SCENE TKOISIEME
LA TÏSBE, ANGELO.
LA Tisnt.
Vous m'avez fait appeler , monseigneur ?
ANUEl.O.
Oui, Tisbe. J'ai à vous parler. J'ai tout-à-fait à vous parler. De choses assez graves. Je vous le disais, dans ma vie, chaque jour un piège, chaque jour une trahison , chaque jour un coup de poignard à recevoir ou un coup de hache à donner. En deux mots , voilà : ma femme a un amant.
LA TISBK.
Qui s'appelle?...
Qui était chez elle cette nuit quand nous y étions.
H-i ANGELO.
LA TISBE.
Qui s'appelle?
AiVGELO.
Voici comment la chose s'est découverte : Un homme, un espion du conseil des Dix... — Il faut vous dire que les espions du conseil des Dix sont vis-à-vis de nous autres podestas de terre-ferme dans une position singulière. Le conseil leur défend sur leur tête de nous écrire , de nous parler , d'avoir avec nous quelque rapport que ce soit jusqu'au jour où ils sont chargés de nous arrêter. — Un de ces espions donc a été trouvé poignardé ce matin au bord de l'eau , près du pont Altina Ce sont les deux guetteurs de nuit qui l'ont relevé. Etait-ce un duel? un guet-apens? On ne sait. Ce sbire n'a pu prononcer que quelques mots. Il se mourait. Le malheur est qu'il soit mort ! Au moment où il a été frappé, il a eu, à ce qu'il paraît, la présence d'esprit de conserver sur lui une lettre qu'il venait sans doute d'intercepter et qu'il a remise pour moi aux guetteurs de nuit. Cette lettre m'a été apportée en effet par ces deux hommes. C'est une lettre écrite à ma femme par un amant.
JOURNÉE m, SCÈNE III. 115
Qui s'appelle :*.
La lettre n'est pas signée. Vous me demandez le nom de l'amant? C'est justement ce qui m'embarrasse. L'homme assassiné a bien dit ce nom aux deux guetteurs de nuit. Mais, les imbéciles! ils l'ont oublié. Ils ne peuvent se le rappeler. Ils ne sont d'accord en rien sur ce nom. L'un dit Roderigo , l'autre Pandolfo !
LA TISBE.
Et la lettre , l'avez-vous là ?
ANGELO , fonillant dans sa poitrine.
Oui , je l'ai sur moi. C'est justement pour vous la montrer que je vous ai fait venir. Si par hasard vous en connaissiez l'écriture, vous me le diriez.
Il tire la lettre.
— La voilà.