SCÈNE III
Les Mèmès, ANGO.
(Il entre en scène tout échevelé.)
Tocs , avec terreur.
Ango!..
ANGO , courant a Cailles.
Galbes'!... mon compagnon , mon frère!...
Galbes, mon pauvre matelot!.. Arrière , bêtes féroces!.. Que vous a-t-il fait pour le déchirer?
Ango, pardonne-moi !.. J'ai mal défendu ta maison.. . mais c’est que j’étais seul contre eux tous... Seul!., tout seul !
ANGO
Dans mes bras, mon ami ! (Ils s'embrassent.) Du sang après tes vête mens... du sang!.. Le tien sans doute !.. Oh ! dis-moi , dis- moi qui l’a versé ; et par la femme qui nous a nourris tous
deux , je te jure , Gabies , que tu seras vengé. . . (Il regarde tout le monde qui se tait et baisse les yeux.) Quelqu’un d’entre vous, assassins et pillards que vous êtes, n’osera-t-il point répondre pour lui?.. Eh quoi! parce qu’au lieu d’un homme contre vous U s’en trouve deux maintenant, vous avez peur, tous tremblez!... vous fuyez !..
second MATELOT, au Marchand.
Eh bien ! maître ! parlez-lui donc à cette heure.
GALLIES, bas a Ango.
C'est un coup monté contre toi par les marchands.
ANGO
Que disent-ils?
GALLIES.
Que tu es un tyran , un avare ; que tu veux le gouvernement de Dieppe.
ANGO
Pauvre peuple !
Tiens, regarde comme ils ont arrangé ta maison ! (Bas.) Heureusement que j’ai sauvé le trésor; il est enterré dans la cabane de ma mère.
ANGO, lui serrant la main.
Bon Galbes!.. (Pendant ce dialogue, les matelots, ouvriers, etc., ont commencé a se retirer, Ango court à eux et les arrête.) Restez ! je le veux. le marchand , brusquement.
Encore nous commander !
ANGO
Ne suis-je plus votre prévôt?.. M’avez-vous déjà remplacé?.. Alors qu'il vienne celui qu’on a jugé plus digne que moi ; qu’il vienne donc !..
PREMIER MATELOT
Allons donc... criez vive Ango!
ANGO
Silence!.. Écoutez-mni !.. Peuple de Dieppe!
vous avez la mémoire bien légère... Deux semaines vous ont suffi pour oublier mes services... La leçon est rude ; j’en profiterai... Au reste, il n’y a ici ni premiers ni derniers... les droits sont égaux : la parole est libre pour tous... Je me tais à mon tour... A mes accusateurs de parler.
LE MARCtlAND.
La mer est-elle ta propriété , Ango ? Tes navires la parcourent seuls ; les nôtres sont à pourrir dans les quais. Tu t'enrichis , et nous nous ruinons... Est-ce juste cela, mes amis?
MATELOTS et OUVRIERS.
Non, non!
ANGO , aux marchands.
La fortune est aux hommes de cœur qui seuls osent affronter Icsdangersdontclles’environne.,. Aux lâches la misère ! Le port de Dieppe ne s’ouvre-t-il que pour moi?
PREMIER MATELOT
Ango a raison.
ANGO
Peureux qui vous plaignez , je vous achète vos navires; dites le prix que vous en voulez!.. Ouvriers et matelots, on m’accuse devant vous d’étre un despote et’ un avare!.. A la besogne, compagnons : sur le pont , matelots , je double le prix des engagemens et des journées , et je vous enrôle tous , voulez-vous.?