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Le première nouvelle qui parvint à Saint-Cyran dans sa prison et acheva de le désespérer au temps de ses épouvantes fut l’annonce de la mort de son ami Jansénius (1638). Le docteur de Louvain avait été nommé évêque d’Ypres à la suite d’un pamphlet furieux contre la France, le Mars gallicus. n'avait pas occupé longtemps son nouveau poste. Le travail opiniâtre et sans trêve de toute sa vie avait usé ses forces et enflammé son sang; dix-huit mois après sa nomination, il mourait, quelques-uns disent de la peste, en paix avec l'Église, désavouant tout ce qui dans ses paroles ou ses écrits aurait pu le séparer de la communion romaine (mai 1638).
Malheureusement il léguait à ses amis Fromond et Calénus le soin de publier la longue, patiente, chère œuvre de toute sa vie, l’Aupgustinus. Et, malgré la préface qu'il dicta sur son lit de mort même, dans laquelle 1l prétendait soumettre l’ou-
vrage et son auteur au jugement du souverain pon-
tife, ce livre rempli d’erreurs allait diviser la France et susciter des polémiques et des troubles pendant plus d’un siècle.
On n'attend pas de nous une longue analyse de cette œuvre; son titre même indiquait que les novateurs prenaient saint Augustin pour patron. Au milieu de toutes les paroles du grand docteur nous n’en retenons qu’une que nous voudrions voir suivre par ses disciples : « Rome a parlé, la cause est finie, plaise à Dieu que l'erreur le soit aussi. » Cet énorme et indigeste ouvrage (27 livres latins!) roule tout entier sur la grâce : « La première partie est l’histoire des pélagiens, que l’auteur n’entreprit d'écrire que pour faire une satire contre les jésuites. C'est plutôt l’histoire d’un nouveau pélagianisme composé de façon à le faire ressembler à ces Pères, » dit le bon Père Rapin (1), avec une amusante colère. La deuxième partie est un tableau de la nature corrompue, sombre, dure, féroce, comme on peut l'attendre de cet esprit excessif; la troisième, enfin, traite de la grâce proprement dite, dont la doctrine avait été oubliée, Jansénius le pensait, par une aber-
ration qui durait depuis six siècles. L’on ne peut
(1) RapPin, t. 1, p. 470.
Procès ct mort de Saint-Cyran 289
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s'empêcher de sourire en voyant les longs et infructueux efforts de M. Sainte-Beuve — Sainte-Beuve docteur de l'Église! — pour développer la doctrine de l’'Augustinus et en montrer les convenances théologiques. Le brillant académicien ne semble pas sentir l’écueil, très à fleur d’eau pourtant, qu'offrent ces controverses ardues, compréhensibles seulement pour des théologiens consommés. Ou l’on croit et l'on se soumet à ce que décide l’Église, ou l’on ne croit pas, et alors qu'importent les disputes d’école sur le plus ou moins de prépondérance de la liberté humaine et de la grâce ? Et l’ennui, le noir ennui, qui sort de toutes ces discussions, pour quoile compte-t-on? En signalant l'erreur des autres, il faut éviter d'y tomber, et nous gardons sagement notre place de disciple de l’Église. « Toutesles fois, — écrit Mme de Motteville, — toutes les fois que les hommes parlent de Dieu sur les mystères cachés, je
suis toujours étonnée de leur hardiesse, et je suis
ravie de n'être pas obligée savoir plus que mon.
Pater, mon Credo et lescommandements de Dieu. » C’est du simple bon sens.
L'Augustinus, quoique édité avec tous les mystères imaginables par les soins des amis de Jansé-
nius, Fromond et Calénus, fut surpris par les jésuites,
ve
étudié, analysé et traduit par eux en cour de Rome. Pendant qu’on y poursuivait sa condamnation, Antoine Arnauld, le dernier fils de Mme Arnauld, le plus jeune frère de Mme Angélique, achevait de brillantes études et passait ses thèses en
Sorbonne (1638-1641). Poussé par son maitre,