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mSTOIRE D’ANGLETERRE,
ques pas de Surrey lui-méma, Cet événement ne termina point le combat, et il dura avec une égale opiniâtreté jusqu’à la nuit qui le termina. Aucun des deux partis ne pouvait encore se flatter d’avoir obtenu la victoire. Mais les Écossais, qui avaient vu tomber presque tous leurs chefs, s’éloignèrent du champ de bataille pendant la nuit, et les Anglais se trouvant ainsi maîtres du champ de bataille se proclamèrent naturellement les vainqueurs.
Chaque armée avait perdu environ de huit à neuf mille hommes; mais par le rang, la qualité des morts les Ecossais avaient cruellement souffert.
Du côté des Anglais le fer de l’ennemi n’avait moissonné que des hommes obscurs; du côté des Écossais, au contraire, les morts appartenaient aux familles les plus illustres de l’Écosse. Le roi, Alexandre Stuart, archevêque de Saint-André, son fils naturel, les comtes de Crawford, de Montrose, de Lennox, d’Argyle, d’Errol, d’Athoi, de iMorton, de Cassilis, de Bothwell , de Rothes, de Caithness et de Glencairn, Lamotte, commissaire français, et la plupart de ses compatriotes; quinze lords et chefs de clans et environ quatre cents chevaliers gisaient étendus sans vie sur le champ de bataille. Walter Scott nous dit au sujet de celte bataille: « A peine, y a-t-il une seule famille écossaise d’un rang distingué qui n’ait perdu un de ses ancêtres 5 la bataille de Flodden; et, aujourd’hui même, dans toutes les provinces de l’Écosse, le récit de cette bataille produit une impression profonde de tristesse et de terreur. » Le corps du roi fût reconnu par lord Dacre, qui était allé quelque temps auparavant à la cour d^Écosse en qualité d’ambassadeur; il fut embaumé à Berwiek , et transporté au monastère de Shene, où il resta quelque temps sans être inhumé , parce que le pape avait excommunié Jacques pour le punir de son alliance avec Louis XII. Henri pria le pape de révoquer cette sentence d’excommunication; « son beau-frère, dit-il, ayant donné dans ses derniers
moments des signes d’une sincère contrition. » Le pape y consentit , et il autorisa l’évêque de Londres à révoquer la sentence, si, après informaflon , la contrition était sufflsamment prouvée. Le prince mort fut alors jugé et absous , et on l’enterra dans le monastère de Shene.
Heni, après cette bataille, se hâta de faire la paix avec l' Écosse, et enleva ainsi un allié puissant au roi de France. Mais Louis sut conjurer l’orage par une habile politique. Quelques concessions faites à propos ramenèrent Léon X à des dispositions amicales. Le roi deFraiiceoffrit ensuite à Ferdinand la main de Renée , sa seconde fille, pour le prince Charles d’Espagne , qui était à la fois petit-fils du roi d’Aragon et de l’empereur Maximilien. Cette offre fut acceptée; de la sorte le projet formé antérieurement par Henri Vil et l’archiduc Philippe, au château de Windsor, pour unir le prince d’Espagne à la princesse Marie d’Angleterre, se trouva rompu.
Le pape, dans l’espoir de justifier sa conduite, envoya à Henri une lettre flatteuse dans laquelle il vantait son zèle et sa piété, et lui disait que son courage et la terreur de son nom ayant forcé l’ennemi à se soumettre , il avait acquis maintenant une gloire immortelle.
Cette conduite des confédérés avait singulièrement refroidi l’humeur belliqueuse de Henri. Aussi consentit-il sans beaucoup de difficultés à la proposition que fui fit le duc de Longueville, alors prisonnier à Londres, d’un mariage entre son souverain, devenu récemment veuf, et sa sœur la princesse Marie. Il fut arrêté que la paix régnerait entre la France et l’Angleterre durant la vie. des deux rois, et une année après leur mort, et que le roi de France paierait tous les ans à Henri six cent mille livres. Louis, qui avait de la répugnance à ce paiement, parce qu’il ressemblait à un tribut annuel , s’engagea à payer en échange de cette somme un million d’écus. Les picnipotientaires français offrirent en outre une somme considérable pour
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la remise de la ville de Tourna^-. Mais Heori, cédant aux sollicitations de Wolsey qui craignait de perdre ainsi les revenus de ce riche évéché , n’accepta point cette offre. Ces divers articles furent ratiGés, et le jour même de la ratiûcaliun , la princesse Marie renonça solennellement à son mariage avec le prince d’Espagne; puis le 13 août 1514, le duc de Longueville, chargé de la procuration de Louis XII, épousa cette princesse, qui prit aussitôt le nom de reine de France.
Ce mariage n’était pas du goût de la princesse Marie; car, longtemps avant d’avoir donné sa main à Louis, elle avait donné son cœur au jeune vicomte de Lille , qu’un acte du parlement venait de créer duc de Suffolk. Lettres sur lettres, messages sur messages arrivaientdu continent à la jeune Gancée, et toujours Marie trouvait quelque prétexte pour retarder son départ.
Elle s'embarqua eniin à Douvres, et partit suivie du duc de Norfolk , de son amant le duc de Suffolk, et d’Anne de Boleyn, sa dame d’honneur, qui devait,quelques années plus tard. Jouer un rôle si remarquable dans l’histoire du règne deHenri.LajeunereineOtson entrée publique à Aboville, où elle fut reçue par son mari avec les démonstrations de la joie la plus vive; le jour suivant, le mariage fut de nouveau célébré avec une grande pompe.
Si l’on en croitlesécrivainsde l’epoque, ces cérémonies et la tendresse de Louis ne changèrent point les sentiments de la jeune épouse. Quelques jours après la célébration de son mariage, Marie écrivit à son père, et à "Wolsey, ou’une promotion venait d’élever à rarchevéché d’York et qui venait d’être fait cardinal par le pape, pour se plaindre de ce que le lendemain de son mariage on avait renvoyé la plupart des gens attachés à son service. Ses regrets furent de courte durée ; car Louis mourut environ trois naois après la célébration de son mariage. Sa mort, vivement regrettée par ses sujets qui lui avaient donné le surnom honorable de Père du peuple, ne le fut point par Marie. Quelques
jours après cet événement , cette princesse eàvoya une lettre à son frère pour lui demander à revenir en Angleterre.
He y consentit; mais, avant de quitter la France, Marie épousa secrètement le duc de Suffolk. Ces sortes d’alliances avaient eu de nombreux précédents dans les annales du pays ; mais la puissance royale devenait chaque jour plus absolue, plus despotique; depuis le règne de Henri VI, il avait été arrêté que de semblables mariages ,,ne pourraient s’accomplir qu’avec l’assentiment du roi. Henri fut vivement irrité et il relégua le duc et la duchesse dans leur manoir de Suffolk. Cependant l’affection qu’il portait à sa sœur et au duc lui-même, avec lequel il avait été élevé, triompha de sa rancune ; et, cédant aux conseils de Wolsey, il rappela les deux époux à sa cour.
Arrêtons un instant nos regards sur ce personnage que nous voyons déjà diriger à son gré les volontés de son souverain. Son histoire, pendant vingt ans, se fond d’une manière intime avec celle d’Angleterre; car, pendant ces vingt ans , il fut plus roi d’Angleterre que Henri lui-meme, et jamais aucun ministre n'eut autant de pouvoir ni d’influence.
Il était fils d’un boucher d’Ipswich.
Son père, qui le destinait à l’église, voulut lui donner une bonne éducation. Admis à l’université d’Oxford , il y obtint de brillants succès , et fut oliargé de l’éducation de plusieurs jeunes gens qui appartenaient aux familles les plus distinguées du royaume.
La sobriété, la tempérance, ivétaient pas les vertus de Wolsey. On lui reproche à cette époque de sa vie des fautes graves. Ennuyé de la vie de collège, le jeune Wolsey laissa Oxford pour Calais, où il devint chapelain du trésorier ; celui-ci le recommanda à Richard Fox, évêque de Winchester, qui était depuis longtemps habitué aux affaires publiques. Fox, reconnaissant dans Wolsey une grande aptitude aux affaires,le présenta à son maître Henri VII, qui lui-même savait mieux que personne discerner les véritables
talents. Henri employa Wolsey dans une de ces affaires douteuses que ce prince avait toujours en main , et qui exigeaient une grande finesse de la part du négociateur; ce fut à la cour impériale , où il croyait avoir trouvé une épouse selon ses désirs dans la mrsonne de Marguerite de Savoie, fille de Maximilien, qu’il envoya Wolsey. Le négociateur se tira habilement de cette première épreuve.
La mort de Henri VII compromit pendant quelques instants les espérances de Wolsey. Mais une querelle ui survint au sujet de la suprématie ans le conseil entre Fox et le duc de INortbIk qui n’était encore que comte de Surrey, le rapprocha de nouveau du trône. Fox s>tait aperçu que le comte, dont le caractère et les goûts guerriers plaisaient au jeune roi , allait l'emporter sur lui; il voulut regagner son influence en introduisant auprès de Henri VIII une personne qui travaillerait pour lui, et son choix tomba sur Wolsey dont il avait déjà pu apprécier les talents. Wolsey fut ainsi placé auprès de Henri. Mais Wolsey, au lieu de prendre le parti de l’évéque contre le comte , s’attacha à les supplanter tous deux.
Jamais homme n’eut un caractère plus souple, plus délié, et ne fut animé d’un plus grand désir de plaire à son maître. Quoique âgé de plus de vingt ans que Henri, Wolséy se faisait à tous ks goûts du roi , a tous ses caprices. La principale et la presque unique ambition du roi était de passer aux yeux du monde pour un monarque guerrier, pour un chevalier accompli.
Wolsey, oubliant le caractère sacré dont il était revêtu , affecta une certaine ardeur guerrière; il avait une grande érudition, et on le vit passer tour à tour des subtilités métaphysiques de saint Thomas d’Aquin aux alanteries les plus tendres envers le eau sexe. Wolsey prenait une part active aux bals et aux fêtes somptueuses quedonnait son roi , se mêlait sans difficulté aux orgies des courtisans et chantait avec eux des chansons obscènes. A ce désir de plaire, se joignait
un riche et épais vernis de franchise , souvent même une sorte de rudesse dans la parole qui donnait quelque chose de naturel à tous ses actes.
Henri, qui , pour nous servir de l’expression énergique d’un historien , avaitautantdegoût à se mêler des affaires publiques qu'un taureau sauvage a du goût à être attelé à la charrue, aima ce caractère, et Wolsey devint bientôt le compagnon de tous ses plaisirs «t le dépositaire de tous ses secrets. La première place que le roi lui donna fut celle d’aumônier; il y joignit le don de toutes les confiscations pour crime de félonie. Wolsey fut ensuite admis au conseil privé, comme membre du conseil, et devint bientôt après premier ministre. Parvenu à ce degre de puissance, W oisey n’était point encore satisfait; il avait été nommé à l’évêché de Tournay et plus tard à l’archevêché d’York. Lorsqu’il fut élevé à ces hautes fonctions ecclésiastiques, il rêva nuit et jour aux moyens de se faire nommer cardinal, et fit écrire à Rome à cet égard par les rois d’Angleterre et de France. Le pape lui donna les fonctions qu’il amuitionnait, malgré l’opposition de quelques cardinaux, et le nomma ensuite son légat à latere en Angleterre.
Le ïavori de Henri déployait un luxe extraordinaire , et rien n’égalait sa magnificence. Lorsque son chapeau de cardinal arriva en A ngleterre , il l’envoya chercher jusqu’à Black- Heath , et le fit conduire à travers les rues de Londres avec autant de pompe que si c’eût été le pape en personne, l^e personnel de sa maison se composait de plus de huit cents personnes, parmi lesquelles se trouvaient des personnages de la plus haute noblesse. Des domestiques vêtus d’une riche livrée le servaient à table, et son cuisinier portait un vêtement de satin avec une chaîne d’or au cou. Quand Wolsey paraissait en public, son chapeau de cardinal était porté devant lui par une personne de distinction ; deux prêtres, remarquables par leur tournure et leur bonne mine , le précédaient, ayant chacun une crosse
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en argent massif, et devant eux étaient deux gentilshommes, chacun avec un bâton d’argent. Le cortège s’ouvrait par un héraut d’armes, qui portait une lourde masse d'argent doré. Enfin le prélat, entouré d’une cavalcade brillante, s’avançait solen> nellemeut monté sur une mule harnachée avec une selle de velours cramoisi et des étriers en argent doré.
Tel était l’homme que Henri VIII avait choisi pour son ministre. Une élévation aussi subite donna bientôt ombrage aux courtisans; et Fox, qui était l’auteur de cette élévation , fit le premier, à cet égard, des représentations au roi. Mais Henri en réponse à la suggestion que lui faisait Fox de ne pas souffrir que le serviteur fdt plus grand que le maître , répondit d'un ton sec et ferme. « Je sais me faire obéir de tous mes sujets. » D’un autre côté, le peuple partageait l'affection de Henri pour son favori; car il était émerveillé de tant de luxe. Wolsey était un bienfaiteur généreux; il répandait de grandes largesses, d’abondantes aumônes, aimait les savants , les encourageait de sa protection , et faisait de riches dotations aux collèges.
Les affaires dé la France préoccupaient vivement alors l’attention de la cour d’Angleterre; car François l'", ui avait hérité du trône, venait e gagner la sanglante bataille de Marignaii sur les Suisses et de reprendre le Milanais. Nul doute que Henri , dont la jalousie était allumée par la brillante valeur du roi de France, n’eût cédé aux sollicitations pressantes de son favori qui portait une haine mortelle à François I'^ et qu’il n’eût déclaré la guerre à la France ; mais Henri avait déjà dévoré les trésorsque lui avait laissés son pèré. On ne pouvait guère compter sur les alliés du dehors. Maximilien ne voulait agir qu’autant qu’on lui donnerait de l’argent. « Il ne pouvait rien faire, disait-il, si on ne fui envoyait d’Angleterre des subsides. » Henri étant resté sourd à sa demande, l’Ein-
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pereur essava la rusc.Dans une conversation lamiliérc avee l’ambassadeur d’Angleterre à sa cour, il feignit d’étre ihtigué des peines et des soins attachés au trône, et lui dit qu’en considération de sa haute estime et de son amitié pour le roi d’Angleterre , il résignerait très-volontiers l’empire en sa faveur « Revêtu de cette haute dignité, Henri, ajoutait-il , ferait facilement valoir ses droits à la couronne de France. » Henri ne fut point dupe de la supercherie, il remercia poliment l’Empereur, l’invitant à tenir ses intentions secrètes Jusqu’à ce que les Français fussent expulsés de l’Italie.
Dans l’espoir de conjurer l’orage , François F’ s’efforçait de. gagner l’affection de Wolsey. Pour y parvenir, il flattait son orgueil, affectait de le consulter sur les choses les plus secrétes, et cherchait à lui persuader que ses conseils étaient pour lui trèsprécieux. Bonnivet, ambassadeur de François à Londres , sut ménager si habilement la vanité du ministre que Henri consentit enfin à restituer Tournav. On convint que la princesse Marie d’Angleterre, fille de Henri et de Catherine, épouserait le dauphin; l’un et l’autre étaient enfants; que Tournay servirait de dot à la princesse; que François l'' payerait six cent mille écus , en dédommagement de ce qu’avait coûté la citadelle nouvellement construite, et qu’il donnerait douze mille livres de pension .nu cardinal qui, par la reddition de Tournay, perdait les revenus de son évêché.Calais aurait été rendude la même manière ; niais on craignit d’irriter la nation. Dès lors Henri , avec une facilité de caractère qui n’appartenait qu’à lui, conçut la plus vive admiration pour François 1", et lui demanda une entrevue personnelle ; cette entrevue fut acceptée parla cour de France.
La mort de Maximilien, qui arriva sur ces entrefaites, dérangea ces projets et vint compliquer la situation.
Deux illustres compétiteurs, tous deux dignes de se partager les suffrages , le premier par sa générosité , sa
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franehise et sa vaieur, le seeond par sa prudence et sa politique, se disputaient la suecession de ce prince.
L’un était François I*’; l'autre était Charles d’Espagne qui, par la mort de Ferdinand d’Aragon, venait d'hériter de la couronne espagnole, sous le nom de Charles-Quint. Henri n’avaitaucune chance favorable pour luimême contre ces deux rivaux; mais cédant à un nouveau caprice, on le vit tout à coup professer un vif ressentiment contre le roi de France auquel H avait récemment prodigué les démonstrations les plus amicales. Henri écrivit à Charles une lettre flatteuse dans laquelle il assurait ce prince de son amitié et lui témoignait le désir qu’il éprouverait à le voir élu Empereur. Cliarles était déjà arrivé en Flandre où il avait levé une armée nombreuse, et venait de se faire proclamer Empereur par la diète de Francfort.
On rapporte que François P” supporta cet échec avec résignation.
•> En affaires d’amour comme dans celles où l’ambition joue un rôle, ditil aux ambassadeurs d’Espagne, l’amant dont les voeux n’ont point été écoutés ne doit point garder rancune à sou rival. »
Cependant François 1'', espérant encore rattacher llenri à sa cause, redoublait de cajoleries envers ce prince; il venait d’être père d’un second (ils, et il pria Henri de tenir ce prince sur les fonts baptismaux. Henri y consentit et lui donna son nom. Les deux rois, pour se donner des marques de leur affection mutuelle, reprirent alors leur projet d’entrevue, et convinrent de ne point se raser avant de s’être vus.
Pendant ce temps-là, Charles-Quint faisait agir sourdement son ambassadeur à Londres, et lui donnait les instructions les plus pressantes pour empêcher, s'il était encore possible , l’entrevue proposée. Sur la réponse de l’ambassadeur que les choses étaient trop avancées, Charles-Quint résolut de taire lui-même une visite à Henri.
On le vit bientôt débarquer à Douvres sans y être attendu , et lorsque
Henri était déiààCantorbéry,enrouté pour la France. L’illustre visiteur envoya au cardinal Wolsey une promesse scellée de son sceau privé, dans laquelle il s’engageait à solliciter du pape, en faveur du lord cardinal, l'administration de l’évêché de Badujoseo Castille qui rapportait annuellement 5,000 ducats , et une pension de deux mille ducats sur l’évêché de Plaisance.
Par ce moyen Charles-Quint parvint às’assurer une réception favorable. Le lord cardinal alla à sa rencontre dans une barque décorée avecmagniflcence, etiereçut àterre sous un pavillon tout brillant de dorures. Charles fut logé danslecbêteau de Douvres, où il reçut le lendemain la visite de Henri. Après s’être salués et embrassés avec beaucoupde cordialité, les deux princes passèrent une partie de la nuit en conférence, et partirent le lendemain pour Cantorbéry, où ils furent reçus par Wolsey qui les conduisit à l’église. La cathédrale regorgeait de richesses à cette époque. « Chaque partie de l’élise, dit Erasme, étincelait de l’éclat es pierres précieuses. La châsse de Thomas fiecket, dans laquelle étaient renfermées les reliques du martyr, brillait comme un soleil. Les joyaux, les pierres précieuses qui la couvraient, étaient en si grand nombre, le travail de l’artiste était si parfait, que l’or de la châsse en était la partie la moins riche. » Les deux souverains ayant déposé leur offrande sur la tombe du martyr, s’agenouillèrent et firent pieusement leurs prières. On se rendit ensuite au palais de l’arcbeyêqtie, où l'Empereur fut reçu par la reine Catlierine, qui était sa tante , et où il vit aussi Marie, sœur de Henri, reine douairière de F rance, et alors duchesse de Suffolk. La beauté de cette princesse à laquelle Charles-Quint avait été fiancé causa, dit-on, une vive émotion au prince; et l’on rapporte qu’il regretta amèrement que des rai sons politiques eussent rompu ce projet de mariage. Mais ces sentiments, s’ils existèrent réellement, s’effacèrent bientôt de l'âme de Charles- Quint. Quoique jeune, Cliarles était
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déjà assez bon politique pour s’apercevoir de l'ascendant que Wolsey avait sur l’esprit de son maître; il lit en donséquence la cour à ce ministre, et obtint de lui tout ce qu'il voulut , en lui ()romettant d'employer son influence pour le placer dans la chaire de Saint-Pierre vers laquelle l'ambitieux Wolsey, quoique plus âgé que le pape régnant, tournait ses regards.
Cbarles-Quint quitta aussitôt l'Angleterre, bien convaincu qu’il n’avait plus rien à redouter de l’entrevue du roi de France et de Henri.
La description la plus pompeuse ne saurait rendre la splendeur et le faste que la cour d’Angleterre déploya dans cette occasion. t)ne suite nombreuse de lords, de ducs, de prélats, qui cherchaient à s’éclipser réciproquement par la richesse de leurs habits et le nombre de leurs serviteurs , accompagnèrent le roi et la reine. Le cortège de Wolsey était presque aussi nombreux, Henri, avec toute sa cour, s’embarqua à Douvres, descendit à Calais, d’ou, après quelques jours de repos, il partit pour Guines ( 4 juin 1520). Un magnifique palais eu bois, auquel deux mille ouvriers travaillaient depuis plusieurs mois, lui avait été préparé. Ce palais formait un vaste carré; au centre était une cour dont les parties latérales avaient cent huit pieds de longueur ; . des statues de guerriers dans l’attitude du combat en ornaient les murs et lé faite. Au-dessus de la principale porte delà cour, une statue colo.ssale représentait un sauvage qui tenait à la main un arc et des flèches ; et sur le socle un lisait cette inscription : C’t/i adhxreo prxes!'. celui que j’aide l’emporte. Des peintures, de riches étoffes de soie ornaient les plafonds et les murs, et des tapis de Turquie couvraient les planchers. Au dehors, des fontaines laissaient échapper des flots de vin et d’hypocras. Cette inscription écrite en lettres d’or frappait tous les regards: F aide bonne chère qui voudra! Au-dessus de la porte on voyait la statue de Bacchus, et une statue de Cupidon, dont l’arc tendu
semblait menacer de ses traits ceux qui entraient dans le palais. Des logements commodes et élégants pour les grands olQciers de la cour attenaient à ce palais, et dans la plaine on avait dressé deux mille huit cents tentes pour les autres personnes de la cour.
De son côté, le roi de France, ne voulant pas rester en arrière de Henri, avait déployé dans cette circonstance tout le luxe et le faste dont il était capable. « La splendeur extravagante des deux cours peut à peine s’imaginer , nous dit un témoin oculaire de ces fêtes.' Les paysans de la Flandre et de la Picardie accouraient en foule pour, voir le roi et la reine d’Angleterre.
On leur donnait à tous des vivres em abondance et les fontaines de vin coulaient toujours On trouvait ces villageois et d’autres vagabonds ivresmorts et couchés par centaines sur les routes. « « L’historien Hall rapporte qu’à cette occasion on vit plus d’un noble porter surson dos son château , ses bois et ses terres. >
Au milieu de ce déploiement de luxe, François I*' ne perdait pas de vue le but* qu'il désirait atteindre.
'Vivement inquiété de la visite de l’Empereur, et espérant encore ramrner> Wolsey, il nomma le cardinal maître des cérémonies , et lui confia la direction des fêtes; Wolsey accepta. Quand il se rendit de Guines à Ardres pour régler le cérémonial de l’entrevue, François l’accueillit avec de grandes démonstrations d’estime et d'affection. Mais pour le cardinal, hommes positif, de’tels honneurs n’étaient pas> de nature à contre-balancer les avantages que lui avait promis Cbarle.s- Quint. Deux jours furent employés à négocier un nouveau truité de paix.
François 1°' dont les regards se portaient toujours vers les Alpes, s’engagea , pour obtenir la neutralité de pAngleterre dans la guerre qu’il re-i gardait comme inévitable, à payer à* Henri et à ses héritiers, tant en son nom qu’au nom de ses successeurs , une somme de cent mille écus, si le mariage du dauphin de France et de la princesse Marie d’Angleterre , fille de> s.
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Henri, venait à se conclure, et si les enfants issus dece mariage succédaient au trône d’Angleterre. A l’égard de l’Ecosse, François consentait à soumettre cette importante affaire à l’arbitrage du cardinal et de sa mère, Louise de Savoie. Mais il ne voulut point abandonner les Écossais, ses vieux alliés, qui avaient perdu leur roi et la fleur de leur noblesse en faisant une diversion généreuse en faveur delà France.
Il eût été facile de reconnaître que ces arrangements n’étaient point sincères par les dispositions qui furent adoptées pour les cérémonies de l’entrevue. Les deux monarques auraient été des ennemis implacables qu'on n’aurait pas pris des précautions plus grandes our que l’un desdeux n’attentat point la liberté de l’autre. Chacun devait être constamment accompagné d’un nombre égal de gardes , et l’on devait
Îilacer des soldats en nombre égal sur eur route. On fit des fouilles danS les environs pour éviter les surprises.
Cette défiance réciproque fut surtout remarquable à la première entrevue.
Henri s’était dirigé vers la valléed’Andrem, où une tente magnifique avait été dressée pour recevoir les deux rois. En s’approchant, l’escorte anglaise fut saisie d^une frayeur panique parce qu’elle vit l’escorte française supérieure en nombre. Le roi d’Angleterre s’apprêtait déjà à tourner bride lorsque lord Shrewsbury qui venait de reconnaître la troupe française lui dit d’avancer sans inquiétude. Comme on en était convenu d’avance, les deux rois se saluèrent et s’embrassèrent à cheval. François parla le premier, et Henri lui répondit par un gracieux compliment. « Ce que j’estime dans vous , lui dit-il , c’est la loyauté et la promptitude que vous mettez à exécuter vos promesses. Je ne connais pas de prince qui mérite mieux d’être aimé que vous, et c’est par amour pour vous que j’ai traversé la mer et que je suis venu ici pour vous voir. » Les deux monarques descendirent en même temps de cheval, et allèrent dans une tente où un banquet splen-
dide était préparé; et après s’être entretenus familièrement, ils prirent congé l’un de l’autre.
Plusieurs mois avant cette entrevue des hérauts d’armes avaient proclamé dans toutes les villes principales de l’Europe que les rois de France et d’Angleterre donneraient des joutes et des tournois solennels et qu'ils défendraientle champ contre tous les chevaliers. Une arène immense, entouré d’amphithéâtres et de gradins pour les deux reines et les dames de leur cour, fut préparée à grands frais pour ces luttes. Au milieu de l’arène s’élevait un tertre sur lequel on avait planté des tiges d'aubepine et de mmboisier. Les rameaux de ces arbustes s'entrelaçaient , comme pour représenter un emblème symbolique de l’union qui devait unir les deux pays. Deux tentes richement ornées étaient destinées aux deux rois, et près de là se trouvaient des caves pleines des meilleurs vins. Les joutes commencèrent le 11 juin. Henri, accompagné de Charles Brandon, duc de Sul'folk , du Marquis de Dorset et deplusieursautres personnages distingués; et François I" ayant à ses côtés StPol, Montmorency, Byron et une foule d’autres nobles, s'avancèrent vers le tertre. L’écu de Henri, sur lequel brillaient les armes d’Angleterre et l’ordre de la Jarretière, fut suspendu aux deux buissons avec celui de François , sur lequel étaient gravés les armes de France et l’ordre de St Michel.
Un grand nombre de chevaliers entrèrent dans l’arène , et aussitôt les trompettes elles clairons donnèrent lesignal du combat. Henri et François se distinguèrent dans ces luttes, et telle fut leur adresse, ou plutôt tel fut l'excès de flatterie de leurs courtisans respectifs, qu’ils sortirent victorieux de toutes. Les six premiers jours, on combattit avec la lance ; les deux suivants avec l’épée et à cheval ; les deux derniers on combattit à pied. Henri , qui , avant de monter sur le trône , s’était livré à tous les exercices du corps, défia François P' à la lutte corps à corps; le défi fut accepté.
PERIODE DES TDDORS.
et François I", qui était très-agile, jeta son antagoniste à terre. Henri voulut recommencer la lutte, mais les assistants intervinrent prudemment, et le combat n'eut pas d’autre suite.
Cependanttout était encoredans les mêmes termes.Ce déploiement de fêtes, cetteapparencedecordialité, n’avaient point raniené la conliance. François 1“', qui avait le plus grand intérêt à gagner l’amitié de Henri, résolut enfin de déroger à ces fatigantes cérémonies. Il monta à clieval de bon matin, et suivi de deux gentilshommes et d’un page , il prit la route de Guines. Deux mille Anglais postés sur cette route le reconnurent « Rendez-moi les armes, leur dit-il, et conduisez - moi chez 'mon frère. »
Henri dormait encore; François ouvrit ses rideaux et l’éveilla en lui disant avec gaieté : « Vous avez remporté la victoire, je suis votre prisonnier! >> Henri , touché de cette marque de confiance, jeta un collier magnifique autour du cou de son illustre visiteur. De son côté , François lui présenta un riche bracelet', et insista pour lui mettre ses habits, l.e- lendemain, Henri vint- à son tour trouver François. Dès lors il y eut plus de liberté et de confiance entre les deux cours. Les deux souverains restèrent quelques jours ensemble , et, après s’être donné des marques réciproques d’estime et d’amitie, iis se séparèrent très-satisfaits l’un de l’autre en apparence. Henri partit pour Calais, et François reprit la route de Paris.
Cette entrevue fameuse, qui est connue dans l’histoire sous le nom d’entrevue du Drap d’Or, nedevait apporter aucun changement dans les dispositions de la cour d’Angleterre envers la cour de France. Henri, à peine de retour à Calais , voulut aller à Gravelines pour rendre visite à l’Empereur, et Charles, en retour de cette politesse, accompagna Henri à Calais. Plusieurs jours se passèrent en festins , en bals masqués et autres divertissements , et Charles parvint bientôt à faire oublier à Henri
les protestations d’amitié que ce prince avait faites au roi de France. Les deux rois se séparèrent alors , et Henri et sa cour revinrent en Angleterre, «tous sains de corps, dit un historien, mais la bourse vide. »
Quoique cette époque fût une époque de despotisme, et qu’il fût dangereux de critiquer les goûts du souverain, il se trouvait cependant des hommes courageux qui exprimaient hautement leur désapprobation sur les dépenses ruineuses et inutiles dans lesquelles se plongeait le gouvernement. Edouard Stafford , duc de Buckingham, encourut à ce titre la disgrâce du roi. Le duc, en raison de sa descendance en ligne directe d’Anne, fille aînée de Thomas Woodstock, dernier fils d’Édouard III, causait en outre de l’ombrage à Henri. C’était un seigneur riche et puissant, brave, énéreux, que la nation aimait à cause e sa libéralité et de ses largesses.
Tort plus grand encore, le duc venait de blesser vivement l’orgueil du cardinal. Un jour qu’il présentait un bassin rempli d’eau au roi , Henri s’y lava les mains. Le cardinal Wolsey s’avançant ensuite voujut y plonger les siennes. Le duc indigne laissa tomber le vase sur les pieds du cardinal : « Je pourrais bien un jour châtier les draains orgueilleu.x du duc, » s’écria AVolsey.
Ces menaces ne furent point vaines.
Buckingham vivait'.paisiblement dans sa terre de Thornbury dans le Glocestershire, lorsqu’il reçut l’invitation inattendue de se rendre à la cour. Le duc, qui n’avait aucun soupçon, se mit en route. Quelques craintes commencèrent à Passaillir, lorsque arrivé à AVindsor, il vit dans l’hôtel où il était descendu trois hommes de mauvaise mine qui l’avaient constamment suivi depuis son départ. Buckingham partit pour AVestminster, où il prit un bateau pour se rendre par eau à Greenwich, résidencede la cour à cette époque. En route il s’arrêta au palais de AVolsey, et demanda à parler au cardinal ; on lui répondit que AV oisey était indisposé. « En bien ,
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s’écria-t-il, je boirai toujours un verre de vin de milord cardinal en passant! » L’air morne et silencieux de celui qui lui présenta le verre réveilla les craintes du duc, et il eut le presseutiment du sort qui l'attendait. Sa barque fut bientôt hélée par un officier des gardes, et lui-même fut aussitôt arrêté au nom du roi. Le duc fut conduit à la Tour. On y enferma aussi son intendant, qu’il avait renvoyé de son service, et dont il s’était fait un ennemi, ainsi que Gilbert Parke son chancelier, Jean Lecourt son confesseur, et un moine nommé Hopkins. Le duc parut devant ses juges le 12 mai 1.521. On l'accusa d’avoir engagé le moine Hopkins à faire des fausses prophéties, d’avoir essayé de corrompre les serviteurs du roi et les soldats de la garde par des présents et des promesses, d’avoir déclaré que, si le roi venait à mourir, il ferait tomber la tête du cardinal, et s’emparerait du trône, et enfin d’avoir reçu chez lui un certain William Kalmer qui avait encouru la disgrâce du roi. Toutes ces charges ne reposaient que sur des témoignages suspects, et il n’y avait aucun acte accompli. Aussi Buckingham se prévalut-il de celte circonstance avec beaucoup de force. Fineu.v, ^ui remplissait les fonctions de grand juge et d’avocat de la couronne, lui répondit que tramer la mort d'un roi en idée équivalait à une trahison réelle et consommée par des actes ; et en conséquence le malheureux duc fut condamné. Quand le duc de Norfolk proqonca la sentence, Buckingham lui dit d'une voix ferme ; « Vous m'avez traité comme un traître; mais je n’en suis pas un! Cependant je ne vous en veux pas. Que Dieu vous pardonne ma mort comme je vous la pardonne moi-même. Je ne demanderai point au roi grâce de la vie. » On le ramena dans sa barque, et sir Thomas Lowell, qui était chargé de le garder, respectant son malheur, l’invita à reprendre sa place sur les coussins qui avaient été préparés pour lui ; « Non, répondit-il avec douleur; lorsque j’arrivai àWestminsterJ’étaisducde Bucking-
ham ; mais maintenant je ne suis plujy qu’Édouard Stafford, le plus malheureux des hommes. » Quelques jours après on le conduisit à l’échafautU Dans ce moment suprême Buckingham conserva son sang-froid et déclara fièrement qu'il ne s’abaisserait point à demander grâce au roi. Une foule immense assistait à son exécution. Quand sa tête tomba, un murmure de douleur circula dans la foule.
« Que Dieu ait pitié de son âme, s'écrie avec regret un historien de l'époque , car c’ctait un sage et noble personnage, et le miroir de la politesse et de la courtoisie. »
La réforme religieuse commençait alors à envahir l’Angleterre, et à produire une impression profonde sur les esprits; mais Henri se posait encore comme le défenseur et le champion dévoué de l’Église romaine. Par ses ordres Wolsey, le 14 mai 1521, invita les évêques d’Angleterre à saisir tous les livres qui contenaient les doctrines de Martin Luther, et à dé- * clarer au prêche que toute personne qui aurait en sa possession de tels livres et qui ne les vendrait pas dans Quinze jours encourrait la peine de rexcommuniration; il leur ordonna également de placarder aux portes des cathédrales et des églises de paroisses de leurs diocèses respectifs une liste des principales hérésies de Luther, afin que le peuple pût en prendre connaissance. Le 20 du même mois, Henri écrivit une lettre autographe à Louis de Bavière dans laquelle il dénonçait Luther à son indignation, et l'engageait comme bon chrétien à brûler le réformateur et ses livres. » Nous vous offrons, disait-il, du fond du cœur, notre faveur royale, notre patronage , notre assistance , notre sang même, s’il est nécessaire, pour l’accomplissement de cette œuvre qui ne peut manquer d'être agréable à Dieu. »
Henri prit la plume lui-même, et autant par haine pour Luther qui, indépendamment de ses réformes, avait parle peu respectueusement de saint Thomas d’Aquin , son auteur favori , que par désir de montrer sou savoir
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et de plaire à la cour de Rome, il écrivit sa célèbre défense des sept sacrements, œuvre tellement parfaite selon lui , qu'il voyait déjà Luther confondu et incapable de se relever ^us les coups de sa logique. Clark, son ambassadeur, présenta l'ouvrage au pape- en plein consistoire.
Le souverain pontife l’accueillit de la manière la plus flatteuse, et, dans une bulle expresse, il rendit grâce à Dieu dece quai avait inspiré une œuvre aussi remarquable à Henri, et lui donna le titre de défenseur de la foi.
La guerre devenue inévitable entre les rois de France et d’Espagne attirait alors l’attention du gouvernement. Charles et François, jeunes, puissants, ambitieux, brillaient tous deux d’en venir aux mains, maischacun d’eux n’aurait pas voulu passer pour l'agresseur. Ce fut à l’instigation du roi de France que Henri d’Albret, roi de "Navarre détrôné, leva en France un corps de troupes, et se disposa à rentrer dans ses États. François permit en outre au marquis de FÎeurange de lever une petite armée, et d’aller au secours du prince de Sédan qui venait de recevoir une injure de l'Empereur et lui avait envoyé un cartel.
Ces actes provoquèrent des représentations de la part de Charles- Quint, et il réclama la médiation du roi d’Angleterre, qui envoya un ambassadeur à François, pour l’inviter à ne plus donner dès secours aux ennemis de son allié. François, qui ne voulait point donner à Henri le prétexte de prendre parti contre lui, ordonna à FIeurange de congédier son armée. Sur ces entrefaites, Charles leva une puissante armée pour se venger, disait-il , du prince de Sedan, l’raiiçois fut forcé d’armer de son côté. La guerre commença aussitôt sans aucune formalité ni 'déclaration préalable, et sans qu’on pût savoir d’une manière précise de quel côté provenait l’agression ; elle éclata à la fois en Flandre et en Italie.
Cependant, dans l’espoir d’une paix prochaine , François s’etait adressé à Henri pour lui deniander son interven-
tlon amicale. Henri accepta l’arbitrage avec joie et s’engagea à observer une stricte neutralité envers les deux partis. Le rôle odieux que joua le négociateur anglais dans cette circonstance sera toujours flétri dans l'histoire. Ce négociateur n’était autre que Wolsey lui-même. Il venait alors de recevoir des bulles du pape dans lesquelles le saint-père lui accordait, outre le droit de créer cinquante comtes palatins, cinquante chevaliers, cinquante chapelains et cinquante notaires, l’autorisation de légitimer les bâtairis, et de conférer le ^ade de docteur en théologie, en droit, et en médecine. A son arrivée à Calais , où il fut reçu avec autant de pompe et de cérémonie que s’il eût été le roi d’A ngleterre lui-même, AVolsey trouva les ambassadeurs du roi de France et ceux de l’Empereur. Les conférences s’ouvrirent aussitôt; mais après quelques jours passés en pourparlers inutiles, Wolsey déclara que les prétentions respectives des deux parties ne pouvant se concilier, il irait à Bruges où était l’Empereur pour le disposer à quelques concessions.
Wolsey se rendit en effet dans cette ville; mais, au lieu de s’occuper de ses fonctions de médiateur, il entra en négociation avec Charles-Quint pourformeruiie liguerontre François et faire la guerre à la France. Voici en quels termes Wolsey rendit compte à Henri du résultat de ces négociations : <1 L’Empereur, disait-il, demande avec instance que vous lui donniez votre concours pour déclarer la guerre à la France; mais je l'ai convaincu par de bonnes raisons qu’il fallait différer la déclaration jusqu’après la visite que l’Empereur se propose défaire à Votre Majesté en Angleterre. » Dans un autre passage, le cardinal s’extasiait avec complaisance sur l’admiration de l’Empereur pour la personne de Henri , et sur l’accueil respectueux qu’on avait fait à sa personne. « Il vous met bien au-dessus de tous les princes, disait-il, et m’a dit, en termes pleins de bienveillance et de bonté, qu’il plaçait autant de conQance dans
mes avis que dans ceux de son propre conseil , et qu’il me regardait comme son propre père. » Wolsey dans la même lettre annonçait à son maître qu’il avait débattu avec l'Empereur lui-même les articles d’un traité de mariage entre Charles-Quiut et la princesse Marie d’Angleterre, princesse qui avait été fiancée solennellement au dauphin de France quatre années auparavant; il ajoutait que Charles et lui avaient arrêté ce mariage , dont la date et tous les artiles devaient rester secrets jusqu’au jour de l'entrevue de l’Empereur.
Henri répondit au cardinal, pour le féliciter de sa haute sagesse et de sa grande prudence; « une pareille aflaire, lui disait-il, ne pouvait tomber dans de meilleures mains. »
Une pareille conduite était odieuse.
Cependant , de retour à Calais , le cardinal Wolsey voulut reprendre les conférences. Les plénipotentiaires français avaient déjà eu une connaissance vague de l’intrigue ourdie contre eux. Ils reçurent toutefois avec respect le plan de pacification que leur proposale cardinal ; maisce traité, élaboré par Wolsey lui-même, était de telle nature que François ne pouvait s’v soumettre. Le cardinal, affectant alors de se plaindre de l’opiniâtreté de François, déclara que , dans son opinion , le roi de France était l’agresseur, et que Henri devait en conséquence donner son assistance à l’Empereur. On signa aussitôt à Calais le traité d’alliance. Les parties contractantes étaient le pape, l’Empereur et le roi d’Angleterre; il fut wrêté que pour opposer une barrière à l’ambition de la France, chacune des parties attaquerait à la fois François I'’; que n pour le bien commun de la chrétienté, » le mariage projeté entre le dauphin de France et la princesse Marie ne serait point accompli, et que la princesse épouserait l’Empereur.
Les hostilités n’avaient point été suspendues pendant le cours de ces négociations, et les résultats en avaient été presqu’entous lieux contraires aux
armes de la France. Au delà des A Ipes, la ligue italienne, à la tête de laquelle étaient le pape et l’Empereur, .
avait reconquis le Milanais; et, dans le nord de la France, les Impériaux venaient de s’emparer de la ville ' de Tournay pour laquelle François avait donné récemment des sommes énormes à Henri. François 1'" était environné de difficultés;' la mort du pape, et le désappointement qu’avait éprouvé Wolsey de n’être point élu pape , malgré lés promesses de Charles à cet égard, lui avaient d'abord fait concevoir quelques espérances; mais les dispositions de Henri ne changèrent point. Alors François I®*' rompit ouvertement avec l’Angleterre; il arrêta court le payement de la pension de Henri , mit l’einhargo sur tous les navires anglais qui étaient dans les ports de son royaume, et s’empara de toutes les marchandises qui appartenaient aux marchands anglais.
A cette nouvelle, Henri se livra à un violent accès de colère et défendit par représailles à l’ambassadeur français de sortir de sa demeure; il ordonna en outre qu’on incarcérât surlo-champ tous les Français et tous les Écossais qu’on trouverait à Londres. 11 chargea ensuite le chevalier Thomas Cheney, son ambassadeur à la cour de France, de demander satisfaction à François I" de toutes les injures faites à ses sujets; dans le cas où cette satisfaction lui serait refusée, Henri se proposait de déclarer la guerre à la France. Cheney remplit son mandat , et répondit que le roi de France avait rejeté ses propositions. Un héraut d’armes fût aussitôt envoyé à la cour de France. « Je m’attendais à tout ceci , répondit François au héraut d'armes ; le voyage du cardinal à Bruges m’avait donné la certitude que je n’avais rien autre chose à espérer. Votre message est rempli. »
Charles-Quint arriva sur ces entrefaites en Angleterre. Wolsey le reçut au débarcadère, à Douvres, et le conduisit au château où l’attendait Henri. L’Empereur comptait beau-
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coup sur les forces navales de l’Angleterre, et Henri lui montra avec une sorte d'orgueil la flotte anglaise oui était à l’ancre dans les dunes. Le lendemain les deux souverains se rendirent au palais de Greenwich , et Charles demanda re.spectueusement la bénédiction de sa tante Catherine. Malgré l’état désespéré de ses liuances, Henri voulut faire une réception royale à son illustre visiteur. Spectacles, fêtes, divertissements de tous genres furent, en conséquence, prodigués à Charles. L’Empereur se rendit ensuite ù Windsor, où il reçut l’ordre de la Jarretière, et les deux souverains, après avoir communié , jurèrent solennellement au pied des autels d’observer les conditions du traité de Bruges.
Par ce traité, composé de vingt articles , toutes les conditions du mariage de l’Empereur avec la princesse Marie, ainsique le plan des opérations militaires contre la France, étaient réglés.
Il y était dit que chacune des puissances contractantes commencerait la guerre avec quarante mille hommes, et que, tandis que les Anglais envahiraient le nord de la France, l’ Empereur attaquerait ce royaume par ses frontières de l’est et du sud ; l’Empereur s’engageait à conquérir l’ancienne province de la Guienne pour le compte de son allié. En retour de ce service, l’Empereur, qui était fort pauvre à cette époque, malgré la vaste étendue de ses États, demanda à Henri une somme considérable d’argent, qui lui fut accordée à titre d’emprunt. L’Empereur s’engageait en outre à indemniser Henri de toutes les sommes et pensions qui lui étaient dues ou pourraient lui être dues à l’avenir par François. Il était dit, en outre, dans le traité que, si le dé.saccord venait à écla ter entre les deux illustres contractants, ils prendraient le cardinal pour juge de leur différend, et qu’ils se soumettraient volontairement à sa décision : quel triomphe pour un ministre aussi vain que l’était Wolsey!
L’Empereur partit pour l’Espagne, le 6 Juillet 1522 , escorté de la flotte anglaise que commandait le comte
de Surrey, grandamiral d’Angleterre, etSurrey,dans sa traversée de retour, ravagea la côte de France, et brûla la ville de Morlaix ainsi que plusieurs villages de la Bretagne. Ces avantages étaient de peu d’importance en raison des difflcultés qui commençaient à naître. Le trésor, déjà épuisé par les dépenses extravagantes de Henri, venait d’étre entièrement mis à sec par l’emprunt que le roi avait consenti en faveur de Charles-Quint, et il fallait songer à trouver de l’argent. Comment faire? car le roi et son ministre avaient de la répugnance pour les parlements Dans cette circonstance le cardinal, dont la popularité était déjà fortement compromise, conseilla à son maître un emprunt forcé de vingt mille livres sterling sur les marchands de Londres. Le maire et ses aldermen ayant été appelés à l’audience du ministre, Wolsey leur annonça que le roi se disposait à leur demander le dixième de leur fortune : « C’est le moins, leur dit-il, que vous puissiez donner à votre roi, et je suis convaincu d’avance que vous vous exécuterez de bonne grâce! — Milord, de quelle manière ce dixième doit-il être payé au roi ? demanda un aldermau. — En argent, en vaisselle ou en bijoux; peu importe! répondit Wolsey., — Mais , milord , il y a deux mois à peine que la ville de Londres a donné au roi vingt mille livres sterling en espèces; aujourd’hui nos marchands n’ont plus d’argent.» — Il faut qu’ils en trouvent , s’écria le cardinal. L’annonce que lit Wolsey de l’intention où était le roi de nommer des commissaires chargés d’obtenir de chaque citoyen une déclaration sous serment de l’état de sa fortune privée, souleva de nouvelles récriminations, et les alderman supplièrent le cardinal de ne point exigeun pareil serment. « Ils ignoraient la véritable importance de leur fortune, dirent-ils , et se trouvaient dans le daner de commettre un parjure. — ïrèsien, s’écria Wolsey ; la crainte du parjure indique de bonnes dispositions; et pour vous prouver que je suis de bonne composition, je consens à prendre vos
billets pour la somme que , d’après votre estimation, vous devez au roi.
Vous voyez que le roi a maintenant deux armées à entretenir, l’-une contre la France, l’autre contre l’Écosse ; conduisez-vous en sujets Qdèles. Je gage, ajouta-t-il , qu’en ce moment Londres possède plus de deux millions d’or. — Plût à Dieu que cela f t , reprit un des citoyens; malheureusement la ville soucfre beaucoup en raison du grand nombre de marcliands étrangers qui viennent s’y établir. — Eh bien , dit le cardinal , J’y mettrai ordres En attendant , que samedi procltaui chacun de vous soit prêt à me remettre son billet. » Il tallut s'exécuter; le samedi suivant , cliacun remit son billet.
Le cardinal essaya en outre de pressurer le clergé, mais le clergé montra une résistance si vive qu’il fut obligé d’y renoncer.
Avec cet argent Henri s’empressa de lever deux armées; l’une était destinée às’opposeraux Écossais sous les ordres du comte de Shrewsbury; l’autre, sous le commandement du comte de Surrey , devait agir contre la France.
Mais au beu de quarante raille hommes, chiffre auquel cette armée devait s]élever, d’après les conditions du traité fait avec Charles-Quint , Henri n’en put trouver que seize mille, faute de fonds suffisants. Surrey débarqua à Calais au milieu du mois d’aodt et n’obtint que des succès contestés en Picardie ; il fut obligé de revenir en Angleterre au bout de quelques mois. 11 fallait d’autre argent, et on ne pouvait songer à en obtenir qu’en convoquant un parlement. Il y avait alors huit ans que les communes n’avaient été convoquées , et nul doute gue Henri ne se fût passé encore une fois de leur concours, s’il avait eu quelque autre moyen de trouver des fonds. Henri ouvrit son parlement en personne le 15 avril 1523. Le cardinal était assis à ses pieds. Sir Thomas More, qui occupait, contre son gré, depuis quatre ans, un emploi à la cour, et que l’on croyait dévoué aux intérêts du roi, fut élevé aux fonctious de speaker par les communes.
More était un homme probe, et ne voulait rien faire contre sa conscience. Le parlement montra quelques vdléités de courage et d’indépendant» qui affectèrent vivement Henri ; il trouva surtout mauvais que le peuple, qui se préoccupait singulièrement de oes débats, se mêlât de ce qu’il appelait ses affaires personnelles; et l’oii entendit dire à Wolsey : qu’à peine un mot était prononcé dans la cluimbre des communes , qu'il retentissait aussitôt dans les carrefours et les lieux publics.
Le lord cardinal crut pourtant en imposer aux membres opposants par sa présence; il fit dire aux communes qu'il se disposait à se rendre dans leur sein, et sur la réponse de ta chambre qu’il serait admis , il fit son entrée triomphante, escorté de ses massiers et d’une foule de nobles et de prélats. Après une harangue pleine d’invectives contre le roi de France qui avait, disait-il, violé tous ses serments et tous ses traités en déclarant la guerre à l’Empereur, et en encourageant le duc d’Albanie à exciter les Ecossais à faire une invasion en Angleterre, Wolsey déclara que Henri avait été forcé de lui déclarer la guerre et que la guerre avait coûté huit cent mille livres sterling. < Je viens, dit-il, vous inviter à acquitter cette somme en accordant au roi un cinquième de tous les biens meubles et revenus dont la levée se fera en quatre ans. » La chambre resta muetteà cette demande, et tous les regards s’arrêtèrent sur le splendide cardinal , qui commenipjt à perdre patience. •Messieurs, dit-il, comme je suis envoyé ici par lè roi , il m'est bien permis d’espérer une réponse : pourquoi donc ce silence obstiné? Mais peut-être, ajouta-t-il, en arrêtant ses regards sur More, est-ce l’usage de votre chambre de ne parler que par la touche de votre orateur » More se jeta à genoux , et excusa le silence de l’assemblée en disant qu’elle avait été intimidée par la présence d’un personnage de si haute distinction, dont le savoir déconcertait les pins éminents politiques et les pre-
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miers savants du royaume. La cause « ILs sont tous contre moi, disait-il; réelle de ce silence provenait de la stu- mais je ne les crains pas. L’Empereur peur de la chambre , et de la demande n’a pas d’argent , les Anglais ne peuqui lui était faite. Après le départ du vent pénétrer bien avant dans mes cardinal, de vifs débats commencé- États, et la milice des Pays-Bas n’est rent à ce sujet. Quelques membres af- pas dangereuse. Je marcherai en Italie, firinèrent qu’il ne restait pas huit cent j’y vaincrai mes ennemis , et je revieninille livres sterling d’espèces dans le drai encore à temps pour reprendre ce royaume, et que, si tout cet argent qu’on pourrait m’avoir pris. » Franpassait dans les mains du roi, on ne œis partit en effet; mais à peine était* pourrait plus commercer que par ii arrivé à I.yon qu’il sut que le duc de échange. On convint pourtant d’en- Bourbon avait formé le projet de le voyer une députation au roi pour lui trahir, et de livrer la France à ses endemander une diminution, et après nemis. Le duc venait effectivement de longs pourparlers, les chàmores de faire des ouvertures à l’Empereur accordèrent la moitié des subsides et à Henri pour leur livrer la France, demandés. Les motifs qui poussèrent le duc q
Ces subsides si difficilement obte- adopter une résolution aussi désesluis coiltèrent plus de peine encore à pérée sont connus. Par sa naissance, réaliser. Pendant les débats on avait vu par sa richesse et sa bravoure, Cliarles de simples habitants arrêter dans la de Bourbon était l’un des hommes rue les membres des communes, et les plus distingués de la France; et proférer contre leurs personnes des sa loyauté et son attachement envers paroles menaçantes pour les empê- sonroin’avaientjamaisencoresoufcher de voter selon le désir de la cour, fert la moindre souillure. Louise de
Quand on voulut opérer la rentrée des Savoie, mère de François, conçut,
fonds, plusieurs provinces se refusé- dit-on, un violent amour pour le duc
rent à payer. Les comtés d'Essex et de et lui fit des avances qu’il repoussa.
Kent chassèrent les commissaires Louise exerpit une grande influence
chargés de lever l’impôt; l’Hunting- sur son fils. Excité par ell?, François
donshire résista également; Londres traita le connétable avec une rigueur
ne voulut être taxé que par ses aider- extrême. Le payement des sommes
men , et le comté de Suffolk se sou- qu’il avait avancées pour la guerre
leva tout entier. Le clergé, sur lequel d’Italie lui fut refusé. On arrêta son
le cardinal comptait beaucoup, ne traitement, le bâton de connétable
montra pas de meilleurs dispositions, lui fut enlevé, et le parlement de Paris
et Wolsey eut de la peine à lui arra- mit sous le séquestre ses vastes do-
cher dix pour cent. maines. Le duc fit alors des ouver-
(iet argent était destiné contre la tures criminelles à Henri et à l’Em-
Fraiice. A l'extérieur cette contrée avait pereur; mais, ses plans ayant été décontre elle le pape, l’Empereur, le roi couverts, il sortità la hâte du royaume
d’Angleterre, les Vénitiens, et d’autres et rejoignit l’armée de l’Emperêur eu
princes de l’Italie. Saseule alliée était Italie.
FÉcosse, qui, gouvernée par une ré- Henri et l’Empereur avaient reçu geiice, dont l'autorité était méconnue, avec empressement ces ouvertures, et
ne pouvait lui rendre de grands ser- un traité secret avait été conclu entre
vices; à l’intérieur sa situation n’était eux et le duc. On y avait stipule que
pas plus rassurante; les guerres d’Ita- la Provence et le Dauphiné seraient
lie avaient épuisé le trésor public, et réunisauBourbonnaisetàrAuvergne, la cour était déchirée par des factions, et érigés en un royaume distinct pour Cependant, au milieu des dangers qui le connétable; que le duc épouserait fe menaçaient de toutes parts, Fran- Eléonore, sœur de l’Empereur; que çois continuait tranquillement ses l’Empereur occuperait le Languedoc, préparatifs pour son expédition d’Italie, la Bourgogne, la Champagne et la Pi-
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HISTOmii D’ANGLETERRE.
cai'die, et gue le reste de la France appartiendrait à l’Angleterre; et, poUr dernière clause, (jue le connétable se tiendrait prêt à agir avec mille hommes de cavalerie et six mille fantassins, aussitôt que le roi de France serait de l’autre côté des Alpes.
Sur ces entrefaites, l’armée anglaise commandée par le comte de Sufiolk , beau-frère de Henri, entra sur le territoire de France; elle se composait de douze mille hommes. Mais la saison était déjà fort avancée, et les pluies et l’humidité occasionnèrent des ma ladies qui firent de grands vides. Suffolk voyant sa situation compromise revint •à Calais. L’armée espagnole qui agissait dans le sud de la France n’avait pas mieux réussi ; car ses conquêtes se bornaient à la prise de Fuente- Rabia sur les Francis.
La mort du pape Adrien, qui survint à cette époque, ranima les espérances de l’ambitieux Wolsey. Il pressa Charles - Quint de remplir ses promesses, et donna l’ordre aux agents anglais de ne point épargner l’or pour appuyer sa candidature. Mais le peuple d» Rome et les Italiens en général n’étaient point disposés à accepter un nouveau pape ultramontain; car le dernier qu’ils avaient eu leur avait déplu à cause de son avarice. Giulo de Médicis fut élu sous le nom de Clément VII. Le nouveau pontife était jeune et jouissait d’une santé vigoureuse. Wolsey perdit donc ainsi toute espérance d’être élevé à la papauté; mais par une sorte de compensation , il fut nommé légat à vie; le pape lui permit aussi de reformer et de supprimer comme il l’entendrait un certain nombre de maisons religieuses du royaume.
Malgré l’insuccès de l’invasion tentée par l’armée anglaise et l’armée espagnole, la situation de la France était alors presque désespérée. En Italie , Bonnivet n'avait pu résister aux armes du duc de Bourbon qui commandait les impériaux dans cette contrée. A quelque temps de là se donnait la célèbre bataille de Pavie. François pr assiégeait cette place
depuis environ trois mois, lorsque dans lespremiersjoursdefévrier 1523, le duc de Bourbon, le marquis de Pexara et Lannoy, vice-roi de Naples, vinrent l’attaquer, et remportèrent une des victoiresles plus décisives dont il soit fait mention dans l’htstoire. L’amiral Bonnivet, le maréchal de Chabannes, Richard de la Pôle, prétendant à la couronne d’Angleterre, plusieurs autres généraux, et environ quatorze mille Français périrent sur le champ de bataille. François 1“', après avoir fait des prodiges de valeur, et avoir inutilement essayé de franchir leTicino, dont on avait ‘rompu le pont, fut entouré par un rempart de soldats espagnols ; son cheval fut tuésous lui, et lui-même reçut trois blessures. Cependant il refusaitencore de se rendre, lorsqu’il fut reconnu par Pompérant, gentiihommefrançais,qui combattait sous les drapeaux du connétable. Pompérant courut au vice-roi, pour lui dire cequi se uassait, et celuici, calmant la fureur nés soldats espagnols, reçut l’épée du roi. Jacques d’Avila saisit son casque, et les soldats espagnuiss’arrachèrent ses habits.
Le roi de France riait de l’empressement des soldats espagnols à le dépouiller ainsi de ses vêtements; mais un nuage de tristesse couvritson front quand il vit venir a lui le connétable, l’épée toute rouge du sang de ses compatriotes. Le connétable tomba à genoux, et lui demanda la permission d’emorasser sa main. « Ah ! sire , s’écria-t-il, si vous aviez suivi mon conseil , vous n’en seriez pas réduit à la triste condition où vous êtes, et le sang des hommes les plus nobles et les plus braves de la France u’aurait pas ainsi arrosé les plaines de l’Italie. >> Leroi répondit: « Il faut de la patience, puisque la fortune m’a trahi. » Il monta à cheval , sans prendre congé du connétable, et partit avec Lannoy et Pexara. Il écrivit alors à la reine régente de France ces paroles mémorables. « Tout est perdu hors l’honneur. » Le lendemain, on lu conduisit dans la forteresse de Pizzichitana , où il fut gardé à vue.
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Cette grande victoire fut reçue à la cour d’Angleterre avec les démonstrations de la joie la plus vive. Henri ordonna des réjouissances publiques; et , malgré des négociations r^entes avec la France, le roi reprit son projet d'envahir cette contrée. Heureusement l’argent manquait encore à Henri. Le roi et son ministre, qui iraient pris la ferme résolution deme point recourir au parlement, crurent tourner la difGculté en nommantdans tous les comtésdes commissaires chargés de lever sur les laïques un sixième de leur mobilier et un quart sur le clergé ; ces sommes étaient pnyaliles comptant en monnaie ou en vaisselle d’argent. Mais de toutes parts il y eut une opposition énergique à cette’ mesure. O Pauvres et riciies proféraient des malédictions contre le cardinal, nous dit Hall ; d’autres se vengeaient des commissaires par d es insu I tes et des railleries; en un mot, la nation tout entière exécrait le cardinal, et le regardait comme le destructeur des lois et de la liberté du pays. » De nombreux placards écrits à la main, dans lesquels on critiquait avec amertume les actes du roi et de son gouvernement, circulèrent à Londres et dans les villes les plus importantes du royaume. Les prêtres eux-mêmes encourageaient le peuple à la résistance, et déclaraient hautement (]u’ils se refuseraient à payer.
Le roi prit l’alarme, et déclara par une proclamation qu’il ne demandait rien qu’à titre de don gratuit. Mais on lui réponditqu’unstatutdeRichardni avait pour toujours aboli les dons volontaires. Dans le comté de Kent le peuple chassa les collecteurs de taxe et les agents du fisc de la cour; dans le Suffolk quatre mille hommes coururent aux armes et menacèrent de la mort le duc de Suffolk, qui était au nombre des commissaires. Henri rendit aussitôt une autre proclamation par laquelle il annulait les demandes d’argent qu’il avait faites et déchargeait les commissaires qu’il avait nommés.
Une circonstance nouvelle changea tout à couplesdispositions guerroyan-
tes de Henri. Depuis la bataille de Pavie , Charles avait changé de ton avec Henri. Ce n’étaient plus les expressions de tendresse et de soumission dont il était autrefois si prodigue dans ses lettres à son oncle bienaimé; maintenant l’Empereur signait simplement « Charles. •> Quand les ambassadeurs anglais parurent à la cour d’Espagne, ils furent reçus avec hauteur. Charles rejeta toutes leurs propositions, et leur reprocha l’inexécution du traité de Bruges, l’invasion delà Picardie, et les récentes négociations de l’Angleterre avec la r^ente de France. Charles voulait profiter seul de tous les avantages de la fôrtune, et n’en rien céder au roi d’Angleterre; il rompit ses projets de mariage avec la princesse Marie d’Angleterre et tourna ses vues sur l’infante Isabelle de Portugal.
De son côté, Henri, renonçant au trône et au démembrement dé la France , résolut de contribuer de tout son pouvoir à la conservation de ce royaume et à la délivrance de son monarque. Six différents traités furent conclus entre les deux cours : 1° traité de paix et d’amitié perpétuelle, par lequel les parties contractantes se garantissaient mutuellement leurs États contre tous les princes et puissances temporels et spirituels (ce traité avait pour objet d’empêcher François de démembrer la France et de céder quelques-unes de ses provinces à son vainqueur, pour obtenir sa liberté); 2* traité qui engageait François et ses successeurs à payer à Henri ou à ses successeurs une somme de deux millions d’écus à des termes fixes, et cent mille écus par an durant la vie de Henri; 3° traité par lequel le roi de France s’engageait à payer à Marie, sœur de Henri et reine douairière de France, tous les arrérages de son douaire; 4° traité pour prévenir le pillage en mer, et ré^er les différends qui pouvaient surgir à cet égard ; 5* traité qui faisait jouir le roi d’Écosse, sous certaines conditions, du bénéfice de la paix; 6" traité qui fermait au duc d’Albanie l’Écosse durant la mi-
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HISTOIRE D’ANGLETERRÈ.
noritédu roi .Iac(^es V. Ces traité^ une fois sigais Henri écrivit à l’Empereur une lettre dans laquelle il le pressait de rendre le roi de France à la liberté , à des conditions raisonnables ; et Charles-Quint n’ayant tenu aucun compte de cette invitation, toutes les relations d'amitié cessèrent entre les deux cours, et chacune d’elles rappela son ambassadeur.
Les conditions onéreuses auxquelles François r’ recouvra sa liberté, après être resté un an prisonnier, n’appartiennent point à cette histoire.
On rapporte que ce roi malheureux , en mettant le pied sur le sol français, monta sur un magnifique cheval turc, et que le lançant au galop,' il s’écria avec ^oie : « Je suis encore roi ! • Il alla ainsi à Saint-Jean de Luz et de là à Rayonne, où il fut reçu au milieu des transports d’allégresse par son peuple.
Henri envoya immédiatement à la cour de France sir Thomas Cheney et le docteurXaylor, jésuite d’une grande renommée, pour féliciter François de sa délivrance, et l’engager à rompre tous les engagements qu’il avait contractés avec l’Empereur ; chose sur laquelle les ambassadeurs ne durent point beaucoup insister, puisqu’elle était déjà arrêtée dans l’esprit du roi. François reçut les deux ambassadeurs avec la plus grande amitié et leur dit qu’après Dieu il n’v avait personne au monde auquel il dut plus , pour sa délivrance, qu’au roi d’Angleterre.
Quelques jours après, François ratiGa les engagements que sa mère avait contractés comme régente avec Henri.
François écrivit alors à Charles pour l’informer qu’il ne lui rendrait pas la Bourgogne, et il lui offrit en compensation une somme d’argent. Convaincu pourtant que sa conduite n'était pas nette et qifelle avait besoin d’une apologie, il publia un manifeste rédigé avec beaucoup d’art et d'éloquence par le chevalier Diiprat, et l'adressa à toutes les cours de l’Europe. Il se fondait principalement sur ce que fEmpereur avait commencé par violer le traité de Noyon , en retenant le royaume de Navarre auquel il n’avait
aucun droit et qu’il s’était engagé à rendre; qu’il avait excité le duc de Bourbon et ses partisans à la révolte ; il disait qu’il avait été traité, durant sa captivité, d’une manière cruelle ; que les promesses arrachées à un prisonnier par la violence pouvaient êtrebrisées sans déloyauté par celui qui lesavaitdonnres; quelui François avait toujours déclaré que, si on lui arrachait quelque concession déraisonnable, il réclamerait, dès qu’il aurait obtenu sa liberté ; qu’il ne dépendait pas de lui enfin de céder la Bourgogne dont les habitants refusaient de se soumettre à lu domination de Charles; mais qu’il était prêt à donner une somme d'argent pour cette province' ainsi que pour la rançon de ses enfants. La guerre éclata de nouveau; mais malgré ses protestations de dévouement et d’amitié, Henri, comme on doit s’y attendre, n’y joua qu’un rôle presqu’entièrement négatif.
§3. Chute de Wolsey; Crannier. — Cromwell. — Divorce du roi. — Henri épouse Anne de Boleyn. — Mort de More el de Fisher. — Décapilslion d’Anne de Boleyn.
— Le roi épouse Jeanne Seymour.— Procès de Lamliert, sa condamnation. — Chancemenls iniroduils dans la religion. — Xnnede Cléves. — Chute de Cromwell. — Mariage du roi avec Catherine Howard.
— Décapitation de Catherine.
Les siraes précurseurs d’une rupture prochaine commençaient à se manifester à cette époque entre Henri et son favori. I.e roi reprochait à son ministre d’avoir mis à contribution quelques maisons religieuses, et de ^en etreapproprié les dépouilles. Mais au moment où le vent de la faveur allait entièrement tourner contre 'Wolsey , Luther, qui voulait lui donner le coup de grâce et qui croyait les choses plus avancées, écrivit à Henri. Luther félicitait le roi d’Angleterre de ce qu’il avait chassé d’auprès de sa personne le cardinal , qu’il appelait le « monstre, la peste du royaume etla chenille del’Angleterre; » il s’excusait de la véhémence du langage qu’il avait employé pour réfuter le livre publiépar Henri en faveur de l’Église romaine, en disant qu’il était assuré qu’un’
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livre aussi mauvais ne pouvait être sorti de ta plume du roi. C'était porter un coup sensible à la vanité de Henri. Henri répondit au réformateur que le « révérend père » (c'est par ce nom que Henri désignait Wolsey) était le meilleur des hommes, qu'il en était le plus honorable elle plus tidèle, et qu’il avait toujours porté une vive affection au cardinal; mais que, depuis la lettre qu'il avait reçue, il sentait qu'il l'aimait mieu.x encore, et qu'il répandrait plus que Jamais sur lui ses royales faveurs; qu'il n’oublierait jamais sa chaleur et son zèle pour repousser l’hérésie, et qu’il le regardait comme un de ses plus fidèles serviteurs, pour avoir empêche que la lèpre allemande ne prît racine dans son royaume. Leroi ajoutait au sujet du mariage de Luther avec une religieuse, que, s’il eût vécu sdus l’ancienne domination romaine, la vestale qu’il avait épousée d’une manière aussi sacrilège aurait été brûlée vive, et que lui-même aurait été mis en pièces.
Un autre événement, événement mémorable dont les conséquences devaient amener un bouleversement complet dans la religion du pays, allait etre fatal à Wolsey. Jamais encore Henri, bien qu’il mît peu de retenue dans sa conduite, n’avait manqué d’égards et de respect envers la reine Catherine; mais, tout à coup, on remarqua un changement notable dans la conduite du roi. Ce changement était causé par l’amour de Henri pour une jeune lille, alors éblouissante de jeunesse et de beauté. Cette jeu ne fi II e etai t Anne de Boleyn, la même que nous avons vue accompagner la princesse Marie à la cour de France, lorsque cette rincesse quitta l’Angleterre pour pouser Louis XII. Anne n’était ^int de la première noblesse; Thomas Boleyn ou Bullen, son père, descendait d'un lord maire de Londres ; mais sa famille avait de hautes alliances. La mère de Anne était fille de Thomas Howard , duc de Norfolk , et Thomas Boleyn occupait depuis longtemps à la cour d’importantes fonctions. Au retour delà princesse Marie en A ngleterre
la jeune Anne était restée à la cour de France, et avait acquis an milieu des plaisirs et de la galanterie de cette cour des agréments qui donnaient encore plus de grâce et de charme à sa beauté. Elle revint en Angleterre à la mort de la reine Claude , épouse de François r’, et fut alors placée à la cour en qualité de dame dlionneur. Les grâces de sa figure, ses vingt ans, mais surtout l’enjouement de sa conversation, fie tardèrent pas à attirer près d’elle un grand nombre d’admirateurs. Lejeune Percy, fils du duc de Northumberland, la'demanda en mariage; mais Percy perdît bientôt toute espérance, car il apprit qu’il avait un rival dans son souverain. On prétend qu'Anne fut d’abord peu flattée de cet amour, et qu’elle éprouva de vifs regrets de la perte de son jeune amant.
A cette époque, on vit Henri commencer à parler publiquement des scrupules religieux que lui inspirait son mariage avec f épouse de son frère, et de l’intention oii il était de rompre ce mariage par un divorce. La plupart des courtisans, mus par différents motifs, l’encourageaient dans ces dispositions. Quelques-uns voyaient avec peine que le seul enfant de Marié fût une fille , et craignaient que la nation ne perdît de sa puissance et de sa grandeur, si les renes do gouvernement tombaient dans les mains d'une femme; ceux qui connaissaient les secrètes intentions du roi et qui penchaient pour les nouvelles doctrines religieuses en.
trevoyaientdegrandesespérancesdans le divorce, parce qu’ils croyaient la jeune Anne disposée à favoriser le nouveau culte. De son côté, Wolsey travaillait au divorce de son maître pour le marier avec Renée, fille de Louis XII.
Le bruit de ce mariage s’étant répandu au dehors, Charles-Quint en conçut de vives alarmes; et autant pour empêcher l’alliance de l’Angleterre avec la France que pour épargner à la reine Catherine un outrage ui rejaillissait sur lui , il fit offrir au, uc de Richmond, fils naturel de Henri;
qui n’avait alors gue huit ou neuf ans, la main de la princesse de Portugal , sœur de sa femme. Cette offre fut repoussée, et quatre traités séparés furent conclus avec le roi de France : le premier confirmait Talliance perpétuelle de la France et de l’Angleterre; le second portait que la fille de Henri épouserai^ le fils du duc d’Orléans , si elle n’épousait pas le duc d’Orléans luiméme; le troisième fixait les subsides qui devaient être fournis par l’Angleterre, pour subvenir aux frais de la uerre d’Italie quedevait diriger le roi e France; le quatrième déclarait que jusqu’à ce que le pape, qui était alors prisonnier de Cnarles-Quint, eût repris le gouvernement de ses États , tous les actes qui seraient faits en France par le clergé de l’Église gallicane, et en Angleterre par le cardinal-légat et les membres principaux de l’Église anglaise qu’il plairait au roi de nommer, auraient la même force que s’ils avaient été décrétés par le pape lui- même. Cette clause avait pour objet d’investir le cardinal de pleins pouvoirs, afin qu’il pût rompre le mariage du roi avec Catherine; mais elle produisit un autre effet que Wolsey n’avait probablement pas prévu; ce fut de donner au roi l'idée de gouverner l’Église par lui-même. Ces divers traités reçurent la sanction du roi , et Henri en témoigna sa satisfaction au cardinal.
On ne saurait imaginer la surprise de Wolsey lorsqu’il apprit que le roi était déciclé à se marier avec Anne de Boleyn et à l’élever au trône. Le cardinal se Jeta aux pieds de Henri , et le conjura de renoncer à son projet; mais s’apercevant que ses prières étaient inutiles et même dangereuses pour lui, il changea de langage et s’engagea à faire tout ce que le roi lui ordonnerait à cet égard. Les intentions de Henri étaient maintenant fermement arrêtées. Il envoya un traité qu’il avait écrit sur le divorce à sir Thomas More, qui , peu jaloux du rôle de critique dans cette circonstance, voulut s’excuser en prétextant qu’il n’était pas théologien. Henri le pressa
de s’entendre avec quelques-uns des évêques. Henri , dans cet ouvrage, disait que les lois de Dieu défendent d’épouser la veuve de son frère, et citait, a l’appui de cette argumentation , deux lois du Lévitique; l’une où il est dit qu’il ne naîtra point d’enfants de ces mariages, se trouvait confirmée, disait-il ,.par le fait de la mort des deux fils qu’il avait eus de la reine. Dans un autre passage Henri cherchait à prouver que les lois divines devaient être obéies de préférence à celles du pape, et que le pape n’avait pas le pouvoir de délier les hommes des lois de Dieu. Des débats longs et animés eurent lieu à cette occasion. Quelques membres du clergé prétendirent que c’était une hérésie abominable de vouloir fixer des limites au pouvoir du pape, et Fox, évêque de Winchester, menaça d’accuser publiquement d’hérésie l’évêque Warliani qui avait avancé ue le pape n’avait pas le pouvoir de élier aes lois de Dieu. Ceux qui s’opposaient aux doctrines du catholicisme avaient pour eux la volonté du roi.
Pendant ces débats le pape recouvra sa liberté. Charles-Quint la lui rendit à des conditions onéreuses pour lui et outrageantes pour Henri ; car indépendamment de fortes sommes, le -souverain pontife futobligé.de livrera son vainqueur plusieurs places fortes et q^uelques cardinaux comme otages ; il s engagea en outre à ne point prendre parti contre lui dans la guerre d'Italie, et à ne point donner sa sanction au divorce projeté. D’un autre côté, le pape voyait d’un mauvais œil ce projet de divorce qu’il regardait, par suite des débats auxquels il avait donné lieu, comme un empiétement sur ses droits.
Henri lui ayant envoyé des ambassadeurs, pour obtenir les dispenses nécessaires d l’exécution de son projet, le souverain pontife donna cesdispenses; mais, quand elles parvinreiitàl.ondres, on les trouva entachées de tant d’irrégularités, qu’on crut qu’il serait dangereux de s’en servir. En conséquence, on envoya de nouveaux ambassadeurs pour obtenir de plus amples pouvoirs.
On fit choix du cilèbre Étienne Gar-
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dîner, qui était alors secrétaire du lord cardinal , et d’Édouard Fox, aumônier du roi , deux des plus savants hommes de l’Angleterre. Ils partirent de Londres emportant un modèle de la bulle même que devait signer le pape; elle était tracée de la main de Wolsey , et portait en substance que le pape donnait sa conGrmation pleine et entière à tout ce que Wolsey pourrait décider dans cette importante affaire; que la déclaration du I.évitique, malgré l’opinion contraire du Deutéronome, représentait une loi fondamentale de l’Eglise catholique : en un mot, que le traité de Henri sur le divorce était en tout point une oeuvre parfaite.
Comme moyens auxiliaires de persuasion , les deux docteurs anglais apportaient au pape la promesse de la restitution des places de Ravenne et de Cervie qqe les Vénitiens occupaient alors , et que Henri espérait obtenir d’eux.
Henri, de concert avec François I*% déclara la guerre à Charles-Quint vers cette époque (22 janvier 1528).
Mais cette déclaration de guerre de la art du roi n’avait au fond rien de ien sérieux. Charles répondit au héraut de Henri avec beaucoup de modération et en termes fort respectueux ; il témoigna des regrets d’avoir perdu son amitié et imputa ce changement à la rancune du cardinal Wolsey; « Je ne puis voir, s’écria-t-il , sans en être cruellement blessé, l’outrage que votre maître fait à ma tante , ni l’insulte qu’il fait à moi-même , en déclarant aujourd’hui entachée de bâtardise, sa lille Marie, qu’il m’a pressé de prendre pour épouse. Je sais d’où tout cela vient : c’est que je n’ai pas voulu céder à l’avidité insatiable du cardinal , ni employer mes armées pour le faire nommer pape ; voilà les raisons pour lesquelles il a juré haine et vengeance contre moi, et pourquoi il excite son maître à faire cause commune avec mes ennemis. » Les coffres de Henri étaient à sec; et les marchands anglais s’étant plaints hautement de l’interruption de leurs affaires avec la Flandre, Wolsey fut obligé de faire suivre
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la déclaration de guerre d’un autre acte par le quel il fut convenu qu’il y aurait une suspension d'hostilife entre l’Angleterre et les possessions de l’Empereurdans la Flandre. Un armistice de huit mois fut en conséquence conclu entre les Pays-llas et l’Angleterre ; cet armistice ne touchait en rien à la position respective du royaume et de l’Espagne; les choses restèrent dans le même état ; mais , par le fait, la guerre ne se fit qu’en Italie , et faute d’argent , Henri n’y prit aucune part sérieuse.
La grande , la principale affaire qui occupait Henri à cette époque c’était l’affâire de son divorce ! Ses ambassadeurs, Fox et Gardiner, arrivèrent à Oviette, où était le pape, et lui présentèrent le livre que Henri avait composé ; ils défendirent la cause de leur maître, soutinrent l’illégalité de son mariage , et démontrèrent au papequ’il y avait nécessité de nommer une commission composéede deux prélats chargés de décider cette importante affaire, et au jugement desquels le pape devrait se rendre. Ce projet de commission était l’œuvre de Volsey, qui désirait être un des commissaires proposés. Le pape, quoique un peu humilié par ses revers passes et sa situation présente, tenait beaucoup encore aux droits de ses prédécesseurs. Mais|d’un autre côté, les pressantes sollicitations des ambassadeurs, et plus encore que ces sollicitations , les succès des Français et de leurs alliés , qui s’étaient emparés du royaume de Naples , s’opposaient à ce qu’il rompît ouvertement avec Henri. Il employa la ruse. Par une bulle datée du Cjuin, à Viterbe, le cardinal Wolsey et le cardinal Campegge furent nommés commissaires et reçurent les pouvoirs les plus étendus pour juger et terminer l’affaire du roi relative a son mariage. Le'13 juillet 15281e pape signa une autre bulle par laquelle il s’engageait à ne point révoquer la commission des légats et à ne point évoquer la cause à Rome; enfin par une décrétale il annula le mariage de Henri avec Catherine , et lui permit de prendre une autre épouse.
Le cardinal Campegge jouissait de
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toute la confiance de son maître; il feignit d'abord, à raison de son âge et de ses infirmités, beaucoup de répugnance à entreprendre le voyage d’Ançleierrc;etlorsqu’àforced’impbrtunites, de promesses et d'argent, les ambassadeurs eurent vaincu sa résistance, il fit la route si lentement qu’il n’arriva pas avant le mois d'octobre. Henri voulut lui faire une réception brillante; mais Campegge parvint à s’y soustraire en prctest.mt un violent accès de goutte.
Après quelques jours de repos on le porta dans un fauteuil à Bridewell, où le roi donnait audience. Le secrétaire de Campegge prononc^a un discours en latin, dans lequel il raconta les atrocités que l’armée de l’Empereur avait commises à Rome, et il termina par une flatterie pour Henri, qu'il nomma le libérateur du pape et le sauveur de l’Église. L’évèque Fox fit une réponse dans lu même langue ,à ce discours. Tout allait au gré des désirs <lu roi; du moins Henri le pensait ainsi; lorsqu’à l'issue de l'audience, et dans une conférence particulière avec Campegge, celui-ci l’exhorta à vivre en bonne union avec la reine et à se désisterde son projet dedivorce : Campegge, pour appuyer ces exhortations, montra au roi une décrétale- du pape qui annulait labulledonnce précédemment aux ambassadeurs de Henri et par laquelle le souverain pontife annulait le mariage de Henri et lui permettait d’en former un autre. Campegge av.iit ordre de ne pas se dessaisir de celte bulle, et quand le roi lui demanda de la lui confier pour quelques jours, Campegge s'y refusa. H fallut envoyer de nouveaux ambassadeurs à Rome.
Une grave maladie, dont le pape fut attaqué au mois de février 1529, ranima pendant quelque temps les espérances de Henri et de Wolsey. Le cardinal pouvait bien encore devenir pape; affaire du phis haut intérêt pour le roi, car Henri connaissait trop bien son ministre pour douter un instant que dans ces fonctions importantes il ne s’empressât de se rendre à scs vœux. Mais le ror et son ministre
durent renoncer à leurs espérances; le pape recouvra la santé. D’un autre côté, la persistance de Henri faisait naître de vifs mécontentements, et dans plusieurs parties du royaume ily eut des soulèvements qui nécessitèrent de la part du roi une déclaration publique. Henri annonçait à ses sujets que les scrupules de'sa conscience et la crainte de laisser une succession susceptible d’être contestée l'avaient décidé à fiiire examinerla légitimité de son mariage ; mais qu’il était fort éloiné d’avoir pour la reine du dégoût et e Taversion. Cette déclaration et les menaces dont elle était accompagnée calmèrent pour quelque temps l’effervescence populaire.
Henri espérait enfin que Campegge reculerait devant la nécessité de mettre au grand jour la diiplicitédu pontife; il exigea que les deux légats exécutas.sent sansdélai la commission dont ils étaient chargés. La cour suprême, qui devait décider ce grand débat, se réunit le 31 mai. Wolsey et Campegge prirent leurs places et sommèrent le roi et la reine de comparaître. Le roi se fit représenter par deux procureurs, mais la reine comparut en personne : elle dit u’elle protestait contre le jugement es deux cardinaux, et qu’elle en appelaitau pape. A lorsCampeggeajourna la cour au 21 juin. Ce jour-là Henri comparut en personne et s’assit à la droite des cardinaux ; il répondit « Présent » à l’appel de son nom. La reine assise à la gauche des deux cardinaux , et assistée de quatre évêcjues , i ne répondit qu’au second appel de son nom; elle se leva, se jeta aux pieds du roi, lui demanda en quoi elle avait pu l’offenser; elle protesta de son amour ’ et de sa soumission, et lui rappela ' qu’ils avaient vécu vingt années dans les liens du mariage. « Vous pouvez, I dit-elle, me fàire beaucoup de mal; car je n’ai |>oint de conseillers ni de juges impartiaux autour de moi. Remarquez !
que mes juges ont tous été pris dans ; votre conseil. .Te vous demande comme une grâce et pour l’amour de Dieu, qui I est le véritable juge des hommes, de ne point m’obliger à me soumettre aul '
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jugement de Cctte cour, jusqu’à ce que je sache de mes amis d’Espagne ce que je dois faire. Si vous me refusez une faveur aussi juste, que votre volonté soit faite; mais alors, je remets ma cause dans les mains de Dieu. » Catherine se levant aussitôt, fit un profond salut; mais, au lieu de reprendre .sa place, comme on s’y attendait, elle sortit de l’audience, et ne voulut plus y rentrer.
Henri, désirant combattre l’effet des paroles de Catherine, recourutau mensonge. Il dit que la reine avait effectivement accompli ses devoirs de reine de la manière la plus digne et la plus honorable; mais que les scrupules de sa conscience et la craintedela colère de Dieu lui avaietit inspiré la conduite qu’il tenait aujourd’hui ; et quant à Wolsev, qu'il ne lui avait point suggéré l’idée de ce procès; qu’au contraire, U avait essayé de l'en dissuader.
Les débats commencèrent, malgré l’absence de la reine, et on entendit un grand nombre de témoins qui afiirmèrent sous sermentqueleprince Arthur avait consommé, son mariage, et qui indiquèrent toutes les preuves d’un fait passe depuis si longtemps. Le 30 juin, jour li.Yé pour le prononcé de la sentence, le roi alla se placer dans une pièce qui touchait à celle du tribunal ; mais, lorsque, d’après ses ordres, l’avocat qui avait plaidé sa cause demanda à Campegge la sentence, celui-ci d’une voix forte prononça ces paroles : « Je ne suis venu ici pour plaire à aucun homme, roi ou tout autre, et mon caractère de juge me déf^end de céder à la crainte ou aux promesses. Je suis vieux, infirme.
Qu’arriverait-il, si, par l’espérance de quelque faveur dans ce monde, j’allais déplaire à Dieu , et encourir ainsi , par une lâche complaisance, la damnation éternelle. Autant que je puis le voir, l’affaire qui nous est soumise est très-difücile. La défenderesse se refuse à comparaître, et elle a fait appel de notre jugement en cour^ de Rome. Eu conséquence, et pour éviter de commettre une injustice et lever toutes mes incertitudes, je déclare
qu’avant de prononcer la sentence je consulterai l’opinion du pape et dei personnes de son conseil qui opt plus d’expérience que moi. J'ajourne la cause jusqu’au mois d’octobre. »
A ces mots, le duc de Suffolk, beau-frère du roi, frappa violemment sur la table et s’écria que le vieux proverbe avait raison, « que jamais légat n’avait rien apporté de bon en Angleterre, o Cette attaque déplut à Wolsey ; il se leva avec beaucoup de dignité et dit : « Milord, de tous les hommes de ce royaume vous êtes celui assurément qui a le moins à se plaindre des cardinaux; car, sans moi, simple cardinal que je suis , vous n’auriez pas en ce moment votre tête sur les épaules, et votre nouche n’aurait pas prononcé les paroles dures que nous venons d'entendre. Sachez que mon collègue et moi-même ne le cédons à personne en bonnes intentions pour le roi, et que nul ne cherche plus vivement que nous-mêmes à complaire à ses désirs légitimes. Si vous-même vous agissiez au nom du roi, dans un pays étranger; si vous aviez une affaire à traiter aussi importante que celle qui nous occupe aujourd’hui , n'apporteriezvous pas toute votre prudence et feriez-vous autrement que nous avons fait nous-mêmes? Non, sans doute. Je vous engage à ne nous prêter aucune mauvaise intention; nous ne sommes que des commissaires dont les fonctions sont limitées, et nous n’ajournoiis point notre jugement sans des causes suffisantes. °
La colère de Henri ne peut se rendre; il vit clairement qu’il était la dupe du pape. Wolsey lui-même qu’il avait tiré de la poussière, pour l’élever au faîte des grandeurs, qu’il avait honoré de son affection, de toute sa confiance, Wolsey ne lui avait point donné dans toute cette affaire dos preuves d’un grand dévouement. Sa conduite était incertaine, équivoque; son langage au duc de Suffolk semblait indiquer qu’il s’était prêté à cette perfidie. Wolsey fut perdu.
Pour se distraire de ses chagrins, Henri fit, vers le commencement du
mois d'noût, une excursion, dans le Northaiiiptonsliire, accompagné d’Anite de Boleyn; les deux légats le suivirent, et à Grafton, ils furent reçus par le roi qui les traita civilement et ne laissa rien percer de son ressentiment. Les deux cardinaux retournèrent le soir à Towcester, et, dans la matinée du lendemain , Wolsey revint chez le roi; mais Henri lui fit dire d’accompagner Carapegge à Londres.
Wolsey ne devait plus revoir son maître. Suffolk que Wolsey avait cruellement blessé, le duc de Norfolk, et plusieurs personnages de la plus haute noblesse, Anne de Boleyn elle-même, dont Wolsey se croyait sûr, représentèrent au roi que Wolsey n’avait jamais désiré sincèrement son divorce avec la reine; mais que, dans toute sa conduite, il avait suivi l’impulsion de la cour de France qui, depuis longtemps , l’avait acheté. On conduisit d’abord très-mystérieusement cette affaire, et ce ne fut que dans les premiers jours d’octobre qu’elle éclata. Le cardinal se rendait avec sa pompe ordinaire à Westminster pour ouvrir la cour delà Chancellerie; il remarqua qu’aucun des serviteurs du roi ne lui rendait les honneurs accoutumés. Le même jour. Hall, procureur général, lança contre lui a la cour du banc du roi une accusation pour avoir violé une loi de Richard II, en recevant de Rome une bulle qui le nommait légat a latere; violation qui entraînait les peines portées par l’acte de premuiiire,c'est-à~ dire la forfaiture au roi de tous les biens et meme de la liberté del’accusé. Une pareille accusation eût inspiré peudecraintesà Wolsey dansune autre circonstance, tant elle lui eût paru ridicule, mais Wolsey connaissait bien son maître, et il vit tout d’abord que sa perte était résolue.
N’attendez pas de lui cette énergie qu’on aime à trouver dans un homme abattu. Qu’est devenu ce cardinal si vain, si superbe dans sa grandeur? Il ne cherche point à se défendre de l’accusation portée contre lui; il reconnaît sa culpabilité, et remet son sort
dans les mains du roi en lui disant u’il ne sait pas comment il l’a offensé, ur la promesse qui lui est faite qu’il conservera ses dignités ecclésiastiques et les biens qui en dépendent, il donne tout le reste de ses niens au roi. On peut juger des richesses immenses du cardinal et des exactions auxquelles l’acquisition de tant de trésors dut donner lieu par l’énormité de la donation. Ces sommes furent évaluées à un demi-million d’écus. Henri, alléché par une eapture aussi riche , voulut davantage ; et la promptitude que mit son ministre à s’exécuter ne le désarma point. Quelques jours après, les ducs de Suffolk se rendirent à York-Place aujourd'hui White-Hall, résidence à Londres de Wolsey; ils dirent au ministre déchu de la part du roi de uitter cette demeure splendide et e se retirer dans sa résidence d’Esher près d’Hampton-court. Wolsey répondit c|u’il allait faire ses préparatifs de départ; puis ses ennemis lui ordonnèrent , d’un air de triomphe , de rendre le grand sceau. « Milords, dit Wolsey, j’ai reçu le grand sceau des mains mêmes de mon souverain; il me l’a donné par lettres patentes, et je ne puis le rendre sur la simple parole de vos seigneuries. » Le lendemain les deux lords lui ayant présenté un ordre signédu roi, ileiur remit sansdifflculté le sceau royal. Il quitta aussitôt sou palais,ets’enibarqua dansune gondole.
La grande nouvelle était déjà connue dans Londres, et les eaux de la Tamise ployaient sous des bateaux chargés de spectateurs; ceux-ci le sifflèrent et lui jetèrent à la face des paroles de mépris et des menaces. Il arriva à Putney, et voulut sc rendre par terre à Esher. Un des chambellansdu roi arrivant alors à toute bride lui présenta une bague de la part de Henri et l’engagea à la patience en lui disant qu’il espérait te voir prochainement (fans une position meilleure.Le cardinal (descendit de sa mule et tomba à genoux ; puig, ôtant son bonnet, il fit une humble prière pour remereier Dieu de la bonne nouvelle ; se tournant alors vers le chambellan, il lui dit que cette nou-
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v«lle valait pour lui la moitié d’ua royaume, mais que, comme on ne lui avaitlaissé que les habits qu'il avaitsur le dos, il ne pouvait lui donner une récompense convenable. Il présenta à l’envoyé une petite chaîne d’or et un cruciflx. « Quant à mon souverain, ditil , je suis fâché de n’avoir rien à lui offrir qui soit digue de lui. Je me trompe, repnt-il après un court moment de réflexion, voici mou fou qui est à cheval ; je vous prie de le conduire à la cour et de le donner de ma part à Sa Majesté. Je vous garantis que pour les délassements d’un seigneur il n’y en a point de pareil. »
Mais ce retour de faveur ne fut pas de longue durée; car un parlement fut aussitôt convoqué pour consommer la ruine du cardinal. Le 1” décembre 1529 une longue adresse, ui contenait quarante-quatre chefs ’accusation contre le cardinal, fut rédigée par un comité choisi dans le sein des communes. Quelques-unes des accusationsportées contre le malheureux cardinal étaient dictées par la haine et la vengeance. On y lisait ces mots:
« Votre Grâce étant notre souverain seigneur et chef dans lequel résident toute la richesse et la sûreté de ce royaume, et ledit lord cardinal, sachant qu’il avait le sale et contagieux mal de Naples , et des éruptions de ce mal sur differentes parties du corps , n’en venait pas moins tous les jours auprès de Votre Grâce lui parler à l’oreille, l’infecter de son haleine impure, et l’exposer à des dangers dont elle a été préservée par la bonté infinie de la Providence ; et quand ledit cardinal fut guéri du gros mal, il fit croire à Votre Grâce qu’il avait eu un abcès dans la tête. > Le cardinal trouva parmi les membres de la chambre des communes un défenseur dans Thomas Cromwell, son intendant, qui d’une condition obscure était parvenu aux premières dignités de l’État. Cromwell défendit son maître avec tanttl’éloquencequel’adressefutrejetée partes communes. Ce même parlement adopta presque dans le même temps un acte dont l’injustice et la tyrannie
l’emportaient de beaucoup sur toutes les vexations du cardinal. Le roi avait emprunté .à ses Sujets de toutes les classes des sommes considérables, sur des obligations à terme et sur d’autres sûretés légales. Le parlement lui fit très-généreusement remise de toutes ces sommes, et déclara nulles toutes les obligations et les sûretés qu’il avait données. Henri remercia les deux chambres , et accepta le don qu’on lui faisait de l’argent de ses sujets.
Cavendish, intendant de ’Wolsey, nous fait l’inventaire suivant du palais de Y ork-Place, lorsque le cardinal quitta cette résidence. « Dans la galerie, dit-il , il y avait un grand nombre de tables chargées de ballots de riches étoffes , de pièces de soieries de toutes les couleurs ; on y voyait des velours , des satins, des taffetas gros grain, écarlate, et d’autres marchandises précieuses. Il y avait mille pièces de la
f)lus belle toile de Hollande. Dans ’attente d’une visite du roi, la galerie était tendue d’étoffe d’or et d’argent; on voyait aussi d’un côté de la galerie de magnifiques chapes d'église que le cardinal avait achetées pour en faire cadeau aux cathédrales d’Oxford et d’Ipswich. De ma vie je n’ai rien vu de si riche et de si brillant. Dans deux pièces attenantes à la galerie, dont une était connue sous le nom de la chambre dorée, il y avait exposée sur deux longues tables une immense quantité de vaisselle de toute espèce; une partie était d’or pur. Sur les tables ou buffets où était la vaisselle, il y avait un registre qui indiquait le nom et le poids de chaque pièce. Tous ces biens furent perdus pour le lord cardinal; et, malgré les promesses du roi, la meilleure partie de ses revenus ecclésiastiques lui échappèrent encore.
Le fastueux, l’opulent Wolsey ne put acquitter les gages de ses domestiques, et fut obligé d’en renvoyer un grand nombre. »
Chose remarquable! cet homme qui par ses exactions avait amassé tant de naines sur sa tête , excitait maintenant les plus vives sympathies. Il était tombé dangereusement malade, et
toute la contrée qu’il habitait faisait des vœux sincères pour sa conservation. » Qui fut jamais plus aimé dans le nord du royaume, s’écrie Cavendish, que milord cardinal? Nous haïssons sou vent ceux que nous devrions aimer!
Il est vraiment étrange de voir comnie ils ont changé, et comment ses ennemis les plus acharnés sont devenus ses amis les plus chauds ! » Disons, pour expliquer ces sympathies, que Wolsey d’arrogant et her était devenu doux, humain, hospitalier. Henri, par un retour d’amitié, lui avait permis de disposer d’une partie de ses revenus ecclésiastiques, et sa table s’ouvrit aussitôt à toute la noblesse de l’Yorkshire; sa main donnait largement aux pauvres; et ce qui était mieux, sey employait trois cents d’entre eux a réparer” les églises et les maisons religieuses de son siégé.
Mais les ennemis du cardinal étaient actifs et puissants; alarmés de quelques faveurs accordées à leur insu, et particulièrement de la permission que le roi venait de donner à Wolsey de résider à Richmond près de ta cour, ils réunirent leurs efforts pour l’éloigner; car ils craignaient qu’une entrevue entre le roi et le cardinal ne rétablit leur ancienne intimité. Wolsey reçut l’ordre d’aller résider dans son archevêché d’York; ce fut un coup de foudre pour l’infortuné cardinal, qui s’était toujours' flatté d’obtenir une audience du roi et de rentrer en grôce. Il conjura Cromwell, qui lui avait apporté cet ordre, de lui obtenir la permission de résider dans son évêclié de Winéhester, parcequ’il aurait été moins éloigné de la cour; mais ce fut en vain , le roi s’y refusa. Le goût de la dépense n’abandonnait pas le ministre disgracié.
Quand il partit, il se fit accompagner de cent soixante serviteurs et d’une file de charriots qui portaient ses meubles et sa vaisselle. Après un voyage a petites journées, il arriva à son château de Cawood, à sept milles d’York. Comme à son ordinaire AVolsey y reçut ceux qui vinrent lui rendre visite, et les ^raita généreusement. Wolsey voulut egayer sa solitude par un redouble-
ment d'activité. Tous les dimanchèir il allait dire la messe dans quelque église des environs, et il occupait un grand nombre d’ouvriers aux réparations de son château de Cawood.
Ses manières affables, ses largesses lui gagnèrent l’affection du clergé d’York, qui vint lui rendre visite en corps et l’inviter à se faire installer dans sa cathédrale comme l’avaient fait tous ses prédécesseurs. Wolsey y consentit, à la condition que cette cérémonie se ferait avec le moins de pompe que possible, et il fixa au premier lundi après la Toussaint le jour de l’installation.
A cette nouvelle, la noblesse et tous les gens riches des environs envoyèrent de la venaison, du vin et des provisions de tonte espèce à York pour y faire une fête brillante au cardinal. Un événement imprévu, et qui devait terminer cette singulière vie, en empêcha l’exécution. Quelquesjours avant la cérémonie, et lorsque Wolsey était à diner, on vint lui annonceir que le comte de Northumberland vevait d’arriver de la cour, et qu’il descendait de cheval. Wolsey exprima ses regrets de ce que le comte n’était pas arrivé avant le dîner ; car le comte avait été élevé dans sa maison, et il ne doutait pas que le roi ne l’eût choisi pour lui apporter de bonnes nouvelles ; en le voyant entrer^ il se leva et alla vers lui d’un air amical; puis, s’étant aperçu que le comte était entouré d’une escorte armée, qui se composait en partie des vieux serviteurs de sa famille, il lui dit avec beaucoup de grâce : ■« Milord, je m’aperçois que vous n’avez point oublié les préceptes et les instructions queje vous ai donnés , lorsque vous étiez jeune ; vous aimez toujours les vieux serviteurs de votre père. “ Prenant la main du comte avec amitié, il le conduisit dans une autre chambre. Northumberland, touché de cette réception, hésita pendant quelque temps à remplir son message; mais, à la lin, il posa une main tremblante sur l’épaule du vieillard et lui dit d’une voix émue : * Milord, je vous arrête au nom du roi; vous êtes ac~
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cus^ de haute trahison. » L’infortuné cardinal, altéré par la surprise, ne put roféreruiieparole; et, lorsqu’il revint e SD stupelir, ce fut pour se livrer à des gémissements et à des lamentations.
Il suivit le comte sans difficulté, et arriva à Shefüeld-Park, résidence du comte de Slirewsbury, grand maltrede la maison du roi; mais là un flus de sang l'obligea de garder le lit pendant quinze jours. Quand il reprit son voyage, il étaitsi faiblequ’oniutobligé de ie tenir sur sa mule. Le soir du troisième jour, il arriva à l’abbaye de Leicester, où il fut reçu à la lueur des torches par les moines.*» Mon père, ditil à l’abbé, je viens mourir chez vous. » En elTet, les moines le trausportèrent dans un lit d’où il ne se releva plus. Le second jour il fit appeler le chevalier Kingston, gouverneur de la Tour, que l’on avait envoyé pour s’assurer de sa personne. Il l’entretint longtemps de ce qui s’était passé entre le roi et luimême au sujet du divorce projeté ; « Si j’avais servi mon Dieu, lui dit-il, avec autant d’exactitude et de zèle que j’ai servi mon roi, il ne m’aurait pas abandonné dans ma vieillesse; mais j’ai mérité mon sort en négligeant mes devoirs vis-à-vis de Dieu pour ne m’occuper que du service de mon prince. » Le cardinal expira le 2'J novembre 1530 à huit heures du matin.
Telle fut la fin du célèbre cardinal; il avait soixante ans ; on l’enterra sans aucune pompe dans l’église du monastère. Si nous sommes entrés dans des détails aussi longs sur les dernières pages de sa vie, ce n’est point pour justifier sa conduite; car toute sa vie politique ne fut qu’une série d’actes injustes et souvent odieux. Mais nous avons voulu montrer cet homme, auquel ses ennemis les plus acharnés n’ont point refusé de brillantes qualités, tombant sous le premier caprice de son maître. Quels regrets donna Henri à VVolsey pour prix de tant d'actes blâmables commis par ses ordres et pour lui plaire? La nouvelle de la mort du cardinal fut reçue par lui avecuue profonde indifférence; puis Henri demanda à Caveudish, qui la
lui avait apportée, où était une somme de quinze cents livres qu’il supposait que VVolsey avait cachée quelque part.
Un seul acte d’indépendance avait causé la chute du favori ; il avait fait quelques représentations à son maître au sujet de son projet de mariage avec Anne de Boleyn , et ce maître impérieux l’avait aussitôt brisé.
Il fallait à Henri des hommes qui obéissent à ses volontés, à tous ses caprices, ou du moins des hommes assez habiles pour déguiser leurs sentiments en flattant sa vanité; car Henri avait l’ambition de croire qu’il agissait par lui-même, bien que, dans un grand nombre de circonstances , il ne faisait que céder à l’impulsion des autres. Un autre personnage s’élevait alors en faveur. C’était le célèbre docteur Craiimer de Cambridge, qui devait, comme Wolsey, sa célébrité à des circonstances extraordinaires. Il était un soir à souper chez un gentilhomme de Woltham, appelé Cressy, lorsque le hasard y amena les docteurs Fox et Gardiner. Pendant le souper le divorce du roi devint le sujet de la conversation, et les deux docteurs ayant demandé à Cran mer ce qu’il y avait de mieux à faire dans cette circonstance, il leur dit qu’au lieu de perdre du temps à Rome en négociations inutiles, il vaudrait mieux proposer à tous les savants théologiens de l’Europe, et aux plus célèbres universités, la question suivante : » Les lois de Dieu, telles qu’elles sont écrites dans la Bible, permettent-elles à un homme d’épouser la veuve de son frère? »
« Si les réponses, ajouta ledocteur, sont universellement négatives, comme je le suppose, le pape n’osera pas prononcer une sentence contre le sentiment de tant d'hommes éclairés et de corps savants. » Cet avis plut au roi ; il envoya cherclœr Cranmer, le plaça dans la maison du chevalier Boleyn, père d’Anne de Boleyn, et l’invita à composer un ouvrage en faveur du divorce. Le livre composé, Henri s’occupa de recueillir les opinions des savants et des universités de l’Eürope. A Oxford et ù Cambridge, Henri obtint
un succès complet ; mais dans les universités étrangères où ses menaces ne pouvaient rien, il fallut recourir à la corruption. En Italie, les universités de Bologne , de Padoue et de Ferrare,' se déclarèrent pour Henri ; en Allemagne, où la domination de l’Empereur était toute-puissante, lesdocteurs allemands, protestants et catholiques, condamnèrent tous, à quelques exceptions près , le projet de Henri. Luther lui-meme pensait qu’il était plus légitime pour Henri de vivre en état de mariage avec deux femmes que de divorcer avec Catherine pour épouser une autre femme. En France, les universités de Paris, d’Orléans, de Toulouse, d’Angers et de Bourges, déclarèrent que le mariage de Catherine était contraire aux lois de Dieu. Les autres universités ne furent point consultées; ou, si elles le furent , on supprima leur opinion, parce qu’elles n'étaient pas favorables <i Henri.
Cependant Henri voulait une dernière fois s’adresser au pape. Il envoya Cranmer et le comte de Wiltshire, père d’Anne de Boleyn, à Rome , et les chargea d’etnpioy'er tous les moyens possibles pour obtenir leconsentementdésiré. L’Empereur se trouvait à cette réception. En voyant au nombre des ambassadeurs le comte de Wiltshire, il ne put retenir son indignation : « Arrêtez, monsieur, s’écria-t-il : laissez parler vos collègues; vous êtes partie intéressée dans cette cause. » Le comte répondit qu’il parlait au nom de son souverain et non comme père d’Anne de Boleyn ; Charles reprit qu’il ne vendrait jamais l’honneur de sa bonne tante Catherine.
Le comte partit et Cranmer resta à Rome. Cranmer s’offrit hardiment de soutenir contre tous les savants de la cour du pape la légalité de divorce du roi ; mais personne n’accepta le défi du docteur.
Il serait fastidieux de suivre ce débat dans tous ses détails. Cranmer, trouvant qu’il ne pouvait rien obtenir du pape, quitta Rome , et se rendit en Allemagne, où, quelque temps après, il se convertit aux doctrines nouvel-
les, et où il épousa la nièce de son ami Osiander. Ce mariage fut tenu secret.
Grèce aux conseils donnés par Thomas Cromwell, on commençait à s’apercevoiren Angleterre qu’oii pourrait bien se passer de l’assentimentclupape.
Ce Cromwell était fils d’un forgeron de Putney ; son père lui avait donné une éducation assez libérale. Dans sa jeunesse il était allé sur le continent, où il avait appris plusieurs langues; sa vie avait été fort aventureuse. Il avait été employé en qualité de commis dans une maison de commerce à Anvers; il avait ensuite servi dans les armées du connétable de Bourbon, et se trouvait avec ce général au sac de Rome. A la paix il avait repris ses premiers travaux, et avait servi dans le comptoir d’un marchand de Venise.
De Venise il était revenu en Angleterre où il avait repris ses études et s’était livré à l’étude du droit. Wolsey, l’ayant pris à son service, l'avait chargé de ses affaires , et l’avait employé comme son principal agent dans la dissolution des monastères et la fondation de ses collèges.
Cromwell avait acquis dans cet emploi de grandes richesses. Il fut bientôt élu membre de la chambre des communes , et son éloquence et ses talents en firent un des membres les plus distingués de cette chambre. On ne sait, au juste, comment il conserva la faveur de la cour, après la chdte de Wolsey; mais, dès qu’il eut obtenu un pied à la cour sou esprit pénétrant comprit tout d’abord ravantage qu’il pourrait retirer d’une pareille situation.
Au moment donc où Henri et ses courtisans paraissaient le plus alarmés de la vigoureuse opposition que leur faisait pape, il demanda une audience au roi, et lui dit que la plus grande difficulté avait sa source dans la timidité des ministres qui se laissaient conduire par l’opinion populaire ; que le meilleur moyen de décider la question du divorce était de nier l'autorité du pape, et de ne tenir compte que de l’opinion des universités, opinion qu'on pouvait faire coq*
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firmer sans peine par le parlement anglais. Cromwell recommandait également au roi de suivre l’exemple des
firinces allemands , qui avaient adopté a religion nouvelle, et*de se déclarer le chef suprême de son Église; il démontrait ensuite à Henri que , par la séparation du pouvoir spirituel d’ayec le pouvoir temporel, il n’était qu’un demi-roi; et que, pour être entièrement roi, les évéques et le clergé devaient être dans la dépendance absolue de la couronne.
Ces conseils furent fortement goûtés par Henri qui voyait déjà la possibilité de s’approprier les richesses du clergé. Pour mesure préparatoire, il lança une accusation de premunire contre le corps entier du clergé, parce ne celui-ci avait reconnu l’autorité e Wolsey comme légat; et aussitôt Cromwell, qui venait d’être admis dans le sein du conseil, donna à entendre au clergé que la colère royale s’apaiserait par le don d’une ' grande somme d’argent. Le clergé offrit cent mille livres sterling. Cette somme ne suffisait pas à Henri , il demandait davantage. Toutefois il consentait à accepter la somme si les prélats le reconnaissaient pour le protecteur et le chef suprême de l’Église et du clergé d’Angleterre. A cette proposition inattendue, le clergé se récria beaucoup; maislamajoritéde ses membres cédant à la crainte, l’on convint d’admettre cette nouvelle prétention avec cette restriction quantum per Ifgem Chrlsti liceat , autant que la loi du Christ pouvait le permettre. Henri ne l’entendait pas ainsi : « Mère de Dieu, s’écria-t-il en s’adre.ssant à Cromwell, vous m’avez joué là un plaisant tour. Je croyais me moquer de ces prélats, et voilà que, grâce à la manière dont vous vous y êtes pris, ce sont eux qui se moquent de vous et de moi. Retournez vers eux , et dites-leur que je ne veux ni quantum ni tantum dans toute cette affaire. » — Malgré la colère du roi, la clause restrictive qu’imposait le clergé resta ; Henri se contenta pour le moment des cent mille livres sterling qui lui étaient offertes.
L'affaire du divorce fut portée devant le parlement. Sir Thomas More , lord chancelier, accompagné de douze pairs , vint à la chambre des communes (30 mars 1531), et expliqua les motifs qui le faisaient désirer au roi. Une boîte, qui contenait les décrets des universités, les livres et les opinions des savants sur ce sujet important, fut ouverte; on en tira les décrets des universités, dont on fit la lecture en anglais. 11 y avait encore une centaine de livres, mais on n’eut point le temps de leslire. Quelques joursaprès, lamesure ayant été adoptée, le roi envoya à Greenwich plusieurs membres de son conseil privé pour inviter la reine à consentir au divorce; mais ils la trouvèrent inébranlable. Le chancelier Thomas More, dégoûté de la tournure que prenaient les affaires, se démit à cette époque de ses fonctions de chancelier, et trois jours après , le roi remit le grand sceau au chevalièr Thomas Andley.
Henri était plus épris que jamais d’Anns de Boleyn ; il résolut enfin de l’épouser. Anne l’avait accompagné en France ou il était allé au mois a octobre 1532 pour faire visite à François F’. Au retour de ce voyage, Henri la conduisit nu pied des autels. Le plus profond mystère dut envelopper cette cérémonie; car on ne sait, au juste, le jour où elle s’accomplit. Une chapelle retirée du palais de White- Hall , où se trouvaient déjà le docteur Lee, chapelain du roi, Norris et Heneage, gentilshommes de la chambre, et mistriss Savage, qui plus tard devint lady Berkiey, reçut les deux futurs.
Henri dit au prêtre qu’il avait enfin obtenu une dispense du pape, et que cet acte était sous clef dans son cabinet. Le chapelain n’opposa aucune difficulté; après la cérémonie, les mariés et leurs témoins se séparèrent en silence. Pendant plusieurs semaines les amis les plus intimes de Henri ignorèrent ce qui s’était passé. Cependant le roi envoya quelques jours après un agent confidentiel à François !"■, afin que le roi de France, qui devait avoir une entrevue pro-
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chaîne avec le pape, agît dans ses intérêts. Henri lui disait qu’il tiendrait son mariage secret jusqu’au mois de mai 1533, époque de ï’entrcvue ; que, si le roi de France parvenait alors à vaincre l’opiniâtreté du pape, le mariage serait légitimé par l’Église de Rome; mais que, dans le cas contraire, il serait validé par un tribunal nommé à cet effet par le roi lui-même.
Mais l’amoureux Henri était trop impatient pour attendre le résultat de cette entrevue. Cranmer était de retour de l’Allemagne; il lui donna l’archevéché de Cantorbéry que la mort de AVarham venait de laisser vacant. Malgré son récent mariage , et malgré sa conversion aux doctrines de Luther, Cranmer accepta ces fonctions, et son élection, grâce au soin qu’il prit de cacher sa position , fut ratifiée par le pape. Le nouveau primat se saisit de l’affaire qu’il appelait a la grande cause , » et s’empressa de reconnaître la supériorité du roi à tou tes les lois civiles ou ecclésiastiçjues. D’un autre côté, le parlement, cédant à l’impulsion de Cromwell, passa deux bills dont l’un défendait pour toujours les appels en cour de Rome; l’autre déclarait la reine Catherine déchue de son titre de reine , et lui donnait en échange le simple nom de princesse douairière de la principauté de Galles i comme veuve du prince Arthur, son premier mari, seul titre, disait la loi, qui fût légitime. On nomma ensuite une cour composée de l’évêque de Lincoln, de Gardiner et des evêques de Londres et de Bath , devant laquelle Catherine fut citée à comparaître. La reine s’y refusa. .Mais Cranmer la dénonça contumace, et prononça contre elle un Jugement qui infirmait son mariage et le déclarait nul (23 mai 1533). Quelques jours après, Anne, qui se trouvait enceinte, fut proclamée reine dans Westminster, et reçut la couronne des mains de l’archevêque.
Ainsi fut consommée l’union de Henri avec Anne de Boleyn. Un événement de cette gravité , dans un pays où la nation existait, pour ainsi dire.
dans la personne de son roi , où sa grandeur s’élevait et s’abaissait selon la nature des actes de son souverain, devait naturellement jeter une perturbation profonde dans tous les intérêts intérieurs et extérieurs du royaume.
Au dehors, le pape et Charles-Quint ne pouvaient manquer d’être vivement irrités. Au dedans, deux partis préparaient leurs armes; le parti papiste, c’est le nom que ses ennemis lui donnaient déjà pour le flétrir , et le parti protestant. Chacun d’eux commençait déjà à compter ses adversaires. Le arti protestant, bien oue peu nomreux, bien qu’obligé d’agir sourdement, car, malgré l’atteinte portée à l’autorité du pape, Henri avait encore la prétention de vouloir passer pour un bon catholique, triomphait alors par l’élévation au trône d’Anne de Boleyn, que l’on disait secrètement attachée au culte nouveau. Le clergé catholique avait contre lui de grandes fautes, des mœurs lâches, dissolues; ses disputes continuelles avec la (^ouronne qui l’avaient depuis longtemps affaibli ; mais il était encore vigoureux et pouvait opposer une résistance opiniâtre à ses ennemis; d’ailleurs la religion qu’il professait était la religion antique, la religion de la patrie depuis de longs siècles, et, à ce titre, il pouvait compter sur de puissants auxiliaires dans le peuple qui, habitué à ses fautes, les lui pardonnait volontiers.
Une vive sensation se manifesta donc au dehors et au dedans à la nouvelle du divorce et du mariage de Henri. Le pape annula la sentence de Cranmer, et lança une bulle d’excommunication contre Henri et la nouvelle reine. De son côté Catherine protesta.
Quand Montjoie , qu’on avait envoyé près d’elle, lui apprit que la séparation et le divorce avaient eu lieu du consentement de tous les lords spirituels et temporels, et des communes du royaume, elle répondit que les universités et le parlement n’avaient point le droit de prononcer le divorce ; qu'elle maintenait son appel au papet le seul tribunal compétent en pareille matière. L’opinion populaire, cette
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arme ài forte quelquefois , se manifestait également en faveur de la malheureuse reine, car d’une extrémité à l’autre du royaume, on n’entendait que des paroles de mépris et des injures contre la nouvelle reine que le peuple appelait <• Nan Bullen' » L’gpposition la plus énergique vint des moines ; ils avaient déjà beaucoup perdu , et qui pouvait leur assurer que dans un temps plus rapproché ils ne perdraient pas davantage encore ? Un moine nommé Péto prêchant un jour à Greenwich devant la cour, prit pour texte de son sermon un passage de l’Écriture qui avait trait à la circonstance, et reprocha au roi en termes durs l’illégalité de son mariage. Henri garda le silence; mais le dimanche suivant le docteur Curwen montant en chaire censura vivement Péto , le traita de chien, de mendiant, de rebelle et de traître. Curwen, qui n’ignorait point l’absence de Péto, lui adressa une vive interpellation, comme s’il eût pu l’entendre; il lui reprocha ce qu'il appelait sa lâcheté pour s’être enfui, et le mit au défi de répondre à ses arguments. Henri Jouissaitde ce triomphe; mais le docteur était allé trop loin , et un moine du nom d’Elstow, qui était du même ordre que Péto , s’avançant au milieu de l’auditoire, répondit au prédicateur que le frère Péto était allé a un concile, de Cantorbéry, non par crainte du roi, mais par ordre de ses supérieurs; puis Elstow déclara soutenir en son propre nom la vérité de tous les faits que son confrère avait avancés; il dit que le roi avait commis un adultère en épousant Anne de Boleyn; et il ajouta que Curwen en soutenant le contraire avait moins en vue le salut de son souverain que l’espérance d’une promotion prochaine. Cet excès d’audace mit en fureur Henri, et de sa voix tonnante il imposa silence au moine. Le lendemain Péto et Elstow furent traduits devant le conseil et y reçurent une sévère réprimande; mais les deux moines n’avaient rien perdu de leur courage et de leur fierté. Le comte d’Essex leur ayant ditqu’ils méritaient d’étre mis dans un sac et jetés
dans la Tamise, Elstow lui répondit :
« Ces menaces, milord, ne sauraient effrayer que les gens riches et ceux ui placent toutes leurs espérances ans ce monde ; mais elles n’ont aucune prise sur nous; nous sommes prêts, et, comme nous connaissons la bonne voie qui mène au ciel, peu nous importe que nous y allions par terre ou par eau. » Les moines de l’ordre de Péto furent peu de temps après bannis du royaume, et le docteur Curwen, ainsi que l’avait prédit Elstow, reçut un évêché.
Henri rêvait encore une réconciliation avec le pape; car l’entrevue de François 1" qu’il avait chargé de ses intérêts, approchait; mais cédant bientôt aux obsessions de Cromwell et de la plupart des membres de son conseil, il sedéeida à rompre définitivement avec Rome. La naissance de la princesse Elisabeth dont Anne de Boleyn venait d’accoucher le confirma dans sa résolution , et les persécutions recommencèrent avec plus de rigueur contrôla reine. On l’obligea de quitter sa résidence de Ampt-Hill et de se retirer dans le manoir de Somersham.
Tous ceux qui lui donnaient encore le nom de reine furent jetés en prison et punis avec la plus grande sévérité. Le parlement s’étant assemblé, les appels en cour de Rome et les payements au pape furent abolis. Le titre de chef suprême de l’Eglise anglaise et le droit de nommer aux évêchés et de prononcer dans toutes les causes ecclésiastiques furent accordés au roi.
Cet acte solennel, qui consacrait la séparation de l’Église d’Angleterre et de l’Église romaine, reçut la sanction royale le 30 mars 1534. Le même parlement reconnut la légitimité du mariage de Henri et d’Anne de Boleyn ; il déclara la naissance de la princesse Marie, fille de Catherine, entachée de bâtardise , et régla la succession de la couronne en faveur des enfants mâles d’Anne de Boleyn, et, à défaut d’enfants mâles, en faveur d’Elisabeth. Un autre bill portait que tout auteur d’écritou d’imprimé con; tre le second mariage de Henri serait
traduit devant les tribunaux comme coupable de haute trahison , et que toute personne majeure serait tenue de prêter serment au nouvel acte de succession. Henri prit en grande cérémonie son nouveau titre et il ordonna de l’ajouter à ses autres titres, et d’en faire mention dans tous les actes publics. La séparation de l’Angleterre et de Rome fut ainsi délinitivement consommée, mais rien n’était encore changé au fond de la religion catholique ; les rites, les croyances restèrent les mêmes. Seulement la coupe endiantée, la baguette magique, le diadème éclatant dont Rome moderne s’était parée passèrent à d’autres mains.
De sinistres prophéties accueillirent ces changements. Une jeune lille d’Adington , dans le comté de Kent , Élisabeth Barton , surnommée plus tard la sainte fille de Kent, répandit dans le public le bruit d’un prochain bouleversement. Cette jeune fille était sujette à une maladie hystérique , et, à la vue de ses contorsions, le peuple la crut inspirée. Du Kent, sa réputation s’étendit à Londres et dans d’autres parties du royaume. Le gouvernement, vivement alarmé, la fit arrêter avec un certain nombre de ses complices. L’affaire fut instruite par l’archevêque de Cantorbéry , Cromwell et Hugh Latiraer, et fut portée devant la chambre étoilée. Les accusés au nombre de sept furent tous condamnés à faire amende honorable , et furent ensuite exécutés à Tyburn.
Une fois entré dans la voie des persécutions, le roi ne s’arrêta plus, et ses rigueurs frappèrent les personnages les plus illustres du royaume.
More et le vénérable Fisher, évêque de Rochester, l’un des prélats les plus savants de l’époque, ilevinrent ses victimes. Ami de Henri depuis son enfance, Fisher avait rendu de grands services à son père , et la duchesse de Richemond l’avait vivement recommandé au roi. Mais Fisher, qui portait un vif attachement au culte romain , était contraire au nouveau mariage, et on l’accusa d’avoir entretenudes re-
lations coupables avec Élisabeth Barton. Cependant Oomwell lui dit qu’il recevrait son pardon s’il voulait reconnaître ses erreurs et s’abandonner à la merci du roi. Fisher envoya une lettre à la chambre des lords, dans laquelle il avouait avoir eu une conférence avec Élisabeth Barton , et l’avoir entendu prononcer ses prophéties. Il avouait aussi n’avoir point communiqué ses discours à son souverain; « mais son silence, disait-il, ne pouvait être criminel, puisque la jeune fille ne lui avait parlé d’aucune tentative violente contre la vie du roi. » Cette justification ne parut point suffisante. On le déclara coupable de haute trahison. Sir Thomas More, qui quelque temps auparavant avait résigné les fonctions de chancelier, devint ensuite l’objet des persécutions de Henri. More était coupable au même chef que Fisher, mais il refusait en outre de reconnaître la succession du roi et de donner son approbation au divorce et au second mariage. Il fut condamné ainsi que Fisher à un emprisonnement perpétuel et à la confiscation de ses biens. Tous deux furent conduits dans la Tour, où ils furent traités avec la plus grande sévérité. Fisher, qui avait alors 76 ans, fut laissé sans vêtements, et ne reçut pour nourriture que des aliments grossiers. More n’échappa à de pareils traitements que par l’iiéroTsme filial de sa fille.
Fisherétaitdepuis un an dans la Tour lorsque le pape, par égard pour son grand âge , ses vertus et ses souffrances, lui envoya le chapeaudecardinal.
A cette nouvelle Henri entra en fureur. « Le pape , s’écria-t-il , peut lui envoyer le chapeau de cardinal si cela lui convient, mais je ferai bien en sorte qu’il n’ait point de tête pour le porter. » Fisher futalors accusé d’avoir dit que le roi, en matières spirituelles, ne pouvait être le' chef suprême de l’Église, et fut condamné à mort.
Son exécution eut lieu le 22 juin, et sa tête blanche fut placée sur le pont de Londres. Son corps, d’après les ordres de Henri , fut exposé nu aux
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PERIODE DES TÜDORS.'
iregQrds du peuple. On fit ensuite le procès de sir Thomas More. L’archevéque Cranmer, Cromwell et plusieurs autres allèrent le visiter dans la Tour pour lui arracher le serment de suprématie, mais More fut inébranlable. Il écrivit une lettre touchante dans laquelle il protestait de sa fidélité au roi , et déclarait qu'il n’avait jamais nourri dans son cœur de mauvaises intentions contre lui, Henri, qui joignait la mesquinerie à la cruauté dans ses vengeances , envoya Rich à la Tour pour enlever au prisonnier les livres qui avaient fait sa seule consolation pendant sa captivité. On le priva même de plumes , d’encre et de papier. Peu de jours après on le conduisit à Westminster- Hall, où il fut condamné à mort.
Comme il quittait la barre, son fils perçant la foule, tomba à ses genoux et lui demanda sa bénéfliction; et dans le trajet à la Tour, Marguerite Roper, sa fille chérie, qui l’avait consolé dans sa captivité , se jeta à son cou et bai-
fna son visage de ses larmes. Sir homas la consola et lui fit un dernier adieu , mais au moment de la séparation , la jeune femme s'attacha a lui convulsivement. More ne put retenir son émotion, il pleura avec amertume, mais il retrouva bientôt son courage; et quand on vint lui apprendre que le roi, dans sa miséricorae, commuaitsa peine en la simple décapitation, « Que Dieu préserve mes amis, s’écria-t-il en souriant, de pareilles faveurs! » On rapporte qu’à ses derniers moments il pria un de ses amis de l’aider à monter sur l’échafaud, vu que probablement il ne l’aiderait pas à en descendre. L’exécuteur lui demanda son pardon, il le lui accorda et lui dit en riant : K J’ai le cou trop court pour que mon exécution puisse vous faire honneur, »
et lorsqu’il eut la tête sur le billot, il lui cria d’attendre pour qu’il arrangeât sa barbe : « car, dit-il, elle n’a point commis de trahison et ne doit point être tranchée. » Sa mort fut vivement regrettée, et peut-être l'aurait-elle été davantage encore, si on n’avait pas eu à reprocher à IVlore
fil
lui-même de grandes persécutions.
Dans le même temps, Henri, comme pour dissiper les doutes que ces exécutions auraient pu faire naître sur son orthodoxie, faisait brûler à Smithfield des luthériens, des anabaptistes et d’autres qui étaient convaincus d’attachement à la religion nouvelle.
Un nouveau parlement ayant été convoqué par ses ordres , Henri , qui était devenu comme une sorte de pape laïque, fit de nouvelles victimes, mais cette fois il frappa indistinctemeut catholiques et partisans delà réforme.
C’est ainsi que le 5 mai, John Stoughton , prieur de la chartreuse de Londres, Augustin Webster , prieur de la chartreuse de Belval , Thomas Laurence, prieur de la chartreuse de Hexham, Richard Reynolds , docteur en théologie, et un moine de Sion , John Stailis, vicaire de Thitleworth, furent pendus et écartelés à Tyburn.
Le 18 du mois suivant , Exmew , Middlemore, Nudigate et trois moines dominicains, furent également exécutés. On déchira leurs membres, on arracha leurs entrailles et on leur trancha la tête.
Pour obtenir ces condamnations, on avait habitude de caresser les jurés, et quand ils résistaient, on les menaçait de les pendre eux-mêmes. Le 25 mai de la même année, dix-neuf hommes et cinq femmes furent examinés à St-Paul , et quatorze d’entre eux furent condamnés à périr dans les flammes.
Ces terribles exécutions avaient du retentissement au dehors. Charles- Quint, en apprenant l'exécution de More, fitappeler sir Thomas Elliot, ambassadeur d’Angleterre à sa cour, et lui dit : « Si j’avais eu à mon service un sujet aussi dévoué et aussi habile que More, j’aurais préféré perdre la meilleure ville de nos possessions que de le perdre lui-même.» François I*’ s’exprima en termes fort durs à cet égard; il dit à l’ambassadeur anglais àsa cour, que son maître devait se contenter de bannir de tels hommes, plutôt que de les mettre à mort. A Rome, Fisher et More furent canonisés , et
HISTOIRE' JD’ ANGLETERRE. '
Paul ITIj qui occupait alors la chaire de St Pierre, prépara contre Henri une bulle dans laquelle il lui accordait quatre-vingt-dix jours pour comparaître à Rome en personne ou par procuration. Le pape enjoignait , en outre, à tous les prêtres et moines de quitter les possessions d’Henri ; il déliait ses sujets du serment d’allégeance et invitait toutes les nations chrétiennes à cesser leurs relations de commerce avec l’Angleterre. Mais cette bulle resta dans les cartons , parce qu’on voulut la lancer dans un temps plus opportun.
Cette circonstance permit à Henri d’ouvrir des négociations avec les protestants de l’Allemagne et de s’allier d’une manière plus étroite avec François I*'. Il poursuivit alors ses plans de réforme avec une nouvelle ardeur, en établissant un ministère à part pour la direction des affaires ecclésiastiques. A la tête il mit le vigoureux Cromwell, qui reçut les titres de vice-régent royal, vicaire général et commissaire général, et il l’investit de toute l’autorité spirituelle , à sa place ; fonction étrange, pour un homme dont la vie s’était passée dans les comptoirs et dans les camps. Cromwell haïssait le clergé, qui lui rendait haine pour haine; et comme les caisses de l’échiquier étaient vides, le vicaire général proposa au roi d’abolir un certain nombre de monastères , de couvents et d’abbayes, et de saisir tous les biens qui en dépendaient. Cette mesure plut au roi. D’après ses ordres des commi.ssaires furent chargés de parcourir les provinces pour s’enquérir de la manière de vivre et des mœurs du clergé. Ces commissaires, auxquels on donna le nom de « visiteurs pour la propagation de la foi et pour la réforme de la discipline et des mœurs des ordres monastiques, «avaient l’ordre d’exiger des moines le serment de suprématie, et de les obliger à reconnaître la succession au trône des enfants d’Anne de Boleyn.
Un événement de' la plus grande importance survint au milieu de ces
dispositions. La reine Catherine était morte à Kimbolton ; elle avait cinquante ans. Quelques jours avant de mourir elle avait envoyé au roi une lettre touchante dans laquelle elle lui recommandait la princesse Marie, sa fille , et l’engageait à la traiter en bon père. Henri fut ému, dit-on, à la lecture de cette lettre ; cependant il se lit rendre les bijoux et les effets de la reine. Anne de Boleyn était au comble ^e la joie. Mais tout à coup la cqur apprit que la jeune et belle Jeanne Seymour, Allé du chevalier Jean SeymourdeWoolhall, avait allumé de nouveaux désirs dans le cœur du volpge Henri. Ce nouvel amour n’était point un secret pour la «reine elle-même, car elle avait surpris un jour sa rivale sur les genoux de Henri. Son agitation était devenue si vive, que peu de jours après elle avait mis au monde un enfant qui ÿiourut en naissant.
L’orage, qui grondait depuis queltemps sûr la tête de la reine, allait éclater. Anne, en accordant sa protection aux réformés, s’était fait des ennemis dans le parti catholique. Dès que ceux-ci s’aperçurent de l’inconstance du roi , ils” résolurent de la perdre. La vicomtesse de Rochford,
?ui avait épousé le frère de la reine, ut la plus acharnée à sa perte. Cette femme , d’un caractère odieux , commença à attaquer la réputation de sa belle-sœur, et, par ses insinuations perfides, elle cveilla la jalousie du roi. Le 1"' mai l.'iSG, on célébrait à Greenwich un tournoi en présence de toute la cour. Au milieu de la fête , le roi se leva brusquement , monta à cheval et partit, suivi de cinq ou six personnes. Le lendemain la reine vit arriver le duc de Norfolk et Andley , le chancelier, qui lui dirent qu’elle était accusée d’adultère et l’arrêtèrent au nom du roi. On la conduisit à la Tour, où l’avaient précédée le vicomte de Rochford, son frère, Norris, Weston et B rereton, gentilshommes de la chambre du roi, et un musicien nommé Smeaton, tous accusés d’avoir été ses complices.
Anne fut renvoyée à Greenwich
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jour y être examinée par le conseil être portée devant une commission privé , qui était présidé par le duc de judiciaire composée du duc de Nor- Norfplk ■, son onde et son ennemi folk , du lord chancelier et de plufnortel. A son retour la reine (jit à sieurs autres membres choisis par le Kingston, lieutenpntdela Tour, qu’elle roi. La reine se présenta devant ses avait été cruellement maltraitée par juges accompagnée de quelques femle conseil. Le vicomte de Rocht'ord et mes. On lui donna la permission de les quatre autres prisonniers furent s’asseoir, privilège dont nejoinssaipnt interrogés , et on essaya de leur faire pas les accusés d’un rang inférieur, avouer leur crime et celui de la reine, mais on lui refusa un défenseur, Sa Henri Norris , qui avait joui pendant présence d’esprit ne l’abandonna pas.
longtemps de la faveur du roi , reçut Elle repoussa avec beaucoup de fer-
la promesse d'Henri lui-même, de’ la meté leS charges portées contre elle; liberté et de la restitution desafortune cependant le tribunal la déclara cous’il voulait accuser la reine; mais Nor- pable de haute trahison, et la concis rejeta cette proposition avec mépris damna à être brûlée ou décapitée, en protestant de son innocence et de Aussitôt le barbare Henri résolut de celle de la reine. Quelques jours après, faire casser son mariage et de faire un acte d’accusation de haute trahi- déclarer la m issance de la princc.sse son fut dressé contre la reine d’An- Élisabeth entachée de bâtardise. Ayant gleterre, Henri Norris, Weston, AYil- appris que le jeune duc de Norliam Brereton et Smeaton le musicien, thumberland avait fait la cour à la La reine était accusée de trahison et reine, il essaya d’obtenir de ce seîd’adultère depuis l'époque de son ma- gneur la déclaration qu’il y avait eu riage. L’acte portait qu’enflammée entre lui et la reine une promesse de d’orgueil et de désirs incestueux , elle mariage; maisie comte jura, devant s’était concertée avec le vicomte de deux archevêques, qu’il n’y avait eu Rochford, son frère, et chacun des entre lui et Anne de Boleÿn aucune accusés séparément pour commettre promesse. On réussit mieux auprès de des crimes abominables ; qu’elle avait la reine, qui consentit à déclarer couché plusieurs fois avec chacun des qu’il y avait eu un empêchement légal cinq accusés, sans même en excepter a son mariage avec le roi. La sentence son frère; qu’elle avait dit à chacun du divorce fut prononcée et le inariaâ’eux qu’elle l'aimait mieux que le roi, ge déclaré nul. La seule faveur que le et qu'elle avait tramé avec les accusés roi accorda à Anne de Boleyn fut divers complots pour tuer leroi.Lemu- qu’elle ne serait pas brûlée. Deux jours sicien Smeaton , sur la promesse d’a- après Anne dut se préparera mourir, voir la vie sauve, confessa son inti- La veille encore elle semblait avoir mité avec la reine en trois occasions quelques lueurs d’espérance. l’beure différentes. Le vicomte de Rochford du dîner elle dit à Kingston, son goôdéclara qu’étant entré un matin chez lier, qu’elle espérait aller à Anvers, sa sœur lorsqu’elle était encore au lit. Mais quand elle apprit que sa deril avait posé la main sur le lit, li- nière heure était venue, elle fit appeberté qu’un acte du parlement avait 1er Kingston et protesta de nouveau depuis peu classée au nombre des de son innocence. « Je viens d’apcrimes de haute trahison. Rochford, prendre, lui dit-elle, que je ne dois Weston, Brereton et Norris furent mourir qu’à midi; j’en suis fâchée, condamnés et décapités, et à leur parce que je croyais que tout serait mort ils déclarèrent que la reine était terminé à cette lîeure et que je n’auinnocente. Smeaton le musicien fut rais plus à souffrir. » Kingston lui pendu, et au moment de son exécution, dit que la douleur qu’elle aurait à
il convint qu’il avait mérité la mort. éprouver ne serait point longue :
La cause de la reine avait été déta- « Tant mieux, répondit-elle; » et se chée de celle de scs coaccusés pour faisant un collier de ses deux mains,
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rfle ajouta : « J’ai entendu vanter l’habilete de l’exécuteur, et sa tâche sera facilé, car j’ai un cou fort petit. » A midi elle fut conduite au lieu de l’exécution , où se trouvaient déjà les ducs de Suffolk et de Richemond , les (ils naturels du roi, le chancelier Andley, le secrétaire d’Etat Cromwell, le maire, les aldermeri et les shérifs. Jamais elle n’ avait été si belle . Les angoisses de la douleur avaient disparu et un certain air de satisfaction rayonnait pr son visage. S’apercevant de l’émotion que causait sa présence , elle dit aux spectateurs : « Mes amis , ne pleurez point sur mon sort, et pardonnez-moi de m’être écartée quelquefois de la douceur et de la modération que j’aurais dû toujours conserver, et de n’avoir pas fait tout le bien que j’aurais pu faire. Je suis ici pour mourir et non pas pour accuser, ni pour me défendre des crimes dont je suis moimême accusée. Je prie Dieu d’accorder ses bénédictions et un long règne au roi, car il n’exista jamais de prince plus doux et plus humain. Il a toujours eu pour moi beaucoup de bontés.
Si quelqu’un de vous prétend me juger, je l’invite à méjuger a’’ec indulgence. » A ces mots elle ôta le voile qui couvrait sou cou , elle s’agenouilla et répéta ces mots : « Christ, ayez pitié de moi ; Jésus , recevez mon âme. »
L’exécuteur, qu’on avait fâit venir de Calais, lui donna le coup fatal. Anne de Boleyn qu’Henri avait tant aimée, et pour laquelle il avait remué ciel et terre, mourut quatre mois apres Catherine et trois ans seulement apres son mariage. On rapporte que le cruel Henri alla à la chasse dans la foret d'Epping le jour de cette e.xécution. A déjeuner ses courtisans remarquèrent sur son visage une inquiétude qui ne lui était pas nabituelle , mais au bruit lointain d’un coup de canon, une exi pression de joie ranima son visage. Il I se leva de table et s’écria : « L’affaire 4 est enfin terminée! Qu’on prépare la y meute. » Ce coup de canon lui annoiiçait que l’exécution venait d’avoir lieu. Le lendemain, il épousa Jeanne
Seymour, et la présenta à sa cour quelque jours après.
Le parlement s’assembla le 8 juin à Westminster et rendit alors un nouveau statut relatif à la succession en faveur des enfants qui pouvaient naître du mariage du roi avec Jeanne Seymour. Ce statut conlirniait les deux divorces du roi , déclarait illégitimes la princesse Marie ainsi que la princesse Élisabeth, assurait la couronne aux enfants futurs de la présente reine, et dans le cas où elle mourrait sans postérité , il autorisait le roi à choisir sou successeur. On suppose que, par cette clause, Henri avait l’intention de faire passer la couronne a son (ils naturel le duc de Richemond, auquel il portait une vive affection ; mais le duc mourut peu de temps après. A la même époque, la princesse Marie , qui vivait dans la retraite de Hamsden , rentra en grâce auprès du roi; mais il lui fallut signer unedéclaration par laquelle elle reconnaissait uue le roi était le chef siiprême de l’Eglise d’Angleterre et que son mariage avec sa mère était illégal et incestueux.
Cromwell supprimait et réformait les monastères. Il présenta au parlement un bill qui donnait au roi et à ses héritiers tous les établissements monastiques dont le revenu annuel n’excédait pas 200 livres sterling, ainsi que les propriétés personnelles qui dépendaient de ces établissements.
Ce bill fut adopté, et trois cent quatrevingts maisons religieuses furentainsi supprimées; elles donnèrent au roi un revenu annuel de 32,000 livres sterling, indépendamment de 100,000 livres sterling que l’on trouva en espèces et en joyaux précieux. Alors Henri lança plusieurs décrets spirituels qui méritent d’être cités. Dans r m, le nombre des sacrements de sept était réduit à trois, à ceux du baptême, de l’eucharistie et de la pénitence. Un autre défendai t l’adoration des i mages ; un autre abrogeait un certain nombre de jours de fête ; et les saintes Ecritures ainsi que les trois symboles , des
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apôtres, de Nicée et d'Athanase, étaient représentés à la nation comme les seuls radiateurs de sa foi. Chaque évéque devait expliquer les nouvelles doctrines en bon anglais et surveiller et diriger l'impressionet la distribution d’une traduction de la Bible en langue vulgaire. Le roi insistait sur la nécessité de la confession auriculaire et reconnaissait la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Pour le purgatoire , Henri déclarait qu’il y avait des doutes dans son esprit à cet égard; mais, prenant un terme moyen, il permit à ses sujets de prier pour les Ames de leurs amis trépassés, si ceux-ci de leur vivant n’avaient point enrichi les maisons reliieuses ou ne leur avaient point fait e donations.
Ces changements, faits avec trop de promptitude, causèrent une vive agitation dans la nation. Un cri de révolte partit deLincoInshire; au mois d’octobre 153(i, les habitants de cette province prirent les armes , au nombre de plus de vingt mille, et mirent àleurteteun nommé .Mackerel, prieur deBarling, qui prit le nom de capitaine Cobler. Le duc de Suffolk tut envoyé contre eux, mais trouvant l’insurrection trop formidable, il préféra négocier. Les insurgés adressèrent une remontrance destinée au roi, dans laquelle ils se plaignaient de ce qu’on avait supprimé des monastères ; de ce que des gens de naissance obscure et d’une réputation équivoque (lord Cromwell et sir Richard Rich étaient nommés), qui, disaient-ils, avaient provoqué les mesures nouvelles, dans un but personnel de lucre, avaient été admis dans le sein du conseil ; de ce que Cran mer et les évêques de Rochester, de Salisbtiry, de St-David et de Dublin, avaient détruit l'ancienne foi, et enfin de ce qu’on levait des subsides sans nécessité. Henri répondit a cette pétition, de la manière suivante :
« D’abord , disait-il , nous commencerons par répondre au quatrième et au sixième article de votre pétition , parce que ces deux articles sont relatifs au
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choix de nos conseillers. Je n’ai jamais lu, ni entendu dire, ni su que les princes, les prélats et les conseillers dussent être élus par un peuple ignorant et grossier, ni que ce peuple eût assez d’habileté pour discerner et choisir les conseillers qui conviennent le mieux à un prince. (Quelle présomption est donc la votre, vous habitants rossiers d’un comté qui est consiéré comme le plus rude et le plus stupide du royaume ? Comment osezvous trouver votre prince en faute pour avoir élu des prélats et ses conseillers, et vouloir, contrairement aux lois divines et humaines, imposer des conditions à votre roi , que vous vous êtes engages à servir au sacrifice de votre existence, de vos terres et de vos richesses , et à n'abandonuer pour aucun motif? Quant à la suppression des monastères et autres établissements religieux, notre volonté est que vous et tous nos sujets sachent bien que cette suppression nous a été accordée par tous les lords spirituels et temporels du royaume, et par les communes en vertu d’un acte du parlement, et non d’après la simple volonté ou fantaisie de mes conseillers, comme vous cherchez faussement à le persuader à tout le royaume. Vous alléguez que le service de Dieu a beaucoup souffert; c’est précisément le contraire, car nous avons respecté les établissements dans lesquels Dieu était bien servi , tandis ue nous avons supprimé ceux qui taient souillés par le vice et les mauvaises mœurs. Cela est évident par la confession qui en a été fdite par les moines eux-mêmes, confession écrite de leur main à l’époque de la visite desdits établissements. » Henri repoussait sur le même ton toutes les demandes des pétitionnaires, et leur enjoignait de livrer leurs chefs et de se soumettre à tel chAtiment qu’il lui plairait de leur infliger. Pendant qu’il écrivait, l’effervescence se calma , et, sur la promesse d’une amnistie complète, les insurgés se dispersèrent.
Dans le même temps une autre in-
Ancleterre, — T. n.
surrection éclatait daus la province d’York et les autres comtés du nord.
Les insurgés , au nombre de plus de quarante mille, av.nient pour cnef Robert Aske, gentilhomme de l’Yorkshire, homme d’énergie et de talent.
La discipline régnait dans leurs rangs , et, pour mieux assurer leur union, ils s’étaient liés par serment, et avaient juré de chasser du conseil privé tous ceux qui n’étaient pas de race noble et de ne tuer que dans l'intérêt de l'Église. Leur entreprise portait le nom de « pèlerinage de la grâce, » et leur bannière avait pour emblème les cinq plaies de Jésus-Christ. Ils s’avancèrent dans l’intérieur, rétablirent les moines et les religieuses dans leurs anciennes demeures , et forcèrent par des menaces le peuple à se joindre à eux. Les villes d'ilull , d’York et de Pontefract leur ouvrirent leurs portes, et les lords Darcy, Lumiey, Latimer et Neville, Édouard Lee , archevêque d’York , et un grand nombre de chevaliers et de gentilshommes du nord du royaume vinrent grossir leurs rangs.
Henri était alors sans argent, et telle était sa pauvreté, que Cromwell fut obligé de prendre à la Tour une partie de la vaisselle qui s’y trouvait et de la faire frapper immédiatement.
Le duc de Suffolk avec cet argent alla k la rencontre des rebelles et corrompit les principaux chefs de l’insurrection. Les révoltés, à l’exemple de leurs frères du Lincoinshire, adressèrent une pétition au roi , et ce prince leur répondit de la même manière. Il leur disait que les aveugles ne pouvaient pas juger des couleurs, et qu’il prouverait qu’à aucune époque le pays n’avait possédé de lois plus utiles et plus convenables. « Quant à mes conseillers, disait-il, ce sont de braves gens, qui exécutent avec fidélité les lois de Dieu et les miennes. Il est vrai que la plupart d’entre eux ne sont pas d'une extraction illustre, mais, ajoutait-il, ceux que m’a laissés mon père étaient en grande partie de la même souche. Les uns étaient des gentilshommes fort mal équipes , les autres, pour le plus grand nombre ,
étaient des prêtres et des hommes de loi. « Henri terminait en disant que la plus^ grande concession qu’il pouvait faire' aux insurgés c’était de leur pardonner leur rébellion , s’ils consentaient à lui livrer dix de leurs chefs u’il désignerait lui-même. Ces conitions furent repoussées , mais la faim, le froid et l’indiscipline réduisirent bientôt les insurgés à la dernière extrémité. Alors le roi , cédant aux remontrances du duc de Norfolk , qui venait de prendre le commandement de l’armée et qui désirait ardemment une pacification, accorda une amnistie générale, et les insurgés se dispersèrent.
Ces deux insurrections formidables et si rapprochés l’unede l’autre se terminèrent pour ainsi dire sans que Henri eût besoin de tirer l’épée. Mais on s’aperçut bientôt que le mécontentement existait encore. Au mois de janvier 1537 , et quelques mois seulement aprèsqueles insurgés del’Yorkshire eurent mis bas les armes , une nouvelle insurrection éclata dans le Cumberland. Cette entreprise échoua comme les précédentes. Mais le duc de Norfolk, renonçant cette fois à la modération , livra 'tous ceux qui tone bérenl entre ses mains à une cour martiale. Les ordres d’Henri lui prescrivaient la plus grande sévérité. « Notre volonté et notre bon plaisir, lui disait le roi , est que vous fassiez un grand nombre d’exécutions dans chaque ville, village ou hameau qui a pris part à cette rébellion ; que ceux qui seront condamnés soient pendus aux arbres ; que leurs membres soient dispersés dans chaque ville grande ou petite, pour l’effroi de ceux qui seraient tentés de suivre leur exemple.
Agissez sans pitié et sans crainte, en vous c.onl'ormant à mes premières lettres. » Ces ordres furent exécutés, et dans toutes les provinces du nord le sang coula à grands flots. Alors Henri , oubliant ses promesses anté- .
rieures , frappa indistinctement ceux qui avaient été compris dans l’amnistie. Ainsi lord Darcy, sir Robert • Constable, sir John Bulmer, safemme, ■
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Tbomag Percy, Étienne Ilamilton , Robert Aske et beaucoup d'autres furent conduits à la Tour et décapités.
Lady Bulmer fut brûlée vive à Smithfield, et Robert Aske fut pendu sur une des tours de la ville d’York.
Au milieu de ces exécutions, la nouvelle reine donna le jour à un mince, qui reçut le nom d'Édouard.
Leroi le créa prince de Galles, peu de jours après son baptême. La nais> sance de ce prince causa une grande joie à Henri , mais la mort de la reine changea bientôt , cette joie en deuil.
Elle expira le 24 octobre 1537 , douze jours après avoir mis au monde le prince É^douard.
Plusieurs grands noms commencent k poindre à l'itorizon politique à cette épo^e. Les principaux sont ceux des Paulet et des Russell. William Paulet est nommé trésorier d’Angleterre , et Russell, contrôleur de la maison du roi ; tous deux prennent place au conseil privé. Dans le règne suivant, Paulet fut créé marquis de Winchester, et Russell comte de Bedford. Reginald Pôle , parent du roi, commence aussi à paraître sur la scène politique. A cette epoque, le roi éprouvait pour lui une vive affection, et il le prit sous sa protection. Mais Pôle avait un caractère indépendant , et lorsque Henri lui demanda de soutenir son divorce et ses prétentions à la suprématie spirituelle , il repoussa ses propositions , et se retira en Italie, où il écrivit plusieurs ouvrages pour déterminer les ‘droits de l’Église de Rome. Son éloquence était vive, passionnée-, et, grâce à lui, l’Europe entière retentit du meurtre de l’infortuné sir Thomas More.
Ceci se passait au moment ou l’insurrection éclatait avec fureur dans les provinces du nord de l’Angleterre, et Paul III crut ce moment favorable pour ressaisir son pouvoir. Il invita Pôle à se rendre à Rome, et, après lui a voir donné le chapeau de cardinal, il l’envoya dans la Flandre en qualité de légat à latere pour y fomenter des divisions et y entretenir le feu de la discorde en Angleterre. Mais François 1*'', à la sollicitation du roi d’Angle-
terre, ne voulut point permettre à Pôle de passer par la France. D’un autre côté. Pôle en arrivant à Cambrai trouva un ordre de Charles-Qnint qui lui interdisait le territoire de la Flandre. Ne trouvant d’assistance nulle part, menacé en second lieu par Henri, qui avait mis sa tête à prix , Pôle revint aussitôt à Rome.
Pendant ce temps-là le roi poursuivait leeoursde sesspoliations. Rien n’était plus facile à démontrer que les ordres monastiquesavaientpris part aux dernières insurrections. Aussi Henri, sans attendre un nouvelactedu parlement, fit main basse sur un nombre considérabledeleurs établissements. Quelque temps après, le parlement donna son adhésiou à cette mesure. Alors Henri ne s’arrêta plus, et, cà l’exception d’un petit nombre d’établissements que l’on rendit aux familles de leurs fondateurs, tous les autres furentsupprimés. Les châsses, lesautels et les nielles furent dépouillés de leurs ornements précieux et des pierres qui les enrichis.saient. Telle était son ardeur , qu’il intenta un procès au fameux sir Thomas Bechet, dont les os étaient enfermés dans la tombe depuis près de trois cents ans. Par ses ordres, la châsse du saint, qui contenait des richesses immenses , fut ouverte, et Becket lui-même fut cité à comparaître à Westminster-Hall pour sejustiCerde l’opposition violente que cet homme extraordinaire^vait montréede son vivant envers là prérogative royale. On accorda un délai d’un mois au saint , et au jour flxé la cour s’ouvrit avec une grande solennité (11 juin 1539). Le saint n’ayant point obéi à la citation , comme on devait s’y attendre, Henri , par une « grâce spéciale, » ordonna qu’un avocat représenterait l’accusé devant la cour et plaiderait pour lui. Becket fut déclaré coupable de rébellion , de trahison , et la sentence fut prononcée contre lui ; elle portait que ses os seraient brûlés pour servird’exemple aux vivants; que toutes les richesses dont sa châsse était ornée seraient confisquées au profit du roi , comme étant la pro-
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priété personnelle du traître. Cette sentence fut exécutée. Ou dépouilla la châsse de l’or, des pierreries, des perles précieuses, du diamant royal de France et d’une coupe d'or massif d’une grande valeur , présent de Louis Vil, qu’elle contenait. Ces richesses étaient si considérables qu’elles remplissaient d’or et de joyaux deux cofires énormes dont chacun demandait huit hommes pour être porté. Toutes les châsses furent alors mises au pill.ige.
Parmi ces objets sacrés il y avait dans la principauté de Galles un crucifix très-vénéré auquel le peuple avait donné le nom de David Darvel Gatheren, et auquel la superstition populaire accordait des vertus extraordinaires. One vieille légende avait prédit qu’entre autres choses merveilleuses le crucifix incendierait un jour une forêt. Il arriva qu’à cette époque un moine, nommé Forêt,' après avoir prêté le serment de suprématie, voulut se rétracter. Forêt fut aussitôt arrêté et condamné à être brûlé comme traître , relaps et hérétique. Alors Henri ordonna que le David Darvel Gatheren fût transporté de la principauté de Galles à Smithficldpour servir de combustible et allumer le bûcher destiné au malheureux Forêt. Lejour de l’exécution on plaça le cruc'fix et le condamné sur le “même bûcher, et tous deux furent consumés à la fuis. De la sorte Henri déclara que la prophétie était accomplier
Après Cantorbéry on saccagea l’abbaye de la Bataille, dont Guillaume le Conquérant avait posé la première pierre; puis ce fut le tour de l’abbaye de Merton, dans le Surrey; de celle de Stratford, dans l’Esse'x; de celle de Lewes, dans le Sussex ; de la chartreuse, du monastère des moines noirs, de celui des moines gris, de celui des moines blancs, à Londres. La tempête éclata enfin dans toute sa force au printemps de l’année 1540; alors tous les établissements religieux furent supprimés, et toutes leurs richesses, leurs effets précieux, leurs terres, devinrent la proie du roi et
de ses courtisans. « Rien ne fut épargné, dit un historien de l’époque. Des statues admirables , des tableaux qui étaient sortis de la main des plus grands maîtres de l’école italienne, et qui, aux yeux du goût, devaient avoir comme une sorte de sainteté inviolable ou du moins un caractère de neutralité, furent détruits. On brisa les pavés en mosaïque des chapelles et les vitraux peints qui ornaient les abbayes et les cathédrales. Des chevaux furent attachés au maître-autel; le bétail fut parqué dans les chapelles et dans les cellules destinées jusqu’alors par la piété des fidèles à recevoir les objets de leur vénération. Les bibliothèques furent pillées et dépouillées de chefs-d’œuvre inappréciables : la plupart de ces livres étaient destines à essuyer les chandeliers des spoliateurs "ou à nettoyer leurs bottes; d’autres furent vendus à des épiciers et à des fabricants de savon; d’autres furent expédiés à l’étranger par cargaisons entières. Un seul marchand acheta deux grandes bibliothèques bien fournies à quarante shellings chacune pour employer le papier à l’usage de son magasin. »
Ces richesses furent dissipées d’une manière scandaleuse. Au lieu de les appliquer aux besoins de la religion, de l’éducation et delà jeunesse, Henri et ses ministres les appliquèrent à leurs besoins personnels ; et quand le parlement voulut établir de nouveaux évêchés et des collèges, on trouva que l’argent et les terres étaient gaspillés. Westminster, Oxford, Peterbourough , Bristol , Chester et Glocester furent les six évéchésnouveaux.
On réduisit ainsi le nombre des évêchés de dix-huit à six.
Dans le même temps les flammes homicides de Smithfield consumaient protestants et catholiques qui se refusaient à reconnaître la suprématie du roi. Il y eut une execution pour cause d’hérésie dans laquelle le roi joua personnellement un rôle remarquable. Un nommé John Lambert, qui avait été prêtre et qui depuis était devenu maître d’école à Londres ,
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avait adopté les doctrines de quelques-unsdes réformateurs Allemands, relatives au sacrement de l'eucharistie. Accusé d'hérésie, Lambert fut condamné par Cranmer et il appela de cette condamnation au roi en personne. Henri accepta. C'était une occasion de montrer la supériorité qu'il prétendait avoir dans les discussions théolo$;iques. Henri ayant donc convoque uii $traiid nombre d'évéques et de pairs temporels ordonna qu'on dressât un vaste amphithéâtre dans Westminster-Hall pour que le peuple pût être témoin du spectacle. Au jour fixé, Henri , vêtu d'une robe de soie blanche, s'assit sur un trône préparé pour lui. A sa droite étaient les évêques, et derrière , les juges et les principaux légistes du royaume ; à sa gauche on voyait les lords temporels, et derrière les gentilshommes et les officiers de la maison du roi.
Richard Sampson, évêque de Chichester, ouvrit la séance en établissant que Lambert ayant été accusé d'hérésie, en avait* appelé au roi ; appel qui avait été accepté, dit-il, pour prouver aux gens crédules que le roi ne haïssait point la religion de ses
Erédécesseurs et n'avait point emrassé les doctrines nouvelles qui s'étaient répandues en Allemagne, comme la malveillance cherchait à le faire accroire. « Il est vrai, dit l'évéque, que la tyrannie de la cour de Rome a été cruelle pour les prédécesseurs de Henri , et qu'elle a pesé plus lourdement encore sur le roi lui-même , c'est ce qui a f^it qu'il s'en est affranchi ; c'est aussi pour que la religion ne protégeât pas davantage la paresse qu'il a expulsé les moines, qui étaient les frelons de la ruche ; qu'il a renversé le culte idolâtre des images-, qu'il a répandu parmi ses sujets la connaissance de la véritable parole de Dieu , et qu'enfin il a fait d'autres réformes qui , bien que contraires aux préceptes de l'Eglise de Rome, doivent manifestement, et sans que personne puisse le nier, faire le bien de l'Église elle-même et des fidèles. Quant au reste, ajouta l'évêque, Sa Majesté a décidé
ça
u'il n'y aurait aucun autre changement
ans la religion pendant son régné. « Le roi se leva à ces mots, et regardant l'accuséd uii air sévère, il luidit ; « Quel esttonnom? — femenommeNicholson, mais beaucoup de gens m’appellent Lambert. — Comment, s'écria Henri, tu asdeiixnoms ! .le n'aime pas les gens qui ont deux noms : je n'aurai jamais de confiance dans un homme qui a deux noms, lüt-il mon frère. < Passant alors au sujet du débat : « Eh bien , lui ditil , que penses-tu du sacrement de l'eucharistie.’ Crois-tu à la doctrine de l'Eglise, ou nies tu que l’eucharistie soit le corps réel de Jésus-Christ. « En prononçant le nom du Christ, Henri soulevaVespectueusement son bonnet de dessus sa tête , comme un dévot catholique. Lambert répondit qu'il persistait dans sa croyance. De longs débats s’engagèrent , et ils durèrent plus de cinq heures. Alors Henri termina la discussion par ces paroles adressées à l'accusé, k Qu'as-tu à dire maintenant, que tu as entendu raisonner ces hommes instruits? Es-tu content? Veux-tu vivre ou mourir? — Je remets mon sort entre les mains de Votre Majesté, répondit Lambert. — Dans ce cas , lui répondit le roi , remets-le entre les mains de Dieu. Tu mourras , car je ne veux pas être le patron des hérétiques. • Cromwell, comme vicaire générai, lut la sentence, qui condainn lit le malheureux Lambert à être brûlé vif. Cromwell écrivant quelques jours après à AVyatt, ambassadeur d'Angleterre, en Allemagne, au sujet de cet appel, fit un éloge pompeux du roi. « C’est vraiment une chose merveilleuse, disait-il, de voir de quelle manière auguste et avec quelle noblesse et quelle gravité Sa Majesté a rempli les fonctions de chef suprêmede l'Eglise d'Angleterre ; avec quelle bonté Sa Grâce a essayé de convertir le misérable I..ambert, et quelles raisons fortes et logiques elle a opposées à ses divag.itions. Je voudrais que les princes et les potentats de la chrétienté eussent été présents à cet auguste spectacle. »
Tandis que ces choses se passaient
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au dedans, les affaires de Henri se compliquaient au dehors. Le pape , après de I ongs efforts , avait enfin réussi à opérer un rapprochement entre Charles-Quint et François l*'. Par sa médiation les deux monarques avaient conclu (le 28 juin 1538) une trêve de dix ans et avaient eu (le 5 juillet suivant) une entrevue. Ce succès avait encouragé le pontife, et il avait lancé les bulles qu’il avait préparées depuis trois ans pour l’excommunication et la dé-
fiosition de Henri. Cette fois encore PS foudres du Vatican restèrent sans effet. Henri fit armer sa flotte, envoya des commissaires dans toutes les provinces pour faire prendre les armes aux hommes en état de les porter, visita lui-même la ville de Douvres et ordonna d’en réparer les fortifications; puis après avoir parcouru les côtes, et fait construire en divers endroits de solides remparts, il reprit le cours de ses persécutions. Henri Courtenay, cousin germain du roi, le marquis d’Exeter, le comte de Devonshire, lord Montacute et sir Geoffroy Foie, tous deux frèresdu cardinal, sir Edouard Neville et sir Édouard Carew, écuyer du roi et chevalier de Perdre de la Jarretière, qu’il soupçonnait d’avoir pris part à la conspiration du cardinal Pôle, furent arretés; et tous , à l’exception du chevalier Geoffroy Pôle, qui trahit, dit-on, ses complices et révéla le complot, périrent sur l’échafaud. La comtesse de Salisbury, mère du cardinal Pôle, devint ensuite l’ohjet des persécutions de Henri. Un bill d’atfainderfut lancé contre elle, et Gertrude, veuvedu marins d'Exeter, ainsi que contre le fils e lord Montacute qui n’avait qu’une dizaine d’années, sir Adrien Fortescue et sir Thomas Dingley. La comtesse de Salisbury avait alors soixantedix ans. Quand elle parut devant ses Juges, elle montra une grande fermeté, et nia toutes les charges dont elle était accusée, déclarant que ses (ils ne lui avaient Jamais dit un mot de leurs projets; elle fut condamnée à mort avec ses coaccusés; ceux-ci furent décapités , et la marquise d’Exe-
ter reçut sa grâce. La vieille comtesse, après ‘être restée quelque temps en prison, fut conduite à l’échafaud. Malgré son grand âge et son triste sort, elle montra en ce moment beaucoup d’énergie. Quand le bourreau lui dU de placer sa tête sur le billot fatal, elle lui répondit que sa tête n’avait pas commis de trahison; qu’en conséquence s’il voulait l’avoir , il edt à la prendre comme il le pourrait; s’échappant aussitôt des mains de l’exécuteur, elle se mit à courir sur l’échafaud avec beaucoupdevitesseen agitant sa tête de côté et d’autre. Elle reçut dans cette tentative de profondes blessures. Alors, toute meurtrie , les cheveux ensanglantés, incapable de résister; elle tomba, etl’exécuteur d’un coup de hache lui trancha la tête.
Henri, après avoir prévenu les dangers du dedans et du dehors par sou énergie et son activité, donna suite à ses projets de réforme religieuse. A cette occasion, le parlement vota un statut composé do six articles; ce statut fut appelé YÀcie de sang. Le premier article consacrait la doctrine de l'eucharistie telle qu’elle est établie dans l’Église catholique ; le second portait que la communion sous les deux especes n’était point nécessaire au salut de l’âme ; le troisième, que les prêtres ne devaient point se marier, par obéissance à la loi divine ; le quatrième , que les vœux de chasteté , soit qu’ils fussent contractés par un homme ou une femme, un prêtre ou un moine , étaient obligatoires; le cinquième, que les messes particulières étaient eflicaees; et le dernier, que la confession auriculaire était nécessaire. La violation du premier de ces articles entraînait le supplice des flammes et la confiscation des biens du condamné; si quelqu’un prêchait ou se déclarait ouvertement contre les cinq autres , il était condamné comme félon. Il y avait une légère atténuation dans la peine pour ceux qui ne faisaient qu’émettre une opinion contraire aux doctrines établies par le statut, sans chercher à la propager; mais pour la
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irécidive on leur appliquait la peine de mort. Le statut annulait le mariage des prêtres et des religieuses contracté jusqu’à sa publication , et déclarait que les individus ainsi mariés devaient se quitter immédiatement; que s'ils cohabitaient encore ils devaient être punis comme félons. Le coupableétait puni la première fois de l’emprisonnement et de la confiscation de ses biens ; la récidive entraînait la peine de mort. Ce même parlement fit don au roi de toutes les terres , rentes , bâtiments , bijoux , espèces, vaisselle d’or ou d’argent et meubles de toute espèce, des monastères, abbaves, prieurés, collèges, chapelles, hôpitaux, chapitres et maisons religieuses, supprimés ou à supprimer. Par cette immense donation , le roi devint possesseur de 645 monastères, de 90 collèges ecclésiastiques, de 2,374 chapellesetde toutes les terres qui en dépendaient.
Le revenu annuel de ces terres fut 'évalué à 161,100 liv. sterling (environ 4,000,000 de francs); mais cette évaluation estconsidéréeparun grand nombre d’écrivains, comme étant de beaucoup au-dessous de la réalité.
La publication de l'acte des six articles fut suivie d’une joute sur la Tamise , donnée par le roi. Deux galères, l’une aux armes du roi , l’autre aux armes du pape, engagèrent une lutte bord à bord ; comme on le pense bien, I.1 galère royale sortit victorieuse de la lutte. Alors les armes du pape et celles des cardinaux furent jetées dans la Tamise, aux acclamations de la cour et du peuple.
Ces deuxstatuts furent adoptés .«ans opposition, tant était grande la servilité du parlement. Chose remarquable, c'est qu’au nombre de ces statuts que l’archevêque de Cantorbery avait votés lui-même, il y en avait un qui l’atteignait directement. Cranmer était marié : sa femme , nièce du protestant Osiander, qui se trouvait alors en Angleterre, l’avait rendu père de plusieurs enfants. Comme ecclésiastique marié, Cranmer était donc passible des peines prononcées par le statut qui défendait le mariage aux
prêtres et leur enjoignait de quitterleurs femmes. Cranmer envoya sa femme et ses enfants en Allemagne, et s’ên remit à sa prudence ordinaire pour s’échapper si l’orage venait à éclater. Il se conforma au statut.
Une position plus critique encore était celle de Cromwell. Par ses persécutions contre les catholiques, il s’était attiré la haine du duc de Norfolk et de l’évêque Oardiner, ardents catholiques qui gagnaient du terrain à la cour. Pour contre-balancer cette influence , Cromwell s’attacha à flatter les penchants du roi , qui désirait une autre fois rallumer les flambeaux de l’hyméiiée. Une demande fut faite à la duchesse douairière de Milan; mais on rapporte qu’elle fit répondre à Henri que si elle avait eu deux têtes elle aurait pu prendre sa proposition en considération , mais que n’en ayant qu’une, elle croyait necessaire à sa santé de refuser l’honneur qu’il lui faisait. Après plusieurs tentatives également infructueuses, Cromwell parla à son maître d’Anne deClèves, sœur du duc de Clèves, qui était un des princes de la confédération protestante , et lui fit un portrait trop flatté de la princes.se. Hans Holbein, peintre du roi, partit aussitôt pour l’Allemagne et envoya au roi le portrait de la princesse. C’était une cliarmante miniature renfermée dans une boîte en ivoire qui représentait une rose , et le roi en fut enchanté. Le parti protestant et Cromwell, principal auteur de ce projet d'union , triomphaient , car ils regardaient la cause du protestantisme comme définitivememt assurée |)ar la réalisation de ce mariage. A U dehors, les princes protestants, qui voyaient dans cette union le moyen d’accomplir la conversion de Henri” en
firessaient l’exécution , et , lorsque e comte palatin et les ambassadeurs de Clèves arrivèrent 5 Londres, ils y reçurent un accueil distingué. Anne quitta aussitôt l’Allemagne. Elle arriva à Calais, où elle fut reçue par le lord amiral qui la conduisit avec beaucoup de pompe à Douvres. Henri, impatient de voir la jeune duchesse,
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, l'attendait à Rochester; il la vit, mais alors elle lui parut si différente du portrait qu'on lui avait tracé, qu’il ne lui dit que quelques mots et partit aussitôt, le coeur plein de colère contre ceux qui lui avaient proposé ce mariage.
Ce fut contre Cromwell que se porta principalement la colère (le Henri. Il lui reprocha en termes fort durs de l’avoir marié « à une grande jument flamande. » C’est ainsi qu'il désinait la duchesse, et il lui ordonna e chercher quelijue prétexte pour rompre cette union. Mais une pareille conduite aurait été trop dangereuse dans les circonstances ou se trouvait placée l’Angleterre, car l’Empereur venait de traverser la Flandre, et avait passé plusieurs jours à Paris avec François 1*'; on soupçonnait ces deux ‘princes de méditer une invasion en Angleterre. Le pape était toujours hostile à Henri , et il régnait dans la nation de nombreux ferments de désordre et d’agitation ; enfin le roi d’Écosse avait |)ris récemment le titre de défenseur de la foi chretierme et faisait des préparatifs. En renvoyant la sœur du duc de Clèves, qui était belle-sœur de l’électeur de Saxe , le prince le plus puissant de la ligue de Smalcalde , Henri s'aliénait tous les princes protestants de cette confédération , et restait seul , sans allié , exposé aux attaques de voisins ambitieux et puissants. « N’y a-t-il donc aucun remède? s’écria Henri ; faut-il contre mon gré qnej’épouse une femme que je n’aime point? » La politique l’emporta cette fois sur les antipathies du roi , et le mariage fut conclu. Cromwell ayant demande au roi le lendemain de ce mariage s’il était un peu plus satisfait deson épouse, Henri lui répondit qu’il l'était beaucoup moins ; qu’il avait reconnu que son épouse n’était point vierge et qu’il n’avait eu aucune envie de l’approcher. Néanmoins il traita publiquementlareine avec les plus grands e'gards.
Quelque temps après ce mariage , Henri vit pour la première fois la jeune et belle Catherine Howard. Catherine,
nièce du duc de Norfolk, était aussi dévouée à la cause de l’église romaine qu’AnnedeBoleyn l’avait été àla cause du protestantisme. Ce fut à un dîner ui lui fut donné par Gardiner, évéque e Winchester, que Henri la rencontra.
On suppose généralement que ce prélat et son parti ménagèrent cette entre vue, dans respoirque les charmes deCatherine produiraient une vive impression sur iVsprit du roi. Catherine captiva effectivement Henri ; le roi la revit plusieurs fois chez l’évêque Gardineret chez d’autres personnes qui portaient un vif attachement à la cause de l’Église romaine et qui conséquemment devaient être les ennemis déclarés de Cromwell. Celui-ci, ignorant ce qui se tramait contrelui , continuait alors son œuvre de destruction et frappait sans pitié les catholiques qui refusaient de prêter le serment de suprématie.
Mais tout à coup il fut arrêté et conduit à la Tour sur un ordre émané du roi. Ses papiers furent saisis; ses domestiques furent interrogés,et aussitôt un acte d’accusation fut dre.ssé contre lui. Il y était dit qu’il s'était laissé corrompre: qu’il avait empiété sur la prérogative royale en accordant des grâces aux criininels et des licences pour l’exportation des marchandises prohibées; qu'il avait trahi la sainte cause de la véritable Église , comme vicaire général, en protégeant les protestants et en laissant circuler dans le royaume des livres hérétiques, enfin qu’il avait dans une conversation particulière tiré son épée du fourreau et dit qu’il soutiendrait la cause de la réforme, même contre le roi. Aux jours où il était en faveur , Cromwell avait encouragé le roi à ne tenir aucun compte des lois etnprocéilerdansl'saffairesjiidiciairrs selon son bon plaisir. On en usa de même envers lui , quand il demanda à être jugé par ses pairs. On présenta contre lui au parlement un bill d’aétainder, billatrocequ’il avait provoqué lui-même et en vertu duquel les communes et les pairs décidaient du sort d’un accusé , sans débats contradictoires et même en son absence. Le bill A‘attainder fut adopté dans les deux
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PÉRIODE DES TUDORS. '
chambres sans discussion , et le 39 juin 1540, c’est-à-dire neuf Jours après son arrestation , Cromwell fut décapité.
Avant sa mort il écrivit plusieurs lettres au roi pour implorer sa clémence, mais ses lettres restèrent sans réponse. Les charmes de Catherine Howard joints aux importunités du duc de Norfôlk etde Gardiner remportèrent; l’ordre de l'exécution fut donné.
Déjà Henri se disposait à devenir l’époux de Catherine. Le 25 juin , Anne reçut l’ordre de se retirer à Richmond , séjour qui, lui dit-on, était plus convenable à sa santé que celui de Londres. Ensuite le roi donna des ordres à ses évéques et à ses ministres pour qu'ils trouvassent un moyen qui pût motiver sa séparation avec son épouse. Cet ordre fut rempli. Ou découvrit sur-le-champ qu’il y avait eu un contrat de mariage entre Anne et le fils du duc de Lorraine. Cette promesse de mariage .parut suffisante à Henri pour motiver le divorce, et le parlement s’étant assemblé, le mariage du roi fut déclaré nul. La pauvre reine, qui avait devant les yeux la triste fin de celle qu’elle avait remplacée sur le trône, se soumit sans résistance à son sort.
Elle écrivit une lettre au roi dans laquelle elle reconnaissait la validité du jugement qui la dépouillait du titre de reine, et s’en remettait à sa bonté et à sa générosité pour régler sa position nouvelle. A la sollicitation de Henri , elle écrivit à son frère et à sa famille pour leur dire qu’elle était contente du traitement qu’on lui faisait en Angleterre, qu'elle était décidée à y rester, et elle les priait de n’entretenir contre le roi aucun ressentiment au sujet de ce qui venait de se passer. Alors Henri épousa Catherine Howard (le 8 août 1540) , qui fut aussitôt déclarée reine et présentée à la cour.
L’année 1541 s’ouvrit par une nouvelle tentative d'insurrection dans l’Yorkshire; mais cette insurrection fut promptement réprimée , et l’insuccès de cette entreprise coûta la vie à
quatorze gentilshommes. Le roi fit alors un voyage dans les provinces du nord, aecompagné de sa jeune femme, dont il paraissait éperdument amoureux. Au moment où la cour se diposait à revenir à Londres, Cranmer apprit une nouvelle qui, dit-on , lui fit verser un torrentde larmes. Un nommé John Lossels vint le trouver et lui déclara que la reine, avant son mariage , avait eu une conduite irrégulière ; il disait qu’elleavaitentretenu des relations criminelles avec deux hommes, l’un nommé Mannoc, l’autre nommé Dereham , qui tous deux servaient dans la famille de Norfolk. Lossels ajoutait que trois femmes de chambre avaient vu Dereham coucher à plusieurs reprises dans le lit de la reine avec elle, et que Mannoc avait appris à ses eamarades de service des détails sur la personne de Catherine dont une familiarité indécente et criminelle pouvait seule lui avoir donné connaissance.
Cranmer se consulta avec le chancelier Andley , le comte de Hertford et quelques autres personnes du parti protestant, et le roi fut aussitôt instruit de ce qui s’était passé. On s’imagine aisément la colère de ce prince, 'fout son amours’évanouit en un moment. Il fit aussitôt arrêter les personnes qu’on lui avait désignées comme complices et confidentes de la reine, et leur fit subir un interrogatoire rigoureux. Il parait que cet interrogatoire ne produisit pas les résultats qu’on en espérait. Dereham, suivant les uns, s’avoua coupable, mais la reine repoussa l’accusation. Cependant le même jour elle écrivit , dit-on , une confession dans laquelle elle faisait l’aveu de son inconduite avant son mariage. Cranmer alla visiter la reine pour en savoirdavantage.Dansune lettre écrite par lui et adressée au roi , il commence par décrire la malheureuse situation de la reine, et annonce qu’il lui a fait entrevoir l’espoir d’une promesse de grâce ; qu’à cette nouvelle , l’infortunée avait levé les mains au ciel et prié avec ferveur ; que pendant quelques instants elleavait eu une at-
taque nerveuse. « Dans ce moment de crise, continue le prélat, je me conduisis de la manière suivante : lorsque je la vis en proie à une vive agitation, j’insistai près d’elle; je lui demandai quelle était la cause de son trouble et cherchai à la rassurer en lui disant qu’elle devait me la faire connaître. — Hélas! me dit-elle, pouruuoi fautil que je vive? la crainte de la mort n'a jamais produit sur moi l'effet que roduit aujourd'hui le souvenir des ontés du roi. Quand je songe auic bienfaits de ce prince généreux , je ne puisque verser des larmes, et cette promesse de grâce qu’il m’a faite dans un tel inomeut, montre à mes yeux mes fautes sous un jour plus odieux qu’elles ne l'étaient auparavant. » Cranmer ajoutait qu'il s’était emparé de la conliance de la malheureuse Catherine, et qu'il avait obtenu d'elle des communications fort importantes.
La mort de la reine était résolue. Un conseil s'était assemblé, et Henri chargea Cranmer, qui avait pris sur lui la direction principale de cette affaire, de conauire la reine à Sion et de veiller à sa sûreté. L’acte d’accusation portait qu’un nommé Culpepper, proche parent de la reine et gentilhomme de la chambre, avait eu des relations coupables avec elle avant son mariage; que durant le séjour de la cour à Lincoln, il avait été introduit dans sa chambre à onze heures du soir par lady Rochford et qu'il n’en était sorti qu’à quatre heures du matin. La reine avait malheureusement rappelé Dereham d’Irlande et l'avait fait placer à sa cour, où une des femmes qui était reconnue pour avoir autrefois cohabité avec lui, se trouvait en ce moment attachée à son service.
On ût subir un nouvel interrogatoire à la reine, et à la suite de cet interrogatoire, Culpepper, Catherine et lady Rochford, la vieilleduchessede Norfolk, grand’mère de la reine, lord William How.ard , sononcle , plusieurs de ses parents et des domestiques de sa famille furent renfermés dans la Tour. Culpepper et Dereham furent
jugés et condamnés le 30 novembre 1Ô41 , et on les pendit le 10 décembre à Tyburn. La vieille duéhesse de Norfolk', grand’mère delà reine, lord William Howard, son oncle, lady Howard, sa femme, et la plupart de ceux qui avaient été arrêtés, furent déclarés coupables de trahison pour avoir caché l’inconduite de la reine, ils furent condamnés à un emprisonnement perpétuel.
Un bill A'attainder fut aussitôt lancé contre la reine et lady Rochford , et le parlement prononça contre toutes deux la peine de mort. Deux jours après, l’exécution fatale eut lieu dans l’enceinte de la Tour. Catherine avoua sur l'échafaud que sa vie avait été irrégulière avant son mariage; mais elle déclara quelle s’était conduite en épouse sage depuis qu'elle avait été unie au roi.
g 4. —Guerres de l’Angleterre avec l’Irlande
et l’Ècosse. — IiUrigues de Henri en Crosse.
— M.iriage du roi avec Catherine Parr. —
Traité de paix avec la France et l’Ecosse.
— Mort de Henri.
De graves préoccupations politiques absorbaient alors l’attention de Henri.
Depuis quelque temps la principauté de Galles avait été unie nu royaume d’Angleterre; mais cette contrée était encore divisée en deux parties, dont l’une était gouvernée par les lois anglaises et l'autre était subdivisée en seigneuries indépendantes qui n'étaient justiciables que de leurs chefs et ne reconnaissaient d’autres lois que les leurs ; circonstance qui permettait aux malfaiteurs de trouver un refuge assuré, lorsqu’ils parvenaient à se placer sous la protection de l’un des petits souverains du pays. Ces petites seigneuries, au nombre de 141 , étaient en outre dans un état d’hostilité continuelle les unes contre les autres.
Henri ordonna qu’aucun des chefs n’aurait à l’avenir le pouvoir de protéger ou de gracier les criminels , et que chaque comté de la principauté enverrait des membres au parlement.
Ces règlements s’étendirent au comté palatin de Chester, qui jusqu’alors
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avait été uae autre anomalie dans le dans le parlement irlandais, lllliac de système politique du royaume. Burgli fut créé comte de Clanricar-
L’Irlande, malgré quelques suc- de;0'Ncil, comte de Tyrone. Henri eès obtenus récemment par Henri, donna à oes. cliefs et à d'autres chefs inÉpirait alors de vives inquiétudes, irlandais des lettres patentes qui Les innovations introduites dans l’É- leur assuraient la possession de toutes
§lise avaient trouvé dans la [dupart leurs terres et leur en garantissaient es prêtres de cette contrée une resis- l’inviolabilité, tance opiniâtre. Les querelles des fonc- De même que l'Irlande, l’Écosse tionnaires publics , qui pour la plupart était continuellement déchirée par des étaient Anglais , leur jalousie, et sur- factions sanglantes , depuis la célèbre tout l’avidité arec laquelle ils se par- bataille de Flodden ( 1513). Jacques tageaieut les tei>res confisquées, avaient IV en mourant avait laissé un fils, en outre soulevé dans le pays des an- Jacques V; mais ce prince n'avait entipathies violentes contre les An- core que dix-sept mois quatre jours, glais. Un chef irlandais, nommé Comme il fallait pourvoir a la tranquil- O'Connor, se mit à la tête d’une armée lité de l'Écosse , Marguerite, veuve du nombreuse de mécontents et s’adjoi- feu roi fut nommée régente et tutrice gnit lin allié puissant, O’iV'eil.le grand du royaume; on lui fomia un conseil chieftain du Nord et l’un des ennemis composé de Jacques Beaton , archevéles plus redoutés des Anglais. Les que de Glascovv , des comtes d'Aran , Écossais tirent passer des secours aux de Huntley et d'Angus; d'après leur rebelles , et le bruit se répandit qu’on avis, lareinedevait agir dans toutes les préparait en France et en Espagne circonstances importantes. Cette prinde grands armements qui leur étaient cesse n'avait alors que vingt ans, et, destinés. Les Irlandais obtinrent quoique la conservation de son autoquelques avantages (1540). O'Connor ritéfut attachée à son veuvage, elle envahit la province de Kildare, incem épousa, le 6 août 1517, Archimbnult dia les villes et les villages dont il put Douglas, comte d’Angus. Ce mariage s’emparer; O’Neil prit Dundalk. Mais fut une source de violents chagrins là s’arrêtèrent leurs succès. Les insur- pour elle «t de grandes calamités pour gés furent obligés de mettre bas les l’Écosse. Un vif mécontentement armes. O'Connor se soumit sur la éclata parmi les jeunes nobles, qui promesse qui lui fut donnée d’être virent avec dépit une préférence que créé baron. chacun d’eux croyait sans doute mé-
Henri songea à faire un royaume riter, et les membres du conseil déde l’Irlande, qui jusqu’alors n’avaitété elarèrentque, n'ayant pas été consultés qu'une seigneurie. Dans ce dessein il par la reine, elle avait perdu ses droits chercha à s’attacher quelques-uns des au gouvernement. Un nouveau régent, cliefs indigènes les plus puissants, Jean, duc d’Albanie, proche parent ainsi que des grands propriétaires du roi , fut nommé pour la remplacer, anglo-irlandais qui n'étaient point Ceduc, qui était alors en France, où anoblis , en leur accordant les hon- il avait hérité des vastes domaines de neursde la pairie. Les de Burgh, les la comtesse de Boulogne, sa mère, O’Brien, les O’thool, les Cavanah, jouissait d’une grande faveur à la et beaueoup d’autres, firent ainsi le cour de France, et comme le gouversacrifice de leur indépendance pour nement d’Écosse allait passer dans letitrede pair; ils consentirent à tenir ses mains, il était naturel que Henri leurs terres de la eouronne à titre de en conçut de vives inquiétudes. Le tenanciers militai res, prêtèrent le ser- duc, à son arrivée en Écosse, s’occument d'hommage à Henri, et reçurent pa de mettre un terme aux désordres (le lui des maisons à Dublin ^ 'qu’ils intérieurs, en établissant l’autorité s’engagèrent à habiter lorsqu’ils se- des lois et en assurant leur action raient appelés à siéger comme pairs contre ceux qui croyaient pouvoir 1^
violer avec impunité. Le duc d’Albanie avait des talents et les meilleures intentions, mais malheureusement il ne connaissait ni la langue , ni les lois , ni les mœurs du peuple qu’il était appelé à gouverner, et il se fit bientôt de nombreux ennemis.
De graves désordres éclatèrent au seindece royaume. Bientôt Marguerite, reinedouairière d’Ecosse, fut obligée de chercher un refuge en Angleterre.
Cette princesseéprouvaitune aversion profonde pour le duc d’Albanie; elle fit partager ses sentiments à son h'ère. Aussitôt Henri envoya une lettre adressée aux trois états d'Ecosse, dans
laquelle, s’appuyant sur les craintes qu’il éprouvait pour la sûreté de son neveu, il les pressait de destituer le duc d’Albanie de la régence , et de le renvoyer en France. Les états d’Écosse repondirent à cette lettre en faisant I éloge de la sagesse et des talents du duc d’Albanie, et des soins
Ruibven et Borthwick, et de lord Erskine, son gouverneur.
Marguerite revint alors en Écosse, et sa présence ranima les espérances du parti anglais, dont elle était l’cime. Le chevalier d’Arcy fut le premier sacrifié. Ce seigneur. Français d’origine, occupait de hautes fonctions judiciaires en Ecosse , mais sa conduite sévère et juste lui avait suscité des inimitiés profondes et implacables.
Un jour, tandis qu'il présidait le tribunal à Duns, le chevalier David Hume de Wedderburn entrant dans la salle à la tête d’une troupe d’hommes armés, l’insulta et tua plusieurs de ses domestiques. Aussitôt d’Arcy monta à cheval et essaya de s’échapper; mais, malheureusement, s’étant engagédans un marais, les assassins l’atteignirent, lui coupèrent la tête et la portèrent en triomphe à David Hume, qui la fit exposer à la porte de son château. Le chevalier fut si satisfait
qu’il prenait du jeune roi son parent.
Cette lettre fut signée (le 4 juillet 1516) par tous les prélats et les lords du parlement , et par le comte de Lafayette, ami du duc d’Albanie, qui la porta à la cour d’Angleterre.
Après quelques efforts inutiles pour rétablir la paix intérieure en Ecosse, le duc d’Albanie, qui avait déjà eu le temps de s’apercevoir que les fonctions de la régence n’étaient ni faciles à remplir ni satisfaisantes pour lui, voulut retourner en France, pour voir sa famille et vaquer à ses affaires personnelles. Il demanda aux trois états la permission d’aller lui-même négocier le renouvellement de l’ancienne ligue entre la France et l’Ecosse que sollicitait François 1“', et la permission lui en ayant été accordée, il partit après avoir nommé à sa place les comtes d’Aran, d’ A ngus, de Uuutley et d’Argyle, les archevêques de Saint- André et de Glascow, et le chevalier d’Arcy sieur de la Beauté, né en France. AQn de mettre la personne du roi en sûreté, il lit passer Jacques du château de Stirling dans celui d’Edimbourg, et conGa la garde du prince au.x £oins du comte de Marshaf, des lords
de ce glorieux exploit , qu’il Gt enlever la chevelure du crâne de sa victime et au’il la porta comme un trophée à l'arçon de sa selle.
Plusieurs actes de ce genre avaient abattu le parti français, lorsque le retour du duc d’Albanie en Ecosse (1521) vint relever ses espérances.
Henri , à cette occasion, adressa une lettre très-dure au parlement écossais , dans laquelle il déclarait que si les trois états ne destituaient pas immédiatement le duc de la régence et ne le renvoyaient pas en France, lui et ses confédérés leurferaient la guerre à outrance. Le parlement Gt à cette lettre menaçante une réponse pleine de Gerté : elle exprimait I étonnement des trois états de voir qu’un prince doué d’un si grand discernement encourageait par sa protection des sujets rebelles contre leur roi son neveu, u’il faisait profession d’aimer si tenrement ; le parlement déclarait que le duc d’Albanie ne s’était jamais mêlé personnellement de la garde de leur eune roi, et qu'il avait laissé ce soin à a reine sa mère, à son conseil et au parlement , qui en avaient cliargé les quatre nobles les plus recommand^ables
PÉRIODE DES TUDORS
dn royaume par leur réputation et leur expérience. « Il fallait, ajoutaient les état!, que Henri leur supposiltbicn peu de vertu, d'honneur et de loyauté, pour douter qu'ils s’intéressassent moins que lui à la sdreté de leur souverain. »
Ce fut le signal d’une rupture. Les deux nations se préparèrent a la guerre et bientôt le comte de Slirewsbury , à la tête des troupes anglaises, lit une incursion sur les frontières. Le duc d’Albanie s'avança jusqu’à quelques milles de Carlisie pour arrêter sa marche , mais au moment où il s'apprêtait à entrer en Angleterre, les plus puissants chieftains de son armée refusèrent de le suivre. Le souvenir de la bataille de Flodden était encore présent à tous les esprits. Ils savaient en outre que la nouvelle guerre n'avait pour but que de faire une diversion en faveur de laFrance , et ils croyaient avoir assezde fait en arrêtant les troupes du nord l’Angleterre, et en mettant leurs foyers à l’abri d'une invasion. Force fut au duc d’Albanie de se retirer, puis voyant u’il ne pouvait rien entreprendre ’importanl, si le roi de France n’envoyait pas un corps de troupes suffisant pour le soutenir, d’Albanie partit pour la France.
Ces secours lui furent accordés. Il reparut avec une Hotte de quatrevingt-sept vaisseaux , qui portait quatre mille fantassins, cinq cents hommes d'armes, mille arbalétriers et six cents hommes de cavalerie. A son arrivée, il trouva Marguerite, reine douairière, dégoûtée d'Angus, son époux. Elle nourrissait alors un nouvel amour pour le comte d’Aran, et était à la veille de conclure un traité de paix avec les généraux anglais.
Le régent fit le siège du chôteau de Wark avec des troupes françaises qu’il avait amenées avec lui ; mais il ne fut pas heureux dans cette entreprise, et, après avoir perdu auelcjues centaines de soldats, il fut oblige de battre en retraite. Quelques-uns dos pairs écossais l’ayant alors accusé d’être la cause de cette défaite, le duc d'Albanie, dégoûté dn pouvoir.
rentra en France, et ne revint plus en Écosse.
Henri s’empressa aussitôt d’entrer en correspondance avec le mari de Marguerite, le comte d'Angus, qui était alors en exil sur le continent parce qu’il était devenu odieux à sa femme, et il chercha à protéger son retour en Écosse. Marguerite avait des passions impétueuses , et l’amour l’emportait chez elle sur la prudence. Elle menaça Henri de se jeter dans les bras des ennemis de l'Angleterre, s’il donnait suite àses projets. Marguerite demandait en même temps de l'argent à Henri ainsi que l’ordre de la Jarretière pour son nouvel amant, le comte d'Aran. Peu de temps après, elle se dégoûta d’Aran , et prit pour amant Henri Stuart, second fils du comte Avandal, qu’elle éleva aux fonctions importantes de trésorier, et plus tard à celles de chancelier. Pendant ce temps-là, Henri continuait ses négociations avec Angus, qui s’était rendu à sa cour. Le comte revint en Écosse,où il s'empara de la personne du icune roi. Mais la reine ouvrit aussitôt des négociations secrètes avec le duc d’Albanie et François I'^, et leur promit de ne rien épargner pour abattre l’inHuence du parti anglais, s’ils consentaient à l’aider à chasser son mari de l’Écosse et obtenir une permission de divorce de la cour de Rome. Malheureusement ces lettres furent interceptées et placées .sous les yeux du roi. Henri dans sa colère ne ménagea point les expressions insultantes à sa sœur, caria lecture de la lettre qu’il lui écrivit fit couler, diton , un torrent de larmes de ses yeux. Elle fut alors privée du reste d'autorité qu’elle avait encore, et son mari et les Douglas gouvernèrent le pays.
Angus ayant ensuite consenti au divorce, Marguerite put épouser lejeune Stuart.
Alors le jeune Jacques désirait s’affranchir dé sa tutelle. Au mois de juillet J 528, lorsqu'il n’avait encore que dix-sept ans , il s’échappa des mains de ses gardiens , sous le déguisement d’un tjeoman de sa garde.
HISTOIRE D’ANGEETERRE-
et se jeta dans le château de Stirling , où il fut rejoint par les comtes d’Aran, d’Argyle, d'Églingtou et de Murray, et par un grand nombre d’autres personnages puissants, qui le saluèrent comme leur libérateur et leur roi. Jacques Gt aussitôt une proclamation dans laquelle il défendait au comte d’Angus ainsi qu’aux membres de la famille des Douglas de s’approcher de six milles de sa cour, sous peine de trahison. Jacques avait de la franchise , de la générosité, et ses manières affubles lui gagnèrent les cœurs de ses sujets. Il résolut d’affranchir son pays de l’iniluence étrangère et de l’intervention de l’Angleterre dans les affaires de l’État. La guerre éclata entre les deux pays, mais les hostilités ne dépassèrent pas les frontières , et bientôt un traité fut conclu , par la médiation du roi de France. Ce traité, qui était très-honorable pour l’Écosse , fut signé au mois de mai lô34. Jacques avait alors vingt-deux ans. Ses ministres auraient bien voulu qu’il se mariât , mais le jeune roi avait hérité des goûts volages de son père, et ne pouvait se fixer. Il épousa enfin la princesse Madeleine, fille du roi de France, qui n’avait alors que seize ans. Il perdit bientôt cette princesse, qui était d’une complexion délicate , et après un très-court veuvage il épousa Marie de Guise , veuve du duc de Longueville.
Ceci se passait à l’époque où une ligue était projetée entre François l"' et Charles-Quint contre l’Angleterre. Henri, craignant que Jacques ne se joignit à la ligue , envoya aussitôt sir Ralph Sadler .diplomate habile, à la cour du jeune roi , pour sonder ses intentions. L'ambassadeur fut reçu avec courtoisie, et Jacques lui donna l’assurance qu’il n’inquiéterait en aucune façon son oncle, si celui-ci voulait lui laisser la paisible jouissance de ses États. Henri n’était pas encore satisfait; il aurait voulu convertir son neveu à son nouveau système de religion. Au mois de février 1540, il lui envoya six beaux étalons. Sadler, qui était chargé de les
présenter, eut ordre de demander au roi une audience privée. Sadler devait mettre sous ses yeux des lettres de l’archevéque de Saint-André au pape, dans lesquelles l’archevêque semblait nourrir des projets d’usurpation.
Dans cette aimience, Sadler déclara que Henri était presque honteux pour son neveu de ce qu’il élevait de nombreux troupeaux de moutons pour augmenter son revenu, ce qui lassimiîait, dit-il, à un simple fermier et non à une tête couronnée. « Il vaudrait bien mieux, ajouta l’ambassadeur, que , à l’e.xemple de Henri , le roi d’Écosse séquestrât à son profit lesbiens des moines, dont l’immoralité était aussi notoire en Écosse qu’en Angleterre. » Mais ces arguments ne firent aucune impression sur l’esprit du roi. Il sourit lorsqu’on lui parla des lettres de l’archevêque, et dit qu’il en connaissait depuis longtemps le contenu. Quant à ses moutons, il y tenait, et pour ce qui regardait les moines, il répondit qu’il auinettait que la conduite d’un grand nombre d’entre eux était loin d’être irréprochable, mais qu’il ferait en sorte qu’ils s’amendassent ; que d’ailleurs beaucoup de ces moines étaient deshommes sages et de talent, et qu’il refusait de s’enrichir à leurs dépens.
Quelque temps après, Henri pressa son neveu de venir le joindre à York , et, sur la promesse du roi d’Écosse de se rendre à l’invitation , il se mit en voyage avec sa cour. Ce fut ce voyage qui devint si fatal à Catherine Howard. Henri arriva à York, et y attendit son neveu pendant six jours, mais Jacques n’y vint point. Henri, furieux de ce qu’il regardait comme une insulte , envoya des ordres à ses généraux pour réunir des troupes sur les frontières; et, d'aprèsSes instructions, l’archevêque d’York eut ordre de faire des recherches dans les annales du royaume pour établir les titres des rois d’Angleterre au royaume d’Ecosse. Au mois d’août 1542., une armée anglaise, dans laquelle figuraient le comte d’Angus, sir Georges Douglas et d’autres exilés écossais , entra.
PÉRIODE DES TUDORS
dansl«Teviotodale, mais^lle fut batlu« par l'armée écossaise , qui lui fit sis cents prisonniers de distinction.
Henri publia aussitôt un manifeste dans lequel il disait que les Écossais étaient les agresseurs, et ordonna une levée de quarante mille hommes, dont il donna le commandement à lord Norfolk. L’armée anglaise entra en Écosse à la fin d'octobre 1 542 ; elle était précédée d'un nouveau manifeste dans lequel Henri réclamait la souveraineté de l’Ecosse; cette armée brûla deux villes et environ vingt villages sur la rive gauche de la Tweed.
Pendant ce temps-là , Jacques arrivait avec ses forces, qui s’élevaient à trente mille hommes. Mais la désunion régnait dans son camp , car un grand nombre des chieftains écossais favorisaient en secret les doctrines de la réforme , tandis que d’antres conservaient encore un reste d’attachement pour les Douglas, dont l’étendard flottait dans l’armée anglaise. Quand Jacques proposa d’user de représailles envers les Anglais et d’envahir leur territoire, il rencontra une vive opposition parmi les principaux chefs de son armée. Ce fut en vain qu’il leur montra les villes encore fumantes, les villages et les fermes que le due de Nor^lk avait incendiés, ils ne voulurent pas franchir les frontières, et commencèrent à se débander. Le roi fut obligé de revenir à Édimbourg, où le clergé et plusieurs pairs du royaume résolurent de tenter un dernier effort, et levèrent une armée de dix mille hommes, qui devait faire invasion sur le territoire anglais. Mais il y eut un nouvau désappointement.
Jacques s’était avancé avec sa petite armée jusqu’au château de Caerlaverlock, où, sur l’avisde son conseil, il s’arrêta , tandis que Maxwell, l’un de ses généraux, passait sur l’autre rive.
Quand les Écossais furent de l’autre côté, Olivier Sainclair, mignon du roi, présenta aux chefs assemblés une commission du roi , (jui lui donnait le commandement supérieur de toute l’armée. Les chefs de clans et une partie des troupes se mutinèrent
aussitôt et refusèrent d'obéir au nouveau chef. Au milieu de ce désordre un corps de cavalerie anglaise composé de trois cents chevaux s’avanqa pour reconnaître l’ennemi. Les Écossais, croyant que cette troupe était l’avantgarde de l’ennemi , prirent aussitôt la fuite, et la cavalerie anglaise, chargeant sur eux, Ut plus de mille prisonniers. Ce fut un coup de mort pour Jacques. Il revint à Édimbourg, et de là se rendit à son palais de Falkland, où il resta enfermé et ne voulut parler à personne. Il était encore dans la fieur de l’âge; sa constitution était pleine de vigueur, et Jamais il n’avaitété malade; mais une fievre lente s’empara de lui, et il mourut bientôt après , laissant pour liéritière l’infortunée Marie Stuart, ue Marie de Guise, sa femme, venait e lui donner sept jours avant sa mort. On rapporte que ce malheureux prince laissa écliapper à ses derniers moments des paroles de tristesse, qui annonçaient le triste sort qui était réservé à sa fille et à son royaume.
Henri , en apprenant la nouvelle de la mort de son neveu, conçut encore une fois l’espoir d’unir la Grande- Bretagne sur uneseule tête ; et il résolut de marier son fils Édouard à la jeune Marie d’Ecosse. A cette ocassion il mit dans ses intérêts les lords .Somerville, Maxwell, Gray et d’autres seigneurs qui avaient été faits prisonniers de guerre dans la dernière bataille.
Ceux-ci s’engagèrent par un traité solennel à reconnaître Henri comme souverain d’Écosse, à exercer toute leur iniluence pour lui procurer le gouvernement du royaume . et à lui livrer toutes les forteresses , ainsi que la jeune Marie, qui devait être gardée en Angleterre. Sir Georges Douglas , frère du comte d’Angus, devait avoir la direction suprême de cette affaire, et, comme le roi avait nommé à la régence, dans son testametit , l’archevêque Beaton , que le pape venait d’élever récemment au cardinalat, on taxa de faux ce testament. L’archevêoue fut obligé de se démettre de ses fonctions en faveur d’Aran. Alors on rappela Angus et Douglas de l'exil
et on arrêta le cardinal Beaton . que l’ou conduisit au château fort de Blackness. Cette arrestation produisit une sensation profonde. Les églises furent fermées et les prêtres refusèrent d’administrer les sacrements et d’enterrer les mortst Henri, effrayé de la tournure que prenaient les aftaires en Écosse, s’efforça de gagner le régent par des promesses et des menaces, et croyant le tenter, il s’engagea à lui clonner pour hru sa fille Elisabeth ; mais cette offre ne séduisit point le comte, qui avait res|H)ir de marier son fils à la jeune Marie. D’un autre côté. Douglas, Angus et les autres pensionnaires du roi, redoublaient d’activité, et, grâce à leurs efforts, un traité fut définitivement conclu, dans lequel on arrêta que la reine Marie épouserait le prince Édouard aussitôt qu’elle serait en âge, et qu’une paix durable existerait entre les deux pays ; que Marie resterait en Écosse jus(|u’à sa dixième année, mais que Henri enverrait près d'elle un noble anglais avec sa famille pour faire partie de sa maison, et qu’en retour deux comtes écossais et quatre barons seraient envoyés en Angleterre comme otages; que, dans tous les cas, le royaume d’Écosse conserverait sa neutralité et ses propres lois. Par une clause additionnelle qui avait été tenue secrète, Angus, son frère Georges, Maxwell, Glencairn, et tous ceux qui s’étaient liés à la causede Henri, rengageaient au besoin à prendre les armes pour l’Angleterre et à défendre ses intérêts, afin, disait le contrat, que le roi pût obtenir tout ce qui avait été convenu ou arrêté dans le traité , ou du moins qu’il pût étendre sa domination sur une partie du Frith, c’est-à^lire, sur la presque totalité de la partie méridionale de l’Écosse Sur ces entrefaites le cardinal Beaton recouvra sa liberté, on ne sait comment; et son premier soin fut d’opposer au régent le comte Lennox , qui arrivait de France après avoir servi sous François F' dans ses guerres d’Italie. Le cardinal et le comte de Huntley levèrent une armée dans le
nord de l’Écosse, et Argyle et Lennox en levèrent une autre dans l’ouest; Both well , Hume et le laird Buccleugli rassemblèrent leurs vassaux auprès des frontières. Le cardinal, Buccleugh et Lennox arrivèrent avec toutes leurs forces à Edimbourg , et , après avoir investi la place, ils forcèrent le comte Aran et Douglas à leur livrer la Jeune reine et la reine douairière, qu’ils firent conduire au château de .Stirling. Aran toutefois conserva la régence.
On s’occupa ensuite de la ratification du dernier traité avec l’Angleterre, ratification qui avait été donnée par le régent et son parti. Le cardinal représenta que cette ratification avait été faite contrairement au vœu de la nation , qu’elle n’avait pas été autorisée par le parlement , et que par conséquent elle était illégale. Beaton fit alors couronner la jeune reineà Stirling, nomma un nouveau conseil, et désigna Aran comme gouverneur ou régent.
Henri n’avaitpas attendu cette dernière manifestation pour agir. Déjà il avait saisi divers bâtiments écossais ui avaient été forcés par la tempête e chercher un refuge dans les ports d’Angleterre, et les avait confisqué sous prétexte qu’ils .apportaient des marchandises aux ennemis de l’Angleterre en France. 11 se disposait en outre à envahir l’Écosse. D’un autre côté il répandaitl'orà pleines mains dans ce pays pour se faire des partisans et augmenter le nombre des mécontents. Le comte Lennox , que Beaton avait opposé au régent, irrité de la réconciliation récente qui le privait delà régence, s’était jete dans le parti anglais. Mais la saisie de plusieurs lettres et l’arrestation de Somerville et de Maxwell, agents du parti anglais, compensèrent cette défection.
Le parlement s’assembla , et tous les conspirateurs furent signalés à la ju.stice. On déclara nul le dernier traité avec l’Angleterre; on renouvela les traités avec la France; et des ambassadeurs furent envoyés en Danemark, en Bavière et en Espagne.
Telle était la situation de l’Angle-
PÉRIODE DES TüDORS.
terre avec l'Écosse lorsque Henri, qui depuis son mariage avec Anne de fioieyn n'avait point été en bonne intelligence avec son allié le roi de France, chercha à se réconcilier avec l’Empereur. Charles-Quint se montra dis(>osé à écouter les propositions qui lui étaient faites; mais il exigea queHenri rétablirait la princesse Marie dans ses droits à la succession , et rendrait à cette princesseainsiqu’àsademi-sœur, la princesse Élisabeth, la Jouissance de leurs droits civils ; ce qui eut lieu. Un traité fut conclu au mois de février 1&43. On y stipula que François P' serait requis de renoncer à son alliance avec le grand Turc, et de faire réparation aux puissances chrétiennes pour les pertes qu’elles avaient souffertes en raison de cette alliance; que François aurait également à payer les sommes arriérées qu’il devait au roi d’Angleterre, et qu’il donnerait des garanties pour les payements à faire; enfin que le roi de France aurait un délai de quarante jours pour s’exécuter. Ce délai passé, Charles-Quint devait réclamer la Bourgogne, et Henri, de son coté, devait demander toutes les possessions qui avaient appartenu à ses ancêtres sur le territoire français. Les deux alliés , en cas de refus s’engageaient à envahir la France. François I" , comme on s'y attendait, ne tint aucun compte de la sommation. Alors Henri envoya sur le continent une petite armée de six mille hommes sous le commandement de sir John Wallon; Charles-Quint chercha de son coté à recouvrer les villes qu’il avait perdues en Flandre, et à réduire à la soumission le duc de Clèves , qui était devenu l’allié du roi de France.
A cette époque une autre affaire préoccupait vivement le roi d’Angleterre. Son veuvage durait depuis plus de dix-huit mois, et fatigue de cette solitude, Henri songeaità un nouveau mariage. Cette fois, ce fut une veuve qui obtint les honneurs de sa couche royale. Le dernier acte du parlement avait fait de Henri un galant dangereux pour cette portion du beau sexe
AiXCLETERRR. — T. II.
qui prétend aux honneurs de la virginité. Il épousa Catherine Parr, veuve de lord Latimer, femme déjà sur l’âge, discrète, intelligente, qui était trèsattachée ou protestantisme. Cette union causa de vives alarmes au parti catholique, mais seize Jours après qu’elle fut consommée, on brûla trois rotestants sur la place de Smitheld , pour le rassurer.
Les affaires de Henri prirent bientôt une mauvaise tournure en France. Sir Thomas Wallop , après avoir inutilement assiégé la ville de Landrecies , y avait perdu une partie de son armée, et s’était retiré dans ses quartiers d’hiver. Aussitôt Henri leva à grands frais une armée de trente mille hommes , dont il prit le commandement, et partit pour la France, qu’il espérait conquérir. A Calais l’armée se grossit des troupes du duc de Norfolk et de lord Russell, qui avait assiégé inutilement Montreuil , et d’un renfort de quinze mille Impériaux envoyés par Charles-Quint. On s’attendait à des merveilles, car le plan de campagne avait été tracé avec le plus grand soin; Charles-Quint par la Champagne , et Henri par la Picardie devaient marcher sur Paris; et une fuis maîtres de cette ville, les deux alliés devaient disposer du sort de la monarchie française.
Mais on ne fit rien.
Henri , après avoir réuni ses troupes sous les remparts de Boulogne , ne voulut aller plus loin qu’autant qu'il aurait pris possession de cette ville. Ce fut en vain que Charles-Quint le pressa d’avancer ; Henri , s'excusant sur ce que Charles lui-même s’était arrêté pour prendre plusieurs forteresses de la Champagne , persista dans sa résolution et continua le siège de Boulogne. La ville capitula après deux mois de siège , et Henri Gt son entrée triomphante dans la place. Mais alors Charles-Quint était en pourparler avec le roi de France, et entamait avec lui des négociations qui amenèrent le traité de Crespy. Le roi d’Angleterre n’était pas compris dans ce traité, et restait seul à faire la guerre. Alors Henri comprit que la conquête
de la France n’était pas aussi facile qu’il se l’était imaginé. Il mit une forte garnisuu dans Boulogne, et reprit la route de l’Angleterre, où il revint plus pauvre qu'il n’était parti.
Si les résultats de l'expédition contre la France avaient été nuis, ceux de la campagne contre l’Écosse n’étaient en réalité guère plusavantageux.
Qiielquetpmps avant son départ pour te continent, Henri avait équipé une flotte de deux cents vaisseaux, montée par dix mille soldats, et en avait donné le commandement au vicomte de Lisle, grand amiral d’Angleterre, et au comte de Hertford. Cette flotte parut sur les côtes d’Écosse, et l’armée débarqua le 4 mal 1.543, à Leith, qu’elle occupa après l’avoir mis au pillage. De là elle se porta sur Ëdimbourg; mais les citoyens de cette ville en avaient barricadé les portes; et quoique abandonnés à eux-mémes, ils prirent la résolution de s’y défendre. Quand l’armée anglaise se présenta, ils envoyèrent en parlementaire Otterburn de Keid-Hall pour proposer au commandant anglais un arrangement à l’amiable. Hertford lui répondit qu’il était venu comme, soldat et non comme ambassadeur, et demanda en conséquence qu’on lui livrât immédiatement la jeune reine; il ajouta qu’autrement il ravagerait le pays par le fer et le feu. Otterburn crut prudent , pour sa sûreté personnelle, de rester dans le camp anglais.
Mais les citoyens d’Edimbourg nommèrent un nouveau prévôt et forcèrent par leur courageuse résistance l’armee anglaise à se replier sur Leith. Hertford reparut bientôt avec son artillerie, et alors les citoyens d’Edimbourg ayant reconnu l’impossibilité de défendre la ville, laissèrent la citadelle sous la garde du brave Hamilton de Steniiouse, et, emportant avec eux tout ce qu’ils purent enlever, ils évacuèrent la place pendant la nuit. Hertford ne put résister au feu de la citadelle. Après avoir mis le feu à la ville, et l’avoir presque entièrement réduite en cendres , il battit
en retraite. Ensuite, se repliant de nouveau sur Leith, il mit tout le pays qu’il parcourut à feu et à sang.
Mais vivement poursuivi par les forces réunies du régent et du cardinal Beaton, il fut bientôt obligé de quitter les rives du Forth. Une partie de son armée s’embarqua sur la flotte, et l’autre partie, sous sa conduite, gagna la frontière. Hertford laissa partout des traces de son passage. Solon Haddiiig ton , toutes les villes situées entre Edimbourg etBerwick, les villages et les maisons particulières furent pillés et incendiés. Cette dévastation fut portée si loin , que ceux qui avaient désiré la présence de l’armée anglaise sur le territoire, pour abattre le parti catholique, et une partie de ceux qui avaient vendu leurpays à Henri, revinrent pour quelque temps à la cause nationale. Glencairn etLennox, parmi les traîtres , restèrent seuls attachés à la cause de Henri; mais le premier fut défait dans une bataille sanglante près de Glascow, et Lennox fut obligé de prendre la fuite et de se sauver en Angleterre.
Mais des haines implacables , des divisions intestines, déchiraient alors le sein de la malheureuse Ecosse; le parti protestant et le parti catholique, au lieu de s’unir, se livraient à leurs querelles avec plus de violence ue jamais. Lennox parut à la tête ’une flotte de huit vaisseaux, et s’em-
f>ara des îles d’Aran et de Bute qu’il ivra à sir Rice Manuel et à Richard Brooke, ofliciers de Henri. Lennox essaya alors des’emparerde Dunbarton, ui forme la clef de la partie occidentale e l’Ecosse; mais il échoua dans cette entreprise. Se portant sur le Kentire, le Kyle elle Karrick , il ravagea ces trois districts et en üt un désert. D’Un autre côté, sir Ralph Rare, sir Richard Brooke, qui commandaient l’armée anglaise, ravageaient les frontières daus toute leur étendue. Henri promit à sir Ralph tous les biens d’Angus, s’il parvenait à les conquérir. Angus jura par un serment terrible , qu’il ratifierait cette donation en
PERIODE DES TÜDORS, k
appliquant son seizin (1) sur la peau de sir Ralph avec des plumes de fer et de l’encre de sang. Sir Ralph ne fut pas effrayé, et son armée se livra aux plus horribles excès. Elle se composait d’archers anglais, d’un ramas de mercenaires étrangers et de sept à huit cents flibustiers, hommes déterminés s’il en fut jamais. Elle saccagea tout le pays entre Jedburgh et Kyle , brûla fa tour deRroom-house,qui était alors habitée par unedameûgée etsafaniille, et entra dans Meirose, où, après avoir misau pillage une. magnifique abbaye, elle viola les tombeaux des Douglas que renfermait la nef.
Une défaitesanglante suivit de près ces actes de barbarie. L’armée anglaise avait la plus grande confiance d’elleméme et elle avançait avec insouciance dans rintérieiirdu pays. Elle arriva ainsi prèsd’Ancrum Moor, oùelletrouva les Écossais rangés en ordre de bataille. Ceux-ci, en raison de l’infériorité de leur nombre, paraissaient peu désireux d’en venir aux mains; mais, sur les instances de Walter Scott, laird de Bucclheug, qui arriva en ce moment et leur annonça l’approche d’un corps nombreux de ses vassaux, ils engagèrent le combat, et s’élancèrent avec furie sur leurs adversaires; une panique générale s’emj)ara de rarinée anglaise et la déroute lu t coin plète. De terribles représailles furent alors exercées contre les vaincus. Partout où ils passaient ils trompaient des ennemis. Les femmes et les enfants s’associaient au carnage, et quand lapitié qu’inspirait leur malheur faisait entendre sa voix, ces paroles l’étouffaient aussitôt :
« Souvenez-vous de leur cruauté à Broom-house. » Huit centsd’entrc eux furent trouvés parmi les morts sur le champ de bataille, et on leur fit mille prisonniers. Parmi ces morts figuraient sir Ralph et Eare lui-méme.
Pendant que ces événements se passaient, François I" se préparait a attaquer Boulogne, conquête qui avait coûté à Henri 400,000 livres ster-
' On appelle wizm, en Écos-se, le cachet qui e.sl apposé sur un acte public.
ling (10 millions de francs). De larges galères furent cohstruites à Rouen, à Marseille et dans I es autres ports de la Méditerranée. Après avoir réuni un nombre considérable de marins expérimentés de Venise , de l’Espagne et de l’Italie, le monarque français résolut d’attaquer l'île de Wight et de prendreoudétruire Portsmouth. Le 13 juillet 1545, la flotte française, composée de cent trente-six 'navires et commandée par Annebaut, parut dans le détroit qui sépare l'Ile de Wight de l’Angleterre, et jeta l’ancre à Sainte- Hélène. Dudlev essaya vainement de l’y déloger, rfenri, qui était alors à Portsmouth , vit sous ses yeux une flotte étrangère sillonner en triomphe les eaux du détroit. Annebaut ravagea la cote , brûla des villages entiers et des fermes , et se présenta devant le port de Portsmouth pour forcer la flotte anglaise à accepter le combat.
Mais par les ordres de Henri la flotte anglaise ne bougea point. Il n’y eut qu’un engagement partiel dans lequel la Alarie-Rose, le plus grand navire de la marine anglaise à cette époque, coula bas sous le feu des canons de la flotte française; les quatre cents hommes de sou équipage , ainsi que son capitaine sir Georges Cai ew, périrent dans les flots. Les Français , encouragés par ce succès, firent plusieurs descentes dans l’ile de Wiglit et cherchèrent à empêcher les Anglais de ravitailler Boulogne , et d'envoyer des navires des ports de la Tamise dans celui de Portsmouth. Alors Dudley reçut l’ordre de sortir , ce qu’il fit eu disant au roi qu'il était heureux de recouvrer sa liberté. Toutefois , comme ses ordres portaient qu’il devait attendre l’avantage du vent pour attaquer l’ennemi et choisir, autant
?[ue possible , un vaisseau ennemi de oree égale à la sienne, les deux flottes en s'approchant restèrent longtemps fil présence avant d’en veniraux mains.
Mais, après un échange de quelques coups (le canon, la flotte anglaise ren-t tra à Portsmouth et la flotte française se retira à Brest. *
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