SCÈNE V
LÉONARD DE VINCI, Élèves, GALLIES.
gallies, rentrant.
Il est parti , l’Espagnol !.. bon... il aurait bien voulu me faire jaser , mais en homme courageux... j’ai fui devant le danger... et il ne sait rien. (A Léonard <le Vinci.) Eh bien ! maître Léonard, avez- vous fini, hein?
LÉONARD
Oui , mon ami.
GALLIES.
Est-ce bien ressemblant ?
LÉONARD
Je crois qu’oui... Regardez...
(Il lut fait voir la toile que ses élèves ont apportée
et qui est accrochée dans la coulisse hors de vue
du spectateur.)
gallies , battant des mains.
Oh! comme c’est bien, on dirait qu’elle va parler... (Il prend la main de Léonard et la serre affectueusement) Vous êtes un brave homme, vous. A la bonne heure , vous ne voulez de mai à personne , et même à l’occasion , vous ne refusez pas un coup de main , quand il fout faire du bien aux autres ! Ce n’est pas comme ce maudit Espagnol.
LÉONARD
Qu’est-ce qu’il vous a fait encore ce maudit Espagnol? voyons!
Alors, pourquoi lui en vouloir? pourquoi le tant mal traiter ?
GALLIES.
Je n’attends pas qu’un loup m’ait mordn pour dire que c’est une méchante bête.
LÉONARD
Mais Ango tarde bien à venir aujourd’hui.
Aurait-il eu connaissance de notre projet?
GALLIES.
Oh non ! c’est que la course est bonne... deux grandes lieues... et le cheval, c’est plus dur qu'un navire... Vous verrez comme il est changé ce pauvre Ango!.. il vous fera peur... le chagrin le tue... c’est ce damné voyage de Paris qui l’a déraugé de la tête aux pieds. Il n’est plus le robuste et joyeux matelot, le compagnon de Galbes. Il ne va plus sur le,port 11 cultive les arts , comme vous dites vous autres, il met le nez dans des livres. Je ne le reconnais plus. Il aimait tant sa Tenune , et puis il a un autre tourment encore. Lui si brave et si ardent au combat , vous le connaissez plus brave et plus ardent que inoi-oiémc , il se voit forcé <lc languir ici loin de sa flotte , et moi comme lui , maître Léonard. Ah ! mon Dieu , oui , nous sommes obligés de nous croiser les bras, eu attendant à Varangeville, pendant que les autres se battent à Lisbonne. 11 faut que nous soyons là , il n’y a pas à dire , pour répondre de nou e expédition , sur notre tête , au roi de France. Le poste comme vous voyez, n’est pas moins dangereux ici que ià-bas. Eh bien ! l’inquiétude qu’Ango a de sa flotte, le chagrin de son amour, l'inaction de cette solitude , tout cela le rend fou, malade. N’a-t-il pas fait élever un tombeau à sa femme et à lui-même, comme s'ils étaient déjà morts ? Ah ! maître Léonard , je n'aurai bientfit plus d’ami.
LÉONARD
Allons, allons, rassurez-vous, nous le sauverons.
gallies.
Mais , tenez , je l’entends , attention !
LÉONARD
Vous l'avez prévenue, elle?
gallies.
Oui... elle est là.
LÉONARD
C’est bien , tenez-vons près de moi. Quand je verrai le bon moment, je vous ferai signe.
GALLIES.
Maintenant., que Notre-Dame de Bon-Secours nous soit en aide, et je lai brûlerai vingt cierges dans sa chapelle de Saint-Jacques! (Apercevant Furstemberg.) Toujours cet espagnol avec lui...