SCÈNE VI
Les Mêmes, ANGO, s’appuyant sur le comte de FURSTEMBERG, Cortège D’Architectes, de Peintres et de Sculteurs.
ANGO , aux Artistes.
Oui... oui... je commence à comprendre cela., on trouve dans les arts de grandes consolations... la dépense distrait., le luxe enivre... c'est bien...
A moi ? rien.
c'est très bien , messieurs. Je vous remercie d’avoir bien voulu quitter pour moi vos nobles patrons tic Venise cl tic Florence. Grâce à votre généreux concours, le nom d'Augo pourra s’associer dans i'iiistoire au nom de Médicis, et quelque jour pcut-etreles Dieppois, en admirant les chefs-d'œuvre dont vous aurez doté leur ville , diront : « bénie soit la mémoire d’ Ango, le marin ! Venise régnait sur la mer ; Ango trouva le trône trop vaste pour une seule reine , il lit asseoir Dieppe à côté de Venise.» Car cejt’est pas le palais d’un homme que vous bâtissez, messieurs, c'est plus que R 1 palais d’un roi , c’est le palais d’uue ville. Qu’il soit doue uiagnilique ! Architectes , peintres et sculpteurs , que vos talens y eu tassent prodiges sur prodiges. Les trésors il’ Ango le marchand vous sont ouverts, la reconnaissance et l’amitié des Dieppois vous sont acquises.
LÉONARD
Allons , messieurs , à l'ouvrage.
(Les artistes s’incllnenlel disparaissent dans tes échafaudages. Ango prenant la main à Galbes et au Comte, descend avec eux Ters la rampe.)
ANGO
Oh ! que je voudrais leur avoir dit la vérité , mes amis , mes seuls , mes vrais amis. Mais non ! tout ce lave, tout cet éclat, toutes ces merveilles ne me consolent pas. Au plus fort de cet éblouissant tourbillon , j’oublie les envieux , les jaloux, toujours debout à mes côtés; je deviens sourd à la calomnie, répandant sur moi ses fables absurdes et méchantes; je méprise la rage impuissante des marchands, misérable tourbe d’égoistes et de niais à qui l’on dirait vraiment que je prends leur maison pour m’en édifier un palais... Mais ce que j’ai là d'inquiétude et de désespoir résiste bien autrement aux productions de l'art, aux inspirations du génie. Pas de nouvelles de Lisbonne, mon cher Furstembcrg! Et demain, peut-être , la voix sévère de toute une ville va me demander compte de ses enfans égorgés, de sa marine anéantie; demain doublement dénoncé aux prudhontuies et aux juges de l’amirauté, condamné pour avoir perdu ma (lotte et pour l’avoir armée sans permission royale , il faudra que je fuie ; demain , moi , le plus grand de la ville , j’en serai le plus petit; mes amis me haïront, mes ennemis me mépriseront , car j’aurai cessé d’être utile ou dangereux. Que ferai-je alors? où irai-je, dites?
EOMTEHBERG.
U y a vingt lieues d’ici en Angleterre, mon cher Ango!
ANGO
Quitter la France ! . . émigrer chez des Anglais!
FVRSTF.MREKG.
Les honneurs et la fortune vous suivront partout.
ANGO
F.t la patrie, comte de Furstemberg , mesuivra-l-elle aussi? Non! je ne serai ni transfuge ni proscrit, je dirai à mes concitoyens: Les Portugais avaient pris un navire de Dieppe et massacré wm équipage , je suis allé demander juslire au roi. Le roi m’a refusé justice... alors, j'ai
voulu vous la faire moi-méme;je n'ai pas réussi...
Je vous apporte ma tête : vengez-vous 1