SCENE PREMIERE
LA TISBE , riche costume de fétc. ANGELO MALIPIERI , la veste ducale, l'ëtole d'or. HOMODEI , endormi; longue robe de laine brune fermée par devant, haut-de-chausses rouge j une guitare à côté de lui.
LA XISBK.
Oui, vous êtes le maître ici, monseigneur; vous êtes le magnifique podesta; vous avez droit de vie et de mort, toute puissance, toute liberté. Vous êtes envoyé de Venise, et partout où l'on vous voit il
semble qu'on voit la face et la majesté de cette république. Quand vous passez dans une rue, monseigneur, les fenêtres se ferment, les passans s'esquivent, et tout le dedans des maisons trend)le. Hélas! ces pauvres padouans n'ont guère l'attitude plus fière et plus rassurée devant vous que s'ils étaient les gens de Constantinople, et vous le turc. Oui, cela est ainsi. Aliî j'ai été à Brescia. C'est au- ■ tre cliose. Venise n'oserait pas traiter Brescia comme elle traite Padoue ; Brescia se défendrait. Quand le bras de Venise frappe, Brescia mord , Padoue lèche. C'est une honte. Eh bien, quoique vous soyez ici le maître de tout le monde, et que vous prétendiez être le mien, écoutez-moi, monseigneur, je vais vous dire la vérité, moi. Pas sur les affaires d'état, n'ayez pas peur, mais sur les vôtres. Eh bien, oui î je vous le dis^ vous êtes un homme étrange, je ne comprends rien à vous; vous êtes amoureux de moi et vous êtes jaloux de votre femme!
Je suis jaloux aussi de vous , madame.
LA. TISEE.
Ail mon Dieu ! vous n'avez pas besoin de me le ilirc! Va pourtant vous n'en avez pas le droit, car
.101 RNÉE 1 , SCÈNE I. 7
je ne vous appartiens pas. Je passe ici pour votre maîtresse , pour votre toute-puissante maîtresse , mais je ne le suis point, vous le savez bien.
AN(,Er.O.
Cette fête est majjnifique, madame.