‹ Angélique ArnauldChapitre 55 sur 62 · ANNE · texte numérisé non relu

ANNE

nauld avaient fait leur temps, on le constatait avec tristesse, quand le docteur se tournant distraitement vers Pascal : « Maïs vous qui êtes jeune, vous devriez faire quelque chose... » Au bout de deux ou trois jours, Pascal, en disciple soumis, rapporta «quel que chose ». C'était la première Leftre à un provincial.

On a tout dit sur les Provinciales et sur leur immense retentissement. On a tout dit sur cet esprit étincelant et sur la langue bien à lui, merveilleusement claire, concise et belle, qu’il fixa. On sait que Pascal, après avoir vengé Arnauld de sa censure, et le jansénisme de lacondamnation d’Innocent X, porte la guerre en pays ennemi et attaque la morale des jésuites, les grands adversaires. On connaît les réponses : il est injuste de rendre un corps responsable des erreurs de quelques-uns de ses membres; les textes sont faussés ou tronqués; et cette morale qu’on malmène si fort, les papes l'ont souvent et solennellement approuvée. Depuis Voltaire jusqu’à Joseph de Maistre et Chateaubriand bien des esprits impartiaux ont stigmatisé le «calomniateur de génie » et les « immortelles menteuses »... Et rien ne nous semble plus juste et plus vrai que la simple réponse du Père de Montezon à Sainte-Beuve lui-même :

Blaise et Facqueline Pascal LD

« Ces hommes (les jésuites), qu’on se plaît à nous présenter comme si politiques et si habiles, l’auraient été bien peu en cette circonstance. Pouvaient-ils ignorer que, dans le monde, tout corrompu qu'il est, la vogue est pour ceux quiaffichent, au moins dans les livres, une morale sévère?

« Ils ne l’ignoraient certainement pas. Ils ont eu le courage, et 1l en faut ici plus qu’on ne pense, de dire la vérité; ils ont eu la sagesse de ne pas outrer les obligations qui sont déjà assez étendues, et, à l'exemple de leur divin Maître, de ne pas craindre de s’exposer par là aux contradictions des langues et à toutes les malédictions des pharisiens de la loi nouvelle. »

Cette race maudite des pharisiens n’est pas morte avec le jansénisme. |

Mme Angélique suivait avec joie les brillantes passes d'armes de Pascal contre le « détestable corps ». Rien ne prouve que dans les fréquents entretiens à la grille de Port-Royal elle n'ait soutenu le grand écrivain de son souffle de colère. La guerre entreprise contre les jésuites lui semblait plus que légitime, et ses lettres à la reine de Pologre montrent qu’elle la jugeait une guerre sainte.

À la distance où nous sommes et dans le désin-

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téressement de la paix conquise on juge mieux : l’œuvre de Pascal était injuste et haineuse. Sa seule excuse est dans l’aveuglement qui lui venait de son milieu même, et dans la sincérité de son ironique révolte. On sait que Mme de Sablé lui reprochant de fausser et de dénaturer les textes, il répondit qu’il ne les cherchait pas lui-même et ne les citait que de seconde main. Cette réserve faite, — une réserve bien légère, — nous le voyons jusqu’à la mort sans remords, sans regrets d'aucune sorte.

C'était là l'esprit et ce fut, en réalité, la grande iniquité de Port-Royal, de vouloir servir Dieu en dépit de ses paroles, et à l'encontre de ses commandements. Comme si l’austérité extérieure dispensait de toute autre vertu et surtout de la charité! Bourdaloue le dit, de sa grave parole :

« On est sévère, mais en même temps on porte dans le fond de l’âme une aigreur que rien ne peut adoucir, on y conserve un poison mortel, des haines implacables, des inimitiés dont on ne revient jamais. La loi de Dieu nous défend d’attaquer même la réputation d’un particulier, mais par un secret que l’Évangile ne nous a point appris, on prétend, sans se départir de l’étroite morale que l’on professe, avoir droit

de s'élever contre des corps entiers, de leur imputer

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