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L'auteur de la Wie de la Mère Marie-Angélique Arnauld serait peut-être embarrassé de dire pourquoi ce sujet s’est imposé à son esprit, et ne lui a point laissé de repos jusqu’à ce que, sous sa plume, fussent venus se rapprocher et se ranger tous les souvenirs que l’histoire a gardés de cette religieuse célèbre.
Sans doute la fille de l’avocat général au Parlement de Paris et du conseiller d’État d'Henri IV se recommande à l’attention de la postérité par des actions mémorables. Abbesse, à quatorze ans, d’un vieux monastère cistercien, elle en a, trois ans après, quand elle était à peine sortie de l’adolescence, entrepris et mené à bien la réforme. Elle a jeté sur sa communauté et sur elle-même un si grand éclat que le nom de Port-Royal est encore un de ceux qui, sur le fond brillant du grand siècle à son aurore, se détachent en traits plus saisissants. Ce nom a captivé et captive encore si fortement l'admiration et la sympathie d’une partie de nos contemporains qu'il faut presque du courage pour les prier de modérer leur enthousiasme et de ne passe laisser entraîner dans les voies extraordinaires où, depuis 1642 jusqu’à nous, tant d'hommes ont marché : ne voyant rien au-des-
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sus de Port-Royal, de cette « Thébaïde » fameuse, où les deux Arnauld, les trois Le Maistre de Sacy, les Nicolle, les Tillemont, les Singlin s'étaient volontairement enfermés, et ne cessent de leur apparaître comme ayant fondé la plus noble et la plus haute école d’austérité et de dignité morale du dix-septième siècle.
Liée, pour son malheur et pour celui de ses filles spirituelles, avec l’abbé de Saint-Cyran, la mère Angélique a été l’une des premières et des plus intimes confidentes des doctrines qui ont inspiré ou appuyé tout le jansénisme théologique. Elle s’est passionnément nourrie des dogmes erronés dont les funestes conséquences ont troublé la dernière moitié du règne de Louis XIV et tout le règne de Louis XV.
Et l’on dirait que son monastère, délaissé par elle en 1626, mais habité, dix ans après et pendant près de vingt-cinq années consécutives, par les savants hommes que nous rappelions tout à l’heure, et vers lequel, peu de temps avant sa mort, en 1661, elle ramena Sa communauté ; on dirait que son monastère garde encore un attrait inexplicable, où se mêle, avec le culte des « messieurs » qui abritèrent dans cet asile silencieux leurs travaux et la sécheresse affectée de leur cœur, la mémoire des reli-
gieuses formées sur le modèle de la Mère Angélique Arnauld. |
On fait encore des pèlerinages près de ces lieux dévastés par les ordres impitoyables de Louis XIV. Une piété obstinée y a recueilli quelques débris de la chapelle ou des cloîtres, et la vallée solitaire de Chevreuse prête encore parfois ses échos à ceux qui viennent y honorer Pascal, ou Racine, ou quelquesuns de leurs contemporains et de leurs confrères.
Est-ce cet attrait qui a poussé l’historien de la duchesse de Montmorency à donner, comme pendant au portrait si touchant de la sainte veuve du duc Henry, le portrait d’une autre femme, douée aussi des plus belles qualités ? Est-ce la tentation d'aborder un sujet difficile et délicat d'analyse psychologique qui lui a suggéré le désir de peindre, dans un cadre pareil, et de placer en face l’une de l’autre deux figures attachantes et distinguées, toutes les deux pensives et graves, toutes les deux marquées du sceau d’une profonde mélancolie ? Mais là commence le contraste : car, au fond, les pensées de la duchesse étaient soumises et résignées ; elle pleurait sans se raïdir, elle sentait que Dieu était l’universelle bonté, l’infinie miséricorde, autant et plus, s’il est permis de le dire, que l’infinie justice. Et son deuil n’était ni amer, ni hautaïn, ni dur envers personne : elle n’était que compassion et pitié, parce que son cœur ne cessait ni de souffrir ni de saigner. Et, sur elle, l'influence de sainte Chantal, toute