larmes... les dernières ! Larmes de nos berceaux ; larmes des longs adieux, Source baignant le cœur, tu ne taris qu'aux cieux !

Les cieux !... O petite âme, Angéline si pure, Les vois-tu grands ouverts, et prêts À t’accueillir ? O vous tous qui pleurez, ajustez sa parure...

Jésus veut son épouse !...

. Et l’âme est sa capture !

Le cantique d'amour de son cœur va jaillir... Ecoutez son extase... un délire sublime :

“ Magnificat ! Béni, béni soit le Seigneur !...” Mais quoi ?... Dans un éclair son regard voit la cime ; Son front se penche un peu... sa lèvre se ranime... Le cierge des mourants projette sa lueur ; Une croix dans ses mains sourit... l’appelle et brille... On entend faiblement un adieu qui vacille :

L’écho d’un grand amour, l’unique de son cœur Et ces mots, les derniers, Ô sainte jeune fille, Furent tes mots d’enfant : “ Père... Mère... Jésus...” Puis un léger soupir... si faible... Elle n’est plus ! Le beau 1ys a fermé sa très blanche corolle ; Le corps inerte est froid, mais l’âme aux cieux s’envole.

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