OBSERVATIONS ANALOGUES
Il nous a paru intéressant de joindre à cette observation la plupart des faits analogues déjà connus. Us ne sont pas nombreux, et, bien qu'un petit nombre seulement ait été suivi de l'examen microscopique, les circonstances qui les accompagnent nous ont cependant permis de les grouper en les rapprochant du nôtre, qui peut être considéré comme le type de cette variété de tumeur orbitaire.
Dupuytren. — {Journal ïieb. de médecine , janvier 1830). — M. N...5 pharmacien, portait depuis longtemps une tumeur faisant saillie au-dessus de la paupière supérieure et remontant au devant du frontal. Dupuytren hésitant à opérer parce qu'il croyait la tumeur semi-cancéreuse, semi-érectile, adressa le malade à Boyer. Ce chirurgien décida que la tumeur n'avait aucun rapport avec l'intérieur du crâne et qu'elle était opérable. Une incision fut pratiquée à la paupière supérieure de son bord libre à son bord adhérent; chaque moitié disséquée et retournée, la tumeur fut mise à nu. Dupuytren ayant fait pénétrer son bistouri entre elle et la paroi orbitaire supérieure, constata que ces adhérences n'existaient que vers le sommet de l'orbite ; alors, armé d'un bistouri boutonné et de ciseaux courbes, il enleva tout le contenu de Vorbite. L'hémorrhagie, abondante d'abord, s'arrêta bientôt avec des boulettes de charpie La tumeur une fois enlevée son volume diminua de moitié ; incisée, elle parut composée uniquement d'un tissu érectile semblable à celui des corps caverneux, mêlé à une très petite quantité de tissus
cancéreux (?). Le globe de l'œil était sain. Guérison complète au bout de quelques
jours. (Rapporté par Desmarres.)
Ce cas nous paraît être un angiome caverneux pur, et ce que l'auteur appelle tissu cancéreux doit être un de ces foyers de néoformation tel que ceux que l'on trouve dans notre observation ; leur aspect a, en effet, quelque chose lardacé qui peut faire prendre le change, en l'absence d'examen histologique.
Albert de Graefe.— (Archivfùr Ophthalmologie, t.vn, A. 2, p. 12). — M. G..., 55 ans, bonne sauté, remarque en 1848 que la vue de l'œil droit s'affaiblit. Survient une exophthalmie progressive et lente au cours de laquelle se manifeslent,en 1850, quelque névralgies frontales. De Grœfe, qui l'examina en 1856, constate un déplacement de la cornée en bas et en dedans et l'abolition de la motilité en haut. La tumeur se développe dans la région de la glande lacrymale. En 1858, l'exophthalmie était telle que l'œil se
herniait au moindre effort. Vision bornée aux gros objets. Veines rétiniennes tortueuses et turgescentes; papille anémiée. En août 1859, cécité presque complète.
Opération'. Débridement de la commissure externe; énucléation du globe oculaire ; apparition d'une tumeur de coloration si foncée qu'on la prend pour un sarcome mélanique. Enucléation facile; tissu cellulaire ambiant complètement sain. Guérison rapide.
Tumeur à peu près ovoïde, avec des prolongements et une rainure correspondant au nerf optique. Ses dimensions, après qu'elle eut perdu environ un tiers de son volume par la sortie du sang qu'elle renfermait, étaient de 35 millimètres de long sur 22 à 26 de large. « La tumeur était entourée d'une couche de tissu cellulaire condensé lisse, et la couleur foncée, qu'elle devait à la rétention du sang dans ses mailles, avait été remplacée par une coloration gris-bleuâtre. Sur une coupe, on put y constater une texture réticulée, dans laquelle les mailles représentaient les espaces vasculaires et le réseau les cloisons de tissu cellulaire qui séparaient ces espaces. L'examen histologique montra qu'il s'agissait, dans ce cas, d'une tumeur caverneuse type. »
Manz. — {Klinische monatsblœtter fur Augenheilkùnde, 1868). Une femme de 53 ans, se présenta à la clinique, portant un exophlhalmos de l'œil gauche. Vextirpation de l'œil fut faite d'après la méthode de Bonnet-Arlt et l'examen de la tumeur démontra qu'elle était constituée par des dilatations vasculaires. La tumeur avait commencé à se développer quinze ans auparavant.
Lebert*'— (Abhandlungen aus dem Gebiete der Chirurgie; Berlin, 1848, p. 88). — Description d'une tumeur congénitale enlevée par Dieffenbach, au-dessous delà paupière supérieure chez un jeune homme âgé de 24 ans. Elle était composée d'un tissu spongieux et aréolaire, et ses parois auraient été constituées par des vaisseaux qui n'auraient pas communiqué avec les aréoles, ce qui ne fut nullement confirmé par les injections. — (in Wecker.)
Garron du Villards. — ( Traite' des mal. des yeux. Paris, 1847). — lise manifeste souvent ? dans l'orbite des tumeurs par anastomose qui ne sont point puisantes, lors même qu'elles acquièrent tous les jours un certain volume. Elles sont susceptibles d'extirpation et je ne pense point que la ligature de la carotide pût les faire flétrir. J'ai opéré, il y a quelques années, une petite fille de 8 mois portant une tumeur de cette nature, et qui guérit parfaitement. La tumeur était située à la partie inférieure externe de l'orbite. Les paupières commençaient déjà à être envahies (?). Pour la mettre facilement à découvert j'incisai la commissure externe ; puis, je cernai et énucléai la tumeur. Cette opération fut suivie d'un succès complet.
Ricci. — - (Dublin quar ter ly journal, nov. 1846, p. 338). Il s'agit d'une jeune personne âgée de 22 ans, qui, 16 années auparavant, avait vu survenir une protrusion de l'œil à la suite d'une forte contusion sur la tête, déterminée par une chute. Une première fois on extirpa une tumeur lobulée ronde et rouge pourpre, qu'on déclara être manifestement de nature veineusa. Peu de temps après, une récidive étant survenue, Bowmann enleva l'œil avec la tumeur. Celle-ci aurait été composée d'un amas de veines variqueuses traversées par des cordons tendineux analogues aux fibres tendineuses du cœur.
Ce fait, rapporté par Wecker à côté de l'observation suivante qui lui est personnel!^ n'est pas très net comme angiome. Qu'est-
ce que cet amas de veines variqueuses ? Les vacuoles de l'angiome n'ont rien de commun avec la constitution des veines ; elles ne contiennent pas d'épithélium (1). Et puis qu'est-ce que cette récidive? L'angiome ne récidive pas. Peut-être y en avait-il deux, dont le second s'accrut après l'extirpation du premier. En tout cas, cette observation pèche par défaut d'examen histologique.
L. Wecker. — {Traité des ynaladi s des yeux, Paris, 1867. — Ie' vol. p. 798). — {Abrégé). — - Mme Lépinay, 31 ans. Exophthalmie progressive et indolore, datant de 14 ans, et ayant débuté peu de jours après une forte contusion de la commissure externe de l'œil droit. Vision fort affaiblie. On perçoit au toucher une tumeur mollasse, faiblement bosselée qui proémine surtout en haut et en dehors.
Diagnostic : Tumeur fibreuse probablement très vasculaire.
Extirpation par une incision faite dans le cul-de-sac supérieur de la conjonctive, et après division des muscles droits supérieur et externe, d'une tumeur du volume d'une grosse noix, entourée d'une sorte de capsule fibreuse. La motilité, abolie après l'opération, se rétablit peu à peu. La vision diminua sensiblement à partir du moment où l'œil rentra dans l'orbite; la papille a pris une teinte nacrée.
L'examen, fait par M. Corail, démontre que la tumeur est exclusivement composée d'un tissu fibreux circouscrivant de nombreux espaces vasculaires de différentes dimensions, dont les parois ne sont pas recouvertes d'une couche épithéliale et dans l'épaisseur desquelles on ne trouve que peu de fibres musculaires.
C. Jeaferson.— [Ophth. Hosp. Reports, vol. vu, part. n). — C. M..., âgé de 14 ans, jeune garçon pâle et délicat, m'est amené pour une protrusion du globe gauche. Sa mère rapporte que cette protrusion existait à un léger degré au moment de la naissance, et qu'elle a toujours été en augmentant. Voici son état actuel:
L'œil est déplacé en avant et un peu en haut à un degré tel que les paupières, qui sont un peu œdématiées, ne peuvent se fermer au-devant de lui ; ses tuniques sont fort injectées, la pupille paresseuse, et la vision réduite à la simple perception des gros objets. Les mouvements de l'œil sont parfaitement conservés et il n'existe ni douleur, spontanée, ni douleur à la pression ; parfois de légers élancements et une sensation de tension.
Le plancher de l'orbite est occupé par une tumeur profondément située qui, au toucher, donne une sensation de dureté élastique, et qui, à la pression, semble diminuer de volume ou glisser vers le fond de l'orbite.
Je crus d'abord qu'il s'agissait d'un kyste profond, mais une ponction exploratrice largement faite n'ayant fourni aucun liquide, je conclus qu'il s'agissait d'une tumeur solide.
Voici comment je procédai à l'opération: Une incision fut pratiquée à la partie infé-
(1) V. l'observ. suivante.
rieure sur la conjonctive dans toute l'étendue de la fente palpébrale, et la tumeur fut promptement mise à nu. On constata qu'elle était volumineuse, s'étendait profondément dans l'orbite et entourait (?) le nerf optique.
Je jugeai alors nécessaire, pour faciliter l'opération, de diviser largement le canthus externe, car le volume de la tumeur était évidemment considérable, et l'hémorrhagie commençait à se montrer assez alarmante. La tumeur fut aisément séparée des os, avec lesquels elle n'avait aucune connexion, et toute la masse, tumeun et œil, fut rapidement énucléée. L'orbite fut bourré de charpie trempée dans, le perchlorure de fer. L'enfant, quoique affaibli par l'hômorrhagie, se rétablit promptement.
Cette tumeur, soigneusement examinée par moi, conjointement avec le docteur Philipson, présentait une texture ferme ; elle était un peu lobulée et renfermée dans une capsule mal définie. Une section révèle une structure réticulée et spongieuse, qu'on trouve consister en une grande quantité de vaisseaux sanguins réunis par un tissu cel. lulaire condensé. On ne saurait douter qu'il ne s'agissait d'une tumeur vasculaire (érectile), qui, par son développement dans un espace confiné, avait été soumise à une telle pression qu'elle en était arrivée à un tel état de condensation partielle. (Trad. par Testelin in. Ann. d'Oculistique.)
Voilà encore un angiome caverneux bien typique. Seulement l'interprétation des faits laisse à désirer, faute encore d'examen au microscope. Ne doit-on pas croire aussi que cette ponction exploratrice, qui ne fournit aucun liquide, a rencontré seulement le tissu cellulaire en passant à côté de la tumeur ?
Galezoswki. — (Traité des maladies dei yeux,\815, p. 904). — Extirpation, le 3 mars 1874, d'une tumeur développée dans la cavité orbitaire droite d'un enfant de 15 mois, atteint dès sa naissance d'une exophtbalmie due à cette tumeur et qui augmentait continuellement. L'examen, fait par MM. Rémy et Parker, a démontré la nature caverneuse bien caractérisée de cette tumeur, il n'y a pas eu de récidive et l'exopbthaimie a diminué.
M. Holmes. — Tumeur caverneuse de Vorbite compliquée d'un kyste sanguin très volumineux, opérée avec succès et sans inconvénient pour le globe oculaire ou le nerf optique. — (Chicago méd. jown., vol. xxvm, janv. 1871).
Une femme âgée de 48 ans était atteinte d'un exophthalmos considérable de l'œil gauche. La cornée avait un aspect normal, mais elle était fortement déviée en dedans et un peu en bas. La pupille était immobile, la paupière supérieure fortement tendue et le bulbe n'exécutait presque plus aucun mouvement. A la région supérieure et externe de l'orbite se trouvait une tumeur à saillie très pronon.-.ée.
La cause de cette affection était inconnue. Afin de pouvoir se fixer sur la nature de la tumeur, on résolut d'en extirper une petite portion pour la soumettre à l'examen microscopique. On fit une incision entre la paupière et le globe oculaire vers la partie supérieure et externe du bord orbitaire; mais aussitôt toute la glande lacrymale vint faire hernie à travers la plaie delà conjonctive. On en fit l'extraction.
L'introduction du doigt dans la plaie fit reconnaître une tumeur parfaitement circonscrite, assez dure, remplissant à peu près toute la moitié externe de l'orbite. L'examen
microscopique de3 tissus avoisinants n'amena la découverte de rien de suspect. L'auteur fit dans la tumeur une incision qui donna issue à 8 ou 10 grammes d'un liquide sanguinolent. Au moyen d'une pince et du mauche d'un scalpel, il put enlever tout le kyste.
Après l'extraction de ce dernier, il reconnut la présence, au-dessus et en dehors du bulbe, d'une seconde tumeur qu'il délogea avec la plus grande facilité. L'œil reprit alors sa position normale. 11 est fort remarquable que cette seconde tumeur n'ait contracté presque aucune adhérence avec les tissus dont elle était entourée.
Pendant l'opération, ni le nerf optique, ni les muscles de l'œil ne furent lésés. Au bout de 15 jours, la plaie était guérie et l'œil avait retrouvé toute sa mobilité.
La tumeur, enveloppée d'une line capsule, avait 31 millimètres de longueur, 17 de largeur et 10 d'épaisseur. A l'intérieur elle était cloisonnée et composée de petites loges sans communication entre elles et remplies de sang. La structure de cette tumeur ressemblait à celle d'un corps caverneux. Bien que la membrane d'enveloppe fût riche en vaisseaux, ces derniers ne paraissaient pas avoir pénétré dans l'intérieur de la tumeur. On ne put en effet, découvrir dans celle-ci ni artères, ni veines, ni nerfs. (Traduit et analysé par le docteur Tedesco, Ann. d'Ocul.)