‹ Angélique ArnauldChapitre 47 sur 62 · RP TU · texte numérisé non relu

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Saint-Cyran, 1l parla du nouvel ouvrage avec un

grand enthousiasme, et il s’en fit le champion déclaré. Richelieu, déjà mis en garde contre l’Augustinus, irrité de l'attitude d'Antoine Arnauld, lui fit refuser le bonnet de docteur, et à M. le théologal Habert, qui le priait de lever cette défense, le cardinal répondit, en lui prenant la main : « Vous êtes homme de bien, monsieur le théologal, et vous avez

bonne intention; mais ceux qui vous font parler ne

l'ont pas, j'en suis assuré. » Et si bien assuré qu'il

multiplia ses démarches pour obtenir en cour de Rome la condamnation de l’ouvrage.

Telle fut la première entrée en lice du jeune Antoine Arnauld. Il allait être encouragé dans ses débuts par la parole la plus sacrée pour lui. Sa mère, Mme Arnauld, en religion sœur Catherine de Sainte- Félicité, étaitmourante. Elle avait passé les dernières années de sa vie dans une retraite presque conti-

nuelle, aveugle, infirme, refusant par pénitence de

LR ANT LE CAGE EN pe de ne ALAN à

Procès et mort de Saint-Cyran 297

voir ses enfants et sespetits-enfants. Cinq jours avant sa mort, suivant une pratique des plus admirées de la nouvelle secte, elle s'était interdit de recevoir son confesseur, disant qu’il emploierait son temps plus utilement ailleurs, — plus utilement qu’auprès d’une agonisante! C'était là une des doctrines secrètes de Saint-Cyran, une de celles qu’il communiquait seulement aux plus dignes. La pénitence et la contrition des mourants lui semblaient non avenues et inutiles. Pour lui, on était 7ugé avant la mort (1); par cette horrible doctrine, il annulaït les innombrables miracles de la grâce, les derniers efforts de la tendresse de Dieu voulant sauver les hommes.Ceux qui étaient les plus avancés dans l’esprit du novateur devaient donc « s’abandonner avec tremblement et tranquillité ». Mme Arnauld le faisait, suivant en tout sa fille Angélique, dont elle n'était depuis douze ans que l’humble disciple. Dans cette race « où l’orgueil se déguisait en sainteté », suivant un des mots les plus fins de Saïinte-Beuve, le désir du particulier et de l'excellent suffisait à remplacer tout le reste. En-

tourée de ses six filles, de six petites-filles, de nom-

(x) Et nous retrouvons à tout instant cette pensée dans les lettres ou les conférences d’Angélique. Qu'on se rappelle que nous nous appuyons constamment sur les documents jansénistes.

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