Angleterre
$ I. Couronnement de Henri VII ; sa prudence, son avarice; son mariage avec Elisabeth. — Insurrection ; Lambert Simnel se fait passer
rur le comte de Warwick qui est enfermé ta Tour. — Son arrestation. — Avarice du roi it t’égard de ta duchesse de Bretagne. — Perkin Warbeck , nouveau prétendant, cause un moment de vives'inquiétudes au roi. — Son arrestation , sa mort. — Mort du comte de Warwick. — Henri marie son fils Arthur à Catherine, tille de Ferdinand J’isspagne; mort d’Arthur quelques Jours après ce mariage. — Nouveau projet de mariage formé par Henri pour marier Catherine à son seuond lils Henri. — Mort du roi.
La mort de Richard n’avait point complètement rassuré le vainqueur de Bosworth ; au milieu de son triomphe ses regards se portaient avec inquiétude vers le château de Shérif- Button dans le Yorkshire, où Édouard Plantagenet, comte de Warwick, fils Angleterre — t. il
du duc de Clarence, était retenu prisonnier. Édouard Plantagenet, qui n’avait alors que quinze ans, était le plus proche héritier de la maison d’York après la princesse Élisabeth, et il avait à ce titre des droits incontestables au trône. Henri envoya sir Robert Willoughby à Shérif- Hutton, pour se saisir du prisonnier et le conauire à la Tour de Londres. Lui-méme se dirigea ensuite à petites journées vers la capitale. Le maire, les aldermen et leur suite vinrent à sa rencontre jusqu’à Hornseywood et l’accompagnèrent à l'église de Saint-Paul.
Henri par prudence resta caché dans sa litière au lieu de se montrer à cheval à l’exemple de ses prédécesseurs ; circonstance qui fit naître dans l’esprit des habitants de Londres de sinistres pressentiments. Une maladie épidémique ayant éclaté à la suite de cet ' événement, on en conclut que c’était là
EUSTOIRE D’ANGLETERRE.
un bien mauvais présage pour le nouveau régne. Aussitôt sun arrivée, Henri s’entoura d'un certain nombre d’archers d'élite qu'il nomma Yeomen dea gardes, et il fit de nombreuses promotions pour récompenser ses amis. Jasper, son oncle, comte de Pembroke, fut créé duc de Bedford; lord Stanley, qui avait placé la couronne sur sa tète après la bataille de Bosworth, devint comte de Derby; sir Edouard Courtenay fut créé comte de Devonshire; sir Gilbert Talbot, sir JohnCheney, sir Humphrey Stanley et quelques autres personnages re^rent le titre de baronnet. Henri s'occupa ensuite de son couronnement, et Bourchier, archevêque deCantorbery, le même qui deux ans auparavant avait sacré Richard , célébra la cérémonie, en déclarant comme la première fois que la nation appelait à l’unanimité le nouveau roi au trône, et que l'huile sainte versée sur son front rendait sa personne inviolable.
Les droits de Henri à la couronne ne reposaient que sur la bataille de Bosworth, bataille décisive, il est vrai ; mais à titre d'hérédité la couronne appartenait évidemment à la maison d’York. Henri ne pouvait même revendiquer en sa faveur les droits ou plutôt les prétentions des Lancastres au trône; car, s'il descendait d'un des fils naturels de Jean de Gand, duc de Lancastre, l’acte de légitimation souscrit par ce prince en faveur de ses bâtards portait que ni eux, ni leur ostérité ne pourraient jamais hériter e la couronne. Mais Henri ne l’entendait pas ainsi ; et lorsque le 7 novembre (A. D. 1485) le speaker des communes se présenta devant lui , il hji déclara « qu'il était arrivé au trône ar droit de naissance et par la volonté e Dieu qui lui avait permis de vaincre ses ennemis. » Le parlenænt confirma ses prétentions ; car, les élections s'étant faites sous l’influence de la victoire de Bosworth , le parlement était entièrement dévoué à la cause du roi.
Cette assemblée déclara que la succession aux couronnes d'Angleterre et de France était désormais et pour tou-
jours dévolue k au très-haut et royal seigneur Henri VH , et à ses héritiers légitimes à perpétuité, avec la grâce de Dieu , et point à et autres; » clause qui n’était insérée que pour enlever toute espérance à la princesse Élisabeth, héritière de la maison d’York.
Ce dévouement du parlement fut récompensé par le roi avec libéralité; des indemnités considérables furent également accordées à la comtesse douairière de Richmond, mère du roi ; aux ducs de Bedford , de Buckingham et de Somerset, au marquis de Dorset, au comte d'Oxford , et aux lords Beaumont, 'Wells, Clifford, Hungerford, de Roos, ainsi qu’à un grand nombre d’autres seigneurs qui avaient combattu à Bosworth. Ne faisons point un crime à Henri do récompenser ainsi ceux qui l’avaient aidé à conquérir sa couronne, ni de chercher à faire coufirmer par le parlement des droits ainsi disputés. Mais cela ne devait point suflireà un homme du caractère de Henri.
Le nouveau roi prétendait faire remonter sa royauté au Jour qui avait précédé la bataille de Bosworth. Suivant Henri, son règne avait commencé le 21 août, la veille de la bataille, alors que la couronne était encore sur la tête de Richard , et que lui-même n’était que comte de Richmond. Henri voulait par ce moyen atteindre et punir avec un semblant de légalité tous ceux qui avaient pris les armes contre lui. Un acte d'accusation fut en conséquence présenté au parlement contre les ducs de Glocester et de Norfolk, les comtes de Surrey et autres; on y faisait une longue énum^ ration des prétendus crimes commis par ces personnages; l’acte portait en outre que les accusés, aimés de toutes armes, s'étaient réunis le 22 du mois d’aoüt et avaient livré bataille à leur légitime souverain pour le renverser du trône. Rien de plus odieux, rien de plus injuste que le principe de cet acte. En el'tet, on ne pouvait avec justice accuser de trahison ces lords et ces nobles, puisqu'ils avaient combattu sous les drapeaux d’un prince
PÉRIODE DES TüDORS.
auqud tout le royaume avait fait serment de fidélité, et lorsque le comte de Richmond avait été déclaré traître àla patrie. Après des débats assez animés, cet acte reçut la sanction du parlement. Toutefois Henri desirait simplement s’approprier les biens des condamnés; il n'en voulait point à leur vie. Il s’empara donc des domaines les plus beaux du royaume, en garda une partie pour lui-méme, et distribua l’autre à ses partisans.
Parmi les personnes arrêtées, il n’y eut que Catesby, conseiller intime de Richard , et deux personnes du nom de Brecher qui furent mis à mort.
Stillington, évéque de Bath, dont la plume facile avait rendu de grands services à Richard , fut Jeté en prison et traité d’abord avec beaucoup de ligueur; mais Henri comprit sans doute qu'une plume aussi peu scrupuleuse pouvait lui être d'un grand secours, car il ne tarda pas à donner la liberté à l’évêque et à lui rendre ses bonnes grâces.
Henri, s'apercevant alors qu’il serait dangereux de pousser le ressentiment trop loin, fit suivre cet acte de spoliation d'une amnistie générale pour tous ceux qui feraient leur soumission et lui prêteraient serment de fidélité.
Edouard Stafford, fils ainé du duc de Buckingham, rentra à cette occasion dans les titres et l’immense fortune de sa maison; et la plupart des partisans du dernier roi sortirent des sanctuaires où ils s’étaient réfugiés.
Henri, jaloux de ses prérogatives, montra dans eette circonstance l’esprit de domination dont il étaitdomine;caril ne voulut point permettreau parlement d’intervenir dans cet acte de grâce , et ordonna que ce pardon serait proclamé comme étant une émanation directe de sa volonté.
Henri avait au fond du cœur une haine violente contre la famille des York ; cependant il sentait qu’une alliance avec cette maison consoliderait son trône. Il prit l’engagement dans une assemblée de la noblesse et du eiergé d’épouser la princesse Elisabeth; ntais comme il ne voulait pas
qu’on supposât qu’il tenait la couronne de cette princesse, et qu'il craignait que les droits des Yorkistes ne ressortissent trop évidemment de cette union , il résolut d’en retarder indéfiniment la célébration. Ce délai déplut à la nation , et le parlement présenta à cet égard une adresse au roi, dans laquelle on l’invitait à hâter son mariage. « Dieu bénira cette union, disait l’adresse, et donnera à votre majesté une longue race de rois. - A ces mots les lords temporels et spirituels, se levant de leurs sièges, s’inclinèrent avec respect vers le trône, comme pour attendre une réponse.
Henri ne put s’empêcher de 1a dou^ ner;il réfiondit qu’il avait la ferme intention de se marier dans un court délai. Le mariage fut en effet célébré le 18 Janvier 1486, et la cérémonie sa fit avec beaucoup de pompe et d’éclaU A Londres, à Westminster et dans presque toutes les villes de l’Angleterre, les réjouissances furent trèsbrillantes, et plus brillantes qu’elles ne l’avaient été pour l'avénement et le couronnement; ce qui mortifia vivement Henri, car il en conclut que le peuple conservait toujours une grande affection pour la maison d’York, et qu’il lui était nroins attaché qu’à sou épouse. Cette préférence flit la source de grands chagrins pour la reine; elle lui enleva le cœur, de son mari, qui la traita toujours avec beaucoup de dureté. Henri reçut, à l’occasion de son mariage une bulle, du pape Innocent 111 dans laquelle le souverain pontife reconnai.ssait la légitimité des droits du nouveau roi,, et menaçait de l’excommunication quiconque oserait prendre les armes contre lui.
Henri songea alors aux amis qu’il avait laissés en otage. Le marquis de Dorset, sir John Bourchier, et Morton, évéque d’Ély, qui, lors de l’avortement de l’insurrection de Buckingham , s’était enfui en Flandre, revinrent dans le royaume, et furent élevés à des postes éminents..
Morton rentra dans son siège d’Ély , et fut bientôt après élevé au siège de
Jigiiizsd ûv
Cantorbéiry. Richard Fox , autre ecclésiastique qui avait accompagné Henri dans sou exil, fut placé au sceau privé, et devint successivement évéque de Bath et de Wells , de Durham et de Winchester. Morton et Fox devinrent les ministres de Henri et ses principaux conseillers. Suivant quelques historiens de l’époque, la prédilection que montrait Henri pour les hommes d’église avait sa cause dans la gravité de leur profession.
Mais Bacon donne à cette préférence une autre raison : <■ Henri aimait, ditil , à s’entourer de prêtres et de prélats, parce qu’ayant à sa disposition de riches bénéfices qui ne lui coûtaient rien , il pouvait facilement récompenser leurs services. »
Henri se disposa ensuite à visiter la partie septentrionale du royaume dont les habitants s’étaient montrés très-affectionnés au dernier roi et à la maison d’York. Il se dirigea vers York, et s’arrêta à Lincoln où il apprit que lord Lovel, Humphrey et Thomas Stafford avaient quitté le sanctuaire de Colchester. Peu de jours après, ou lui apprit que lord Lovel marchait sur Yorlt, à la tête de quatre mille hommes , et que les deux Stafford assiégeaient avec une autre armée la ville de Worcester. Henri alla à la rencontre de lord Lovel et le défit.
Ce seigneur, cherchant son salut dans la fuite, se retira dans leLancashire, où , après être resté quelques jours caché dans la maison de son ami , sir Thomas Broughton , il parvint à passer dans la Flandre. A la nouvelle de cette défaite , les deux Stafford se réfugièrent dans le sanctuaire de l’église de Coinham, près d’Abington; mais cette petite église n’avait point le privilège de recéler les traîtres; les deux coupables furent arrêtés; Humphrey, qui était l’aîné, fut exécuté, et Thomas obtint sa grAce.
Henri entrant aussitôt à York, chercha à ramener à sa cause les habitants de cette ville qui conservaient encore un vif attachement à celle de Richard et de la maison d’York. Le nouveau
roi était avare, avide; mais dans de certaines circonstances, il savait se relâcher de son avarice. Il réduisit l’impôt quelavilledevaità lacouronne, de cent soixante-dix-huit livres à cinq livres; répandit avec une certaine profusion ses faveurs royales; donna de grandes fêtes et distribua de l’argent au peuple, qui , en retour de telles largesses, fa isait retenti r l’atr de ces j oyeuses acclamations: » Le roi Henri! le roi Henri! Que Dieu garde ce bon et beau visage! » Henri , portant ensuite ses pas vers le sud-ouest, visita Worcester, Hereford , Glocester , et Bristol.
Henri montrait partout sur son passage une grande ferveur religieuse, et assistait avec une grande régularité au service divin. Quelques écrivains ont remarqué à ce sujet que Henri avait soin de choisir lui-même le texte du sermon. Tous les dimanches et les jours de fête , d’après ses ordres, lecture était faite aux fidèles assemblés de la bulle papale qui reconnaissait la validité de ses droits , et vouait à l’excommunication tous les ennemis de sa cause. Henri revint ensuite à Londres, où il reçut une ambassade du roi d’Ecosse qui demandait à renouer l’ancienne alliance des deux pays par un mariage entre les deux familles régnantes. Le roi alla alors visiter la relue qu’il avait reléguée avec sa mère et ses sœurs au château de Winchester. La reine était sur le point d’accoucher, et après huit mois et deux jours de mariage, elle donna le jour à un fils qui fut nommé Arthur, du nom du héros de la Table ronde, dont Henri prétendait descendre par Owen ïudor, son grand-père. Les écrivains du jour chantèrent la naissance du prince en vers et en prose, en latin et en anglais; et quelques-uns lui prédirent des destinées plus brillantes encore que celles du fameux prince dont on lui avait donné le nom.
Vers cette époque , un prêtre d’Oxford qu’accompagnait un jeune garçon d’une belle figure , d’un maintien noble et d’un air distingué, débarqua à Dublin. <c Ce jeune garçon , disait le prêtre avec assurance , n’était autre
PERIODE DES TUDORS
que Edouard Plantaqcnet, comte de Warwick , qui s'était échappé d’une manière miraculeuse de la Tour de Londres. » Au-x grâces de la figure ce , jeune homme joignait un esprit vif et pénétrant , et il racontait lui-même sa touchante histoire de la manière la plus ingénue et avec les plus grands détails. Sa jeunesse et sa candeur ûrenl une impression profonde en Irlande, contrée oui s’était toujours vivement intéressée à la cause yorkiste. Thomas Fitz-Gérald, zélé yorkiste et vice-roi d’Irlande , le chancelier son frère , et un grand nombre d’évêques, qui étaient probablement initiés au mystère, reçurent le jeune homme à bras ouverts, et le reconnurent unanimement pour Edouard Plantagenet, fils unique du duc de Clarence , comte de Warwick. Les habitants de Dublin firent aussi de grandes réjouissances, et le Jeune garçon fut conduit avec pompe de sa demeure au château , où il reçut les honneurs dus à un prince. Peu de temps après il fut proclamé solennellement roi d’Angleterre et lord d’Irlande , sous le nom d’Édouard VI.
Celte histoire si artistement fabriquée n’était pourtant qu’une fourberie imaginée par le parti j’orkiste pour ressaisir le pouvoir. Le véritable comte de Warvick était toujours prisonnier dans la Tour de Londres, et celui qui prenait son titre et son nom s’appelait Lambert Simnel. Il n’était point né en Irlande comme il le prétendait. Un boulanger d’Oxford lui avait donné le jour, et tous les habitants de cette ville connaissaient sa personne et sa famille.
Henri , encore mal affermi sur son trône , conçut de vives alarmes de cet événement. Ses ennemis s’agitaient; déjà l’un d’eux , Jean comte de Lincoln, fils d’Élisabeth , duchesse de Suffolk, dont il connaissait la bravoure et l’activité , avait quitté l’Angleterre , et se trouvait à la cour de sa tante, Marguerite , duchesse douairière de Bourgogne, son ennemie implacable. Pressé par le danger, Henri assembla à Shene (II) grand conseil composé de ses amis ;
et, après de longues délibérations, on convint de donner une plus grande extension à l’amnistie. Henri ordonna ensuite l’arrestationd’ Élisabeth Woodville , sous prétexte qu’elle avait quitté le sanctuaire de Westminster, et la fit conduire au monastère de Barmondsey. « Le motif réel de cette sévérité, dit Bacon, c’est que cette princesse était soupçonnée d’avoir trempé dans la fourberie du prêtre d’Oxford; » et ce soupçon est justifié par la conduite de cette princesse; cette femme avait une grande énergie et un caractère actif.
On enferma également le marquis de Dorset, son fils, dans la Tour, afin qu’il n’entreprît point de délivrer ou (le venger sa mère. Henri fit ensuite sortir le jeune Édouard Plantagenet de sa prison, et le fit promener dans les principales rues de Londres où chacun eut la liberté de s’approcher et de converser avec lui. On le conduisit à l'église de Saint-Paul, où se trouvaient réunis toute la noblesse et les citoyens de mariiue, et le comte répondit à toutes les questions qui lui furent adressées au sujet de cette étrange substitution de personne.
Ces diverses mesures avaient calmé, les habitants de Londres , « mais , dit Bacon, elles produisirent peu d’impression en Irlande, car les Irlandais accusèrent à leur tour le roi d’imposture , et déclarèrent que, pour se défaire du véritable Warwick et pour en imposer aux ignorants, il avait échangé la personne du véritable Plantagenet contre une autre personne qui avait sa ressemblance. « Henri était plusinquietque jamais; car, d’unautre côté, le comtede Lincoln, en arrivant à Bruxelles, avait trouvé la duchesse de Bourgogne très-disposée à seconder ses projets. Cette princesse, qui , selon Bacon , joignait a la résolution et à l’énergie d’un homme, l’esprit fin et délié d’une femme, voulait replacer la couronne d’Angleterre dans sa maison et regardait Henri comme le seul obstacle à ses projets ambitieux.
Elle fournit à lord Lincoln et à lord Lovel, qui était en Flandre depuis sa défaite dansie Yorkshire,un corps
de deux mille Allemands, commandé par Martin Swartz, officier distingué, et fit transporter ces troupes sur les côtes d’Irlande. Quelques jours après le débarquement, le faux comte de Warwick fut couronné solennellement dans la cathédrale de Dublin par l’évéque de Meath. On n’avait point de couronne, et à cette occasion, l’evé-
Î|ue se servit du diadème qui ceignait e front d’une statue de la Vierge. Le nouveau roi reçut le surnom d’Édouard VI; il fut porté en triomphe de l’église au ehôteau, sur les épaules d’un chieftain d’une haute stature appelé Darcy. L’Irlande le reconnut roi , et la ville de Waterford , dont les habitants étaient de vieux Lancastériens, et des ennemis déclarés de Thomas Fitz-Gérald, le vice -roi ayant voulu protester contre cette royauté on la força à la soumission. Les deux mille Allemands, auxquels se Joignirent un ^rand nombre d’Irlandais, s’embarquèrent alors pour l’Angleterre, et descendirent le 4 juin 1487 sur la côte du Lancashire, ou ils trouvèrent un renfort que leur amenait sir Tliomas Broughton, personnage ui Jouissait d’une grande influence ans cette province.
Pour faire face au danger, Henri levait des troupes; il faisait garder les ports , envoyait des espions en Irlande et en Flandre, et plaçait des courriers sur toutes les côtes pour être instruit promptement de ce qui se pa.s.sait. Au milieu de ces préparatifs guerriers Henri visitait les châsses des saints les plus renommés pour implorer leur protection. De Bury Saint-Edmond, il se rendit à Norwich.
De là il alla en pèlerinage à Walshingham.et visita l’église de Notre-Dame, église fameuse par ses miracles, et il y fit des prières et des vœux pour obtenir la victoire. Il se rendit ensuite au château deKenilworth. parNorthampton et Coventry, et laissa dans les murs de celte pl.ice sa mère, sa femme et son fils Arthur. S'avançant alors dans la direction de York par Coventry, Leicester et Nottinghani, il rencontra l'armée ennemie près du village
de Stoke, dans une plaine peu éloignée de Newark (16 Juin 1487). La bataille s’engagea avec une égalé fureur, et les Irlandais déployèrent une grande valeur; mais n’ayant point de cavalerie ils ne purent résister au choc des archers anglais , et après trois heures de carnage, ils se. débandèrent, laissant sur le champ de bataille uatre mille de leurs meilleurs solats. Parmi ceux-ci étaient le comte de Lincoln , Thomas Broughton , Martin Swartz, et un grand nombre des principaux officiers. L’armée de Henri avait perdu deux mille soldats; mais la prise de Lambert Simnel, le faux comte de AVarwick , et de son précep» leur, qui étaient au nombre des prisonniers, compensait nien cette perte.
« Henri ne voulut point ôter la vie à Simnel, dit Bacon, parce qu’il considérait ce Jeune homme comme un morceau de cire que d’autres avaient moulé, et aussi parce qu'il Jugea qu'en lui donnant la mortil seraittrop tôt oublié, tandis qu’en offrant jSimnel en spectacle, apres l’avoir avili' il espérait désillusionner tous ceux qui seraient tentés de suivre son exemple; » il garda donc à sa cour le Jeune Simnel et lui donna un modeste emploi d.ins ses cuisines. A insi on vit SimneJ tourner la broche après avoir porté la couronne.
Plus tard Simnel devint fauconnier du roi. Son précepteur fut mis en prison ; on n’eniendit plus parler de lui ni ' de lord Lovel qui était parvenu àéchapper au carnage.. On crut qu’il s’était noyé en essayant de traverser la Trent à la nage. Longtemps après, lorsque la race des Tudors eut cessé de diriger les destinées de l’Angleterre , et que la dynastie des Stuarts eut été chassée du royaume, des ouvriers qui travaillaient à Minster-Lovel , ancienne résidence de ce seigneur, découvrirent une chambre souterraine dans laquelle était le squelette d'un homme, assis sur une chaise, et la tête posée sur une table. Ce squelette indiquait assurément une lugubre histoire, et peutêtre étaient-ce là les restes de l’ancien maître du lieu.
Le premier soin de Henri, fut.
eo Dî ogle
après avoir rendu des actions de grâce à Dieu, et déposé sa bannière sur la châsse de Notre-Dame de Walshingham, de poursuivre ceux qui avaient pris parta la révolte ou manifesté le désir de la voir réussir. La plupart de ceux qui tombèrent dans ses mains lurent condamnésà une forte amende. Ensuite Henri , pour donner satisfaction à un grand nombre de ses sujets et particulièrement aux partisans de la maison d'York qui étaient très-mécontents du retard qu’il apportait dans la célébration du couronnement de la reine, résolut de ne plus différer cette cérémonie. Le couronnement fut célébré à Westminster le 20 novembre. Bacon, dans son langage ironique, comparecette cérémonie b un baptême dont la célébration aurait été longtemps retardée foute d'un parrain et d’une marraine. « Cet étrange délai, dit-il, ne trompa personne. Tout le monde comprit que la résolution du roi avait sa source dans des raisons d’État. » Henri rendit aussitôt la liberté au marquis de Dorset; mais il ne voulut pointqu’Élisâbeth Woodville, mère de ce seigneur, et la propre mère de sa femme , sortit du couvent de Bermondsey. Dans le courant de la même année, Henri envoya Fox en Écosse, et par l’intermédiaire de ce ministre, les hostilités furent de nouveau suspendues entre les deux contrées.
L’agrandissement successif de la France paraissait alors peu rassurant à la politique anglaise. A l’époque de la mort de Louis XI, la monarchie française, grâce b d’heureuses alliances et b une politique vigoureuse, avait élargi son territoire des principautés indépendantes qui se trouvaient dans ce royaume. Une seule principauté n’était point encore réunie au grand corps de la nation ; c’était le duché de Bretagne, et 1a cour de France aurait voulu absorber cette province. Charles Vlll , successeur de Louis, qui n’avait encore que quatorze ans, maurait pu pur lui-même accomplir cette gramle œuvre. Mais, d’après les arraii-
fements faits par son pere , il avait té placé sous la tutelle de sa sœur
aînée, princesse qui avait hérité de la finesse de Louis. Toutefois la révolte du duc d’Orléans qui eut lieu à cette époque, en obligeant ce prince à chercher un refuge b la cour du duc de Bretagne contraria, pendant quelque temps les projets de la cour de France. Ce prince, tirant avantage du caractère timide et irrésolu du duc, résolut, malgré son mariage avec une prince.sse française, d’épouser Anne de Bretagne, lille aînée du duc et son héritière, dans l’espoir d’obtenir la possession du duché. Un fort parti parmi les Bretons se déclara en faveur de la France, et une armée française s’avança vers la frontière des deux pays. D’après une convention faite avec le parti breton, l’armée française ne devait se composer que de quatre mille hommes d’armes et de uatre mille fantassins; elle devait e plus agir de concert avec le maréchal de Rieux et une petite armée de troupes indigènes. li était dit dans la convention que les libertés du duché et les propriétés particulières des habitants seraient respectées, etqu’aussitôt que le duc d’Orléans serait chassé, les troupes françaises repasseraient la frontière. Mais ces conditions n'étaient point de nature à satisfaire l’ambition de la cour de France; on les accepta pour servir de prétexte sans aucune intention de les tenir. Au lieu de huit mille hommes, Charlesenenvoyaseize.
Les Français s’emparèrent successivement dé Ploêrmel et de Vannes, et mirent le siege devant Nantes où le duc de Bretagne s’était retiré avec ses ûlles. Un secours envoyé par Maximilien, roi des Romains, força cependant les Français à lever le siege de Nantes. Mais la révolte des citoyens de Gand et de Bruges ayant réclamé toutes les forces et les ressources de cet allié, les Franç.ais repiirent l’initiative, en Bretagne, et la soumission entière de cette province b la domination française parut certaine.
Deux députations vinrent alors demander l'alliance de l’Angleterre; l’une au nom du roi de France, l’autre
? ed û logic
au nom du duc de Bretagne. Dans cette circonstance, Henri convoqua son parlement à Westminster- Hall (9 novembre 1487), et Morton, archevêque de Londres et chancelier d’Angleterre, expliqua les motifs de la convocation en ces termes : « Le roi a mandé son parlement pour le consulter sur deux questions ; l’une concerne l’étranger, et l’autre appartient au gouvernement intérieur ne l’Angleterre. Vous n’ignorez pas sans doute que le roi des Français fait une guerre très-active au duc de Bretagne.
En ce moment une armée assiège Nantes et la tient bloquée. C’est la principale et la plus forte ville du duché. Par ce début vous pouvez juger des espérances de la cour de France; elle connaît seule le véritable motif de cette guerre. Mais on donne pour prétexte que le duc de Bretagne a des intelligences, et donne des secours au duc d’Orléans et à quelques autres seigneurs français que le roi considère comme ses ennemis. Quoi qu’il en soit, on soupçonne des raisons différentes. Les deux partis ont envoyé plusieurs ambassades en Angleterre pour solliciter des secours.
Le roi ne France demande ou des secours ou la neutralité. Les Bretons demandent du secours dont ils ont le plus pressant besoin. En qualité de prince chrétien, et de fils de la sainte Église, notre roi a offert sa médiation pour traiter de la paix. Le roi des Français consent à traiter, mais il ne veut point suspendre les opérations de la guerre.LesBrctons, qui désirent plus sincèrement la paix, s’y prêtent moins, non pas par présomption ni par obstination , mais par défiance , parce que la guerre ne se ralentit point. De façon que le roi s'est donne plus de peine pour cette affaire qu’il men a jamais pris pour aucune autre, et cela sans pouvoir obtenir de l’une des parties la suspensiondes hostilités, ni faire cesser dans l’autre la méfiance fondée sur le refus de cette suspension. Cet exposé doit vous faire connaître l’état ne la question sur laquelle le roi désire vous voir; vous déterminerez donc s’il doit
entreprendre, en qualité d’auxiliaire, une guerre défensive en faveur des Bretons contre la France. »
Ce discours ambigu n’avait d’autre objet que d’obtenir de larges subsides du parlement , car Henri avait la soif de For, et, dès qu’ils furent accordés,' le roi, au lieu d’envoyer une armée en France, secontenta d’y envoyer son cha- •
fielain pour faire des représentations à a cour française. Les Français, comme on le pense, ne firent aucun cas de ces représentations. Le 20 juillet 1488, ils livrèrent une grande bataille aux Bretons dans laquelle ceux-ci furent complètement défaits. Lord Édouard Wood ville , frère de la reine douairière d’ A ngleterre , qui était allé avec quatre cents nommes en Bretagne, périt dans cette journée , et le duc d’Orléans , qui avait combattu avec beaucoup de bravoure, y fut fait prisonnier. Le soir, soupant avec la Trémouille, son vainqueur, il vit entrer dans sa chambre, sur la fin du repas, deux moines au visage sinistre. Le duc changea de couleur, car il crut sa dernière heure venue, mais la Trémouille le rassura en lui disant que cette visite était destinée à d’autres qu’à lui, et que c’était au roi à disposer de sa personne comme prince du sang. Le duc fut envoyé au château de Bourges, où il resta prisonnier pendant près de trois années, et le duc de Bretagne, réduit à solliciter humblement la paix du roi de France, obtint un traité de paix. Ce traité reçut le nom traité de berger il portait que Charles conserverait toutes les villes et les forts , dont il était en possession , et que le reste de ses troupes évacuerait la Bretagne ; clause que le roi de France parvint a éluder.
La conduite peu honnête de Henri dans cette circonstance excita un vif mécontentement en Angleterre ; surtout quand, le duc de Bretagne étant mort peu de jours après la conclusion de la paix , on apprit que l’héritage de ses États revenait à la princesse Anne, sa fille unique, âgée d’environ treize ans. Henri,obligéde répondre aux vives sympathies qui se manifestaient dans la nation en faveur de la jeune du-
PÉRIODE DES TU DORS
chesse, déclara publiquement qu’il prenait sous sa protection la princesse et ses États. Il envoya aussitôt des ambassadeurs à Maximilien , roi des Romains, à son fils l’archiduc Philippe, au roi d’Espagne et au roi de Portugal, afin qu'ils lui prêtassent leur assistance, et qu’ils formassent une ligue puissante avec lui contre les Français en faveur de la Bretagne.
Henri convoqua ensuite un second parlement et demanda de nouveaux subsides; ces subsides, comme ceux qui avaient été accordés antérieurement devaient être employés à conduire la guerre; n c'était pour faire la guerre » dirent les ministres du roi. Mais le parlement , par mesure de prudence, réduisit cette fois la somme, et, sur 100,000 liv. qui avaient été demandés, il n’en accorda que 75,000.
Henri n’aimait point la guerre; malgré ces démonstrations, il n’était point encore disposé à s’écarter de sa politique pacifique ; il fit un traité avec la duchesse Anne, et s’engagea à lui envoyer six millearchers anglais ; mais il eut soin de limiter la durée du service de ses troupes à six mois, exigea déplus qu’on lui remît plusieurs villes fortes pour sûreté du remboursement de ses avances , dans lesquelles il comprit la levée, le transport, la solde et l’entretien des six mille archers jusqu’au moment où ils seraient rentrés en Angleterre ; de façon que les subsides accordés par le parlement restèrent intacts daris ses coffres. Une autre clause du traité portait que Henri se réservait la liberté d’observer la trêve avec la France, ce qui réduisait le rôle de ses troupes àun rôle toutàfait passif. L’usurier le plus avide n’aurait pas traité un débiteur affamé avec autant de rigueur.
Au printemps, lord Willoughby de Brocke débarqua en Bretagne avec une petite armée. Une force espagnole s’avançait par Roncevaux , pour faire une diversion dans le sud de la France; et Maximilien, qui était occupé à étouffer une insurrection en Flandre, promit d’attaquer la frontière septentrionale de la France. Ces forces au-
raient pu faire changer la fortune de la guerre en faveur de la Bretagne; mais par ordre de Henri , les troupes anglaises ne combattirent point, parce que les Français observèrent trèsexactement la trêve. Six mois après leur débarquement, elles rentrèrent en Angleterre. Alors la cour de F’rance proposa un accommodement, et il y eut un traité de paix entre elle et Maximilien ; il y fut arrêté que les troupes françaises se retireraient de la Bretagne, que la duchesse Anne renverrait ses troupes auxiliaires, et que les forteresses ue Saint-Malo, de Fougères, de Dinant et de Saint- Aubin seraient remises entre les mains du duc de Bourbon et du prince d’Orange, pour être gardées par eux jusqu’au moment où lesdifférendsqui existaient entre la France et la Bretagne seraient définitivement réglés.
Cependant la Bretagne était encore menacée par la France. Alors la jeune duchesse épousa Maximilien par procuration; mais son mari resta en Flandre, où le retenait une insurrection, et il ne put lui offrir que des vœux stériles. La jeune duchesse ay^ant demandé de nouveaux secours à l’Angleterre, l’occasion parut bonne à Henri d’exiger de la duchesse le payement de quelques reliquats de compte qui n’avaient point encore été régies. La seule monnaie courante de la Bretagne consistait, à cette époque, en cuir estampé, coupé en morceaux de différentes grandeurs, et les coffres de laduchesse étaient vides. Cependant Henri voulut former une coalition contre la France, et il s’adressa à cette occasion à Ferdinand d’Espagne et à Maximilien, roi des Romains. Cette ligue, formée avec beaucoup de solennité, était uniquement destinée, disait-on, à comprimer l’ambition de la France, et les alliés professaient un profond désintéressement; mais la coalition cachait au fond des projets d’égoïsnie. Comment Henri se serait-il décidé à faire la guerre à la France, s’il n’avait pas espéré lui arracher de l’argent? Ferdinand, de son côté, comptait bien saisir le
Roussillon , tandis que le roi des Romains convoitait du sien les provinces du nord de la France.
Un événement important qui survint à la cour de France donna pour quelque temps à la coalition un caractère plus décisif. Charles avait atteint sa viiisft et unième année, et il venait de prendre en main les rênes du gouvernement. Le caractère de ce prince se distinguait par un grand tonds de prudence, et son esprit avait été imbu de bonne heure par Louis XJ de dette maxime politique, qu’un prince qui ne sait pasdissimuler, n'est pas propre à régner sur une nation civilisée. Charles, voyant de grands obstacles à la conquête de la Brê.tame par la force des armes , résolut d’arriver à ses lins d'une autre manière.
Depuis plus de sept ans, il était fiancé à Marguerite, fille de la belle Marie de Bourgogne et de Maximilien; ce mariage, à ré|K>que des flanrailles, avait été considéré comme run des plus grands actes politiques du règne de Louis XI. Mais Charles avait maintenant en sa possession les riches provinces que la Jeune Marguerite lui avait apportées en dot, et n'entrevoyait plus oue des avantages éloignés et de peu d’importance dans l’exécution du contrat. Il conçut l’id^ de le rompre, et d’épouser la duchesse Aune, malgré le mariage que cette princesse avait contracté par procuration avec Maximilien, pere de Marie de Bourgogne. Il fallait obtenir le consentement de la jeune duchesse, et Charles n’épargna ni promesses ni menaces.
La comtesse de Laval, la comtesse de Dunois , le maréchal de Rieux , et Montauban, chancelier du duché, s’engagèrent à faire accepter ce projet de mariage à la Jeune duchesse; et le duc d’Orléans lui-même, oui, quelques annés auparavant, avait briué la main de la duchesse , se joignit ces agents pour appuyer les prétentions de son souverain. Les difficultés étiient plus grandes qu’on ne s’y ^ait attendu; car, outre que la jeune duchesse n’ignorait pas le contrat
qui existait entre le roi de France et Marguerite de Bourgogne, elle se croyait engagée à Maximilien par des liens indissolubles. Elle avait alors quinze ans, et joignait à une éilucation distinguée, l'expérience du malheur. De plus, le nouvel é|x>ux
?ui la demiiiidait en mariage, s’ofrait à elle le glaive à la main, et jusqu’à ce jour il ne s'était pas montré vainqueur généreux. L'âme de la duchesse , douée d’une grande Gerté, s’indignait à l’idée de se soumettre et de livrer son pays au roi de France. La souveraineté de la Bretagnelui souriaiten outre plus encoreque le rang suprême de reine de France.
Sous le rapport de l’àge, son union avec le roi de France était sans doute plus sortableque celle qui l'aurait liée au sort de Maximilien. Mais Charles n’avait pas d’autres avantages que la jeunesse ; il était de petite taille, mal fait, sa tête était difforme, et son esprit n’avait pas une grande culture.
Anne , au contraire, se distinguait par la beauté de sa Ggure et les grâces de sa personne, et joignait à ces avantages une éducation distinguée. La duchesse repoussa d’abord l’union qu’on lui proposait, et peut-être aurait-elle résisté aux sollicitations pressantes des dames de sa cour, si une armée française qui s’approchait n’eût menacé'de l’assiéger dans sa capitale. Il fallut se résigner. On convint que la duchesse épouserait le roi de F ra nce, et qu'elle lui céderait tous ses droits sur la Bretagne; que, si le roi lui survivait, il conserverait la possession du duché comme partie intégrante de laFraoce; (^ue, si elle survivait à Charles, elle léguerait ses domaines au souverain régnant dans le cas où elle resterait veuve, et que, si elle se mariait, elle n’épouserait que le possesseur du trâne ou l’héritier présomptif. Parce traité la possession delà Bretagne était définitivement assurée à la France. Qu’on juge de la fureur de Maximilien, qui, par ce mariage, perdait à la fois une femme et un grand territoire pour lui -même, et pour sa Glie un mari et l’un des pre-
PEWODE DES TÜDORS.
miers trônçs de l’Europe! Toutes les cours retentirent de ses duléances, et de ses menaces contre la France.
De son côté, Henri, qui avait espéré profiter des querelles de la France et de la Bretagne pour arracher de l’argent aux deux cours , et qui voyait sa politique renversée par ce coup imprévu, manifesta la plus vive indination. Il convoqua son parlement, éclara lui-inéine que Charles était le perturbateur du repos du monde chrétien , dit qu’il était cette fois bien déterminé à conquérir la couronne de France, qui était son légitime héritage, et demanda qu’on lui votât de nouveaux subsides. C’était à ce devoir que se bornaient alors les fonctions du parlement, et ce fut pour ainsi dire le seul qu’il eut à remplir pendant toute la durée de ce règne. Les subsides furent votés, et Henri, pour grossir la somme, nomma une commission chargée de stimuler la bienveillance des citoyens, c’est-à-dire de leur extorquer le plus d’argent possible. Les citoyensde Londres payèrentdix mille livres sterling pour leur part. Pauvres et riches durent prendre leur part à cette contribution. A ceux qui excipaient de leur pauvreté, on disait que, vivant avec économie, ils devaient être riches, et, par conséquent, qu’ils devaient payer; ceux qui menaient un OTand train de vie, et vivaient dans ropulence, furent traités en conséquence. On vota ensuite un bill pour autoriser les propriétaires des terres à vendre leurs domaines sans payer les droits ordinaires dus à l’Etat, « afin , disait l’acte , que ceux qui voudraient s’équiper à leurs frais, pussent prendre part au partage des terres que la conquête prochaine de la France allait livrer aux vainqueurs,
On aurait dü s’imaginer, à voir tant de préparatifs et de démonstrations hostiles , que le roi était bien déterminé cette fois à faire la guerre.
Cependant, quelques soupçons commencèrent à naître, lorsqu’on .s’aperçut qu’il laissait passer le printemps et l’été sans se mettre en catnpagne. Néanmoins, au mois d’octobre, Henri
s’embarqua et partit pour Calais , où il descendit avec une armée de vingtcinq mille fantassins et de seize cents chevaux. Quelques-uns de ses officiers lui ayant dit que ce n’était là qu’une vaine démonstration , et qu’il n'aurait pointcommencé la campagne dans une saison aussi avancée, s’il n'était sûr de conclure la paix, Henri leur répondit que la conquête de la France n’était pas l’œuvre d’une année, et qu'il importait peu, en conséquence, qu’il commençât l’invasion en octobre.
Les conjectures de ces officiers étaient fondées. Depuis trois mois Henri était entré en arrangement avec Charles, et la paix était conclue avant que l’armée eût quitté l’Angleterre.
Pour sauver les apparences, le roi fit artir son armée de Calais le lô octore, et investit la place de Boulogne le même jour. Henri reçut alors des lettres de ses deux alliés, Ferdinand et iMaximilien, qui lui apprirent ee qu’il savait déjà , c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas encore prêts à le seconder dans l’invasion de la France. Henri fit grand bruit du contenu de ces lettres, car c’était une bonne occasion pour calmer l’ardeur guerrière de son armée, et la dis|K>ser à recevoir favorablement des ouvertures de paix. Huit jours après son arrivée devant Boulone, il assembla un conseil composé e vingt-quatre officiers supérieurs de l’armée et il leur soumit les préliminaires du traité de paix. Les membres du conseil étaient gagnés par lui et le roi de France , et ils conseillèrent au roi d’accepter le traité. « La saison, dirent-ils, était fort avancée, le siège serait long; d’ailleurs les alliés avaient manqué a leur parole : et de plus Charles s’engageait à payer au roi d’Angleterre six cent vingt mille écus d’or pour ses avances en Bretagne, et cent vingt-cinq mille écus pour les arrérages de la pension promise par Louis XI à Édouard IV. La paix allait être aussi d’un avantage inappréciable pour le commerce. » En un mot, aux yeuxdesmembresduconseil, le traité proposé était le plus glorieux qu'un roi d’Angleterre eût
7CXi 3y VjOOgIc
jamais fait avec un roi de France, et ils en prenaient la responsabilité. Le traité portait en outre que Charles et Ilenri vivraient en paix jusqu’à la Gn de leurs jours, et que la paix entre les deux pays durerait jusqu’à la mort du dernier survivant. Il fut accepté , et la paix fut déGnitivement conclue le 6 novembre 1492.
Cette paix ne fut pas du goût de la nation; car l’armée, pour laquelle elle avait été taxée si rigoureusement, n’avait rien fait d’utile ni d’honorable. D'un autre côté, ceux qui avaient emrunté ou vendu une partie de leurs iens, et qui comptaient sur les dépouilles de l’ennemi et sur les proGts de la conquête pour se dédommager, en voyant leurs espérances tout à coup détruites , montrèrent un vif raécontement. Une sourde rumeur annonçait une commotion au sein du pays. Un nouveau prétendant, qui se disait être le prince Richard, duc d’York, et le dernier Gis d'Édouard IV, se présenta sur la scène politique. Ce furent là les motifs principaux qui engagèrent tienri à fàire la paix. Le prétendant avait trouvé de puissants protecteurs.
Comme Simnel il avait de la jeunesse et de la Ggure; il disait s’étre échappé d’une manière miraculeuse de la Tour, et revenait après sept longues années d’infortunes et d’exil réclamer l’héritage de ses pères. A son débarquement à Cork, il fut reçu avec empressement par le maire de la ville et la plupart des citoyens les plus inOuents.
Cependant, ayant écrit au comte de Kildare pour lui demander son assistance, ce seigneur refusa son concours à l’entreprise. L’aventure de Simnel était trop récente; les Irlandais n'avaient point encore oublié la dure leçon qu’ils avaient reçue. Le métendant partit aussitôt pour la France où l’appelait Charles qui s’attendait alors a l’invasion de Henri.
Il reçut à cette cour le meilleur accueil, et le roi de France le traita comme un prince du sang royal et comme l’héritier de la couronne d’Angleterre. Sir George Nevil, sir John .'J'aylor, et environ cent autres gen-
tilshommes anglais s’unirent alors h sa cause. Les choses en étaient là lorsque Charles eut connaissance des bonnes dispositions de Henri à son égard. Alors le prétendu duc d’York eut ordre de chercher un asile ailleurs, et se rendit aussitôt à la cour de la duchesse de Bourgogne dont il implora la protection.
Cette princesse était elle-même l’auteiîr de toute cette machination. Pour mieux tromper ses courtisans, elle feignit d'abord une grande incrédulité, et commença même par traiter d'imposteur le jeune aventurier, disant qu'elle avait été trompée une fois , mais qu’elle ne le serait pas une seconde. Comme pour confondre l’étranger, elle lui Gt concernant le roi Édouard , son épouse et sa famille, différentes questions. Mais la duchesse avait concerté d'avance les réponses avec celui qu’elle interrogeait. Simulant aussitôt le plus ^rand étonnement, et comme entraînée par la force de l’évidence, elle se leva et embrassa son cher neveu , « l’image vivante , dit-elle , de son bien-aimé frère le roi Édouard IV. »
Puis elle lui donna le surnom de la Rose blanche d’Angleterre par allusion à son origine purement yorkiste, et lui forma une garde de trente hallebardiers.
Henri ne restait point inactif; ses émissaires s’agitaient de toutes parts sur le continent. Aprèsde nombreuses recherches, il apprit que la Rose blanche n’était autre qu’un nommé Peterkin ou Perkin Warbeck, et que ce Warbeck était Gis d’un juif converti de la ville de Tournay , qui avait passé sa jeunesse à rôder d’un pays dans un autre; que ce jeune homme, d’abord accueilli par Marguerite avec tant de soupçon , était depuis longtemps protège et soutenu par la duchesse qui , frappée de la ressemblance de ce jeune homme avec le véritable duc d’York, et de la conformité de leur âge, l’avait instruit de tout ce qui concernait le caractère d’Édouard IV , de la reine, des princes ses Gis, des princesses leurs sœurs, et de tous les incidents arrivésà la cour d’Angleterre du-
PÉRIODE DES TÜDORS. t3
rant l'enfance du duc d’York; que, lorsque Perkin avait été en état de répondre à toutes les questions, elle l'avait envoyé en Portugal où il était resté une année, et qu'il n'était allé en Irlande que d’après ses ordres.
A l’intérieur régnait une vive fermentation; et, lorsque les marchands de la Flandre qui misaient un commerce actif avec l’Angleterre répandirent dans le royaume la nouvelle de l’accueil favorable que la duchesse de Bourgogne faisait au faux duc d’York, ceux qui haïssaient personnellement Henri firent cause commune avec les partisans de la maison d'York. Sir Robert Clifford fut envoyé comme agent secret par ces mécontents à la cour de la duchesse Marguerite, pour s’assurer de l’identite du prince. Clifford revint et afGrma qu’il avait vu « la Rose blanche; » qu’il avait causé avec le prince et sa tante, et qu'il n’y avait point dans son esprit le moindre doute à l’égard de sa naissance et de scs droits.
Henri envoya aussitôt des ambassadeurs à l’archiduc Philippe, fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne et petit-lils de Charles le Téméraire, pour lui demander de lui livrer Warbeck, ou du moins de le chasser de ses États; mais l’archiduc lui répondit qu'il n’était pas en son pouvoir d’intervenir dans les affaires de la duchesse, et que tout ce qu’il pouvait faire pour conserver ses bonnes grâces, c’était de n’accorder aucun secours à Perkin ; Henri défendit alors toute relation avec la France.
Henri s’efforça aussitôt de prouver que le duc d’York avait été sacrifié avec son frère Édouard V, et qu’ils étaient morts ensemble. Il n’existait plus que deux auteurs de cette scène tragique. L’un était Tyrrel, lieutenant de la 'Tour; l’autre était Jean Dighton, l’un des meurtriers; on les appela tous deux , et ils firent la déclaration suivante qu’on rendit publique : « Jean Dighton et Miles Forest ont étouffé les deux princes dans leur lit , et ont aussitôt appelé Tyrrel, leur maître, pour voir les deux cadavres exposés
nus. » Tyrrel et son complice déclarèrent que les deux princes avaient d’abord été enterrés sous l'escalier, mais que leurs corps avaient été transportés par le prêtre de la Tour dans un autre lieu qu’il leur était impossible de découvrir, parce que le prêtre n’existait plus.
Henri chercha ensuite à corrompre par des promesses et de l’argent sir Robert Clifford qui avait servi d’agent secret aux mécontents; il y réussit, et il obtint de lui les noms des principaux personnages qui favorisaient la cau.se de Perkin. Henri les lit arrêter en secret. Parmi les prisonniers figuraient John Ratcliffe, lord Fitzwater, sir Simon Mountford, sir Thomas Thwaites, William Daubeney, Robert Ratcliffe, et un grand nombre de prêtres et de moines de l’ordre de Saint-Dominique. Les conspirateurs comptaient dans leurs rangs un plus grand nombre de personnages élevés ; mais, malgré les précautions de Henri, toutes les arrestations ne purent se faire sans quelque bruit, et beaucoup des conjurés se réfugièrent dans les sanctuaires. Tous ceux qui furent pris furent condamnés à mort , et sir Robert Ratcliffe et William Daubeney furent immédiatement exécutés. Les autres, ainsi que tous les prêtres, reçurent leur pardon; mais il n’y e'ut qu’un petit nombre d’entre eux, nous dit un chroniqueur, qui vécurent longtemps. Lora Fitzwater eut aussi la vie sauve , et fut envoyé à Calais ; mais peu de temps après on lui trancha la tête, parce qu’il avait corrompu ses gardiens dans l’espoir de s'échapper.
Les soupçons du roi tombèrent alors sur sir Wilfiam Stanley, frère de lord Stanley qui avait placé la couronne sur sa tête à Bosworth. Après les fêtes de Noël, le roi et sa cour étaient allés demeurer dans la Tour de Londres. Un jour que Henri délibérait avec son conseil, Robert Clifford, qui , d’intime confident de Warbeck, était devenu le plus dangereux de ses ennemis , sc présenta devant le roi , et tombant à genoux, il implora son pardon. Interro-
gé sur les ramifications que pouTait avoir la conspiration Clifrord accusa de haute trahison Guillaume Stanleji, grand chambellan du roi, qui assistait alors au conseil. Henri parut d'abord disposé à ne point ajouter fo> ù cette accusation. Cependant, il ordonna à son chambellan de ne point sortir de la Tour. Le lendemain matin Stanley fut traduit devant le conseil; on ignore encore si le grand chambellan du roi avait trempé dans cette conspiration. Quelques auteurs ont prétendu qu’il avait tonné le projet d’élever Warbeck au trône , et qu’il lui avait envoyé de l’argent; mais selon d’autres, Stanley aurait dit simplement que, s'il était sdr que le prétendant fût le fils d’Édouard IV, il ne porterait jamais les armes contre lui. Quoi qu’il en soit, ses juges se déclarèrent suffisamment convain- CDS, et prononcèrent contre lui la sentanee de tnort. On cnjtque Henri ne refuserait pas d’étendre son pardon royal àee condamné; car c’était aux .Stanley qu’il devait la couronne; sir William .^aiiley lui avait même sauvé la vie snr le champ de bataille de Bosworth, lorsqu’il était vivement pressé par Richard , et lord Stanley, son frère, était le mari de sa mère, qui vivait encore. Malheureusement Stanley avait des richesses immenses, et sa mort assurait au roi la possession de 40,000 mares d’argent tant en monnaie qu’en bijoux, meubles, chevaux, Mtes à cornes : il avait des troupeaux de moutons considérables et un beau domaine qui rapportait annuellement 3000 liv. Stanley futdécapité à Tower- Hitl (16 février 1495). (^lelques écrivains ont prétendu qu’en frappant un personnage du rang de Stanley, Henri espérait inspirer une terreur salutaire à tous ceux qui seraient tentés de marcher sur ses traces; mais on s’accorde généralement à penser que Stanley aurait eu plus de chances d’obtenir sa grâce, s’il eût été moins riche.
Warbeck débarqua près de Deal le 3 juillet 1495; mais il y fut mal reçu, car le peuple et les gentilshommes du comté de Kent ne voyant que des pil-
lards dans les envahisseurs, les repoussèrent, et après un combat acharné, ils leur firent cent soixante prisonniers.
Warbeck , acculé à la odte avec le reste de sa petite bande, reaagna ses navires et fit voile pour la Flandre. Tous les prisonniers furent exécutés, et leurs cadavres restèrent suspendus à des poteaux en différents endroits de la côte de Kent, de Susses, d'Essex et de Norfolk. Warbeck quitta de nouveau la Flandre et revint en Irlande ; le mauvais aceueil qu’il y reçut l’empêcha d’y séjourner, et il passa en Éeo.sse. Cette contrée était gouvernée par Jacques IV, prince jeune et bouillant, qui brûlait defiuis longtemps du désir de rompre ouvertement avec Henri, dans lequel il ne pouvait placer aucune confiance. Jacques accueillit Warl)cck avec beaucoup de bienveillance , et lui dit devant sa cour : « Qui que vous soyez, vous n’aurez jamais à vous repentir de vous être mis sous ma protection; » il l'appela publiquement son cousin , célébra son arrivée par des tournois magnifiques, et lui donna en mariage lady Catherine Gordon , fille du comte de Hunlley, qui, par sa mère, était proche parent de la famille royale des Stuarts.
La duchesse douairière de Bourgogne et la cour de France ayant alors envoyé à Warbeckdes.secoursen armes et eii argent, le roi d’Écosse fit avec le prétendant un traité d'alliance, dans lequel il s’engageait à le placer sur le trône. De son côté; Warbeck s’engageait à rendre au roi d' Écosse le château et la ville de Berwick et à lui payer cinquante mille mares.
L’armce entra en Angleterre dans le courant d’octobre 1496. Warbeck adressa un manifeste à ses fidèles sujets d’Angleterre , dans lequel il exposait la validité de ses droits , et l’insuffisance de ceux de Henri Turlor, il parlait aussi de son évasion de la Tour et de ses longs voyages à l'étranger. Warbeck accusait Henri d’avoir foulé aux pieds les droits et les libertés de ses sujets; d’avoir fait périr injustement sir William Stanley, et plusieurs autres personnages de la plus ancienne
PÉRIODE DES TUDORS
noblesse ; il appelait tous les Anglais aux armes, et promettait enfin une récompense de mille livres sterting à celui qui lui li vrerait l’usurpateu r mort ou vif. Ce manifeste ne fit aucune impression sur l'esprit des habitants du nord; animés d’une vieille haine contre leurs voisins, ils les virent approcher avec défiance et terreur.
D’un autre côté, des querelles intestines s’étant déclarées parmi les troupes écossaises , elles rentrèrent dans leurs pars vers la fin de l’année, et cette fois encore Warbeek fut obligé de renoncer à l’espérance qu’il avait conçue.
Cependant au moment même de cette défaite, de graves dissensions se manifestaient au sein de l’.Angleterre.
La levée des subsides que Henri avait obtenus du parlement pour subvenir au.x frais de la guerre contre f Écosse avait fait naître de longs murmures et augmenté le nombre des mécontents. Parmi ceux-ci se distinguaient les habitants du comté de Cornouailles. Un serrurier du nom de Michel Joseph , et un homme de loi , nommé Thomas Flammock, qui passait aux yeux de ses concitoyens pour un oracle, étaient à la tête des révoltés. Ces chefs, hommes de résolution, entretenaient le feu de la révolte en assurant que la taxe était illégale, et qu’on pouvait se dispenser de la payer, parce que les barons du nord étaient tenus par les conditions de leurs fiefs de défendre les frontières. A leur voix, les habitants du comté de Cornouailles prirent les armes , et entrèrent dans le Devonshire au nombre de seize mille.
Du Devonshire ils passèrent dans le Somersetshirc, où lord Andley , esprit turbulent et ambitieux , vint grossir leurs rangs avec ses partisans.
L’année des révoltés traversa comme en triomphe le Wiltshire, le Hampshire, le Surrey; elle poursuivit sa route à travers le comté de Kent, et campa vers te milieu de juin à Blackbeatn, dont les hauteurs dominent la ville de Londres.
Une armée, composée de tous les soldats des comtés voisins que Henri
avait levés à la hâte, attendait les révoltés en eet endroit. Henri était superstitieux; il croyait que le dimanche était pour lui un jour de bonheur; en conséquence il ordonna qu'on attendit ce jour pour livrer la bataille. La victoire lui resta et elle fut complète.
Lord Daubeney et le comte d’Oxford , qui commandaient son armée, chargèrent l’ennemi , le premier en tête , le second en queue, tandis que Henri couvrait la ville. Les révoltés laissèrent sur le champ de bataille deux mille de leurs meilleurs soldats, et quinze cents hommes furent faits prisonniers. Parmi ces derniers étaient lord Andley, Flammock et Michel Joseph. Le premier eut la tête tranchée à Tower Hill, les deux autres furent pendus et ecartelés à Tyburn.
Le serrurier mourut en héros. Les autres prisonniers restèrent à la disposition de ceux qui les avaient désarmés, et obtinrent plus tard leur liberté moyennant deux ou trois shillings par tête. • Chose étrange, dit Bacon, que l’inégalité d’humeur, l’espèce de caprice que montra le roi dans cette circonstance. Dans la révolte de Kent, à laquelle une poignée d’hommes avait pris part , il y avait eu cent cinquante exécutions capitales; tandis que dans la révolte menaçante qui venait de se terminer d’une' manière si heureuse, il n’y en eut que trois. On reconnaît pourtant que le roi avait plus d'une bonne raison pour agir cette fois avec prudence. Un nombre d’hommes considérable avait péri dans la bataille, et c’eût été commettre une grande faute que de se montrer sévère dans une cause populaire; les révoltés avaient en outre traversé une partie de l’Angleterre sans commettre le moindre domnvtge; enfin Henri établissait une grande différence entre ceux qui se révoltaient de ^ieté de cœur, sans motif réel ou suffisant , et ceux que le besoin poussait à la révolte. »
Ce succès fut suivi d’une trêve avec l’Écosse , car Jacques désirait tnaintenant la paix. Henri, qui la désirait également, fit offrir à Jacques, par l’iiv-
termédiaire de don Pedro Ayala , ambassadeur d’Espagne, la main de Marguerite, sa Allé atnée. Des plénipotentiaires se réunirent à Ayton , et le i'2 septembre 1497, ils signèrent dans l’église de cette ville une trêve desg>t ans. Trois mois après, la trêve fut prolongée; on en fixa le terme à toute la vie des deux rois et à une année après la mort de cdui qui survivrait a l’autre.
Cependant Jacques, avant de rien conclure, permità Perliin départir. Un navire commandé par Robert Barton fut mis à sa disposition, et une escorte d’honneur l’accompagnajusqu’au vaisseau. Warbeck s’embarqua avec un petit nombre d’amis qui lui étaient restés fidèles ; sa femme , à laquelle il ne pouvait offrir qu’une vie aventureuse et pleine de dangers , ne voulut point séparer sa destiné de la sienne; et, à la fin de juillet, le duc et la duchesse d’York, car c’est ainsi qu’on les appelait encore, firent un dernier adieu à l’Écosse. Warbeck fit voile pour l’Irlande , et après avoir inutilement essayé de soulever cette contrée il se dirigea vers le comté de Cornouailles.
Là régnaient encore de profonds ressentiments ; car il n’y avait pas une famille dans le comté à laquelle la bataille de Blackheath n’eût enlevé un frère, un parent, un ami. D’un autre cûté, le roi continuait à y lever la taxe avec la même rigueur. Les prisonniers de Blackheath que le roi avait si facilement mis en liberté disaient en outre à leurs compatriotes que le roi n’avait point osé Its faire périr ni les retenir en prison , parce qu’il savait bien que la nation tout entière était disposée à la révolte.
Warbeck comprit tout le j>arti qu’il pouvait tirer de l’état des esprits. Il alMrda à Whitsand-Bay avec quatre petites barques, et à peu près cent vingt hommes de combat. 1^ la côte il alla à Badwin, lieu de naissance de Joseph le serrurier, dont le triste sort à Tybum appelait la vengeance ; puis ayant réuni autour de lui une troupe'nombreuse et aguerrie, il prit
le titre de Richard IV, roi d’Angleterre et de France et lord d'Irlande.
Il envoya aussitôt sa femme au mont Saint-Michel, entra dans le Devonshire et vint assiéger Exeter. Son armée se composait de dix mille hommes; mais la ville d’Exeter était riche et forte , et ses habitants, dans la crainte du pillage , étaient résolus à se défendre.
Les assiégeantsfirent d’inutiles efforts.
Alors quâques hommes intrépides engagèrent 'Warbeck à continuer sa marche vers Test , en lui disant qu’ils étaient prêts à verser pour lui la dernière goutte de leur sang.
Une armée nombreuse, commandée par lord Daubeney , Robert lord Brooke , le duc de Buckingham et Henri lui-même , s’avançait déjà à la rencontre du prétendant; elle atteinit, le 20 septembre, l’armée de Wareck à Taunton dans le comté de Somerset. W arbeck fit d’abord bonne contenance; mais, au fond, le prétendant manquait d’énergie et de résolution dans les grands dangers. Quand il vit la supériorité num^ique des forces de Henri , il fut effraye , et profitant de la nuit, il monta à cheval et s’enfuit à toute bride vers Newforest, où était le sanctuaire de Beaulieu. Le lendemain matin, son armée se rendit à Henri, qui se montra indulgent.
Cinq cents cavaliers furent aussitôt envoyés à la poursuite de Warbeck ; mais il avait atteint le sanctuaire, de Beaulieu quand ils arrivèrent. Henri dépêcha paiement une troupe de cavaliers au mont Saint-Michel, dans le comté de Cornouailles, où étaitla femme du prétendant ; car lady Catherine pouvait être enceinte, ce qui aurait compliqué la situation. La belle Catlierine fut amenée prisonnière devant Henri, qui , touché de sa douleur et de sa beauté , la traita avec douceur et l’envoya à la reine Élisabeth. On avait déjà cerné le prétendant dans son refuge. Des conseillers de Henri proposèrent de l’arracher de vive force du sanctuaire; mais ce parti déplut au roi, qui aima mieux essayer la ruse.
Quelques-uns de ses agents allèrent alors trouver Warbeck, et lui ayant
PÉRIODE DES TUDORS. J
montré l’impossibilité où il était de recevoir aucun secours, ils l’engagèrent à se rendre et à demander pardon.
Perkin suivit ce conseil et sortit librement du sanctuaire; mais Henri ne voulut point l’admettre en sa présence. On rapporte cependant que, poussé par une secrète curiosité , il se plaça derrière un rideau, pour examiner tout à son aise celui qui lui avait causé de si cruelles insomnies.
Le roi revint aussitôt a Londres, conduisant avec lui son prisonnier. Quand le cortège entra dans la capitale , une foule immense se porta sur son passage pour voir Warbeck. Quelques personnes le sifflèrent et proférèrent des paroles de mépris contre lui; mais la masse du ^uple conserva un respectueux silence; elle semblait douloureusement affectée de l’air de dignité et de noblesse avec lequel Warbeck supportait ces insultes.
On le conduisit à la Tour, puis on le ramena au palais de Westminster, où, bien qu’on affectât de le traiter avec le plus grand respect, il fut gardé à vue.
Six ou sept mois s’étaient passés ainsi, lorsque Warbeck, poussé par les conseils de quelqueennemi secret, ou cédant peut-être au désir de se soustraire ù la surveillance dont il était l’objet, parvint à s’évader. Poursuivi de près , il fut obligé de chercher un refuge dans le couvent de Shene, auprès de Richmond. On l’en arracha, malgré les sollicitations du prieur, et il fut aussitôt conduit à Westminster.
On le fit alors monter sur un écliafaud dressé à la porte de la grande salle de AVestminster, et on l’obligea à lire à haute voix une déclaration , par laquelle il reconnaissait qu’il en avait imposé à tout le monde en se faisant passer pour le duc d'York.
La déclaration était ainsi conçue :
« On saura que je suis né dans la ville de Tournai, en Flandre; que mon père s'appelait Jean Olbeck, et qu’il était contrôleur de ladite ville de Tournai. Ma mère s’appelait Catherine de Faro; mon grand-père paternel s’appelait Dirck Olbeck. A sa mort,
AHCtETF.RRe. —T. II.
ma grand’ mèreépousa Pierre Flamme, receveur de ladite ville de Tournai, et doyen des mariniers de la rivière Lescnelde. Mon grand-père maternel était Pierre de Faro, gardien des clefs de Saint-Jean de ladite ville de Tournai. J’avais aussi mon oncle qui portait le nom de maître Jean Statin. Il demeurait dans la paroisse de Saint- Pyas de ladite ville; il épousa la sœur de mon père qui s’appelait Jeanne, avec laquelle j’ai réside quelue temps ; ensuite ma mère me conuisit à Anvers, pour apprendre le flamand dans la maison d'un de mes cousins^u’on nommait Jean Stiébeck.
J’y passai un an et demi, après quoi je revins à Tournai. Dans le cours de l’année suivante, on m’envoya avec un marchand de la ville de Tournai, nommé Berlo, à la foire d’Anvers; j’y fus saisi d’une maladie qui dura cinq mois; Berlo voulut que j’apprisse à border chez un pelletier ui demeurait attenant à la maison e la nation anglaise; celui-ci me conduisit à la foire de Barrow, où je logeai à l’enseigne du Vieillard; j’y restai pendant deux mois ; Berlo me mit ensuite au service d’un marchand de Middiebourg , pour que j’ap-
Ïirisse la langue. Ce marchand s’appeait Jean Strewe. Je demeurai à son servicedepuis Noël jusqu’à Pâques. Je m’embarquai alors pour le Portugal avec l'épouse du chevalier Édouard , dans un navire appelé le Vaisseau de la Reine; et, lorsque j’y arrivai, on me mit au service d'un chevalier qui demeurait à Lushborne, et qu’on nommait Pierre Wars de Cugna. Je restai une année entière avec le chevalier, qui était borgne; et, comme je désirais voir d’autres pays , je le quittai et j’entrai au service d’un Breton, appelé Présent Meno , qui me mena en Irlande. Quand nous fûmes arrivés dans la ville de Cork, les habitants me.
voyant vêtu des habits de soie de mon maître, vinrent à moi et voulurent me faire dire que )’étais le fils du duc de Clarenee , qui était venu précédemment à Dublin. Comme Je m’en défendais, le maire de la ville, appelé
Jean le Melin , me présenta un évan* gile et une croix, et me fit jurer devant plusieurs témoins de dire la vérité. Je jurai que je n’étais point ledit duc ni son parent. Ensuite un Anglais, nommé Etienne Poitron , et un autre homme, nommé John O’water, prétendirent qu’ils me connaissaient pour le bâtard du roi Richard. Je fis serment du contraire. Alors m’ayant rassuré, ils m’engagèrent à dire hardiment que j’étais le fils du roi Richard, et me dirent qu’ils m’aideraient et me soutiendraient de toutes leurs forces contre le roi d’Angleterre, et que les comtes de üesmoiu et de Kildare en feraient autant; enfin, mal-
f;ré moi, ils me firent apprendre la angue anglaise et m’instruisirent de ce que je devais dire et faire. Alors ils me nommèrent duc d’York, second (ils du roi Édouard IV, parce que le bâtard du roi Richard était entre les mains du roi d’Angleterre.
Sur ce, lesdits John O’water, Étienne Poitron , John Tyler, Hubert Burgh et plusieurs autres personnes, soutinrent cette fausse prétention; et peu de temps après , le roi de France envoya un ambassadeur en Irlande pour m’inviter à passer eu France. J’allai en France, de là en Flandre, de Flandre en Irlande, d’Irlande en Écosse , et enfin en Angleterre. »
Cette confession si minutieusement détaillée était assurément l’œuvre de Henri ; car elle était fort différente de la première version qui avait été faite sur les informations que le roi avait reçues de ses émissaires. Aussi ne servit-elle qu’à augmenter les doutes et les soupçons. On enferma Perkin dans la Tour, 'où se trouvait le malheureux comte de Warwick.
Sur ces entrefaites on vit naître et presque aussitôt échouerune tentative nouvelle pour renverser Henri du trône. Depuis quelque temps de sourdes rumeurs circulaient dans le public.
Oi disait que Warwick était mort, d’autres affirmaient qu’il s’était échappé. Un nouveau prétendant se présenta en ce moment sur la scène politique. Il se nommait Ralph Wilford ou
Wulford; il était fils d'un simple cordonnier. Ralph avait avec lui un moine de l’ordre des Augustins, nommé Patrick, et s’annonçait partout comme le comte de Warwick. Les deux associés se montrèrent d’abord dans le comté de Sussex , et de là ils se rendirent dans celui de Kent, où ils trouvèrent quelques encouragements. Mais Henri déploya dans cette circonstance une si grande activité, que Ralph et son compagnon furent arrêtés presque immédiatement. Ralph fut exécuté, et Patrick fut condamné à la prison perpétuelle.
On apprit dans le même temps que Warbeck et le véritable comte de W arwik s’étaient concertés pour s’échapper de la Tour et exciter une insurrection nouvelle. Le principal instigateur du complot, disait-on, était Perkin, qui, doué d'une puissance de fascination extraordinaire, était parvenu à gagner la confiance et l’amitié de Warwick , et les bonnes grâces de ses gardiens. Strangways, Blewet, Astwood etLongRoger, séduits parlui, devaient assassinersir John Digby, gouverneur de la Tour, et s’emparer des clefs de cette forteresse. Warbeck devait être proclamé roi sous le titre de Richard IV, et Warwick devait appeler à son aide les amis du duc de Clarence, son père. Tel était le récit des officiers que le roi avait chargés de suivre cette affaire. On sépara aussitôt les deux prisonniers, et on commença à instruire leur procès. Warbeck fut condamné, et tut pendu le 23 novembre à Tyburn avec John O’water, maire de Cork , l’unde ses principaux adhérents. Monté sur l’échaiaud , Warbeck lut une autre fois sa confession, et affirma que tout ce qu’elle contenait était vraie.
En mourant il demanda pardon au roi.
Ce futensuite le tour du comte de W'arwick; on l’accusait d’avoir conspiré contre la personne du roi et son gouvernement, et ce malheureux prince, après avoir confessé un crime qu’il n’avait pu commettre, fut condamné à mort; il fut décapité le 28 novembre
C’est ainsi que tombèrent à la fois
PÉRIODE DES TÜDORS.
le dernier rejeton mAle de la race des Plantagenets et le personnage extraordinaire dont la naissance a donné lieu à tant de conjectures et d’opinions différentes. On prétend que l’affaire de Ralph avait été inventée par Henri pour préparer le public à cet événement, et la facilité avec laquelle le roi s’empara de la personne de ce prétendant tendrait à confirmer cette assertion. Bacon dit au sujet de la mort de Warbeck ; « Ce fut la plus longue comédie de ce genre qu’on eût jamais jouée, et peut-être aurait-elle eu une autre fin , si le roi n’avait eu autantde sagesse et de bonheur. » Kiais coinment justifier l’exécution du comte de Warwick? A sa mort, ce malheureux prince n’avait encore que 29 ans , et depuis son enfance il était resté
rrisonnier d’État et avait été mis dans impossibilité de nuire. Henri, qui comprit aux murmures et aux plaintes delà nation combien sa conduite avait été impolitique, voulut en rejeter tout l’odieux sur un autre tyran renommé pour sa perfidie; et ses agents répandirent le bruit qu’il n’avait cédé dans cette occasion qu’aux instances pressantes de Ferdinand, roi d’Espagne, qui ne voulait lui donner la m/iin de sa fille pour son fils Arthur qu’après la mort du comte de Warwick. « Ces deux rois., nous dit Bacon, s’entendaient à demi-mot l’un et l’autre; on
Ïiroduisit des lettres dans lesquelles e roi d'Espagne écrivait en propres termes, au sujet du mariage de sa fille Catherine avec le prince Arthur, qu’il ne voyait pas la succession assurée tant que comte de Warwick serait vivant, et qu’il hésitait, parce motif, à envoyer sa fille dans un pays déchiré par des troubles intérieurs. »
Henri, délivré de deux rivaux redoutables et devenu plus tranquille, s’occupa alors de ses affaires extérieures. Une maladie pestilentielle, qui fut regardée comme un juste châtiment du crime qu’il venait de commettre, ayant éclaté à Londres à cette époque, Henri «e réfugia à Calais, où il invita l’archiduc Philippe à se rendre; mais celui-ci, par mesure de pru-
dence, se contenta d'aller dans l’église de Saint-Pierre entre Calais et Saint-Omer. Henri s’y trouvait déjà, et les deux souverains, après s'étre donné des marques réciproques d’une grande affection, renouvelèrent l’engagement d’observer toutes les conditions d’un traité de commerce qu’ils avaient récemment conclu. Charles VIII et son successeur Louis XII, avec qui Henri avait vécu en bonne intelligence depuis la paix d’Étaples, avaient continué d’acquitter avec beaucoup d'éxactitude la pension de vingt-cinq mille livres stipulée par cette paix. Satisfait de ce côté, Henri songea à régler ses différends avec l’Écosse. L’épidémie avait cessé , et la cour revint à Londres. Depuis longtemps Henri avait formé le projet d’établir une paix solide et durable avec l’Ëcosse , en mariant la princesse Marguerite, sa fille aînée, au roi d’Écosse; mais l’exécution de ce projet avait été retardée par suite de la répugnance qu’il inspirait à Jacques. Henri dépêcha eu ambassade Fox , évêque de Durham , l’un de ses plus intimes conseillers. Fox trouva le jeune roi à l’abbaye de Melrose et le décida à accepter le marine proposé.
En conséquence, un traitée paix qui , un siècle plus tard, devait amener l’union de l’Écosse et de l’Angleterre, fut conclu; Henri dans cette circonstance ne sortit point de son caractère de ladrerie ; car il ne voulut donner à sa fille que la somme de 30,000 nobles; encore stipula-t-il que cette somme serait payée par trois fois en payements annuels. Jacques, plus généreux , accorda à sa fiancée un revenu de 2000 liv.
L’occasion était favorable pour extorquer de l’argent à la nation. On sait que ceux qui tenaient des terres in capite devaient, conformément au système féodal , un secours pécuniaire au roi, lorsqu’il armait son fils aîné chevalier, ou lorsqu’il mariait sa fille. Comme cet usage était tombé en désuétude, Henri convoqua son parlement, et lui demanda d^es fonds pour célébrer dignement ce mariage. Quarante mille livres sterling lui furent
HISTOIRE D’ANOLETERRE.
ainsi accordées. Henri, corame s’il eût été md par un sentiment de générosité, fit remise à la nation d’un quart de la somme. « 30,000 liv., dit-il , lui suffisaient. » Toutefois Henri était au fond peu satisfait; car il nomma aussitôt des commissaires, et les chargea de lever, à titre de don gratuit, une somme nouvelle sur toute la nation.
Un autre mariage, qui devait marquer dans l’histoire d’Angleterre, avait précédé de queluues mois celui qui venait de se conclure. Ferdinand avait enfin consenti à envoyer en Angleterre l’infante Catherine; et le 2 octoble 1501 , Arthur avait épousé la princesse espagnole. Catherine apportait en dot à son époux 200,000 écus.
Après quelques mois de mariage le jeune prince mourut. Arthur n’avait alors que quinze ans et demi.
Aussitôt Ferdinand d’Espagne proposa à Henri de marier la jeune veuve a Henri, son second fils, qui par la mort d’Arthur était maintenant l’héritipr présomptif de la couronne. Ce mariage déplut d’abord à Henri; mais, quand Ferdinand redemanda sa fille et la dot qu’elle avait apportée en mariage , il revint sur sa decision et donna son* consentement à l’union proposée, à la condition que le pape accorderait les dispenses nécessaires, et que 100,000 écus, portion de la dot de Catherine qui n’avait point encore été payée , seraient versés immédiatement dans ses coffres. Les dis-
fienses furent obtenues, et aussitôt es fiançailles du prince Henri avec la veuve de son frère furent célébrées.
Dans cette ardeur de marier ses fils et ses filles, Henri, q^ôi peu de temps après la mort de son fils Arthur avait perdu sa femme, songea à se marier iui-méme; Henri était un amant difficile. Après s’étre consulté quelque temps, il fixa son choix sur la reine douairière de Naples , à qui , disait-on , le roi Ferdinand, son défunt mari, avait assuré un douaire très-considérable. Des démarches furent faites; et, pour éviter toute surprise, Henri envoya à Naples trois gentilshommes
anglais qu’il chargea d’examiner avec soin la physionomie, la taille, la santé, rbuineur, les penchants et la conduite de la reine, et de bien s’assurer de la valeur du douaire. Les agents du roi firent un rapport trèsfavorable sur la personne et le caractère de la princesse; mais ils ajoutèrent quele roi de Naples régnant avait repris son douaire, et lui payait en échange une pension viagère assez médiocre. 11 n’en fallut pas davantage pour éteindre l’amour de Henri ; il ne fut plus question de ce mariage.
Tout réussissait maintenant au gré des désirs de Henri. La tranquillité régnait au dehors; et, depuis la mort du malheureux comte de Warwick, il n’avait eu aucun trouble sérieux à réprimer au dedans. I.e parlement lui obéissait servilement et votait sans discussion tous les bills qu’on lui présentait. Cependant une humeur inquiète et jalouse tourmentait encore Henri. Edmond de la Pôle, fils d’une sœur d’Édouard IV et de Richard III, et du duc de Suffolk, et frère du comte de Lincoln qui avait embrassé la cause de Simnel et avait été tué à la bataille de Stoke, était la la cause de cette inquiétude. A la mort du duc de Suffolk, ce seigneur réclama de Henri l’héritage des titres et des biens de son père; mais Henri le lui refusa. Henri, qui avait une logique entièrement personnelle, appuyait son refus sur ce qu’Edmond de la Pôle n’avait pas hérité directement de son père , mais bien de son frère Lincoln qui , étant mort avant le duc de Suflolk , n’était point entré en jouissance. Or, comme Lincoln avait perdu ses droits à l’héritage paternel, parce qu’il avait été convaincu de haute trahison, et qu’il se trouvait par conséquent hors d’état de les transmettre, Henri en concluait qu’Edmon^. de la Pôle n'avait aucun droit à la succession.
Quelque étrange que fût cette argumentation , elle fut accueillie par le parlement, et Edmond dut se contenter d’une faible portion de son patrimoine qui lui fut accordée comme une grôce, et du titre inférieur de ebrate
PÉRIODE DES TUDORS. 21
de Suffolk. Edmond avait un caractère buuillaut et irritable; il ressentit vivement cette injustice. Ayant tué un homme par imprudence, et se voyant menacé d’être traité par Henri comme un meurtrier ordinaire, il se réfugia à la cour de la duchesse de Bourgogne, qui restait toujours ouverte aux ennemis de Henri.
I,e temps d’agir était venu pour Henri, et il eut recours à ses armes ordinaires. Par ses ordres le chevalier Robert Curson-, gouverneur du château de Ham , quitta son poste , et se présenta au comte de Suffolk , comme s’il avait eu à se plaindre du roi ; Curson gagna ainsi la confiance du comte, et put découvrir ses desseins.
Pour augmenter encore la confiance du comte, Henri obtint du pape une bulle d’excommunication qui vouait à la vengeance céleste Curson ainsi que celui qu’il allait trahir. Ce plan réussit à merveille. Curson apprit bientôt à son maître tout ce gu’il désirait savoir, et grâce à ses instructions, Henri fit arrêter William de la Pôle, autre frère de Suffolk; lord Courtenay, qui avait épousé lady Catlierine, soeur de la défunte reine; sir James Tyrrel; sir William Wiiidhani, et quelques autres personnages d’un rang distingué. William de la Pôle et lord Coiirtenav, beau-frère du roi, furent envoyés à la Tour, où ils restèrent prisonniers; sir James Tyrrel , sir John Windham et plusieurs autres personnages furent exécutés, et leurs biens furent confisqués au profit du roi. Tyrrel confessa en mourant qu’il n’avait employé que Mijes Forest et John Dighton'pour assassiner les enfants d'Édouard , et que les deux princes avaient été étouffés dans leur lit et enterrés au bas de l’escalier. Le comte de Suffolk, averti à temps, resta à la cour de sa tante; mais la duchesse de Bourgogne étant morte, il fut exposé aux plus cruelles souffrances , et mena longtemps une vieerrante,tantôteii Allemagne, tantôt en France. Enfin le duc d’Autriche prit en pitié ses souffrances, et lui permit de demeurer secrètement en Flan-
dre. Quant au traître Curson , il revint en Angleterre, où le roi le combla de ses faveurs.
La fortune, qui n’avait cessé d’être favorable à Henri dans toutes ses entreprises, lui réservait une nouvelle faveur. Isabelle, héritière de Castille, venaitdemourir,etlaprincesse Jeanne, l’aînée de ses filles, oui était mariée à Philippe, archiduc d*Autriche, avait hérité de ce royaume , qu’administrait alors son père, Ferdinand d’Aragon, nommé régent par le testament de sa femme. L’archiduc, voulant gouverner la Castille avec son beau-père, quitta la Flandre, et s’embarqua pour FEspagne avec sa femme et sa cour (1505). Une tempête furieuse qui s’éleva dans le détroit obligea la flotte à relâcher dans le port de 'Weymouth.
Dès que le prince et la princesse eurent mis pied à terre, ils reçurent la visite de sir Thomas Trenchard et de sir John Carew, qui leur firent entendre qu’il ne leur serait pas permis de s^embarqnersans la permission du roi.
Philippe n’avait pas de confiance dans la loyauté du roi; il savait que ce prince était en correspondance avec Ferdinand, son beau-pere,qui, à cette époque, cherchait à garder le royaume de Castille. Mais, faisant de nécessité vertu, il parut se regarder comme uii visiteur et non comme un prisonnier.
Henri lui envoya alors le comte d’Arundelpour le féliciter de son heureuse arrivée, et lui dire que lui-même Henri se disposait à aller l’embrasser en toute hâte. Philippe, persuadé que plus tôt il sortirait du royaume, plus tôt il aurait à s’en réjouir, n’attendit pas l’arrivée du roi; il partit immédiatement pour Windsor. Le, 17 janvier, vers trois heures, les deux princes se rencontrèrent à Elworth - Green , à deux milles de Windsor. Après de mutuelles démonstrations d’amitié, Philippe dit qu’il était maintenant bien puni de ii’être pas allé à Calais lors de sa dernière entrevue avec le roi d’Angleterre.
A quoi Henri répondit gracieusement, « que les murailles et les mers n’étaient « rien, lorsque la franchise régnait ' « dans les coeurs. » On se rendit à
Windsor, oùPhilippe trouva des appartements splendides préparés pour lui.
Philippe ne s'était pas trompé; il reconnut bientôt que cette réception allait lui coûter fort cher. Henri lui proposa un nouveau traité de commerce qui était tout entier en sa faveur, et le tirant à l’écart il lui demanda de lui livrer le malheureux comte de Suffolk. Philippe voulut s’y refuser en représentant au roi combien une telle action serait flétrissante pour leur caractère respectif; mais le roi le tranquillisa à cet égard, et lui dit qu’il preudrait la honte tout entière pour lui-méme.
Philippe obtint j>ourtant que la vie de Suffolk serait ^argnée. Gela ne sufflsait point encore a Henri. Philippe avait jioursœur, Marguerite de Savoie, qui était veuve et fort riche. Marguerite parut un parti sortable aux yeux de Henri, et il força Philippe à consentir à ce mariage et à lixer à sa sœur une dot de 300,000 écus. Henri songea ensuite à la princesse Marie d’Angleterre, la plus jeune de ses filles ; il demanda pour elle le jeune Charles, fils de Philippe, qui n’avait alors que six ans, et qui, plus tard, devait être l’empereur Charles-Quint. En retour de ces avantages, Henri donna de grandes fêtes au roi de Castille et le créa chevalier de la Jarretière. Do son côté Philippe créa le roi et le prince Henri chevaliers de la Toison d’or.
Philippe put partir alors et s’embarquer pour l’Espagne.
Heuri s’occupa aussitôt de son mariage avec Marguerite de Savoie, mais bientôt il reçut la nouvelle de la mort du roi de CastUle. Cet événement citangea les dispositions du roi ; laissant de côté son projet de mariage avec Marguerite, il songea à épouser la reine Jeanne, veuve de Philip{>e Cette princesse était tombée dans un état d’imbécillité presque complet par suite de la douleur que lui avait causée la mort de son mari; mais cette difficulté n’effraya point Henri; il pressa Ferdinand d’Aragon, de conclure ce mariage, et celui-ci lui ayant représenté rétat où était sa fille, il répondit
ue Iq maladie de Jeanne avait sa cauM ans les mauvais traitements qu’elle avait reçus de son premier mari, et lui donna à entendre que, s’il ne consentait pas à sa demande, son (ils, le prince Henri, n’épouserait point Catherine, son autre fille. Ferdinand parvint pourtant à rompre ce mariage, en offrant à Henri d’ajouter 100,000 dollars à la dot de Catherine et en lui promettant que la somme serait payée par quart de six mois en six mois. Cette offre futacceptée, et Henri
firomit que le mariage de son fils avec a princesse espagnole serait célébré aussitôt que la somme entière serait versée dans ses coffres.
Henri ne vécut point assez pour recevoir la somme entière , et le mariage de son fils , qui devait être accompagné d’événements mémorables, ne lut point célébré de son vivant.
Depuis quelques années, Henri était fort incommodé de la goutte, et chaque jour ses forces déclinaient. Quand il se vit près de sa fin, il fut sois! d’un moment de frayeur au souvenir du passé, et chercha à expier ses fautes envers les hommes par des actes religieux. Dans ce dessein , il chargea ses exécuteurs te.stamentaires de faire dire dans les trente jours qui suivraient sa mort deux mille messes, dont il fixa le prix à six sous pour chaque messe, et il leur recommanda de distribuer deux mille livres sterling aux prisonniers et aux indigents, à condition que ceuxci prieraient avec ferveur pour le repos de son âme. « A cet égard, dit-il, nous désirons ardemment que nos exécuteurs examinent entre eux jusqu’à quel point il est profitable aux morts qu’on fasse des prières pour leurs âmes. » Il avait fait récemment des marchés avec le clergé des cathédrales, des couvents et des églises collégiales de tout le royaume , pour la célébration d’un certain nombre de messes; il ajouta au prix convenu une nouvelle somme, pour que le clerçé mît plus de solennité dans la célébration des messes et plus de ferveur dans ses prières. Il fit aussi quelques restitutions importantes, paya les dettes de
tousieg prisonniers détenus à Londres et à Westminster pour une somme de quarante shellings et pour une moindre somme, et accorda une amnistie aux prisonniers d’Etat.
Henri mourut le 21 avril lS09,dans son palais de Richmond , et fut enterré a Westminster-Abbaye, dans la chapelle qu'il avait bâtie et qui porte son nom. Il avait alors cinquante-trois ans et en avait régné vingt-trois et demi. Les grandes mfflcultés qu’il eut à vaincre pour consolider son trône et les dispositions naturelles de son caractère firent de son règne une longue série de tromperies, de stratagèmes et d’intrigues. Henri était mince, vigoureux, d’une taille un peu au-dessus de la moyenne ; son maintien était habituellement grave, réservé; il n’avait point de courage personnel, et, quoiqu’il menaçât souventde la guerre, il évita toujours de la faire , parce qu’il sentait combien elle serait dangereuse à un prince nouvellement monté sur le trône. Le succès constant qui accompagna ses entreprises lui donna une grande réputation de sagesse aux yeux de l’Europe; elle lui valut le surnom de Salomon de son siècle. Il n’avait pas cependant une pénétration trèsviveni très-étendue; maissonjugement était sain, et il suppléait par la réflexion aux qualités qui lui manquaient. La dureté de son coeur, sa haine implacable et l’amour insatiable de l’or furent ses vices principaux. Il n’aimait que lui-même, et n’eut jamais un ami. Sa mère recevait extérieurement des marques de son respect; mais il ne lui laissa jamais la moindre influence dans ses affaires politiques. Comme père , jamais Henri n’éprouva la moindre tendresse pour ses enfants; et comme maître, il fut souvent inexorable.
On peut juger de l’avarice de Henri Vil par les deux faits suivants qui nous sont rapportés par Bacon. « Je me souviens, dit-il, (t’avoir vu un registre des comptes d’Empson, dont toutes le pages étaient paraphées de la ■nain du roi. J’y ai lu cet article : Item, Trecud’un tel cinq marcs pour obtenir
ÎS
une lettre de grâce ; s’il ne l’obtient pas, l’argent lui sera rendu, à moins qu’on ne le satisfasse de quelque autre manière.
A u-dessous le roi avait écrit cette apostille « a été satisfait autrement. >• Le même auteur nous dit que le roi alla visiter un jour Jean de Vere, comte d’Oxford, à son château de Henninghaw. Le comte d’Oxford était l'un des partisans les plus dévoués de la maison de Lancastre, et l’un de ceux qui avaient leplus souffert pour cette cause. Deux fois on avait confisqué ses domaines , et lui-même avait subi une longue détention dans le château de Ham. Après une heureuse évasion, il était allé joindre le comte de Richmond , et avait contribué au succès de la bataille de Bosworth par sa valeur et ses talents personnels. Ce seigneur voulut traiter son souverain avec splendeur, et au moment du départ, il rangea sur le passage de Henri ses amis, ses serviteurs et ses vassaux.
Le nombre de ceux-ci et la richesse de leurs vêtements frappèrent le roi ; il s’arrêta et s’approchant du comte, il lui dit ; « Mylord, j’avais entendu vanter beaucoup votre générosité; mais je vois qu’elle est fort au-dessus de ce qu’on m’en a dit; tous ces jolis hommes et ces villageois sont sans doute des domestiques de votre maison ?» Le comte répondit qu’ils appartenaient effectivement à sa maison , et il ajouta en souriant qu’ils étaient tous venus pour jouir du plaisir de voir leur souverain. « Mylord , je vous suis obligé de votre bonne réception, répliqua le roi ; mais , par ma foi , je ne souffrirai pas qu’on viole nos lois en ma présence; il faut que mon procureur s’en explique avec vous. » Un procès fut aussitôt intenté au comte, et il dut payer quinze mille marcs pour arranger l’affaire. »
S J Caractèn de Henri VIII.— Popalarilé des premières mesures qu’il adopte ; il se pré-
Sarc a faire la merre a la France; entrevue U drap d’or.— Portrait du cardinal Wolsey. — Alliance de rAngleterre avec Charles- Quint contre la France. — Arrivée de Char- Ifs-Quinl en Angleterre. — Bataille de Pavie. — Inquiétudes de Henri après cette bataille ; il Tait la pais avec la France pour s’opposer A Cbarles^juint. — François 1*' recouvre sa liberté.
Autant Henri VII était avare, autant son fils était prodigue; autant l’un aimait à entasser l’or, autant l’autre semblait disposé à en faire un usage extravagant, a le répandre avec profusion. Jamais le vieux proverbe populaire « A père avare entant prodigue v ne reçut une confirmation plus complète. Henri avait dix-liuit ans quand mourut son père, et il aimait le plaisir et le faste avec toute la fougue naturelle à cet âge. Cet amour du plaisir, au lieu de lui nuire dans l’esprit du peuple, fit naître d’heureuses espérances. « On l’aimait davantage, nous disent les historiens de l’époque, en le voyant si différent de son père. » Henri se distinguait par les grâces de sa personne, la franchise de ses manières , et joignait à ces avantages les plus heureuses dispositions. La Jalousie de son père l’avait tenu éloigné de l’administration des affaires publiques; mais dans la retraite il avait cultivé les lettres et les arts, et on lui prêtait des talents littéraires et artistiques du premier ordre. Il fut proclamé roi à la satisfaction générale, le 23 avril 1509, et fut couronné le 24 juin de la même année avec l’infante Catherine dont le mariage, si longtemps différé par Henri VII, venait enfin de s’accomplir.
Les premières mesures qu’adopta Henri turent populaires. D'après les avis de sa vertueuse grand’mère, la comtesse de Richmond, qui vivait encore, il composa son conseil de \Varham, archevêque de Cantorbéry, de Fox , évêque de Winchester, du comte de Surrey , du comte de Shrewsbury , de lord Herbert, et de sir Thomas Lovel, hommes éminents par leurs talents et leur longue expérience dans les affaires. Il lit ensuite publier deux pro-
clamations, dont l’une confirmait l’amnistie générale accordée par son père à son lit de mort, et l’autre invitait ceux qui avaient été lésés sous le règne précédent à présenter leurs réclamations àdes commissaires chargés d’examiner leurs griefs et de leur rendre justice. Dudley et Empson, instruments des exactions du feu roi , furent conduits à la Tour, et un grand nombre de leurs agents furent arrêtés. Dudley et Empson étaient détestés par le peuple; on les mit en jugement , et ils turent condamnés à mort. Empson prononça un . discours dont la logique ne manqua pas de produire une certaine sensation sur l’esprit de ses juges. > Le crime, dit-il, dont on nous accuse, et pour lequel on veut nous juger, est d'une espèce fort extraordinaire. On intente à a’autres des procès pour avoir violé les lois; mais à nous, c'est pour les avoir exécutées, lorsque notre emploi nous en faisait un devoir, lorsque nous recevions tous les jours des ordres du souverain, à qui l’exécution des lois est confiée par la constitution. Si l’on se propose de nous sacrifier aux clameurs de ceux que noire devoir nous a forcés à punir, j’invite à garder le plus grand secret sur la cause de notre condamnation ; car, si elle était connue chez les étrangers, ils en concluraient qu’il n’existe plus ni lois , ni gouvernement en Angleterre. » Les juges comprirentqu’ils ne pouvaient condamner Empson et Dudley sans entacher la mémoire du feu roi. Mais comme on voulait donner satisfaction au peuple, on les accusa d’avoir engagé, durant la maladie du feu roi, leurs amis à se tenir prêts à venir en armes à Londres, dès que le roi aurait rendu le dernier soupir. La sentence ne fut pas mise à exécution immédiatement ; mais le bruit s’étant répandu que la reine Catherine avait Demande leur grâce , de nombreuses pétitions furent adressées au roi pour qu’elle reçût son exécution. Henri céda à d’aussi vives instances, et les deux cxmdamnés furent publiquement décapités àXower- Hill, le 17 août 1510.
Tranquille au dedans, aimé de ses
PÉRIODE DES TUDORS. 2o
sujets , riche et puissant , Henri aurait pu éviter de prefldrepartaux querelles des souverains du continent, et cette conduite prudente aurait été d'un grand prolit peur le royaume; mais Henri ambitionnait la gloire des armes, et voyant c|ue Louis XII, roi de France, paraissait peu disposé à continuer d'acquitter la pension payée par son père , il saisit ce prétexte pour se joindre à la coalition qui existait alors contre la France.
(A. D. 1512.) Un héraut d’armes fut envoyé à Louis, pour lui enjoindre de ne point faire la guerre au pape « père de tous les chrétiens, » et Louis n’ayant tenu aucun compte de cet ordre, Henri lui dépécha aussitôt un second messager pour le sommer de lui restituer Tes provinces d’Anjou, du Maine, de la Normandie et de la Guienne, qui étaient, disait-il, son légitime héritage. Des subsides furent votés et une armée fut mise sur pied.
Henri voulait entrer en France par Calais; maisFerdinand,son beau-père, lui fit entendre qu’il serait plus avantageux d’attaquer la France par ses
Îirovinces méridionales, et de porter e théâtre de la guerre dans la province de Guienne où, disait Ferdinand, les Anglais trouveraient de vives sympa-*^ thies. Dix mille hommes partirent sous le commandement du marquis dé* Dorset,et allèrent débarquer à FuentS- Rabia , auprès de l’embouchtj^^de la Bidassoa. Mais lorsque Dorset voulut traverser cette rivière pour entrer en France, il reconnut qu’il ne pouvait espérer quelques succès qu’autant qu^il agirait de concert avec les troupes espagnoles. A cette demande, Ferdinand répondit par la promesse d’un concours actif, quand il aurait réglé ses différends avec la Navarre. Cette contrée formait à cette époque un royaume séparé de l’Espagne, et elle était gouvernée par Catherine et Jean d’Albret. D’Albret consentait à rester neutre dans la lutte qui existait entre la France et l’Espagne; mais Ferdinand demandait, outre le libre passage pour ses troupes , la reddition de plusieurs forteresses importantes, et la remise
comme otage de la personne du prince de Viana. Sur le redis du roi ae Navarre, le duc d’Alva entra en Navarre à la tête d’une armée, et s’empara de lusieurs villes. D’Albret, réduit à la ernière extrémité, fut bientôt obligé de se réfugier avec sa femme et ses enfants dans sa petite principauté du Béarn. Pampelune se rendit à Alva, et la Navarre fut ainsi réunie à la monarchie espagnole. Dorset rappela alors les promesses qu’on lui avait fbites. Mais Ferdinand, qui ne songeait qu’à ses intérêts dans cette circonstance, lui répondit que le duc d’Alva était prêt à marcher dans la direction au Béarn, mais non dans celle de Bayonne et de Bordeaux. Le commandant des troupes anglaises ne voulut point se réunir aux troupes espagnoles, et Ferdinand envoya un ambassadeur à Henri pour régler cetto affaire. Henri s’emporta contre son général, et lui donna l’ordre de se conformer aux instructions de la cour espagnole; mais, dans l’intervalle, les troupes anglaises se mutinèrent et forcèrent leurs officiers à mettre à la voile. Ainsi l’expédition revint en Angleterre sans avoir rien fait.
- -1 Henri forma aussitôt le projet de conduire lui-même une armée en France. Il assembla son parlement pour lui demander des subsides; on lui accorda deux dixièmes et deux quinzièmes, indépendamment d’une somme de cent soixante mille livres sterling qui fut prélevée sur la nation , au moyen d’une capitation générale.
Avec cet argent Henri arma une flotte et leva des troupes.
La situation de la France était fort difficile ; àcette époque elle avait perdu les duchés de Milan, de Parme et de Plaisance, et se trouvait menacée par une ligue puissante formée contre elle ar l’em^reur Maximilien, le roi 'Espagne , le roi d’Angleterre et Jean de Médicis qui venait de succéder au pape Jules H sous le nom de Léon X.
Au milieu de ces dangers, la France n’était point abattue, et redoublait d’énergie et d’activité. Mettant à profit les griefs de la cour d’Écosse contre
HISTOIRE D’ANGIÆTERRE.
la cour d’Angleterre, elle rattachait l’Écosse à sa cause , et formait avec elle une étroite alliance, qui obligeait Henri à mettre ses villes du nord en état de défense et à lever des troupes. Henri donna le commandement de cette armée au comte de Surrey pour qu’il surveillât les mouvements de Jacques pendant qu’il serait engagé lui-même sur le continent.
La guerre se poursuivait déjà sur mer avec une grande activité. Un combat sanglant eut lieu dans les eaux de Brest entre la flotte française et la flotte anglaise. C’était le 10 août. Le Régent, vaisseau de mille tonneaux, et le plus fort de la marine anglaise, ayantabordé celui de l’amiral français, le feu prit aux deux bords, et les deux vaisseaux sautèrent presqu’au même instant. Cet événement coûta la vie à dix-sept cents hommes. Après ce combat , le roi de France appela sur ses vaisseaux un grand nombre de marins des bords de la Méditerranée et principalement de Gênes.
« C’était chose magniOque à voir, dit l’historien Hall, que cette flotte équipée à si grands frais, et pourvue de tout ce qui lui était nécessaire. »
Henri donna le commandement de sa flotte à lord Howard, et lui ordonna de naviguer dans les eaux du détroit, de détruire tous les croiseurs, et d'attaquer ensuite la flotte française qui était à Brest. Howard (avril 1513) se présenta bientôt à l’entrée de la rade de Brest. II écrivit alors à Henri, pour l’inviter à venir en personne à bord de son vaisseau, afin de jouir du spectacle d’une grande et certaine victoire. Henri, qui n’avait aucun goût pour les engagements maritimes, répondit à son amiral en termes un peu durs, en lui disant de borner ses fonctions à celles d’amiral de la flotte. Howard entra aussitôt dans la rade de Brest, dans l’espoir d’enlever à l’abordage la flotte entière, ou du moins de détruire une partie de ses meilleurs vaisseaux. Il s’ap-
Ïirocha du navire amiral ennemi et ’ayant abordé, il sauta sur le pont l’épée à la main. Mais à peine avait-
il mis le pied sur le pont du navire français que par une manœuvre savante l’amiral français sépara les deux vaisseaux. Howard n’avait avec lui que quelque.s-uns des siens. Entouré d’ennemis, et se voyant perdu, l’amiral anglais ôta de son cou sa chaîne d’or et son sifflet d’or, et les jeta dans la mer, ne voulant pas que de tels trophées restassent dans les mains des vainqueurs; il mourut en combattant.
La flotte anglaise revint aussitôt en Angleterreou ellefut suivie parlaflotte française qui exerça de grands ravages sur la côte du Sussex. Henri nomma lord Thomas Howard amiral à la place de son frère, et le nouvel amiral ayant pris le commandement de la flotte, les vaisseaux français rentrèrent à Brest.
Malgré cet insuccès, on célébrait d’avance d’une extrémité à l’autre de l’Angleterre les victoires que « la rose rouge, la rose royale » allait remporter en France, et le royaume retentissait de ces chants d’espérance :
The rosse wille into Fi-awnse spring
Alniygtliy God liim Tliyder Bniig,
And save Uiis flowr wbicli isoiir king,
Xliys rosse, this rosse, tliis ryalle rosse.
L’honneur de Henri était engagé , et il fit ses dispositions de départ. Par mesure de prudence, il fit trancher la tête au malheureux Edmond de la Pôle, comte de Suffolk, que l’archiduc Philippe avait livré au feu roi, et qui était resté en prison depuis sa mort. La reine fut nommée gouvernante du royaume pendant son absence, et Warham, archevêque de Cantorbéry , et sir Thomas Lovel , durent l’assister de leurs conseils.
Henri fit son entrée à Calais au bruit d’une artillerie formidable. Il apprit dans cette ville que lord Herbert était entré en campagne, et qu’il avait commencé le siège de la ville de Thérouenne. Au lieu de sc presser de le rejoindre, le roi se livrait à ses goûts ordinaires , passant joyeusement son
' La rose va s’élancer en France; tKeu tout- puissant, conduisez-la dans cette contrée, et sauvez cette fleur qui est notre roi, eetts rose, cette rose, cette rose royale.
? ed û iogle
PÉRIODE DES TUDORS
temps au milieu des fêtes et des plaisirs. Cependant à la nouvelle qu'une armée française commandée par le duc de Longueville et Bayard s’approchait pour délivrer Tliéroueime, Henri quitta Calais, et arriva bientôt avec ses forces sous les murs de la ville assiégée. Son premier soin fut de faire construire en face de la ville une tente magnifique pour y établir sa résidence; mais il en fut presque aussitôt chassé par le mauvais temps.
La garnison deXhérouenne étaitbrave et nombreuse; et son artillerie faisait de grand ravages dans les rangs des assiégeants. On savait aussi que le comte d’Angoulême qui, plus tard, devait occuper le trône de France, sous le nom de François F', venait à son secours, à la tête d’une armée nombreuse; d’un autre côté, des détachements de cavalerie légère parcouraient la province et enlevaient tous les jours les convois et les fourrageurs de l’armée anglaise. L’arrivée de l’empereur Maximilien n’était point de nature à contre-balancer les dangers de la situation , car bien qu’ayant reçu une avance de cent vingt mille couronnes du trésor anglais pour lever des troupes , il n’amenait avec lui qu’une faible escorte. Henri n’en déploya pas moins pour la réception de cet allié une pompe et un luxe extraordinaires. La vanité de Henri était déjà connue dans toutes les cours de l’Europe. Dans la première entrevue qui eut lieu entre ce prince et Maximilien , celui-ci , pour justifier le petit nombre de troupes qu’il avait avec lui, déclara qu’il n’était venu que pour servir, er qualité de simple volontaire, et Henri fut satisfait. Sur ces entrefaites , un héraut d’armes apporta au camp une déclaration de guerre au nom du roid’Écosse, et l’on apprit que Jacques avait déjà donné l’orare à sa flotte de sc réunir à celle de son allié, le roi de France, afin d’agir de concert.
Un corps de l’armée française, fort de douze mille hommes, s’étant approché pour ravitailler Thérouenne, Henri et Maximilien traversèrent la rivière et se rangèrent en ligne de bataille
ar
pour forcer les Français au combat.
Maximilien, qui avait remporté une victoire sur les Français dans le même endroit trente-quatre ans aujiaravant, fut chargé de diriger les mouvements del'arméeanglaise. Maximilien, prince habile et rusé, ne voulait perdre aucune occasion de flatter la vanité de Henri ; il mit sur son armure la croix rouge d’Angleterre et la rose-rouge de Lancastre sur son casque. La cavalerie française s’élança sur les Anglais avec une grande impétuosité; mais, après le premier choc, elle battit en retraite pour s’appuyer sur le principal corps d’armée et y jeta le désordre. Alors les Anglais chargèrent leurs ennemis aux cris répétés de « Saint George, Saint George. » Une terreur panique s’empara de l’armée française. Les officiers essayèrent en vain de rallier leurs soldats; le duc de Longueville, Bayard, Bussy d’Amboise , Clermont d’Anjou , la Pâlisse, la Fayette et un grand nombre de personnages distingués tombèrent dans les mains des Anglais.
On rapporte que Henri , glorieux de ce succès, railla ses prisonniers sur la vitesse de leurs chevaux , et que ceux-ci lui répondirent en riant que cette bataille n’était autre chose que la bataille des éperons. Ce nom resta à cette journée.
Cette victoire aurait pu devenir fatale à la France, si Henri eût su profiter de ses succès; car, menacée du côté du nord par unearmée victorieuse, la France l’était encore du côté de la Bourgogne. Les Suisses, auxquels Henri avait envoyé de l’argent, étaient entrés dans la coalition; ils venaient de traverser le Jura, avaient pénétré dans l’intérieur de la Bourgogne et étaientarrivés jusqu’à Dijon, qu’ils tenaient assiégée. Henri aurait dû se concerter avec eux et chercher à se réunir à leurs forces; mais il préféra continuer le siège de Thérouenne. A la fin d’août , la garnison française ca-
fiitula, et sortit de la place avec tous es honneurs de la guerre. D’après l’avis de Maximilien, qui était l’âme des conseils de Henri , la ville fut démantelée et incendiée; ou en combla
les fossés; on mit le feu aux maisons; et, à l’exception de la cathédrale, tout fut détruit. Après Thérouenne , Henri assiégea Tournay. Cette ville, par sa situation sur le territoire de la Flandre, était d'un fort mauvais voisinage pour Maximilien. Mais Henri et les Anglais n’avaient aucun intérêt à sa possession; excepté pourtant Wolsey , favori du roi , à qui Maximilien avait promis le riche évêché de Tournay, si la villeétait prise. Tournay capitula , après une courte résistance, et consentit à donner cinquante mille écus comptant; à payer, en outre, durant dix années une rente de quatre mille livres, et à recevoir dans ses murs une garnison anglaise.
Ces divers succès, quelque flatteurs qu’ils fussent pour la vanité de Henri , n’étaient point de nature à dédommager l’Angleterre des sommes considérables qu’elle avait dépensées pour l’expédition. Il fallait songer à demander du renfort et de nouveaux subsides; car les Suisses, voyant qu'ils ne pouvaient placer aucune confiance dans le roi d’Angleterre, venaient de négocier un traité avantageux avec le roi de France et étaient rentrés dans leurs foyers; ce qui avait permis à Louis XII de concentrer ses forces dans le nord de la France, et en faisait un ennemi plus redoutable que jamais. L’Angleterre n’avait retiré aucun avantage réel de cette expédition ; seulement la vanité de son roi était satisfaite; il tint à Tournay une coursplendide où il reçut Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, etson neveu Charles d’Espagne, et dépensa des sommes immenses en bals et en tournois. Laissant ensuite une garnison dans Tournay , il se rendit à Lille et, après y avoir passé quelques Jours au milieu de nouveaux plaisirs, il partit le 24 octobre pour Calais avec le reste de son armée , et s’embarqua le même jour pour l’Angleterre.
Le jour que Tournay se rendit, Henri avait pourtant reçu une importante nouvelle oui dédommageait, en uelque sorte, l’Angleterre des sacrices inutiles qu’elle avait faits sur le
continent. Jacques s’était mis à la tête de son armée, et avait été tué à la mémorable bataille de Flodden. L’issue malheureuse de cette campagne a fait juger sévèrement la politique de ce pnnee. Il y avait pourtant de la sagesse et de la grandeur à faire diversion en faveur de la France, qui en ce moment était menacée de toute part et qui semblait toucher à sa ruine. La France était d’ailleurs la seule alliée sur laquelle les Écossais pussent compter; et, la France une fois conquise, l’ambition de Henri se tournait naturellement sur l’ Écosse.
Jacques, sans attendre le retour de son héraut d’armes, avait commencé les hostilités. Ses dispositions belliqueuses furent accueillies avec transport par les Écossais, et on les vit accourir de toutes les parties de la contrée, pour se ranger sous la bannière de leur roi. Mais cet enthousiasme n’était point partagé par la noblesse. La reine surtout se montrait contraire à ce projet. On rapporte qu’après avoir épuisé inutilement les prières et les larmes elle eut recours à la ruse.
Un Jour, tandis que le roi entendait les vêpres à Linlightgow dans l’église de Saint-Michel, un homme d'une haute stature, et d’une figure vénérable, portant une longue barbe et une ceinture blanche sur une robe couleur d’azur, perça la foule, et s’approchant du roi, lui dit: «Je suis envoyé du ciel, d roi , pour vous détourner d'une entreprise qui vous sera funeste , et vous ordonner de vous abstenir de vos familiarités avec les femmes , ou vous en serez puni sévèrement. » Ce stratagème qu’on attribua à la reine n’arrêta point Jacques; il marcha vers la frontière à la tête des troupes qu’il avait rassemb traversa la Tweed , et s’empara en peu de jours des châteaux de Wark, de Norham, de Herton et d’Étals, qui furent démolis. Il prit ensuite le château de Ford où, séduit par les charmes de la châtelaine , il resta , dit-on , trop longtemps.
Les Anglais s'attendaient depuis longtemps à cette invasion. Le comte de Surrey, à qui Henri avait donné le
Dy VjOOglc
PÉRIODE DES TUDORS. 29
oommandement de ses troupes à son départ du royaume, était allé de York à Newcastle; il s’avança jusqu’à Aliiwick, et expédia au roi d'Écosse un héraut d’armes pour lui reprocher d’avoir violé son serment en n'observant point le traité de paix perpétuelle qu’il avait juré, et lui offrir en même temps la bataille, qu’il fixa au vendredi 9 septembre. Ce héraut portait un autre message au roi; il était du fils de Surrey; lord Thomas Howard, amiral d’Angleterre, dans une lettre écrite avec hauteur, disait au monarque écossais qu’il viendrait en personne se justifier de la mort du pirate Écossais Barton , grief que Jacques avait fait valoir comme un des principaux motifs de la rupture du traité. Jacijues accepta la bataille avec joie, et répondit à Surrey : « Notre frère était tenu envers nous, comme nous étions tenus envers lui ; et, lorsque nous fîmes serment devant ses ambassadeurs et notre conseil , nous déclarâmes spécialement que nous observerions notre parole qu’autant que notre frère l’observerait luiinéme, et non autrement. Nous jurons ici que notre frère a été le premier à la rompre. » Il ne fit point de réponse à la lettre brutale de lord Howard. Jacques, choisissant aussitôt une position avantageuse, campa sur une éminence près de Flodden.
Cette collineestescarpéeetles rebords en sont défendus par les eaux profondes de la Till, ruisseau tributaire de la Tweed. Le comte de Surrey, qui connaissait le caractère chevaleresque de Jacques, lui écrivit une lettre au sujet de cette position. Cette lettre était signée des principaux chefs de l’armée anglaise; Surrey reprochait à Jacques d’avoir change de position après avoir accepté la bataille , et l’invitait à descendre dans la plaine de Milfields, qui séparait les deux armées,
Îiour y décider loyalement et légalement a querelle. Jacques ne voulut pas recevoir le héraut chargé de la lettre, il fit répondre verbalement au comte :
O Qu’il ne convenait pas à un comte de donner des ordres a un roi , et qu’il
comptait plus sur lajusticedesa cause et sur la valeur de ses sujets que sur les avantages de sa position. » L’armée anglaise longeant aussitôt les rives de la Till, passa cette rivière, en se dirigant sur Berwick ; elle campa à Barmoor sur la rive droite de la rivière. Cette fausse marche trompa les Écossais qui, supposant à leurs ennemis le dessein de piller le fertile pays de Merse, abandonnèrent leur position, et se portèrent vers les hauteurs de Branxton. Les Écossais virent alors l’infanterie anglaise passer la Till sur le pont de Twisel. En cet instant Robert Borthwick , qui commandait l’artillerie des Ecossais, se jeta aux genoux du roi et lui demanda la permission de tirer sur le pont, qu’il pouvait rompre facilement. Mais Jacques repoussa cette proposition et répondit avec dureté a cet officier « qu'il le ferait pendre et couper en quatre, s’il s’avisait de faire tirer un seul coup sur le pont. » « Je veux, dit-il, laisser arriver librement l’ennemi, et le combattre loyalement. » Ses nobles l’ayant alors pressé de se placer sur une éminence à l’arrière-garde de l’armée, d’où il pourrait tout voir et donner plus facilement ses ordres :
« Non , répliqua-t-il , je veux vivre et mourir avec mes braves sujets. Si nous avons la victoire, comme je l’espère, j’aurai ma part de l’honneur. »
Les remontrances du comte de Huntley et du comte d’Angus furent reçues de la même manière. Il dit à ce dernier qu’il pouvait se retirer s’il avait peur. Le comte vivement ému quitta l’armée en prononçant ces paroles : « Mon grand âge a épuisé mes forces, et je suis aujourd’hui peu propre au combat ; mais je laisse à mon roi mes deux fils et tous les vassaux des Douglas.
Puissent les tristes prévisions d’un vieillard ne point se réaliser! »
La bataille sanglante de Flodden appartient plus particulièrement à notre histoire d’Écosse qu’à celle d’Angleterre, et il est inutile d’en faire ici la description détaillée. Il nous suffira de dire que le malheureux Jacques tomba frappé d’un coup mortel, à quel-