PRÉFACE
Ceux'qui recherchent des émotions fortes, ceux qui ne peuvent s'intéresser qu'aux événements dans un ouvrage d imagination, ne
doivent point lire ce petit livre; ils ne le goûteraient point. C'est ce que les peintres appellent une tête d étude, c'est un caractère, uneidée rendue.
Puisse mon Angélique faire un peu rêver comme on rêvait il y a quelques années devant la délicieuse tête de Marguerite, étude du j)lus poétique de nos peintres !
Si on me demande pourquoi j'ai choisi ma jeune HUe dans la retraite, et pourquoi je l'ai laissée dans la solitude, je dirai que si je l'avais prise dans le monde et fait vivre au milieu de la société, on ne l'aurait pas crue vraisemblable ; pourtant, j'ai connu bien ailleurs que dans le cloître des êtres aussi
suaves et aussi purs. Qui me croira?
N'importe, je veux le dire, alin que ceux (|ui se repaissent des romans du jour, et qui
Ht
font leurs délices de la Gazette des Tribunaux, sachent du moins que l'espèce humaine ne ressemble pas tout entière aux modèles dépravés qui leur sont offerts par la Cour d'assises ou par une littérature en délire. Le front des femmes se couvre de rougeur en voyant ce qu'est devenue la femme sous les crayons grossiers de ceux qui la peignent aujourd'hui, et de quelle lèpre hideuse on l'a couverte. Ne se doivent-elles pas de protester contre de telles injures ?
Au reste, en vivant au milieu des hôpitaux, n'est-on pas tenté de croire le monde entier malade? en parcourant des charniers infects, ne pourrait-on pas penser que tout est mort sur la terre ? Et pourtant faites un pas de plus, et vous trouvez partout la santé et la vie.
Oh ! cherchez , approfondissez avec un cœur bienveillant et pur, et vous trouverez que le monde contient toujours de belles et chastes âmes qui pourraient servir de modèles à de nobles peintures, et dont la vue reposerait le coeur de ceux qui aiment encore le beau, et savent le sentir.