SCÈNE VI
FURSTEMBERG , puis ANGO.
FURSTEMBERG
La lutte est engagée... Le sujet se révolte, l’esclave ne lèche pas la main qui le battait, il la mord... C’est bien. Prends garde à toi , roi de France ! ce que tu as rejeté comme une coulenvre iuoffcnsive , est un serpent qui l’étouffera... Oh! bénie soit l'inspiration infernale ou céleste, qui m’a fait deviner cet homme et le suivre... J’oublie ma honte et mes maux en ce moment., je suis heureux ... Le voilà!..
(Ango rentre.)
ango, apercevant Furstemberg.
Ah! déjà ici!., merci!., merci!.. Vous êtes de parole... Eh bien! qu’avez-vous appris?
dites!., oh!., dites!
furstemberg.
Je sais out!..
ANGO
* ANGO
Plu* d’espoir... n’est-ce pas?.. Elle m’a abandonné ?..
FURSTEMBERG
Oui.
ANGO
Oh ! mais... c’est bien sûr !.. c'est bien sûr !..
niRSTEMBERG.
Elle a vu le roi... elle a parlé au roi !
ANGO
Lui!.. (Se ravisant.) Eh bien!., mais...
FURSTEMBERG
Et le lendemain... chez sa tante, on ne l’avait pas revue.
ANGO
Oh!.. Marie!.. Marie!.. Mais qui êtes-vous, au fait?.. Comment t’appelles-tu donc , toi, pour que je te croie quand tu me parles d'elle ainsi? Je ne te connais pas...
FURSTEMBERG
Quand deux hommes à destinée pareille se rencontrent dans la vie , une main puissante et invisible les pousse l’un vers l’autre. . . Je ne vous connaissais pas non plus, moi, et pourtant quand je vous ai vu la première fois , je vous ai tendu la main , j'ai compris que le malheur nous unissait.
ANGO
Que voulez-vous dire ?
FUBSTEIfBERG.
One injure allait vous être faite et vous rendre semblable à moi , à moi misérable , insulté avant vous... La même source d’opprobre devait jaillir sur nous deux : nous n'étions plus, comme vous voyez , étrangers l'un à l'autre ; nous étions frères , nous étions amis.
Il vous avait donc aussi refusé justice?
FURSTEMBERG
N’avcz-vous pas d’autre reproche à faire au roi de France, M. Ango ? Écoutez-moi : je me nomme le comte de Furstcmbcrg ; je suis Espagnol; à la bataille de Pavie, François 1" fut pris par les miens; je pouvais le tuer... je ne voulus pas... Ce fut un tort... J'ai accueilli ce roi dans ma maison , comme un frère , quand Charles- Quint le retenait captif à Madrid... et il est entré chez moi , le lâche , pour me voler la seule femme que j’aie jamais aimée... Je n'appris sa trahison qu’à mon retour d'un voyage fait en Allemagne par ordre de l'empereur... Alors, François était libre et remonté sur son trône... Charlcs-Quint me nomma son ambassadeur auprès de lui... je revis à Paris l’homme à qui j’avais donné la vie , et qui m’avait pris l’honneur.
ANGO
Et vous ne vous êtes pas vengé ! et vous ne l’avez pas tué !..
FURSTEMBERG
Cela ne se pouvait pas, M. Ango.
ANGO
Je ne vous comprends pas...
FURSTEMBERG
Si J’eusse écouté sans réflexion la haine qui me transporte contre cet homme, si j’eusse cédé un instant à l’impulsion spontanée qui me fait
saisir mon épée dès que je le vois , d’un bout de l’Europe à l'autre on eût crié à la trahison, à la violation du droit des gens... on eût appelé ma vengeance un crime , dont l'infamie eût été rejaillir sur mon maître. On eût dit que Charles- Quint, jaloux de François 1", avait envoyé sciemment un assassin à la cour de son rival, et la gloire du roi victime aurait gagné tout ce que sa mort eût enlevé à l’honneur de mon maître.
ANGO
Vous ne vous vengerez donc pas , alors ?
FURSTEMBERG
On se venge des rois autrement que par le poignard... Il fautsavoir attendre, voilà tout!.. L’occasion vient lentement, mais elle vient... Qu'importe le retard, quand on la saisit?.. Eh bien 1 l’occasion est venue.
ANGO
Comment cela?
FURSTEMBERG
Mettons ensemble nos deux haines. Monsieur, car vous le haïssez aussi , n’est-ce pas ?
ANGO
Si je le hais!.. Oh! que n'était-il là pendant cette nuit infernale , où , gardé à vue par ses soldats , j'attendais l'heure de quitter Paris !.. Tandis que, désespéré , furieux , maudit , je me meurtrissais aux murs de mon cachot, sans doute il dansait, le rire de la luxure aux lèvres ; il dansait en jetant aux femmes de ces propos qui souillent et dépravent; il dansait, le brûleur d'hommes, en regardant Paris, l'immense Paris qu'il a fait l’égoût de scs débauches... et Marie, Marie qui m'avait été donnée si noble et si pure, Marie l’écoulait, l’admirait; Marie s'enflammait aux étincelles de ses regards, s’empoisonnait à sou souffle de démon... Si je le hais!., si je le hais!..
Eh bien ! Ango, vous êtes maître ici ; et celui qui est maître à Dieppe, tient dans scs mains les forces maritimes de la France; moi, le comte de Furstembcrg, je tiens dans les miennes l'Espagne et l'Angleterre... Faisons de tout cela un faisceau pour écraser notre ennemi commun.
ANGO
J’ai mal entendu... Que me proposez-vous là?..
FURSTEMBERG
Je vous offre pour seconds dans votre querelle avec cet homme , le roi Henri Vin et l’empereur Charlcs-Quint.
ANGO
Est-ce que j'ai besoin de ces gens-là, moi?
Est-ce que je vais emprunter le bras ou le pied d’un autre pour frapper, pour écraser ce qui me déplaît?.. Vrai Dieu! monsieur le comte, c’est une infâme trahison que vous m’offrez ; merci !.. je n’en veux pas.
FURSTEMBERG
Vous êtes généreux !
ANGO
Avons-nous donc, vous ou moi, consulté la France pour savoir si le marché serait de son goût?.. Oh! oui, sûrement Henri VIII et Char-