‹ Angélique ArnauldChapitre 44 sur 62 · SR · texte numérisé non relu

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Procès et mort de Saint-Cyran 283

âme. Celle de M. de Saint-Cyran était cachée sous de telles apparences d’austérité et de vertu que plusieurs parmi les plus saints et les plus célèbres l’eurent d’abord en haute estime. Leur attachement à l'Église, seul, leur montra le péril. I1 n’en fut pas de même des Arnauld, de Mme Angélique en particulier, dont l'âme pourtant était si haute. Les Arnauld, on le sait, étaient de souche à demi protestante et à demi gallicane. Ils n'avaient pas reçu de leurs pères ce que nous pourrions appeler le ses chrétien, ce sens d’exquise droiture quirépugne aux nouveautés et s'attache d’instinct à la vraie, solide et ferme doctrine dans la soumission simple des enfants de Dieu. Les Arnauld ne se soumettaient pas : ils . dirigeaient ; ils ne songeaient pas à éviter un péril qu’ils ne soupçonnaient même pas.

Chez eux, à la nouvelle de l’emprisonnement, l’'émoi avait été affreux. On comparait Saint-Cyran aux Pères des premiers siècles, persécutés pour avoir prêché ouvertement la vérité. « Souvenonsnous, écrivait Mme Angélique, qu'il n’est enfermé que pour nous avoir appris les véritables voies de la pénitence. » On faisait pour lui à Port-Royal des prières publiques. « Nous demandons à Dieu mani-

festement et en corps la délivrance de M. de Saint-

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Cyran, écrivait Agnès. Jusqu'à présent, J'avais fait des billets couverts propter metum Fudzorum; maintenant je ne crains plus rien... » Ce n’était plus seulement un apôtre, c'était un martyr. On recevait ses conseils à genoux. Si quelqu'un donnait des marques véritables de conversion, — quelqu'un d’un peu marquant ét qui en valût la peine, la princesse de Guéménée, parexemple, — on demandait sesavis, on implorait une direction par correspondance, etc. Cependant les amis de Saint-Cyran ne se bornaient pas à exalter leur prophète. Ils remuaient ciel et terre pour le délivrer. Arnauldd’Andilly, l’un des plus ardents pour sa cause, l’un des plus puissants par ses nombreuses relations, se mit d’abord en avant. Îl pensa, et ses sœurs pensèrent avec lui, qu’une influence décisive à employer auprès de Richelieu était celle de la duchesse d’Aiguillon, la nièce très aimée du cardinal. La duchesse se laissa persuader et se rendit chez son oncle, à Rueil. Il l’accueillit avec bienveillance, et, après l'avoir écoutée, appelé au dehors par quelque affaire, il lui tendit le dosster secret. Ellele parcourut, intéressée d’abord, effrayée ensuite. Pour achever de la con- . vaincre, le cardinal l’adressa au Père de Condren et à saint Vincent de Paul. La duchesse ne revint :

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plus à la charge. Mais Port-Royal ne laissait pas de

pareilles défections impunies. Quelques mois plus tard, la duchesse d’Aïguillon se rendant à l’abbaye pour voir Mme Angélique : « Je me trouvai, dit celle-ci, saisie et remplie d’une telle force, qui venait, comme je crois, de l'esprit de Dieu — toutes leurs vengeances et leurs colères venaient de l'esprit de Dieu! — que je lui dis, élevant ma voix : — Madame, il y enaquisont prisonniers dans letemps et qui seront libres et bienheureux éternellement, et il y en a au contraire qui sont libres, puissants et heureux dans le temps et qui seront prisonniers, esclaves et misérables dans l'éternité. Cette parole la rendit toute muette et toute confuse, »

D’autres s’employaient à l’œuvre de la délivrance avec plus de persévérance, mais sans plus de succès. Aïnsi, parmi les plus illustres, le procureur général Molé, « M. Molé, honnête homme, maïs un peu entier, » disait le cardinal fatigué de ses insistances. Ainsi encore Antoine Le Maistre, qui, du fond de sa solitude, adressa un plaidoyer ému à Richelieu. De tout cela il ne fut tenu aucun compte. Le cardinal savait ce qu’il faisait et pourquoi il le faisait. Il ne voulait pas persécuter un homme, mais empê-

cher à tout prix la diffusion de doctrines dange-

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