‹ Angélique ArnauldChapitre 54 sur 62 · AO LAN · texte numérisé non relu

AO LAN

pour Celui qui dit: « J’ai versé telles gouttes de sang pour toi. » On entend ce colloque haché, brisé, saisissant :.

« — Seigneur, je vous donne tout. — Je t'aime plus ardemment que tu n’as aimé tes souillures.

« Qu’à moi en soit la gloire, et non à toi, ver de terre...

« Console-toi. Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas trouvé... »

I1 L’avait trouvé. Et il avait voulu marquer cette heure en écrivant dans toute la fièvre de sa joie le nom béni : « Jésus-Christ, Jésus-Christ, Jésus- Christ ! »

Telle fut la conversion de Pascal : un élan d'amour vers le Christ. Malheureusement, à l’heure même de son retour à Dieu, les jansénistes s’emparèrent du converti. Ils refoulèrent toute cette tendresse passionnée ; ils lachangèrent en uneironie amère qui allait servir admirablement leur cause, qu’ils appelaient la cause de Dieu, comme si Dieu combattait avec de telles armes!

Le premier soin de Jacqueline, inspirée par Mme Angélique, avait été d'assurer la persévérance de son frère, en le confiant à ces messieurs,

et, entre tous les autres, au directeur par excel-

lence, M. Singlin. Pascal, très hésitant, s’y refu-

sait; sans se l'avouer, il avait peu d’attraits pour cette nature mesquine et sèche. M. Singlin, de son côté, n’aimait pas les Pascal, dont l’implacable droiture le déroutait. Mais Mme Angélique et Jacqueline avaient des volontés tenaces : « M. Singlin s’est laissé vaincre à mes importunités, écrivait Jacqueline à Mme Périer, en sorte qu’il a bien voulu se charger du soin de sa conduite. » Ce fut le grand malheur de Pascal; on se demande à quelles hauteurs il serait monté, entre les mains d’un saint, ou seulement d’un vrai prêtre. Entre les mains d’un sectaire, il s'épuisa d’austérité, de faux ascétisme et de compression intérieure. Il essaya de rapetisser avec effort, et tous les jours, une âme que Dieu avait créée si belle; et à trente-neuf ans, il mourut de ce martyre, et du travail épuisant des premières années (1662).

Mais, avant de mourir, il avait rendu au parti le service qu’on attendait de lui. Pascal était encore dans tout le feu de sa conversion au moment où l’on débattait la censure d’'Arnauld. Ces messieurs cherchaient quelque diversion puissante, quelque coup de maître qui ramenât à eux l'opinion refroidie. On n’en trouvait pas; les lourdes batteries d’Ar-

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