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COMMERCE, INDUSTRIE

§ 23. Commerce maritime. — Expédition

de Lancastre. — Compagnie des Indes

Compagnie du Levant. — Exportations.

— Importations. — De la poste aux lettres. — Agriculture.

Les grands commerçants de l’époque étaient les Hollandais. Le commerce ordinaire de la Hollande avec l’Angleterre employait de 5 à 600 navires hollandais. Au contraire, le commerce de l’Angleterre avec la Hollande n’employait pas la dixiéme partie du nombre de ces bâtiments. De plus, c’était la coutume des marchands hollandais, aussitôt qu’il y avait une disette, de charger 60 ou 100 navires des objets qui manquaient, et de les envoyer dans tous les ports du royaume; delà sorte , ils vendaient la cargaison à un prix élevé. Sir Walter Raleigh cite une circonstance où les marchands de

Hambourg et de la Hollande , en visitant les ports de Southampton, d’Exeter et de Bristol, dans le cours d’une année et demie, réalisèrent une somme d’environ 200,000 livres sterling(5millions) ; et il ajoute qu’en visitant tous les ports du royaume, ils durent décupler la somme. Le transport des productions de toutes les autres contrées du monde appartenait encore aux Hollandais. Les produits de la Turquie, des Indes orientales et des Indes occidentales, ceux de la France, de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie, étaient portés dans leurs vaisseaux. Ils visitaient les ports de Danemark , de la Suède, de la Pologne et des autres du nord de l’Europe. En retour, ils recevaient du blé et d’autres articles qu’ils versaient dans les ports d'Angleterre et dans toutes les autres parties du monde. Amsterdam avait toujours un approvisionnement de 6 millions de boisseaux de blé ; il était passé en proverbe qu’une disette d’une seule année, soit en Angleterre, soit en France, soit en Espagne , soit en Portugal ou en Italie, enrichissait la Hollande pour sept ans. Raleigh prétendait, avec raison, que l’Angleterre était mieux située que la Hollande pour faire le commerce de transport.

Les pêcheries les plus productives du monde étaient situées sur les côtes des îles Britanniques. Cependant , à cette époque , le commerce des pêcheries qui se faisait sur les côtes d’Angleterre était presque tout entier dans les mains des Hollandais ; la pêche du hareng seule leur rendait plus de 2 millions sterling (50 millions de fr. ) par an. Dans d’autres branches importantes, le commerce de l’Angleterre, par rapport à celui de la Hollande, se trouvait dans le même état d’infériorité. Ainsi , les Hollandais envoyaient chaque année , dans le Nord , plus de mille navires avec du vin et du sel qu’ils allaient chercher en France et en Espagne, tandis que l’Angleterre, avec des avantages supérieurs , n’employait pas un seul navire dans ce commerce. Les Hollandais, dont le pays ne fournissait point de bois d« cons-

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truction, employaient tous les ans cinq ou six cents grands navires au transport de ces bois , et les Anglais , qui avaient comme eux un libre accès dans les forêts de la Baltique, n’en expédiaient point dans ces parages.ILe commerce des draps, de la laine, du plomb, de l’étain , et de plusieurs autres produits du sol, était également exploité par les Hollandais et par d’autres étrangers ; toutes les étoffes de laine qui sortaient du royaume étaient teintes au dehors. Raleigh estimait à 400,000 livres sterling (16 millions de francs) les sommes que perdait annuellement l’Angleterre dans cette industrie ; les casimirs du Devonshire et des contrées du nord étaient envoyés, sans être teints, à l’étranger, ce qui causait une autre perte d’environ 100.000 livres sterling (2 millions et demi).

Ces étoffes étaient teintes à Amsterdam , d’où elles étaient expédiées en Espagne, en Portugal , et dans d’autres contrées. Il y avait en outre , depuis quelques années, une décadence assez prononcée dans le commerce maritime de l’Angleterre avec le Nord.

Ainsi, dansl’année 1590, ungrand nombre de navires anglais étaient allés visiter les ports de la Russie, tandis qu’en 1600, l’Angleterre n’en avait expédié quequatre, et en 1602, deux seulement pour les mêmes ports. Au contraire, le commerce maritime de la Hollande avec la Russie faisait des progrès chaue année. Chaque navire hollandais tait deux fois aussi grand que les navires anglais qui visitaient ces parages. Les cargaisons se composaient, en général , de draps de fabrique anglaise , de harengs pris sur les cotes d’Angleterre, de plomb et d’étain tirés des mines du royaume.

Tel était, d’après l’autorité de Walter Raleigh , l’état du commerce anglais à la fin du règne d’Élisabeth.

Ce commerce était loin d’être florissant, et Jacques et ses ministres étaient trop occupés des affaires politiques pour songer à l’activer. Aucune mesure importante ne fut adoptée pour l’encourager ; aussi resta - 1 - il stationnaire pendant toute la durée de

ce règne et de celui de Charles I'' , ou du moins ne fit-il que peu de progrès.

Nous avons dit que Lancastre avait quitté l’Angleterre, en 1601, pour les Indes occidentales. Ce navigateur reparut dans les dunes avec deux navires chargés de poivre (11 septembre 1603); deux autres navires l’avaient précédé en Angleterre avec de riches cargaisons dé poivre, de clous de girofle, et de cannelle. L’amiral , car tel était le titre que prenait Lancastre , avait été bien accueilli par le roi d’Acheen, dans l’île de Sumatra, et avait conclu avec ce prince un traité fort avantageux pour la compagnie qu’il représentait. Mais la longueur du voyage (il avait duré près de deux ans et demi) et le séjour prolongé des marchandises dans la cale des navires ne permirent point à la compagnie de recueillir de grands profits de cette expédition. De nouveaux capitaux devinrent nécessaires , et, au mois de mars 1604, les mêmes navires partirent de nouveau pour l'Inde , sous le commandement de sir Henri Middieton. L’expédition revint en Angleterre au mois de mai 1606, après avoir perdu un de ses navires dans la traversée de retour; les trois autres étaient chargés de poivre , de clous de girofle et de noix muscades. Les résultats de cette seconde expédition n’étaient point encore encourageants. De plus , le roi , au mépris de la charte accordée à la compagnie , venait de donner une licence à sir Édouard Michelborne , et à d’autres personnes , pour les autoriser à • faire des expéditions pour la Chine , le I Japon et quelques ports de l’Inde. !

Michelborne partit au mois de décembre 1604, et revint en Angleterre au mois de juillet 1606, après avoir pillé quelques navires indiens et chinois.

Cette mauvaise foi du gouvernement , jointe au peu de succès de ses entreprises , dégoûta la compagnie ; elle semblait disposée à se dissoudre lorsquequelques membres plus hardis donnèrent de nouveaux fonds. Deux expéditions successives furent entreprises :

l’une , composée de trois navires , par-

tit au mois de mars 1607; l’autre, composée de deux navires, partit au mois de mars de l’année suivante. Aucune de ces deux expéditions ne fut heureuse. Les deux navires qui composaient la dernière se perdirent en mer, et leurs équipages eurent beaucoup de peine à se sauver. Mais un autre navire, appelé [Expédition, parti au mois d’avril 1609, sous le commandement du capitaine David Middleton , revint en Angleterre deux ans après, avec une riche cargaison de noix muscades. Cette fois le voyage avait complètement réussi. On put donner, à ceux qui avaient engagé des capitaux dans l’entreprise, un dividende de 211 pour 100.

La compagnie obtint alors une nouvelle charte qui lui accordait , à perpétuité , le privilège de commercer avec les Indes orientales ; le gouvernement se réservait la faculté de dissoudre la compagnie en lui en donnant avis trois ans a l’avance. La compagnie fit alors construire un navire de onze à douze cents tonneaux ; c’était le plus grand navire qu’on eût construit jusqu’alors

f)our le commerce maritime; il fut ancé en présence du roi et de sa cour, et reçut le nom de Progrès du commerce. Le roi fut magnifiquement traité à bord par les membres de la compagnie , qui , à cette occasion , tirent servir le dîner dans de la porcelaine de Chine , chose alors tout à fait nouvelle en Angleterre, fx Progrès du Commerce et deux autres navires furent confiés à sir Henri Middleton, qui mit à la voile, avec sa petite flotte, pour la mer Rouge, au printemps de 1610.

Ee Progrès du commerce fit naufrage dans la rade de Bantam ; bientôt apres sir Henri Middleton mourut de chagrin. Les deux autres navires revinrent en Angleterre et y rapportèrent des cargaisons si riches , qu’on put donner un dividende de 121 pour 100 aux actionnaires. Ces profits considérables encouragèrent la compagnie , et les expéditions se succédèrent avec rapidité ; toutes réussirent. Une expédition partie de Graveseiid , au mois de janvier 1611 , donna 218 pour lOO

aux actionnaires sur le capital engagé, après un voyage qui avait duré quatre ans et demi. Une autre expédition, composée de trois navires, partit d’Angleterre en 1611 , et donna les mêmes résultats à son retour, au mois de septembre 1614. Un autre voyage (c’était le neuvième) donna un bénéfice de 160 pour 100 après une absence qui avait duré trois ans et demi; la dixième expédition , après un voyage de deux ans et demi, donna 148 pour 100; la onzième, après une absence de vingt mois, rapporta environ 340 pour 100; et la douzième, après un voyage d’un an et demi environ, 134 poiir joo.

Ces succès causaient ae l’ombrage aux nations qui commerçaient avec les Indes orientales. Les Portugais, qui étaient depuis longtemps établis dans l’Inde, et les Hollandais, qui avaient déjà des comptoirs dans ces contrées , employèrent la violence contre les nouveaux venus. Cependant le capitaine Best, qui commandait ce que l’on appelait la dixième expédition , parvint, en 1613, à obtenir un firman du Grand Mogol , qui permettait à la compagnie d’établir un comptoir à Surat , et lui accordait le privilège d’importer, dans le Mogol , des marchandises anglaises , en payant de certaines redevances ; le Grand Mogol s’engageait, en outre, à protéger le commerce de la compagnie , ses agents et leurs biens, contre les Hollandais et les Portugais. La même année, le capitaine Saris, qui était parti avec la huitième expédition, obtint de l’empereur du Japon une charte qui accordait également de grands privilèges à la compagnie.

Il était nécessaire de protéger le commerce des Anglais dans l’Inde. Une flotte , composée de quatre gros navires, quitta l’Angleterre au mois de mars 1614, sous le commandement du capitaine Downton. Cet officier , à son arrivée , battit les Portugais, avec lesquels le (jrand Mogol était alors en guerre. Cette circonstance fut avantaeuse à la compagnie , car la victoire e Downton ayant profité au Grand Mogol , celui-ci se montra plus favorablement disposé encore envers ses

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alliés. En ICI 5, une nouvelle flotte quitta l’Angleterre , et sir Thomas Roe se rendit à la cour du Mogol , en qualité d’ambassadeur du roi d’Angleterre ; l’ambassadeur resta à cette cour jusqu’en ICI!), et obtint de nouveaux privilèges pour la compagnie. Déjà elle avait aes comptoirs à Acheen , à Zambee , et à Tecoa, dans l’île de Sumatra ; à Surat , à .Vmadavad , à Agra, à Agimère , et à Burampore , dans les États du Grand Mogol; à Firando, dans le Japon ; à Bantam , à Batavia , et à Japara , dans l’île de Java ; à Benjarmassing, et à Socodania, dans l'ile de Bornéo; h Banda, dans les îles de Banda; à Patan, dans l’île de Malaque; à Macassar, dans l’île Célèbes ; à Siam, dans le royaume de ce nom; à Masulipatam , et à Petapoli , sur la côte de Coromandel ; et à Calicot, sur la côte de Malabar. Les affaires de la compagnie se trouvaient, en 1C17, dans un état tellement prospère , que les actions se vendaient couramment le triple de ce qu’elles avaient coûté dans le principe.

On résolut de tenter un arrangement à l’amiable avec les Hollandais : des commissaires furent nommés par les gouvernements d’Angleterre et de Hollande pour régler "cette importante affaire. Les Hollandais demandaient aux Anglais de s’unir et de ne former u’une seule compagnie , de manière monopoliser le commerce de l’Inde entre les deux nations. L’adoption de ce plan , disaient-ils , permettra aux deux compagnies réunies de réduire leur ennemi commun , les Portugais , et d’empécber les autres nations de former des établissements dans l’Inde.

Ce projet ne se réalisa point. Cependant, au mois de juillet IC19, il y eut un traité conclu à Londres, dans lequel on arrêta : que les deux compagnies continueraient à commercer avec l’Inde pour leur compte personnel, et que leurs différends, quand il en surgirait , seraient soumis à l’examen et au jugement d’un conseil comosé de quatre des principaux memres de chaque compagnie.

La nouvelle de ce traité , qui devait

durer vingt ans , causa une grande joie aux résidents des deux compagnies dans l’Inde. Mais, au mois de décembre 1620, c’est-à-dire dix-huit mois après la signature de la convention , le gouverneur général de la compagnie hollandaise dans l’Inde recommença les hostilités en s’emparant de plusieurs îles où les Anglais avaient des comptoirs. Cet acte d’agression fut suivi du massacre d’Amhoineet de l’expulsion des agents anglais de cette île. >Lcs hostilités furent reprises avec tant de désavantage pour la compagnie anglaise , que , malgré la conquête importante de l’île d’Ormus, dans le golfe Persique (1622), elle se trouva endettée de plus de 200,000 liv. sierl. (J),000,000 de fr.). En 1616, époque de sa plus grande prospérité, elle avait levé un nouveau capital de 1,629,000 livres sterl. (40,725,000 fr.), auquel avaient voulu prendre part toutes les classes de la société. Ainsi , parmi les souscripteurs figuraient quinze ducs et comtes , treize comtesses , quatrevingt-deux chevaliers, dix-huit veuves, vingt-six ecclésiastiques, des juges, des conseillers privés, des médecins, et même des jeunes filles; mais, dix ans après, l’argent n’était plus obtenu qu'avec beaucoup de difficulté , et les actions qui, en 1617, s’étaient vendues à 203 pour 100 au-dessus de leur premier cours , étaient tombées à la moitié de cette valeur.

Une nouvelle compagnie, qui prit le titre de Marchands anglais commerçant avec les mers du Levant , se forma en 1605 , et reçut de Jacques une charte d’incorporation. Cette compagnie, qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Compagnie du Levant, exportait à Constantinople une grande quantité des articles que les Turcs avaient coutume de recevoir auparavant des Vénitiens. Une année après son incorporation, un ministre anglais alla résider à Constantinople ; c'était le premier que la cour d’Angleterre envoyait à la cour du Grand Seigneur; il avait le pouvoir de nommer des consuls pour surveiller le commerce des Anglais dans le Levant.

Les opérations des autres compagnies ne furent point d'une grande importance sous ce règne. Toutefois , il y eut une branche de commerce qui attira vivement l’attention des commerçants, ce fut celle des pêcheries du Nord. Les navigateurs qui visitaient les côtes du Groenland trouvaient, dans ces parages, des baleines et des chevaux de mer dont les dents étaient plus estimées que l'ivoire. Cette industrie, qui fut d’abord exploitée par des marchands isolés , tomba plus tard dans le domaine exclusif de la compagnie russe. Ayant obtenu, en 1613, une charte de Jacques, qui lui accordait le privilège de pêcher dans ces mers, la compagnie arma, dans le cours de la même année , sept navires avec lesquels elle chassa les baleiniers qui se trouvaient sur les lieux, et obligea ceux auxquels elle permit de rester, de payer tribut. L'année suivante, la compagnie arma treize navires; mais cette fois elle trouva à qui parler : les Hollandais y étaient venus avec dix-huit vaisseaux, dont quatre étaient des vaisseaux de guerre. Force fut à la compagnie de laisser pêcher les Hollandais. En 1615, de nouvelles prétentions s’élevèrent à la possession exclusive du Spitzberg et des mers environnantes; elles venaient des Danois, qui paraissaient pour la première fols avec trois navires de guerre, et demandaient un tribut aux Hollandais et aux Anglais. Les Hambourgeois , les Français et les Biscayens se présentèrent après les Danois, et les rivalités n’en devinrent que plus âpres et plus animées; souvent même il y eut entre ces pêcheurs des luttes sanglantes.

Il existe, dans un ouvrage publié en 1615 , sous le titre de Progrès du commerce, un relevé de l’état de la marine marchande de l’Angleterre sous le règne de Jacques 1". D’après ce relevé, il paraîtrait que vingt navires anglais , principalement chargés de harengs, visitaient chaque année les ports de Gênes, de Naples, de Livourne, de Marseille , de Malaga, et les autres ports de la Méditerranée; que trente navires partaient de l’Ir-

lande avec du bois pour futailles, article qui , depuis longtemps, a cessé de figurer dans les exportations de ce pays ; que le commerce du Portugal et de l’Andalousie employait vingt navires pour les vins, les fruits, le sucre et les drogueries des Indes occidentales; que le commerce de Bordeaux en employait soixante; celui de Hambourg et de Middiebourg, vingt, qui , tous, appartenaient à la compagnie des marchands aventuriers; celui de Dantzig, de Koënigsberg, environ trente, savoir : six de Londres, six d’Ipswich et les autres de Hull , de Lynn et de Newcastle; celui de Norvège, cinq; la pêche de la baleine du Groenland , ,juatorze; la pêche de l’Islande , cent vingt; celle de Terre-Neuve, deux cent cinquante, dont le tonnage réuni s’élevait à 15,000 tonneaux; que le commerce du charbon de terre de Newcastle employait quatre cents navires, dont deux cents allaient à Londres et 1rs autres approvisionnaient le reste de l’Angleterre. Indépendamment de ces navires, il y avait ceux de la compagnie des Indes, qui étaient les plus grands navires de commerce du royaume. D’après un relevé ordonné, en 1614, parle conseil privé, il paraît que l’exportation des valeurs de l'Angleterre pour toutes les parties du monde s’éleva, en 16 13, à la somme de 2,090,640 liv. sterl. (52,266,000 f.), et celle des importations à.2,141,283 liv.

sterl. (53,532,000 f.) Ainsi la balance du commerce n’était point en faveur de l’Angleterre.

Les principaux articles qui formaient la base du commerce anglais à cette époque étaient les étoffes de laine, qui jouissaient d’une haute estime dans toutes les contrées de l’Europe. Les étoffes étaient exportées sans être teintes; mais pour encourager cette industrie, Jacques rendit, en 1608, une ordonnance qui défendait la sortie des étoffes de laine si elles n’étaient pas teintes ; dans le même temps il accorda à l’alderman Cockayne le privilège de teindre toutes les étoffes de laine. Aussitôt les États de Hollande et les villes de l’Allemagne

défendirent immédiatement l’entrée de CPS étoffes , ce qui força le roi à rétablir les choses dans leur état primitif. Cependant cette interruption produisit d’heureu.Y résultats , car les fabricants anglais s’appliquèrent à chercher les moyens de rivaliser avec les Hollandais pour la teinture, et grâce à des efforts soutenus, ils v parvinrent.

Mais , d’un autre côté , les Hollandais se mirent eux-mémes à fabriquer des étoffes de laine, et devinrent bientôt des rivaux redoutables.

DepuisÉlisabeth, époque où l’on avait commencé à fonder des établissements dans le nord de l’Amérique , les marchands de Londres et de Bristol avaient continué d’établir des relations suivies avec les Indiens du littoral de la Virginie et de toute l’Amérique du Nord.

En 1606, Jacques accorda des chartes à deux compagnies, dont la première s’appelait la Compagnie des aventuriers de Londres ou la Compagnie de la Virginie du Sud ; à celle-ci il accorda le privilège de fonder des établissements sur la côte d’Amérique qui est comprise entre les 3-1' et 41' degrés latitude nord , et où sont situées de nos jours les provinces de Maryland, de la Virginie, de la Caroline du Nord et de la Caroline du Sud; à la seconde compagnie , qui reçut le nom de Compagnie des aventuriers de Plymoutli, Jacques assigna tout le territoire qui est situé entre le 41' et le 45' degré de latitude nord. Ce territoire forme aujourd’hui les États florissants de Pensylvanie, de New-Jersey, de New- Ÿork et de la Nouvelle-Angleterre. Dans la même année, la compagnie de Londres envoya cent colons qui fondèrent , à trois milles de l’embouchure du Pawbatan, aujourd’hui Jame’s-River', la ville de Jamestown, dans la Virginie. En 1610, cette compagnie obtint une seconde charte qui lui donnait le privilège de faire des concessions de terres , d’avoir un conseil résidant sur les lieux, de nommer et de destituer ses officiers comme elle l'entendrait, et lui accordait tous les pouvoirs d'un gouvernement. Une autre compagnie anglaise fonda un éta-

blissement, en 1612, aux Bermudes.

Le roi lui accorda une charte, après qu’elle eut acheté les îles de la compagniede la Virginie; cette dernière élevait des prétentions sur ces îles, parce qu’elle disait qu’elles avaient été découvertes par deux de ses capitaines, sir George Somers et sir Thomas Gates , en 160'J, quoiqu’on réalité ces îles eussent été visitées cent ans auparavant par Bermude, navigateur espagnol. Kn 1616, sir Walter Raleigh, après être sorti de la Tour, les avait visitées dans son fatal voyage à la Guyane.

La conservation de ces établissements exigeait beaucoup de persévérance et de courage de la part de ceux qui les avaient fondés ; car ils avaient à défendre leurs possessions , nonseulement contre les entreprises des aborigènes, mais encore contre celles des rivaux étrangers qui surgissaient de toutes parts. Les Français, après avoir traversé le Saint-Laurent^ s’étaient établis dans l’Acadie, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse, ainsi que dans la contrée à laquelle les colons anglais donnèrent plus tard le nom de Nouvelle-Angleterre. Les colons hollandais venaient , de leur côté, de jeter les fondements de la Nouvelle-Amsterdam (New-York) et du port d’Orange (Albanie).

Il fallut recourir aux armes, et après une lutte longue et acharnée, sir Samuel Argal força les Français et les Hollandais à 'quitter ce * territoire (1618). Les derniers reprirent bientôt leur position. Cependant, après de nouveaux efforts, les Anglais parvinrent à fonder un établissement permanent (1620) dans un endroit appelé Plymoutb. Charles I'% qui n’était encore que prince de Galles, donna à ce territoire le nom de Nouvelle-Angleterre. Dans le même temps Jacques accordait , à perpétuité , à lord Leigh et à ses héritiers, l’île de la Barbade, dont un navire anglais avait pris possession à son retour de la Guinée, en 1605. Un établissement fut fondé dans cette île, où bientôt s’éleva la ville de Jamestown ( 1624 ). D’autres établissements de ce genre furent ten-

tés dans nie de Terre-Neuve et sur la côte orientale de l’Amérique du Sud ; mais ces entreprises n’eurent point , pour le moment , les résultats qu’on en avait attendus. La culture d’une plante nouvelle, le tabac, occupait déà vivement l’attention des colons de a Virginie; il paraît que, dans le principe , l’introduction de cette plante en Angleterre ne trouva pas faveur auprès de Jacques I'’. Dans une ordonnance rendue en 1619 , Jacques fixe à 1 12 livres la quantité de tabac que doit produire, par an, chaque pîanteur.

Dans une autre ordonnance rendue l’année suivante, qui avait pour objet, comme la première , de mettre des restrictions à la culture du tabac , Jacques s’élève contre l’usage de cette plante qui , dit-il, tend à la fois à corrompre le corps et les bonnes manières; et dans la dernière année de son règne, Jacques, en réponse à une pétition de la chambre des communes qui lui demandait de n’admettre dans le royaume que les tabacs des plantations anglaises, il déclare qu’il consent à prohiber les tabacs étrangers , mais qu’il s’en tient à sa première opinion sur le tabac ; qu’il ne cède que parce qu’il désire être agréable à ses sujets et aux planteurs anglais de la Virginie et des Bermudes, qui lui ont exposé

?|ue les colonies étant encore dans l’enance , elles ne pouvaient prospérer qu’autant qu’on leur permettrait de planter et de vendre du tabac.

Les progrès de la colonisation et du commerce furent considérables pendant l’espace qui s’écoula entre l’avénement de Charles I" et le commencement de la guerre civile. Dans la première année de son règne, Charles, sous le prétexte que la Virginie ne pouvait être bien administrée par une compagnie, ordonna, par une proclamation , que le gouvernement de cette colonie rentrerait, à l’avenir, dans le domaine de la courohne et du conseil privé. Cette mesure , bien qu’elle causât un grave préjudice à la compagnie de la Virginie , n’arrêta point le développement de la colonisation ; presque toutes les îles des Indes orientales qui

n’avaient point encore été colonisées , virent bientôt des établissements anglais s’élever sur leur sol. En 1627, une compagnie française et anglaise se partagea l’ile de Saint-Christophe , et , l’année suivante , les Anglais ajoutèrent, au territoire qu’ils avaient en leur possession dans cette île, la petite île voisine de Nevis. En 1629, Charles fit une concession à perpétuité à Jacques Hay, comte de Carlisie, et à ses béritfers , des îles Caraïbes ; dans la même année il fit une concession , à Robert Heath et à ses héritiers, de toutes les îles Lucayes et de tout l’immense territoire qui forme aujourd’hui les États de la Caroline du Nord et de la Caroline du Sud , ceux de la Géorgie, du 'l’eniiessee et de la partie méridionale de la Louisiane. Trois ans après, Charles donna à lord Baltimore une partie du territoire delà Virginie, qu’il nomma Maryland , du nom de la reine.

Lord Baltimore était catholique, et Maryland, qui commença à être colonisée deux ans après que la concession fut faite , servit de refuge aux catholiques anglais , lorsque la sévérité des lois pénales les força de quitter l’Angleterre. Enfin, en 1641, une colonie anglaise s’établit à Surinam , dans l’Amérique méridionale.

La marine marchande prit alors un plus grand développement; déjà elle avait fait une précieuse conquête en enlevant à Venise le commerce de l’Inde , de l’Arabie et de la Perse ; ses vaisseaux approvisionnaient l’Europe des riches productions de l’Inde, versaient en France les riches produits de Constantinople, d’Alexandrie et d’Alep; car le commerce français avec ces contrées avait beaucoup décliné à cette époque. Les draps anglais se trouvaient sur les marchés de la Suède , du Danemark , de la Russie et des Pays-Bas.

En Espagne, on mettait les étoffes anglaises au-dessus de toutes celles qui se fabriquaient ailleurs.

Les articles que la compagnie des Indes orientales apportait dans le royaume offraient une grande variété.

L’Inde , la Perse , l’Arabie fournissaient alors à l’Angleterre du poivre , des

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clous de girofle, des muscades, du coton, du riz, des étoffes de calicot de toute espèce , de l’aloès , de la myrrhe , de l’opium , du borax , de la canne à sucre , de la rhubarbe , de la cannelle, du musc, du bois desandal, du tamarin, des pierres précieuses, des diamants , des perles , des émeraudes , des saphirs, des turquoises , des topazes, de l’indigo , des soieries brutes et ouvrées, du benjoin, du camphre et d’autres objets précieux. La compagnie avait de grands avantages sur les Hollandais et les Portugais, en ce sens que les indigènes traitaient avec ses agents de prétèrence avec les agents hollandais et portugais. Cependant ses affaires ne furent point florissantes sous le règne de Charles I"; car, outre la lutte u’elle avait à soutenir avec ses rivaux ans l’Inde , il lui fallait combattre au dedans les mauvaises dispositions que la couronne montrait contre elle. En 1635, Charles accorda une nouvelle charte à sir William Corten et à d’autres marchands , pour les autoriser à faire le commerce pendant cinq ans.

La nouvelle compagnie eut des difficultés avec le Grand Mogol , puis avec les Chinois ; et l’empereur du Mogol , n’établissant pas de d istinction entre les deux compagnies , s’empara de toutes les propriétés anglaises qui lui tombèrent .sous la main , et chassa de ses États tous les Anglais qui s’y trouvaient. La société de sir William Corten fut dissoute en 1646, après avoir causé des pertes considérables à la première compagnie.

Les affaires de la compagnie turque étaient plus brillantes ; ses navires versaient dans les ports de la Turquie, les draps du Suffolk, duGlocester,du Worcester; les casimirs de l’HampsIiire et de l’Yorkshire ; du plomb , de l’étain ; en retour , ils apportaient des soies brutes de la Perse , de Damas , de Tripoli ; des noix de galle de Tocca, des étoffes moirées d’Angora, des cotonnades de Chypre etdeSniyrne, des pierres précieuses de l’Inde, des drogues de l’Égypte et de l'Arabie, des muscades (Te Candie , des raisins et de l’huile des îles de Zante , de Cé-

phalonie et de la Morée , etc. Le coton était acheté par les fabricants de Manchester, qui commençaient alors à fabriquer les étoffes pour lesquelles leur ville est aujourd’hui si célèbre, car c’est du règne de Charles I"' que datent les premiers pas. de l’industrie cotonnière en Angleterre.

La compagnie des marchands aventuriers approvisionnait les villes de Hambourg, de Rotterdam, et les Pays- Bas , d’étoffes anglaises de différentes espèces , et de quelques autres articles du pays; ses vaisseaux rapportaient en retour , des tapisseries , des toiles ouvrées, de la percale, du linon, de la bouille, de la garance, des vins du Rhin , du savon, de l’acier, du fil de laiton, etc. La compagnie russe exportait principalement du drap, de l’étain, du plomb, des épices de l’Inde; et, en retour, elle rapportait des cendres, du cuivre , des bois de sapin, des mâts, de riches fourrures , du blé , du seigle, des futaines, des toiles, du mercure, du fer, de l’acier, du chanvre, des cordages, des peaux, du miel , du suif, du goudron, de la résine , de la cire, etc. Les exportations de la compagnie française se composaient de draps , de casimirs, de noix de galle, de soieries et de coton de la Turquie ; elle rapportait en retour des cartes, du verre, des graines, du sel, du vin de Bordeaux, du vin blanc, de l’huile, des amandes, du poivre, des soies ouvrées, et quelques autres articles de fabri-

?|iies françaises. Les marchands qui aisaient le commerce avec l’Espagne expédiaient dans cette contrée des serges , du plomb, de l’étain, des harengs , du saumon , de la morue , des peaux de veau ; et ils prenaient en retour, des vins de Xérès, de Malaga, d’Alicante, du raisin, des olives, de l’huile, du sucre, du savon , de l’anis, etc. l..es importations et les exportations du commerce de l’Angleterre avec le Portugal se composaient des mêmes articles. Le commerce de l’Angleterre avec Gènes , la Sicile, Naples, Livourne et Venise, se composait, pour les importations, de serge, de Casimir, de plomb, de draps et de

fflSTOlRE D’ANGLETERRE.

plusieurs autres produits indigènes ; de poivre, d’indigo , de clous de girofle, qui étaient rais en entrepôt en Angleterre. En retour , l’Angleterre recevait des draps d’or et d’argent, des satins , des velours, des taffetas , de la peluche, de l’alun, de l’huile, du verre, de l’anis, du riz, de l’or et de l’argent, et une grande quantité de soie brute de toute espèce.

Diverses innovations parurent à cette époque. Les fiacres commencent à rouler sur le pavé de Londres.Vingtsept voitures de ce genre seulement desservaient la capitale et les lieux voisins ; mais ce mode de transport était si commode que, dix ans après, le nombre en devint considérable. Le roi est obligé de rendre une ordonnance pour en défendre, ou du moins pour en restreindre l’usage. «Londres,\Vestminster et leurs faubourgs , disait le roi dans son ordonnance , sont infestés de ces voitures; ce qui est fort incommode pour nous , ainsi que pour notre chère épouse et pour la noblesse. > Le roi exigeait que chaque propriétaire de fiacre eût à son service quatre bons chevaux. Mais , deux ans après , le roi se réconcilie avec les fiacres : il accorde au marquis d’Haniilton le privilège de faire rouler, sur le pavé de Londres , cinquante fiacres.

« Il est nécessaire, dit-il , pour la noblesse, pour les ambassadeurs étrangers , et pour d’autres , qu’il y ait un nombre suffisant de fiacres; en conséquence , nous vous autorisons à avoir cinquante fiacres pourLondres et Westminster, et à en entretenir, dans les autres villes , autant que l’exigeront les besoins de chaque localité. Il est défendu à toute autre personne d’avoir des fiacres , soit à Londres , soit autre part.» Les chaises à porteurs étaient alors en grand usage ; ce véhicule avait été introduit dans le royaume, en 1634, par sir Sanders Duncomb , à qui le roi en accorda le monopole pendant quatorze ans.

Une innovation plus importante eut lieu en 1635 : c’est le premier établissement régulier de la poste aux lettres. Des tentatives antérieures avaient

été faites. Jacques 'avait établi une poste aux lettres pour le transport des dépêches et des lettres dans fintérieur du royaume et à l'étranger , mais le service n’était pas régulier. Sous le règne de Charles , les lettres et les dépêches partirent à jour fixe; on faisait le voyage d’allée et de retour d’Edimbourg , en six jours. Des petites postes furent établies pour rattacher toutes les villes et les villages à la ligne principale; il y en eut une à Chester et à Holy-Head, une autre à Exeter et à Plymouth ; bientôt on en établit à Oxford et à Bristol. Le port d’une lettre était fixé à deux pence (10 cent.) pour une distance d’un mille à quatre-vingts milles; de quatre pence pour une distance de quatre-vingts milles à cent quarante milles ; de six pence pour une distance plus éloignée , et de huit pence pour l’Ecosse. Le transport des lettres . s’opérait par des courriers à cheval , auxquels il était défendu de porter d’autres lettres que celles qui venaient de la poste.

L’intérêt légal de l’argent était , au commencement du règne de Charles I", de 10 pour cent ; mais ce prince le réduisit à 8; et, en 1651 , le parlement le fixa à 6 pour 100.

Les marchands de Londres avaient coutume de placer leur argent dans la Tour; mais Charles P', quelque temps avant la réunion du long parlement, s’étant emparé d’une somme de 200,000 liv. slerl. (5,000,000 de fr. ), oui se trouvait dans ce lieu, les marcliands retirèrent leur argent et commencèrent à le placer dans les mains des joailliers et des bijoutiers de Londres. Ceux-ci, dont la profession s’était bornée jusqu’alors à vendre et à acheter de la vaisselle plate , à fondre l’or et l’argent, se livrèrent à un commerce de banque très-fructueux. Les seigneurs et les gentilshommes les chargèrent bientôt de toucher leurs rentes, et, devenus de cette manière détenteurs d’une grande quantité d’argent monnayé , ils commencèrent à escompter les billets des marchands qui avaient besoin de fonds.

L’altération des monnaies continuait

PÉRIODE DES STUARTS

comme par le passé. Immédiatement après son avènement au trône , Jacques fit frapper diverses monnaies d’or auxquelles il donna le nom d’angèle , de demi-angèle , de <juart d'angèle, de souverain , de demi-souverain , de couronne , et de demi-couronne. L’or des angèles était plus pur que celui des souverains; l’angèle valait dix schellings , le demi-angèle cinq schellings , le quart d’angèle deux schellings six

fience; le souverain valait vingt sclielings, le demi-souverain dix schellings; la couronne cinq schellings, la demicouronne deux schellings six pence.

Jacques fit ensuite frapper des pièces d’argent auxquelles on donna le nom de couronne, de demi-couronne, de schellings de six pence , de deux pence, d’un pence, et de demi-pence. Toutes ces pièces portaient sur l’effigie ces mots : Mng. Sco., Angleterre et Écosse. La livre d’or qui , jusqu’alors, avait passé pour trente - trois livres dix schellings d’argent , fut ensuite élevée , par une ordonnance du roi , à trente-sept livres quatre schellings et six pence d’argent ; l’année suivante , la valeur de la livre d’or fut élevée à quarante livres dix schellings, et des monnaies furent frappées à ce titre.

Ces monnaies reçurent le nom de rose royale; elles étaient de trente schellings chacune. Les années suivantes, la valeur de l’or augmenta encore, ce qui produisit une nouvelle perturbation. Sous ce règne il parut, pour la première fois, de la monnaie de billon, qu’on nomma farthing. Les monnaies en plomb, dont se servaient les marchands et les détaillants dans leurs transactions, furent aussitôt retirées de la circulation (1613).

Sous le règne de Charles P', les monnaies subirent de nouvelles altérations; Charles leur conserva les mêmes dénominations que leur avait données son père. Après que la guerre civile eut commencé, et que le parlement se fut emparé de la 'Tour, Charles fit frapper ses monnaies à Shrewsbury , à Oxford , à York , et dans d’aiitres lieux. De son côté , le parlement fit également battre monnaie.

Les monnaies du parlement ne se distinguaient de celles du roi que par la lettre P (parlement) ; ces pièces étaient d’or et d’argent. Plus tard , le parlement en frappa d’autres dont l’effigie portait d’un côté un bouclier sur lequel était la croix de Saint -George, entourée d’une branche de laurier; on y lisait ces mots : République d’Angleterre ; de l’autre côté étaient deux boucliers : sur l’un on voyait la croix de Saint-George, sur l’autre une harpe, et on y lisait ces mots : Dieu est avec nous.

Sous le rapport de l’agriculture, du jardinage et des manufactures , l’Ângleterre était inférieure à plusieurs autres contrées , et notamment à la Hollande et aux Pays-Bas , qui étaient considérés comme 1rs pays les plus industrieux de l’Europe. La plupart des cultivateurs anglais se bornaient à suivre le système qui avait été adopté par leurs pères. Cependant on voit à cette époque plusieurs personnes instruites donner leur attention à cette branche importante de l’industrie. Des ouvrages , dans lesquels on trouve d’excellentes recommandations pratiques , commencèrent à être publiés.

Bligh , auteur d’un ouvrage sur l’agriculture , publié en 1652, indique aux cultivateurs l’utilité qu’ils peuvent retirer de la culture du trèfle pour la nourriture du bétail; bientôt après, sir Richard Weston publie un Traité sur la culture du navet en Flandre , et sur la manière d’engraisser le bétail pendant l’hiver avec cette plante. L’art du jardinage fit plus de progrès : les jardins des riches et des nobles étaient remplis de plantes et de fleurs qui n’avaient pas encore été cultivées en Angleterre. Les progrès du jardinage avaient commencé sous le règne d’Élisabeth , et ils s’étaient toujours soutenus depuis ; les pois, les choux-fleurs, que jusqu’alors on était allé chercher en Flandre , commencèrent à être récoltés avec abondance en Angleterre, et furent servis, sans dépenses extraordinaires, à la table du riche et de l’homme aisé. On s’occupait aussi beaucoup de cultiver le tabac en Angleterre,

et nul doute que cette culture n’edt pris un grand développement, si le gouvernement, qui craignait que cette industrie ne causât un vide dans le trésor , ne l’edt défendue.

Les fabriques étaient encore dans l’enfance; cependant, les manufactures d’étoffes de laine occupaient un nombre considérable d’ouvriers ; on orte à un million d’individus le nomre de personnes qui étaient employées dans œtte industrie, à la fin du régné de Charles 1”. En 1643 , un Hollandais vint s’établir en Angleterre, et il apprit aux Anglais le moyen de produire la couleur écarlate , pour laquelle les étoffes étrangères étaient en réputation. La fabrication des soieries occupa vivement l’attention publique pendant cette période, et de grands efforts furent faits pour établir , dans le royaume , des manufactures de ce genre. Jacques rendit, en 1608, une ordonnance pour encourager la plantation du mûrier. « La fabrication des soieries , disait l’ordonnance , peut être aussi bien effectuée en Angleterre que dans le royaume de France. » Il y eut , en conséquence , de nombreuses plantations de mûriers , et l’on suppose que le fameux mûrier de Shakspeare , que l’on voit dans son jardin à Strafford, fut planté à cette époque.

Dans le même temps, des livres furent

Ïiubliés, dans lesquels on enseignait ’art d’élever les vers à soie. Des ouvriers étrangers, reconnus pour leur habileté, furent invités à venir se fixer en Angleterre; et, en 1629 , il se forma une compagnie qui re^ut une charte du roi. Cette compagnie employait environ 40,000 ouvriers , homm^, femmes et enfants.

Les autres fabriques commençaient également à prospérer. Les fabriques de toiles ordinaires suffisaient aux besoins de la consommation ; le chanvre et le lin venaient de la Russie et de la Hollande. L’Angleterre était alors renonintée pour la faorication de ses

Sièces de canon. En 1629 , Charles I* t couler six eent dix pièces de canon, dans la forêt de Dean, pour les États- Généraux de Hollande. La fabrication

du verre se naturalisa en Angleterre, et bientôt, à l’exception de la verrerie de Venise, tous les verres étrangers furent prohibés. Les montres de poche furent faites pour la première fois, en 1658, en Angleterre. La construction des navires de commerce fit de grands progrès ; jusqu’alors le tonnage des navires marchands n’avait point dépassé t50 tonneaux ; mais , en 1610, la compagnie des Indes orientales construisit un navire de 1,100 tonneaux , pour faire la navigation de l’Inde , et dans le même temps le gouvernement lança un navire de 1,400 tonneaux.

La £nto»NiadeCamden nous fournit des détails curieux sur l’état de la richesse et de la population de différentes localités du royaume. On y voit que , sous le règne de Jacques I*’, Plyinouth, qui est aujourd'hui si florissante, n’était encore qu’un simple village habité par des pécheurs , et que la ville de Devonport , qui forme un de ses faubourgs , et qui 'contient en ce moment 50,000 habitants , n’avait encore qu’une seule église. Lynn , dont la population actuelle est de près de 4,000 âmes , n’était visité que par quelques pêcheurs ; Poole, dont la population actuelle est de près de 9,000 âmes, contenait seulement quelques huttes de pêcheurs; cependant on y voyait quelques beaux édiûces, et elle avait un marché très-fréquenté. La ville de Portsmouth, en temps de guerre, était très-habitée, mais , en temps de paix , ce n’était plus qu’un désert ; elle n’avait qu’une seule église. Brighton , qui renferme dans ses murs une population de 40 à 50,000 habitants, ne formait qu’une simple station sur la côte : on la nommait Brighthemsted ; Yarmouth n’avait encore qu’une seule église; Lincoln, qui avait été trèsflorissante autrefois, puisqu’on y comptait cinquante églises , en comptait alors à peine dix-huit; Birmingham, appelé alors Bremicham, regorgeait d’habitants , mais il est probable que sa population n’était pas la vingtième partie de ce qu’elle est aujourd’hui.

Halifax contenait environ 12,000 ha-

PERIODE DES STUARTS

bitaots ; c'était une des villes les plus industrieuses du royaume , et dont la population s’était accrue d’une manière prodigieuse en fort peu de temps, car , en 144S , on n’y comptait encore que quatorze feux. Bradford , qui est une ville d’environ 40,000 habitants , est à peine citée par Camden , et il ne fait aucune mention de UuddersQeId , qui a la moitié de cette population.

Hull était alors une des villes les plus importantes du royaume ; elle devait sa richesse, en partie , à Michel de la Pôle , qui , après avoir été créé comte de Suffolk par Richard II, avait obtenu pour elle de grands privilèges , et, en partie , à son commerce de pêcherie avec l’Irlande. Beverley était également une ville très-populeuse et trèsconsidérable ; elle devait sa condition florissante à un privilège dont jouissaient les habitants de ne payer aucun droit dans les ports d’Angleterre.

Sunderland était alors un village obscur. Telle était aussi la florissante Liverpool de nos jours , qui était nommée Litherpoole, et, par abréviation, Lirpool. Les villes de Rochdale , de Bury, de Manchester, de Preston, étaient très-populeuses ; Blackburn , Ashton , Bolton , OIdham , Salford , villes qui aujourd’hui contiennent des à 50,000 habitants , sont citées comme de simples villages obscurs et insignifiants ; Whitehaven , qui contient aujourd’hui 19,000 habitants, n’y est point citée du tout. Newcastle y est appelée la gloire de toutes les villes du Northumberland.

I.e prix moyen du blé, de 1G06 à 1625 , est de 34 schell. les huit boisseaux; quelquefois ce prix s’élève à 58 schell., d'autres fois il tombe à 29 et à 30 schell.; la hausse continua dans toute la première partie du règne de Charles P''; les prix ne furent jamais plus bas. De 1630 à 1640,1e prix moyen est de 44 schell., quelquefois il s’éleva à 56 et à 58 schell. En 1631, les huit boisseaux coûtent 68 schell.; en 1646, 48 schell.; en 1647, 73 schell.; en 1648, 85 schell.; en 1649,80 schell.; en 1650, 76 schell.; en 1651,73scliell.; en 1654, 26 schell. Le prix moyen, dans les qua- ,

tre années du protectorat , est de 45 schell. On voit, dans le livre de compte des pourvoyeurs de la maison du prince Henri, qu’en 1610 le prix du bœuf était d’environ 3 | den. , et celui du mouton de 3 I den. la livre. Une proclamation royale, publiée en 1633, fixe le prix des denrées , pour mettre des limites à la cupidité des vendeurs.

Le prix d’un jeune cyçne est fixé de 7 à 9. schell., selon la saison; celui d’nn faisan mâle, à 6 schell.; la femelle, à 5 schell.; un dindon de la meilleure espèce , à 4 schell. ; d’une dinde de la première qualité, à 3 schell.; d’un canard, à 8 den.; d’une oie grasse, à 2 schell.; d’un chapon gras de la meilleure espèce , à 2 schell. 4 den. ; d’un beau poulet, à 6 schell. 6 den.; d’une poule grasse , à l schell. ; d’un poulet , à 5 den. ; d’un lapin , de 7 à 8 den. ; d’une douzaine de pigeons francs, à 6 schell.; de trois œufs, à 1 den.; d’une livre de beurre salé, à 4 den. d’une livre de beurre frais , de 5 à 6 den. , selon la saison; d’une livre de chandelle, à 3 | den. ; le prix des quatre boisseaux de charbon, première qualité, à 1 schell.

2 den.; du sac de charbon brisé, bonne qualité, 6 den. Les pommes de terre commencent à être cultivées , mais elles étaient alors fort chères. On voit figurer , dans les livres de compte des pourvoyeurs de la maison de la reine , une livre de pommes de terre, pour 2 schell.; seize artichauts, pour 3 schell. 4 den.; et deux choux-fleurs, pour 3 schell. Le pain des classes pauvres se faisait généralement avec de l’orge.

Voici quelques renseignements sur les gages et les salaires des ouvriers et des hommes de peine à cette époque. Un homme employé à la charrue, et dont l’habileté était reconnue dans sa profession, recevait 50 schell. par an; le laboureur ordinaire, 40 schell.; l’homme de peine, 29 schell. ; l'adulte au-dessous de seize ans, 20 schell.; la femme de confiance, 26 schell. 8 den.; ses attributions consistaient à faire la cuisine, à pétrir, à brasser, et à surveiller les autres domestiques ; la femme qui était immédiatement sous ses ordres recevait 23 schell. 4 den.; la femme

de service pour les travaux grossiers , 16 schell. ; la jeune fille au-dessous de seize ans , 14 schell. ; lé meunier chef, 46 schell. ; son aide, 31 schell. 8 den.: le berger chef, 30 schell.; le second berger, 25 schell.; dans la moisson le faucheur recevait 5 den.

par jour en outre de sa nourriture; le moissonneur, 4 den.; la moissonneuse, 3 den.; la feneuse, 2 den.; on donnait également à ceux-ci la nourriture.

Tous les autres travaux de la campagne, depuis Pûques jusqu’à la Saint-Michel, étaient rétribues à 3 den. par jour avec la noo;;riture, ou à 7 den. sans la nourriture; et depuis la Saint-Michel jusqu’à Pâques , à 2 den. avec la nourriture, ou à 6 den. sans la nourriture.

Ces prix ne changeaient pas pendant la moisson. Les gages des ouvriers avant la Saint-Michel, époque où ils étaient le plus élevés, étaient, pour un maître charpentier, de 8 den. par jour avec nourriture , et de 1 schell. 2 den.

sans nourriture; pour un maçon, de 8 den. avec nourriture , et de î schell.

sans nourriture; pour un menuisier, un scieur de. long, de 6 den. avec

nourriture, ou de 1 schell. sans nourriture ; pour un sellier, de 6 den. avec nourriture, ou de 10 den. sans nourriture; pour un maçon ordinaire , un charpentier ordinaire, un couvreur, de 5 den. avec nourriture, et dè la moitié en sus sans nourriture. Après la Saint- Michel, ces prix éprouvaient une réduction d’un tiers. Les jardiniers, dans tout le cours de l’année , recevaient par jour 6 den. avec nourriture, et un schell. sans nourriture; les tailleurs recevaient 4 den. par jour avec la nourriture , et 8 den. sans la nourriture. Ces prix se trouvaient ainsi fixés en 1610, et ils restèrent dans cette proportion pendant toute la durée de la période dont nous nous occupons.

Les salaires des matelots engagés dans la marine marchande étaient proportionnellement beaucoup plus élevés; ceux des maîtres s’élevaient à 3 schell.

par jour ; le matelot habile recevait 8 den. et demi par jour ; le matelot ordinaire, 7 den. , et le mousse environ 2 den. et demi. On leur donnait en outre la nourriture.

FIN Dü' SECOND VOLUME.

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